Alors là, ça paie…
Chavez défend son peuple contre les banques !
envoyé par librepenseur007.
Savoureux populisme pur jus. Les notables corrompus se sentent moites.
C’est mieux qu’au cinéma puisque c’est vrai ; chacun imagine (mieux encore qu’en la voyant) la tête consternée du vieil usurier en train de s’étrangler… et de transpirer… C’est drôle. Merci Hugo.
Nota : ne nous laissons pas voler le mot « populisme », qui n’est pas du tout péjoratif, pas une injure (comme voudraient bien le faire croire les affreux chiens de garde de Big Brother), mais populisme est un mot important pour décrire une doctrine importante, qui s’occupe prioritairement du peuple, du plus grand nombre, oui oui c’est ça :
voir

Préface de Jean-Claude Michéa (extrait) : Lasch mode d’emploi
« IL FUT un temps où ce qui était supposé menacer l’ordre social et les traditions civilisatrices de la culture occidentale, c’était la « révolte des masses ». De nos jours, cependant, il semble bien que la principale menace provienne non des masses, mais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. » [Cf. chap. 2].
Profondément enracinées dans l’économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c’est-à-dire « modernes », « ouvertes », voire « de gauche », les nouvelles élites du capitalisme avancé — « celles qui contrôlent le flux international de l’argent et de l’information » [Cf. chap. 2] — manifestent en effet, à mesure que leur pouvoir s’accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l’idéal démocratique. Enclavées dans leurs multiples « réseaux » au sein desquels elles « nomadisent » perpétuellement, elles vivent leur enfermement dans le monde humainement rétréci de l’Économie comme une noble aventure « cosmopolite », alors que chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas : en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays.
Dans ce livre-testament, Christopher Lasch a tenu à placer sa critique des nouvelles élites du capitalisme avancé sous le signe du « populisme », c’est-à-dire conformément au sens historique du mot, d’un combat radical pour la liberté et l’égalité mené au nom des vertus populaires. On sait à quel point, depuis quelques années, les médias officiels travaillent méthodiquement à effacer le sens originel du mot, à seule fin de pouvoir dénoncer comme « fascistes » ou « moralisateurs » (à notre époque, le crime de pensée suprême) tous les efforts des simples gens pour maintenir une civilité démocratique minimale et s’opposer à l’emprise croissante des « experts » sur l’organisation de leur vie. Autant dire que beaucoup, parmi ceux que le système a préposés à la défense médiatique de ses nuisances, s’empresseront de faire courir le bruit — pour affecter de s’en réjouir ou pour s’en lamenter — que ce livre est « réactionnaire ».
Il n’est cependant pas interdit d’espérer que le lecteur intelligent puisse encore se faire une opinion par lui-même.
Encore un penseur passionnant, ce Jean-Claude Michéa, phrase après phrase ; à découvrir absolument, tout ce qu’il écrit est puissant, éclairant, utile : il vous conduira à Christopher Lasch, donc, mais aussi au formidable et méconnu George Orwell.
Chers amis, je vous recommande chaleureusement ce livre de Christopher Lasch, c’est un de mes meilleurs livres.
Étienne.

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire des livres entiers,
voici une fiche de lecture très intéressante du livre testament de Christopher Lasch, écrite par Michel Drac :
http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=308:la-revolte-des-elites-c-Lasch&catid=50:histoire&Itemid=55
La révolte des élites (Christopher Lasch)
Écrit par Michel Drac, dimanche, 20 septembre 2009.
Pour Christopher Lasch, la situation contemporaine doit être pensée à la lumière d’un phénomène structurant, et qui constitue, par rapport aux siècles précédents, une rupture majeure : désormais, ce qui menace l’équilibre de la structure globale, et en particulier les progrès effectués vers une humanité plus libre et plus digne, ce n’est plus la révolte des masses. C’est la révolte des élites.
Les élites contemporaines, explique Lasch, ont ceci de particulier qu’à la différence de leurs devancières, elles ne se pensent plus comme le sommet d’une structure complexe, mais comme un élément extérieur à la structure formée par les peuples. Les élites ne sont plus ce qui est au-dessus, mais ce qui est séparément. La cause de cette évolution ? La déterritorialisation d’abord subie, ensuite acceptée, finalement recherchée par ces élites – une déterritorialisation qui s’achève, fort logiquement, dans la rupture de tous les réseaux de proximité à l’intérieur desquels les masses sont encore insérées, mais auxquels échappent désormais les élites. Élites qui constituent de nouveaux réseaux, étrangers à ceux constitués par le reste de l’humanité.
Lasch analyse le phénomène plus particulièrement dans le cadre américain, et au regard de l’histoire spécifique des États-Unis. Il fait observer que le projet américain, à l’origine, était appuyé sur un socle anthropologique bien précis : la communauté locale, au maximum la métropole à taille humaine. Le « logiciel » de la démocratie américaine a été conçu, au départ, pour faire vivre une démocratie adaptée à ce cadre anthropologique à faible rayon d’action. Un cadre restreint, où les riches, même s’ils exploitaient les pauvres, étaient cependant obligés de les connaître, puisqu’ils les fréquentaient. Un cadre restreint, donc, où les différences de classe n’empêchaient pas l’unité de la Cité, et donc la perception par les élites d’un fait politique unifié, dont elles étaient partie prenante.
Avec la dislocation de ce cadre anthropologique, dislocation qu’on peut faire remonter schématiquement à l’industrialisation, puis à l’émergence, à la fin du XIX° siècle, des très grandes métropoles à taille inhumaine, les différences de classe sont devenues insurmontables. La continuité de l’espace urbain a été rompue, tandis que l’espace rural devenait étranger aux classes supérieures. Dès lors, la nature même du débat démocratique muta, et le projet américain commença à se retourner contre sa pure expression.
Le débat public a progressivement changé de nature de manière perverse. La distinction entre science et opinion a servi de paravent à l’opposition entre le discours d’une nouvelle classe sacerdotale – les élites – et le réel perçu par les masses. L’Amérique de Lippmann et de Bernays naquit fondamentalement de cette schizophrénie, et elle construisit progressivement le cadre conceptuel d’une vision du monde à deux vitesses, les masses étant supposées inaptes à participer de la définition de l’intérêt général. Pour Lasch, comme il a été dit ci-avant, c’est là le phénomène structurant de l’époque, celui qui se dissimule derrière les diverses formes que peuvent prendre les nouveaux discours oppressifs. Derrière le règne de la technocratie : la transformation de l’élite bureaucratique et financière en une classe sacerdotale du pouvoir économique. Derrière le discours arrogant et déconnecté du réel de la deuxième gauche sociétale : la transformation de l’élite intellectuelle en une classe sacerdotale du pouvoir culturel.
Pour Christopher Lasch, l’opposition de façade entre pouvoir financier et contre-pouvoir culturel n’est qu’un jeu de dupe, et la « rebellitude » des intellectuels « de gauche » n’est que le masque du versant culturel du Capital. L’auteur de « La révolte des élites » nous propose d’arracher ce masque, et de nous libérer des fausses oppositions pour discerner, derrière l’affrontement factice des formes, l’unicité du phénomène structurant : le narcissisme croissant d’élites qui se pensent extérieures à l’expérience humaine générale.
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Ce qui caractérise le système construit par cette dynamique structurante, poursuit Christopher Lasch, c’est l’apparition d’un monde réel retourné contre son expression théorique. La « diversité » justifie la ghettoïsation, donc la négation de toute diversité. La « liberté » du marché devient le droit pour le capitalisme débridé de dénier certaines libertés fondamentales aux salariés. La « politique de la famille » est un instrument pour détruire la famille, la « politique du travail » organise un marché où il n’y a plus de travail, etc.
En réalité, le discours véhiculé par les élites coupé des masses doit toujours s’entendre à deux niveaux. Il dit la réalité de l’expérience vécue par ces élites, mais comme cette expérience est fondée sur la destruction de l’expérience vécue par la masse, il dit aussi le contraire de la réalité vécue par la masse. Il en résulte que pour la première fois peut-être dans l’Histoire, le discours du pouvoir n’a plus vocation à structurer la vie des peuples, mais plutôt à la déstructurer, pour structurer en reflet la vie autonome des élites. Par exemple, le « féminisme » sera du point de vue des femmes des couches populaires la « double journée de travail », et du point de vue des femmes des couches supérieures, la possibilité de cumuler deux gros salaires pour un pouvoir d’achat accru, permettant de se libérer de toute tâche ménagère ou domestique.
Derrière cet éclatement des systèmes de représentation, il y a l’implosion progressive des couches moyennes, jadis enfants chéris de la dynamique économique, aujourd’hui gêne pour les élites. Ces élites, que Lasch rattache à la catégorie des « analystes symboliques », sont caractérisées par un rapport à la production totalement dématérialisé. Elles prospèrent sur leur capacité à fournir un service, souvent non productif au sens matériel du terme, obéissant à un principe d’équivalence dématérialisé, susceptible de traverser les frontières et de capter les flux à forte valeur ajoutée, au sein du système d’échange global. Le cosmopolitisme affiché par ces élites prédatrices est d’abord le signe de leur désintérêt pour ceux qu’elles exploitent. Fondamentalement, en réalité, ces élites sont largement parasitaires (puisqu’elles ne produisent pas vraiment des biens et des services). Ce qu’elles produisent, c’est de la valeur sans richesse effective (exemples paroxystiques : les traders, les publicitaires…).
Une grande partie du discours des élites actuelles est construit en vue de cacher le caractère parasitaire de leur activité. Lasch souligne par exemple que ces élites sont en grande partie issue de la reproduction sociale, mais qu’elles affectent de se présenter comme résultant d’un processus de « sélection des plus aptes ». Si elles s’efforcent de nier les donnes structurantes qui permettent aux masses d’exister dans la durée de prendre conscience de la durée, ce n’est pas seulement parce que cette perte de conscience facilite le parasitisme des élites, c’est aussi parce lesdites élites, arrogantes et sûres d’elles-mêmes, n’ont aucun sens de l’honneur – et ne veulent donc pas d’un monde où l’on mesure les actes et les attitudes à l’aune d’une éthique de responsabilité.
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Poursuivant sa réflexion, Christopher Lasch arrive à la conclusion que la démocratie américaine, coupée de son cadre anthropologique initial, aura donc fabriqué des élites radicalement anti-démocratiques. Cependant, comme grille d’analyse permettant d’expliquer ce phénomène, il propose, en bon Américain, non la vision marxiste de la lutte des classes, mais la vision « populiste » (au sens américain du terme) d’une dynamique sociale entretenue fondamentalement par l’émergence d’une division du travail culturel, qu’il situe en amont de la lutte des classes proprement dite.
Pour Lasch, c’est l’échec de l’expérience américaine qui est à l’origine de la « révolte des élites », et cet échec est d’abord le retournement, par la dynamique du capitalisme, du rêve populiste d’Abraham Lincoln. Ce rêve était, en grande partie, celui de l’abolition du salariat. Il s’agissait de faire une nation d’hommes libres, vivant de leur travail et s’émancipant par l’épargne. Mais la « mobilité sociale » voulue par les Américains n’aura été effective qu’aussi longtemps qu’une « frontière » offrait de nouveaux territoires à conquérir. Une fois cette échappatoire devenue impossible, le système a touché ses limites de développement par le bas, et le développement n’a pu être poursuivi que par le haut – à travers l’action du grand capital.
Une fois le populisme évacué, il n’est resté qu’un face à face entre le syndicalisme révolutionnaire et le grand capital, c’est-à-dire entre une tentation bureaucratique émanant de la masse et une tentation bureaucratique émanant de l’élite. Et ainsi, conclut Christopher Lasch, l’Amérique réelle (celle de Jefferson et de Lincoln) est en réalité morte depuis longtemps. Fondamentalement, l’histoire du dernier siècle est l’affrontement de deux groupes de vers pullulant sur un cadavre…
Ce sont les « vers » d’en haut, les « élites », qui ont gagné. Mais cette victoire ne mène nulle part, elle ne fait qu’accélérer un processus de décomposition mortifère. Le communautarisme ronge l’Amérique par le bas, moment dans le processus de déclin du libéralisme. Il ne traduit que le repli paniqué des individus « d’en bas » sur des cadres anthropologiques régressifs, les seuls qui leur restent ouverts. Pendant ce temps, l’Amérique est également gangrénée par le haut, à travers la prédation de plus en plus irrationnelle opérée par des élites complètement déconnectée du réel – et pour finir, la première puissance mondiale court à la catastrophe…
Alors que faire ?
Lasch répond : il faut refonder les cadres anthropologiques fondamentaux, sous une forme nouvelle, pour rendre à nouveau possible ce qui faisait jadis la substance du rêve américain. Et pour cela, il faut, avant toute chose, refonder le débat, et donc faire exploser les cadres conceptuels imposés par les élites en révolte.
C’est la dernière partie du travail de Lasch, et sans doute la plus contestable. Nous pourrions la définir comme un manifeste populiste.
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La démolition des cadres conceptuels imposés par les élites en révolte commencera par la destruction des structures qui les encadrent, à savoir l’émergence de réseaux spécialisés qui empêchent la « conversation » de la société avec elle-même, dans sa globalité. Par exemple, il faut tout simplement refonder des cafés (Lasch cite l’exemple français), des lieux où l’on prend le temps de se parler (au lieu de centres commerciaux et de fast food), et qui sont l’inverse des clubs, ces espaces privés, réservés à une certaine catégorie de la population.
Au-delà de cet exemple emblématique, mais somme toute anecdotique, il faut refonder des structures publiques, partagées par l’ensemble de la Cité – et s’opposer à toutes les formes de privatisation desdites structures, lorsqu’elles sont encore publiques. D’une manière générale, il faut promouvoir les structures ouvertes qui englobent l’ensemble de la Cité, et lutter contre la généralisation des structures privées qui n’englobent qu’une partie de la Cité – et cela va des structures matérielles, comme les bâtiments et les quartiers, jusqu’aux structures mentales, comme la perception de soi par les individus, comme citoyens ou comme membres d’une communauté en rivalité mimétique avec d’autres communautés.
Cependant, ce projet général de retour à la Cité n’aura de sens que si les citoyens sont capables de comprendre ce que la Cité est. La nation américaine s’est construite par l’école. La particularité de l’homme américain, au XVIII° siècle, et au XIX° siècle encore, était d’être, en moyenne, beaucoup plus lettré que l’homme européen de la même époque (rappelons que l’école pour tous a été développée en Amérique beaucoup plus tôt qu’en Europe). Cependant, ce principe a été progressivement vicié, et cela tient à certaines de ses racines en Amérique même : l’école pour tous est en effet, si l’on n’y prend pas garde, un instrument de contrôle social. L’école peut en effet être aussi un instrument de ségrégation, même et surtout si elle est ouverte à tous. Ainsi, le même système éducatif, selon qu’on va l’utiliser pour promouvoir telle ou telle vision de la Cité, peut aboutir à des résultats soit extrêmement néfastes, soit extrêmement positifs. Il faut donc se demander ce que l’on enseigne dans les écoles, au lieu de chercher à tout prix à y entasser les enfants le plus longtemps possible.
Ce que Lasch veut dire par là, c’est qu’il faut apprendre aux jeunes gens non à lire, mais à comprendre ce qu’ils lisent – et surtout à comprendre quand ils ne comprennent pas. Si l’on veut sortir d’une vision duale de la société, il faut que l’homme ordinaire accède non à la totalité de la science (ce qui est impossible), mais à l’esprit critique. Il faut préparer le futur citoyen, qui pensera la circulation sociale de l’information non comme un divertissement, non comme un circuit dans lequel il n’est que passif, mais bien comme un processus de conversation globale dont il est partie prenante. Il faut que l’homme du peuple, lorsqu’il lit un journal ou lorsqu’il regarde une émission de télévision, se demande non ce qu’on lui dit, mais pourquoi on le lui dit. Et il faut qu’il se demande non ce qu’il en pense, mais pourquoi il pense ce qu’il pense. C’est-à-dire qu’il faut élever l’homme du peuple non jusqu’au point où il serait spécialiste de tout, mais jusqu’au point où il considèrera à bon droit que le travail des spécialistes s’arrête avant la synthèse – parce que cette synthèse, c’est à lui, à l’homme du peuple, de l’effectuer. Et cet homme du peuple, bien sûr, doit être éduqué de manière à éprouver de la honte lorsqu’il ne comprend pas. Au lieu d’un imbécile programmable habitué à se complaire dans la passivité, l’auteur de « La révolte des élites » veut un esprit libre, qui assume une responsabilité devant la Cité : celle d’être un bon citoyen. Pour dire les choses simplement, Lasch veut le retour du concept d’opinion éclairée, contre la dictature des spécialistes. Et il veut la base anthropologique qui rendra ce retour possible.
On pourra sourire de cette conclusion, dont on sent bien qu’elle correspond, chez Christopher Lasch, au besoin instinctif de faire surgir une lueur d’espoir après un ouvrage-testament tout entier consacré à expliquer que l’expérience américaine est un échec. Il est évident que ce que Christopher Lasch défend, au-delà du populisme (dont il se réclame en toute franchise), est d’abord le projet humain issu de la réforme protestante sous sa forme américaine : une humanité de prêtres, capables de penser leur relation à la totalité sous la forme d’une interrogation sans dogme, dans le libre examen et la recherche sincère de la vérité. L’auteur de « La révolte des élites » fait ici un peu penser à une mouche qui se cogne obstinément sur une vitre. Cet Américain confronté à l’effondrement de l’espérance dont sa nation était porteuse semble nous dire, en substance : « bon, ça n’a pas marché, alors on prend les mêmes, on refait tout depuis le début, et on regarde si ça va marcher au deuxième coup ». Vraiment, il n’est pas interdit d’en sourire.
On remarquera tout de même que la toute fin de l’ouvrage est consacrée à une opposition entre le freudisme, dans lequel Lasch dénonce à mots couverts une forme particulière des stratégies déployées par les élites en révolte (mais en révolte contre quoi, au juste ?), et la psychanalyse de Jung, qui l’intéresse non pas tant pour elle-même, mais parce qu’elle souligne que l’homme moderne, pour construire valablement son refus de l’hétéronomie, a besoin d’une source spirituelle.
On en déduira ce qu’on voudra sur l’arrière plan idéologico-spirituel des élites en révolte, et sur la nature de la poussée secrète qui a provoqué cette révolte. Et pour mieux comprendre de quoi nous parlons, on lira « La révolte des élites »…
(Source : http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=308:la-revolte-des-elites-c-Lasch&catid=50:histoire&Itemid=55)
Je trouve tout ça très intéressant, vraiment. Décidément, le populisme n’est pas ce que les éditocrates, chiens de garde de l’oligarchie, voudraient nous faire croire.
Michel Drac n’a pas parlé, dans cette très intéressante synthèse, d’un chapitre du livre de Lasch que j’ai trouvé, pour ma part, littéralement passionnant, le chap. 9 « L’art perdu de la controverse’, où un épisode essentiel de l’écroulement du journalisme moderne — et du débat public propre à toute démocratie digne de ce nom — est rappelé aux citoyens.
Le voici (pages 167 et suiv.) :
La révolte des élites et la trahison de la démocratie
Christopher Lasch, 1994.
Chapitre 9
L’ART PERDU DE LA CONTROVERSE
Cela fait maintenant de nombreuses années que l’on nous abreuve de la promesse de l’âge de l’information. On nous dit que les effets sociaux de la révolution des communications comporteront une demande sans fin pour une main-d’œuvre, qualifiée, la réévaluation à la hausse des compétences nécessaires pour un emploi et un public éclairé, capable de suivre les problèmes du jour et d’avoir des jugements informés sur les affaires civiques. Au lieu de quoi, nous trouvons des diplômés de l’université qui travaillent à des postes pour lesquels ils sont largement sur-qualifiés. La demande de main-d’œuvre domestique dépasse la demande en spécialistes qualifiés. L’économie post-industrielle semble encourager l’interchangeabilité des effectifs, le mouvement rapide d’un type de travail à un autre et une concentration croissante de la main-d’œuvre dans des secteurs techniquement arriérés de l’économie, où le travail est intensif et les syndicats inexistants.
Notre expérience récente ne vient pas confirmer l’espérance qui voudrait que les innovations technologiques, en particulier les progrès dans les communications, créent une abondance d’emplois qualifiés, suppriment les emplois pénibles et rendent la vie facile pour tout le monde. Au contraire, leur effet le plus important est d’élargir le fossé entre la classe de la connaissance et le reste de la population, entre ceux qui se trouvent à l’aise dans la nouvelle économie mondiale et qui « savourent l’idée que les flux d’information qui se dirigent vers eux peuvent grossir » sans cesse (pour citer les propos d’Arno Penzias, d’AT & T Bell Laboratories) et ceux qui, n’ayant pas grand chose à faire de téléphones cellulaires, de fax ou de services d’information en-ligne, vivent encore dans ce que Penzias appelle avec mépris l’Age de la paperasse.
Quant à la thèse selon laquelle la révolution de l’information élèverait le niveau de l’intelligence du public, ce n’est un secret pour personne que le public sait moins de choses sur les affaires publiques qu’il n’en savait autrefois. Des millions d’Américains sont bien incapables de vous dire le premier mot de ce qu’il y a dans la Déclaration des Droits, de ce que fait le Congrès, de ce que dit la Constitution sur les pouvoirs du Président, de l’apparition du système des partis ou de son fonctionnement. Selon un récent sondage d’opinion, une majorité confortable croit qu’Israël est un pays arabe.
Au lieu de rendre, comme d’habitude, l’école responsable de cette ignorance déprimante des affaires publiques, nous devrions chercher ailleurs une explication plus complète, en gardant à l’esprit que les gens acquièrent facilement les connaissances dont ils peuvent faire usage. Puisque le public ne participe plus aux débats sur les questions nationales, il n’a aucune raison de s’informer des affaires civiques. C’est le déclin du débat public, et non pas le système scolaire (quelle que soit, par ailleurs, sa dégradation) qui fait que le public est mal informé, malgré toutes les merveilles de l’âge de l’information. Quand le débat devient un art dont on a perdu le secret, l’information aura beau être aussi facilement accessible que l’on voudra, elle ne laissera aucune marque.
Ce que demande la démocratie, c’est un débat public vigoureux, et non de l’information. Bien sûr, elle a également besoin d’information, mais le type d’information dont elle a besoin ne peut être produit que par le débat. Nous ne savons pas quelles choses nous avons besoin de savoir tant que nous n’avons pas posé les bonnes questions, et nous ne pouvons poser les bonnes questions qu’en soumettant nos idées sur le monde à l’épreuve de la controverse publique.
L’information qui est d’ordinaire conçue comme une condition préalable au débat se comprend mieux comme son produit dérivé. Quand nous nous engageons dans des discussions qui captivent entièrement notre attention en la focalisant, nous nous transformons en chercheurs avides d’information pertinente. Sinon, nous absorbons passivement l’information — si tant est que nous l’absorbions.
Le débat politique a commencé de décliner vers le début du siècle, ce qui correspond, assez bizarrement, à une époque où la presse devenait plus « responsable », plus professionnelle, plus consciente de ses obligations civiques. Dans la première moitié du XIXe siècle, la presse était farouchement partisane. Jusque dans les années 1850, les journaux étaient souvent financés par les partis politiques. Même quand ils sont devenus plus indépendants par rapport aux partis, ils n’ont pas adhéré à un idéal d’objectivité ou de neutralité. En 1841, Horace Greeley lançait son journal, The New York Tribune, en annonçant que ce serait « un périodique également éloigné d’un côté d’un esprit de parti servile et de l’autre d’une neutralité bâillonnée et timorée ». Des rédacteurs en chef à l’esprit énergique, tels que Greeley, James Gordon Bennett, E. L. Godkin et Samuel Bowles n’étaient pas d’accord avec la façon dont les exigences de loyauté à l’égard du parti empiétaient sur l’indépendance éditoriale, transformant le rédacteur en simple organe d’un parti ou d’une faction, mais ils n’essayaient pas de dissimuler leurs propres opinions ou d’imposer une stricte séparation entre informations et contenu éditorial. Leurs journaux étaient des périodiques d’opinion où le lecteur s’attendait à trouver un point de vue bien défini, en même temps que des critiques sans relâche des points de vue opposés.
Ce n’est pas un hasard si le journalisme de ce type a été florissant pendant la période qui va de 1830 à 1900, où la participation populaire à la politique était à son zénith. Sur le total des hommes en âge de voter, le chiffre typique de la participation à l’élection présidentielle était de 80 %. Après 1900, le pourcentage a décliné nettement (pour passer à 65 % en 1904 et à 59 % en 1912) et il a continué à baisser plus ou moins régulièrement pendant tout le siècle. Les retraites aux flambeaux, les rassemblements de masse et les joutes oratoires habituelles faisaient de la vie politique au XIXe siècle un objet qui intéressait passionnément le public, et le journalisme servait dans ce contexte de prolongement à la séance de l’assemblée communale. La presse du XIXe siècle a créé un forum ouvert à tous où l’on disputait avec chaleur des problèmes. Non seulement les journaux rendaient compte des controverses politiques mais ils y prenaient part, en y entraînant aussi leurs lecteurs.
La culture de l’imprimé reposait sur les restes d’une tradition orale. L’imprimé n’était pas encore le moyen exclusif de communication, et il n’avait pas non plus rompu ses attaches avec la langue parlée. Le langage de l’imprimé était encore façonné par les rythmes et les exigences du mot parlé, en particulier par les conventions de l’argumentation orale. L’imprimé servait à créer un forum plus vaste pour le mot parlé et pas encore à le remplacer ou à le refaçonner.
Les débats Lincoln-Douglas ont été l’exemple du meilleur de la tradition orale. Selon les normes modernes, Lincoln et Douglas ont enfreint toutes les règles du discours politique. Ils ont soumis leurs auditoires (qui rassemblaient jusqu’à quinze mille personnes en une fois) à une analyse minutieuse de questions complexes. Ils ont parlé dans un style piquant, familier, parfois audacieux, et avec une candeur considérablement supérieure à celle que les politiciens jugent sage d’utiliser aujourd’hui. Ils ont pris des positions bien tranchées, qu’il devait leur être difficile d’abandonner. Ils se sont conduits comme si les responsabilités politiques étaient porteuses de l’obligation de clarifier les problèmes au lieu simplement de celle de se faire élire.
Le contraste entre ces débats justement célèbres et les débats pour les élections présidentielles de nos jours, où ce sont les médias qui définissent les thèmes et déterminent les règles du jeu, est sans équivoque et très clairement à notre désavantage. Faire interroger des candidats à une charge politique par des journalistes — ce qui est devenu la formule obligée du débat — tend à grossir l’importance des journalistes et à réduire celle des candidats. Les journalistes posent des questions — prosaïques et prévisibles pour l’essentiel — et aiguillonnent les candidats pour qu’ils leur donnent des réponses rapides et spécifiques, se réservant le droit d’interrompre les candidats et de leur enlever la parole à chaque fois qu’ils paraissent s’écarter du thème imposé.
Pour se préparer à cette épreuve, les candidats se fient à leurs conseillers qui leur farcissent le crâne de faits et de chiffres, de slogans faciles à retenir et de toute autre chose faisant passer l’impression d’une compétence très large et imperturbable. Confrontés non seulement à une armée de journalistes prêts à leur sauter sur le poil au moindre faux pas, mais aussi au regard froid et implacable de la caméra, les hommes politiques savent que tout repose sur leur capacité à gérer les impressions visuelles. Il faut qu’il se dégage d’eux une sensation de confiance, d’esprit de décision, et qu’ils ne donnent jamais l’apparence d’être à court de paroles. La nature de l’occasion demande d’eux qu’ils exagèrent la portée et l’efficacité de la prise de décision politique, qu’ils donnent le sentiment qu’avec les bonnes mesures et la bonne direction, le pays pourra affronter tous les défis.
Le format du débat télévisé demande que tous les candidats se ressemblent : confiants, sereins et donc irréels. Mais il leur impose aussi l’obligation d’expliquer ce qui les rend différents des autres. Une fois que la question est posée, la réponse est toute donnée. Cette question est de fait avilissante et dégradante et constitue un bon exemple de l’effet qu’a la télévision de rabaisser l’objet qu’il s’agit d’évaluer, de percer à jour tous les déguisements, de dégonfler toutes les prétentions. Formulée de but en blanc avec l’indispensable dimension sous-jacente de scepticisme généralisé qui fait forcément partie du langage de la télévision, la question se révèle un modèle de question rhétorique : — Qu’est-ce qui vous rend si unique ? — Rien.
C’est par excellence la question que pose la télévision, parce qu’il est dans la nature de ce média de nous enseigner, avec une insistance implacable, que personne n’est unique, quelles que soient les prétentions contraires. Au point où nous en sommes arrivés dans notre histoire, il est bien possible que la meilleure qualification pour exercer une charge élevée soit de refuser de coopérer avec le plan d’auto-promotion des médias. Un candidat qui aurait le courage de s’abstenir de paraître dans les « débats » organisés par les médias se distinguerait automatiquement des autres et pourrait se prévaloir d’une bonne dose de respect de la part du public.
Les candidats devraient réclamer de pouvoir débattre directement l’un avec l’autre au lieu de réagir à des questions qui leur sont adressées par des commentateurs et des spécialistes. Leur passivité et leur veulerie les rabaissent aux yeux des électeurs. Ils ont besoin de recouvrer leur respect pour eux-mêmes en contestant le statut d’arbitres du débat public qu’ont pris les médias.
Refuser de jouer le jeu selon les règles fixées par les médias ferait prendre conscience aux gens de l’immense influence illégitime que les médias en sont arrivés à exercer sur la politique américaine. Ce serait aussi l’indice crucial de la présence chez le candidat d’un caractère identifiable par les électeurs et auquel ils pourraient se rallier.
Qu’est-il arrivé à la tradition dont les débats Lincoln-Douglas nous ont donné un exemple ? Les scandales de l’Âge du toc donnèrent mauvaise réputation à la politique des partis. Ils vinrent conforter les doutes et les inquiétudes que les « gens de bien » nourrissaient déjà à l’avènement de la démocratie jacksonienne. Au cours des années 1870 et 1880, il était devenu courant parmi les classes instruites d’avoir une mauvaise opinion de la politique. Les réformateurs issus de la bonne société — ceux que leurs ennemis qualifiaient de mugwumps (1) — réclamaient que la politique soit professionnalisée, ce qui aurait permis de libérer la fonction publique du « système des dépouilles » et du contrôle des partis et de substituer aux nominations politiques un corps d’experts qualifiés.
Même ceux qui rejetèrent l’appel à déclarer leur indépendance par rapport au système des partis, comme Théodore Roosevelt (qui, par son refus à abandonner le parti républicain, provoqua la fureur des « indépendants ») partageaient l’enthousiasme des mugwumps pour la réforme de la fonction publique. Selon Roosevelt, les « gens de bien » devaient aller défier les hommes mis en place par le système des dépouilles sur leur propre territoire au lieu de se retirer sur la touche de la vie politique.
Le mouvement pour un grand nettoyage de la politique gagna de la force pendant l’époque progressiste. Sous la direction de Roosevelt, de Woodrow Wilson, de Robert La Follette et de William Jennings Bryan, les progressistes prêchaient « l’efficacité », « le bon gouvernement », « l’entente au-delà des clivages de partis » et « la gestion scientifique » des affaires publiques, déclarant la guerre au systèmes des « bosses ». Ils s’en prirent au système de l’ancienneté au Congrès, limitèrent les pouvoirs du Speaker (président) de la Chambre des Représentants, remplacèrent les maires des grandes villes par des managers (syndics) et déléguèrent d’importantes fonctions de gouvernement à des commissions nommées disposant d’un état-major d’administrateurs qualifiés.
Se rendant compte que les « machines » politiques dans les grandes villes étaient des bureaux d’assistance sociale d’un type rudimentaire, distribuant du travail et d’autres avantages à leur clientèle et s’assurant ainsi leur loyauté, les progressistes entreprirent de créer un assistanat d’État comme moyen de concurrencer les « machines ». Ils lancèrent des enquêtes exhaustives sur la criminalité, le vice, la misère et autres « problèmes sociaux ». Leur position était que gouverner est une science, pas un art. Ils forgèrent des liens entre l’État et l’université de manière à garantir l’apport constant d’experts et de savoir spécialisé. Mais le débat public avait pour eux peu d’intérêt. De leur point de vue, la plupart des questions politiques étaient trop complexes, pour être soumises au jugement du peuple. Ils aimaient opposer l’expert scientifique à l’orateur, voyant dans ce dernier un moulin à paroles inutile dont les diatribes ne faisaient qu’embrouiller l’esprit du public.
Le professionnalisme dans la politique signifiait professionnalisme dans le journalisme. La liaison entre les deux fut énoncée par Walter Lippmann dans une remarquable série d’ouvrages : Liberty and the News (1920), Public Opinion (1922) et The Phantom Public (1925).
Ils ont fourni au journalisme moderne sa charte fondatrice, l’argumentation la plus élaborée en faveur d’un journalisme qui serait guidé par le nouvel idéal de l’objectivité professionnelle. Lippmann a avancé des critères qui sont toujours ceux sur lesquels on juge la presse — avec pour résultat habituel qu’on ne la trouve pas à leur hauteur.
Toutefois ce qui nous occupe ici n’est pas de savoir si la presse a su être à la hauteur des critères de Lippmann, mais comment tout d’abord il en est arrivé à définir ces critères. En 1920, Lippmann et Charles Merz publiaient dans The New Republic un long article examinant la manière dont la presse avait rendu compte de la révolution russe. Aujourd’hui oubliée, cette étude montrait que les journaux américains avaient donné à leurs lecteurs une description de la Révolution déformée par leurs préjugés anti-bolcheviques, une tendance à prendre leurs désirs pour des réalités et de l’ignorance pure et simple. La rédaction de Liberty and the News était aussi motivée par l’écroulement de l’objectivité journalistique pendant la guerre, quand les journaux s’étaient auto-désignés « défenseurs de la foi ». Selon Lippmann, le résultat avait été une « rupture des moyens de connaissance du public ». La difficulté dépassait la guerre ou la révolution, « destructeurs suprêmes de la pensée réaliste ». L’étalage de sexualité, de violence et de « faits divers » — produits de base du journalisme de masse moderne — soulevait de graves questions sur l’avenir de la démocratie. « Tout ce qu’ont prétendu les critiques les plus mordants de la démocratie est vrai s’il n’y a pas apport constant d’informations fiables et pertinentes. »
Dans Public Opinion et The Phantom Public, Lippmann répondait de fait aux critiques en redéfinissant la démocratie. La démocratie ne demandait pas que le peuple se gouverne littéralement lui-même. Le public n’avait dans le gouvernement qu’une part strictement procédurière. L’intérêt du public n’allait pas jusqu’à la substance de la prise de décisions. « Le public s’intéresse à la Loi, pas aux lois ; à la méthode du droit, pas à sa substance. » Les questions de substance devaient être décidées par des administrateurs compétents qui, par leur accès à une information fiable, étaient immunisés contre les « symboles » émotionnels et les « stéréotypes » qui dominaient le débat public. Le public était incompétent pour se gouverner et ne se souciait même pas de se gouverner, du point de vue de Lippmann. Mais tant que l’on appliquait des règles assurant l’équité, le public se satisferait de laisser le gouvernement à des experts – pourvu, bien sûr, que ces experts obtiennent des résultats, cette abondance toujours croissante de commodités et de bien-être qui s’identifiait si étroitement au mode de vie américain.
Lippmann reconnaissait le conflit qui existait entre ses recommandations et la théorie reçue de la démocratie, selon laquelle les citoyens devaient participer aux débats sur les prises de décision publiques et y avoir une action, ne serait-ce qu’indirecte. Il soutenait que la théorie démocratique avait ses racines dans des conditions sociales qui n’existaient plus. Elle présupposait un « citoyen omni-compétent », un « bonhomme encyclopédique » qui ne pouvait se trouver que dans une « communauté simple et refermée sur elle-même ». Dans « le milieu vaste et imprévisible » du monde moderne, ce vieil idéal de citoyenneté était obsolète. La complexité d’une société industrielle demandait un gouvernement confié à des responsables qui seraient nécessairement guidés — puisque toute forme de démocratie directe était à présent impossible — soit par l’opinion publique, soit par le savoir d’experts. L’opinion publique n’était pas fiable parce qu’elle ne pouvait être unie qu’en faisant appel à des slogans et à des « images symboliques ».
La méfiance de Lippmann à l’égard de l’opinion publique reposait sur la distinction épistémologique entre vérité et simple opinion. Dans sa conception, la vérité surgissait d’une enquête scientifique désintéressée ; tout le reste était idéologie. Donc la portée du débat public devait être sévèrement restreinte. Dans le meilleur des cas, le débat public était une nécessité pénible — non pas l’essence même de la démocratie mais son « défaut premier » qui ne naissait que du fait qu’on disposait malheureusement d’une quantité limitée de « connaissance exacte ». Dans l’idéal, le débat public n’aurait aucunement lieu ; les décisions se baseraient seulement sur des « normes de mesure » scientifiques. La science tranchait net dans « les slogans et les stéréotypes paralysants », dans « les fils de la mémoire et de l’émotion » qui immobilisaient dans leurs nœuds « l’administrateur responsable ».
Dans la vision de Lippmann, le rôle de la presse était de faire circuler de l’information et non d’encourager la discussion. La relation entre information et discussion était antagoniste, et non complémentaire. Sa position n’était pas qu’une information fiable était une condition préalable nécessaire à la discussion ; au contraire, ce qu’il voulait dire, c’est que l’information excluait la discussion, rendait toute discussion inutile. Les débats étaient ce qui se produisait en l’absence d’information fiable.
Lippmann avait oublié ce qu’il avait appris (ou ce qu’il aurait dû apprendre) de William James et John Dewey : que notre quête d’une information fiable est elle-même guidée par les questions qui sont soulevées au cours des discussions portant sur une série d’actions donnée. C’est seulement en soumettant nos préférences et nos projets à l’épreuve du débat que nous en arrivons à comprendre ce que nous savons et ce qu’il nous reste à apprendre. Tant que nous n’avons pas à défendre nos opinions en public, elles demeurent des opinions au sens péjoratif que Lippmann donne à ce mot — des convictions à moitié formées fondées sur des impressions aléatoires et des présupposés admis sans examen. C’est l’acte de formuler nos conceptions et de les défendre qui les tire de la catégorie des « opinions », qui leur donne forme et définition et permet également à d’autres de les identifier comme la description de leur propre expérience. Bref, nous n’en arrivons à connaître ce que nous avons en tête qu’en nous expliquant devant les autres.
Bien sûr, la tentative de convertir autrui à notre propre point de vue comporte le risque qu’il puisse nous arriver d’adopter plutôt le leur. Il nous faut entrer par l’imagination dans les arguments de nos adversaires, ne serait-ce que dans l’intention de les réfuter, et peut-être qu’au bout du compte nous nous retrouverons persuadés par ceux que nous cherchions à persuader. La discussion est risquée et imprévisible, et pour cette raison elle, est éducative.
Pour la plupart d’entre nous, nous tendons à y voir (comme Lippmann) le choc de dogmes rivaux, une foire d’empoigne où aucun des deux camps ne cède de terrain. Mais on ne remporte pas une discussion en faisant taire ses adversaires à force de hurlements. On la remporte en faisant changer d’avis son adversaire — chose qui ne peut arriver que si l’on accorde une écoute respectueuse aux arguments adverses et que l’on persuade quand même ceux qui les avancent qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans ces arguments. Pendant que nous sommes engagés dans cette activité, il se peut bien que ce soit nous qui décidions qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans les nôtres.
Si nous maintenons fermement que le débat est l’essence de l’éducation, nous défendrons la démocratie comme la forme de gouvernement non pas la plus efficace mais la plus éducative, telle qu’elle étend aussi largement que possible le cercle de la discussion et oblige ainsi tous les citoyens à articuler leurs conceptions, à les mettre en danger et à cultiver les vertus de l’éloquence, de la clarté de pensée et d’expression, et du jugement solide. Comme le relevait Lippmann, les petites communautés constituent le lieu classique de la démocratie — non pas toutefois parce qu’elles sont « refermées sur elles-mêmes », mais simplement parce qu’elles permettent à tout le monde de prendre part aux débats publics. Au lieu de rejeter sommairement la démocratie directe comme n’ayant aucune pertinence dans les conditions modernes, il nous faut la recréer sur une grande échelle. De ce point de vue, la presse sert d’équivalent à l’assemblée communale.
C’est de fait ce qu’a soutenu Dewey — peu clairement toutefois, hélas — dans The Public and Its Problems (1927), ouvrage écrit en réponse aux réflexions désobligeantes de Lippmann sur l’opinion publique. La distinction établie par Lippmann entre vérité et information reposait sur une « théorie passive de la connaissance comme spectacle » ainsi que l’explique James W. Carey dans son Communication as Culture (1989).
Dans la conception des choses que se faisait Lippmann, la connaissance est ce que nous recevons quand un observateur, de préférence formé scientifiquement, nous présente une copie de la réalité que nous pouvons tous reconnaître. De son côté, Dewey savait que même les scientifiques débattent entre eux. Il soutenait qu’une « enquête systématique » n’était que le commencement de la connaissance et non pas sa forme finale. La connaissance dont avait besoin toute communauté — qu’il s’agisse d’une communauté de chercheurs scientifiques ou d’une communauté politique — ne se dégageait que du « dialogue » et d’un « échange direct ».
Comme l’indique Carey, il est significatif que l’analyse de la communication selon Dewey mette plutôt l’accent sur l’oreille que sur l’œil. Dewey écrit en effet : « La conversation a une importance vitale qui manque dans les paroles fixées et gelées de l’écrit… Les liaisons de l’oreille avec la pensée et l’émotion vitales qui s’expriment sont immensément plus étroites et plus diverses que celles de l’œil. La vision est spectatrice ; l’ouïe est participante. »
La presse étend la portée du débat en apportant au mot parlé le supplément du mot écrit. Si la presse doit s’excuser de quelque chose, ce n’est pas du fait que le mot écrit soit un piètre substitut pour la langue pure des mathématiques. Dans ce rapport, ce qui compte, c’est que le mot écrit soit un piètre substitut pour le mot parlé. Mais c’est toutefois un substitut acceptable aussi longtemps que l’écrit prend pour modèle l’oral et non pas les mathématiques. Si la presse n’était pas fiable selon Lippmann, c’était parce qu’elle ne pouvait jamais nous donner des représentations exactes de la réalité, mais seulement des « images symboliques » et des stéréotypes. L’analyse de Dewey sous-entendait une voie critique plus pénétrante. Pour citer Carey : « La presse en percevant son rôle comme celui d’informer le public abandonne le rôle d’organisme chargé de faire vivre la conversation de notre culture. » Ayant adhéré à l’idéal d’objectivité de Lippmann, la presse ne sert plus à cultiver « certaines habitudes vitales » dans la communauté : « la capacité de suivre un argument, de saisir le point de vue d’autrui, d’élargir les frontières de l’entendement, de débattre les différentes finalités que l’on pourrait choisir de viser. »
La montée parallèle et simultanée de la publicité et des relations publiques contribue à expliquer pourquoi la presse a renoncé à sa fonction la plus importante — celle d’agrandir le forum public — en même temps qu’elle devenait plus « responsable ». Une presse responsable, par opposition à une presse partisane ou ancrée dans ses opinions attirait le type de lecteurs que les publicitaires étaient avides de toucher : des lecteurs nantis, qui pour la plupart se considéraient probablement des électeurs indépendants. Ces lecteurs voulaient avoir l’assurance de lire toutes les nouvelles qu’il est convenable de publier et non pas la vision des choses d’un rédacteur en chef, marquée par l’idiosyncrasie et sans doute biaisée. On en est arrivé à ce que responsabilité soit synonyme de recul devant toute controverse, parce que.les annonceurs étaient disposés à payer pour cela. Certains annonceurs étaient également disposés à payer pour du sensationnalisme, quoiqu’au total ils aient préféré un lectorat respectable plutôt que simplement une forte circulation. En tout cas, ce qu’ils ne préféraient pas, c’était de « l’opinion » — non que les arguments philosophiques de Lippmann les aient marqués, mais parce qu’un journalisme aux opinions tranchées ne leur garantissait pas le bon public. Sans doute espéraient-ils aussi qu’une aura d’objectivité, marque caractéristique du journalisme responsable, viendrait déteindre aussi sur les réclames qui entouraient des colonnes de texte de plus en plus minces.
Par un curieux retournement de l’histoire, la publicité, la promotion et les autres formes de persuasion commerciale en sont venues elles-mêmes à se déguiser en information. Publicité et promotion se sont substituées au débat ouvert. « Les persuadeurs cachés » (selon la formule de Vance Packard) ont remplacé les rédacteurs d’antan, les essayistes et les orateurs qui ne faisaient pas mystère de leur engagement partisan. L’information et la promotion sont devenues de plus en plus impossibles à distinguer. L’essentiel des « nouvelles » dans nos journaux — 40 % selon l’estimation optimiste de M. Scott Cutlip, professeur à l’université de Géorgie — est constitué d’éléments qui sont débités par des agences de presse et des offices de relations publiques et régurgités ensuite sans modification par les organes journalistiques « objectifs ». Nous nous sommes habitués à l’idée que l’essentiel de l’espace dans nos quotidiens d’information, si l’on peut dire, soit consacré à la publicité — au moins les deux tiers dans la plupart des quotidiens.
Mais si nous considérons les relations publiques comme une autre forme de publicité, ce qui n’est pas vraiment tiré par les cheveux puisque les deux sont alimentées par des entreprises privées d’inspiration commerciale, il nous faut à présent nous faire à l’idée qu’une grande partie des « nouvelles » est constituée aussi de publicités.
Le déclin de la presse partisane et l’avènement d’un nouveau type de journalisme qui professe des normes rigoureuses d’objectivité ne nous assurent pas un apport constant d’informations utilisables. Si l’information n’est pas produite par un débat public soutenu, elle sera pour l’essentiel au mieux dépourvue de pertinence, et au pire trompeuse et manipulatrice. De plus en plus, l’information est produite par des gens qui désirent promouvoir quelque chose ou quelqu’un — un produit, une cause, un candidat ou un élu — sans s’en remettre pour cela à ses qualités intrinsèques ni en faire explicitement la réclame en avouant qu’ils y ont un intérêt personnel. Dans son zèle à informer le public, une bonne partie de la presse est devenue le canal tout trouvé de ce qui est l’équivalent de cet insupportable courrier promotionnel qui encombre nos boîtes aux lettres. Comme la poste — encore une institution qui servait autrefois à élargir la sphère de la discussion interpersonnelle et à créer des « comités de correspondance » — elle distribue aujourd’hui une profusion d’information inutile, indigeste, dont personne ne veut, et qui pour la plus grande part va finir au panier sans qu’on l’ait lue.
L’effet le plus important de cette obsession de l’information, à part la destruction d’arbres pour fabriquer du papier et le fardeau croissant que représente « la gestion des déchets », est d’affaiblir l’autorité du mot. Quand on se sert des mots comme de simples instruments de propagande ou de promotion, ils perdent leur pouvoir de persuasion. Ils cessent bientôt d’avoir la moindre signification. Les gens perdent leur capacité à se servir du langage avec précision et de façon expressive, ou même à distinguer un mot d’avec un autre. Le mot parlé se modèle sur le mot écrit au lieu que ce soit l’inverse, et la parole ordinaire commence à ressembler au jargon ampoulé que nous trouvons dans les journaux. La parole ordinaire commence à ressembler à de « l’information » — catastrophe dont peut-être la langue anglaise ne se relèvera jamais.
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(1) Provenant d’un dialecte indien et signifiant « grand chef », le terme de « mugwump » est utilisé pour désigner ironiquement le patricien, l’intellectuel, voire l’artiste, dégoûté par l’évolution démocratique et matérialiste de la vie américaine, et révolté par la place grandissante des immigrants non anglo-saxons et leurs systèmes clientélistes (machines) dans les grandes villes, dominé par un boss, intermédiaire tout-puissant. Leur organe naturel est The Nation de Godkin. (N d T)
Source : Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie (1994), Climats, chapitre 9 « L’art perdu de la controverse », pages 167 à 180.
Christopher Lasch est un penseur remarquable, n’est-ce pas ? Tout le livre est du même tonneau, c’est d’une richesse exceptionnelle.
La controverse Lippmann/Dewey, complètement oubliée aujourd’hui, est pourtant un élément important pour comprendre la dégénérescence du mot démocratie et des valeurs populaires, cette importante Common Decency que défendait Orwell et que le libéralisme refuse de défendre.
Il faut lire Lasch, Michéa et Orwell.
Étienne.
Bonjour Etienne Chouard,
Globalement j’apprécie vos actions aussi suis je surpris de voir que J. Cheminade, réputé d’extrême droite, apparaisse dans vos « sentinelles du peuple ».
Qu’ en dites vous ?
@ Anardon,
Michel Onfray souligne souvent que LA RÉPUTATION EST LA SOMME DES MALENTENDUS QUI S’ACCUMULENT SUR UNE PERSONNE.
Je trouve cette maxime pertinente et souvent vérifiée.
Par principe, donc, je me méfie des réputations et je tâche de vérifier les faits, autant que possible.
Il se trouve que je connais personnellement Jacques Cheminade et une partie des militants de son petit parti. Il est donc plus difficile de me faire croire que ce sont des extrémistes de droite, à moi qui ai éprouvé leur humanisme sincère pendant des heures de conversations passionnantes.
Cette rumeur est UN EXEMPLE ACADÉMIQUE DE CE QUE LES RUMEURS PEUVENT ÊTRE UN RAMASSIS DE SOTTISE ET DE ROUERIE, combinaison de la rouerie de ceux qui les inventent et de la sottise de ceux qui leur donnent crédit sans vérifier quoi que ce soit.
Voyez http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/05/25/126-jacques-cheminade-authentique-sentinelle-du-peuple-maltraite-depuis-longtemps-par-les-chiens-de-garde-de-l-oligarchie
Et contrôlez par vous-même LES FAITS, au lieu de croire toutes les fadaises caricaturales et calomnieuses qui traînent dans les PARTIS, VÉRITABLES PRISONS DE LA PENSÉE, machines de guerre intellectuelle.
Si vous lisez les articles du site de Cheminade, je vous défie d’y trouver une ligne, un mot, qui confirme cette calomnie lamentable.
Par contre, je vous fais remarquer que Larouche et Cheminade s’en prennent frontalement et tout à fait prioritairement à la FINANCE comme cause centrale des malheurs des hommes. (Et les FAITS me conduisent à leur donner RAISON.)
Ceci explique sans doute cela : j’observe que tous ceux qui s’en prennent aux banques de façon crédible, sérieuse et dangereuse pour les banques se retrouvent étiquetés « secte », « d’extrême droite », fasciste », etc.
Ce qui me fatigue, surtout, c’est la crédulité et la couardise de mes concitoyens : il suffit qu’on brandisse le chiffon rouge « fasciste » pour qu’ils s’éloignent rapidement, de peur sans doute de prendre eux-mêmes des coups injustes, sans même vérifier si des FAITS corroborent ces calomnies. C’est pitoyable. Ils discréditent ainsi eux-mêmes leurs meilleurs alliés.
Nous sommes trop vulnérables aux bobards. Il suffit de calomnier nos meilleurs combattants pour que nous leur tirions dessus nous-mêmes. Plus con que ça, tu meurs. Nous ne gagnerons jamais.
À vrai dire, votre question me déprime.
Étienne.
Les bobards… mes pires ennemis (même si je suis trop humaniste pour leur tirer dessus… pardonnez-leur, que disait Jesu, car ils ne savent pas ce qu’ils font).
Il n’y à pas pire qu’un ignorant qui ignore qu’il ignore, et qui reste un boulet pour tous parce-qu’il n’est bon à rien.
Pour pouvouir avancer, il faut s’instruire. Sur n’importe quoi qui puisse être utile à la communauté qu’on veut voir émerger.
Tant qu’on aura un cerveau qui fonctionne… tout le reste n’est que construction intellectuelle ! Ne forcez pas les intellos à se cacher en leur tirant desus, on à besoin d’eux pour comprendre. Et quand vous en trouvez un qui soit humaniste, faites foule autour de lui, et acceptez le sacrifice de le proteger avec votre corps contre les franc-tireurs… car son cerveaux au service de tous vaut mille fois plus que le votre, même si lui il ne le vous demandera jamais parce-qu’il sait qu’il ne peut se projeter comme supérieur (il le sera en capacités, mais il n’acceptera jamais d’imposer qu’il le soit en droits). Si ce choix n’est pas volontaire chez les autres, lui il n’a pas d’autre option que de se taire, car du moment qu’il ouvre la bouche à découvert… il sera abattu par les franc-tireurs de l’élite.
Vous aurez en tout cas ce que votre couardise vous fait mériter.
Faut espérer, comme dit Julian Assange, que le courage soit contagieux… sinon, il n’y aura pas d’espoir pour l’humanité.
On aurait besoin d’une conférence sous-tirtré en espagnol.
Pour difusión des idées en Espagne.
Merci
Richard,
Je ne suis pas sûr que vous parliez des conférences de ce site, mais au cas où :
La page des chantiers de traductions (en cours et finis) est là : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/traductions
L’explication des dernières contributions (formidables) est là :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/08/24/140-scripts-de-la-conference-de-marseille-comme-aide-a-la-traduction
et là : http://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=130063127091019&id=600922316
Si vous pouviez trouver un peu d’aide, surtout de la part de personnes dont l’espagnol serait la langue maternelle, ce serait très volontiers 🙂
Étienne.
Je découvre seulement ce billet… très intéressant encore une fois 🙂
Je relève cette phrase au sujet de la vidéo sur Chavez :
« chacun imagine la tête consternée du vieil usurier en train de s’étrangler… et de transpirer… C’est drôle. Merci Hugo. »
Au contraire, j’ai du mal à le voir transpirant (quoi que, sur la fin peut-être) par contre on peut surtout noter à quel point la finance est arrogante et méprisante. Imaginez que ce banquier parle quand même à un chef d’Etat, mais que cela ne l’empêche pas de faire le malin, d’être arrogant et hautin (comme le fait remarquer le président vénézuélien d’ailleurs). Je trouve ça dingue ! Voir un Président de la République se faire tenir tête par un simple banquier (car c’est pas Rothschild non plus)… c’est incroyable !
Le pire, c’est que ça ne choque personne. La plupart trouvent juste ça rigolo, ou culotté de la part de Chavez, alors que le culot est bel et bien à l’autre bout du fil (et c’est loin d’être un jeu ou un coup de force du président pour se faire bien voir devant cette assemblée de citoyens, mais vous le savez je crois… et vous remettez même en place le sens du mot « populisme », Bravo et Merci)
Et je rejoins votre commentaire concernant la réponse à Anardon…
« Nous sommes trop vulnérables aux bobards. Il suffit de calomnier nos meilleurs combattants pour que nous leur tirions dessus nous-mêmes. »
Rien à ajouter, c’est tellement vrai. Et je vous rassure (ou pas) mais ce genre de réflexion bornée me désole moi aussi. Encore plus quand ce sont des proches ou de la famille, et ça arrive souvent, malheureusement.
Mais nous y arriverons, tous ensemble, ne désespérez pas (on ne va pas se laisser abattre par un vulgaire commentaire sorti tout droit de TF1… voyons!) 😉
Encore merci pour toutes ces références et tous ces liens.
Stratégie de la tension au Venezuela
par Maurice Lemoine, 20 février 2014, sur Mémoire des luttes.
Tout commence, en apparence, dans l’Etat de Táchira. Le 6 février, au terme d’une manifestation théoriquement convoquée pour protester « contre l’insécurité », un roupe de quelque 80 étudiants cagoulés incendie la guérite de la résidence du gouverneur, brise le portail et s’en prend violemment au bâtiment, avec un solde de onze blessés, dont neuf policiers. Dans les jours qui suivent, réclamant la libération des personnes arrêtées lors de ces désordres, d’autres manifestations se déroulent dans l’Etat de Mérida, débouchant à leur tour sur des actes de violence et de nouvelles détentions. Le 12 février, les événements s’emballent et prennent une tournure dramatique : à Caracas, une nouvelle démonstration se termine, devant l’immeuble du Ministère public (le siège du pouvoir judiciaire), par de violentes échauffourées qui font trois morts par armes à feu et plus de 60 blessés.
Les chocs entre « étudiants » et forces de l’ordre reprennent de plus belle le 15 février, près du Parque del Este, dans la capitale, où la journée de « protestation civique » se termine par de multiples dégradations et la mise à sac, par des groupes de choc, de stations de métro [1]. Le lendemain, c’est sur la place Altamira – bastion emblématique de l’opposition depuis la tentative de coup d’Etat d’avril 2002 contre Hugo Chávez – et devant les locaux de la chaîne nationale Venezolana de Televisión que les contestataires établissent leurs quartiers, avec, en corollaire, pour leur répondre, un classique déluge d’armes non létales – gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc.
Ce qui, quelques jours auparavant, avait débuté comme une banale fronde étudiante a, entre temps, changé de nature. Avec pour chefs de file Leopoldo López, coordinateur national du parti Volonté populaire et ex-maire de Chacao (un quartier chic de Caracas), la députée María Corina Machado, très appréciée dans les secteurs les plus radicaux, ainsi que le maire « social-démocrate » du grand Caracas, Antonio Ledezma, les dirigeants de l’opposition appellent au soulèvement contre le régime « autoritaire », « corrompu » et « incompétent » du président Nicolas Maduro. Ce que d’aucuns nomment déjà avec gourmandise « le printemps vénézuélien » vient-il de commencer ?
Le pays traverse une période délicate, nul n’en disconvient. Insécurité, pénuries (dont la très médiatisée absence de papier toilette dans les rayons des supermarchés), marché noir et surtout inflation galopante (56 % en 2013) y ont, ces derniers temps, semé, selon le camp où le citoyen se situe, l’inquiétude ou l’exaspération.
Un contrôle des changes ayant été instauré en 2003 par Chávez pour empêcher la fuite des capitaux, les Vénézuéliens qui ont besoin de dollars pour importer ou voyager à l’extérieur doivent passer par un organisme d’Etat et les acheter à un prix imposé, nommé « préférentiel ». La quantité de dollars disponibles à ce taux étant restreinte, alors que la demande demeure importante, un marché noir a surgi, sur lequel la monnaie américaine se négocie à des prix faramineux – jusqu’à douze fois le taux officiel de 6,3 bolivars par dollar. « Ce qui a réellement poussé l’inflation, il y a près d’un an, explique l’économiste Marc Weisbrot, co-directeur du Center for Economic and Policy Research, à Washington, fut la réduction de l’octroi de dollars pour le marché extérieur. Ceux-ci ont été réduits de moitié en octobre 2012 et pratiquement éliminés en février 2013. De sorte que beaucoup d’importateurs ont dû acheter davantage de dollars au marché noir. C’est de là qu’est venu le pic d’inflation [2]. »
Dans l’analyse du phénomène, beaucoup en sont restés là, pointant du doigt la responsabilité ou l’incompétence des cercles dirigeants au sein desquels, de fait, se déroule un débat – ouverture, poursuite de la même politique, radicalisation ? – sur les mesures à prendre pour mettre un terme à ces distorsions [3]. Mais bien peu ont mis l’accent sur la partie immergée de l’iceberg : comme au Chili, au cours des mois qui ont précédé le renversement et la mort de Salvador Allende, c’est bel et bien une entreprise de déstabilisation économique qui fait tanguer le Venezuela.
En novembre 2013, l’affluence populaire pour acheter « à des prix justes » les produits électroménagers de la chaîne Daka, après que, occupée par le gouvernement, elle ait vu ses biens confisqués à Caracas, Punto Fijo, Barquisimeto et Valencia, a mis un coup de projecteur sur les méthodes utilisées pour spéculer, saboter l’économie, ou les deux à la fois : après avoir obtenu plus de 400 millions de dollars publics, de 2004 à 2012, pour importer ces biens à bas prix, Daka pratiquait une surfacturation pouvant aller jusqu’à 1 000 % en les revendant. Au même moment, une inspection du magasin d’électronique et d’audio-visuel Pablo Electronica détectait une augmentation injustifiée des tarifs (de 400 à 2000 %). On pourrait remplir des pages entières d’exemples, tant ils sont légion. Dès lors, dans son offensive contre « la guerre économique », le pouvoir a mis en place un plan ambitieux de régulation des prix des biens et des services, et en a incontestablement récolté les fruits : le 8 décembre, alors qu’on les disait (ou croyait, ou souhaitait) moribondes, les forces chavistes remportaient les élections municipales, prenant ou conservant 76,42 % des mairies du pays (256 municipios) et devançant la Plateforme d’unité démocratique (MUD : 22,69 %, 76 municipios) de plus d’un million de voix. Depuis, la « Loi organique des prix justes », entrée en vigueur le 11 janvier 2014, limite les marges bénéficiaires sur les biens et les services à 30 %.
De quoi augmenter les pénuries s’insurgent les opposants et les économistes libéraux ! Mais quelles pénuries ? Pas un jour ne se passe sans que, comme le 5 février, dans l’Etat de Táchira, les autorités ne découvrent 939,2 tonnes – 939,2 tonnes ! – de riz, sucre, beurre, lait, café, huile, etc., dissimulés dans des entrepôts et soustraits aux rayonnages des magasins. Pas un jour ne s’écoule sans que, comme le 8 février, dans le Département d’Apure, on ne saisisse 32 tonnes d’aliments – et 4 992 rouleaux de papier hygiénique ! – destinées à partir en contrebande vers la Colombie. Ce même 8 février, le superintendant Luis Mota Domínguez informait que venaient d’être trouvés, dans trois dépôts de la Distribuidoras y Ensambles de Venezuela, située à Valencia (Etat de Carabobo), plus de 49 000 appareils électroménagers – machines à laver, cuisinières, réfrigérateurs, etc. – importés depuis plus de trois ans grâce aux millions de dollars « préférentiels » octroyés par le gouvernement. Alors des pénuries, effectivement, et pour cause, il y en a.
L’opinion ainsi travaillée par ces séquences de film catastrophe, l’opposition peut passer (ou re-passer) à l’action. Regroupée au sein de la MUD, elle n’a pas accepté la victoire de M. Maduro à l’élection présidentielle d’avril 2013, avec 50,66 % des voix. Cette marge étroite incita le candidat battu pour la deuxième fois en six mois [4], M. Henrique Capriles Radonski, à refuser de reconnaître le verdict des urnes et à lancer ses partisans dans une campagne de « désobéissance civile » qui provoqua onze morts et des dizaines de blessés. Washington ne donnant plus le « la » dans la région, depuis la naissance de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et de la Communauté des Etats latino-américains et caraïbes (Celac), la campagne internationale entreprise sur le thème de la « fraude électorale » ne donna pas les résultats escomptés et cette poussée de violence s’interrompit momentanément.
Toutefois, pariant sur la panique suscitée, y compris au sein des milieux populaires, par la déstabilisation de l’économie, par l’annonce ou l’invention des pénuries, la droite dure pensait pouvoir donner le coup de grâce à la révolution bolivarienne à l’occasion des élections municipales du 8 décembre dernier. Elle les transforma en plébiscite et en vote-sanction contre la gestion de M. Maduro. Pari perdu. Au fil des mois, en gouvernant d’une main ferme, celui-ci a su renforcer sa légitimité. Après cette quatrième défaite en quelques mois [5], la perspective de reprendre le pouvoir se ferme à nouveau pour la droite : dans un pays accoutumé à voir se succéder les scrutins, il n’y aura plus d’élections avant les législatives de fin 2015 et un éventuel référendum révocatoire en 2016 !
Attendre, une fois de plus ? De la démocratie, certains secteurs de l’opposition vénézuélienne ont une conception toute particulière. Tout comme M. Leopoldo López, Mme María Corina Machado considère que, pour provoquer « le naufrage du régime », il n’est plus possible de respecter le calendrier électoral. C’est donc avec le slogan « la salida » (« la sortie ») que l’un et l’autre appellent à l’insurrection. En avril 2002, déjà, M. López a activement participé au coup d’Etat contre Hugo Chávez et figure sur la liste des signataires du décret qui, à l’instigation du bref dictateur, le patron des patrons Pedro Carmona, a alors dissous le Congrès et tous les pouvoirs constitués. Accusé d’irrégularités administratives lorsqu’il était maire de Chacao, il a été jugé en 2008 et s’est vu interdire toute postulation à une charge publique jusqu’en 2014. Comme lui (qui se voit en « président de transition »), Mme Machado (qui se rêve en « première présidente » du Venezuela), multiplie les contacts, en Colombie, avec l’ex-président Alvaro Uribe ou ses proches, ainsi qu’aux Etats-Unis où la visite qu’elle fit le 31 mai 2005, dans le Bureau ovale, au président George Bush, n’est pas passée inaperçue.
Leopoldo Lopez et Alvaro Uribe, 15 décembre 2011. (DR)
On notera au passage que l’offensive des secteurs extrémistes que l’un et l’autre représentent a, outre l’objectif de chasser M. Maduro du pouvoir, celui de mettre sur la touche M. Capriles, deux fois vaincu à la présidentielle et accusé de mollesse dans ses campagnes et la contestation des résultats. Dans le cadre de la lutte féroce qui se livre au sein de la MUD pour le contrôle de l’opposition, ce dernier fait le grand écart, se montrant (relativement) critique quant à la tactique de mobilisation de Volonté populaire, afin de conserver l’électorat de droite plus modéré, sans se couper totalement – « Nous sommes différents, mais nous sommes solidaires » – des radicaux. Avec même, parfois, quelques éclairs de lucidité : « Si le peuple humble ne participe pas [aux manifestations], a‑t-il déclaré lors d’une interview donnée à CNN [6], ce serait mentir à ceux qui ont un espoir, à ceux qui sortent pour marcher, ce serait leur mentir que de leur dire qu’ils vont trouver la solution [la fameuse « salida »] du jour au lendemain. »
S’il est parfaitement vrai que comparaison n’est pas raison, et que la paranoïa n’est pas bonne conseillère, on ne peut manquer de noter les similitudes entre l’actuelle escalade et l’enchaînement des événements qui ont mené au coup d’Etat d’avril 2002. En ce sens, les trois morts du 12 février attirent l’attention. D’après les premiers éléments de l’enquête, tous trois, comme nombre des victimes d’il y a douze ans, ont été abattus d’une balle dans la tête ; politiquement aux antipodes, deux d’entre eux, l’opposant Bassil Da Acosta et le militant chaviste Juan Montoya, ont été tués, à proximité l’un de l’autre, par la même arme, dans le quartier de La Candelaría. On se souvient que le 11 avril 2002, des francs-tireurs tirant à la fois sur les manifestants de l’opposition et sur les « bolivariens » avaient chauffé les esprits à blanc, créé la confusion, et permis au groupe d’officiers félons ayant organisé cette opération de type militaire de renverser Chavez, accusé d’avoir donné l’ordre de tirer sur ses opposants [7].
Comme à l’époque on accusait les Cercles bolivariens – organisation populaire, d’essence pacifique, soutenant la révolution – d’être à l’origine de ces assassinats et d’agir comme les chemises noires de Mussolini, les « colectivos » (collectifs), organisations de base issues des quartiers populaires, sont aujourd’hui mis en cause, présentés comme des « bandes de délinquants protégées et armées par le chavisme » – quand ce n’est pas comme des « Tontons macoutes », ainsi que l’a fait El País, le 18 février [8].
Imité par beaucoup, ce quotidien espagnol avait, à l’époque, pendant l’incarcération de Chávez, du 11 avril au soir au 13 en fin d’après-midi, célébré le coup d’Etat : « L’armée, poussée par la rue, a mis un point final au rêve d’une rhétorique révolution bolivarienne menée par un ex-golpiste qui, après avoir gagné les élections, s’est transformé, depuis le pouvoir, en un autocrate dangereux pour son pays et le reste du monde (…) La goutte qui a fait déborder le vase et a soulevé les militaires a été la répression déclenchée par la police et les francs-tireurs fidèles à Chávez, qui ont causé quinze morts et une centaine de blessés au troisième jour d’une grève générale qui a uni paradoxalement syndicats et patrons [9]. »
Douze ans plus tard, unie dans sa même détestation de la gauche latino-américaine, en général, et de la vénézuélienne en particulier, l’internationale médiatique a été rejointe par la nébuleuse des « réseaux sociaux » qui, de tweet en retweet, à coups de photos de répression sanglante et de torture prises sous d’autres cieux, mais attribuées au gouvernement bolivarien, s’activent à le délégitimer [10].
Enfin, mais faut-il le préciser, ce n’est plus le président George W. Bush qui y va de son coup de pouce aux séditieux, mais l’administration de M. Barack Obama. En réponse au secrétaire d’Etat John Kerry, qui a condamné la « violence insensée » exercée contre les manifestants, le ministre des Affaires étrangères Elías Jaua a notifié le 17 février à trois diplomates américains en poste à Caracas – au… service des visas – qu’ils avaient 48 heures pour quitter le pays au motif de leur participation « à l’organisation et la promotion de groupes qui ont tenté de générer de la violence au Venezuela ». « Ce sont des fonctionnaires qui vont dans les universités, a précisé le président Maduro. Nous les avons surveillés pendant des réunions dans des universités privées, ces deux derniers mois [11]. »
Alors que, deux jours auparavant, dans le centre de la capitale, des dizaines de milliers de Vénézuéliens, parmi lesquels des colonnes de jeunes et d’étudiants des Universités publiques, défilaient pour l’appuyer, le chef de l’Etat a assuré qu’il ferait poursuivre de la même manière « les opposants et les chavistes qui recourraient à la violence [12] ». Sous le coup d’un mandat d’arrêt pour celles du 15 février et pour ses appels à la sédition, et passé à la clandestinité, M. López est réapparu le 18 février, à la tête de manifestants « vêtus de blanc », pour aller déposer une pétition au ministère de l’Intérieur et de la Justice. Au terme de cette manifestation non autorisée, qui s’est néanmoins déroulée sans incidents dans l’est de Caracas, il s’est spectaculairement rendu à des fonctionnaires de la Garde nationale, avant d’être emmené dans un véhicule de police, non sans avoir dénoncé « une justice injuste et corrompue ».
Au même moment, les travailleurs de la compagnie pétrolière nationale PDVSA manifestaient eux aussi dans le calme, jusqu’au palais présidentiel de Miraflores, où M. Maduro appela à la paix. Toutefois, la production de « martyrs » permettant de dénoncer « la répression » et de se poser en victime devant l’opinion internationale, nul ne peut exclure que de futures provocations n’endeuilleront pas le pays. C’est ainsi que, au cours de la manifestation précitée, M. Maduro a lancé une très grave accusation – « Nous avons reçu l’information que la droite, la plus extrême droite de Miami et du Venezuela (…) a mobilisé des groupes pour le [Leopoldo López] chercher et le tuer afin de créer une crise politique et déclencher une guerre civile au Venezuela. » – avant de préciser que le gouvernement garantit l’intégrité physique de l’opposant. Trouvant l’histoire « trop belle pour être vraie », d’aucuns, sans aucun doute, hurleront à la loufoquerie ou à la manipulation. Toutefois, devant une caméra de CNN, l’épouse de M. López n’a pas démenti l’information : « Le gouvernement s’est montré préoccupé par cette situation et a pris contact avec la famille pour assurer la sécurité de Leopoldo [alors dans la clandestinité], et c’est ce qui a été fait. » Qu’on se souvienne du 11 avril 2002 : pour arriver à leurs fins, les factieux n’ont pas hésité à faire tirer sur leurs propres partisans, utilisés comme chair à canon.
En attendant, dans l’après-midi du 18 février, des groupes criminels ont tiré sur une coopérative textile « chaviste », à Los Cortijos (Etat de Miranda), faisant un mort et plusieurs blessés. À Valencia, c’est une marche de l’opposition se dirigeant vers la Plaza de Toros qui s’est terminée avec huit blessés par balles. A Barquisimeto, le central téléphonique a été incendié…
Ce qu’on appelle la stratégie de la tension.
Caracas, manifestation d’appui à la révolution bolivarienne, 15 février. (DR)
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Notes :
[1] Voir la vidéo disponible sur http://www.aporrea.org/oposicion/n245262.html
[2] The Guardian, Londres, 7 novembre 2013.
[3] Le 22 janvier, le gouvernement a annoncé l’activation d’un nouveau système de change, avec deux prix différents pour la devise : un taux préférentiel de 6,30 bolivars pour 1 dollar pour les éléments prioritaires et un taux maximum fixe pour les offres du Système Complémentaire d’Administration des Devises (SICAD) consacrées à d’autres aspects non prioritaires : voyages à l’étranger, cartes de crédit, lignes aériennes, envois familiaux, investissement étranger et réassurances.
[4] Le 7 octobre 2012, il avait déjà été battu par Hugo Chavez (55,07 % contre 44,31 % des voix). Malade d’un cancer, le président élu décédera le 5 mars 2013.
[5] Aux défaites subies aux deux présidentielle et à la municipale, il convient d’ajouter celle des régionales de décembre 2012, alors que le président Chávez luttait contre le cancer : le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) y remportait vingt Etats sur vingt-trois, la MUD n’en dirigeant plus que trois – Lara, Amazonas et Miranda, avec comme gouverneur Henrique Capriles dans ce dernier cas.
[6] « Capriles acusa a López de reeditar fracaso de la oposición por falta de apoyo popular », Correo del Orinoco, 18 février 2014.
[7] Lire « Chávez sauvé par le peuple », Le Monde diplomatique, mai 2002.
[8] Tout comme en 2002, des militaires et policiers hostiles au pouvoir en place avaient participé au golpe, on ne peut exclure, au vu des éléments et vidéos rassemblés par le quotidien Últimas Noticias, que des policiers du Service bolivarien des renseignements (Sebin), échappant à leur hiérarchie, soient impliqués dans les événements tragiques du 12 février. Une enquête est en cours, demandée par le président Maduro.
[9] Editorial « Golpe a un caudillo », El País, 13 avril 2012.
[10] Voir à cet égard les exemples qui accompagnent l’article de Romain Migus, « Coup de projecteur sur les zones d’ombre médiatiques », Venezuela Infos (http://venezuelainfos.wordpress.com/), 18 février 2014.
[11] Le Monde.fr avec AFP et Reuters, 17 février 2014.
[12] BBC Mundo, Londres, 16 février.
Source : Mémoire des luttes, http://www.medelu.org/Strategie-de-la-tension-au

Je n’ai pas creusé le sujet plus que cela, mais cette théorie que la crise économique au Vénézuela est due aux entreprises ne m’a jamais convaincu. Des capitalistes qui créeraient une fausse pénurie (donc amputeraient leur profits) pour des raisons politiques je n’y a crois pas trop. Avec un raisonnement pareil, quand un pays est dirigé par les libéraux et que les choses se détériorent, c’est la faute au gouvernement. Par contre, quand il y un gouvernement socialiste et que la situation économique se dégrade, c’est la faute à l’opposition. Donc, en somme, quand ça va mal, c’est toujours la faute des libéraux !?
http://youtu.be/-7L2qqPREMc