LA STRATÉGIE DU CHOC : Naomi Klein explique les techniques des riches pour profiter de la TERREUR des pauvres pour les rendre DOCILES

23/12/2010 | 29 commentaires

Chers amis,

Enfin, le film de Nao­mi Klein est dis­po­nible en strea­ming (vision libre sur le net) :

LA STRATÉGIE DU CHOC, FILM TIRÉ DU LIVRE DE NAOMI KLEIN

Vous y retrou­ve­rez, à tra­vers des exemples remar­quables, le cynisme ter­ri­fiant des riches sur terre quand il est ques­tion de pré­ser­ver leurs privilèges :

Après l’é­lec­tion régu­lière, en 1970 au Chi­li, d’un pro­gres­siste (Allende), Nixon et Kis­sin­ger, furieux, ont déci­dé, orga­ni­sé et appuyé le coup d’É­tat mili­taire de Pino­chet, en 1973 : enlè­ve­ments poli­tiques, tor­ture et assas­si­nat des oppo­sants et syn­di­ca­listes, tout ça pour pro­té­ger les riches Amé­ri­cains et les riches Chi­liens… « L’ex­pé­rience » ultra­li­bé­rale du Chi­li, labo­ra­toire éco­no­mique et poli­tique, conduite par l’ef­frayant gou­rou Mil­ton Fried­man et ses fidèles fon­da­men­ta­listes de « l’é­cole de Chi­ca­go », nous concerne tous direc­te­ment, ici et main­te­nant : nous sommes aujourd’­hui les vic­times des mêmes monstres, avec tou­jours la même source fon­da­men­tale : la cupi­di­té des malades men­taux que deviennent inva­ria­ble­ment les gens trop riches.

Les autres exemples que sou­ligne Nao­mi Klein pour démon­trer que les riches uti­lisent bel et bien consciem­ment la stra­té­gie du choc contre nous, ces autres exemples sont ter­ribles, comme le dic­ta­teur Vide­la en Argen­tine, avec les mêmes recettes de Chi­ca­go accom­pa­gnées de l’en­sei­gne­ment de la tor­ture et l’u­ti­li­sa­tion sys­té­ma­tique de cette tor­ture contre les oppo­sants civils.

L’ap­pli­ca­tion de ces théo­ries ultra­li­bé­rales est net­te­ment plus dif­fi­cile en milieu démo­cra­tique, comme aux USA ou en GB : on voit appa­raître Donald Rum­sfeld (un Chi­ca­go Boy), That­cher, Rea­gan. On uti­lise alors la guerre comme moyen de faire plier les popu­la­tions : guerre des Malouines, par exemple, uti­li­sée par That­cher pour impo­ser sa poli­tique éco­no­mique de choc : lami­nage des syn­di­cats, pri­va­ti­sa­tions à tout va, déré­gu­la­tion finan­cière, flam­bée des inéga­li­tés, sup­pres­sion des pro­tec­tions sociales…

Autre exemple : le chaos de l’é­co­no­mie de mar­ché défer­lant en Rus­sie avec Elt­sine et là encore, ses Chi­ca­go Boys : catas­trophe abso­lue pour les Russes : pau­vre­té, cor­rup­tion, maf­fias, vio­lences épou­van­tables ; le coup d’É­tat d’Elt­sine (bom­bar­de­ment du Par­le­ment russe) sou­te­nu par les USA. Régime des copains d’Elt­sine, les richis­simes « oli­garques » se goinfrent pen­dant que les Russes sombrent dans une misère noire.

La nomi­na­tion par Bush fils de Donald Rum­sfeld à la défense ; Rum­sfeld qui change d’  »enne­mi » : à la place de l’URSS, il cible désor­mais (le 10 sep­tembre 2001, veille de la mort de près de 180 per­sonnes dans le Penta­gone en feu), il cible « la bureau­cra­tie du Penta­gone »… Le choc du 11 sep­tembre rend pos­sible « la guerre contre le ter­ro­risme », guerre abs­traite et inga­gnable, mais source d’en­ri­chis­se­ments per­son­nels gigan­tesques (indus­trie de la sécu­ri­té inté­rieure, capi­ta­lisme du désastre, nou­velle éco­no­mie basée sur la peur), le bom­bar­de­ment de l’Af­gha­nis­tan, la tor­ture décom­plexée, géné­ra­li­sée, sys­té­ma­ti­sée, théo­ri­sée, légi­ti­mée… l’hor­reur abso­lue si vous com­pre­nez que ce n’est pas un film mais la réa­li­té (et pour nous, un ave­nir proche).

Le choc du 11 sep­tembre a aus­si ser­vi de jus­ti­fi­ca­tion loin­taine pour enva­hir, piller et détruire les popu­la­tions civiles d’I­rak, mais sans omettre trois nou­veaux chocs : l’o­pé­ra­tion mili­taire « choc et effroi », d’a­bord : bom­bar­de­ment effroyable en très peu de temps, déluge de feu théo­ri­sé froi­de­ment par des « stra­tèges » cyniques à sou­hait. Ce choc des bombes est rapi­de­ment sui­vi d’un choc éco­no­mique : Paul Bre­mer « ouvre l’I­rak aux affaires » 2 semaines après son arri­vée… Appli­ca­tion inté­grale du pro­gramme de l’é­cole de Chi­ca­go : déman­tè­le­ment de l’É­tat, pri­va­ti­sa­tion de tous les ser­vices publics, sipho­nage des fonds publics par les mul­ti­na­tio­nales US, comme Hali­bur­ton, misère épou­van­table, révoltes et vio­lence endé­mique, un mil­lion de morts aujourd’­hui… Ce n’est pas fini, il y a un troi­sième choc, la peur quo­ti­dienne de l’en­fer­me­ment : arres­ta­tions arbi­traires, empri­son­ne­ments, tor­ture sys­té­ma­tique, encore et toujours.

Géniales, les ana­lyses libé­rales de Fried­man, non ?

« La fin de l’É­tat et la déré­gu­la­tion conduisent tou­jours à la liber­té et à la paix », qu’il disait, ce fou furieux. Il n’y a qu’à voir le Chi­li, l’Ar­gen­tine, la Rus­sie, l’I­rak (des « labo­ra­toires » où il a eu vrai­ment les mains libres), pour savoir quoi pen­ser de ce triste sire. Alors, clai­re­ment, les théo­ries de l’é­cole de Chi­ca­go et le capi­ta­lisme du désastre sont un échec cui­sant. Donc, on arrête là ? Pas du tout. Il y a tant d’argent à gagner avec la guerre géné­ra­li­sée… : les dépenses US d’ar­me­ment ont dou­blé depuis 2001 : presque 700 mil­liards de dol­lars par an ces temps-ci.

Nao­mi rap­pelle l’a­ver­tis­se­ment, en 1961, du Pré­sident Eisen­ho­wer contre le lob­by mili­ta­ro-indus­triel. Peine per­due : nous sommes en enfer, comme pré­vu : les mar­chands d’armes ont gagné ; la guerre d’I­rak est presque tota­le­ment pri­va­ti­sée. La socié­té US Bla­ck­Wa­ter four­nit les mer­ce­naires en masse (il en a davan­tage que de Marines en Irak), à qui les USA garan­tissent l’im­pu­ni­té juri­dique pour tous leurs agissements (!!!)

Autre exemple : après que l’ou­ra­gan Katri­na ait rava­gé la Nou­velle Orléans, on a pu consta­ter l’a­ban­don total des pauvres par l’É­tat, pen­dant que les riches fuyaient la zone. Juste avant de mou­rir, le phi­lan­thrope Fried­man, tou­jours lui, déli­vrait ses mer­veilleux conseils dans une tri­bune d’un grand jour­nal :  » Les écoles de la Nou­velles Orléans sont en ruine, comme les mai­sons de leurs élèves. Ils sont main­te­nant dans tout le pays. C’est une tra­gé­die, mais aus­si l’oc­ca­sion de réfor­mer le sys­tème d’é­du­ca­tion. » Et les écoles furent effec­ti­ve­ment presque toutes pri­va­ti­sées dans cette région : il n’y reste presque plus d’é­coles publiques.

Même chose au Sri Lan­ka : après le tsu­na­mi de 2004, on a inter­dit aux pêcheurs de reve­nir sur leurs plages pour y construire des hôtels de luxe…

C’est ça, la stra­té­gie du choc : des raids sys­té­ma­tiques contre la sphère publique au len­de­main de cata­clysmes, quand les gens sont trop foca­li­sés sur l’ur­gence, sur leur sur­vie, sur la pro­tec­tion de leurs inté­rêts immédiats.

Le pre­mier acte de résis­tance serait peut-être de refu­ser qu’on efface ces évé­ne­ments de notre mémoire col­lec­tive. Par exemple, visi­ter et faire connaître la vil­la Gri­mal­di, prin­ci­pal centre de tor­ture de Pino­chet pen­dant la période des poli­tiques de choc économique.

Le résul­tat mon­dial de toute cette hor­reur, c’est un gigan­tesque trans­fert de richesses publiques vers des acteurs pri­vés, de plus en plus riches et de plus en plus capables de cor­rompre et de tuer pour deve­nir tou­jours plus riches. L’argent pro­duit des fous dan­ge­reux. Pour toute socié­té, les riches sont comme un cancer.

La stra­té­gie du choc repose sur notre igno­rance de son fonc­tion­ne­ment. Mais à force, Nao­mi (opti­miste) a l’im­pres­sion que nous deve­nons résis­tants aux chocs.

Noa­mi nous rap­pelle que, aux syn­di­ca­listes qui venaient lui récla­mer des pro­grès sociaux, Roo­se­velt les écou­tait lon­gue­ment puis à la fin leur disait : « des­cen­dez dans la rue et obli­gez-moi à le faire », ce qu’ils firent : en 1937, année char­nière pour le New Deal, il y eut 4 740 grèves aux USA, de 20 jours en moyenne ! (applau­dis­se­ments)

Mais aujourd’­hui, com­bien de grèves en 2007 aux USA ?

21.

Donc, il faut gar­der en mémoire l’his­toire des luttes pour bien com­prendre que, si nous vou­lons un monde plus juste, plus sain, plus paci­fique, IL VA FALLOIR DESCENDRE DANS LA RUE et les obli­ger à le faire. (applau­dis­se­ments)

Nao­mi a rai­son, je pense. Son ana­lyse nous est utile pour résister.

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Mais bien sûr —vous me voyez venir—, j’ai envie de sou­li­gner qu’il manque fina­le­ment à son ana­lyse LA VRAIE CAUSE QUI PERMET AUX RICHES DU MONDE ENTIER DE CONTINUER À VOLER ET À TUER EN TOUTE IMPUNITÉ, ET MALGRÉ TOUTES LES BRILLANTES ANALYSES QUI PROUVENT LEUR CULPABILITÉ : cette cause cen­trale que tout le monde néglige, c’est L’ÉLECTION, qui per­met aux riches d’a­che­ter le pou­voir poli­tique, assor­tie de NOTRE PROPRE NÉGLIGENCE à nous, nous qui lais­sons les élus (des riches) écrire et modi­fier eux-mêmes LA CONSTITUTION !

Alors que la consti­tu­tion est pré­ci­sé­ment le seul texte qui pour­rait nous pro­té­ger en pareil cas
(à condi­tion, évi­dem­ment, qu’il ne soit pas écrit par nos bour­reaux eux-mêmes).

Donc, comme je le remarque tou­jours à la fin d’un expo­sé d’un mili­tant pas­sion­nant, il lui manque sa pierre de touche, il lui manque cette ins­ti­tu­tion fon­da­men­tale qui per­met­trait de concré­ti­ser enfin le chan­ge­ment, il lui manque l’i­dée que je trouve, moi, déci­sive : « mais qu’est-ce qui per­met donc aux riches de prendre par­tout le contrôle du pou­voir poli­tique ? Et bien c’est tou­jours, à la fois, l’é­lec­tion et notre incroyable indif­fé­rence au sujet de la qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant ».

Nous ne nous libè­re­rons jamais de l’in­fluence mor­ti­fère des riches sans impo­ser (au moins en par­tie) LE TIRAGE AU SORT dans le pro­ces­sus consti­tuant.

——————

Au sujet du Chi­li, Daniel Mer­met a dif­fu­sé hier une émis­sion poi­gnante de Là-bas si j’y suis, à l’oc­ca­sion de la toute récente condam­na­tion, en France et par contu­mace, de bour­reaux chi­liens de l’é­poque de Pino­chet : http://​www​.la​-bas​.org/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​2​065.

——————

Comme le sug­gère for­te­ment Nao­mi Klein, la meilleure façon de résis­ter, pour les vic­times de chocs, c’est L’HISTOIRE : NE JAMAIS LAISSER PERDRE LE FIL DE L’HISTOIRE ; COMPRENDRE ET TRANSMETTRE.

Alors, faites pas­ser l’information.

Étienne.

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Étienne

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29 Commentaires

  1. Galuel

    Un point de vue acéré.

    Ceci dit, tout ceci dépend d’un niveau de pou­voir qui n’est jamais évo­qué dans l’a­na­lyse : le sys­tème monétaire.

    Sans un sys­tème moné­taire qui per­met d’al­louer ici ou là pour tel ou tel but l’argent néces­saire à sa réa­li­sa­tion, tout ceci ne serait pas possible.

    Le sys­tème moné­taire en place est-il légi­time ? Com­ment fonc­tionne-t-il ? Com­ment se crée la mon­naie, qu’est-ce que la mon­naie, pour­quoi cer­tains ont le droit d’en émettre et pas les autres ?

    Là est la clé : http://​www​.crea​tion​mo​ne​taire​.info/​2​0​1​0​/​1​2​/​c​r​i​s​e​-​m​o​n​e​t​a​i​r​e​-​q​u​e​l​-​d​e​b​a​t​.​h​tml

    Réponse
  2. A-J Holbecq

    Bon­jour Étienne

    Je n’ar­rive pas à accé­der à ton lien sur megavideo..

    A+ / AJ

    Réponse
  3. sentier198

    Etienne ,

    deux posts de suite sug­gé­rant la révolte..

    mais nous parais­sons si fataliste ..

    jus­qu’où fau­dra-t-il que nous soyons humi­liés pour réagir ?

    Réponse
  4. A-J Holbecq

    Je retire .. le lien fonctionne 😉
    A+
    AJ

    Réponse
  5. G. Auvray
    Bonjour, je souhaite pouvoir contacter 
    A-J Holbecq suite à la lecture d'un texte 
    sur la dette des pays figurant sur son Wiki
    Cela concerne un passage de son texte ou
    il parle des 40% d'intérêts dans les prix de 
    vente des différents produits. Cela fait 
    plusieurs fois que je tombe sur ce genre 
    d'affirmation sans jamais en trouver une
    démonstration, ou si quelqu'un a une piste.
    Merci.

    [OK, j’ai trans­mis cette requête à AJH. 🙂 ÉC]

    Réponse
  6. A-J Holbecq

    Bon­jour

    L’o­ri­gine de ce tra­vail de Mar­grit Ken­ne­dy est publié dans son livre  » Libé­rer l’argent de l’in­fla­tion et des taux d’in­té­rêts » (édi­tions Vivez Soleil, 1993, ISBN 2−88058−161−3 ).

    Je l’ai repris dans mon der­nier livre « Argent dettes et banques » (chez Yves Michel) en le com­plé­tant de l’é­tude réa­li­sée par Ralf Becker, étude – en alle­mand – qui n’a pas été publiée mais que m’a­vais trans­mise Ralf Becker.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  7. Étienne

    Bon, je pense que ce fichu contrôle capt­cha est répa­ré : il n’y a plus qu’un seul type de ques­tion (celui qui fonc­tion­nait toujours).

    Par­don pour le dérangement.

    Étienne.

    Réponse
  8. Hadrien

    Cher Etienne,

    Je suis tant en accord avec tes billets qu’il m’est rare­ment don­né d’in­ter­ve­nir tel­le­ment je me sen­ti­rais dans le rôle de la « claque ». A l’in­verse, je me suis fait un devoir d’in­ter­ve­nir chez ceux où je trouve matière à mou­ve­ment d’hu­meur. Je ne résiste pas au plai­sir d’en livrer un concer­nant l’i­né­na­rable ban­quier PEYRELEVADE, tou­jours lui, qui a trou­vé l’ex­pli­ca­tion à la crise : c’est la « la pré­da­tion » dont il a trés doc­te­ment livré la « théo­rie » qui doit consti­tuer une par­tie de son pro­chain livre. L’af­faire est ins­truc­tive car c’est une nième ver­sion du refrain de tous les libé­raux, déjà com­bat­tu par Fré­dé­ric Lor­don : c’est la faute à la cupi­di­té ! Sans cela, tout irait bien… Encore faut-il voir où cela se loge. J’en ai fait un petit résu­mé, saty­rique mais fidèle :

    LA “THÉORIE DE LA PRÉDATION” RACONTÉE À MONSIEUR JOURDAIN

    J. PEYRELEVADE : La pré­da­tion se carac­té­rise par une sur-rému­né­ra­tion du capi­tal par rap­port à son ren­de­ment moyen dans l’ensemble de l’économie.

    M. JOURDAIN : J’entends tout cela.

    JP : Cinq moyens prin­ci­paux : l’invention (bre­vets et marques). On pré­fère : “pro­tec­tion schum­pé­te­rienne et « concur­rence imparfaite »”

    MJ : Ah ! que cela est beau !

    JP : l’exploitation de la plus value du tra­vail. Je dis : “le phé­no­mène est peu à peu deve­nu mar­gi­nal dans nos économies…même s’il fut élé­ment fon­da­teur de la théo­rie marxiste”

    MJ : Vive la science !

    JP : l’effet-levier chez le spé­cu­la­teur. Je pré­cise : “l’intensité capi­ta­lis­tique du pro­ces­sus dimi­nue, pour ce qui le concerne”

    MJ : Cela est admirable !

    JP : l’héritage. Je défi­nis : trans­fert de richesses déjà exis­tantes entre indi­vi­dus d’un même noyau familial

    MJ : Il n’y a rien de plus véritable !

    JP : la rare­té. Je théo­rise : “ser­vice imma­té­riel dont on éprouve le besoin et qui ne relève pas d’une com­pé­tence ordinaire”

    MJ : Ah ! la belle chose que de savoir quelque chose !

    De cette arbi­traire énu­mé­ra­tion, Jean Pey­re­le­vade extrait fina­le­ment le spé­cu­la­teur, qu’il trans­fi­gure du bien­fait jusqu’à la spo­lia­tion pour conclure benoîtement :

    JP : “Ain­si, l’exemple est par­fait d’une acti­vi­té qui, au nom d’une uti­li­té sociale pré­ten­due mais jamais démon­trée, jus­ti­fie la cupi­di­té la plus extrême”

    MJ : Cela est vrai ! Ah ! que n’ai-je étu­dié plus tôt pour savoir tout cela !

    Cette pré­sen­ta­tion de “La théo­rie de la pré­da­tion” aux “cinq moyens” , à l’image de la pro­non­cia­tion des cinq voyelles telle qu’enseignée à Mon­sieur Jour­dain, peut pas­ser pour un pas­tiche gra­tuit. Il est pour­tant bel et bien payant sur tous les points.
    Qu’on en juge par les deux premiers :

    LES BREVETS D’INVENTIONS

    Com­men­cer par citer les bre­vets comme exemple prio­ri­taire de “pré­da­tion” illustre bien à la fois contra­dic­tion et par­ti pris dans le pro­pos de Jean Peyrelevade.
    Contra­dic­tion car qu’est-ce donc que l’institution des bre­vets d’invention, sinon le contraire : une pro­tec­tion de toute “pré­da­tion” sur l’inventeur, au moyen de la loi, c’est à dire par un titre de pro­prié­té (tem­po­raire). Comme toute loi, celle-ci a sa fina­li­té sociale qui est d’encourager par là même l’activité de recherche et d’innovation, consi­dé­rée comme source de “pro­grés”.

    Par­ti pris car cela illustre aus­si, à soi seul, l’estime dans laquelle l’univers mar­chand du ban­quier tient les efforts, par­fois de toute une vie, des cher­cheurs qui inventent autre chose que sa fumeuse “théo­rie”. Ceux-là sont évi­dem­ment des empê­cheurs de tour­ner en rond, car ils pro­duisent de l’innovation (seule source véri­table de crois­sance des socié­tés déve­lop­pées) et les exploi­tants sont obli­gés de leur ver­ser des redevances.
    Cela n’est-il pas insup­por­table ?…dirait le maître de phi­lo­so­hie de Mon­sieur Jourdain ?
    C’est aux mar­chands, au pre­mier rang des­quels les ban­quiers qui nous vendent notre propre argent, qu’il revient de reti­rer de sub­stan­tiels béné­fices de leur négoce !
    Et non à ces gueux, inven­teurs com­pris, que l’auteur avait déjà dési­gnés comme ces uni­ver­si­taires “ency­clo­pé­distes de l’inutile” ! un autre s’empressant d’ajouter : ces “fonc­tion­naires” !

    Car, contrai­re­ment à l’image d’Epinal, et celle que se plaisent à don­ner les poli­tiques lorsqu’ils sont au pou­voir, il y a long­temps que l’ inno­va­tion dans l’industrie ne concerne plus que le fruit de ce qu’on appelle pudi­que­ment “recherche d’adaptation” au lieu de recherche tout court.
    La firme Mon­san­to n’a jamais inven­té aucun gène, mais s’est conten­tée d’en bre­ve­ter cer­tains usages orien­tés (OGM) ce qui aurait dû ques­tion­ner le légis­la­teur : le veau à deux têtes est-il une inven­tion, parce que pro­fi­table aux res­tau­rants ? Idem pour les plantes… Non, car les anciens connais­saient déjà ces modi­fi­ca­tions géné­tiques. La “pré­da­tion” porte en réa­li­té sur un abus de lan­gage par les mar­chands du temple, et ne sau­rait qua­li­fier toute pro­tec­tion d’innovation véritable.

    Même pour l’exemple tarte-à-la-crème du tran­sis­tor, qui s’en veut le porte-dra­peau, tou­jours cité comme issu des Bell Labs en 1947, celui-ci fut en réa­li­té inven­té en 1925 par l’Allemand J.E. Lilien­feld, qui le bre­ve­ta en 1926 (Field effect tran­sis­tor), avant d’émigrer aux Etats-Unis où il fut mis au point trop tard pour qu’il en touche les légi­times rede­vances. Et c’est Bar­deen, Brit­tain et Scho­ck­ley des Bell Labs qui reçurent le prix Nobel de phy­sique pour cela… Pour le coup, on pour­rait par­ler de “pré­da­tion”, mais en un tout autre sens !

    LA PLUS-VALUE PAR SUR-EXPLOITATION DU TRAVAIL

    “Le phé­no­mène est peu à peu deve­nu mar­gi­nal dans nos économies…même s’il fut élé­ment fon­da­teur de la théo­rie marxiste”
    C’est un peu comme si l’on disait de la gra­vi­ta­tion universelle :
    “Le phé­no­mène est peu à peu deve­nu mar­gi­nal dans nos technologies…même s’il fut élé­ment fon­da­teur de la théo­rie newtonienne” !
    Je connais un pro­fes­seur d’université qui avait à peu prés cette vision des choses. Il conçut ain­si, et bre­ve­ta, un amor­tis­seur aux pro­prié­tés myri­fiques : une vraie refon­da­tion ! Il n’avait oublié qu’une chose : sur terre, une masse a une iner­tie mais aus­si un poids au repos. Lorsque l’erreur fut révé­lée, elle en révé­la d’autres et l’on s’aperçut que la dite refon­da­tion n’était que dans l’esprit du concepteur…

    La « refon­da­tion du capi­ta­lisme » de Pey­re­le­vade sur les bases sus-dites, c’est tout comme refon­der la méca­nique en oubliant sur quoi elle est construite.
    On a le droit de contes­ter la construc­tion, à condi­tion d’en bien connaître les bases. Même un fan­tai­siste à la géné­ra­li­sa­tion hative, comme l’est Atta­li, sait que la théo­rie de Marx n’est rien d’autre que la théo­rie du capi­ta­lisme. Il n’y a que Pey­re­le­vade pour faire croire, et écrire en Octobre 2009, en inter­pré­tant “Das Capi­tal” à sa façon :
    “Pour un révo­lu­tion­naire, encore aujourd’hui, il est poli­ti­que­ment com­mode de nier toute contri­bu­tion nette du capi­tal à la pro­duc­tion des richesses.”

    Doit-on lui rap­pe­ler que le capi­tal, né du tra­vail humain, n’est que du tra­vail en stock ?
    (C’est l’oubli équi­valent à celui du poids, ci-dessus)
    On peut le dépen­ser aus­si bien que le ré-inves­tir dans la pro­duc­tion. Ce n’est ni ce choix qui est en cause, ni sa contri­bu­tion en cas d’investissement pro­duc­tif qui est niée par tout révo­lu­tion­naire. C’est la condi­tion de son obten­tion, fon­dée sur l’appropriation par un seul des plus-values non par­ta­gées du tra­vail collectif.

    D’où les inéga­li­tés rapi­de­ment crois­santes actuel­le­ment, dont l’origine est le capi­tal inves­ti pour l’appropriation de plus-values supé­rieures dans les pays émer­gents, au détri­ment des tra­vailleurs en pays déve­lop­pés. C’est en effet oublier à nou­veau que ces capi­taux repré­sentent le tra­vail en stock, des mêmes, que l’on a détour­né de sa fonction.
    Le méca­nisme est iden­tique, mais les consé­quences plus graves : le capi­tal détour­né ne revient plus dans le cir­cuit des pays dont il pro­vient, pour l’emploi notamment !

    En somme, le ban­quier nous donne ici un bon aper­çu de son parti-pris :

    - l’invention bre­ve­tée est bien une “pré­da­tion” fai­sant obs­tacle à son uni­vers marchand

    - la sur-exploi­ta­tion de la plus-value du tra­vail est inexis­tante dans sa “théo­rie de la prédation”…

    Ain­si à la ques­tion “Est-il pré­da­teur, oui ou non?”, Bour­vil ban­quier aurait cer­tai­ne­ment répon­du, comme pour l’eau ferrugineuse :
    Le cher­cheur qui bre­vète, oui ! Le patron qui délo­ca­lise, non !

    Réponse
  9. Étienne

    Mer­ci Hadrien.

    Tu as bien noté, par ailleurs et sur­tout, que, nulle part, les auto­pro­cla­més « libé­raux » ne font men­tion des INSTITUTIONS nou­velles qui ont (oppor­tu­né­ment) per­mis et même accé­lé­ré la prédation.

    Mieux encore, aucun de ces pré­ten­dus « libé­raux » du moment n’aime s’a­pe­san­tir sur les tré­sors d’i­ma­gi­na­tion (et de fausse mon­naie) qu’il a fal­lu répandre dans les plus hautes sphères, dites res­pon­sables, pour CORROMPRE les pro­fes­seurs de l’en­sei­gne­ment dit supé­rieur, les jour­na­listes, les fai­seurs de livres, les ministres et tech­no­crates, et jus­qu’au der­nier élu, pour modi­fier le DROIT, jus­qu’à la CONSTITUTION même des États à piller.

    Aucun de ces « libé­raux » en peau de lapin, —don­neurs de leçons de morale aux gueux en colère qu’ils calom­nient par la marque infa­mante « extrême»—, aucun d’entre eux n’ose même évo­quer, encore moins incri­mi­ner, LA PROCÉDURE REINE (de leur point de vue oli­gar­chique), la moda­li­té cen­trale, car­di­nale, fon­da­men­tale, l’es­cro­que­rie ori­gi­nale, fatale, létale, la source même de leur pou­voir usur­pé : L’ÉLECTION.

    Élec­tion qui, TOUJOURS ET PARTOUT, per­met aux riches du moment d’A­CHE­TER LE POUVOIR POLITIQUE et d’ain­si rendre éter­nelles leur domi­na­tion et leur prédation.

    Plus ça va, plus c’est clair : pas de salut 🙂 démo­cra­tique hors du tirage au sort.

    Mais je ne vivrai sûre­ment pas assez vieux pour voir cette idée déci­sive appli­quée quelque part sur terre, je le crains : elle n’a­vance pas, per­sonne n’y voit la pro­ri­té des prio­ri­tés, tout le monde semble aimer la pri­son poli­tique qui découle de l’élection.

    Mor­te­couille, j’enrage !

    Mer­ci d’être tou­jours là, cher Hadrien.

    Étienne.

    Réponse
  10. Hadrien

    Étienne,

    Ton com­men­taire m’in­cite à pour­suivre ici l’a­na­lo­gie entre libé­raux éco­no­miques et libé­raux poli­tiques qui s’ap­puient sur une même for­mu­la­tion, dont on connaît pour­tant aujourd’­hui tous les man­que­ments (sou­vent volon­tai­re­ment dis­si­mu­lés). L’é­co­no­mie a eu le mérite de faire sur­gir tout cela explicitement :

    Dans une col­lec­ti­vi­té citoyenne, chaque agent i (indi­vi­du ou ménage) a une fonc­tion d’u­ti­li­té qui lui est propre u(i,xj,dij), où :

    - l’argument vec­to­riel xj décrit tous les biens et ser­vices échan­geables en éco­no­mie, y com­pris le tra­vail et le numéraire.
    (Reve­nu, pou­voir d’achat, etc. ne sont que des aspects de cette fonc­tion u(i,x) qui est elle-même un agrégat).

    - Les contraintes sont toutes sur la variable x (res­sources natu­relles, capa­ci­tés de tra­vail, etc.). Le patri­moine est une dota­tion ini­tiale Xo.

    - l’ar­gu­ment vec­to­riel dij repré­sente chaque déci­sion de l’agent i d’échanger un bien ou ser­vice j.

    Le dogme libé­ral a cru devoir jus­ti­fier la démarche mul­ti-cri­tère sui­vante (« lais­ser-faire ») par l’existence d’équilibres :

    1) équi­libre de NASH : chaque agent maxi­mise son uti­li­té indi­vi­duelle par ses déci­sions dij :
    Max/dij de u(i, x, d11,…,dij,…), pour chaque i, et ce pour tous les j.

    On a bien autant d’équations que d’inconnues, mais l’existence d’un équi­libre n’est garan­tie que sous des condi­tions par­ti­cu­lières (conti­nui­té, convexi­té, etc.)

    Cet equi­libre n’est pas en géné­ral un opti­mum de Pare­to (où l’on ne peut amé­lio­rer une uti­li­té qu’en dégra­dant une autre), à moins de condi­tions sup­plé­men­taires. On n’a pas, non plus, de garan­tie sur la sta­bi­li­té de l’équilibre.

    On note éga­le­ment que chaque agent doit résoudre le sys­tème en entier pour prendre sa déci­sion. C’est donc plus cou­teux qu’une pro­cé­dure cen­tra­li­sée qui le ferait une seule fois pour toutes.

    2) équi­libre de WALRAS (mar­ché) :
    Cette for­mu­la­tion vise à évi­ter aux agents d’a­voir à connaître les fonc­tions d’utilité des autres. Elle ima­gine ain­si un “com­mis­saire-pri­seur” capable de faire varier le sys­tème de prix des échanges comme celui de la bourse, pour conver­ger vers le point fixe “offre = demande”, s’il existe.

    Au sens de Wal­ras ori­gi­nel, il n’y a pas plus d’existence d’équilibre garan­tie qu’à celui de Nash en stra­té­gies pures. Arrow et Debreu ont énu­mé­ré des hypo­thèses (déter­mi­nistes) assu­rant cette exis­tence. Puis Allais, Arrow, Bau­mol en ont rajou­té d’autres qui en font un opti­mum de Pare­to. Mais le théo­rème de Son­nen­schein assure qu’on ne peut garan­tir en géné­ral la sta­bi­li­té de cet équi­libre. (Ain­si, à la bourse, le com­mis­saire n’attend pas d’égaliser offre et demande pour chan­ger les prix, il pour­suit une ten­dance qui varie en permanence!)

    Wiki­pé­dia l’explicite ainsi :
    “à par­tir du début des années 1970,…il deve­nait évident qu’il n’était pas pos­sible, dans le contexte de cette théo­rie, d’expliquer com­ment une éco­no­mie, ini­tia­le­ment hors-équi­libre, pou­vait conver­ger, par une suite d’échanges réa­li­sés hors-équi­libre, vers un équi­libre… En d’autres termes, on était capable de mon­trer l’existence d’un équi­libre dans un vaste ensemble de situa­tions mais pas d’expliquer com­ment une éco­no­mie pou­vait l’atteindre dans un cadre d’échanges libres et décentralisés.”

    Dans les sciences de la nature, on est encore plus clair : un équi­libre instable, c’est un équi­libre qui n’a pas d’existence réelle puisqu’on ne peut y res­ter même en y tom­bant des­sus par hasard !

    3) PARETO lui-même a été conduit à défi­nir comme cri­tère d’optimalité sociale l’utilité glo­bale agrégée :
    U(x) = Somme sur i de a(i).u(i,x,d).
    Pour une popu­la­tion citoyenne en nombre N, a est égal pour tous en démocratie.

    La démo­cra­tie Athé­nienne uti­li­sait impli­ci­te­ment une for­mu­la­tion simi­laire, au plan poli­tique, où la nature et sur­tout le nombre de variables sont plus faciles à mani­pu­ler. Elle avait com­pris qu’on peut sim­pli­fier consi­dé­ra­ble­ment la col­lecte des fonc­tions d’u­ti­li­té u, en tirant au sort par­mi la popu­la­tion citoyenne n agents (n beau­coup plus petit que N) qui seront repré­sen­ta­tifs des divers types de besoins/capacités, corps de métiers, etc.

    Chez eux, n éga­lait cinq cents (la bou­lée). Vingt for­maient leur gou­ver­ne­ment dont dix élus (stra­tèges) et dix tirés à nou­veau au sort (archontes). En bref, ils étaient char­gés de résoudre le pro­blème d’optimalité, à par­tir et sous le contrôle des voeux des cinq cent.

    C’est la struc­ture poli­tique que l’on a gar­dée de nos jours, en éli­mi­nant mal­heu­reu­se­ment l’essentiel : le tirage au sort, seule garan­tie de repré­sen­ta­ti­vi­té (par la loi des grands nombres), éli­mi­nant du même coup les biais de l’élection (nota­bi­li­té, déma­go­gie, achat de votes, tra­hi­son des élec­teurs, etc.).

    En éco­no­mie, cette agré­ga­tion des fac­teurs en un mono-cri­tère reste limi­tée, pour l’instant, aux sous-ensembles (entre­prises, col­lec­ti­vi­tés locales, etc.).

    L’optimalité mono­cri­tère de Pare­to, défi­nie ain­si, n’a aucun des ava­tars pré­cé­dents si le cen­tra­li­sa­teur (équi­valent du com­mis­saire-pri­seur) connaît les n fonc­tions d’utilité. Il peut même déter­mi­ner plus géné­ra­le­ment la tra­jec­toire dyna­mique opti­male sur un hori­zon tem­po­rel (To,Tf), échap­pant aux cycles qui affectent le sys­tème conflic­tuel du lais­ser-faire. On peut donc se deman­der pour­quoi l’adoption d’une telle for­mu­la­tion, qui est la règle pour de grandes entre­prises, pose­rait plus de pro­blèmes pour les nations.

    Inver­se­ment, si la for­mu­la­tion libé­rale était la bonne pour le fonc­tion­ne­ment d’une nation, on serait en droit de deman­der qu’on l’applique aux entreprises.

    Or, on n’a jamais vu une entre­prise aban­don­née aux dési­de­ra­ta conflic­tuels de cha­cun, pour défi­nir quel doit être le mode de fonc­tion­ne­ment d’ensemble.

    Il est un exemple qui vient à l’es­prit : qui mon­te­rait dans un avion dont la concep­tion et la fabri­ca­tion résul­te­raient de l’équilibre spon­ta­né d’une équipe où cha­cun tra­vaille­rait pour son compte ? On sait déjà à quoi cela conduit pour la construc­tion d’une mai­son, en l’absence de tout maître d’oeuvre…

    C’est pour­tant à ce genre d’â­ne­rie que nous convie le libéralisme…ou, plus exac­te­ment ceux qui sont les béné­fi­ciaires de cette pagaille !

    Quant au “monde réel”, s’est-on seule­ment deman­dé pour­quoi on peut avoir tant de deman­deurs d’emplois au chô­mage pen­dant que Mme Bet­ten­court reçoit plus de vingt mil­lions d’euros par mois ?

    Pré­ci­sé­ment parce que l’équilibre mul­ti­cri­tère ne per­met pas le trans­fert que fait l’optimisation mono­cri­tère : on y constate immé­dia­te­ment que le même numé­raire accor­dé à Mme Bet­ten­court a une faible uti­li­té mar­gi­nale, alors qu’ils aura une très forte uti­li­té mar­gi­nale pour le chô­meur (cf. défi­ni­tion des utilités).

    C’est pour cela que Pare­to conçut son mono­cri­tère, sans aucun doute, comme un pro­grès sur le mul­ti­cri­tère : il per­met de com­pa­rer l’u­ti­li­té contri­bu­tive de cha­cun au “bien-être” total !

    À cet égard, par­ler de théo­rie du bien-être en mul­ti­cri­tère est une escro­que­rie : aban­don­ner le sys­tème éco­no­mique à l’équilibre de mar­ché ne garan­tit aucune pro­prié­té col­lec­tive sou­hai­table, sinon celle qu’on décrète telles par tau­to­lo­gie : ain­si, “l’efficience” ou opti­ma­li­té de l’équilibre mul­ti­cri­tère est seule­ment qu’on ne peut ajou­ter d’utilité à l’un sans en enle­ver à l’autre un tant soit peu (la belle jambe !). L’exemple pré­cé­dent prouve que cela peut être à peu près n’importe quel point, en fai­sant varier conve­na­ble­ment la dota­tion ini­tiale et la forme des fonctions.

    La ques­tion n’est pas de dis­cu­ter les u spé­ci­fiques aux agents. Elle porte sur le nombre et le lieu des Max. Doit-on lais­ser cha­cun faire ce qu’il veut ou peut, et espé­rer de tout ça un équi­libre stable qui soit un opti­mum de Pare­to ? (Le théo­rème de Son­nen­schein répond d’ailleurs que non, en géné­ral, ce qui explique les cycles et crises).
    Ou doit-on s’entendre sur une for­mu­la­tion béné­fique à la moyenne (ou à sa variante, la majo­ri­té) et, à terme, à tout le monde ? Moyenne ou majo­ri­té n’ont évi­dem­ment de sens que rap­por­tées à la vraie repré­sen­ta­tion fidèle (tirage au sort) et non à l’é­lec­tion de notables en vue dans les médias.

    Et Pour­quoi “à terme, à tout le monde”?… Parce que, depuis l’ère pré­his­to­rique, les lois de la civi­li­sa­tion ont abo­li la loi du plus fort, ce qui a dû être au début un trau­ma­tisme pour lui. À terme, il y a gagné la pro­tec­tion en com­mun contre la nature et les enne­mis de toutes sortes et, plus tard, des pro­grès dans tous les domaines… Il en va de même aujourd’hui.

    Ce mou­ve­ment semble avoir bien péné­tré le droit (”libres et égaux en droit”), mais pas encore l’é­co­no­mie et la poli­tique où l’on est entre l’entreprise et la nation : les libé­raux pré­tendent tou­jours que les entre­prises et lob­bies doivent avoir le champ libre.
    Ils ont même pri­va­ti­sé les entre­prises natio­na­li­sées et ser­vices publics qui avaient réus­si cette inté­gra­tion de l’intérêt géné­ral en 1946. On sait ce qu’il en est, depuis, pour la satis­fac­tion du citoyen moyen. À cet égard, il est cocasse d’entendre notre pré­sident et ses ministres, durant la visite en Chine, se glo­ri­fier de suc­cès au nom d’Areva et Air­bus, alors que les déve­lop­pe­ments datent du CEA et d’Aerospatiale à l’issue des Trente Glo­rieuses ! Tous ceux qui ont cotoyé les anciens du Concorde se sont même enten­dus dire : “Jamais un Air­bus n’aurait pu être construit sans le pro­gramme Concorde, qui a per­mis de rat­tra­per (et, à cer­tains égards, dépas­ser) Boeing”! Quelle entre­prise pri­vée l’aurait ten­tée ? Même Das­sault, avec sa R&D et ses com­mandes assu­rées par l’État, ne l’a pas fait !

    C’est pour­quoi la reven­di­ca­tion libé­rale euro­péenne des grands groupes actuels, “concur­rence libre et non faus­sée”, res­semble encore à celle des plus forts sous l’ère pré­his­to­rique : “com­pé­ti­tion libre et non faus­sée” (j’ai le droit de tuer mon voi­sin, d’occuper son ter­ri­toire, de lui chip­per sa femme et/ou sa nourriture…).

    Et l’on a éten­du ça à la mon­dia­li­sa­tion, qui est une glo­ba­li­sa­tion à l’envers (non pour opti­mi­ser l’intérêt géné­ral, mais agran­dir le ter­rain de chasse des plus forts). C’est « Le grand bond en arrière », titre d’un livre de Serge Hali­mi (Fayard, 2006) ou, plus récem­ment, celui du livre de Jacques Géné­reux, « La grande régres­sion » (Seuil, 2010).

    Réponse
  11. Étienne

    Cher Hadrien,

    Je te remer­cie pour cette réflexion.

    Je me suis per­mis, comme d’ha­bi­tude, de mettre un coup de pro­jec­teur sur les pas­sages que je trouve par­ti­cu­liè­re­ment importants.

    Étienne.

    Réponse
  12. Hadrien

    Cher André-Jacques,

    J’ap­pré­cie beau­coup ton inté­rêt, mais je me dois d’y répondre avec un com­plé­ment essen­tiel. Tu vas com­prendre tout de suite :

    L’é­qui­libre de Wal­ras-Arrow-Debreu est sta­tique et j’ai gar­dé ce cadre tra­di­tion­nel par briè­ve­té, mais il rend les choses peu com­pré­hen­sibles. En fait, le mar­ché est dyna­mique. L’é­tat x des biens et ser­vices en pos­ses­sion de chaque agent est, du fait des tran­sac­tions du mar­ché, indi­cé par le temps :

    x(t+1) = F(x(t),d(t)), ou, en continu :

    dx/dt = f(x(t), d(t))

    Ce que visent à opti­mi­ser les déci­sions de tran­sac­tion d(t), c’est la (les) uti­li­tés u en fonc­tion des x. Mais cela, sur un hori­zon tem­po­rel T (qui peut être grand pour des inves­tis­se­ments) et non en ins­tan­ta­né. Les cri­tères sont donc en géné­ral non les u direc­te­ment, mais leur inté­grale tem­po­relle sur cet horizon :

    U(0,T) = Sommme sur t des u(x,t), avec un coef­fi­cient d’ac­tua­li­sa­tion monétaire.

    C’est un pro­bléme de com­mande opti­male qu’on sait résoudre à chaque ins­tant en pas­sant à l’Ha­mil­to­nien du sys­tème, et tout le reste de la dis­cus­sion est inchan­gé. On parle de jeux dyna­miques au lieu de jeux statiques.

    En toute rigueur, le cas sta­tique évo­qué dans mon com­men­taire cor­res­pond à l’op­ti­mi­sa­tion sur un coup (une uni­té de temps): u(i, Xo,…,dij,…, t=1)
    Les éco­no­mistes tentent de s’y rame­ner par des biens et ser­vices eux-mêmes anti­ci­pés, pour ne mani­pu­ler que des variables sta­tiques. Mais cette approche n’est pas la bonne :

    - on a des géné­ra­tions imbri­quées qui deviennent vite inextricables.

    - la notion de sta­bi­li­té, si essen­tielle, perd son sens et son cadre natu­rel (la dynamique).

    - le pas­sage au conti­nu, si essen­tiel pour un grand mar­ché (cf la bourse) n’ac­cepte pas cette approche.

    Tu vois d’i­ci l’in­té­rêt d’une bonne for­mu­la­tion pour en faire une base claire :
    Dans notre éco­no­mie de « mar­ché mon­dia­li­sé », nos gou­ver­nants se sont tar­gués récem­ment de suc­cés avec Air­bus et Are­va, alors que ce sont les acquis de l’Ae­ro­spa­tiale et du CEA, à l’is­sue des trente glo­rieuses. Ceux qui ont cotoyé des anciens du Concorde s’en­tendent même dire qu’on n’au­rait jamais pu sor­tir un seul Air­bus sans le pro­gramme Concorde qui a per­mis de rat­trap­per et/ou dépas­ser les USA.

    On ne peut donc pas abor­der ces ques­tions comme s’il s’a­gis­sait de la bourse où le tra­ding à haute fré­quence par les ordi­na­teurs aujourd’­hui des­cend sous la mil­li­se­conde pour évi­ter tout retard sur la moindre réac­tion du marché !

    Je me pro­pose d’ap­pro­fon­dir ces élé­ments avec un col­légue Pro­fes­seur d’é­co­no­mie avec qui j’en ai déjà par­lé. Si tu juges utile de l’in­clure en l’é­tat sur ton site, rajoutes le pré­sent addi­tif. Ça ne le ren­dra que plus attrayant…en attendant !

    Réponse
  13. Hadrien

    Cher AJ, cher Etienne

    J’en pro­fite pour vous faire part d’une nou­velle qui vous amu­se­ra, vous qui aviez décou­vert l’é­ten­due de mon oppo­si­tion à J. Pey­re­le­vade sur son site LeMonde​.fr « La refon­da­tion du capitalisme » :
    Il a fini par cra­quer en effa­çant tous mes com­men­taires depuis jan­vier 2010 !

    Je ne résiste pas au plai­sir de vous livrer le der­nier d’entre eux, que AJ pour­ra tou­jours essayer de lui (re)fourguer…avec l’ap­pré­cia­tion qui s’im­pose (ses com­men­taires sont main­te­nant pleins d’ inter­jec­tions du pauvre habsb dont on ne com­prend plus à qui elles s’adressent) :

    —

    En cette période d’évènements de l’autre côté de la médi­ter­ra­née, d’autres ont des pen­sées beau­coup moins libératrices.
    “MELANCHTHON AUX CHIFFRES FAUX… est dédié aux Mélen­cho­nites, cette secte… ”

    Outre la faute d’orthographe sur le nom du dis­ciple de Luther, on retrouve aisé­ment que Mélanch­ton, au contraire, ”se fit un devoir d’instruire et de dif­fu­ser la juste doctrine”.
    (http://​www​.wiki​-pro​tes​tants​.org/​w​i​k​i​/​P​h​i​l​i​p​p​_​M​e​l​a​n​c​h​ton)
    On apprend aus­si que le doc­teur Luther dit un jour : “Ce que Phi­lipp Mélanch­ton écrit a des mains et des pieds, a de l’autorité et de la gra­vite, est plein de poids”…

    À l’étymologie (terre noire), pey­re­le­vade | le 17 jan­vier 2011 à 15:20 a crû bon d’ajouter qu’elle était “l’occasion d’un sou­rire” par­ceque “c’était tel­le­ment plus chic pour un type qui don­nait des leçons de morale à tout le monde, Luther compris” !
    Rap­pe­lons-lui, dans ce cas, tout d’abord :

    Terre noire (terres vol­ca­niques) est syno­nyme de terre fertile

    Pey­re­le­vade (pierres levées) est l’indice d’une terre stérile

    Ensuite, ce pas­sage de Cré­sus illus­trant le dia­logue entre deux banquiers :

    “-Vous avez lu la presse ?
    – De quoi parlez-vous ?
    – Peu importe, il est partout !
    – Qui ?
    – Pey­re­le­vade, évi­dem­ment ! Vous allez voir qu’il va nous don­ner des leçons…

    Son livre était sor­ti fin août dans l’indifférence géné­rale… Il fai­sait l’objet d’une cri­tique plu­tôt salée dans “Le Monde” de la veille…

    - Un don­neur de leçons, voi­là ce qu’il est deve­nu ! Quoique déjà, à l’époque du Lyonnais…”
    “Confes­sions d’un ban­quier pour­ri” (Cré­sus, Livre de poche, p. 154 – 155)

    À sou­rire, sou­rire et demi ! Pas­sons main­te­nant à l’essentiel :

    LA PART DES SALAIRES

    Faut-il que le par­ti pris idéo­lo­gique du ban­quier soit bien ancré pour qu’aprés les frasques finan­cières des déten­teurs du capi­tal, qui nous ont mené à la crise actuelle, il n’hésite pas à répé­ter, de manière à peine édul­co­rée, l’erreur qu’il n’a ces­sé de pro­fé­rer au point qu’un éco­no­miste bien connu l’avait plu­sieurs fois rele­vée sous sa forme originelle :
    “Là où même le MEDEF se fait dis­cret à pro­pos du par­tage de la valeur ajou­tée, Jean Pey­re­le­vade jure que celui-ci est deve­nu atro­ce­ment défavorable…aux entre­prises ! Et pré­co­nise en consé­quence que ces goinfres enri­chis de sala­riés res­ti­tuent au plus vite quelques poins de PIB au capi­tal qui dépérit!”
    (Fré­dé­ric Lor­don : Jusqu’à quand,? Pour en finir avec les crises finan­cières, Rai­sons d’agir, 2008)

    “Il faut avoir la bonne mine de Jean Pey­re­le­vade pour sou­te­nir, face camé­ra, sou­rire aux lèvres, que la part sala­riale n’a pas varié depuis cin­quante ans ! Il est vrai que Jean Pey­re­le­vade est le seul à dire aus­si que la part des salaires dans la valeur ajou­tée est bien trop éle­vée et qu’il s’agirait qu’elle rende au plus vite 3 ou 4 points au profit!”
    (Fré­dé­ric Lor­don : La crise de trop, Fayard, 2009)

    En 2007, au FMI, à L’OFCE et à la Caisse des dépôts CDC-Ixis, on don­nait pour­tant déjà rai­son à Melen­chon sur ce point :

    - Au cours des deux der­nières decen­nies, il y a eu un déclin conti­nu de la part du reve­nu qui va au tra­vail. La baisse est trés mas­sive et atteint 10% en Europe et au Japon.
    (Rap­port du fonds moné­taire inter­na­tio­nal, Avril 2007)

    - Dans la zone Euro, chaque année, les entre­prises prennent l’équivalent de 1% du PIB dans la poche de leurs sala­riés, en plus de ce qu’elles ont fait les années précédents.
    (Patrick Arthus, Direc­teur des études à la Caisse des dèpôts CDC- Ixis, Pro­fes­seur à l’Ecole Poly­tech­nique : Les incen­diaires, Per­rin, 2007)

    - En France, 11 points de chute, sur un PIB de 1800 mil­liards, ce sont, cette année 200 mil­liards d’Euros qui vont rému­né­rer le capi­tal, alors qu’ils iraient aux sala­riés si le mar­ché du tra­vail retrou­vait l’équilibre de 1982.
    (Héric Heyer, OFCE, L’Etat de la France, Juin 2007)

    Concer­nant les inter­pré­ta­tions trés per­son­nelles des chiffres, on a déjà ample­ment prou­vé dans les com­men­taires aux billets (7) et (8), à pro­pos des courbes sur la part sala­riale en France de la valeur ajoutée :

    - en quoi il faut une sin­gu­lière myo­pie pour ne pas voir que la lente pro­gres­sion ascen­dante de tout l’aprés-guerre fut rui­née en une demi-décade par le “tour­nant de la rigueur” qui est chère au ban­quier, soit la perte de 8% évo­quée par JL Melenchon.

    - en quoi cela appa­rait de façon plus frap­pante encore si l’on consi­dère l’ensemble de l’économie (i.e. y com­pris les socié­tés finan­cières), où la perte est de l’ordre de 10%. La courbe, à par­tir des chiffres de l’INSEEE, figure dans :
    “Sor­tir de la crise glo­bale”, ATTAC, La décou­verte, 2009

    Le “tour­nant de la rigueur” de 1983 repré­sente avant tout une revanche du capi­tal face au social-key­ne­sia­nisme dont le pro­gramme de gauche était porteur :
    Sous des variantes dif­fé­rentes, cette relance à l’encontre des poli­tiuques key­ne­siennes avait déjà com­men­cé lors du tour­nant moné­ta­riste aux Etats-Unis et en Grande-Bre­tyagne où la défaite des mineurs fut un moment crucial.
    En France, en pré­sence d’un nou­veau “front popu­laire”, la confron­ta­tion ne prit pas la forme d’une réac­tion mili­taire vio­lente à la chi­lienne. Elle eut pour ali­bi la “contrainte éco­no­mique” maté­ria­li­sée par la prise de risque que le capi­tal finan­cier déci­da de fixer pour ses pla­ce­ments, comme sym­bole d’un nou­veau “mur de l’argent”.

    Au regard des prin­ci­paux indi­ca­teurs macroé­co­no­miques, il était cepen­dant fal­la­cieux de conclure à l’innéfficacité éco­no­mique de la “relance mitterrrandienne”:
    La relance sti­mu­lait la concom­ma­tion de 1,2% et l’investissement de 2,5%. Le taux d’inflation ne s’est accen­tué que de 1%. Au final, cette poli­tique a sou­te­nu une crois­sance annuelle de 2%, per­met­tant la sta­bi­li­sa­tion du cho­mâge “sur la crête des 2 mil­lions de chômeurs”.
    À cette époque, tous les par­te­naires de la France, faut-il le rap­pe­ler, plon­geaient dans la réces­sion, et Notam­ment les pays anglo-saxons ayant inau­gu­ré le tour­nant moné­ta­riste (aux Etats-Unis, la pro­duc­tion indus­trielle en 1982 s’effondrait de 7,2% et la crois­sance chu­tait de 2,1%).

    C’est donc au nom de la “contrainte exté­rieure” que la stra­té­gie key­né­sienne fut écar­tée, cette contrainte exté­rieure dont le terme “mon­dia­li­sa­tion” sera l’héritière dans le lan­gage commun.

    LA PART DES DIVIDENDES

    C’est le qua­trième billet, aprés Actua­li­té (7), (8) et (10), qui se trouve consa­cré à celui consi­dé­ré sans doute comme l’adversaire le plus lucide des lob­bies capi­ta­listes, au pre­mier rang des­quels le lob­by des banques et de la finance. On com­prend que J. Pey­re­le­vade s’acharne en dénégations…

    En homme de l’art, il recon­nais­sait tout de même que :
    “Les divi­dendes net dis­tri­bués par les socié­tés non finan­cières étaient bien en 1982… égaux à 3,2 % de leur valeur ajou­tée et sont depuis remon­tés jusqu’à 8 % en 2007.
    … rap­por­tée au PIB, la dis­tri­bu­tion de divi­dendes est en fait pas­sée de 1,6 % à 4 %, soit une varia­tion du même ordre de gran­deur que les res­sources man­quant au finan­ce­ment des retraites.”
    Encore ces chiffres n’incluent-ils pas les socié­tés finan­cières qui les feraient bon­dir bien au delà…

    De manière plus per­ti­nente, on peut lire dans la rubrique du jour­nal Libé­ra­tion intitulée
    “Le monde éco­no­mique et social décryp­té par un direc­teur finan­cier d’une PME” :
    “S’il est un indi­ca­teur dont il y a lieu de s’inquiéter, c’est celui qui montre que, depuis quelques années, les entre­prises versent bien plus de divi­dendes que leur résul­tat ne le permettrait…
    En valeur abso­lue, les ver­se­ments annuels de divi­dendes en France sont pas­sés de 55 Mds€ annuels en 1990 à 120 Mds€ en 2000 puis 230 Mds€ envi­ron sur 2007÷2008÷2009…
    À par­tir de 2003…la période de crois­sance forte est pas­sée, les marges des entre­prises chutent. Et pour­tant, elles choi­sissent de conti­nuer à ver­ser de plus en plus de divi­dendes. Ain­si, la part des divi­dendes dans l’EBE passe de 17% en 2001 à près de 26% en 2007. Et pour­tant, sur la même période, la part des inté­rêts aug­mente aus­si et la part d’IS reste stable. On arrive donc à une situa­tion aber­rante où les entre­prises, depuis 2003, payent plus de divi­dendes que leur résul­tat net : en clair, elles s’endettent pour payer leurs actionnaires.”

    Cela n’empêche pas notre ban­quier de dési­gner de tout autres coupables :

    “En 81⁄82 la part des salaires dans la valeur ajou­tée au prix de base a atteint un pic abso­lu, record his­to­rique qui n’a plus jamais été tou­ché (ni avant, ni après) : 74%. Et celle de l’excédent brut d’exploitation un mini­mum abso­lu ayant dans l’autre sens les mêmes carac­té­ris­tiques : 24%.
    On peut res­ter un court moment en haut de l’Everest. Per­sonne ne consi­dère que c’est une situa­tion nor­male. Juste pour don­ner un peu de pers­pec­tive objec­tive, je cite à nou­veau les chiffres de la Répu­blique, rela­tifs aux deux années extrêmes de la période consi­dé­rée. En 1960, la part des salaires était de 67,1, celle de l’EBE de 30,2. En 2008, la part des salaires était de 65,1, celle de l’EBE de 31,3. Entre les deux, on a essayé de mon­ter en haut de l’Everest et on s’est cas­sé la gueule.”

    C’est oublier un peu vite que l’on ne s’est pas “cas­sé la gueule” sans avoir été pous­sé dans le dos, comme le sou­li­gnait JP Che­vè­ne­ment. On le doit, en effet, à ce cher “tour­nant de la rigueur” qui a pous­sé dans le fos­sé la “relance mitterrandienne”,
    un fait d’armes évo­qué avec gour­man­dise dans l’ouvrage de l’auteur en 2008 “Sar­ko­zy : l’erreur hys­to­rique”, qu’il eût mieux fait d’intituler “Plus anti-social que moi, tu meurs!” :

    “Pas­cal Lamy à Rivo­li…, moi-même à Mati­gnon ser­vions de relais entre nos patrons poli­tiques res­pec­tifs (Jacques Delors ministre des Finances, Pierre Mau­roy Pre­mier ministre)” (p.158–159)

    “C’est ain­si que fut pris le virage de poli­tique éco­no­mique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lio­nel Jos­pin, alors pre­mier secré­taire du par­ti socia­liste, crut bon d’appeler la paren­thèse de la rigueur, com­met­tant ain­si une erreur de forme et de fond…” (p.151)

    “Il y eut dans notre action, pour une part signi­fi­ca­tive, comme une sorte de reli­cat de cor­rec­tion Barriste…Une hausse tem­po­raire des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires sur les ménages fait par­tie inté­grante de tout plan de redres­se­ment digne de ce nom”
    (p.155–156)

    “De 1982 à 1984, le taux de crois­sance de l’économie fran­çaise fut divi­sé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simul­ta­né­ment, en 1983 et 1984, le pou­voir d’achat des ménages subit une légère dimi­nu­tion (-0,1 puis ‑1,1%), ce qui était conforme à la poli­tique sui­vie.” (p.156–157)

    En d’autres termes, l’auteur s’évertue aujourd’hui à jus­ti­fier comme un fait natu­rel un par­tage en baisse qu’il a lui-même vou­lu ame­ner là… C’est ce que l’on pour­rait appe­ler la jus­ti­fi­ca­tion auto-réalisatrice !

    On se sou­vient de Barre, le saint homme de Cap Fer­rat tra­duc­teur de Hayek, que J. Pey­re­le­vade n’évoque jamais sans émo­tion, doté d’un tour de cein­ture res­pec­table, qui ne ces­sait de geindre en deman­dant aux tra­vailleurs de réduire le leur. Avec la Cor­rèze comme vil­lé­gia­ture, c’est moins chic, mais comme ban­quier dési­gnant ces salauds de ménages en tant que fau­tifs, il est vrai qu’ “y a comme un relicat” !

    Réponse
  14. Hadrien

    Etienne,

    Der­nier enchaî­ne­ment de ma part :

    J’i­gnore la rai­son pour laquelle les retours à la ligne sont igno­rés par le logi­ciel, mais cela rend par­fois dif­fi­cile les textes où l’on vou­drait en dis­po­ser sans avoir recours au saut d’une ligne. Exemple : le dia­logue ci-des­sus de « Confes­sions d’un ban­quier pourri ».

    Autre remarque : Lors­qu’on accède à ton site « Le plan C », la men­tion « Blog du plan C » se trouve caché de la pre­mière page, ce qui me sur­prend tou­jours. Je sais que le site se pro­pose de mettre en valeur beau­coup d’autres choses, mais ne pour­rais-tu pla­cer le blog (avec son image pério­dique) au centre, lieu et place actuels de « Pré­sen­ta­tion ». Ça ren­drait la pré­sen­ta­tion plus vivante…et le blog plus attrayant.

    Ça aide­ra en cer­taines cir­cons­tances… si le site se trouve assailli comme en 2005 !

    Réponse
  15. gilles

    à Hadrien, mer­ci pour les com­men­taires qui sont aus­si des billets.

    Le temps de char­ge­ment du blog est hor­ri­ble­ment long pour les uti­li­sa­teurs d’or­di­na­teurs un tant soit peu anciens. 🙁

    Le blog pour être assailli comme en 2005 devrait subir une cure de rajeunissement.

    Je pro­pose quelques idées à cette fin :

    1]— Un billet par page web

    2]— Pour une recherche par date dans le site :
    La liste d’ar­chives par mois qui se trouve à la droite en bas du blog actuel trans­fé­rée dans une page acces­sible par un lien. Cette page d’ « Archives clas­sées chro­no­lo­gi­que­ment » devra pos­sé­der un lien visible vers le der­nier billet en cours et un autre vers la page « Table des matières ».

    3]— Pour une recherche par thèmes dans le site :
    La table des matières qui se trouve à la droite du blog actuel trans­fé­rée dans une page acces­sible par un lien. Cette page « Table des matières » devra en outre com­por­ter un lien visible vers le der­nier billet en cours, un lien vers la page d’ « Archives clas­sées chronologiquement ».

    4]— Pour accé­der rapi­de­ment aux cinq der­niers billets dans la page « Le der­nier billet » :
    Cinq mini-résu­més fai­sant aus­si offices de liens.

    Au choix, la page d’ac­cueil pou­vant être : la page « Le der­nier billet » ou : la page « Table des matières ».

    J’es­père qu’É­tienne trou­ve­ra le temps de restruc­tu­rer le blog avant d’é­mettre en ligne les billets sur la Réserve Fédé­rale des États-Unis qu’il nous pro­met, ceci afin que même les pauvres pos­ses­seurs de vieux ordi­na­teurs puissent accé­der faci­le­ment à ces nou­veaux billets de blogs ( et non billets de banque) !

    J’i­ma­gine Étienne, ayant redres­sé les fon­da­men­taux infor­ma­tiques de son site, en 2011–2012, fai­sant tour­ner non pas la planche à billet de banque, mais la planche à billet de blogs. Une infla­tion de billets de blogs en quelque sorte 🙂

    Réponse
  16. Hadrien

    PENDANT QU’ILS NOUS INVITENT À JEÛNER…
    LES BANQUIERS SE GAVENT !

    Le New-York Times d’hier révé­lait ce qu’absorbe Gold­man Sachs par la seule rétri­bu­tion de ses “part­ners”, c’est à dire quelques cen­taines des “exe­cu­tives” qui oeuvrent à sa pros­pé­ri­té. Ce n’est pas par mil­lions, mais par mil­liards (bil­lion) qu’il faut comp­ter, c’est à dire des sommes com­men­su­rables aux dettes qu’accumulent les Etats. Encore ne s’agit-il là que d’une seule banque d’affaires dans le monde :

    “The docu­ments illus­trate just how much wealth the part­ner­ship owns and has cashed out. Gold­man has almost 860 cur­rent and for­mer part­ners, the docu­ments show. In the past 12 years, they have cashed out more than $20 bil­lion in Gold­man shares and cur­rent­ly hold more than $10 bil­lion in Gold­man stock.”

    Quand on observe le gigan­tisme des sommes aux mains de fonds ren­tiers qui gra­vitent autour de la pla­nète en quête de rap­port (e.g. 600 OOO mil­liards de notion­nel en CDS), alors que les Etats s’endettent au nom de leurs sujets qui tra­vaillent (seule source de créa­tion de richesses), on se dit que ce sys­tème de pré­da­tion est instable et qu’il n’y a pas qu’en Tuni­sie qu’il va atteindre ses limites.

    Réponse
  17. Hadrien

    Un extrait amu­sant mon­trant en quoi Pey­re­le­vade débloque sur son blog :

    RÉPONSE à J. Peyrelevade :

    « Ce blog sera doré­na­vant fer­mé, dites-vous, à quiconque :

    1/ pra­tique l’injure ou la dif­fa­ma­tion envers les personnes » :

    Il devrait donc être inter­dit, non à ceux qui ne l’ont ici jamais pra­ti­quée, mais à l’au­teur de ce blog qui titre : MELANCHTHON, défor­ma­tion inju­rieuse de Mélen­chon, et poursuit :
    …ce billet est dédié aux mélen­cho­nistes, cette secte !
    Pour­quoi, d’ailleurs, effa­cer du blog la réponse de JL Mélen­chon parue dans Le Monde, en réplique à votre tri­bune libre. Les blo­gueurs pour­raient en juger…

    « 2/ répè­te­ra à pleines pages, en cou­pé-col­lé, des tonnes de cita­tions sans inté­rêt de façon à sim­ple­ment occu­per l’espace et étouf­fer le débat (vieille tech­nique léni­niste, j’ai lu le “Que Faire” de 1905 quand j’étais jeune) » :

    Celui qui a cen­su­ré la contri­bu­tion de longue date d’Ha­drien n’a pas cette excuse : Nous savons tous qu’il n’y a pas de copié-col­lé pos­sible pour les extraits d’ou­vrages qu’il citait. À com­men­cer par celui de l’au­teur (Pey­re­le­vade : Sar­ko­zy, l’er­reur his­to­rique. Plon, 2008), dont il n’existe pas, que je sache, de ver­sion en ligne… Et serait-il sans intérêt ?
    Par ailleurs, per­sonne n’a pré­ten­du ici au léni­nisme. Au demeu­rant, y aurait-il un délit d’o­pi­nion dans ce pays ? Pour ma part, je n’ai jamais lu « Que faire ? », mais je n’ou­blie pas le point d’in­ter­ro­ga­tion qui, même en russe, est l’es­sen­tiel du propos !

    - « Il n’y a aucune cen­sure. La seule chose qui m’intéresse est le débat d’idées dont nous avons tous besoin et je ne le lais­se­rai pas être étouf­fé par les slo­gans creux et le ter­ro­risme intellectuel. »

    Le débat d’i­dées, vous êtes le pre­mier à en avoir besoin, étant don­né vos lacunes d’une part, et vos affir­ma­tions erro­nées d’autre part. Pour quelle autre rai­son auriez-vous éli­mi­né des écrans la contra­dic­tion appor­tée pen­dant plus d’un an par notre col­lègue ? Il s’a­git d’un détour­ne­ment pro­pa­gan­diste des blogs lemonde​.fr, et d’une néga­tion du droit de réponse argumentée.

    Quant à la qua­li­té reven­di­quée de Poly­tech­ni­cien qui vous intro­ni­se­rait Doc­teur ès – ves­sies et lan­ternes, c’est pré­ci­sé­ment ce qui cloche : nous sommes au moins deux sur ce blog à avoir eu plu­sieurs X comme élèves ou col­la­bo­ra­teurs. Il en va d’eux comme de tout le monde, si je me réfère à la maxime d’un ancien col­lègue diplomate :
    Il y a dans tout groupe humain, quel qu’il soit, la même pro­por­tion de gens bornés !

    À l’ap­pui de mes dires, sur ce blog, le com­men­taire d’un incon­nu, dès le début :

    « Je ne regrette pas d’avoir lu ce blog aujourd’hui, non pas pour ce que dit Pey­re­le­vade, mais pour le com­men­taire d’Hadrien(s) auquel je conseille de faire un blog. La réfé­rence à M. Allais me convient. Notre seul prix Nobel fran­çais n’est même pas ensei­gné en France. Et ceux qui se risquent à le citer sont regar­dés comme des demi-fous.
    Quant au mal­heu­reux auteur de ce blog, il devrait com­men­cer par consta­ter que…
    (alexandre cle­ment | le 04 sep­tembre 2009 à 08:51)

    Cela n’a pas empê­ché notre auteur de per­sé­vé­rer, un an plus tard :

    08 sep­tembre 2010
    Cri­tique d’un prix Nobel

    J’ai constaté…que l’on peut être prix Nobel d’économie et faire, par igno­rance des faits, des erreurs de débutant.

    24 sep­tembre 2010
    Cri­tique d’un prix Nobel (suite)

    Je conçois que mon papier pré­cé­dent irrite cer­tains d’entre vous…Donc je vais enfon­cer le clou. Je per­siste et je signe.

    30 sep­tembre 2010
    Cri­tique d’un prix Nobel – Conclusion

    La véri­table conclu­sion fut tirée par Chris­tian Gomez (DG Socié­té Géné­rale-Suisse, et ancien élève de Mau­rice Allais) :

    « Voi­là… J’arrête là (il y aurait encore tant à dire) et je ne revien­drai plus sur votre blog, n’ayez crainte. Je l’ai fait aujourd’hui essen­tiel­le­ment pour les lec­teurs afin de redres­ser les idées fausses que pou­vaient sug­gé­rer vos ana­lyses concer­nant ce maitre de la pen­sée éco­no­mique fran­çaise qu’est Mau­rice Allais. Quand on s’attaque à un tel cher­cheur (Prix Nobel et seul Médaille d’OR du CNRS dans le domaine éco­no­mique), cher Mon­sieur, il faut être un vrai éco­no­miste, être (vrai­ment) très fort, maî­tri­ser suf­fi­sam­ment les théo­ries moné­taires et connaître le sujet dont on veut par­ler, non seule­ment Allais mais toute la tra­di­tion dans laquelle il s’insère. Je laisse aux lec­teurs le soin de juger vos écrits sur cha­cun de ces critères. »
    (Chris­tian Gomez | le 07 octobre 2010 à 10:44)

    C/PH (le 09 octobre 2010 à 20:07) notait alors :
    Jean_Tirole est médaille d’or du CNRS en 2007, et devient le second éco­no­miste après Mau­rice Allais à rece­voir cette dis­tinc­tion. http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​J​e​a​n​_​T​i​r​ole

    NB : Sen­ryu est le col­lègue de Jean Tirole.

    http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​1​1​/​0​1​/​1​2​/​m​e​l​a​n​c​h​t​h​o​n​-​a​u​x​-​c​h​i​f​f​r​e​s​-​f​a​u​x​/​#​c​o​m​m​e​n​t​-​3​838

    Réponse
  18. Sina

    LA “LONGUE MARCHE” RÉACTIONNAIRE DU BANQUIER PEYRELEVADE :

    Il y a un an et demi, j’écrivais déjà, sur son blog :

    “- j’espère que J.Peyrelevade n’aura pas le mau­vais goût, comme il l’a fait avec Hadrien, de cen­su­rer un com­men­taire qui ne lui est pas favorable.
    Je suis de ceux qui ont eu le temps de lire ce(s) commentaire(s) disparu(s), où figuraient…l’ouvrage récent de James Gal­braith, fils du célèbre John. Quelle ne fut pas ma sur­prise, en ache­tant hier le der­nier numé­ro d’Alternatives Eco­no­miques, d’y retrou­ver sa louange…avec une appré­cia­tion qui semble taillée sur mesure pour ce blog : “Gal­braith démontre avec pré­ci­sion com­ment la pen­sée éco­no­mique conser­va­trice n’est là que pour jus­ti­fier les inté­rêts des puissants.”

    À la véri­té, je crois que Jean Pey­re­le­vade est géné

    - qu’éclate au grand jour le pro­fond conser­va­tisme éco­no­mique qui l’inspire…

    - qu’il puisse jus­ti­fier la cen­sure par le fait que les réponses soient trop longues
    ‑et sur­tout trop pertinentes- …“

    (Rédi­gé par : Sina | le 08 sep­tembre 2009 à 17:04)

    J’ai eu la curio­si­té de remon­ter à l’origine du pro­pos de l’auteur, concer­nant son pré­sent billet :

    DU PARTAGE DE LA RICHESSE (1)

    - Tout com­mence, pour moi, par un article de Michel Hus­son du 23 sep­tembre 2007, “la baisse ten­dan­cielle de la part sala­riale”: …inter­vient au début des années 1980 un retour­ne­ment de ten­dance qui conduit à une baisse régu­lière puis à une rela­tive sta­bi­li­sa­tion à un niveau his­to­ri­que­ment très bas”. Il ajoute : “La baisse de la part sala­riale enre­gis­trée en France (9,3 points) entre 1982 et 2006 est voi­sine de la baisse obser­vée dans l’Union Euro­péenne (8,6 points)”. D’où la conclu­sion : “il n’est pas pos­sible de faire recu­ler le chô­mage sans remettre en cause la finan­cia­ri­sa­tion et donc la répar­ti­tion des reve­nus actuels”.

    - Le deuxième épi­sode est de décembre 2007. MM Jean-Marie Har­ri­bey et Pierre Kal­fa publient dans “Le Monde” du 8 décembre…”Il n’est pas accep­table de consi­dé­rer comme pérenne la baisse très impor­tante de la part des salaires ayant eu lieu ces der­nières années”.
    Là, me dis-je, les choses deviennent sérieuses. Essayer de faire payer…les entre­prises en reve­nant à la situa­tion de 1982 où le par­tage de la valeur ajou­tée leur était excep­tion­nel­le­ment défa­vo­rable, c’est ber­cer le peuple d’illusions. J’envoie au “Monde” un bref cour­rier pour mar­quer mon désac­cord sur cette ana­lyse. Le jour­nal m’informe, trois mois plus tard, qu’il n’a pas l’intention de le publier.

    - L’épisode sui­vant est à “Ripostes”, l’émission de Serge Moa­ti dif­fu­sée chaque dimanche sur France 5. Cela se passe le dimanche 27 jan­vier 2008. Hen­ri Emma­nuel­li reprend les mêmes affir­ma­tions, devant des mil­lions de télé­spec­ta­teurs. … Comme je suis au milieu de la rédac­tion de mon der­nier livre “Sar­ko­zy, l’erreur his­to­rique”, je décide de consa­crer un cha­pitre entier à cette ques­tion et à la perte de com­pé­ti­ti­vi­té de l’appareil pro­duc­tif fran­çais. Le livre paraît en août 2008 :

    ——————————————————————————————————

    AVANT-PROPOS :
    “La réforme de l’Etat…elle se tra­duit par des déci­sions qui sont loin de la dimen­sion du pro­blème de finances publiques que nous avons à traiter :
    23000 agents de l’état en moins au bud­get 2008, soit une dimi­nu­tion de un pour mille. Non pas beau­coup de bruit pour rien, mais beau­coup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l’ordre des chiffres” (p.9)

    CHAPITRE 1
    “On ne parle plus que de la répar­ti­tion de reve­nus dont on ignore la pro­ve­nance : la répar­ti­tion de droite (en faveur des riches), aujourd’hui mise en oeuvre, s’oppose à la répar­ti­tion de gauche (contre les riches) qui le fut hier. Pen­dant ce temps, faute de s’occuper vrai­ment de la san­té de son appa­reil productif…la France recule.” (p.24)

    CHAPITRE 2 (Le pou­voir d’achat) :
    “La pro­messe d’amélioration du pou­voir d’achat faite pen­dant la cam­pagne élec­to­rale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue… Or, elle n’est pas près de l’être. Dans la répar­ti­tion de la richesse natio­nale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux.” (p.35)

    CHAPITRE 3 (Le mal français) :
    “ – Rele­ver la part des salaires par rap­port aux pro­fits pour à la fois armer et équi­li­brer notre éco­no­mie, ce serait une façon de redon­ner aux Fran­çais des repères !
    Drôles de repères qui ont pour effet d’égarer. Quel malaise de voir Nico­las Sar­ko­zy et Lio­nel Jos­pin pro­fes­ser les mêmes erreurs : déma­go­gie de droite et déma­go­gie de gauche, éga­le­ment ancrées, se rejoignent.Ce qui montre à quel point le mal est pro­fond. A quoi sert de chan­ger nos diri­geants s’ils pro­fessent tous les mêmes inep­ties ? ” (p.71)

    CHAPITRE 4 :
    ” C’est aux béné­fi­ciaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs coti­sa­tions les pres­ta­tions qu’ils reçoivent. Les per­sonnes phy­siques, les ménages, sont les seuls concer­nés, les seuls à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l’entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pen­sion ni droit à assu­rance san­té ? Deman­der une contri­bu­tion au sys­tème pro­duc­tif n’a comme sens que de mas­quer l’ampleur de l’effort néces­saire et comme seul effet de peser sur sa com­pé­ti­ti­vi­té.” (p.103)

    CHAPITRE 5 (Les fausses solutions) :
    “Un Etat impé­cu­nieux est un Etat impuis­sant, on ne ren­force pas une éco­no­mie qui a un pro­blème d’offre en allé­geant les impôts des ménages, et les plus beaux gad­gets ne peuvent pal­lier l’absence d’une vraie pen­sée macroé­co­no­mique . Si l’on veut trou­ver un sen­tier de crois­sance plus favo­rable, le trans­fert doit se faire dans l’autre sens. Seuls les ménages peuvent finan­cer l’effort à consen­tir en faveur des entre­prises.” (p.144)

    CHAPITRE 6 :
    “Pas­cal Lamy à Rivo­li…, moi-même à Mati­gnon ser­vions de relais entre nos patrons poli­tiques res­pec­tifs (Jacques Delors aux Finances, Pierre Mau­roy Pre­mier ministre)” (p.158–159)
    “C’est ain­si que fut pris le virage de poli­tique éco­no­mique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lio­nel Jos­pin, alors pre­mier secré­taire du par­ti socia­liste, crut bon d’appeler la paren­thèse de la rigueur, com­met­tant ain­si une erreur de forme et de fond… (p.151)
    “Il y eut dans notre action, pour une part signi­fi­ca­tive, comme une sorte de reli­cat de cor­rec­tion Barriste…Une hausse tem­po­raire des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires sur les ménages fait par­tie inté­grante de tout plan de redres­se­ment digne de ce nom (155−156):”
    “De 1982 à 1984, le taux de crois­sance de l’économie fran­çaise fut divi­sé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simul­ta­né­ment, en 1983 et 1984, le pou­voir d’achat des ménages subit une légère dimi­nu­tion (-0,1 puis ‑1,1%), ce qui était conforme à la poli­tique sui­vie.” (p.156–157)

    CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :
    “Libé­rer le travail :
    La pre­mière mesure consiste à libé­rer le travail…je veux dire le libé­rer vrai­ment en met­tant fin aux trente cinq heures, sans avoir à payer pour cela des mil­liards d’euros d’argent public.” (p.169)
    “Réta­blir les finances publiques :
    L’objectif cen­tral est de dépla­cer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entre­prises et donc au détri­ment pro­vi­soire des ménages, le par­tage de la valeur ajoutée…
    Année aprés année, avec une sorte de tran­quilli­té opi­ni­niâtre, il convient de modi­fier à la marge la répar­ti­tion de la valeur ajou­tée, du PIB, de façon à en lais­ser une part un peu plus four­nie aux entre­prises, un peu moins grande aux ménages.” (p.169–171)
    “Dimi­nuer l’impôt sur les sociétés :
    On peut ain­si réver à une sorte d’utopie fis­cale. Sup­po­sons que l’on réduise à rien l’impôt sur les socié­tés qui est actuel­le­ment du tiers du béné­fice impo­sable. Les marges brute et nette de l’entreprise sont aug­men­tées du mon­tant de l’impôt sup­pri­mé.” (p.179–180)
    “Cette uto­pie per­met­trait de résoudre au pas­sage l’énigme déjà ren­con­trée de l’arbitrage fis­cal entre le tra­vail et le capital…Vaut-il mieux impo­ser les reve­nus du capi­tal ou ceux du tra­vail ? L’arbitrage fis­cal, à par­tir du moment où l’on n’y mêle plus les entre­prises, exer­cé au sein de la caté­go­rie des seuls ménages, prend alors tout son sens, éco­no­mique et poli­tique.” (p.181–182)

    ——————————————————————————————————————-

    - L’épisode le plus récent (ce n’est sûre­ment pas fini, nous disait alors JP, la preuve!), est signé dans un blog du Monde diplo­ma­tique, par…Frédéric Lordon…
    “Il faut avoir la bonne mine de Jean Pey­re­le­vade pour sou­te­nir face camé­ra sou­rire aux lèvres que la part sala­riale n’a pas varié « depuis cin­quante ans ». Il est vrai que Jean Pey­re­le­vade est le seul à dire aus­si ouver­te­ment que la part des salaires dans la valeur ajou­tée est bien trop éle­vée et qu’il s’agirait qu’elle rende au plus vite 3 ou 4 points au profit.”

    Les rodo­mon­tades du ban­quier trou­vèrent, en fait, toutes leurs réponses :

    Celle de Michel Hus­son fut une Tri­bune dans “Le Monde”, dis­po­nible en ligne :
    article_de_m_husso.html »>http://mirabelle-rouge.blog4ever.com/blog/lire-article-382612–1758831-partage_de_la_valeur_ajouteearticle_de_m_husso.html
    Celles de JM Har­ri­bey et P Kal­fa sont parues dans diverses revues et sur le net.
    Celle d’ H Emma­nuel­li prit la forme d’une contro­verse retrans­crite par Libération :
    H.E. “Ce mythe de l’entreprise fran­çaise mas­sa­crée est faux. Dans ce pays, depuis Sul­ly, quand on veut par­ler de fis­ca­li­té, c’est la mau­vaise foi totale…La France est le pays occi­den­tal au taux d’épargne le plus éle­vé, 16% du PIB, mais cette épargne ne va pas dans l’appareil de pro­duc­tion. Ce pays a des res­sources mais n’est pas bien dirigé.”
    Quant à celles d’Hadrien, qu’on a pu lire sur ce blog, pen­dant près d’un an et demi, tou­jours sur le fond, elles viennent appa­rem­ment d’être effa­cées et inter­dites d’accès.

    Ce qui ‘empêche pas JP de clamer :
    “Il n’y a aucune cen­sure. La seule chose qui m’intéresse est le débat d’idées dont nous avons tous besoin… À l’évidence, il n’a sur­tout pas besoin d’un cours sur la jésuis­tique, mais comme ex-modem, il lui man­que­rait plu­tôt une mise à niveau sur la démocratie !

    Réponse
  19. Sina

    LA « LONGUE MARCHE » DE PEYRESALADE (-Suite-)
    PARTIE II : DU PARTAGE DE LA RICHESSE (2) à (12)

    Outre les courbes cor­ri­gées déjà don­nées ci-des­sus (Sina | le 24 jan­vier 2011 à 19:32, et Sina | le 24 jan­vier 2011 à 19:40), il est impor­tant de bien se mettre en tête les paroles de (pey­re­le­vade | le 14 jan­vier 2011 à 17:04) :

    JP : en 81⁄82 la part des salaires dans la valeur ajou­tée au prix de base a atteint un pic abso­lu, record his­to­rique qui n’a plus jamais été tou­ché… On peut res­ter un court moment en haut de l’EVEREST. Per­sonne ne consi­dère que c’est une situa­tion nor­male. Juste pour don­ner un peu de pers­pec­tive objec­tive, je cite à nou­veau les chiffres de la Répu­blique, rela­tifs aux deux années extrêmes de la période consi­dé­rée. En 1960, la part des salaires était de 67,1, celle de l’EBE de 30,2. En 2008, la part des salaires était de 65,1, celle de l’EBE de 31,3. Entre les deux, on a essayé de mon­ter en haut de l’EVEREST et on s’est cas­sé la gueule.
    …afin de mieux savou­rer celles qui les ont pré­cé­dées depuis un an et demi :

    COMMENT APLANIR L’EVEREST

    JP : Je main­tiens ma thèse : depuis cin­quante ans, la marge brute des socié­tés non finan­cières n’a pas sen­si­ble­ment varié.

    JP : Il est vain de pour­suivre la polé­mique : la répar­ti­tion de la valeur ajou­tée entre salaires et marge brute est en France res­tée remar­qua­ble­ment stable.

    JP : La prise en compte des socié­tés finan­cières ne modi­fie pas le pay­sage. En d’autres termes, les finan­ciers mani­pulent et font cir­cu­ler d’énormes masses d’argent avec une valeur ajou­tée faible !

    JP : Regardons‑y de plus près…La marge brute s’effondre, de 30% …Les plans de rigueur de 1982 et 1983 et la “dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive” per­mettent de cor­ri­ger par­tiel­le­ment la situation.

    JP : Les marges brutes des socié­tés non finan­cières sont stables depuis cin­quante ans, aux alen­tours de 30% en moyenne. J’ai pas­sé beau­coup de temps à essayer de vous en convaincre.

    JP : Conti­nuons notre pro­me­nade en pre­nant main­te­nant comme guide le rap­port Cotis que j’ai enfin lu…Nous avons le même diag­nos­tic : la sta­bi­li­té du par­tage de la valeur ajou­tée, ce qui signi­fie qu’au cours de la période les salaires bruts par tête ont aug­men­té au même rythme que la pro­duc­ti­vi­té du travail.

    Outre les courbes déjà réfé­ren­cées, il est alors recom­man­dé de jeter un coup d’oeil sur celle de la pro­duc­ti­vi­té, par Jacques Sapir :
    http://​contrein​fo​.info/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​2​963

    Car le rap­port Cotis (Direc­teur de l’INSEE) com­man­dé par Nico­las Sar­ko­zy, lui aus­si, com­men­tait le dia­gramme par un résu­mé offi­ciel qui noyait le pois­son en ces termes :
    – Il res­sort de ce der­nier que l’ensemble de la rému­né­ra­tion du tra­vail repré­sente 67% de la valeur ajou­tée des socié­tés non-finan­cières. Depuis vingt ans ce niveau est plu­tôt stable…

    Au vu des courbes, ce que l’on rete­nait de pareils com­men­taires, c’est le fameux
    THEORÈME DE COTIS-PEYRELEVADE :
    Lorsqu’une fonc­tion du temps, aprés une pro­gres­sion ascen­dante durant plus de trois décen­nies (les Trente Glo­rieuses) s’ef­fondre en moins d’une demie décen­nie (Tour­nant de la Rigueur) vers sa valeur la plus basse, c’est qu’elle est “plu­tôt stable” (COTIS)… et revient à sa valeur nor­male (PEYRELEVADE) !

    COMMENT CONCEVOIR LE SENS DE L’HISTOIRE

    JP : Pas­sons donc au deuxième point, celui du par­tage des reve­nus entre les ménages. Tout part d’un article de Tho­mas Piket­ty dans Libé­ra­tion du 17 mars der­nier : « les inéga­li­tés ont explo­sé en France au cours des dix der­nières années.” Le terme est fort et je n’ai pas, intui­ti­ve­ment, le sen­ti­ment qu’il soit justifié.

    JP : Je cite à nou­veau TP : “L’étude de Camille Lan­dais le démontre sans contes­ta­tion possible…avec pour consé­quence un trans­fert de l’ordre de 15 points de reve­nu natio­nal en direc­tion du 1% le plus riche, et la stag­na­tion du pour­voir d’achat du reste de la popu­la­tion.” Là, je m’interroge vrai­ment : un trans­fert de l’ordre de 15 points du reve­nu natio­nal en direc­tion du 1% le plus riche, c’est énorme.

    JP : Camille Lan­dais nous dit que de 1998 à 2005 la somme des reve­nus décla­rés par les ménages a aug­men­té de près de 19% en euros constants, soit un taux de crois­sance annuel moyen de 2,52%. Cepen­dant, le nombre de ménages a simul­ta­né­ment aug­men­té d’un peu plus de 10%, soit 1,6% par an. De ce fait, le reve­nu moyen par ménage ne s’est accru que de 0,82% l’an (et 0,60% l’an pour le reve­nu médian) ce qui est effec­ti­ve­ment bien peu.
    JP : Y aurait-il eu cap­ta­tion de cette faible pro­gres­sion des reve­nus, au sein de la caté­go­rie des ménages, par les plus favo­ri­sés ? Oui répond Camille Lan­dais, et de façon spec­ta­cu­laire. Ma propre réponse est sen­si­ble­ment dif­fé­rente. La vraie rai­son, c’est la médio­cri­té de notre taux de crois­sance et l’on ne gagne rien à trou­ver une mau­vaise cause à un vrai problème.
    JP : Si on regarde la répar­ti­tion des reve­nus entre ménages, il n’y a aucun doute que l’ “ultra-riche” (le mil­lième des plus for­tu­nés) a vu sa situa­tion s’améliorer beau­coup plus vite que la moyenne depuis une quin­zaine d’années… Quoi qu’il en soit, ce mou­ve­ment est-il contraire au sens de l’histoire ? Du par­tage de la richesse (12)

    Répondre non à cette ques­tion, comme tous les pro­gres­sistes, c’est bas­se­ment déma­go­gique. Et JP n’en veut pas de la démagogie…Ah ça, non !

    C’est pour ça qu’il est entré à la fon­da­tion SAINT-SIMON :
    Créée en 1982 pour “dépas­ser cer­taines pesan­teurs du pas­sé et en finir avec la dia­bo­li­sa­tion anté­rieure de toute culture de gou­ver­ne­ment, pour ouvrir intel­lec­tuel­le­ment un nou­vel espace à la pen­sée réfor­ma­trice”, ce fut l’un des réser­voirs qui ali­men­tèrent nombre de groupes de réflexion des­ti­nés à pré­pa­rer « l’ajustement struc­tu­rel de la France ».
    Alain MINC fut le tré­so­rier de la fon­da­tion. Jean PEYRELEVADE en consti­tua une recrue appré­ciée. Le pré­sident de la Socié­té des lec­teurs du Monde et lui ne man­quaient pas d’amis dans les médias, ce qui leur per­mit d’injecter plus faci­le­ment dans les veines de la socié­té leurs théo­ries de la ratio­na­li­té. Et ce qui confé­ra une colo­ra­tion de gauche à des idées qui ne l’é­taient pas.
    Une idée cen­trale, que rap­porte S. Hali­mi, « la pré­fé­rence fran­çaise pour le chô­mage », n’est elle-même que la resu­cée d’une exi­gence ancienne de Ray­mond Barre : celle d’une « dés­in­fla­tion sociale com­pé­ti­tive ». L’an­cien Pre­mier ministre avait en effet pour­fen­du « une défense aveugle et sim­pliste » des salaires. L’aug­men­ta­tion du nombre de chô­meurs avait beau coin­ci­der avec la baisse du pou­voir d’a­chat des salaires, cela ne pou­vait prou­ver qu’une chose : que la baisse n’a­vait pas été suf­fi­sante, et que l’aug­men­ta­tion des rému­né­ra­tions et des charges avait excé­dé celle de la productivité…!

    COMMENT FAIRE MAIGRIR LES FRANÇAIS

    Il y a deux per­sonnes que JP vénère entre toutes :
    Ray­mond Barre, pour avoir dit « il faut que les Fran­çais maigrissent »,
    et Jacques Delors, pour y avoir réus­si avec l’Europe !

    Car 1982, c’est le moment du “don Delors” au patron­nat, celui de la desin­dexa­tion des salaires sur les prix…et donc sur la productivité.
    Le ministre en ques­tion s’en féli­ci­te­ra plus tard en ces termes :

    ” Nous avons obte­nu la sup­pres­sion de l’indexation des salaires sans une grève ! ”
    (Cité in Jean Lacou­ture et Patrick Rot­man : Mit­te­rand, le roman du pou­voir, Seuil, 2000)

    La France aurait-elle pu tran­si­ter du capi­ta­lisme d’Etat vers un socia­lisme de mar­ché pla­ni­fié ? Ou fal­lait-il pré­ser­ver la nou­velle pari­té moné­taire au sein du SME ?
    Lors de la visite des “visi­teurs du soir”, avant d’en déci­der le ven­dre­di 23 mars 1983, la pre­mière ligne fut défen­due par Jean-Pierre Che­vè­ne­ment, la seconde par Jacques Delors (chef de cabi­net : Pas­cal Lamy) et Pierre Mau­roy (conseiller éco­no­mique : JEAN PEYRELEVADE), ceux que Che­vè­ne­ment décrit comme « ados­sés à l’establishment ».
    Mit­te­rand se rési­gna à « l’establishment ».
    La “dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive” fut la norme de poli­tique éco­no­mique conçue pour réta­blir la “confiance des mar­chés” (déjà!). Elle repo­sait sur trois piliers : la rigueur moné­taire, la rigueur bud­gé­taire et la rigueur sala­riale. Elle annon­çait la tran­si­tion de l’économie fran­çaise vers un capi­ta­lisme de type action­na­rial, c’est à dire la pré­do­mi­nance des inté­rêts pri­vés des riches…

    Les grands patrons exultent.
    Denis KESSLER, pré­sident délé­gué du Medef, expli­que­ra plus tard, dans La Tribune :
    ” L’europe est une machine à réfor­mer la France mal­gré elle ”

    Mais une crois­sance divi­sée par quatre, par rap­port aux Trente glorieuses !

    Ce qui n’empêche pas notre ban­quier d’en rede­man­der… Sar­ko­zy, trop timo­ré au regard de Pey­re­le­vade, n’est pas aus­si fort que les sociaux-démo­crates en la matière, ce qui lui a valu quelques leçons de l’au­teur dans son ouvrage (Sar­ko­zy : l’er­reur his­to­rique, 2008) que nous avons rela­tées dans le pré­cé­dent commentaire.

    Réponse
  20. Sina

    POURQUOI LA FINANCIARISATION, FONDEMENT DU CAPITALISME, LE REND … NON-REFONDABLE !

    LA FINANCIARISATION

    Dans une éco­no­mie qui accepte qu’être pro­prié­taire du capi­tal donne un droit sur une par­tie de la pro­duc­tion, le capi­tal, dès qu’il appa­raît , devient la source d’un reve­nu per­pé­tuel pour ses pro­prié­taires. Or, même si l’on admet que l’épargne est la source du finan­ce­ment du capi­tal, on ne voit pas com­ment on peut jus­ti­fier le reve­nu per­pé­tuel des pro­prié­taires du capi­tal. En effet, lorsque le capi­tal devient obso­lete, c’est le reve­nu des tra­vailleurs qui per­pé­tue le capi­tal, ce qui signi­fie que le nou­veau capi­tal leur appar­tient. Cela marque la limite abso­lue des théo­ries qui consi­dèrent qu’être épar­gnant donne un droit sur une par­tie du pro­duit et, par consé­quent, la limite abso­lue de la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie.

    La finan­cia­ri­sa­tion signi­fie la géné­ra­li­sa­tion du finan­ce­ment des inves­tis­se­ments par l’épargne (sous forme d’actions et d’obligations), le finan­ce­ment de la crois­sance externe des entre­prises par le pro­fit et par des emprunts, le déve­lop­pe­ment du finan­ce­ment de l’achat de biens de consom­ma­tion par des emprunts, etc.
    La géné­ra­li­sa­tion du finan­ce­ment des inves­tis­se­ments par l’épargne peut créer un cercle où tout nou­vel inves­tis­se­ment paraît être finan­cé par l’épargne. Or, en der­nière ana­lyse, les inves­tis­se­ments sont finan­cés par le pro­fit. Lorsque le capi­tal de l’ensemble des entre­prises est finan­cé par les actions et obli­ga­tions, leur pro­fit est par­ta­gé entre les action­naires et les titu­laires d’obligations, qui peuvent les pré­ter à nou­veau aux entre­prises, une par­tie ou la tota­li­té du pro­fit ain­si par­ta­gé étant épar­gnée pour finan­cer de nou­veaux inves­tis­se­ments, ce qui aug­mente encore le mon­tant de leurs actions et de leurs obli­ga­tions. Ce pro­ces­sus peut ain­si se renou­ve­ler indéfiniment.

    Il n’aura pas échap­pé au lec­teur que, dans ce cas, le finan­ce­ment de ces nou­veaux inves­tis­se­ments ne trouve pas sa source dans le reve­nu (épargne) que ces finan­ciers tirent de leur par­ti­ci­pa­tion à la réa­li­sa­tion de la pro­duc­tion, mais dans le pro­fit que les entre­prises leur ont dis­tri­bué. En d’autres termes, ces inves­tis­se­ments sont finan­cés direc­te­ment ou indi­rec­te­ment par le pro­fit. Direc­te­ment, lorsque les entre­prises uti­lisent leur pro­fit pour finan­cer des inves­tis­se­ments. Indi­rec­te­ment, lorsque les entre­prises dis­tri­buent leur pro­fit qu’elles réem­pruntent. Dans les deux cas, le mon­tant des actions augmente.

    Rap­pe­lons que le pro­fit repré­sente une par­tie du reve­nu des tra­vailleurs qui ont par­ti­ci­pé à la réa­li­sa­tion de la pro­duc­tion. Mais lorsque le pro­fit est dis­tri­bué et consom­mé, le pou­voir d’achat réel des tra­vailleurs dimi­nue pro­por­tion­nel­le­ment. C’est là l’une des causes des inéga­li­tés éco­no­miques, donc des inéga­li­tés sociales et de l’apparition de l’injustice sociale au détri­ment des tra­vailleurs qui sont pour­tant la cause de la pro­duc­tion. Une éco­no­mie finan­cia­ri­sée impose la règle arbi­traire de la dis­tri­bu­tion du profit.

    LE CAPITALISME

    Le sys­tème capi­ta­liste impose la règle arbi­traire et par­ti­sane selon laquelle être pro­prié­taire des moyens de pro­duc­tion donne droit indé­fi­ni­ment à une par­tie du produit.
    Selon les par­ti­sans du capi­ta­lisme, l’épargne est indis­pen­sable dans une éco­no­mie de crois­sance et, à terme, l’enrichissement de cer­taines caté­go­ries, celles des capi­ta­listes, pro­fite à tous.

    Ils ont ten­té de for­mer ces affir­ma­tions sur une démons­tra­tion qui découle logi­que­ment d’une hypo­thèse selon laquelle l’épargne consti­tue la source du finan­ce­ment des inves­tis­se­ments addi­tion­nels. Il faut donc favo­ri­ser les caté­go­ries les plus riches car elles ont une capa­ci­té d’épargne plus importante…

    Or, ce rai­son­ne­ment se révèle faux dès lors que l’on démontre que ce n’est pas l’épargne mais le pro­fit qui consti­tue la source de finan­ce­ment du capi­tal. Et les par­ti­sans du capi­ta­lisme passent sous silence la ques­tion de savoir si le reve­nu des caté­go­ries les plus riches résulte ou non de leur par­ti­ci­pa­tion à la réa­li­sa­tion de la production.

    En fait, c’est l’épargne pré­tée aux entre­prises qui dimi­nue leur pro­fit, les rend dépen­dantes du mar­ché finan­cier et se trouve à l’origine de la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie. (On note­ra que les PME fami­liales ou entre­pre­neu­riales, tant van­tées, n’obéissent pas à ce sché­ma et réin­ves­tissent tout leur pro­fit dans la production.)

    Par­ti­ci­per à la réa­li­sa­tion de la pro­duc­tion est la seule façon d’obtenir un reve­nu légi­time, car la pro­duc­tion seule est source de ce reve­nu. Mais faire de l’argent avec de l’argent est actuel­le­ment accep­té, et résulte de la finan­cia­ri­sa­tion qui trouve son ori­gine dans cette idée selon laquelle l’épargne est une néces­si­té abso­lue pour finan­cer les inves­tis­se­ments. Cette idée a été impo­sée et géné­ra­li­sée par ceux à qui elle pro­fite, par cer­taines théo­ries par­ti­sanes, en par­ti­cu­lier par la théo­rie néo­clas­sique, et grâce à la pro­pa­gande ampli­fiée par les médias sous l’influence des lob­bies financiers.
    Elle se trouve donc à l’origine d’une sorte de vol. En effet, c’est le pro­fit qui per­met aux entre­prises de payer divi­dendes et inté­rêts, et le pro­fit repré­sente une par­tie du reve­nu des tra­vailleurs cap­tée par les entreprises.

    D’aucuns pour­raient pré­tendre que ceux qui pro­posent de mora­li­ser le capi­ta­lisme pensent pou­voir le faire en écar­tant ses excés qui abou­tissent aux crises finan­cières. Or, ils ne voient pas que la finan­cia­ri­sa­tion, la spé­cu­la­tion, les délo­ca­li­sa­tions, etc. sont inhé­rentes au capitalisme.

    SPÉCULATIONS, DÉLOCALISATIONS

    Les spé­cu­la­tions de toutes sortes (sur les mar­chés finan­ciers, immo­bi­liers, des pro­duits, des matières pre­mières, etc.) et les délo­ca­li­sa­tions sont inhé­rentes aux éco­no­mies financiarisées.

    Pre­miè­re­ment, dans une éco­no­mie où il est pos­sible de gagner de l’argent avec de l’argent, cer­tains tentent de faire fruc­ti­fier leurs pla­ce­ments par tous les moyens, entre autres par la spéculation.
    Deuxiè­me­ment, lorsque les entre­prises se trouvent dans l’impossibilité de payer par leurs propres moyens, par le pro­fit réa­li­sé dans leur pays, les divi­dendes des action­naires et les inté­rêts de leurs emprunts, elles sont obli­gées de délo­ca­li­ser ou de spéculer.

    Troi­siè­me­ment, elles agissent de même lorsque les finan­ciers se trouvent dans l’impossibilité d’assurer la ren­ta­bi­li­té des pla­ce­ments pro­mise aux épargnants.
    Les spé­cu­la­tions et les délo­ca­li­sa­tions offrent des occa­sions réus­sies ou avor­tées, de faire face à toutes ces situa­tions. Ces spé­cu­la­tions et délo­ca­li­sa­tions ont des consé­quences éco­no­miques et sociales néfastes. Mais ceux qui défendent la finan­cia­ri­sa­tion et qui en pro­fitent, ceux qui cultivent la cupi­di­té et l’induvidualisme ne se pré­oc­cupent pas de ses consé­quences néfastes.

    Extrait de Elie Sadigh, Eco­no­miste de l’Université de Bour­gogne, dans :
    LA FINANCIARISATION : CAPITAL CONTRE TRAVAIL, L’Harmattan, 2010

    Autres ouvrages du même auteur, même éditeur :
    LA THÉORIE ÉCONOMIQUE DOMINANTE : UN SIÈCLE D’IMPOSTURE , 1998
    PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE SALARIALE, 1999
    VALEUR, PRIX ET CAPITAL, 2001
    LA PROPRIÉTÉ, LE PROPRE, L’APPROPRIATION. Ellipses, 2004
    DÉLOCALISATIONS, CHÔMAGE (2006)
    ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE : LA SUPERCHERIE, 2007
    DES INÉGALITES ÉCONOMIQUES AUX INÉGALITES SOCIALES, 2008

    Réponse
  21. Étienne

    Mer­ci Sina, j’ai mis en valeur votre der­nière cita­tion, c’est très intéressant.

    Étienne.

    Réponse
  22. Sina

    C’EST REPARTI COMME EN… 29 !

    La moi­tié du patri­moine natio­nal (en 2005, 185 400 euros selon les cal­culs de l’OFCE, repré­sen­tant dix fois la dette cumu­lée) est déte­nu par 10% des fran­çais. Pour les riches, c’est sous forme de capi­ta­li­sa­tion finan­cière, sans comp­ter celle non décla­rée dans les para­dis fis­caux, dont on découvre aujourd’hui l’immensité des mon­tants… On peut ain­si véri­fier le chiffre sou­vent pro­non­cé d’un notion­nel de 600 000 mil­liards de dol­lars en pro­duits déri­vés de type CDS :

    “Les CDS (cré­dit default swaps) repré­sentent 600 000 mil­liards de dol­lars, soit 12 fois le PIB mon­dial. Com­pa­gnies d’assurance et hedge funds pos­sèdent plus de 50% du mar­ché qui est concen­tré dans 14 ins­ti­tu­tions”. Inter­view de Gary Gens­ler, pré­sident de la CFTC, L’Agefi.

    Lorsque se creusent à la fois l’endettement public et pri­vé alors que les liqui­di­tés explosent, et que les salaires stag­nent depuis 1993 alors que la pro­duc­ti­vi­té du tra­vail n’a pas ces­sé de croître, il faut bien que le pro­fit soit pas­sé en des mains indues… C’est ce qu’explique Elie Sadigh dans l’ouvrage cité précédemment :

    ” Par­ti­ci­per à la réa­li­sa­tion de la pro­duc­tion est la seule façon d’obtenir un reve­nu légi­time, car la pro­duc­tion seule est source de ce reve­nu. Mais faire de l’argent avec de l’argent est actuel­le­ment accep­té, et résulte de la finan­cia­ri­sa­tion qui trouve son ori­gine dans cette idée selon laquelle l’épargne est une néces­si­té abso­lue pour finan­cer les inves­tis­se­ments. Cette idée a été impo­sée et géné­ra­li­sée par ceux à qui elle pro­fite, par cer­taines théo­ries par­ti­sanes, en par­ti­cu­lier par la théo­rie néo­clas­sique, et grâce à la pro­pa­gande ampli­fiée par les médias sous l’influence des lob­bies financiers.

    Elle se trouve donc à l’origine d’une sorte de vol. En effet, c’est le pro­fit qui per­met aux entre­prises de payer divi­dendes et inté­rêts, et le pro­fit repré­sente une par­tie du reve­nu des tra­vailleurs cap­tée par les entreprises.

    Dans une éco­no­mie qui accepte qu’être pro­prié­taire du capi­tal donne un droit sur une par­tie de la pro­duc­tion, le capi­tal, dès qu’il appa­raît , devient la source d’un reve­nu per­pé­tuel pour ses pro­prié­taires… Lorsque le capi­tal de l’ensemble des entre­prises est finan­cé par les actions et obli­ga­tions, leur pro­fit est par­ta­gé entre les action­naires et les titu­laires d’obligations, qui peuvent les prê­ter à nou­veau aux entre­prises, une par­tie ou la tota­li­té du pro­fit ain­si par­ta­gé étant épar­gnée pour finan­cer de nou­veaux inves­tis­se­ments, ce qui aug­mente encore le mon­tant de leurs actions et de leurs obli­ga­tions. Ce pro­ces­sus peut ain­si se renou­ve­ler indé­fi­ni­ment … le mon­tant des actions augmente…” 
    (JUSQU’À LA CRISE ET LA GRANDE DÉPRESSION) !

    C’est ce qui s’est déjà pro­duit en 29, et est en passe de se repro­duire si, après la crise finan­cière, ”il se trouve encore des incons­cients pour y voir la culpa­bi­li­té des sala­riés ou de notre sys­tème social”, et nous plon­ger dans la dépression.

    Lorsque ce scé­na­rio de crise et de dépres­sion fut ima­gi­né et décrit en détails par MARX, les Rosens­thiel de l’époque lais­sèrent, eux aus­si, leur pen­sée-réflexe pro­cla­mer ne jamais avoir “autant ri à lire un texte d’économiste” ! Mais en 29 et après, lorsqu’il s’étala au grand jour, le scé­na­rio ne fit rire personne…

    À ceux qui pré­fèrent l’histoire plu­tôt que l’économie, je recom­mande le petit livre de Fran­çois Len­glet, “La crise des années trente est devant nous”, Édi­tions Per­rin, 2007/2008, que l’on peut résu­mer à par­tir d’extraits :

    - C’est ici que la com­pa­rai­son avec l’entre-deux-guerres est éclai­rante. La grande panne que connaît notre sys­tème contem­po­rain est la réplique d’une autre, qui a sai­si le monde aprés le crash de 1929 et sur­tout aprés l’extraordinaire exu­bé­rance des années 1920, en de nom­breux points sem­blable à celle que nous vivons depuis une quin­zaine d’années.

    PROFITS ET DETTES :
    ” L’inégalité de reve­nus aux États-Unis est à son plus haut depuis la pire des années, 1929. Et dans tout le monde anglo­phone, ces dis­pa­ri­tés ont atteint des extrêmes que nous n’avions pas obser­vées depuis Gats­by le magni­fique”, observe John Plen­der dans le Finan­cial Times du 8 Avril 2008.
    “Comme notre décen­nie, pour­suit le jour­na­liste, les années 1920 ont été une période de forte crois­sance des pro­fits et d’envolée de l’endettement des ménages. Wall Street, noyé sous l’argent facile a cédé à ce que l’économiste John Ken­neth Gal­braith allait décrire dans son oeuvre fon­da­men­tale de l’époque, Le Grand Krash, comme la magie de la dette : l’augmentation des ren­de­ments finan­ciers grâce à l’endettement.” Et Plen­der de noter une res­sem­blance éton­nante avec la situa­tion actuelle des mar­chés financiers.

    PRODUCTIVITÉ :
    À quelques soixante dix années d’intervalle, notre capi­ta­lisme connaît des phases d’expansion inha­bi­tuelles très simi­laires, mar­quées toutes deux par une forte pous­sée tech­no­lo­gique qui trans­forme com­plé­te­ment les modes de pro­duc­tion et de consom­ma­tion des pro­duits, la rela­tion au tra­vail et le lien social. Dans les années 1920, c’est l’arrivée de l’électricité indus­trielle qui pro­voque une forte concen­tra­tion des entre­prises et met à l’épreuve le modèle social pater­na­liste de l’époque… Trois quarts de siècle plus tard, l’internet aura exac­te­ment les mêmes effets.

    LAISSER-FAIRE :
    Ces embel­lies du capi­ta­lisme s’accompagnent éga­le­ment d’une pro­gres­sion de la mon­dia­li­sa­tion : le com­merce inter­na­tio­nal connaît alors une vive accé­lé­ra­tion, tout comme les flux d’investissements indus­triels et finan­ciers trans­fron­tières et le nombre de migrants inter­na­tio­naux. Autre simi­li­tude, elles se tra­duisent aus­si, dans les deux cas, par une forme de lais­ser-faire en matière de poli­tique éco­no­mique, à la fois sur le plan de la doc­trine – celle du libé­ra­lisme – et dans les faits, où l’on voit la puis­sance publique recu­ler à peu prés par­tout dans le monde.

    NON-PARTAGE :
    Dans la plu­part des pays, et en par­ti­cu­lier aux États-Unis et au Royaume-Uni, à coup sûr les contrées les plus libé­rales, la dis­tri­bu­tion de reve­nus ne pro­fite alors qu’aux indi­vi­dus les plus favo­ri­sés, comme le note le com­men­ta­teur du Finan­cial Times cité plus haut. L’environnement macro-éco­no­mique est lui aus­si étran­ge­ment simi­laire d’une période à l’autre : pas d’inflation, taux d’intérêt faible, et pro­gres­sion sub­stan­tielle de la dette.

    L’analyse de l’économiste Rocar­dien Pierre Lar­rou­tu­rou, figure dans son livre “Pour en finir avec Sar­ko­zy”, Edi­tions Du Rocher, 2008, dont le titre rap­pel­le­ra quelque chose…
    Dans un Cha­pitre inti­tu­lé “Que fai­sons-nous de la pro­duc­ti­vi­té?”, le pas­sage concer­né figure au sous-titre :
    COMME EN 1929 ?

    ” Mais d’où venait la crise de 1929 ? Je l’ai dit plus haut : entre 1900 et 1920, les nou­velles tech­no­lo­gies et les nou­velles orga­ni­sa­tions du tra­vail mises en oeuvre par Ford et Tay­lor avaient per­mis à l’économie amé­ri­caine de faire des gains de pro­duc­ti­vi­té très impor­tants. ET quelques patrons qui voi­laient par­ta­ger ces gains de pro­duc­ti­vi­té avec les sala­riés (Ford, Kel­log : pas­sage aux trente heures avec main­tien du salaire inté­gral) avaient été moqués et mar­gi­na­li­sés par l’immense majo­ri­té des chefs d’entreprises qui pré­fè­raient gar­der les béné­fices pour eux-mêmes et leurs action­naires. C’est ce non-par­tage des fruits de la pro­duc­ti­vi­té qui a pro­vo­qué la crise de 1929 :

    1900–1929 :

    - Gains de pro­duc­ti­vi­té impor­tants non-dis­tri­bués aux salariés

    - Les Béné­fices aug­mentent, pro­vo­quant une belle eupho­rie financière

    - L’augmentation de la dette per­met de cacher les dégâts pro­vo­qués par la défla­tion salariale

    1921 :

    - Pre­mière crise éco­no­mique : dix-huit mois.

    - Cette crise, dont on est sor­ti sans trop de casse, va ren­for­cer le sen­ti­ment que tout est permis.

    1929 :

    - La grande crise éclate

    - De part et d’autre de l’Atlantique, des mil­liers de sala­riés vont se retrou­ver au chô­mage, jusqu’à la guerre…
    La période de 1990 à 1929 res­semble étran­ge­ment à celle que nous connais­sons depuis trente ans : des gains de pro­duc­ti­vi­té mal gérés qui affai­blissent la situa­tion des sala­riés, une explo­sion des béné­fices qui pro­voque une eupho­rie finan­cière… et fina­le­ment un endet­te­ment qui pro­voque une crise éco­no­mique majeure.

    Cela ne vous dit rien ? ”

    La seule leçon qui fut tirée de la crise de 1929 est une injec­tion de liqui­di­tés par les banques cen­trales, afin d’éviter l’asphyxie immé­diate de la finance, mais cela n’a fait que retar­der celle de l’économie…

    Dans ces condi­tions, comme disait Lénine, Que faire ?

    Là, c’est Patrick Artus et Marie-Paule Virard qui s’y collent, dans un livre déjà cité, dont on peut rap­pe­ler les préconisations :
    POURQUOI IL FAUT PARTAGER LES REVENUS, Édi­tions La décou­verte, Mai 2010,
    n’est autre que la suite déve­lop­pée du FLASH ÉCONOMIE du 30 mars :

    http://​cib​.natixis​.com/​f​l​u​s​h​d​o​c​.​a​s​p​x​?​i​d​=​5​2​370
    (”Com­ment faire repar­tir la crois­sance en Europe ?”)

    Un extrait de l’introduction suf­fit à don­ner un avant goût du pay­sage, néan­moins sombre, que dépeint Artus pour les années à venir :
    “ Dès lors, que reste-t-il comme pistes possibles ?

    D’abord, modi­fier le par­tage des reve­nus entre salaires et pro­fits en faveur des pre­miers. Spon­ta­né­ment, la crise pèse et va peser sur les salaires en rai­son du chô­mage éle­vé, de la volon­té des entre­prises de main­te­nir coûte que coûte la ren­ta­bi­li­té du capi­tal, de la concur­rence accrue des pays émer­gents. Pour­tant, la baisse de la part des salaires dans le reve­nu natio­nal est une très mau­vaise idée, car les salaires sont consom­més, alors que les pro­fits sont peu dépen­sés, sur­tout dans un envi­ron­ne­ment où les inves­tis­se­ments des entre­prises sont dépri­més avec la fai­blesse de l’utilisation des capa­ci­tés de pro­duc­tion. Il est donc absurde de réduire les salaires quand on veut sti­mu­ler la demande. D’où la néces­si­té de réflé­chir à des solu­tions inno­vantes pour inflé­chir le par­tage des reve­nus en faveur de ceux qui consomment, c’est à dire les salariés.”

    “Ensuite, la réforme fis­cale. Après la crise, il est indis­pen­sable de repen­ser la struc­ture de la fis­ca­li­té. En effet, il n’y a pas assez d’emplois, plaie de la lupart des éco­no­mies déve­lop­pées , et il n’y a pas besoin de beau­coup inves­tir, puisque le monde est en sur­ca­pa­ci­té de pro­duc­tion et que la demande est plu­tôt faible. Dans ces condi­tions, il est aber­rant d’avoir une taxa­tion très éle­vée des reve­nus du tra­vail, et faible des reve­nus du capi­tal : pour­quoi décou­ra­ger l’emploi et la consom­ma­tion et favo­ri­ser l’épargne, quand le pro­blème est l’excès mon­dial d’épargne ? ”

    Réponse
  23. Hadrien

    On est ravi d’apprendre l’idée nou­velle entre toutes de Mos­co­vi­ci sur « ces nou­veaux outils éco­no­miques : les dif­fé­rentes contri­bu­tions et taxes (telles que la TVA) », relayant son men­tor DSK qui avait évo­qué « des ins­tru­ments plus trans­pa­rents au niveau euro­péen, comme une TVA euro­péenne », que l’on retrouve sous la plume, et main­te­nant sur le blog, de cet autre inévi­table grand démo­crate qu’est le ban­quier Peyrelevade :

    17 nov. 2010 Le Figaro,
    Pour­quoi il faut aug­men­ter la TVA : Pour Jean Pey­re­le­vade, une hausse de cet impôt sur la consom­ma­tion est indis­pen­sable pour réduire les charges des entreprises.

    On ne peut qu’adresser ici à DSK et son dis­ciple les mêmes féli­ci­ta­tions qu’à leur aîné :
    Bra­vo DSK, bra­vo les démo­crates, les grands esprits se rejoignent !

    Ain­si, face à la crise due à l’impéritie de la finance glo­ba­li­sée, les finan­ciers pro­posent déjà leur remède : l’augmentation de la TVA dont la carac­té­ris­tique, on le sait, est d’être le plus dure­ment res­sen­ti par les faibles reve­nus. Rap­pe­lons ici à nou­veau que les taxes, contrai­re­ment aux impôts sur le reve­nu, ne sont ni pro­gres­sives, ni même pro­por­tion­nelles, mais constantes : les mêmes pour Mme Bet­ten­court au reve­nu annuel de 400 mil­lions, pour DSK qui reçoit 500 000 euros nets d’impôts au FMI, et pour le chô­meur en fin de droit. C’est génial !

    DSK nous avait déjà fait com­prendre ses moti­va­tions per­son­nelles d’une rare sub­ti­li­té concer­nant les tra­vailleurs : “je n’ai pas le dogme des soixante ans…”
    Il nous en dit plus aujourd’hui sur la durée du tra­vail : « Les citoyens ne sont pas à leur plein potentiel… »

    Denis Kess­ler, ancien maoïste deve­nu N° 2 du MEDEF de 1994 à 1998, le décla­rait tout de go en féli­ci­tant le nou­veau pré­sident de la Répu­blique Sar­ko­zy, le 4 octobre 2007, dans le maga­zine Challenges :
    « À y regar­der de plus près, on constate qu’il y a une pro­fonde uni­té à ce pro­gramme ambi­tieux. La liste des réformes ? C’est simple, pre­nez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans excep­tion. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sor­tir de 1945, et de défaire métho­di­que­ment le pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résis­tance ! ».

    Au fait, qui a sou­te­nu DSK dans sa can­di­da­ture au FMI ?
    Et quel autre point com­mun relie donc Kess­ler à DSK ? C’est facile :

    Comme on l’a déjà signa­lé, c’est Claude BEBEAR, pré­sident du conseil de sur­veillance du prin­ci­pal groupe d’assurances au monde AXA, qui l’a rap­pe­lé en déclarant :
    “ Il y a vingt ans, nous étions quelques assu­reurs à avoir char­gé Denis KESSLER et Domi­nique STRAUSS-KHAN d’une étude sur les fonds de pen­sion. Ils avaient démon­tré tout l’intérêt de ces fonds, s’opposant en cela à l’opinion géné­rale, et il nous a fal­lu vingt ans d’explications, de confé­rences pour faire admettre à 80% de la popu­la­tion qu’il était salu­taire de com­plé­ter par une dose de capi­ta­li­sa­tion la retraite par répar­ti­tion. Convaincre demande de la patience : tout l’art de gou­ver­ner consiste à faire pas­ser les idées et à appré­cier le moment où elles peuvent être mises en application.”
    (Entre­tien avec le Figa­ro Maga­zine, 13 Juillet 2002)

    Par une iro­nie de l’histoire, tous ceux-là montrent le nou­veau modèle, l’eldorado des temps modernes : la Chine, qui a subi­te­ment gagné ses galons de res­pec­ta­bi­li­té du simple fait que son régime inchan­gé per­met aujourd’hui d’y « inves­tir » et réa­li­ser des plus values sur le tra­vail sans com­mune mesure avec celles de notre vieux continent.
    Ain­si, les fonds de pen­sion ima­gi­nés par Strauss-Kahn et Kess­ler pour­ront faire fruc­ti­fier à sou­hait sur ces terres loin­taines les fara­mi­neux mon­tants que repré­sentent nos actuels bud­gets sociaux. Ne sont-ils pas supé­rieurs au bud­get de l’État ? Voi­là donc qui est par­fait… Après avoir spé­cu­lé sur les dettes bud­gé­taires, le monde de la finance mon­dia­li­sée pour­ra bien­tôt gagner encore plus d’argent sur les dettes sociales !

    - Mais tout celà ne va-t-il pas s’écrouler ? demande le pro­fane. Cette finance mon­dia­li­sée ne peut indé­fi­ni­ment sous­traire leurs res­sources et leurs acquis aux gens, sans qu’ils s’en aperçoivent…

    - Pen­sez donc ! Ils ont voté Sar­ko­zy lorsque celui-ci le leur disait ouver­te­ment… Ils vote­ront bien Strauss-Kahn qui ne leur en dit que la moitié !

    Réponse
  24. Hadrien

    Cher Étienne, Cher AJ,

    Un der­nier mot (espé­rons-le) sur l’a­char­ne­ment pro­pa­gan­diste de J.Peyrelevade dans son blog « La refon­da­tion du capi­ta­lisme », dont il convient d’être prévenu :

    L’au­teur pré­tend démon­trer que les chiffres de Mélen­chon (et d’autres) sur la forte dimi­nu­tion de la part sala­riale depuis 1982 sont faux, car ils ne concer­ne­raient en pour­cen­tage que la moi­tié du PIB.
    Or, ces chiffres existent bien en termes de points PIB, sur : http://​gesd​.free​.fr/​p​c​r​t​.​pdf,
    incluant la cor­rec­tion idoine des biais de sala­ri­sa­tion, car :

    - pour avoir l’é­vo­lu­tion de la part sala­riale en moyenne, il faut évi­dem­ment cor­ri­ger par l’aug­men­ta­tion du nombre de sala­riés depuis cette date !

    - de même pour avoir l’é­vo­lu­tion réelle des reve­nus du capi­tal, il faut évi­dem­ment y ajou­ter les divers inter­es­se­ments, primes, etc., notam­ment des socié­tés finan­cières, que l’IN­SEE assi­mille faus­se­ment à des salaires !

    Tout cela, mis à jour, est consul­table en ligne sur la réfé­rence indi­quée en lien,
    gesd​.free​.fr/​p​c​r​t​.​pdf

    On peut y lire, en termes de PIB, les 8 à 10 points de chute aprés 1982 que J.Peyrelevade s’é­ver­tue à nier depuis un an et demi.
    (Michel Hus­son rele­vait, un an aupa­ra­vant, les mêmes biais sta­tis­tiques sur : hus​so​net​.free​.fr/​p​s​a​l​4​9​.​pdf)

    L’au­teur a cen­su­ré à plu­sieurs reprises ces réfé­rences, par­mi bien d’autres d’une longue liste four­nie, afin qu’on ne puisse les lire…
    Pour ajou­ter des bou­lets aux pieds de ses contra­dic­teurs, le site éli­mine sys­té­ma­ti­que­ment tout texte ayant plus d’un lien comme réfé­rence (ce qui écourte toute dis­cus­sion sérieuse : ima­gine-t-on une revue scien­ti­fique où aucun « revie­wer » n’ad­met­trait plus d’une réfé­rence par article ?).

    Réponse
  25. Sina

    Dans la rubrique « la stra­té­gie des riches pour cho­quer les pauvres », voi­ci les ultimes argu­ments du ban­quier Peyrelevade :

    « Faut-il taxer davan­tage les reve­nus du capi­tal, de manière à ali­gner leur impo­si­tion sur celle du tra­vail ?…Point du tout : son effet sur les res­sources de l’Etat sera mar­gi­nal. Il serait temps que la gauche comme la droite cessent de se nour­rir de rêves. »

    L’en­nui, c’est que cette argu­men­ta­tion est démen­tie par l’ouvrage qui vient de paraître de Lan­dais, Piket­ty et Saez (”Pour une révo­lu­tion fis­cale”) et qui fait le point sur le sujet en ces termes (pp. 70–71) :

    Pour l’im­pôt sur le reve­nu (IR):

    “Les reve­nus finan­ciers sont presque entiè­re­ment sor­tis du régime d’imposition au barème. En toute léga­li­té, le régime de droit com­mun est pro­gres­si­ve­ment deve­nu l’exception pour ces reve­nus et les régimes déro­ga­toires sont deve­nus la règle…

    Moins de 20% des reve­nus du capi­tal réels (50 mil­liards sur 300 mil­liards) se retrouvent dans la base de l’impôt pro­gres­sif sur le reve­nu. Par com­pa­rai­son, plus de 90% des reve­nus du tra­vail réels sont impo­sés au barème pro­gres­sif d’imposition.

    Pour les reve­nus fon­ciers, on retrouve à peine plus de 25% des reve­nus réels dans la base d’imposition

    Pour les reve­nus finan­ciers, on retrouve moins de 15% des reve­nus réels dans la base d’imposition. Par exemple, sur les quelque 170 mil­liards d’intérêts et de divi­dendes reçus chaque année, moins de 20 mil­liards se retrouvent dans les décla­ra­tions de revenus.

    En d’autres termes, sur ces vrais bases, “l’esprit rapide” en déduit immé­dia­te­ment qu’aligner l’imposition des reve­nus du capi­tal sur celle du tra­vail, c’est pas­ser de :
    50 x 17% = 8,5 mil­liards, à : 270 x 30% = 81 milliards,
    soit prés de dix fois plus !

    Pour la Contri­bu­tion sociale (CSG):

    De même, l’as­siette de la CSG est loin de l’é­ga­li­té de traitement :

    « Envi­ron 40% des reve­nus du capi­tal réels se retrouvent dans l’as­siette impo­sable de la CSG… »
    D’une part, la base pour les reve­nus fon­ciers est qua­si­ment la même que pour l’IRPP (moins de 30%)…

    D’autre part, pour ce qui concerne les reve­nus finan­ciers, on constate qu’au total à peine 50% des inté­rêts, divi­dendes et pro­duits financiers…se retrouvent dans l’as­siette de la CSG.

    Quant à l’im­pôt sur les socié­tés (IS), Pey­re­le­vade lache des com­men­taires que le MEDEF n’o­se­rait même pas reprendre :

    - « La taxa­tion des divi­dendes, quand l’on tient compte de l’impôt sur les béné­fices payé en amont, est plus lourde que celle de la der­nière tranche de l’impôt sur le revenu
    (100 x 34% + 51% x 60%) = 64,6% »

    - « Il fau­dra, en bonne logique, dimi­nuer l’imposition des divi­dendes (ou, au choix, l’impôt sur les béné­fices des socié­tés : je suis pour) »

    Or, rap­pe­lons tout d’a­bord que l’im­pôt sur les béné­fices des socié­tés est per­çu sur celles-ci en tant que per­sonnes morales : une entre­prise n’u­ti­lise-t-elle pas les infra­struc­tures et ser­vices publics pour son fonc­tion­ne­ment et fina­le­ment son pro­fit (com­mu­ni­ca­tions rou­tières, recours auprés de la jus­tice ou de la police, etc.)? Il est donc nor­mal qu’elle contri­bue aux biens et ser­vices publics, au même titre qu’une per­sonne phy­sique dans son usage pri­vé. (Encore heu­reux que la base d’im­po­si­tion en soit le béné­fice, et non le chiffre d’af­faires qui est pour­tant plus indi­ca­tif de l’in­ten­si­té d’usage.)

    On ne sau­rait donc confondre l’im­pôt sur la socié­té avec l’im­pôt sur le socié­taire, cha­cun s’a­dres­sant à un usage dif­fé­rent de la collectivité.

    En ce qui concerne les divi­dendes, la per­ti­nence des argu­ments déjà évo­qués d’E­lie Sadigh 1 saute aux yeux :

    « Le sys­tème capi­ta­liste impose la règle arbi­traire et par­ti­sane selon laquelle être pro­prié­taire des moyens de pro­duc­tion donne droit indé­fi­ni­ment à une par­tie du produit.
    Selon les par­ti­sans du capi­ta­lisme, l’épargne est indis­pen­sable dans une éco­no­mie de crois­sance et, à terme, l’enrichissement de cer­taines caté­go­ries, celles des capi­ta­listes, est nécessaire.

    Ils ont ten­té de for­mer ces affir­ma­tions sur une démons­tra­tion qui découle logi­que­ment d’une hypo­thèse selon laquelle l’épargne consti­tue la source du finan­ce­ment des inves­tis­se­ments addi­tion­nels. Il faut donc favo­ri­ser les caté­go­ries les plus riches car elles ont une capa­ci­té d’épargne plus importante…

    Or, ce rai­son­ne­ment se révèle faux dès lors que l’on démontre que ce n’est pas l’épargne mais le pro­fit qui consti­tue la source de finan­ce­ment per­enne. Et les par­ti­sans du capi­ta­lisme passent sous silence la ques­tion de savoir dans quelle mesure le reve­nu des caté­go­ries les plus riches résulte ou non de leur par­ti­ci­pa­tion à la réa­li­sa­tion de la production :

    Dans une éco­no­mie qui accepte qu’être pro­prié­taire du capi­tal donne un droit sur une par­tie de la pro­duc­tion, le capi­tal, dès qu’il appa­raît , devient la source d’un reve­nu per­pé­tuel pour ses propriétaires.

    Lorsque le capi­tal de l’ensemble des entre­prises est finan­cé par les actions et obli­ga­tions, leur pro­fit est par­ta­gé entre les action­naires et les titu­laires d’obligations, qui peuvent les prê­ter à nou­veau aux entre­prises, une par­tie ou la tota­li­té du pro­fit ain­si par­ta­gé étant épar­gnée pour finan­cer de nou­veaux inves­tis­se­ments, ce qui aug­mente encore le mon­tant de leurs actions et de leurs obli­ga­tions. Ce pro­ces­sus peut ain­si se renou­ve­ler indéfiniment…

    Or, même si l’on admet que l’épargne est la source du finan­ce­ment du capi­tal ori­gi­nel, on ne voit pas com­ment on peut jus­ti­fier le reve­nu per­pé­tuel des pro­prié­taires de ce capi­tal. En effet, lorsque le capi­tal inves­ti devient obso­lete, c’est la plus-value du tra­vail qui per­pé­tue le capi­tal, ce qui signi­fie que le nou­veau capi­tal appar­tient aux tra­vailleurs. Cela marque la limite abso­lue des théo­ries qui consi­dèrent qu’être épar­gnant donne un droit per­pé­tuel sur une par­tie du pro­duit et, par consé­quent, la limite abso­lue de la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie.

    Par­ti­ci­per à la réa­li­sa­tion de la pro­duc­tion est la seule façon d’obtenir un reve­nu légi­time, car la pro­duc­tion seule est source de ce reve­nu. Mais faire de l’argent avec de l’argent (c’est à dire en dor­mant, selon l’ex­pres­sion d’un ancien pré­sident) est actuel­le­ment accep­té, et résulte de la finan­cia­ri­sa­tion qui trouve son ori­gine dans cette idée selon laquelle l’épargne est une néces­si­té abso­lue pour finan­cer les inves­tis­se­ments. Une telle idée a été impo­sée et géné­ra­li­sée par ceux à qui elle pro­fite, par cer­taines théo­ries par­ti­sanes, en par­ti­cu­lier par la théo­rie néo­clas­sique, et grâce à la pro­pa­gande ampli­fiée par les médias sous l’influence des lob­bies financiers.

    Elle se trouve donc à l’origine d’une sorte de vol. En effet, c’est le pro­fit qui per­met aux entre­prises de payer divi­dendes et inté­rêts, et le pro­fit ne repré­sente plus, à terme (aprés amor­tis­se­ment du capi­tal ini­tial), qu’une plus-value des tra­vailleurs cap­tée par l’entreprise. »

    N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que la loi recon­naît aux com­mer­çants par la notion de fonds de com­merce ? Le pro­prié­taire de l’ou­til de tra­vail qu’est le local, même entre­te­nu et sujet au risque de dépra­da­tions, n’est pas pour autant pro­prié­taire du suc­cés com­mer­cial. Pour­quoi donc les tra­vailleurs qui ont fait le suc­cés d’une entre­prise indus­trielle béné­fi­ciaire se trou­ve­raient-ils sans droit sur le « fonds indus­triel », lorsque les action­naires trouvent à leur conve­nance d’al­ler por­ter cet acquis à de petites mains plus pro­fi­tables encore ?

    Les action­naires doivent donc, non seule­ment être impo­sables sur leurs divi­dendes au même taux que les tra­vailleurs sur leur salaire, mais encore s’es­ti­mer heu­reux de pou­voir dis­po­ser ain­si de l’ex­ploi­ta­tion du tra­vail d’autrui…

    1 Elie Sadigh, Pro­fes­seur d’E­co­no­mie à l’Université de Bourgogne ;
    LA FINANCIARISATION : CAPITAL CONTRE TRAVAIL, L’Harmattan, 2010

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  26. valentini

    Par­ler de finances autrement
    qu’en homme intéressé
    c’est-à-dire sans finasseries
    je suis pour !

    Aus­si voici :

    Roman de la ruelle en rut

    Que peut-on espé­rer quand on est milliardaire ?
    Que cent zouaves expliquent toutes nos beautés !
    Qu’en­vers de poème assoif­fé d’éternité
    notre âme acquiert les arômes d’un sanctuaire.

    (le texte en entier sur http://​lape​ti​te​guerre​.over​-blog​.com/)

    Réponse

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