L’enjeu des retraites : bonheur au travail, qualification des personnes et salaire à vie + financement des services publics sans l’épargne des riches et sans charge d’intérêts

7/11/2010 | 15 commentaires

L’en­jeu des retraites, brillam­ment expli­qué par Ber­nard Friot

Chers amis,

Je vou­drais pro­po­ser ici une réflexion sur la « réforme » le sabo­tage des retraites impo­sée aux Fran­çais par leurs pré­ten­dus « représentants ».

Nos grands-parents ont mis au point et ins­ti­tué en 1945, juste après la deuxième guerre mon­diale, dans un pays dévas­té et rui­né, un sys­tème de retraites génial, insub­mer­sible, tou­jours en équi­libre, par construc­tion :

Pour finan­cer les retraites par répar­ti­tion, on ne tire pas de plans sur la comète à dix ou vingt ans : on sait chaque année très exac­te­ment com­bien on aura de retrai­tés l’an pro­chain et com­bien il fau­dra leur ver­ser en pen­sions ; on en déduit donc aisé­ment — chaque année — le taux de coti­sa­tion néces­saire pour finan­cer le système.

Évi­dem­ment, en période de vieillis­se­ment démo­gra­phique, les taux de coti­sa­tion montent pro­gres­si­ve­ment, mais moins vite que la crois­sance du pou­voir d’a­chat, ce qui rend le pro­ces­sus par­fai­te­ment indo­lore. C’est comme ça que tout s’est pas­sé pen­dant « les trente glo­rieuses » (1945−1975) : les taux de coti­sa­tions « sala­riales » et « patro­nales » n’ont pas ces­sé de croître, dou­ce­ment, et le sys­tème est donc res­té équi­li­bré. Insub­mer­sible, je vous dis. Sauf si un traître troue la coque volon­tai­re­ment, bien sûr !

Il est essen­tiel de com­prendre trois choses fondamentales :

1) Notre sys­tème de retraite par répar­ti­tion finance les dépenses pré­sentes avec la richesse créée aujourd’­hui => ce sys­tème n’a donc PAS BESOIN D’ÉPARGNE PRÉALABLE pour se finan­cer, pas besoin d’ac­cu­mu­la­tion du capi­tal, ce sys­tème fonc­tionne donc SANS L’ARGENT DES RICHES, SANS AVOIR BESOIN DES MARCHÉS FINANCIERS, et donc SANS INTÉRÊTS À VERSER à qui que ce soit.

Reli­sez bien ceci, c’est abso­lu­ment fondamental.

Pour Friot, le suc­cès avé­ré de la retraite par répar­ti­tion, le suc­cès du salaire à vie, incon­di­tion­nel et auto­fi­nan­cé par coti­sa­tions, cette réus­site incon­tes­table est la preuve for­melle que ce n’est pas une uto­pie : nous sommes capables, d’ores et déjà et sans attendre, de finan­cer nous-mêmes un ser­vice public immense (des cen­taines de mil­liards par an, avec des enga­ge­ments de long terme, sur des dizaines d’an­nées) sans avoir besoin de l’é­pargne, sans avoir besoin des excé­dents des riches (au prix rui­neux de l’in­té­rêt), sans avoir à nous sacri­fier aux dieux modernes, capri­cieux et cruels, nom­més « mar­ché finan­ciers » et qu’il fau­drait sans cesse « ras­su­rer » et « apaiser ».

Et logi­que­ment, Ber­nard Friot nous invite à ima­gi­ner d’É­TENDRE CETTE MÉTHODE QUI MARCHE à d’autres sec­teurs impor­tants pour nous tous : LES SALAIRES, ET MÊME L’INVESTISSEMENT, qui pour­raient être, eux aus­si, finan­cés par des coti­sa­tions et des caisses non éta­tiques ; étendre la méthode plu­tôt que de la lais­ser asphyxier.

C’est donc pour reprendre le contrôle d’un sys­tème qui leur échap­pait com­plè­te­ment jus­qu’i­ci que les riches le sabotent.

2) Ce sys­tème a été orga­ni­sé pour que les acteurs sociaux gèrent eux-mêmes leurs affaires, sans avoir recours à l’É­tat : ce sont les « par­te­naires sociaux » qui gèrent eux-mêmes la Retraite et la Sécu­ri­té sociale, en prin­cipe loin des contraintes étatiques.

Or, pré­ci­sé­ment, et mal­heu­reu­se­ment, l’É­tat s’est mêlé de cette ges­tion pari­taire pour impo­ser aux Fran­çais, depuis 1979, le gel des coti­sa­tions patro­nales (sur injonc­tion des patrons, deve­nus les maîtres des poli­ti­ciens), ce qui a mis en route la ruine pro­gres­sive du sys­tème (l’ob­jec­tif réel des riches). Mais cette ruine n’a donc rien d’une fata­li­té : c’est le résul­tat d’une poli­tique. Il suf­fi­rait d’en chan­ger pour que tout rentre dans l’ordre.

3) Si nos parents ont pu ins­ti­tuer un tel sys­tème socia­li­sé, —conforme à l’in­té­rêt géné­ral et indé­pen­dant des riches du moment—, c’est qu’ils n’a­vaient pas les riches de l’é­poque pour se mettre en tra­vers de leur poli­tique : en effet, les riches de l’é­poque avaient mon­tré au grand jour, pen­dant la guerre, leur nui­sance pro­fonde et leur mal­hon­nê­te­té crasse, en col­la­bo­rant au der­nier degré avec les nazis (nazis que les indus­triels, les ban­quiers et leurs jour­naux avaient vou­lus, créés et finan­cés, avant de col­la­bo­rer avec eux dans l’hor­reur fasciste).

À la fin de la guerre, il était donc évi­dem­ment ques­tion de fusiller les col­la­bos, d’ex­ter­mi­ner ces canailles anti-répu­bli­caines. Autant dire que les riches n’en menaient pas large. Ils ont donc lais­sé faire le Conseil Natio­nal de la Résis­tance, le CNR, bien contents de ne pas être exé­cu­tés pour leurs félo­nies. C’est pour cette rai­son, CETTE RAISON QUI N’EXISTE PLUS AUJOURD’HUI, que les pauvres de l’é­poque ont pu ins­ti­tuer une forme de socia­lisme vrai, dont nous pro­fi­tons tous aujourd’­hui, tout naturellement.

Mais petit à petit, nos grands-parents sont morts et mal­heu­reu­se­ment, leurs enfants sont pro­fon­dé­ment incultes, ils ne lisent rien et ils ont tout oublié, ils ne savent même pas que le CNR a exis­té, ils ne se méfient plus des riches, ils marchent tran­quille­ment vers l’abattoir…

Alors que les riches, eux, ont la ran­cune tenace et la culture solide : il y a long­temps qu’ils attendent et pré­parent leur revanche.

Nous y sommes.

La période actuelle, depuis les années 80, c’est ce que Fakir appelle très jus­te­ment « LA REVANCHE DES COLLABOS ».

C’est d’ailleurs aus­si, appa­rem­ment, la revanche des nobles, des prêtres et des pri­vi­lé­giés de l’An­cien régime qui en veulent tou­jours à mort aux révo­lu­tion­naires de 1789 qui les ont rui­nés : regar­dez tous ces « his­to­riens » modernes qui noir­cissent la Révo­lu­tion fran­çaise en mon­tant en épingle ce qu’ils appellent « la Grande Ter­reur » (et en oubliant fort à pro­pos l’autre ter­reur, ter­reur ini­tiale et cause véri­table de tous les maux dans toutes les révo­lu­tions, ter­reur engen­drée par les anciens pri­vi­lé­giés, contre-révo­lu­tion­naires prêts à mas­sa­crer pour conser­ver leurs pri­vi­lèges), tous ces « his­to­riens » qui vou­draient bien que le peuple ait honte aujourd’­hui de toute pul­sion révo­lu­tion­naire, honte de toute pul­sion vio­lente, fut-ce pour se défendre contre la vio­lence inouïe des riches d’au­jourd’­hui ; tous ces « his­to­riens », vous le remar­que­rez, sont payés de près ou de loin par les patrons et les pri­vi­lé­giés du moment, payés pour réécrire l’his­toire en oubliant ou en mini­mi­sant les for­faits des riches.

Sur la cor­rup­tion de l’his­toire par les patrons sou­doyant les his­to­riens, voir le tra­vail impor­tant d’Annie Lacroix-Riz : L’his­toire contem­po­raine sous influence ».

Il fau­dra bien sûr défi­nir le sens qu’une socié­té digne de ce nom donne au mot RICHE… Qui est riche ? Car d’une cer­taine façon, on est tous le riche de quel­qu’un, bien sûr. Mais quand on constate tous les jours que les riches sont objec­ti­ve­ment les enne­mis du peuple et qu’ils cor­rompent la vie poli­tique et empêchent le pro­grès social, on ne parle pas des classes moyennes, évi­dem­ment, mais de ceux qui sont assez riches pour cor­rompre.

Alors, à par­tir de quel reve­nu est-on assez riche pour corrompre ?

Et faut-il s’en tenir aux seuls reve­nus, ou inté­grer aus­si les patri­moines dans les limites impo­sées par la socié­té pour se pro­té­ger elle-même des malades men­taux que deviennent méca­ni­que­ment les très riches ? Le reve­nu maxi­mum et l’hé­ri­tage limi­té à une seule géné­ra­tion sont des réflexions impor­tantes, connexes à celles sur les retraites : on en reparlera.

Il est donc essen­tiel de gar­der à l’es­prit ces faits majeurs quand on nous parle des retraites : 1) la retraite par répar­ti­tion est insub­mer­sible, elle ne peut pas faire faillite, tant que des sabo­teurs ne trouent pas la coque en gelant les taux de coti­sa­tion ; 2) L’É­tat n’est pas légi­time pour impo­ser aux sala­riés le sys­tème de retraite qui convient à ses élec­teurs. 3) CE SONT LES RICHES QUI SONT LES ENNEMIS DU PEUPLE, COMME TOUJOURS DEPUIS LA NUIT DES TEMPS, ET IL EST ESSENTIEL DE NE PAS LAISSER LES RICHES PRENDRE LE CONTRÔLE DES REPRÉSENTANTS POLITIQUES (via l’ap­pro­pria­tion des médias et le finan­ce­ment des cam­pagnes élec­to­rales), D’OÙ L’IMPORTANCE ABSOLUMENT STRATÉGIQUE DU TIRAGE AU SORT DANS NOS PROJETS D’ÉMANCIPATION PAR RAPPORT AUX RICHES DU MOMENT, tant il est vrai que 200&nbspans d’ex­pé­rience poli­tique montrent que, sans excep­tion, L’ÉLECTION PERMET AUX RICHES DU MOMENT D’ACHETER LE POUVOIR.

Voi­ci pour­quoi la bagarre de Friot sur les retraites rejoint la mienne sur le pro­ces­sus consti­tuant et le tirage au sort. L’hon­nê­te­té quo­ti­dienne de nos repré­sen­tants poli­tiques dépend direc­te­ment du DÉSINTÉRESSEMENT de l’As­sem­blée consti­tuante (celle qui écrit d’a­bord, et qui révise ensuite, la Consti­tu­tion) et du Conseil consti­tu­tion­nel (celui qui contrôle tous les jours le res­pect de la Consti­tu­tion) : ce dés­in­té­res­se­ment au plus haut niveau du droit ne peut être garan­ti que par le TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS (« en amont »), et par LEUR INÉLIGIBILITÉ aux fonc­tions qu’ils ins­ti­tuent eux-mêmes (« en aval »).

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Pour décou­vrir les pro­po­si­tions de Ber­nard Friot, pro­po­si­tions sti­mu­lantes, exci­tantes, enthou­sias­mantes, je vous recom­mande d’a­bord, en hors-d’œuvre, le résu­mé en 6 minutes, essen­tiel et drôle, de Franck Lepage :

🎬 Lec­teur vidéo d’origine (Flash, plus lisible aujourd’hui) : www​.wat​.tv

Vive les retraites !

Daniel Mer­met (Là-bas si j’y suis en juin et en sep­tembre 2010) avait lui aus­si relayé le tra­vail pro­fon­dé­ment révo­lu­tion­naire de Ber­nard Friot : une heure de radio passionnante.

Tout ceci m’a conduit à lire l’ex­cellent bou­quin :

Friot a don­né d’in­nom­brables confé­rences à tra­vers la France et on en trouve de nom­breuses sur le net. Je vous recom­mande les deux confé­rences sui­vantes, la pre­mière en huit petits seg­ments de 10–20 minutes, c’est une mer­veille, et la seconde en une traite de deux heures abso­lu­ment captivantes :

• Confé­rence du 12 juin 2010 à Séné (56) : « À ques­tion sala­riale, réponse sala­riale » :

Retraites, Ber­nard Friot 1ère par­tie
l’ar­gu­ment démo­gra­phique des « réfor­ma­teurs », soi-disant pour « sau­ver les retraites ».
Nous connais­sons les résul­tats de la « solu­tion démo­gra­phique » après 17 ans d’ex­pé­rience (les gou­ver­ne­ments aug­mentent la durée de coti­sa­tion depuis 1993) : résul­tat = aucune hausse de la durée du tra­vail, mais BAISSE DES PENSIONS (objec­tif inavoué mais évident des pré­ten­dus « réformateurs »).

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Retraites, Ber­nard Friot 2ème par­tie :
créa­tion d’une popu­la­tion fra­gi­li­sée : après la créa­tion des jeunes, la créa­tion des vieux !

« Nous avons une classe diri­geante qui ne peut pro­mettre que du sang et des larmes ; elle est abso­lu­ment inca­pable de nous pro­mettre un ave­nir meilleur… D’ailleurs, elle gou­verne sur la peur, son argu­ment essen­tiel est « demain sera pire qu’au­jourd’­hui »… ce que, mal­heu­reu­se­ment, nous avons lar­ge­ment inté­gré, et c’est ce qui fait la grande dif­fi­cul­té que nous avons à mobi­li­ser. Cette classe diri­geante a une obses­sion, c’est réduire les coûts sala­riaux… »

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Retraites : Ber­nard Friot, 3ème par­tie
créa­tion d’une popu­la­tion fra­gi­li­sée : après la créa­tion des jeunes, la créa­tion des vieux ! (suite)

« … et la créa­tion de toute pièce d’une nou­velle « caté­go­rie » démo­gra­phique : « les jeunes ». En 1975, à 25 ans, on n’est pas « jeune », on est sala­rié. (…) Tous ceux à qui on accorde la « soli­da­ri­té natio­nale » sont ceux à qui on dénie le sta­tut commun… »

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Retraites : Ber­nard Friot 4ème par­tie
Richesse, acti­vi­té, tra­vail et PIB

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inter­ven­tion Ber­nard Friot. 5ème par­tie
Assu­mons ce qui est révo­lu­tion­naire dans notre travail

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inter­ven­tion Ber­nard Friot. 6 ème par­tie
La retraite : une expé­rience sub­ver­sive du bon­heur au travail

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Retraites : Ber­nard Friot 7ème par­tie
La qua­li­fi­ca­tion, le salaire. Qu’est-ce que la valeur travail ?

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Retraites, Ber­nard Friot 8ème par­tie
Pour une lec­ture dia­lec­tique du capi­ta­lisme

La valeur tra­vail c’est le coeur du capi­ta­lisme, et elle ne peut exis­ter que s’il y a emploi, avec des indi­vi­dus sans appar­te­nance, dénués de liens sociaux, défi­nis comme seule force de tra­vail, qui est un gagne pain qu’ils mettent en valeur sur un mar­ché. Ce n’est pas une fata­li­té ; il y a même des socié­tés qui n’ont pas le mot tra­vail dans leur voca­bu­laire (elles ne parlent que d’acti­vi­tés). Nous sommes niés comme pro­duc­teurs, mineurs sociaux face au seul acteur éco­no­mique qui est l’employeur qui décide tout à notre place en matière de pro­duc­tion. Et les pro­duits sont déna­tu­rés en mar­chan­dises. L’emploi, c’est ce qui nous empêche de tra­vailler ; c’est ce qui génère des chô­meurs, qui sont inter­dits de tra­vail (ils ne sont pas inter­dits d’ac­ti­vi­tés : ils peuvent faire du béné­vo­lat tant qu’ils veulent).

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Remarque : si l’un d’entre vous tapait ses notes au cla­vier en regar­dant les 8 petites vidéo ci-des­sus, et s’il me les envoyait, je les publie­rais volon­tiers comme résu­mé sous cha­cune d’entre elle.

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• La confé­rence que Tho­my nous signale, à Nan­cy le 14 octobre 2010, est dif­fé­rente, com­plé­men­taire et très convain­cante. La séance des ques­tions, en deuxième par­tie, est par­ti­cu­liè­re­ment cap­ti­vante. En plus de l’in­ves­tis­se­ment, des mar­chés finan­ciers, des employeurs, Ber­nard Friot aborde ici la mon­naie et la créa­tion moné­taire, mais sous un angle inha­bi­tuel pour nous, qui ne man­que­ra pas de vous stimuler.

🎬 Lec­teur vidéo d’origine (Flash, plus lisible aujourd’hui) : www.canal‑u.tv

Ber­nard Friot à Nan­cy, 24 octobre 2010
(Nota : Ber­nard Friot com­mence à par­ler à la minute 9 seulement)

Lisez aus­si l’ar­ticle de Ber­nard Friot dans le Monde diplo­ma­tique.

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Après avoir tra­vaillé sur plu­sieurs confé­rences de deux heures don­nées par ce per­son­nage for­mi­dable sur ce sujet cen­tral, je suis tou­jours enthou­sias­mé par sa liber­té de pen­ser, son ori­gi­na­li­té, sa force et son optimisme.

Pour ma part, j’ai pris des dizaines de pages de notes denses et ori­gi­nales en écou­tant toutes ces longues vidéos.

Ça vaut le coup de réécou­ter tout ça, encore et encore, en écri­vant l’es­sen­tiel sur papier, car l’ar­gu­men­ta­tion est per­ti­nente mais très nou­velle dans le débat public et assez exi­geante sur la pré­ci­sion du voca­bu­laire, donc un peu longue à assi­mi­ler comme il faut.

Chers amis, ne ratez pas ces confé­rences, ne ratez pas les ana­lyses de Ber­nard Friot : elles sont un puis­sant pro­jec­teur opti­miste sur la pénombre défai­tiste. Ne ratez pas cela.

Ami­ca­le­ment.

Étienne.

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Étienne

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15 Commentaires

  1. Henri A
  2. AJH

    Je n’ai pas tout écou­té ( Nan­cy, 24 octobre 2010 ), seule­ment jusque 40′, mais Ber­nard Friot n’ar­rive pas, me semble t‑il à la seule pro­po­si­tion pos­sible de son ana­lyse, c’est que toute la mon­naie soit créée par la collectivité.

    La mon­naie des coti­sa­tions n’exis­te­rait pas (actuel­le­ment) si les banques ne créaient pas cette monnaie.

    La mon­naie n’existe que parce que les banques peuvent mon­nayer ces « titres finan­ciers » qui ont l’air de don­ner des bou­tons à B. Friot. Mais il a rai­son qu’on peut s’en passer…

    Si, un inves­tis­seur apporte quelque chose : sim­ple­ment parce qu’il faut de la tré­so­re­rie avant de pou­voir payer les sala­riés et les fournisseurs

    40% du PIB ne va pas « au pro­fit » .. et les pro­fits du capi­tal (les divi­dendes) ne sont pas « sté­ri­li­sés », il vont reve­nir dans l’é­co­no­mie jus­te­ment pour la consom­ma­tion qui va per­mettre aux gens de tra­vailler et de tou­cher des salaires.

    AJH

    Réponse
  3. Étienne

    Il me semble que Friot et Hol­becq devraient se parler.

    🙂

    Je demande à être là ce jour-là 🙂

    Étienne.

    Réponse
  4. Étienne

    Les miracles du reve­nu mini­mum garanti

    Dans le cadre d’un pro­jet pilote, les habi­tants d’un vil­lage déshé­ri­té ont reçu chaque mois l’équivalent de 10 euros. Deux ans plus tard, le bilan est vrai­ment posi­tif, se féli­cite Her­bert Jauch, le res­pon­sable du programme.

    On débat dans de nom­breux pays de l’instauration d’un reve­nu mini­mum garan­ti (RMG) qui ne soit assor­ti d’aucune condi­tion contrai­gnante. Pour­quoi la Nami­bie a‑t-elle pris les devants avec ce pro­jet pilote ?

    HERBERT JAUCH : La Com­mis­sion d’orientation natio­nale a, dès 2002, recom­man­dé le ver­se­ment d’un reve­nu mini­mum à tous les citoyens pour mieux s’attaquer aux inéga­li­tés sociales. La Nami­bie est, selon les Nations unies, le pays qui pré­sente les plus grands écarts de reve­nus au monde. Comme le gou­ver­ne­ment n’a pu se déci­der à ins­tau­rer un RMG, les Églises et les syn­di­cats ont lan­cé un pro­jet pilote. 

    Pour­quoi avoir choi­si le petit vil­lage d’Otjivero ?
    Nous vou­lions un endroit dans lequel il ne se pas­se­rait rien pen­dant au moins deux ans : pas de pro­gramme de créa­tion d’emplois, pas de pro­jet d’aide au déve­lop­pe­ment, pas de ren­trées finan­cières. Il ne devait y avoir que le reve­nu mini­mum, soit 100 dol­lars nami­biens (envi­ron 10 euros) par per­sonne et par mois. Otji­ve­ro avait l’air d’être dans une situa­tion tel­le­ment déses­pé­rée que nous avons pen­sé au début que le RMG ne ser­vi­rait pas à grand-chose, hor­mis une légère réduc­tion de la pauvreté. 

    Rece­voir de l’argent sans condi­tion, sans tra­vailler, est-ce que cela peut faire bou­ger les choses ?
    Ce sont des pré­ju­gés aux­quels nous nous heur­tons en per­ma­nence. Si les gens d’Otjivero ne tra­vaillent pas, ce n’est pas parce qu’ils sont pares­seux mais tout sim­ple­ment parce qu’il n’y a pas de tra­vail. Le fait est qu’ils n’ont pas dépen­sé cet argent pour s’acheter de l’alcool et qu’ils ne l’ont pas dila­pi­dé pour rien. 

    Qu’en ont-ils fait ?
    Nous avons pu obser­ver une chose sur­pre­nante. Une femme s’est mise à confec­tion­ner des petits pains ; une autre achète désor­mais du tis­su et coud des vête­ments ; un homme fabrique des briques. On a vu tout d’un coup toute une série d’activités éco­no­miques appa­raître dans ce petit vil­lage. Cela montre clai­re­ment que le reve­nu mini­mum ne rend pas pares­seux mais ouvre des perspectives. 

    Vous auriez pu par­ve­nir au même résul­tat avec des micro­cré­dits ciblés.
    Contrai­re­ment aux micro­cré­dits et à beau­coup de pro­grammes d’aide au déve­lop­pe­ment clas­siques, le reve­nu mini­mum a un impact non seule­ment sur la pro­duc­tion, mais aus­si sur la demande. En Afrique, le pou­voir d’achat se concentre en géné­ral dans quelques centres, ce qui force les gens à quit­ter les cam­pagnes pour les villes, où les bidon­villes finissent par s’étendre. Le RMG per­met à des régions rurales de se déve­lop­per, il crée des mar­chés locaux et per­met aux gens d’être autosuffisants. 

    Quels effets avez-vous pu consta­ter à Otjivero ?
    Le nombre de per­sonnes vivant au-des­sous du seuil de pau­vre­té est pas­sé de 76 à 37 %. Avant l’expérience, près de la moi­tié des enfants étaient sous-ali­men­tés, aujourd’hui ils sont moins de 10 % ; 90 % finissent leur sco­la­ri­té, avant, ils n’étaient que 60 %. Et la cri­mi­na­li­té a baissé. 

    Pour­quoi deman­dez-vous la créa­tion d’un RMG pour tous les Nami­biens et pas seule­ment pour les pauvres ?
    Cela deman­de­rait beau­coup trop de tra­vail et coû­te­rait beau­coup trop cher de véri­fier les besoins de cha­cun. De plus, il ne faut pas péna­li­ser les gens qui ont trou­vé un tra­vail ou qui se sont construit une exis­tence. Celui qui gagne bien sa vie et qui est riche reverse le RMG à l’État par ses impôts. 

    La Nami­bie pour­rait-elle se per­mettre de ver­ser un reve­nu mini­mum à tous ses habitants ?
    La Com­mis­sion d’orientation l’a cal­cu­lé depuis long­temps. Le RMG coû­te­rait 5 à 6 % du bud­get natio­nal. Pour le finan­cer, il fau­drait rele­ver légè­re­ment le taux maxi­mum d’imposition, qui est de 34 % actuel­le­ment, et la taxe sur le chiffre d’affaires. Le gou­ver­ne­ment pour­rait éga­le­ment intro­duire des pré­lè­ve­ments sur les expor­ta­tions de matières pre­mières et lut­ter contre l’évasion fiscale. 

    Mais le ver­se­ment du RMG serait très lourd à gérer.
    Bien au contraire ! Les coûts de ges­tion repré­sentent envi­ron 10 %. A Otji­ve­ro, nous avons uti­li­sé des cartes à puce per­son­nelles pour l’identification des inté­res­sés et ça s’est très bien pas­sé. Et la poste nami­bienne affirme qu’il serait ren­table pour elle d’ouvrir un bureau dans chaque ville en cas d’instauration du RMG. Même avec deux retraits d’argent sans frais par mois, ça vau­drait encore le coup. 

    Qu’est-ce qui empêche la Nami­bie d’introduire le RMG ?
    Le gou­ver­ne­ment n’est pas encore tout à fait convain­cu. Notre ministre de l’Economie a com­pris que le reve­nu mini­mum consti­tuait un ins­tru­ment simple et bon mar­ché pour chan­ger les choses. Il y a cepen­dant des résis­tances du côté du minis­tère des Finances et de notre Pre­mier ministre, qui émet encore des réserves. 

    L’expérience menée à Otji­ve­ro n’a‑t-elle donc pas convaincu ?
    La pres­sion exer­cée par le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) n’est pas sans effet en Nami­bie. Le FMI a pré­sen­té des chiffres erro­nés sur le coût du RMG. Il prend par exemple en compte les plus de 60 ans, alors qu’ils ne sont pas concer­nés par le RMG. Il craint que la Nami­bie démontre que le RMG fonc­tionne. Ce sys­tème devien­drait alors très inté­res­sant pour des pays comme le Bré­sil et l’Inde.

    Com­ment réagis­sez-vous à cela ?
    Nous fai­sons le tour du pays avec des gens d’Otjivero pour qu’ils racontent leur his­toire. Et nous sommes sou­te­nus par­tout ! Nous espé­rons pou­voir arri­ver à nos fins dans le cou­rant de l’année pro­chaine. L’important, c’est que la pres­sion de la base soit forte. Quand les élec­teurs l’exigeront, la SWAPO, le par­ti au pou­voir, ne pour­ra plus dire que ça ne l’intéresse pas.

    Her­bert Jauch : ce cher­cheur spé­cia­liste des syn­di­cats a diri­gé jusqu’en jan­vier 2010 l’Institut nami­bien des res­sources et de recherche sur le tra­vail (LARRI). Il est membre de la Basic Income Grant Coa­li­tion (BIG) de Nami­bie. Cette alliance, qui regroupe Églises, syn­di­cats, asso­cia­tions de jeunes et de femmes, a lan­cé le reve­nu mini­mum garan­ti en 2008. Grâce à ce pro­jet finan­cé par des dons, les 1 000 habi­tants d’Otjivero âgés de moins de 60 ans ont reçu 100 dol­lars nami­biens (10 euros) par mois pen­dant deux ans.

    Source : Cou­rier inter­na­tio­nal, http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tio​nal​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​0​/​0​4​/​2​9​/​l​e​s​-​m​i​r​a​c​l​e​s​-​d​u​-​r​e​v​e​n​u​-​m​i​n​i​m​u​m​-​g​a​r​a​nti

    Remarques :

    Ber­nard Friot signale sou­vent dans ses confé­rences qu’il est oppo­sé au « reve­nu d’exis­tence », à cause de ses effets d’é­vic­tion par rap­port au salaire : on constate, semble-t-il, que les employeurs se per­mettent de moins bien payer les sala­riés qui béné­fi­cient de ce reve­nu garan­ti sans tra­vailler : « ne te plains pas, leur diraient-ils, tu as déjà le reve­nu d’existence ». 

    Il me semble que ce débat est fort inté­res­sant. Il fau­drait com­pi­ler et publier une bonne syn­thèse des argu­ments en pré­sence, et notam­ment affi­ner les thèses de Friot, puis­qu’il pro­pose quant à lui un salaire à vie, incon­di­tion­nel et variable selon la qua­li­fi­ca­tion de cha­cun, cette qua­li­fi­ca­tion per­son­nelle aug­men­tant avec la vie qui passe, comme c’est le cas dans la fonc­tion publique. 

    C’est sans doute la grande dif­fé­rence pour lui : il ne s’a­git pas d’un cadeau, mais de la recon­nais­sance d’une qua­li­fi­ca­tion, cha­cun étant doté, lors de son entrée dans la vie active, au moins d’une qua­li­fi­ca­tion mini­mum pour com­men­cer, ou davan­tage en cas d’é­tudes ou d’ex­pé­rience particulière. 

    En tout état de cause, l’ex­pé­rience d’Her­bert Jauch en Nami­bie est vrai­ment très inté­res­sante, et entre en réson­nance avec le dis­cours de Ber­nard Friot nous invi­tant à ouvrir les yeux sur ce qu’il appelle « le tré­sor impen­sé de la retraite », expé­rience réus­sie, suc­cès avé­ré et incon­tes­table d’un salaire incon­di­tion­nel à vie pour tous.

    Étienne.

    Réponse
  5. A-J Holbecq

    Salut Etienne
    J’es­saye tou­jours de comprendre
    Tu écris « 1) Notre sys­tème de retraite par répar­ti­tion finance les dépenses pré­sentes avec la richesse créée aujourd’­hui => ce sys­tème n’a donc PAS BESOIN D’ÉPARGNE PRÉALABLE pour se finan­cer, pas besoin d’ac­cu­mu­la­tion du capi­tal, ce sys­tème fonc­tionne donc SANS L’ARGENT DES RICHES, SANS AVOIR BESOIN DES MARCHÉS FINANCIERS, et donc SANS INTÉRÊTS À VERSER à qui que ce soit. »

    On en est tou­jours à la base.. d’où vient la mon­naie ini­tiale ? Qui l’é­met ? Sans inté­rêts à verser ?
    Bien sûr qu’on a pas besoin de l’argent des riches pour avoir de l’argent… mais pour le moment on a besoin des banques !

    Réponse
  6. Étienne

    Salut AJ,

    Ce sont deux sujets dif­fé­rents : quelle que soit la façon de créer la mon­naie, publique ou pri­vée, l’en­jeu des retraites reste le même, il me semble. 

    D’ailleurs, la réflexion sur la retraite n’entre nul­le­ment en contra­dic­tion avec celle sur la créa­tion moné­taire ; mais elle en est dis­tincte. Ce sont deux impor­tants enjeux de société.

    Autre­ment dit, il ne suf­fi­ra pas d’a­voir ren­du la créa­tion moné­taire à la puis­sance publique pour avoir réglé cor­rec­te­ment le finan­ce­ment des retraites (en s’é­man­ci­pant de la néces­si­té d’une épargne préa­lable et donc de ceux qui sont assez riches pour épargner). 

    Il faut réflé­chir au deux 😉

    Étienne.

    Réponse
  7. Hadrien

    Salut Etienne, Salut AJ,

    Bien que je sois de tout coeur, vous le savez, avec les bonnes inten­tions qui animent sans nul doute ce billet, il est un point qui me cha­grine concer­nant l’his­to­rique invo­qué. Ce serait de peu d’im­por­tance si l’au­teur n’in­sis­tait pas lui même sur ce point, jus­qu’à en appe­ler à Annie Lacroix-Ruiz.

    Je me conten­te­rai de citer un extrait d’ou­vrage récent (qui a dû rete­nir votre atten­tion, pour d’autres raisons) :

    « Le jour où la France sor­ti­ra de l’euro »,
    par Phi­lippe Sim­mo­not, Novembre 2010 :

     » Les défen­seurs actuels du régime de retraite par répar­ti­tion seraient bien éton­nés si on leur en dévoi­lait l’o­ri­gine. La plu­part du temps, en effet, on le fait remon­ter à la Libération…avec les fameuses Ordon­nances sur la Sécu­ri­té sociale de 1945, en quelque sorte sacrées par la signa­ture du géné­ral de Gaulle. Or, la répar­ti­tion a été ins­tau­rée le 15 Mars 1941 par un homme qui a fini sa vie en pri­son pour indi­gni­té natio­nale aprés un pro­cés pour haute tra­hi­son, Phi­lippe Pétain…

    La der­nière loi sur les retraites datait de 1930. (Dans) le régime de capi­ta­li­sa­tion, alors en vigueur…ce n’est que lorsque le fonds arrive à matu­ri­té que le mon­tant des retraites payées peut éga­ler celui des coti­sa­tions. Pétain a blo­qué cette maturation.

    Can­dide – Pour ins­ti­tuer l’Al­lo­ca­tion aux vieux tra­vailleurs sala­riés, n’est-ce pas ?

    Exact…Les dis­po­si­tions mêmes de la « loi de répar­ti­tion » de mars 1941 – c’est ain­si qu’elle s’ap­pe­lait et elle méri­tait bien son nom – per­mirent d’af­fec­ter au paie­ment de cette allo­ca­tion les coti­sa­tions recou­vrées dans le cadre du pré­cé­dent régime…Compte tenu de l’ex­trême misère engen­drée par l’Oc­cu­pa­tion, il n’y avait peut être pas d’autres moyens d’empêcher un cer­tain nombre de per­sonnes âgées de mour­rir de faim. Pour la Résis­tance, ce n’é­tait pas une excuse valable. Le Com­mis­sa­riat aux Affaires sociales du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire d’Al­ger, diri­gé par le géné­ral de Gaulle, fus­ti­ge­ra la manoeuvre de Pétain en dénon­çant un expédient…

    Can­dide – Mais alors, que s’est-il pas­sé à la Libération ?

    Les nou­velles autorités…ont pris la suite de Vichy quant à l’u­ti­li­sa­tion immé­diate des coti­sa­tions pour payer les pres­ta­tions. Si cela vous inter­esse, vous trou­ve­rez tous les détails dans le livre de Jacques Bichot, Les Poli­tiques sociales en France… »

    Je m’é­tais moi-même long­temps deman­dé quelle était l’o­ri­gine du régime dit de « répar­ti­tion », que l’on devrait plu­tôt qua­li­fier de « répar­ti­tion ins­tan­ta­née », le régime de capi­ta­li­sa­tion strict (sim­ple­ment actua­li­sé de ses inté­rêts) n’é­tant pas autre chose qu’une « répar­ti­tion dif­fé­rée ». Dit de cette manière, on voit bien que le « régime de répar­ti­tion »(ins­tan­ta­née) est une simple « avance de phase » par déca­lage d’une géné­ra­tion. Seules dif­fèrent l’i­ni­tia­li­sa­tion (on peut payer tout de suite en régime de répar­ti­tion) et la ter­mi­nai­son (on ne peut plus l’ar­rê­ter, car les retrai­tés deman­de­ront jus­tice de leur coti­sa­tion du temps de leur activité).

    C’est bien ce der­nier point qui consti­tue l’obs­tacle (bien­heu­reux) à une « réforme » rapide du régime actuel de répar­ti­tion en un régime de capi­ta­li­sa­tion tel qu’en rêvent les ban­quiers et assu­reurs : un gigan­tesque pac­tole entre leurs mains, qui pour­rait ain­si ali­men­ter les pro­fits et les pou­voirs de ses déten­teurs, comme le font les fonds de pen­sion anglo-saxons. C’est la rai­son pour laquelle l’o­li­gar­chie capi­ta­liste envi­sage d’y par­ve­nir par étapes, en pré­sen­tant la capi­ta­li­sa­tion comme un com­plé­ment d’a­bord « salu­taire » qui devien­dra bien­tôt « néces­saire » par extinc­tion pro­gres­sive du régime actuel.

    Denis Kess­ler, ancien maoiste deve­nu N° 2 du MEDEF de 1994 à 1998, le décla­rait tout de go en féli­ci­tant le nou­veau pré­sident de la Répu­blique Sar­ko­zy, le 4 octobre 2007, dans le maga­zine Challenges :

    « À y regar­der de plus près, on constate qu’il y a une pro­fonde uni­té à ce pro­gramme ambi­tieux. La liste des réformes ? C’est simple, pre­nez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans excep­tion. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sor­tir de 1945, et de défaire métho­di­que­ment le pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résis­tance ! ».

    DSK nous l’avait déjà fait com­prendre : « il ne faut pas avoir le dogme des soixante ans… » Il nous en dit plus aujourd’hui, dans La Tri­bune du 19.11.10, sur la durée du tra­vail : « Les citoyens ne sont pas à leur plein poten­tiel… ». Au fait, qui a sou­te­nu DSK dans sa can­di­da­ture au FMI ?
    Et quel autre point com­mun relie donc Kess­ler à DSK ? C’est facile :

    Comme on l’a déjà signa­lé, c’est Claude BEBEAR, pré­sident du conseil de sur­veillance du prin­ci­pal groupe d’assurances au monde AXA, qui l’a rap­pe­lé en déclarant : 

    “ Il y a vingt ans, nous étions quelques assu­reurs à avoir char­gé Denis KESSLER et Domi­nique STRAUSS-KHAN d’une étude sur les fonds de pen­sion . Ils avaient démon­tré tout l’intérêt de ces fonds, s’opposant en cela à l’opinion géné­rale, et il nous a fal­lu vingt ans d’explications, de confé­rences pour faire admettre à 80% de la popu­la­tion qu’il était salu­taire de com­plé­ter par une dose de capi­ta­li­sa­tion la retraite par répar­ti­tion. Convaincre demande de la patience : tout l’art de gou­ver­ner consiste à faire pas­ser les idées et à appré­cier le moment où elles peuvent être mises en application.”
    (Entre­tien avec le Figa­ro Maga­zine, 13 Juillet 2002)

    Par une iro­nie de l’histoire, tous ceux-là montrent aujourd’­hui un nou­veau modèle, eldo­ra­do des temps post-modernes : la Chine, qui a subi­te­ment gagné ses galons de res­pec­ta­bi­li­té du simple fait que son régime inchan­gé per­met aujourd’hui d’y « inves­tir » et réa­li­ser des plus values sur le tra­vail sans com­mune mesure avec celles de notre vieux continent.

    Ain­si, les fonds de pen­sion ima­gi­nés par Strauss-Kahn et Kess­ler pour­ront faire fruc­ti­fier à sou­hait sur ces terres loin­taines les fara­mi­neux mon­tants que repré­sentent nos actuels bud­gets sociaux. Ne sont-ils pas supé­rieurs au bud­get de l’Etat ? Voi­là donc qui est par­fait… Aprés avoir spé­cu­lé sur les dettes bud­gé­taires, le monde de la finance mon­dia­li­sée pour­ra bien­tôt gagner encore plus d’argent sur les dettes sociales !

    - Mais tout cela ne va-t-il pas s’écrouler ? deman­de­ra notre Can­dide. Cette finance mon­dia­li­sée ne peut indé­fi­ni­ment sous­traire leurs res­sources et leurs acquis aux gens, sans qu’ils s’en aperçoivent…

    Pen­sez donc ! Ils ont voté Sar­ko­zy lorsque celui-ci le leur disait ouver­te­ment… Ils vote­ront bien Strauss-Kahn qui ne leur en dit que la moitié !

    Réponse
  8. Hadrien

    Etienne,

    Ton sys­tème de mise en page et d’en­voi des com­men­taires est tou­jours aus­si déficient :

    - la mise en page conca­tène tout ce qui n’est pas avec saut d’une ligne, alors qu’elle devrait res­pec­ter le simple retour à la ligne (d’où la réfec­tion de mon texte qui est dif­fi­cile à lire en pre­mière version).

    - l’en­voi anti-spam demande plu­sieurs essais avant de fonc­tion­ner sans rejet.

    Prends‑y garde. Ce sont des ennuis propres à éloi­gner de nom­breux blogueurs.

    Ami­tiés

    Réponse
  9. Étienne

    Cher Hadrien,

    Mer­ci pour les aver­tis­se­ments, je suis au cou­rant : je passe beau­coup de temps à cor­ri­ger les com­men­taires et je vitu­père cet anti-spam capri­cieux au possible.

    Mais pour l’ins­tant, je suis débor­dé et je n’ai pas le temps de m’oc­cu­per de ça. Déso­lé. Plu­tôt que de refaire ton mes­sage, envoie-moi un petit mail, je m’en occuperai.

    Mer­ci pour ton riche mes­sage : il faut que je réponde avec l’his­to­rique (plus com­plet) de Friot dans son pré­cieux bou­quin. Je ne peux pas le faire tout de suite, mais bientôt.

    🙂

    Étienne.

    _______________________

    Le Jour­nal au lieu d’être un sacer­doce est deve­nu un moyen pour les par­tis ; de moyen, il s’est fait com­merce ; et comme tous les com­merces, il est sans foi ni loi. Tout jour­nal est une bou­tique où l’on vend au public des paroles de la cou­leur dont il les veut. S’il exis­tait un jour­nal des bos­sus, il prou­ve­rait soir et matin la beau­té, la bon­té, la néces­si­té des bos­sus. Un jour­nal n’est plus fait pour éclai­rer, mais pour flat­ter les opinions.

    Hono­ré de Bal­zac (1799−1850).

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​E​n​_​V​r​a​c​.​pdf

    Réponse
  10. A-J Holbecq

    @Étienne (7)

    Oui, d’ac­cord avec ton raisonnement…

    @Hadrien (8)

    Com­men­taire qui vau­drait bien un billet .. merci

    Réponse
  11. A-J Holbecq

    @Hadrien

    Déso­lé pour le jeu de mot invo­lon­taire .. je vou­lais par­ler d’  »article » en par­lant de « billet »

    Réponse
  12. Étienne

    Soi­rée Chouard-Lor­don à Paris, jeu­di 2 déc. 2010, 20 h.

    Info pour les Pari­siens que ça pour­rait intéresser :

    Je serai demain, jeu­di 2 décembre 2010 à 20 h, au Mou­lin à café (9, place de la Garenne 75014, 01 40 44 87 55 http://​mou​lin​.cafe​.free​.fr/) pour un échange public avec Fré­dé­ric Lor­don (+ débat avec les visiteurs ?).

    Les échanges avec Fré­dé­ric sont tou­jours pétillants ; je me réglale d’avance 🙂

    Étienne.

    Réponse
  13. Hadrien

    Cher Etienne,

    Je regrette de ne pas avoir lu à temps ton annonce de la soi­rée pari­sienne Chouard-Lor­don, car j’y aurais envoyé mon fils pour un compte ren­du. J’es­père que tu nous en dira un mot ou qu’elle sera l’ob­jet d’un autre billet sur ce blog.

    J’en pro­fite pour évo­quer ici une idée de Lor­don ‚sur la crise actuelle, qu’AJ et toi n’a­vez pas pu man­quer (Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! (http://blog.mondediplo.net/2010–03-29-Ce-n-est-pas-la-Grece-qu-il-faut-exclure-c-est‑l)), et j’ai­me­rais savoir si vous l’a­vez abor­dée avec lui.
    En lisant entre les lignes de son article, du 29 mars, l’i­dée inté­res­sante est la solu­tion ori­gi­nale qui peut être appor­tée à la sor­tie de l’Eu­ro, si l’on inverse le dilemme habituel :

    Par­tout, on clame que tout retour en arrière est impos­sible car les dettes des pays en dif­fi­cul­té, qui sor­ti­raient de l’eu­ro, s’en trou­ve­raient aggra­vées d’au­tant dans leur mon­naie déva­luée retrouvée.

    En revanche, la sor­tie de l’Al­le­magne retrou­vant sa mon­naie forte, for­cé­ment rééva­luée par les mar­chés face à une zone res­tant avec un euro déva­lué d’au­tant, aurait tous les avantages :

    - les pays en dif­fi­cul­té ver­raient leurs dettes res­ter constantes car libel­lées en euros.

    - l’Al­le­magne (et peut-être avec elle sa petite soeur l’Au­triche) ver­rait les siennes allé­gées dans sa propre monnaie.

    Ceci pour dire que « quand on veut, on peut », si on a réel­le­ment la volon­té majo­ri­taire de s’im­po­ser à l’Al­le­magne. Lor­don glisse d’ailleurs subrep­ti­ce­ment que celle-ci y regar­de­rait à deux fois avant d’a­ban­don­ner son mar­ché cap­tif actuel sous l’eu­ro, pour le lais­ser aux mains de la France qui réa­li­se­rait ain­si sa mini-Union méditerranéenne !

    De sorte que la simple évo­ca­tion de cette solu­tion serait la plus sûre invi­ta­tion au compromis…

    J’i­gnore si vous en avez par­lé, et en quels termes, mais il me semble qu’il y a là un débat métho­do­lo­gique sur l’u­nion moné­taire pres­qu’aus­si impor­tant que celui du trai­té, qu’il remet­trait d’ailleurs à nou­veau radi­ca­le­ment en cause.

    Quitte à le révi­ser, révi­sons-le du tout au tout !

    Réponse
  14. Hadrien

    À titre de confir­ma­tion de ma « lec­ture entre les lignes » de l’ar­ticle de Lor­don, voi­ci celui de Ber­nard Maris qui voit les choses de la même façon :

    http://​sites​.radio​france​.fr/​f​r​a​n​c​e​i​n​t​e​r​/​b​l​o​g​/​b​/​c​o​m​m​e​n​t​s​.​p​h​p​?​i​d​=​1​2​&​p​o​s​t​=​3​4​0​9​&​t​e​m​O​p​e​n=1

    Dehors l’Allemagne !

    Ce n’est pas à la Grèce de quit­ter la zone euro, c’est à l’Allemagne.

    Rap­pel des méfaits : suite à une petite guerre mon­diale où l’Allemagne a joué un cer­tain rôle, celle-ci a été cou­pée en deux. Une par­tie a été confiée à l’URSS, l’autre aux amé­ri­cains. Quand l’URSS s’est lézar­dée de tout coté, à cause des coups por­tés par Rea­gan, la fron­tière entre les deux Alle­magnes est tom­bée, et s’est posée la ques­tion de la réuni­fi­ca­tion de l’Allemagne. En fait ne s’est rien posé du tout. L’Allemagne s’est réuni­fiée toute seule. Mais notre illustre pré­sident de tan­tôt, Mit­ter­rand, a fait comme s’il fai­sait cadeau de la réuni­fi­ca­tion à Kohl, en échange de la par­ti­ci­pa­tion à la zone euro sou­hai­tée par les fran­çais. Tu parles ! La aus­si, ce sont les fran­çais qui ont par­ti­ci­pé à la zone euro défi­nie par l’Allemagne. Autre­fois les fran­çais par­ti­ci­paient à la zone Mark, sur­éva­lué par rap­port au Franc, en payant cette par­ti­ci­pa­tion de taux d’intérêts sur les emprunts plus forts (comme le Grèce aujourd’hui) et de deux mil­lions de chô­meurs par an. De sorte que les fran­çais ont été cocus deux fois : une fois par la réuni­fi­ca­tion qui leur a été impo­sée et trans­for­mait l’Allemagne de géant éco­no­mique en super-géant, et la seconde fois en par­ti­ci­pant à la zone euro. L’euro s’appelle en fait le mark. La BCE est copiée sur la Bun­des­bank, le nigaud Tri­chet ne regarde que l’inflation, il n’y a pas de poli­tique moné­taire et encore moins de poli­tique éco­no­mique au niveau de la zone, de sorte que la poli­tique moné­taire et éco­no­mique de la zone euro, puisque l’euro est en véri­té le mark, est celle de l’Allemagne. Point.

    Et voi­là que pointe à l’horizon un autre géant éco­no­mique, expor­ta­teur comme elle, bran­ché sur la hi-tec comme elle, la Chine. L’Allemagne a bien com­pris la Chine, sait qu’elle ne peut pas lut­ter contre elle, ques­tion de taille sim­ple­ment. Que faire ? 

    Étape 1 : résis­ter. Uti­li­ser la main‑d’œuvre de l’Est pour assem­bler ; pac­ti­ser avec les Russes pour l’énergie ; et se ser­vir de la zone euro comme débou­ché. Tous ces cons de Fran­çais, d’Espagnols, de Grecs, d’Italiens achètent alle­mand dans la mon­naie alle­mande, le pied. Acces­soi­re­ment inves­tir en Chine, mais l’Allemagne sait qu’un euro lais­sé en Chine ne ramène pas des emplois, sert sim­ple­ment à main­te­nir des bureaux d’études à domi­cile, et pas pour longtemps. 

    D’où l’étape 2, l’étape actuelle : quit­ter l’Europe et deve­nir la Suisse. La Suisse est un pays idéal, plein de fric et plein de riches, éco­lo, avec des vaches et des mon­tagnes, qui pro­duit de la hi-tec, qu n’a pas de dia­spo­ra chi­noise, bien blanc et bien propre. L’Allemagne se voit bien en super-suisse. Entre riches, pei­nards, au frais des alpages. Avec une mon­naie forte, très forte, l’euro, comme les Suisses ont le Franc suisse dont jamais per­sonne ne doute. La Suisse est un pays de vieux, l’Allemagne est un pays de vieux. La Suisse n’entretient pas de sous-marins nucléaires, sa marine est faible, l’Allemagne non plus. Les Suisses se vautrent en été en Espagne et en Grèce, les Alle­mands aussi. 

    Bien enten­du l’Allemagne doit deve­nir la Suisse sans avoir l’air de quit­ter l’Europe. C’est pour­quoi elle demande à la Grèce de quit­ter l’euro – ce qui pour la Grèce est une catas­trophe : du jour au len­de­main, avec le drachme déva­lué, la dette de la Grèce dou­ble­ra de valeur. Non. L’Allemagne doit res­ter dans la zone euro, c’est-à-dire la zone mark, avec tout les bien­faits d’une mon­naie forte : afflux de capi­taux étran­gers, obli­ga­tion de pro­duire en amont, de pro­duire des machines, l’Allemagne sait faire, elle a même le mono­pole de la pro­duc­tion de machines, équi­libre bud­gé­taire (l’Allemagne vient d’en voter le prin­cipe), énorme pro­duc­ti­vi­té du tra­vail (c’est le cas), ordre et rigueur. Et conti­nuer à se poser en défen­seur de l’Europe, alors qu’on se fout pas mal de l’Europe.

    Mer­kel n’est ni Ade­nauer ni Kohl, elle n’a pas connu la guerre, elle méprise les Pigs, les cochons, Por­tu­gal, Ita­lie, Grèce, Espagne, elle ne sup­porte pas les Fran­çais. Depuis le début de la crise elle joue per­so, d’ailleurs l’Allemagne joue per­so depuis Schroe­der qui tra­vaille main­te­nant pour les Russes.

    Ima­gi­nons qu’on pousse l’Allemagne hors de la zone euro. Le mark renaît. Le mark est aus­si­tôt rééva­lué. La Grèce ne risque abso­lu­ment rien, en terme de sa dette expri­mée en euros. Les expor­ta­tions alle­mandes vers la zone euro s’effondrent, les éco­no­mies de la zone euro repartent. Les pays res­tés dans la zone euro acceptent un gou­ver­ne­ment éco­no­mique et moné­taire de la zone, Tri­chet est viré. Les Anglais rentrent dans la zone euro. Aus­si­tôt les Alle­mands et les Russes resignent le pacte ger­ma­no-sovié­tique.

    On plai­sante. Bien enten­du l’Allemagne ne se lais­se­ra pas sor­tir de la zone euro. Mais une menace suf­fi­sam­ment cré­dible, la ferait chan­ger de posi­tion. De toutes façons, elle est en train de tuer l’Europe, tout en fai­sant sem­blant d’y res­ter. Elle la tue avec sa poli­tique fis­cale, incroya­ble­ment agres­sive, et main­te­nant avec sa poli­tique moné­taire. Elle doit avoir le choix : être la Suisse, ou être dans l’Europe. Pour l’instant elle veut les deux. Autre­ment dit, elle veut refaire cocus les euro­péens. L’Europe est bonne fille, mais tout de même.

    Source : http://​sites​.radio​france​.fr/​f​r​a​n​c​e​i​n​t​e​r​/​b​l​o​g​/​b​/​c​o​m​m​e​n​t​s​.​p​h​p​?​i​d​=​1​2​&​p​o​s​t​=​3​4​0​9​&​t​e​m​O​p​e​n=1

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