L’enjeu des retraites, brillamment expliqué par Bernard Friot
Chers amis,
Je voudrais proposer ici une réflexion sur la « réforme » le sabotage des retraites imposée aux Français par leurs prétendus « représentants ».
Nos grands-parents ont mis au point et institué en 1945, juste après la deuxième guerre mondiale, dans un pays dévasté et ruiné, un système de retraites génial, insubmersible, toujours en équilibre, par construction :
Pour financer les retraites par répartition, on ne tire pas de plans sur la comète à dix ou vingt ans : on sait chaque année très exactement combien on aura de retraités l’an prochain et combien il faudra leur verser en pensions ; on en déduit donc aisément — chaque année — le taux de cotisation nécessaire pour financer le système.
Évidemment, en période de vieillissement démographique, les taux de cotisation montent progressivement, mais moins vite que la croissance du pouvoir d’achat, ce qui rend le processus parfaitement indolore. C’est comme ça que tout s’est passé pendant « les trente glorieuses » (1945−1975) : les taux de cotisations « salariales » et « patronales » n’ont pas cessé de croître, doucement, et le système est donc resté équilibré. Insubmersible, je vous dis. Sauf si un traître troue la coque volontairement, bien sûr !
Il est essentiel de comprendre trois choses fondamentales :
1) Notre système de retraite par répartition finance les dépenses présentes avec la richesse créée aujourd’hui => ce système n’a donc PAS BESOIN D’ÉPARGNE PRÉALABLE pour se financer, pas besoin d’accumulation du capital, ce système fonctionne donc SANS L’ARGENT DES RICHES, SANS AVOIR BESOIN DES MARCHÉS FINANCIERS, et donc SANS INTÉRÊTS À VERSER à qui que ce soit.
Relisez bien ceci, c’est absolument fondamental.
Pour Friot, le succès avéré de la retraite par répartition, le succès du salaire à vie, inconditionnel et autofinancé par cotisations, cette réussite incontestable est la preuve formelle que ce n’est pas une utopie : nous sommes capables, d’ores et déjà et sans attendre, de financer nous-mêmes un service public immense (des centaines de milliards par an, avec des engagements de long terme, sur des dizaines d’années) sans avoir besoin de l’épargne, sans avoir besoin des excédents des riches (au prix ruineux de l’intérêt), sans avoir à nous sacrifier aux dieux modernes, capricieux et cruels, nommés « marché financiers » et qu’il faudrait sans cesse « rassurer » et « apaiser ».
Et logiquement, Bernard Friot nous invite à imaginer d’ÉTENDRE CETTE MÉTHODE QUI MARCHE à d’autres secteurs importants pour nous tous : LES SALAIRES, ET MÊME L’INVESTISSEMENT, qui pourraient être, eux aussi, financés par des cotisations et des caisses non étatiques ; étendre la méthode plutôt que de la laisser asphyxier.
C’est donc pour reprendre le contrôle d’un système qui leur échappait complètement jusqu’ici que les riches le sabotent.
2) Ce système a été organisé pour que les acteurs sociaux gèrent eux-mêmes leurs affaires, sans avoir recours à l’État : ce sont les « partenaires sociaux » qui gèrent eux-mêmes la Retraite et la Sécurité sociale, en principe loin des contraintes étatiques.
Or, précisément, et malheureusement, l’État s’est mêlé de cette gestion paritaire pour imposer aux Français, depuis 1979, le gel des cotisations patronales (sur injonction des patrons, devenus les maîtres des politiciens), ce qui a mis en route la ruine progressive du système (l’objectif réel des riches). Mais cette ruine n’a donc rien d’une fatalité : c’est le résultat d’une politique. Il suffirait d’en changer pour que tout rentre dans l’ordre.
3) Si nos parents ont pu instituer un tel système socialisé, —conforme à l’intérêt général et indépendant des riches du moment—, c’est qu’ils n’avaient pas les riches de l’époque pour se mettre en travers de leur politique : en effet, les riches de l’époque avaient montré au grand jour, pendant la guerre, leur nuisance profonde et leur malhonnêteté crasse, en collaborant au dernier degré avec les nazis (nazis que les industriels, les banquiers et leurs journaux avaient voulus, créés et financés, avant de collaborer avec eux dans l’horreur fasciste).
À la fin de la guerre, il était donc évidemment question de fusiller les collabos, d’exterminer ces canailles anti-républicaines. Autant dire que les riches n’en menaient pas large. Ils ont donc laissé faire le Conseil National de la Résistance, le CNR, bien contents de ne pas être exécutés pour leurs félonies. C’est pour cette raison, CETTE RAISON QUI N’EXISTE PLUS AUJOURD’HUI, que les pauvres de l’époque ont pu instituer une forme de socialisme vrai, dont nous profitons tous aujourd’hui, tout naturellement.
Mais petit à petit, nos grands-parents sont morts et malheureusement, leurs enfants sont profondément incultes, ils ne lisent rien et ils ont tout oublié, ils ne savent même pas que le CNR a existé, ils ne se méfient plus des riches, ils marchent tranquillement vers l’abattoir…
Alors que les riches, eux, ont la rancune tenace et la culture solide : il y a longtemps qu’ils attendent et préparent leur revanche.
Nous y sommes.
La période actuelle, depuis les années 80, c’est ce que Fakir appelle très justement « LA REVANCHE DES COLLABOS ».
C’est d’ailleurs aussi, apparemment, la revanche des nobles, des prêtres et des privilégiés de l’Ancien régime qui en veulent toujours à mort aux révolutionnaires de 1789 qui les ont ruinés : regardez tous ces « historiens » modernes qui noircissent la Révolution française en montant en épingle ce qu’ils appellent « la Grande Terreur » (et en oubliant fort à propos l’autre terreur, terreur initiale et cause véritable de tous les maux dans toutes les révolutions, terreur engendrée par les anciens privilégiés, contre-révolutionnaires prêts à massacrer pour conserver leurs privilèges), tous ces « historiens » qui voudraient bien que le peuple ait honte aujourd’hui de toute pulsion révolutionnaire, honte de toute pulsion violente, fut-ce pour se défendre contre la violence inouïe des riches d’aujourd’hui ; tous ces « historiens », vous le remarquerez, sont payés de près ou de loin par les patrons et les privilégiés du moment, payés pour réécrire l’histoire en oubliant ou en minimisant les forfaits des riches.
Sur la corruption de l’histoire par les patrons soudoyant les historiens, voir le travail important d’Annie Lacroix-Riz : L’histoire contemporaine sous influence ».
Il faudra bien sûr définir le sens qu’une société digne de ce nom donne au mot RICHE… Qui est riche ? Car d’une certaine façon, on est tous le riche de quelqu’un, bien sûr. Mais quand on constate tous les jours que les riches sont objectivement les ennemis du peuple et qu’ils corrompent la vie politique et empêchent le progrès social, on ne parle pas des classes moyennes, évidemment, mais de ceux qui sont assez riches pour corrompre.
Alors, à partir de quel revenu est-on assez riche pour corrompre ?
Et faut-il s’en tenir aux seuls revenus, ou intégrer aussi les patrimoines dans les limites imposées par la société pour se protéger elle-même des malades mentaux que deviennent mécaniquement les très riches ? Le revenu maximum et l’héritage limité à une seule génération sont des réflexions importantes, connexes à celles sur les retraites : on en reparlera.
Il est donc essentiel de garder à l’esprit ces faits majeurs quand on nous parle des retraites : 1) la retraite par répartition est insubmersible, elle ne peut pas faire faillite, tant que des saboteurs ne trouent pas la coque en gelant les taux de cotisation ; 2) L’État n’est pas légitime pour imposer aux salariés le système de retraite qui convient à ses électeurs. 3) CE SONT LES RICHES QUI SONT LES ENNEMIS DU PEUPLE, COMME TOUJOURS DEPUIS LA NUIT DES TEMPS, ET IL EST ESSENTIEL DE NE PAS LAISSER LES RICHES PRENDRE LE CONTRÔLE DES REPRÉSENTANTS POLITIQUES (via l’appropriation des médias et le financement des campagnes électorales), D’OÙ L’IMPORTANCE ABSOLUMENT STRATÉGIQUE DU TIRAGE AU SORT DANS NOS PROJETS D’ÉMANCIPATION PAR RAPPORT AUX RICHES DU MOMENT, tant il est vrai que 200 ans d’expérience politique montrent que, sans exception, L’ÉLECTION PERMET AUX RICHES DU MOMENT D’ACHETER LE POUVOIR.
Voici pourquoi la bagarre de Friot sur les retraites rejoint la mienne sur le processus constituant et le tirage au sort. L’honnêteté quotidienne de nos représentants politiques dépend directement du DÉSINTÉRESSEMENT de l’Assemblée constituante (celle qui écrit d’abord, et qui révise ensuite, la Constitution) et du Conseil constitutionnel (celui qui contrôle tous les jours le respect de la Constitution) : ce désintéressement au plus haut niveau du droit ne peut être garanti que par le TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS (« en amont »), et par LEUR INÉLIGIBILITÉ aux fonctions qu’ils instituent eux-mêmes (« en aval »).
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Pour découvrir les propositions de Bernard Friot, propositions stimulantes, excitantes, enthousiasmantes, je vous recommande d’abord, en hors-d’œuvre, le résumé en 6 minutes, essentiel et drôle, de Franck Lepage :
🎬 Lecteur vidéo d’origine (Flash, plus lisible aujourd’hui) : www.wat.tv

Daniel Mermet (Là-bas si j’y suis en juin et en septembre 2010) avait lui aussi relayé le travail profondément révolutionnaire de Bernard Friot : une heure de radio passionnante.
Tout ceci m’a conduit à lire l’excellent bouquin :
Friot a donné d’innombrables conférences à travers la France et on en trouve de nombreuses sur le net. Je vous recommande les deux conférences suivantes, la première en huit petits segments de 10–20 minutes, c’est une merveille, et la seconde en une traite de deux heures absolument captivantes :
• Conférence du 12 juin 2010 à Séné (56) : « À question salariale, réponse salariale » :
Retraites, Bernard Friot 1ère partie
l’argument démographique des « réformateurs », soi-disant pour « sauver les retraites ».
Nous connaissons les résultats de la « solution démographique » après 17 ans d’expérience (les gouvernements augmentent la durée de cotisation depuis 1993) : résultat = aucune hausse de la durée du travail, mais BAISSE DES PENSIONS (objectif inavoué mais évident des prétendus « réformateurs »).
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Retraites, Bernard Friot 2ème partie :
création d’une population fragilisée : après la création des jeunes, la création des vieux !
« Nous avons une classe dirigeante qui ne peut promettre que du sang et des larmes ; elle est absolument incapable de nous promettre un avenir meilleur… D’ailleurs, elle gouverne sur la peur, son argument essentiel est « demain sera pire qu’aujourd’hui »… ce que, malheureusement, nous avons largement intégré, et c’est ce qui fait la grande difficulté que nous avons à mobiliser. Cette classe dirigeante a une obsession, c’est réduire les coûts salariaux… »
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Retraites : Bernard Friot, 3ème partie
création d’une population fragilisée : après la création des jeunes, la création des vieux ! (suite)
« … et la création de toute pièce d’une nouvelle « catégorie » démographique : « les jeunes ». En 1975, à 25 ans, on n’est pas « jeune », on est salarié. (…) Tous ceux à qui on accorde la « solidarité nationale » sont ceux à qui on dénie le statut commun… »
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Retraites : Bernard Friot 4ème partie
Richesse, activité, travail et PIB
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intervention Bernard Friot. 5ème partie
Assumons ce qui est révolutionnaire dans notre travail
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intervention Bernard Friot. 6 ème partie
La retraite : une expérience subversive du bonheur au travail
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Retraites : Bernard Friot 7ème partie
La qualification, le salaire. Qu’est-ce que la valeur travail ?
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Retraites, Bernard Friot 8ème partie
Pour une lecture dialectique du capitalisme
La valeur travail c’est le coeur du capitalisme, et elle ne peut exister que s’il y a emploi, avec des individus sans appartenance, dénués de liens sociaux, définis comme seule force de travail, qui est un gagne pain qu’ils mettent en valeur sur un marché. Ce n’est pas une fatalité ; il y a même des sociétés qui n’ont pas le mot travail dans leur vocabulaire (elles ne parlent que d’activités). Nous sommes niés comme producteurs, mineurs sociaux face au seul acteur économique qui est l’employeur qui décide tout à notre place en matière de production. Et les produits sont dénaturés en marchandises. L’emploi, c’est ce qui nous empêche de travailler ; c’est ce qui génère des chômeurs, qui sont interdits de travail (ils ne sont pas interdits d’activités : ils peuvent faire du bénévolat tant qu’ils veulent).
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Remarque : si l’un d’entre vous tapait ses notes au clavier en regardant les 8 petites vidéo ci-dessus, et s’il me les envoyait, je les publierais volontiers comme résumé sous chacune d’entre elle.
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• La conférence que Thomy nous signale, à Nancy le 14 octobre 2010, est différente, complémentaire et très convaincante. La séance des questions, en deuxième partie, est particulièrement captivante. En plus de l’investissement, des marchés financiers, des employeurs, Bernard Friot aborde ici la monnaie et la création monétaire, mais sous un angle inhabituel pour nous, qui ne manquera pas de vous stimuler.
🎬 Lecteur vidéo d’origine (Flash, plus lisible aujourd’hui) : www.canal‑u.tv
Bernard Friot à Nancy, 24 octobre 2010
(Nota : Bernard Friot commence à parler à la minute 9 seulement)
Lisez aussi l’article de Bernard Friot dans le Monde diplomatique.
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Après avoir travaillé sur plusieurs conférences de deux heures données par ce personnage formidable sur ce sujet central, je suis toujours enthousiasmé par sa liberté de penser, son originalité, sa force et son optimisme.
Pour ma part, j’ai pris des dizaines de pages de notes denses et originales en écoutant toutes ces longues vidéos.
Ça vaut le coup de réécouter tout ça, encore et encore, en écrivant l’essentiel sur papier, car l’argumentation est pertinente mais très nouvelle dans le débat public et assez exigeante sur la précision du vocabulaire, donc un peu longue à assimiler comme il faut.
Chers amis, ne ratez pas ces conférences, ne ratez pas les analyses de Bernard Friot : elles sont un puissant projecteur optimiste sur la pénombre défaitiste. Ne ratez pas cela.
Amicalement.
Étienne.

Cela n’a rien à voir, quoique…
Mélenchon qui parle de former une constituante du même genre dont tu parles (au milieu de la vidéo, minute 7…) :
http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/clash-melenchon-serillon-chez-28299
Clash Mélenchon VS Sérillon [ITW] VDP 071110 Drucker
envoyé par peanutsie. – L’info internationale vidéo.
Je n’ai pas tout écouté ( Nancy, 24 octobre 2010 ), seulement jusque 40′, mais Bernard Friot n’arrive pas, me semble t‑il à la seule proposition possible de son analyse, c’est que toute la monnaie soit créée par la collectivité.
La monnaie des cotisations n’existerait pas (actuellement) si les banques ne créaient pas cette monnaie.
La monnaie n’existe que parce que les banques peuvent monnayer ces « titres financiers » qui ont l’air de donner des boutons à B. Friot. Mais il a raison qu’on peut s’en passer…
Si, un investisseur apporte quelque chose : simplement parce qu’il faut de la trésorerie avant de pouvoir payer les salariés et les fournisseurs
40% du PIB ne va pas « au profit » .. et les profits du capital (les dividendes) ne sont pas « stérilisés », il vont revenir dans l’économie justement pour la consommation qui va permettre aux gens de travailler et de toucher des salaires.
AJH
Il me semble que Friot et Holbecq devraient se parler.
🙂
Je demande à être là ce jour-là 🙂
Étienne.
Un plaidoyer très amusant, et intéressant :
Retraites, Jean-Pierre Brard (GDR)
Retraites Jean-Pierre Brard (GDR)
envoyé par inet. – L’info internationale vidéo.
🙂
Les miracles du revenu minimum garanti
Dans le cadre d’un projet pilote, les habitants d’un village déshérité ont reçu chaque mois l’équivalent de 10 euros. Deux ans plus tard, le bilan est vraiment positif, se félicite Herbert Jauch, le responsable du programme.
On débat dans de nombreux pays de l’instauration d’un revenu minimum garanti (RMG) qui ne soit assorti d’aucune condition contraignante. Pourquoi la Namibie a‑t-elle pris les devants avec ce projet pilote ?
HERBERT JAUCH : La Commission d’orientation nationale a, dès 2002, recommandé le versement d’un revenu minimum à tous les citoyens pour mieux s’attaquer aux inégalités sociales. La Namibie est, selon les Nations unies, le pays qui présente les plus grands écarts de revenus au monde. Comme le gouvernement n’a pu se décider à instaurer un RMG, les Églises et les syndicats ont lancé un projet pilote.
Pourquoi avoir choisi le petit village d’Otjivero ?
Nous voulions un endroit dans lequel il ne se passerait rien pendant au moins deux ans : pas de programme de création d’emplois, pas de projet d’aide au développement, pas de rentrées financières. Il ne devait y avoir que le revenu minimum, soit 100 dollars namibiens (environ 10 euros) par personne et par mois. Otjivero avait l’air d’être dans une situation tellement désespérée que nous avons pensé au début que le RMG ne servirait pas à grand-chose, hormis une légère réduction de la pauvreté.
Recevoir de l’argent sans condition, sans travailler, est-ce que cela peut faire bouger les choses ?
Ce sont des préjugés auxquels nous nous heurtons en permanence. Si les gens d’Otjivero ne travaillent pas, ce n’est pas parce qu’ils sont paresseux mais tout simplement parce qu’il n’y a pas de travail. Le fait est qu’ils n’ont pas dépensé cet argent pour s’acheter de l’alcool et qu’ils ne l’ont pas dilapidé pour rien.
Qu’en ont-ils fait ?
Nous avons pu observer une chose surprenante. Une femme s’est mise à confectionner des petits pains ; une autre achète désormais du tissu et coud des vêtements ; un homme fabrique des briques. On a vu tout d’un coup toute une série d’activités économiques apparaître dans ce petit village. Cela montre clairement que le revenu minimum ne rend pas paresseux mais ouvre des perspectives.
Vous auriez pu parvenir au même résultat avec des microcrédits ciblés.
Contrairement aux microcrédits et à beaucoup de programmes d’aide au développement classiques, le revenu minimum a un impact non seulement sur la production, mais aussi sur la demande. En Afrique, le pouvoir d’achat se concentre en général dans quelques centres, ce qui force les gens à quitter les campagnes pour les villes, où les bidonvilles finissent par s’étendre. Le RMG permet à des régions rurales de se développer, il crée des marchés locaux et permet aux gens d’être autosuffisants.
Quels effets avez-vous pu constater à Otjivero ?
Le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de 76 à 37 %. Avant l’expérience, près de la moitié des enfants étaient sous-alimentés, aujourd’hui ils sont moins de 10 % ; 90 % finissent leur scolarité, avant, ils n’étaient que 60 %. Et la criminalité a baissé.
Pourquoi demandez-vous la création d’un RMG pour tous les Namibiens et pas seulement pour les pauvres ?
Cela demanderait beaucoup trop de travail et coûterait beaucoup trop cher de vérifier les besoins de chacun. De plus, il ne faut pas pénaliser les gens qui ont trouvé un travail ou qui se sont construit une existence. Celui qui gagne bien sa vie et qui est riche reverse le RMG à l’État par ses impôts.
La Namibie pourrait-elle se permettre de verser un revenu minimum à tous ses habitants ?
La Commission d’orientation l’a calculé depuis longtemps. Le RMG coûterait 5 à 6 % du budget national. Pour le financer, il faudrait relever légèrement le taux maximum d’imposition, qui est de 34 % actuellement, et la taxe sur le chiffre d’affaires. Le gouvernement pourrait également introduire des prélèvements sur les exportations de matières premières et lutter contre l’évasion fiscale.
Mais le versement du RMG serait très lourd à gérer.
Bien au contraire ! Les coûts de gestion représentent environ 10 %. A Otjivero, nous avons utilisé des cartes à puce personnelles pour l’identification des intéressés et ça s’est très bien passé. Et la poste namibienne affirme qu’il serait rentable pour elle d’ouvrir un bureau dans chaque ville en cas d’instauration du RMG. Même avec deux retraits d’argent sans frais par mois, ça vaudrait encore le coup.
Qu’est-ce qui empêche la Namibie d’introduire le RMG ?
Le gouvernement n’est pas encore tout à fait convaincu. Notre ministre de l’Economie a compris que le revenu minimum constituait un instrument simple et bon marché pour changer les choses. Il y a cependant des résistances du côté du ministère des Finances et de notre Premier ministre, qui émet encore des réserves.
L’expérience menée à Otjivero n’a‑t-elle donc pas convaincu ?
La pression exercée par le Fonds monétaire international (FMI) n’est pas sans effet en Namibie. Le FMI a présenté des chiffres erronés sur le coût du RMG. Il prend par exemple en compte les plus de 60 ans, alors qu’ils ne sont pas concernés par le RMG. Il craint que la Namibie démontre que le RMG fonctionne. Ce système deviendrait alors très intéressant pour des pays comme le Brésil et l’Inde.
Comment réagissez-vous à cela ?
Nous faisons le tour du pays avec des gens d’Otjivero pour qu’ils racontent leur histoire. Et nous sommes soutenus partout ! Nous espérons pouvoir arriver à nos fins dans le courant de l’année prochaine. L’important, c’est que la pression de la base soit forte. Quand les électeurs l’exigeront, la SWAPO, le parti au pouvoir, ne pourra plus dire que ça ne l’intéresse pas.
Herbert Jauch : ce chercheur spécialiste des syndicats a dirigé jusqu’en janvier 2010 l’Institut namibien des ressources et de recherche sur le travail (LARRI). Il est membre de la Basic Income Grant Coalition (BIG) de Namibie. Cette alliance, qui regroupe Églises, syndicats, associations de jeunes et de femmes, a lancé le revenu minimum garanti en 2008. Grâce à ce projet financé par des dons, les 1 000 habitants d’Otjivero âgés de moins de 60 ans ont reçu 100 dollars namibiens (10 euros) par mois pendant deux ans.
Source : Courier international, http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti
Remarques :
Bernard Friot signale souvent dans ses conférences qu’il est opposé au « revenu d’existence », à cause de ses effets d’éviction par rapport au salaire : on constate, semble-t-il, que les employeurs se permettent de moins bien payer les salariés qui bénéficient de ce revenu garanti sans travailler : « ne te plains pas, leur diraient-ils, tu as déjà le revenu d’existence ».
Il me semble que ce débat est fort intéressant. Il faudrait compiler et publier une bonne synthèse des arguments en présence, et notamment affiner les thèses de Friot, puisqu’il propose quant à lui un salaire à vie, inconditionnel et variable selon la qualification de chacun, cette qualification personnelle augmentant avec la vie qui passe, comme c’est le cas dans la fonction publique.
C’est sans doute la grande différence pour lui : il ne s’agit pas d’un cadeau, mais de la reconnaissance d’une qualification, chacun étant doté, lors de son entrée dans la vie active, au moins d’une qualification minimum pour commencer, ou davantage en cas d’études ou d’expérience particulière.
En tout état de cause, l’expérience d’Herbert Jauch en Namibie est vraiment très intéressante, et entre en résonnance avec le discours de Bernard Friot nous invitant à ouvrir les yeux sur ce qu’il appelle « le trésor impensé de la retraite », expérience réussie, succès avéré et incontestable d’un salaire inconditionnel à vie pour tous.
Étienne.
Salut Etienne
J’essaye toujours de comprendre
Tu écris « 1) Notre système de retraite par répartition finance les dépenses présentes avec la richesse créée aujourd’hui => ce système n’a donc PAS BESOIN D’ÉPARGNE PRÉALABLE pour se financer, pas besoin d’accumulation du capital, ce système fonctionne donc SANS L’ARGENT DES RICHES, SANS AVOIR BESOIN DES MARCHÉS FINANCIERS, et donc SANS INTÉRÊTS À VERSER à qui que ce soit. »
On en est toujours à la base.. d’où vient la monnaie initiale ? Qui l’émet ? Sans intérêts à verser ?
Bien sûr qu’on a pas besoin de l’argent des riches pour avoir de l’argent… mais pour le moment on a besoin des banques !
Salut AJ,
Ce sont deux sujets différents : quelle que soit la façon de créer la monnaie, publique ou privée, l’enjeu des retraites reste le même, il me semble.
D’ailleurs, la réflexion sur la retraite n’entre nullement en contradiction avec celle sur la création monétaire ; mais elle en est distincte. Ce sont deux importants enjeux de société.
Autrement dit, il ne suffira pas d’avoir rendu la création monétaire à la puissance publique pour avoir réglé correctement le financement des retraites (en s’émancipant de la nécessité d’une épargne préalable et donc de ceux qui sont assez riches pour épargner).
Il faut réfléchir au deux 😉
Étienne.
Salut Etienne, Salut AJ,
Bien que je sois de tout coeur, vous le savez, avec les bonnes intentions qui animent sans nul doute ce billet, il est un point qui me chagrine concernant l’historique invoqué. Ce serait de peu d’importance si l’auteur n’insistait pas lui même sur ce point, jusqu’à en appeler à Annie Lacroix-Ruiz.
Je me contenterai de citer un extrait d’ouvrage récent (qui a dû retenir votre attention, pour d’autres raisons) :
par Philippe Simmonot, Novembre 2010 :
» Les défenseurs actuels du régime de retraite par répartition seraient bien étonnés si on leur en dévoilait l’origine. La plupart du temps, en effet, on le fait remonter à la Libération…avec les fameuses Ordonnances sur la Sécurité sociale de 1945, en quelque sorte sacrées par la signature du général de Gaulle. Or, la répartition a été instaurée le 15 Mars 1941 par un homme qui a fini sa vie en prison pour indignité nationale aprés un procés pour haute trahison, Philippe Pétain…
La dernière loi sur les retraites datait de 1930. (Dans) le régime de capitalisation, alors en vigueur…ce n’est que lorsque le fonds arrive à maturité que le montant des retraites payées peut égaler celui des cotisations. Pétain a bloqué cette maturation.
Candide – Pour instituer l’Allocation aux vieux travailleurs salariés, n’est-ce pas ?
Exact…Les dispositions mêmes de la « loi de répartition » de mars 1941 – c’est ainsi qu’elle s’appelait et elle méritait bien son nom – permirent d’affecter au paiement de cette allocation les cotisations recouvrées dans le cadre du précédent régime…Compte tenu de l’extrême misère engendrée par l’Occupation, il n’y avait peut être pas d’autres moyens d’empêcher un certain nombre de personnes âgées de mourrir de faim. Pour la Résistance, ce n’était pas une excuse valable. Le Commissariat aux Affaires sociales du gouvernement provisoire d’Alger, dirigé par le général de Gaulle, fustigera la manoeuvre de Pétain en dénonçant un expédient…
Candide – Mais alors, que s’est-il passé à la Libération ?
Les nouvelles autorités…ont pris la suite de Vichy quant à l’utilisation immédiate des cotisations pour payer les prestations. Si cela vous interesse, vous trouverez tous les détails dans le livre de Jacques Bichot, Les Politiques sociales en France… »
Je m’étais moi-même longtemps demandé quelle était l’origine du régime dit de « répartition », que l’on devrait plutôt qualifier de « répartition instantanée », le régime de capitalisation strict (simplement actualisé de ses intérêts) n’étant pas autre chose qu’une « répartition différée ». Dit de cette manière, on voit bien que le « régime de répartition »(instantanée) est une simple « avance de phase » par décalage d’une génération. Seules diffèrent l’initialisation (on peut payer tout de suite en régime de répartition) et la terminaison (on ne peut plus l’arrêter, car les retraités demanderont justice de leur cotisation du temps de leur activité).
C’est bien ce dernier point qui constitue l’obstacle (bienheureux) à une « réforme » rapide du régime actuel de répartition en un régime de capitalisation tel qu’en rêvent les banquiers et assureurs : un gigantesque pactole entre leurs mains, qui pourrait ainsi alimenter les profits et les pouvoirs de ses détenteurs, comme le font les fonds de pension anglo-saxons. C’est la raison pour laquelle l’oligarchie capitaliste envisage d’y parvenir par étapes, en présentant la capitalisation comme un complément d’abord « salutaire » qui deviendra bientôt « nécessaire » par extinction progressive du régime actuel.
Denis Kessler, ancien maoiste devenu N° 2 du MEDEF de 1994 à 1998, le déclarait tout de go en félicitant le nouveau président de la République Sarkozy, le 4 octobre 2007, dans le magazine Challenges :
« À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ».
DSK nous l’avait déjà fait comprendre : « il ne faut pas avoir le dogme des soixante ans… » Il nous en dit plus aujourd’hui, dans La Tribune du 19.11.10, sur la durée du travail : « Les citoyens ne sont pas à leur plein potentiel… ». Au fait, qui a soutenu DSK dans sa candidature au FMI ?
Et quel autre point commun relie donc Kessler à DSK ? C’est facile :
Comme on l’a déjà signalé, c’est Claude BEBEAR, président du conseil de surveillance du principal groupe d’assurances au monde AXA, qui l’a rappelé en déclarant :
“ Il y a vingt ans, nous étions quelques assureurs à avoir chargé Denis KESSLER et Dominique STRAUSS-KHAN d’une étude sur les fonds de pension . Ils avaient démontré tout l’intérêt de ces fonds, s’opposant en cela à l’opinion générale, et il nous a fallu vingt ans d’explications, de conférences pour faire admettre à 80% de la population qu’il était salutaire de compléter par une dose de capitalisation la retraite par répartition. Convaincre demande de la patience : tout l’art de gouverner consiste à faire passer les idées et à apprécier le moment où elles peuvent être mises en application.”
(Entretien avec le Figaro Magazine, 13 Juillet 2002)
Par une ironie de l’histoire, tous ceux-là montrent aujourd’hui un nouveau modèle, eldorado des temps post-modernes : la Chine, qui a subitement gagné ses galons de respectabilité du simple fait que son régime inchangé permet aujourd’hui d’y « investir » et réaliser des plus values sur le travail sans commune mesure avec celles de notre vieux continent.
Ainsi, les fonds de pension imaginés par Strauss-Kahn et Kessler pourront faire fructifier à souhait sur ces terres lointaines les faramineux montants que représentent nos actuels budgets sociaux. Ne sont-ils pas supérieurs au budget de l’Etat ? Voilà donc qui est parfait… Aprés avoir spéculé sur les dettes budgétaires, le monde de la finance mondialisée pourra bientôt gagner encore plus d’argent sur les dettes sociales !
- Mais tout cela ne va-t-il pas s’écrouler ? demandera notre Candide. Cette finance mondialisée ne peut indéfiniment soustraire leurs ressources et leurs acquis aux gens, sans qu’ils s’en aperçoivent…
Pensez donc ! Ils ont voté Sarkozy lorsque celui-ci le leur disait ouvertement… Ils voteront bien Strauss-Kahn qui ne leur en dit que la moitié !
Etienne,
Ton système de mise en page et d’envoi des commentaires est toujours aussi déficient :
- la mise en page concatène tout ce qui n’est pas avec saut d’une ligne, alors qu’elle devrait respecter le simple retour à la ligne (d’où la réfection de mon texte qui est difficile à lire en première version).
- l’envoi anti-spam demande plusieurs essais avant de fonctionner sans rejet.
Prends‑y garde. Ce sont des ennuis propres à éloigner de nombreux blogueurs.
Amitiés
Cher Hadrien,
Merci pour les avertissements, je suis au courant : je passe beaucoup de temps à corriger les commentaires et je vitupère cet anti-spam capricieux au possible.
Mais pour l’instant, je suis débordé et je n’ai pas le temps de m’occuper de ça. Désolé. Plutôt que de refaire ton message, envoie-moi un petit mail, je m’en occuperai.
Merci pour ton riche message : il faut que je réponde avec l’historique (plus complet) de Friot dans son précieux bouquin. Je ne peux pas le faire tout de suite, mais bientôt.
🙂
Étienne.
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@Étienne (7)
Oui, d’accord avec ton raisonnement…
@Hadrien (8)
Commentaire qui vaudrait bien un billet .. merci
@Hadrien
Désolé pour le jeu de mot involontaire .. je voulais parler d’ »article » en parlant de « billet »
Soirée Chouard-Lordon à Paris, jeudi 2 déc. 2010, 20 h.
Info pour les Parisiens que ça pourrait intéresser :
Je serai demain, jeudi 2 décembre 2010 à 20 h, au Moulin à café (9, place de la Garenne 75014, 01 40 44 87 55 http://moulin.cafe.free.fr/) pour un échange public avec Frédéric Lordon (+ débat avec les visiteurs ?).
Les échanges avec Frédéric sont toujours pétillants ; je me réglale d’avance 🙂
Étienne.
Cher Etienne,
Je regrette de ne pas avoir lu à temps ton annonce de la soirée parisienne Chouard-Lordon, car j’y aurais envoyé mon fils pour un compte rendu. J’espère que tu nous en dira un mot ou qu’elle sera l’objet d’un autre billet sur ce blog.
J’en profite pour évoquer ici une idée de Lordon ‚sur la crise actuelle, qu’AJ et toi n’avez pas pu manquer (Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! (http://blog.mondediplo.net/2010–03-29-Ce-n-est-pas-la-Grece-qu-il-faut-exclure-c-est‑l)), et j’aimerais savoir si vous l’avez abordée avec lui.
En lisant entre les lignes de son article, du 29 mars, l’idée intéressante est la solution originale qui peut être apportée à la sortie de l’Euro, si l’on inverse le dilemme habituel :
Partout, on clame que tout retour en arrière est impossible car les dettes des pays en difficulté, qui sortiraient de l’euro, s’en trouveraient aggravées d’autant dans leur monnaie dévaluée retrouvée.
En revanche, la sortie de l’Allemagne retrouvant sa monnaie forte, forcément réévaluée par les marchés face à une zone restant avec un euro dévalué d’autant, aurait tous les avantages :
- les pays en difficulté verraient leurs dettes rester constantes car libellées en euros.
- l’Allemagne (et peut-être avec elle sa petite soeur l’Autriche) verrait les siennes allégées dans sa propre monnaie.
Ceci pour dire que « quand on veut, on peut », si on a réellement la volonté majoritaire de s’imposer à l’Allemagne. Lordon glisse d’ailleurs subrepticement que celle-ci y regarderait à deux fois avant d’abandonner son marché captif actuel sous l’euro, pour le laisser aux mains de la France qui réaliserait ainsi sa mini-Union méditerranéenne !
De sorte que la simple évocation de cette solution serait la plus sûre invitation au compromis…
J’ignore si vous en avez parlé, et en quels termes, mais il me semble qu’il y a là un débat méthodologique sur l’union monétaire presqu’aussi important que celui du traité, qu’il remettrait d’ailleurs à nouveau radicalement en cause.
Quitte à le réviser, révisons-le du tout au tout !
À titre de confirmation de ma « lecture entre les lignes » de l’article de Lordon, voici celui de Bernard Maris qui voit les choses de la même façon :
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/blog/b/comments.php?id=12&post=3409&temOpen=1
Dehors l’Allemagne !
Ce n’est pas à la Grèce de quitter la zone euro, c’est à l’Allemagne.
Rappel des méfaits : suite à une petite guerre mondiale où l’Allemagne a joué un certain rôle, celle-ci a été coupée en deux. Une partie a été confiée à l’URSS, l’autre aux américains. Quand l’URSS s’est lézardée de tout coté, à cause des coups portés par Reagan, la frontière entre les deux Allemagnes est tombée, et s’est posée la question de la réunification de l’Allemagne. En fait ne s’est rien posé du tout. L’Allemagne s’est réunifiée toute seule. Mais notre illustre président de tantôt, Mitterrand, a fait comme s’il faisait cadeau de la réunification à Kohl, en échange de la participation à la zone euro souhaitée par les français. Tu parles ! La aussi, ce sont les français qui ont participé à la zone euro définie par l’Allemagne. Autrefois les français participaient à la zone Mark, surévalué par rapport au Franc, en payant cette participation de taux d’intérêts sur les emprunts plus forts (comme le Grèce aujourd’hui) et de deux millions de chômeurs par an. De sorte que les français ont été cocus deux fois : une fois par la réunification qui leur a été imposée et transformait l’Allemagne de géant économique en super-géant, et la seconde fois en participant à la zone euro. L’euro s’appelle en fait le mark. La BCE est copiée sur la Bundesbank, le nigaud Trichet ne regarde que l’inflation, il n’y a pas de politique monétaire et encore moins de politique économique au niveau de la zone, de sorte que la politique monétaire et économique de la zone euro, puisque l’euro est en vérité le mark, est celle de l’Allemagne. Point.
Et voilà que pointe à l’horizon un autre géant économique, exportateur comme elle, branché sur la hi-tec comme elle, la Chine. L’Allemagne a bien compris la Chine, sait qu’elle ne peut pas lutter contre elle, question de taille simplement. Que faire ?
Étape 1 : résister. Utiliser la main‑d’œuvre de l’Est pour assembler ; pactiser avec les Russes pour l’énergie ; et se servir de la zone euro comme débouché. Tous ces cons de Français, d’Espagnols, de Grecs, d’Italiens achètent allemand dans la monnaie allemande, le pied. Accessoirement investir en Chine, mais l’Allemagne sait qu’un euro laissé en Chine ne ramène pas des emplois, sert simplement à maintenir des bureaux d’études à domicile, et pas pour longtemps.
D’où l’étape 2, l’étape actuelle : quitter l’Europe et devenir la Suisse. La Suisse est un pays idéal, plein de fric et plein de riches, écolo, avec des vaches et des montagnes, qui produit de la hi-tec, qu n’a pas de diaspora chinoise, bien blanc et bien propre. L’Allemagne se voit bien en super-suisse. Entre riches, peinards, au frais des alpages. Avec une monnaie forte, très forte, l’euro, comme les Suisses ont le Franc suisse dont jamais personne ne doute. La Suisse est un pays de vieux, l’Allemagne est un pays de vieux. La Suisse n’entretient pas de sous-marins nucléaires, sa marine est faible, l’Allemagne non plus. Les Suisses se vautrent en été en Espagne et en Grèce, les Allemands aussi.
Bien entendu l’Allemagne doit devenir la Suisse sans avoir l’air de quitter l’Europe. C’est pourquoi elle demande à la Grèce de quitter l’euro – ce qui pour la Grèce est une catastrophe : du jour au lendemain, avec le drachme dévalué, la dette de la Grèce doublera de valeur. Non. L’Allemagne doit rester dans la zone euro, c’est-à-dire la zone mark, avec tout les bienfaits d’une monnaie forte : afflux de capitaux étrangers, obligation de produire en amont, de produire des machines, l’Allemagne sait faire, elle a même le monopole de la production de machines, équilibre budgétaire (l’Allemagne vient d’en voter le principe), énorme productivité du travail (c’est le cas), ordre et rigueur. Et continuer à se poser en défenseur de l’Europe, alors qu’on se fout pas mal de l’Europe.
Merkel n’est ni Adenauer ni Kohl, elle n’a pas connu la guerre, elle méprise les Pigs, les cochons, Portugal, Italie, Grèce, Espagne, elle ne supporte pas les Français. Depuis le début de la crise elle joue perso, d’ailleurs l’Allemagne joue perso depuis Schroeder qui travaille maintenant pour les Russes.
Imaginons qu’on pousse l’Allemagne hors de la zone euro. Le mark renaît. Le mark est aussitôt réévalué. La Grèce ne risque absolument rien, en terme de sa dette exprimée en euros. Les exportations allemandes vers la zone euro s’effondrent, les économies de la zone euro repartent. Les pays restés dans la zone euro acceptent un gouvernement économique et monétaire de la zone, Trichet est viré. Les Anglais rentrent dans la zone euro. Aussitôt les Allemands et les Russes resignent le pacte germano-soviétique.
On plaisante. Bien entendu l’Allemagne ne se laissera pas sortir de la zone euro. Mais une menace suffisamment crédible, la ferait changer de position. De toutes façons, elle est en train de tuer l’Europe, tout en faisant semblant d’y rester. Elle la tue avec sa politique fiscale, incroyablement agressive, et maintenant avec sa politique monétaire. Elle doit avoir le choix : être la Suisse, ou être dans l’Europe. Pour l’instant elle veut les deux. Autrement dit, elle veut refaire cocus les européens. L’Europe est bonne fille, mais tout de même.
Source : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/blog/b/comments.php?id=12&post=3409&temOpen=1