
Aujourd’hui, je voudrais utiliser cet espace de liberté pour faire résonner un appel de Michel Onfray que je trouve à la fois fort et utile.
Merci Michel.
Étienne.
Monsieur le Président, devenez camusien !
par Michel Onfray
Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d’accueillir les cendres d’Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles :« Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son œuvre et qu’une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l’éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l’histoire sans jamais commettre d’erreurs : il n’a jamais, bien sûr, commis celle d’une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s’engager pour combattre l’occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s’est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l’Ouest pour l’estimer totale à l’Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme.
Camus fut l’opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d’autres se révélèrent si petits.
Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l’instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d’origine en devenant, par la culture, les livres, l’école, le savoir, celui que l’Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé.« Dès lors, c’est à La Princesse de Clèves que Camus doit d’être devenu Camus, et non à la Bible.
De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l’américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d’une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d’autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.
Savez-vous qu’Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c’est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu’il n’ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l’argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l’impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dans Actuelles , demande« une vraie démocratie populaire et ouvrière », la« destruction impitoyable des trusts », le « bonheur des plus humbles d’entre nous » ( Œuvres complètes d’Albert Camus, Gallimard, « La Pléiade », tome II, p. 517) ?
Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, « désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit », et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n’a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L’Homme révolté , dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive – une perversion sartrienne bien ancrée dans l’inconscient collectif français… -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le « syndicalisme révolutionnaire » présenté comme une « pensée solaire » (t. III, p. 317).
Est-ce cet Albert Camus qui appelle à « une nouvelle révolte » libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la « forme de la propriété » dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n’est pas une exception, c’est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir , affirmait : « Le pouvoir rend fou celui qui le détient »(t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l’anarchiste, le libertaire, l’ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?
De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d’Etat qui s’illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l’emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d’ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l’occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.
Camus parlait en effet dans L’Homme révolté de la nécessité de promouvoir un « individualisme altruiste » soucieux de liberté autant que de justice. J’écris bien : « autant que ». Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c’est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c’est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c’est l’Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d’âme ; la justice sans la liberté, c’était l’URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l’incarnation souveraine, n’est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.
Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd’hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n’est guère question de liberté ou de justice… Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd’hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d’Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu’aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?
Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu’elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé « La condition ouvrière » qu’il fallait faire « participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national » (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate…
Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l’intelligence contre les partisans du sang de l’armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c’était par défaut : Albert Camus n’a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru – pourvu qu’elle soit morale.
Comment comprendre, sinon, qu’il écrive dans L’Express , le 4 juin 1955, que l’idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l’opportunisme des totalitarismes du moment et qu’elle « réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté » (t. III, p. 1020) – ce qui dans L’Homme révolté prend la forme d’une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien… Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n’est pas la critique de tout le socialisme, loin s’en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l’hégémonie d’un seul.
Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza – la seule tombe qu’il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin… Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l’efficacité de son exemplarité (n’est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.
Donnez-nous en effet l’exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu’au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n’entendez pas mener une politique d’ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l’action politique à l’amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire…
A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d’un Camus au Panthéon, qu’à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n’aura pas été opportuniste, autrement dit, qu’elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu’en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l’origine d’une authentique révolution qui nous dispenserait d’en souhaiter une autre.
Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.
Michel Onfray
Lettre publiée dans Le Monde du 24 novembre 2009.
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40–0@2–3232,50–1271343,0.html

Bonjour Étienne, je suis content que ce blog reprenne de la vigueur ! À mon avis il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’au président français actuel de devenir camusien. Le président Lula du Brésil aurait plus le profil du président camusien que Michel Onfray souhaite. Est-il possible dans l’UE d’avoir comme au Brésil un président ( ancien syndicaliste ) qui accorde son attention aux plus pauvres ?
La Cour de Justice des Communautés européenne (CJCE), ne vient-elle pas en quelques mois, de nov. 2007 à juin 2008, de rendre quatre jugements affirmant la supériorité des droits des entreprises sur ceux des salariés ?
La « construction européenne » agirait-elle au nom et dans l’intérêt du peuple, qu’elle dit représenter. Est-ce que le peuple a été sollicité, pour sa création en 1957 ?
Est-ce que le peuple a été sollicité pour la nomination de ses représentants les commissaires européens ?
Sommes-nous sûrs que l’attitude de l’homme révolté préconisée par Albert Camus irait comme un gant au président actuel ?
Poser la question, c’est à mon avis y répondre.
Identité National-sécuritaire
Je tape et je mets en ligne l’éditorial de novembre 2009 de LDH Info de Jean-Pierre DUBOIS, président de la Ligue des Droits de l’Homme :
Fin de citation
« Pour une Europe pour le peuple et par le peuple,
(.……)
« Nous ne permettrons jamais que ce relais soit interrompu, même si derrière la construction de cette Europe apparaissent parfois d’étranges silhouettes masquées ressemblant à IG Farben Auschwitz.
La constitution des citoyens d’Europe
Les droits les plus fondamentaux de l’homme sont les droits à la santé et à la vie. Ces droits ne sont pas seulement menacés par des conflits armés mais également par les intérêts corporatistes et leur tendance de plus en plus importante à exploiter le corps et l’intelligence humains en les considérant comme leur propriété exclusive source de profits.
Nous proclamons par conséquent, pour tout Européen des droits comme inaliénables :
Le droit à la santé
Notre santé comme notre corps constituent les biens les plus précieux dont nous disposons. Ils ne peuvent en aucun cas être soumis à aucune exploitation possible ni considérés comme un marché pour les produits brevetés ou soumis à toute autre forme de commercialisation. L’expansion des maladies considérée comme un marché pour les médicaments est inconstitutionnelle.
Tout système de santé basé sur ces principes et assurant leur promotion doit être proscrit.
Le droit à la vie
Le génome humain considéré comme le fil d’Ariane de la vie et le principe biologique de la vie appartiennent à l’humanité. Tout effort visant à s’accaparer du code génétique avec comme objectif de transformer, vendre et manipuler tout ou partie du corps humain pour faire du bénéfice est inconstitutionnel et par conséquent prohibé.
Le droit à une alimentation naturelle
L’information génétique des plantes et aliments existants dans nos champs et jardins depuis des millénaires appartient à l’humanité entière. Toute manipulation et altération du code génétique des plantes avec comme objectif d’en faire des produits brevetés conduisant ainsi à la création d’un marché monopolistique fait courir à nos aliments le danger de tomber sous le contrôle des intérêts corporatistes. Comme pour la santé et la vie, le caractère monopolistique des aliments conduirait à la mise sous contrôle de la société toute entière.
Une telle activité est anticonstitutionnelle
La raison pour laquelle ces droits fondamentaux de l’homme ne sont pas encore universellement acceptés et appliqués vient du principe du brevetage. Le principe du brevetage est l’instrument économique destiné a récupérer les investissements consentis pour des industries entières, celles touchant directement la santé et la vie humaine incluses.
La vie n’est pas brevetable
Afin d’appliquer le principe de la protection de la santé et de la vie de l’actuelle et futures générations d’Européens, les brevets dans les domaines de la santé, la vie, l’alimentation sont déclarés anticonstitutionnels.
Nous faisons un appel aux citoyens d’Europe qui liront cette CONSTITUTION DES CITOYENS D’EUROPE de la soutenir par leur signatures.
UNE IDÉE DE L’EUROPE POUR LE PEUPLE ET PAR LE PEUPLE
Cette constitution constitue la pierre angulaire des droits fondamentaux de l’homme à travers l’Europe, droits incluant un environnement sain, le respect de la dignité humaine et la protection des valeurs sociales.
Nous faisons cet appel aux citoyens d’Europe. Ils ont été les vrais gardiens du souvenir, en conservant la mémoire historique à travers les générations et continueront le relais du souvenir et le relais de la vie. »
Signé
SURVIVANTS D’AUSCHWITZ En collaboration avec LES GARDIENS DU SOUVENIR
J’ai décidé depuis « l’autre jour » de relire Camus, car :
« …il vient toujours une heure dans l’histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort.
La question est de savoir si oui ou non deux et deux font quatre »…
« Pour ceux de nos concitoyens qui risquaient alors leur vie, ils avaient à décider si oui ou non ils étaient dans la peste, et si oui ou non il fallait lutter contre elle ».
…donc, oui, il est temps de relire Camus !
Troisièmement en bref :
Citation du jour piquée dans l’Huma :
« le plus grand de tous les projets est celui de prendre un parti » (Vauvenargues).
Quatrièmement :
APPEL A RESISTER CONTRE LE COUP D’ETAT DE
yzokraS salociNonfou :
« pour se souvenir de l’avenir »(Aragon)
Appel du 9 décembre 2009, 220è anniversaire de la création des départements et des municipalités pour donner le pouvoir aux citoyens, contre la casse des départements et des communes décidée par le monarque pour retirer le pouvoir aux citoyens.
Cet appel est lancé par :
LE COMITE DES CITOYENS DE LA MODERNITE
signature à envoyer à : « [email protected] »
…car « oui, la réforme Sarkozy ne se discute pas, elle se combat ! »
Les faux débats, enfumages, leurres identitaires : une identité sans souveraineté ?
Loin de répondre à un seul objectif électoral de court terme, le débat qu’a lancé le gouvernement sur l’« identité nationale » vise à confondre cette notion, floue et ambiguë, avec le concept politique de souveraineté, au moment même où cette dernière est plus que jamais menacée par le dit traité de Lisbonne. Cela s’inscrit en outre dans le contexte de la promotion idéologique du couple identité/diversité, qui tente d’occulter voire de disqualifier les luttes sociales au profit de leurres sociétaux.
Bref retour en arrière : le 4 février 2008, une très large majorité de parlementaires ratifie le dit traité de Lisbonne. Ce faisant, ils annulent le verdict des citoyens exprimé lors du référendum de mai 2005, piétinant de fait la souveraineté du peuple qui figure pourtant en tête du bloc constitutionnel national. Dans le même temps, ils préparent la voie à la mise en œuvre d’un texte qui, notamment, étend considérablement les domaines dans lesquels les décisions européennes sont censées s’imposer, fût-ce contre la volonté nationale.
Dès lors, voir le monde politico-médiatique s’interroger sur « l’identité nationale » relève pour le moins du paradoxe – en tout cas en apparence. La tradition politique d’indépendance de la France ne constituerait donc pas un pan essentiel de cette « identité » ? Ceux-là même qui, dans leurs actes, font bon marché de cet héritage discourent sur l’urgence de le préserver. Sans doute ne souhaitent-ils en réalité retenir que les aspects qui leur conviennent. Lorsqu’ils insistent sur le drapeau ou l’hymne, ils révèlent la vision étriquée et folklorique qu’ils se font du patriotisme. Ils voudraient en somme que les Français aiment et soutiennent leur pays à la manière des supporters de foot avec leur équipe préférée. Ainsi, pour le président des députés UMP, Jean-François Copé, « le débat sur l’identité nationale, c’est ce qui doit nous permettre de retrouver notre mental, comme on dit en sport » (2). Il juge par ailleurs que l’identité nationale sera « un thème structurant pour les dix années à venir » (3).
Or la « fierté d’être Français » ne se décrète pas. Tout se passe comme si le débat sur « l’identité française » avait été conçu comme un point de fixation, afin de détourner l’attention des sujets fâcheux comme la crise, le renflouement des banques, les délocalisations, le chômage, etc. La France politique se voit amputée de ses libertés les plus essentielles par l’intégration européenne, la nation est dépossédée de son patrimoine (services publics, industries nationales, etc.), et l’État de sa capacité d’intervention – mais, rassurons-nous, nous avons une « identité » à « valoriser »…
L’attachement émotionnel à sa patrie n’est pas condamnable a priori, mais s’il s’agit d’une nostalgie fruste, sans souci d’indépendance politique et de progrès social, c’est un vain passe-temps. Plus exactement, les parrains du débat entendent faire fonctionner cet attachement comme un leurre : tenter de compenser une perte de liberté bien réelle par une démonstration indécente de fierté. Car faire de l’exhibitionnisme avec l’« identité nationale » ne permettra pas de recouvrer une once de souveraineté. De la même façon que les célébrations aussi vagues qu’enthousiastes de la « diversité » et du « métissage » relèvent d’une conception ethniciste de la société, les élans animés par une nostalgie qui n’engage à rien sont dangereux en ce sens qu’ils brouillent les cartes.
Accompagnement de la mondialisation
On peut du reste s’interroger : pourquoi les concepts de « diversité » et d’ « identité » envahissent-ils ainsi les discours ? Un auteur rationnel s’est frotté à ce sujet. Dans son ouvrage La diversité contre l’égalité (4), Walter Benn Michaels analyse l’incroyable escroquerie politique et intellectuelle que représente ce que l’on pourrait appeler l’idéologie (et l’imagerie) de la diversité. Michaels montre bien que l’obsession contemporaine pour ces conceptions ethnico-cuturelles n’est ni anodine ni innocente. Si les dirigeants politiques, économiques et médiatiques font de la diversité un « programme de justice sociale », comme il l’écrit, c’est pour que l’ordre néolibéral soit maintenu coûte que coûte. Nous avons affaire à une idéologie d’accompagnement de la mondialisation.
Selon Michaels, « à mesure que la question de l’identité nationale affermit son emprise sur la vie intellectuelle française – qu’on la promeuve (le président de la République) ou qu’on la combatte (les « Indigènes » de la République) – on s’aperçoit que sa fonction principale consiste à faciliter, en le masquant, l’accroissement des inégalités qui caractérise le néolibéralisme à travers le monde. » En somme, selon les « diversitaires » de droite comme de gauche, il faut que tout change pour que rien ne change. La Diversité contre l’égalité entend montrer que l’idéologie de la diversité, copieusement relayée par les médias et les forces du marché, sert à diviser les citoyens (par la concurrence des « identités ») et à faire diversion afin que les véritables luttes sociales soient étouffées sous les revendications « sociétales ». En effet, il vaut mieux prêcher la « diversité » – inoffensive économiquement, voire lucrative – que l’égalité ou une meilleure répartition des richesses.
Ce qu’il est convenu de nommer la classe politique, toutes tendances confondues, maîtrise parfaitement l’art de poser des questions dont les réponses sont déterminées à l’avance. Comme sur bien d’autres sujets, on fait mine de s’interroger (« quelle Europe voulons-nous ? », « qu’est-ce que l’identité nationale ? », etc.), on organise des parodies de débat, comme s’il y avait vraiment une intention de débattre de quoi que ce soit, a fortiori de prendre en compte la volonté populaire. La négation du vote du 29 mai 2005 a donné la mesure de cet esprit d’ouverture démocratique.
Le « grand débat » risque bien de s’avérer un théâtre d’ombres : tout et son contraire sera dit, pendant que les processus réels en cours se poursuivront hors des feux de l’actualité. Ce que l’on pourrait qualifier de système post-démocratique multiplie ainsi ce type de mises en scène pour entretenir l’illusion de « démocratie participative ». S’interroger sur l’identité ne coûte rien, l’ordre établi pourrait même en sortir consolidé : les médias et les partis installés font de l’éducation au fatalisme – notamment sur la mondialisation – pendant que les puissances d’argent accroissent leur influence aux dépens des droits politiques et sociaux légitimes des citoyens.
L’opportunisme et la duplicité semblent donc devoir constituer le fil rouge de cette consultation en trompe l’œil. Quitte à débattre d’identité, politique cette fois, pourquoi ne pas envisager l’opportunité d’une sortie de l’Union européenne ?
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(2) Lors d’une conférence de presse, le 3 novembre.
(3) Sur le site Internet consacré au débat, le 3 novembre.
(4) Publié aux éditions Raisons d’Agir en 2009. Walter Benn Michaels est professeur de littérature à l’université de l’Illinois à Chicago.
Camus est de la race des hommes forts et nobles dont nous manquons furieusement aujourd’hui.
Mais je suis presque sûre qu’en tout homme, il y a pareil germe, il faut « juste » offrir les conditions d’une bonne germination, enlever les mauvaises herbes étouffantes, enrichir la terre de riches nutriments, aérer le terrain, biner juste ce qu’il faut, arroser…
J »ai lu Caligula dimanche dernier…
Quelques petites phrases que j’ai notées sur une fiche bristol, histoire de me remémorer ce très beau texte, je les offre à ceux que ça intéresse !
Hélicon : « tu sais bien que je ne pense jamais, je suis bien trop intelligent pour ça ! »
» Et qu’est-ce donc que cette vérité, Caïus ?
Les hommes meurent et ne sont pas heureux.
Allons, Caïus, c’est une vérité dont on s’arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n’est pas cela qui les empêche de déjeuner.
Alors c’est que tout autour de moi, tout est mensonge et moi je veux qu’on vive dans la vérité. Et justement, j’ai les moyens de les faire vivre dans la vérité. Car je sais ce qui leur manque Hélicon. Ils sont privés de la connaissance et il manque un professeur qui sache ce dont il parle.
…
Caligula : Notez d’ailleurs qu’il n’est pas plus immoral de voler directement les citoyens que de glisser des taxes indirectes dans les prix des denrées dont ils ne peuvent se passer.
Gouverner, c’est voler, tout le monde le sait. Mais il y a la manière. Pour moi, je volerai franchement, ça vous changera du gagne-petit. Le pouvoir donne des chances à l’impossible .
Je n’aime pas les littérateurs et je ne peux supporter leurs mensonges. Ils parlent pour ne pas s’écouter. S’ils s’écoutaient, ils sauraient qu’ils ne sont rien et ne pourraient plus parler. Allez, rompez. J’ai horreur des faux-témoins.
Allons, allons, un peu d’application. De la méthode, surtout de la méthode. Ils ont perdu la main, il me semble. A vrai dire, ils ne l’ont jamais eue sinon pour frapper ou commander. Il faudra patienter, voilà tout. Il faut un jour pour faire un sénateur et dix ans pour faire un travailleur. Mais j’ai bien peur qu’il en faille 20 pour faire un travailleur d’un sénateur.
Tout disparait devant la peur. Ce beau sentiment sans alliage.
La solitude, tu la connais, toi ? La solitude. Celle des poètes et des impuissants. La solitude mais laquelle ?
Ah, tu ne sais pas que seul, on ne l’est jamais !
Et que partout le même poids d’avenir et de passé nous accompagne … Mais ceux qu’on a aimés( les êtres) les regrets, le désir, l’amertume, et la douceur, les putains et la clique des Dieux. Ah- si du moins au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qui est la mienne je pouvais goûter la vraie- le silence- et le tremblement d’un arbre. La solitude, mais non. Elle est peuplée de grincements de dents et de clameurs perdues.
Crois-tu que deux hommes dont l’âme et la fierté sont égales peuvent au moins une fois dans leur vie se parler de tout leur coeur- comme s’ils étaient nus l’un devant l’autre- disponibles des préjugés, des intérêts particuliers et des mensonges dont ils vivent ?
Je pense que cela est possible mais que tu en es incapable. Tu as raison, je voulais seulement savoir si tu pensais comme moi. Couvrons-nous de masques. Utilisons nos mensonges. Parlons comme on se bat, couverts jusqu’à la garde.
Pourquoi ne m’aimes-tu pas ? Parce que je te comprends trop bien et qu’on ne peut aimer celui de ses visages qu’on essaie de masquer en soi.
On croit qu’un homme souffre parce que l’être qu’il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile. C’est de s’apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens. Je sais que rien ne dure…
Mais cela ne fait rien, la peur non plus ne dure pas.
Que les puristes ne m’en veuillent pas trop,c’est juste pour donner le goût de Camus, j’espère que je ne fais pas pire que mieux en faisant cela, si c’était le cas, il faudrait jeter ce message vite fait à la poubelle Etienne sans scrupule et sans me demander mon avis, ce sont des phrases qui m’ont accroché lors de ma lecture, écrites de ci de là sur une fiche pour garder une trace, pas toujours en lien exact avec le texte, juste en lien avec ce que je suis et ce qui résonne en moi.
Il est très intéressant votre message concombre masqué, je ne l’avais pas encore lu, je viens de le découvrir à l’instant.
Il faut que tout change pour que rien ne change, je crois que c’est le prince de Salina qui dit cela dans le roman de Lampedusa » Le guépard » , et c’est bien là qu’opèrent les partis politiques un peu bêtement il faut bien le dire, dans cet espace là du changement, mais c’est toujours un changement en surface, jamais en profondeur. Ils accompagnent les dits partis mais ne mettent pas au monde de nouvelles structures, qui elles seules seraient à même d’offrir un autre ordre, et donc servir d’autres intérêts.
Je vais faire un détour par le symbolisme, j’espère que ça ne gênera personne, à vrai dire ceux qui seront gênés ne liront pas, pas plus compliqué que ça, j’enlève donc mes complexes.
Le symbolisme de la roue justement,qui est une seule et même réalité me parle. Immobilité absolue en son centre et absolu mouvement en périphérie . Loin de s’exclure ou de se faire des compromis, ils expriment l’un et l’autre, simultanément et totalement, la circulation de l’information qui permet à la roue de fonctionner en tant que roue.
Moi, ça me fait penser à l’énergie et je crois que c’est ce que veut dire ce symbole, mais je ne suis pas sûre.
L’énergie se trouve sous deux formes :
l’énergie cinétique, qui est celle du mouvement, proportionnelle à certains paramètres ( que les spécialistes me reprennent surtout sans scrupule si je dis de grosses bêtises, au contraire ça me rendra service car je comprendrai peut-être mieux certaines choses) et l’énergie potentielle qui peut être utilisée pour produire de l’énergie cinétique.
L’énergie potentielle accompagne l’ordre ( travaux de Boltzmann, Maxwell, Gibbs) ce sont les structures, l’énergie cinétique, le dynamisme accompagne le désordre, grâce aux travaux des personnes sus-citées on sait que l’énergie potentielle est plus chargée d’information que l’énergie cinétique.
Si l’on fait une analogie maintenant avec nos systèmes sociaux, les structures = les bases organisationnelles= énergie potentielle.
Elles sont chargées en information, c’est l’axe, le pilier, la colonne vertébrale de l’organisme social. Il n’a donc pas intérêt à changer cet axe, car c’est lui qui compose tous les rapports sous-jacents, il ne doit donc jamais être mis en cause, rester statique pour servir les intérêts de ceux qui l’ont mis en place.
Pour ne pas le mettre en cause, il faut faire diversion, amener l’intérêt ailleurs et faire croire qu’en changeant en superficie, on change quelque chose du système.
En fait, si on obéit à cette loi totalement illusoire du pseudo-changement , il faut donc que tout change pour que rien ne change, ainsi il y aura illusion de changement sans qu’aucun changement réel n’advienne, et c’est alors gagnant-gagnant pour les tenants du pouvoir.
Retour à la phrase de Salina, je la comprends comme cela pour ma part.
Évidemment, cette lettre de Michel ONFRAY adressé à Nicolas Sarkozy se passe de tout commentaire_ou comment remettre à sa place celui qui usurpe la réalité et prétend une éthique et des vertus qui ne sont pas les siennes.
Michel ONFRAY est encore trop poli en lui donnant du Monsieur le Président, un simple monsieur aurait suffi ; j’ose espérer qu’il en a pris conscience depuis comme il est de notre ressort et de notre légitimité d’oublier enfin tous ces titres et ces charges qui ne font que spolier la puissance publique au détriment de l’intérêt communautaire et de la liberté individuelle. Bref, exit cette Elite qui nous oblige et nous conditionne à un point dont beaucoup n’ont pas idée, les sœurs jumelles et les jolies traînées blanches cachant bien d’autres choses.
Je suis en train de lire L’ordre libertaire – La vie philosophique d’Albert Camus, de Michel ONFRAY… évidemment, à mes yeux, c’est bien là un de nos plus grands intellectuels du moment qui nous parle sans détours d’un des plus grands penseurs du XXème siècle, et nous sommes bien ici au coeur de toutes Causes et conséquences.
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Ce qui n’a rien à voir mais qui m’interpelle, Stanley KUBRICK peut-être également, à sa façon, un donneur d’alerte, du moins, un éclaireur… lui qui, justement, avait à ce point ce soucis du détail et bon éclairage…
Décodage du film de Kubrick « Eyes Wide Shut » (1ère partie)
Après Marylin Monroe, Vigilant Citizen retourne au décodage cinématographique avec l’ultime film réalisé par Stanley Kubrick (1928−1999), auteur de 13 longs métrages dont 2001 l’odyssée de l’espace, Orange Mécanique, Barry Lyndon, The Shining, Full Metal Jacket.
Il y aura deux autres parties après celle-ci. À l’heure où je publie, la troisième partie n’a pas encore été publiée sur VC.
@ © Vigilant Citizen, traduction par le Bistro Bar Blog, le 8 Juillet 2013
@ http://www.planete-revelations.com/t13507-decodage-du-film-de-kubrick-eyes-wide-shut-partie‑1–2#143421
@ http://vigilantcitizen.com/moviesandtv/the-hidden-and-not-so-hidden-messages-in-stanley-kubriks-eyes-wide-shut-pt‑i/#idc-container
(anglais)
Cette approche démocratique de la culture et de la philosophie…
ETIENNE, je ne vous apprends rien là et j’ignore si cette vidéo a déjà été posté ici, mais ces petits rappels ou ces petites pépites à côté desquelles on pass parfois, sans parler de tous les nouveaux visiteurs…
Je me permets aussi cet autre lien, lui alors complètement hors-sujet !! juste une pépite subjective cinématographique, l’occasion de porter à connaissance ce film où la sensualité et la spiritualité, pour faire bref, sont déclinées ici de façon originale dans cette approche quelque peu exotique et carrément tibétaine !
Je suis tombé hier sur cette vidéo sur le net, un film que j’avais vu à sa sortie, sur grand écran.
BOB la fraise mais ce minuscule virus
Quel andouille ! j’ai oublié le deuxième lien…
Bon, allez, on peut aller se coucher, c’est du réchauffé!!!
Du réchauffé ? tu y vas un peu fort !!! quand rien de tout ceci n’est plus actuel et plus révolutionnaire ! ou c’est faire peu de cas de toutes ces consciences endormies ou mal aiguillées qui n’ont pas pris connaissance encore et mesure de toutes ces réalités, de tout ce potentiel, de tout ce bouillon libertaire et démocratique…
Mais dis-moi, en admettant que je t’importune et blablate à longueur de temps, propose-moi alors quelque solution concrète et je verrai avec toi si cela tient ou non la route.
Pourquoi ce ‘ou’, nom-pseudo, tout simplement, car il n’y a pas à choisir là où il n’y a que paradoxe_la vie n’étant que paradoxe.
Bonne soirée
Cette démarche citoyenne se veut multiple dans la forme, ces ateliers d’écriture, de débats, cette décentralisation, à savoir, autant cette réappropriation du tissu socio-économique au sein de la commune et des terroirs, des pays (dans son ancienne acception)_mais ce juste équilibre dans son approche et sa réalisation, cette dimension plus humaine et plus accessible à chacun du politique (la chose publique) et du partage (cette interactivité vitale et quotidienne)… ce sont là ces postulats démocratiques fondamentaux.
Mais tout cela ne peut exister et prendre sens que dans cette idée commune de cet idéal politique, cette conscience à acquérir, cette émancipation de tous les jours… bref, à tous les tirages au sort indispensables et constructeurs d’avenirs et de projets, il faut garder constamment à l’esprit cette utopie et cette liberté à atteindre. En clair, nous nous devons cette profondeur de conscience autant que ce pragmatisme au quotodien.
BOB & petitbouddha