Monsieur le Président, devenez camusien ! par Michel Onfray

6/12/2009 | 15 commentaires

Aujourd’­hui, je vou­drais uti­li­ser cet espace de liber­té pour faire réson­ner un appel de Michel Onfray que je trouve à la fois fort et utile.

Mer­ci Michel.

Étienne.

Mon­sieur le Pré­sident, deve­nez camu­sien !
par Michel Onfray

Mon­sieur le Pré­sident, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de mani­fes­ter votre désir d’ac­cueillir les cendres d’Al­bert Camus au Pan­théon, ce temple de la Répu­blique au fron­ton duquel, cha­cun le sait, se trouvent ins­crites ces paroles :« Aux grands hommes, la patrie recon­nais­sante ». Com­ment vous don­ner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son œuvre et qu’une recon­nais­sance venue de la patrie hono­re­rait la mémoire de ce bour­sier de l’é­du­ca­tion natio­nale sus­cep­tible de deve­nir modèle dans un monde désor­mais sans modèles.

De fait, pen­dant sa trop courte vie, il a tra­ver­sé l’his­toire sans jamais com­mettre d’er­reurs : il n’a jamais, bien sûr, com­mis celle d’une proxi­mi­té intel­lec­tuelle avec Vichy. Mieux : dési­reux de s’en­ga­ger pour com­battre l’oc­cu­pant, mais refu­sé deux fois pour rai­sons de san­té, il s’est tout de même illus­tré dans la Résis­tance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses com­pa­gnons phi­lo­sophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui cri­ti­quaient la liber­té à l’Ouest pour l’es­ti­mer totale à l’Est : il ne se com­mit jamais avec les régimes sovié­tiques ou avec le maoïsme.

Camus fut l’op­po­sant de toutes les ter­reurs, de toutes les peines de mort, de tous les assas­si­nats poli­tiques, de tous les tota­li­ta­rismes, et ne fit pas excep­tion pour jus­ti­fier les guillo­tines, les meurtres, ou les camps qui auraient ser­vi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d’autres se révé­lèrent si petits.

Mais, Mon­sieur le Pré­sident, com­ment jus­ti­fie­rez-vous alors votre pas­sion pour cet homme qui, le jour du dis­cours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Ger­main, l’ins­ti­tu­teur qui lui per­mit de sor­tir de la pau­vre­té et de la misère de son milieu d’o­ri­gine en deve­nant, par la culture, les livres, l’é­cole, le savoir, celui que l’A­ca­dé­mie sué­doise hono­rait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rap­pelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : « Dans la trans­mis­sion des valeurs et dans l’ap­pren­tis­sage de la dif­fé­rence entre le bien et le mal, l’ins­ti­tu­teur ne pour­ra jamais rem­pla­cer le curé.« Dès lors, c’est à La Prin­cesse de Clèves que Camus doit d’être deve­nu Camus, et non à la Bible.

De même, com­ment jus­ti­fie­rez-vous, Mon­sieur le Pré­sident, vous qui incar­nez la nation, que vous puis­siez osten­si­ble­ment affi­cher tous les signes de l’a­mé­ri­ca­no­phi­lie la plus osten­sible ? Une fois votre tee-shirt de jog­ger affir­mait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d’une sta­tion bal­néaire pré­sen­tée comme très pri­sée par les mil­liar­daires amé­ri­cains, vous pre­niez vos pre­mières vacances de pré­sident aux Etats-Unis sous les objec­tifs des jour­na­listes, ou d’autres fois encore, notam­ment celles au cours des­quelles vous avez fait savoir à George Bush com­bien vous aimiez son Amérique.

Savez-vous qu’Al­bert Camus, sou­vent pré­sen­té par des hémi­plé­giques seule­ment comme un anti­marxiste, était aus­si, et c’est ce qui don­nait son sens à tout son enga­ge­ment, un anti­amé­ri­cain for­ce­né, non pas qu’il n’ait pas aimé le peuple amé­ri­cain, mais il a sou­vent dit sa détes­ta­tion du capi­ta­lisme dans sa forme libé­rale, du triomphe de l’argent roi, de la reli­gion consu­mé­riste, du mar­ché fai­sant la loi par­tout, de l’im­pé­ria­lisme libé­ral impo­sé à la pla­nète qui carac­té­rise presque tou­jours les gou­ver­ne­ments amé­ri­cains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dans Actuelles , demande« une vraie démo­cra­tie popu­laire et ouvrière », la« des­truc­tion impi­toyable des trusts », le « bon­heur des plus humbles d’entre nous » ( Œuvres com­plètes d’Al­bert Camus, Gal­li­mard, « La Pléiade », tome II, p. 517) ?

Et puis, Mon­sieur le Pré­sident, com­ment expli­que­rez-vous que vous puis­siez décla­rer sou­riant devant les camé­ras de télé­vi­sion en juillet 2008 que, « désor­mais, quand il y a une grève en France, plus per­sonne ne s’en aper­çoit », et, en même temps, vou­loir hono­rer un pen­seur qui n’a ces­sé de célé­brer le pou­voir syn­di­cal, la force du génie colé­rique ouvrier, la puis­sance de la reven­di­ca­tion popu­laire ? Car, dans L’Homme révol­té , dans lequel on a pri­vi­lé­gié la cri­tique du tota­li­ta­risme et du mar­xisme-léni­nisme en oubliant la par­tie posi­tive – une per­ver­sion sar­trienne bien ancrée dans l’in­cons­cient col­lec­tif fran­çais… -, il y avait aus­si un éloge des pen­sées anar­chistes fran­çaises, ita­liennes, espa­gnoles, une célé­bra­tion de la Com­mune, et, sur­tout, un vibrant plai­doyer pour le « syn­di­ca­lisme révo­lu­tion­naire » pré­sen­té comme une « pen­sée solaire » (t. III, p. 317).

Est-ce cet Albert Camus qui appelle à « une nou­velle révolte » liber­taire (t. III, p. 322) que vous sou­hai­tez faire entrer au Pan­théon ? Celui qui sou­haite remettre en cause la « forme de la pro­prié­té » dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus liber­taire de 1952 n’est pas une excep­tion, c’est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répon­dant à une revue anar­chiste bré­si­lienne, Recons­truir , affir­mait : « Le pou­voir rend fou celui qui le détient »(t. IV, p. 660). Vou­lez-vous donc hono­rer l’a­nar­chiste, le liber­taire, l’a­mi des syn­di­ca­listes révo­lu­tion­naires, le pen­seur poli­tique affir­mant que le pou­voir trans­forme en Cali­gu­la qui­conque le détient ?

De même, Mon­sieur le Pré­sident, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, par­fois en grande pompe, des chefs d’E­tat qui s’illus­trent dans le meurtre, la dic­ta­ture de masse, l’emprisonnement des oppo­sants, le sou­tien au ter­ro­risme inter­na­tio­nal, la des­truc­tion phy­sique de peuples mino­ri­taires, vous qui aviez, lors de vos dis­cours de can­di­dat, annon­cé la fin de la poli­tique sans foi ni loi, en citant Camus d’ailleurs, com­ment pour­rez-vous conci­lier votre prag­ma­tisme insou­cieux de morale avec le sou­ci camu­sien de ne jamais sépa­rer poli­tique et morale ? En l’oc­cur­rence une morale sou­cieuse de prin­cipes, de ver­tus, de gran­deur, de géné­ro­si­té, de fra­ter­ni­té, de solidarité.

Camus par­lait en effet dans L’Homme révol­té de la néces­si­té de pro­mou­voir un « indi­vi­dua­lisme altruiste » sou­cieux de liber­té autant que de jus­tice. J’é­cris bien : « autant que ». Car, pour Camus, la liber­té sans la jus­tice, c’est la sau­va­ge­rie du plus fort, le triomphe du libé­ra­lisme, la loi des bandes, des tri­bus et des mafias ; la jus­tice sans la liber­té, c’est le règne des camps, des bar­be­lés et des mira­dors. Disons-le autre­ment : la liber­té sans la jus­tice, c’est l’A­mé­rique impo­sant à toute la pla­nète le capi­ta­lisme libé­ral sans états d’âme ; la jus­tice sans la liber­té, c’é­tait l’URSS fai­sant du camp la véri­té du socia­lisme. Camus vou­lait une éco­no­mie libre dans une socié­té juste. Notre socié­té, Mon­sieur le Pré­sident, celle dont vous êtes l’in­car­na­tion sou­ve­raine, n’est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aus­si les plus dépour­vus de liberté.

Les plus humbles, pour les­quels Camus vou­lait que la poli­tique fût faite, ont nom aujourd’­hui ouvriers et chô­meurs, sans-papiers et pré­caires, immi­grés et réfu­giés, sans-logis et sta­giaires sans contrats, femmes domi­nées et mino­ri­tés invi­sibles. Pour eux, il n’est guère ques­tion de liber­té ou de jus­tice… Ces filles et fils, frères et soeurs, des­cen­dants aujourd’­hui des syn­di­ca­listes espa­gnols, des ouvriers venus d’A­frique du Nord, des misé­reux de Kaby­lie, des tra­vailleurs émi­grés magh­ré­bins jadis hono­rés, défen­dus et sou­te­nus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous deman­dé ce qu’au­rait pen­sé Albert Camus de cette poli­tique si peu altruiste et tel­le­ment individualiste ?

Com­ment allez-vous faire, Mon­sieur le Pré­sident, pour ne pas dire dans votre dis­cours de récep­tion au Pan­théon, vous qui êtes allé à Gan­drange dire aux ouvriers que leur usine serait sau­vée, avant qu’elle ne ferme, que Camus écri­vait le 13 décembre 1955 dans un article inti­tu­lé « La condi­tion ouvrière » qu’il fal­lait faire « par­ti­ci­per direc­te­ment le tra­vailleur à la ges­tion et à la répa­ra­tion du reve­nu natio­nal » (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des jour­na­listes repre­nant les deux plus célèbres bio­graphes de Camus pour faire du phi­lo­sophe un social-démocrate…

Car, si Camus a pu par­ti­ci­per au jeu démo­cra­tique par­le­men­taire de façon ponc­tuelle (Men­dès France en 1955 pour don­ner en Algé­rie sa chance à l’in­tel­li­gence contre les par­ti­sans du sang de l’ar­mée conti­nen­tale ou du sang du ter­ro­risme natio­na­liste), c’é­tait par défaut : Albert Camus n’a jamais joué la réforme contre la révo­lu­tion, mais la réforme en atten­dant la révo­lu­tion à laquelle, ces choses sont rare­ment dites, évi­dem­ment, il a tou­jours cru – pour­vu qu’elle soit morale.

Com­ment com­prendre, sinon, qu’il écrive dans L’Ex­press , le 4 juin 1955, que l’i­dée de révo­lu­tion, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrou­ve­ra son sens quand elle aura ces­sé de sou­te­nir le cynisme et l’op­por­tu­nisme des tota­li­ta­rismes du moment et qu’elle « réfor­me­ra son maté­riel idéo­lo­gique et abâ­tar­di par un demi-siècle de com­pro­mis­sions et (que), pour finir, elle met­tra au centre de son élan la pas­sion irré­duc­tible de la liber­té » (t. III, p. 1020) – ce qui dans L’Homme révol­té prend la forme d’une oppo­si­tion entre socia­lisme césa­rien, celui de Sartre, et socia­lisme liber­taire, le sien… Or, doit-on le sou­li­gner, la cri­tique camu­sienne du socia­lisme césa­rien, Mon­sieur le Pré­sident, n’est pas la cri­tique de tout le socia­lisme, loin s’en faut ! Ce socia­lisme liber­taire a été pas­sé sous silence par la droite, on la com­prend, mais aus­si par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspi­ra­tion à l’hé­gé­mo­nie d’un seul.

Dès lors, Mon­sieur le Pré­sident de la Répu­blique, vous avez rai­son, Albert Camus mérite le Pan­théon, même si le Pan­théon est loin, très loin de Tipa­za – la seule tombe qu’il aurait pro­ba­ble­ment échan­gée contre celle de Lour­ma­rin… Mais si vous vou­lez que nous puis­sions croire à la sin­cé­ri­té de votre conver­sion à la gran­deur de Camus, à l’ef­fi­ca­ci­té de son exem­pla­ri­té (n’est-ce pas la fonc­tion répu­bli­caine du Pan­théon ?), il vous fau­dra com­men­cer par vous.

Don­nez-nous en effet l’exemple en nous mon­trant que, comme le Camus qui mérite le Pan­théon, vous pré­fé­rez les ins­ti­tu­teurs aux prêtres pour ensei­gner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du mar­ché fai­sant la loi ; que, comme Camus, vous ne mépri­sez ni les syn­di­ca­listes, ni le syn­di­ca­lisme, ni les grèves, mais qu’au contraire vous comp­tez sur le syn­di­ca­lisme pour incar­ner la véri­té du poli­tique ; que, comme Camus, vous n’en­ten­dez pas mener une poli­tique d’ordre insou­cieuse de jus­tice et de liber­té ; que, comme Camus, vous des­ti­nez l’ac­tion poli­tique à l’a­mé­lio­ra­tion des condi­tions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des dému­nis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous ins­cri­vez votre com­bat dans la logique du socia­lisme libertaire…

A défaut, excu­sez-moi, Mon­sieur le Pré­sident de la Répu­blique, mais je ne croi­rai, avec cette annonce d’un Camus au Pan­théon, qu’à un nou­veau plan de com­mu­ni­ca­tion de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Mon­trez-nous donc que votre lec­ture du phi­lo­sophe n’au­ra pas été oppor­tu­niste, autre­ment dit, qu’elle aura pro­duit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, deve­nez camu­sien. Je vous cer­ti­fie, Mon­sieur le Pré­sident, qu’en agis­sant de la sorte vous vous trou­ve­riez à l’o­ri­gine d’une authen­tique révo­lu­tion qui nous dis­pen­se­rait d’en sou­hai­ter une autre.

Veuillez croire, Mon­sieur le Pré­sident de la Répu­blique, à mes sen­ti­ments res­pec­tueux et néan­moins libertaires.

Michel Onfray

Lettre publiée dans Le Monde du 24 novembre 2009.

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40–0@2–3232,50–1271343,0.html

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Étienne

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15 Commentaires

  1. gilles

    Bon­jour Étienne, je suis content que ce blog reprenne de la vigueur ! À mon avis il est plus facile à un cha­meau de pas­ser par le chas d’une aiguille qu’au pré­sident fran­çais actuel de deve­nir camu­sien. Le pré­sident Lula du Bré­sil aurait plus le pro­fil du pré­sident camu­sien que Michel Onfray sou­haite. Est-il pos­sible dans l’UE d’a­voir comme au Bré­sil un pré­sident ( ancien syn­di­ca­liste ) qui accorde son atten­tion aux plus pauvres ? 

    La Cour de Jus­tice des Com­mu­nau­tés euro­péenne (CJCE), ne vient-elle pas en quelques mois, de nov. 2007 à juin 2008, de rendre quatre juge­ments affir­mant la supé­rio­ri­té des droits des entre­prises sur ceux des salariés ?

    La « construc­tion euro­péenne » agi­rait-elle au nom et dans l’in­té­rêt du peuple, qu’elle dit repré­sen­ter. Est-ce que le peuple a été sol­li­ci­té, pour sa créa­tion en 1957 ?

    Est-ce que le peuple a été sol­li­ci­té pour la nomi­na­tion de ses repré­sen­tants les com­mis­saires européens ?

    Sommes-nous sûrs que l’at­ti­tude de l’homme révol­té pré­co­ni­sée par Albert Camus irait comme un gant au pré­sident actuel ?
    Poser la ques­tion, c’est à mon avis y répondre.

    Réponse
  2. gilles

    Iden­ti­té National-sécuritaire

    Je tape et je mets en ligne l’é­di­to­rial de novembre 2009 de LDH Info de Jean-Pierre DUBOIS, pré­sident de la Ligue des Droits de l’Homme :

    Le minis­tère de l’In­té­rieur a déci­dé de pas­ser en force, face aux élus et aux tra­vailleurs sociaux qui renâclent à appli­quer les dis­po­si­tions contraires aux liber­tés indi­vi­duelles, au secret pro­fes­sion­nel et à la pro­tec­tion de la vie pri­vée de la loi du 5 mars 2007 « rela­tive à la pré­ven­tion de la délinquance ».

    Il l’a annon­cé, le 2 octobre, à Vil­le­neuve-la-Garenne : « Le maire est au coeur de la pré­ven­tion de la délinquance…Il a besoin d’in­for­ma­tions de la part de la police, de la gen­dar­me­rie, du pro­cu­reur, de l’ins­pec­tion d’a­ca­dé­mie ; Il fau­dra les lui don­ner…; les ins­pec­teurs d’a­ca­dé­mie devront se mobi­li­ser pour mieux infor­mer les élus…pour les aider à mettre en place des dis­po­si­tifs qui fonc­tionnent bien. » Voi­là pour l’ex­trac­tion hors de toute com­mu­nau­té péda­go­gique des don­nées conte­nues dans les fichiers « Base-élèves » et Sconet.

    Brice Hor­te­feux pour­suit : « Les conseils géné­raux ont la main sur la pro­tec­tion de l’en­fance et l’ac­tion sociale envers les mineurs et les familles. La pré­ven­tion de la délin­quance doit mobi­li­ser beau­coup plus les pré­si­dents de conseil géné­raux, au moins autant que la pro­tec­tion de l’en­fance. » Voi­là pour pour le trai­te­ment de la jeu­nesse comme groupe social dan­ge­reux, le « au moins autant » indi­quant clai­re­ment où sont les arbi­trages du gou­ver­ne­ment entre la « pro­tec­tion » et la « surveillance ».

    « Le déploie­ment de la vidéo-pro­tec­tion sera la pre­mière prio­ri­té…, les col­lèges, les lycées, les grands ensembles, les trans­ports, les com­merces et les entre­prises. » Où l’on voit com­ment le voca­bu­laire gou­ver­ne­men­tal dis­si­mule la sur­veillance sous la « pro­tec­tion » lors­qu’il s’a­git de qua­driller le ter­ri­toire de camé­ras. Nous ne sommes pas dupes, sou­hai­tons que per­sonne ne le soit.

    Il faut « rap­pe­ler les familles à leurs devoirs…, l’a­mé­lio­ra­tion des échanges d’in­for­ma­tions sur les per­sonnes faci­li­te­ra le repé­rage ». Voi­là une « feuille de route » pour la redé­fi­ni­tion du rôle des tra­vailleurs sociaux et de la déon­to­lo­gie de leur profession.

    Enfin, le ministre se demande « com­ment l’É­tat peut se sub­sti­tuer aux élus locaux défaillants »… Et il répond : « Il me semble impor­tant de réflé­chir aux moyens de ren­for­cer la capa­ci­té d’ac­tion des pré­fets, et des maires dans cer­tains cas, quand un élu local, au niveau com­mu­nal ou dépar­te­men­tal, refuse par prin­cipe d’ap­pli­quer la loi ou n’en prend pas les moyens… nous étu­dions en prio­ri­té la mise en place d’un dis­po­si­tif qui per­met­tra au pré­fet de se sub­sti­tuer au maire défaillant pour ins­tal­ler les camé­ras. Voi­là pour faire com­prendre aux élus locaux ce qui attend ceux qui ose­raient déci­der libre­ment de l’af­fec­ta­tion des moyens de leurs col­lec­ti­vi­tés, et aus­si pour faire savoir à ceux qui mon­te­raient dans le train de la « vidéo-pro­tec­tion » (sic) le pro­jet de socié­té auquel ils collaboreraient.

    Car une autre ins­truc­tion est envoyée en même temps aux pré­fets par le digne suc­ces­seur de Brice Hor­te­feux à la défense de l’i­den­ti­té natio­nale contre l’im­mi­gra­tion. Court extrait du « Guide pour la conduite des débats locaux », pour mettre en ordre « l’i­den­ti­té natio­nale » : « Com­ment évi­ter l’ar­ri­vée sur notre ter­ri­toire d’é­tran­gers en situa­tion irré­gu­lière, aux condi­tions de vie pré­caires géné­ra­trices de désordres divers (tra­vail clan­des­tin, délinquance) » ?

    La boucle de la lepe­ni­sa­tion des esprits gou­ver­ne­men­taux est ain­si bou­clée : étran­gers, sans-papiers, délin­quants… D’où la néces­si­té de ficher, de sur­veiller, de fil­mer, de dénon­cer et de se sub­sti­tuer aux élus qui auraient une autre vision de ce qu’est la République.

    « Urgence pour les liber­tés, urgence pour les droits » ? Urgence de construire, en effet, un autre ave­nir fait de liber­té, d’é­ga­li­té et de fra­ter­ni­té. Oui, urgence !

    Fin de citation

    Réponse
  3. Alain

    « Pour une Europe pour le peuple et par le peuple,
    (.……)

    « Nous ne per­met­trons jamais que ce relais soit inter­rom­pu, même si der­rière la construc­tion de cette Europe appa­raissent par­fois d’é­tranges sil­houettes mas­quées res­sem­blant à IG Far­ben Auschwitz.

    La consti­tu­tion des citoyens d’Europe

    Les droits les plus fon­da­men­taux de l’homme sont les droits à la san­té et à la vie. Ces droits ne sont pas seule­ment mena­cés par des conflits armés mais éga­le­ment par les inté­rêts cor­po­ra­tistes et leur ten­dance de plus en plus impor­tante à exploi­ter le corps et l’in­tel­li­gence humains en les consi­dé­rant comme leur pro­prié­té exclu­sive source de profits.
    Nous pro­cla­mons par consé­quent, pour tout Euro­péen des droits comme inaliénables :

    Le droit à la santé

    Notre san­té comme notre corps consti­tuent les biens les plus pré­cieux dont nous dis­po­sons. Ils ne peuvent en aucun cas être sou­mis à aucune exploi­ta­tion pos­sible ni consi­dé­rés comme un mar­ché pour les pro­duits bre­ve­tés ou sou­mis à toute autre forme de com­mer­cia­li­sa­tion. L’ex­pan­sion des mala­dies consi­dé­rée comme un mar­ché pour les médi­ca­ments est inconstitutionnelle.

    Tout sys­tème de san­té basé sur ces prin­cipes et assu­rant leur pro­mo­tion doit être proscrit.

    Le droit à la vie

    Le génome humain consi­dé­ré comme le fil d’A­riane de la vie et le prin­cipe bio­lo­gique de la vie appar­tiennent à l’hu­ma­ni­té. Tout effort visant à s’ac­ca­pa­rer du code géné­tique avec comme objec­tif de trans­for­mer, vendre et mani­pu­ler tout ou par­tie du corps humain pour faire du béné­fice est incons­ti­tu­tion­nel et par consé­quent prohibé.

    Le droit à une ali­men­ta­tion naturelle

    L’in­for­ma­tion géné­tique des plantes et ali­ments exis­tants dans nos champs et jar­dins depuis des mil­lé­naires appar­tient à l’hu­ma­ni­té entière. Toute mani­pu­la­tion et alté­ra­tion du code géné­tique des plantes avec comme objec­tif d’en faire des pro­duits bre­ve­tés condui­sant ain­si à la créa­tion d’un mar­ché mono­po­lis­tique fait cou­rir à nos ali­ments le dan­ger de tom­ber sous le contrôle des inté­rêts cor­po­ra­tistes. Comme pour la san­té et la vie, le carac­tère mono­po­lis­tique des ali­ments condui­rait à la mise sous contrôle de la socié­té toute entière.

    Une telle acti­vi­té est anticonstitutionnelle

    La rai­son pour laquelle ces droits fon­da­men­taux de l’homme ne sont pas encore uni­ver­sel­le­ment accep­tés et appli­qués vient du prin­cipe du bre­ve­tage. Le prin­cipe du bre­ve­tage est l’ins­tru­ment éco­no­mique des­ti­né a récu­pé­rer les inves­tis­se­ments consen­tis pour des indus­tries entières, celles tou­chant direc­te­ment la san­té et la vie humaine incluses.

    La vie n’est pas brevetable

    Afin d’ap­pli­quer le prin­cipe de la pro­tec­tion de la san­té et de la vie de l’ac­tuelle et futures géné­ra­tions d’Eu­ro­péens, les bre­vets dans les domaines de la san­té, la vie, l’a­li­men­ta­tion sont décla­rés anticonstitutionnels.

    Nous fai­sons un appel aux citoyens d’Eu­rope qui liront cette CONSTITUTION DES CITOYENS D’EUROPE de la sou­te­nir par leur signatures.

    UNE IDÉE DE L’EUROPE POUR LE PEUPLE ET PAR LE PEUPLE

    Cette consti­tu­tion consti­tue la pierre angu­laire des droits fon­da­men­taux de l’homme à tra­vers l’Eu­rope, droits incluant un envi­ron­ne­ment sain, le res­pect de la digni­té humaine et la pro­tec­tion des valeurs sociales.

    Nous fai­sons cet appel aux citoyens d’Eu­rope. Ils ont été les vrais gar­diens du sou­ve­nir, en conser­vant la mémoire his­to­rique à tra­vers les géné­ra­tions et conti­nue­ront le relais du sou­ve­nir et le relais de la vie. »

    Signé

    SURVIVANTS D’AUSCHWITZ En col­la­bo­ra­tion avec LES GARDIENS DU SOUVENIR

    Réponse
  4. Alain

    J’ai déci­dé depuis « l’autre jour » de relire Camus, car :

    « …il vient tou­jours une heure dans l’his­toire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort.
    La ques­tion est de savoir si oui ou non deux et deux font quatre »…

    « Pour ceux de nos conci­toyens qui ris­quaient alors leur vie, ils avaient à déci­der si oui ou non ils étaient dans la peste, et si oui ou non il fal­lait lut­ter contre elle ».

    …donc, oui, il est temps de relire Camus !

    Réponse
  5. Alain

    Troi­siè­me­ment en bref :
    Cita­tion du jour piquée dans l’Huma :
    « le plus grand de tous les pro­jets est celui de prendre un par­ti » (Vau­ve­nargues).

    Réponse
  6. Alain

    Qua­triè­me­ment :

    APPEL A RESISTER CONTRE LE COUP D’ETAT DE
    yzo­kraS salociNonfou :

    « pour se sou­ve­nir de l’a­ve­nir »(Ara­gon)

    Appel du 9 décembre 2009, 220è anni­ver­saire de la créa­tion des dépar­te­ments et des muni­ci­pa­li­tés pour don­ner le pou­voir aux citoyens, contre la casse des dépar­te­ments et des com­munes déci­dée par le monarque pour reti­rer le pou­voir aux citoyens.

    Cet appel est lan­cé par :

    LE COMITE DES CITOYENS DE LA MODERNITE

    signa­ture à envoyer à : « [email protected] »

    …car « oui, la réforme Sar­ko­zy ne se dis­cute pas, elle se combat ! »

    Réponse
  7. concombre masqué

    Les faux débats, enfu­mages, leurres iden­ti­taires : une iden­ti­té sans souveraineté ?

    Loin de répondre à un seul objec­tif élec­to­ral de court terme, le débat qu’a lan­cé le gou­ver­ne­ment sur l’« iden­ti­té natio­nale » vise à confondre cette notion, floue et ambi­guë, avec le concept poli­tique de sou­ve­rai­ne­té, au moment même où cette der­nière est plus que jamais mena­cée par le dit trai­té de Lis­bonne. Cela s’inscrit en outre dans le contexte de la pro­mo­tion idéo­lo­gique du couple identité/diversité, qui tente d’occulter voire de dis­qua­li­fier les luttes sociales au pro­fit de leurres sociétaux.

    Bref retour en arrière : le 4 février 2008, une très large majo­ri­té de par­le­men­taires rati­fie le dit trai­té de Lis­bonne. Ce fai­sant, ils annulent le ver­dict des citoyens expri­mé lors du réfé­ren­dum de mai 2005, pié­ti­nant de fait la sou­ve­rai­ne­té du peuple qui figure pour­tant en tête du bloc consti­tu­tion­nel natio­nal. Dans le même temps, ils pré­parent la voie à la mise en œuvre d’un texte qui, notam­ment, étend consi­dé­ra­ble­ment les domaines dans les­quels les déci­sions euro­péennes sont cen­sées s’imposer, fût-ce contre la volon­té nationale.

    Dès lors, voir le monde poli­ti­co-média­tique s’in­ter­ro­ger sur « l’i­den­ti­té natio­nale » relève pour le moins du para­doxe – en tout cas en appa­rence. La tra­di­tion poli­tique d’indépendance de la France ne consti­tue­rait donc pas un pan essen­tiel de cette « iden­ti­té » ? Ceux-là même qui, dans leurs actes, font bon mar­ché de cet héri­tage dis­courent sur l’urgence de le pré­ser­ver. Sans doute ne sou­haitent-ils en réa­li­té rete­nir que les aspects qui leur conviennent. Lorsqu’ils insistent sur le dra­peau ou l’hymne, ils révèlent la vision étri­quée et folk­lo­rique qu’ils se font du patrio­tisme. Ils vou­draient en somme que les Fran­çais aiment et sou­tiennent leur pays à la manière des sup­por­ters de foot avec leur équipe pré­fé­rée. Ain­si, pour le pré­sident des dépu­tés UMP, Jean-Fran­çois Copé, « le débat sur l’identité natio­nale, c’est ce qui doit nous per­mettre de retrou­ver notre men­tal, comme on dit en sport » (2). Il juge par ailleurs que l’i­den­ti­té natio­nale sera « un thème struc­tu­rant pour les dix années à venir » (3).

    Or la « fier­té d’être Fran­çais » ne se décrète pas. Tout se passe comme si le débat sur « l’identité fran­çaise » avait été conçu comme un point de fixa­tion, afin de détour­ner l’attention des sujets fâcheux comme la crise, le ren­floue­ment des banques, les délo­ca­li­sa­tions, le chô­mage, etc. La France poli­tique se voit ampu­tée de ses liber­tés les plus essen­tielles par l’intégration euro­péenne, la nation est dépos­sé­dée de son patri­moine (ser­vices publics, indus­tries natio­nales, etc.), et l’État de sa capa­ci­té d’intervention – mais, ras­su­rons-nous, nous avons une « iden­ti­té » à « valoriser »…

    L’at­ta­che­ment émo­tion­nel à sa patrie n’est pas condam­nable a prio­ri, mais s’il s’agit d’une nos­tal­gie fruste, sans sou­ci d’indépendance poli­tique et de pro­grès social, c’est un vain passe-temps. Plus exac­te­ment, les par­rains du débat entendent faire fonc­tion­ner cet atta­che­ment comme un leurre : ten­ter de com­pen­ser une perte de liber­té bien réelle par une démons­tra­tion indé­cente de fier­té. Car faire de l’exhibitionnisme avec l’« iden­ti­té natio­nale » ne per­met­tra pas de recou­vrer une once de sou­ve­rai­ne­té. De la même façon que les célé­bra­tions aus­si vagues qu’en­thou­siastes de la « diver­si­té » et du « métis­sage » relèvent d’une concep­tion eth­ni­ciste de la socié­té, les élans ani­més par une nos­tal­gie qui n’engage à rien sont dan­ge­reux en ce sens qu’ils brouillent les cartes.

    Accom­pa­gne­ment de la mondialisation

    On peut du reste s’interroger : pour­quoi les concepts de « diver­si­té » et d’ « iden­ti­té » enva­hissent-ils ain­si les dis­cours ? Un auteur ration­nel s’est frot­té à ce sujet. Dans son ouvrage La diver­si­té contre l’é­ga­li­té (4), Wal­ter Benn Michaels ana­lyse l’in­croyable escro­que­rie poli­tique et intel­lec­tuelle que repré­sente ce que l’on pour­rait appe­ler l’i­déo­lo­gie (et l’imagerie) de la diver­si­té. Michaels montre bien que l’ob­ses­sion contem­po­raine pour ces concep­tions eth­ni­co-cutu­relles n’est ni ano­dine ni inno­cente. Si les diri­geants poli­tiques, éco­no­miques et média­tiques font de la diver­si­té un « pro­gramme de jus­tice sociale », comme il l’écrit, c’est pour que l’ordre néo­li­bé­ral soit main­te­nu coûte que coûte. Nous avons affaire à une idéo­lo­gie d’accompagnement de la mondialisation.

    Selon Michaels, « à mesure que la ques­tion de l’i­den­ti­té natio­nale affer­mit son emprise sur la vie intel­lec­tuelle fran­çaise – qu’on la pro­meuve (le pré­sident de la Répu­blique) ou qu’on la com­batte (les « Indi­gènes » de la Répu­blique) – on s’a­per­çoit que sa fonc­tion prin­ci­pale consiste à faci­li­ter, en le mas­quant, l’ac­crois­se­ment des inéga­li­tés qui carac­té­rise le néo­li­bé­ra­lisme à tra­vers le monde. » En somme, selon les « diver­si­taires » de droite comme de gauche, il faut que tout change pour que rien ne change. La Diver­si­té contre l’é­ga­li­té entend mon­trer que l’i­déo­lo­gie de la diver­si­té, copieu­se­ment relayée par les médias et les forces du mar­ché, sert à divi­ser les citoyens (par la concur­rence des « iden­ti­tés ») et à faire diver­sion afin que les véri­tables luttes sociales soient étouf­fées sous les reven­di­ca­tions « socié­tales ». En effet, il vaut mieux prê­cher la « diver­si­té » – inof­fen­sive éco­no­mi­que­ment, voire lucra­tive – que l’é­ga­li­té ou une meilleure répar­ti­tion des richesses.

    Ce qu’il est conve­nu de nom­mer la classe poli­tique, toutes ten­dances confon­dues, maî­trise par­fai­te­ment l’art de poser des ques­tions dont les réponses sont déter­mi­nées à l’avance. Comme sur bien d’autres sujets, on fait mine de s’interroger (« quelle Europe vou­lons-nous ? », « qu’est-ce que l’i­den­ti­té natio­nale ? », etc.), on orga­nise des paro­dies de débat, comme s’il y avait vrai­ment une inten­tion de débattre de quoi que ce soit, a for­tio­ri de prendre en compte la volon­té popu­laire. La néga­tion du vote du 29 mai 2005 a don­né la mesure de cet esprit d’ouverture démocratique.

    Le « grand débat » risque bien de s’avérer un théâtre d’ombres : tout et son contraire sera dit, pen­dant que les pro­ces­sus réels en cours se pour­sui­vront hors des feux de l’actualité. Ce que l’on pour­rait qua­li­fier de sys­tème post-démo­cra­tique mul­ti­plie ain­si ce type de mises en scène pour entre­te­nir l’illusion de « démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive ». S’interroger sur l’identité ne coûte rien, l’ordre éta­bli pour­rait même en sor­tir conso­li­dé : les médias et les par­tis ins­tal­lés font de l’éducation au fata­lisme – notam­ment sur la mon­dia­li­sa­tion – pen­dant que les puis­sances d’argent accroissent leur influence aux dépens des droits poli­tiques et sociaux légi­times des citoyens.

    L’opportunisme et la dupli­ci­té semblent donc devoir consti­tuer le fil rouge de cette consul­ta­tion en trompe l’œil. Quitte à débattre d’identité, poli­tique cette fois, pour­quoi ne pas envi­sa­ger l’opportunité d’une sor­tie de l’Union européenne ? 

    _____________

    (2) Lors d’une confé­rence de presse, le 3 novembre.

    (3) Sur le site Inter­net consa­cré au débat, le 3 novembre. 

    (4) Publié aux édi­tions Rai­sons d’Agir en 2009. Wal­ter Benn Michaels est pro­fes­seur de lit­té­ra­ture à l’u­ni­ver­si­té de l’Illi­nois à Chicago.

    Réponse
  8. Catherine

    Camus est de la race des hommes forts et nobles dont nous man­quons furieu­se­ment aujourd’hui.

    Mais je suis presque sûre qu’en tout homme, il y a pareil germe, il faut « juste » offrir les condi­tions d’une bonne ger­mi­na­tion, enle­ver les mau­vaises herbes étouf­fantes, enri­chir la terre de riches nutri­ments, aérer le ter­rain, biner juste ce qu’il faut, arroser…

    J »ai lu Cali­gu­la dimanche dernier…

    Quelques petites phrases que j’ai notées sur une fiche bris­tol, his­toire de me remé­mo­rer ce très beau texte, je les offre à ceux que ça intéresse !

    Héli­con : « tu sais bien que je ne pense jamais, je suis bien trop intel­li­gent pour ça ! »

     » Et qu’est-ce donc que cette véri­té, Caïus ?
    Les hommes meurent et ne sont pas heureux.

    Allons, Caïus, c’est une véri­té dont on s’ar­range très bien. Regarde autour de toi. Ce n’est pas cela qui les empêche de déjeuner.

    Alors c’est que tout autour de moi, tout est men­songe et moi je veux qu’on vive dans la véri­té. Et jus­te­ment, j’ai les moyens de les faire vivre dans la véri­té. Car je sais ce qui leur manque Héli­con. Ils sont pri­vés de la connais­sance et il manque un pro­fes­seur qui sache ce dont il parle.

    …

    Cali­gu­la : Notez d’ailleurs qu’il n’est pas plus immo­ral de voler direc­te­ment les citoyens que de glis­ser des taxes indi­rectes dans les prix des den­rées dont ils ne peuvent se passer.

    Gou­ver­ner, c’est voler, tout le monde le sait. Mais il y a la manière. Pour moi, je vole­rai fran­che­ment, ça vous chan­ge­ra du gagne-petit. Le pou­voir donne des chances à l’impossible .

    Je n’aime pas les lit­té­ra­teurs et je ne peux sup­por­ter leurs men­songes. Ils parlent pour ne pas s’é­cou­ter. S’ils s’é­cou­taient, ils sau­raient qu’ils ne sont rien et ne pour­raient plus par­ler. Allez, rom­pez. J’ai hor­reur des faux-témoins.

    Allons, allons, un peu d’ap­pli­ca­tion. De la méthode, sur­tout de la méthode. Ils ont per­du la main, il me semble. A vrai dire, ils ne l’ont jamais eue sinon pour frap­per ou com­man­der. Il fau­dra patien­ter, voi­là tout. Il faut un jour pour faire un séna­teur et dix ans pour faire un tra­vailleur. Mais j’ai bien peur qu’il en faille 20 pour faire un tra­vailleur d’un sénateur.

    Tout dis­pa­rait devant la peur. Ce beau sen­ti­ment sans alliage.

    La soli­tude, tu la connais, toi ? La soli­tude. Celle des poètes et des impuis­sants. La soli­tude mais laquelle ?
    Ah, tu ne sais pas que seul, on ne l’est jamais !
    Et que par­tout le même poids d’a­ve­nir et de pas­sé nous accom­pagne … Mais ceux qu’on a aimés( les êtres) les regrets, le désir, l’a­mer­tume, et la dou­ceur, les putains et la clique des Dieux. Ah- si du moins au lieu de cette soli­tude empoi­son­née de pré­sences qui est la mienne je pou­vais goû­ter la vraie- le silence- et le trem­ble­ment d’un arbre. La soli­tude, mais non. Elle est peu­plée de grin­ce­ments de dents et de cla­meurs perdues.

    Crois-tu que deux hommes dont l’âme et la fier­té sont égales peuvent au moins une fois dans leur vie se par­ler de tout leur coeur- comme s’ils étaient nus l’un devant l’autre- dis­po­nibles des pré­ju­gés, des inté­rêts par­ti­cu­liers et des men­songes dont ils vivent ?

    Je pense que cela est pos­sible mais que tu en es inca­pable. Tu as rai­son, je vou­lais seule­ment savoir si tu pen­sais comme moi. Cou­vrons-nous de masques. Uti­li­sons nos men­songes. Par­lons comme on se bat, cou­verts jus­qu’à la garde.

    Pour­quoi ne m’aimes-tu pas ? Parce que je te com­prends trop bien et qu’on ne peut aimer celui de ses visages qu’on essaie de mas­quer en soi.

    On croit qu’un homme souffre parce que l’être qu’il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souf­france est moins futile. C’est de s’a­per­ce­voir que le cha­grin non plus ne dure pas. Même la dou­leur est pri­vée de sens. Je sais que rien ne dure…

    Mais cela ne fait rien, la peur non plus ne dure pas.

    Que les puristes ne m’en veuillent pas trop,c’est juste pour don­ner le goût de Camus, j’es­père que je ne fais pas pire que mieux en fai­sant cela, si c’é­tait le cas, il fau­drait jeter ce mes­sage vite fait à la pou­belle Etienne sans scru­pule et sans me deman­der mon avis, ce sont des phrases qui m’ont accro­ché lors de ma lec­ture, écrites de ci de là sur une fiche pour gar­der une trace, pas tou­jours en lien exact avec le texte, juste en lien avec ce que je suis et ce qui résonne en moi.

    Réponse
  9. Catherine

    Il est très inté­res­sant votre mes­sage concombre mas­qué, je ne l’a­vais pas encore lu, je viens de le décou­vrir à l’instant.

    Il faut que tout change pour que rien ne change, je crois que c’est le prince de Sali­na qui dit cela dans le roman de Lam­pe­du­sa  » Le gué­pard » , et c’est bien là qu’o­pèrent les par­tis poli­tiques un peu bête­ment il faut bien le dire, dans cet espace là du chan­ge­ment, mais c’est tou­jours un chan­ge­ment en sur­face, jamais en pro­fon­deur. Ils accom­pagnent les dits par­tis mais ne mettent pas au monde de nou­velles struc­tures, qui elles seules seraient à même d’of­frir un autre ordre, et donc ser­vir d’autres intérêts.

    Je vais faire un détour par le sym­bo­lisme, j’es­père que ça ne gêne­ra per­sonne, à vrai dire ceux qui seront gênés ne liront pas, pas plus com­pli­qué que ça, j’en­lève donc mes complexes.

    Le sym­bo­lisme de la roue justement,qui est une seule et même réa­li­té me parle. Immo­bi­li­té abso­lue en son centre et abso­lu mou­ve­ment en péri­phé­rie . Loin de s’ex­clure ou de se faire des com­pro­mis, ils expriment l’un et l’autre, simul­ta­né­ment et tota­le­ment, la cir­cu­la­tion de l’in­for­ma­tion qui per­met à la roue de fonc­tion­ner en tant que roue.

    Moi, ça me fait pen­ser à l’éner­gie et je crois que c’est ce que veut dire ce sym­bole, mais je ne suis pas sûre.

    L’éner­gie se trouve sous deux formes :

    l’éner­gie ciné­tique, qui est celle du mou­ve­ment, pro­por­tion­nelle à cer­tains para­mètres ( que les spé­cia­listes me reprennent sur­tout sans scru­pule si je dis de grosses bêtises, au contraire ça me ren­dra ser­vice car je com­pren­drai peut-être mieux cer­taines choses) et l’éner­gie poten­tielle qui peut être uti­li­sée pour pro­duire de l’éner­gie cinétique.

    L’éner­gie poten­tielle accom­pagne l’ordre ( tra­vaux de Boltz­mann, Max­well, Gibbs) ce sont les struc­tures, l’éner­gie ciné­tique, le dyna­misme accom­pagne le désordre, grâce aux tra­vaux des per­sonnes sus-citées on sait que l’éner­gie poten­tielle est plus char­gée d’in­for­ma­tion que l’éner­gie cinétique.

    Si l’on fait une ana­lo­gie main­te­nant avec nos sys­tèmes sociaux, les struc­tures = les bases orga­ni­sa­tion­nelles= éner­gie potentielle.

    Elles sont char­gées en infor­ma­tion, c’est l’axe, le pilier, la colonne ver­té­brale de l’or­ga­nisme social. Il n’a donc pas inté­rêt à chan­ger cet axe, car c’est lui qui com­pose tous les rap­ports sous-jacents, il ne doit donc jamais être mis en cause, res­ter sta­tique pour ser­vir les inté­rêts de ceux qui l’ont mis en place.

    Pour ne pas le mettre en cause, il faut faire diver­sion, ame­ner l’in­té­rêt ailleurs et faire croire qu’en chan­geant en super­fi­cie, on change quelque chose du système.

    En fait, si on obéit à cette loi tota­le­ment illu­soire du pseu­do-chan­ge­ment , il faut donc que tout change pour que rien ne change, ain­si il y aura illu­sion de chan­ge­ment sans qu’au­cun chan­ge­ment réel n’ad­vienne, et c’est alors gagnant-gagnant pour les tenants du pouvoir.

    Retour à la phrase de Sali­na, je la com­prends comme cela pour ma part.

    Réponse
  10. EFFAB

    Évi­dem­ment, cette lettre de Michel ONFRAY adres­sé à Nico­las Sar­ko­zy se passe de tout commentaire_ou com­ment remettre à sa place celui qui usurpe la réa­li­té et pré­tend une éthique et des ver­tus qui ne sont pas les siennes.

    Michel ONFRAY est encore trop poli en lui don­nant du Mon­sieur le Pré­sident, un simple mon­sieur aurait suf­fi ; j’ose espé­rer qu’il en a pris conscience depuis comme il est de notre res­sort et de notre légi­ti­mi­té d’ou­blier enfin tous ces titres et ces charges qui ne font que spo­lier la puis­sance publique au détri­ment de l’in­té­rêt com­mu­nau­taire et de la liber­té indi­vi­duelle. Bref, exit cette Elite qui nous oblige et nous condi­tionne à un point dont beau­coup n’ont pas idée, les sœurs jumelles et les jolies traî­nées blanches cachant bien d’autres choses.

    Je suis en train de lire L’ordre liber­taire – La vie phi­lo­so­phique d’Al­bert Camus, de Michel ONFRAY… évi­dem­ment, à mes yeux, c’est bien là un de nos plus grands intel­lec­tuels du moment qui nous parle sans détours d’un des plus grands pen­seurs du XXème siècle, et nous sommes bien ici au coeur de toutes Causes et conséquences.
    _

    Ce qui n’a rien à voir mais qui m’in­ter­pelle, Stan­ley KUBRICK peut-être éga­le­ment, à sa façon, un don­neur d’a­lerte, du moins, un éclai­reur… lui qui, jus­te­ment, avait à ce point ce sou­cis du détail et bon éclairage…

    Déco­dage du film de Kubrick « Eyes Wide Shut » (1ère partie)

    Après Mary­lin Mon­roe, Vigi­lant Citi­zen retourne au déco­dage ciné­ma­to­gra­phique avec l’ul­time film réa­li­sé par Stan­ley Kubrick (1928−1999), auteur de 13 longs métrages dont 2001 l’o­dys­sée de l’es­pace, Orange Méca­nique, Bar­ry Lyn­don, The Shi­ning, Full Metal Jacket.

    Il y aura deux autres par­ties après celle-ci. À l’heure où je publie, la troi­sième par­tie n’a pas encore été publiée sur VC.

    @ © Vigi­lant Citi­zen, tra­duc­tion par le Bis­tro Bar Blog, le 8 Juillet 2013

    @ http://www.planete-revelations.com/t13507-decodage-du-film-de-kubrick-eyes-wide-shut-partie‑1–2#143421

    @ http://vigilantcitizen.com/moviesandtv/the-hidden-and-not-so-hidden-messages-in-stanley-kubriks-eyes-wide-shut-pt‑i/#idc-container
    (anglais)

    Réponse
  11. EFFAB

    Cette approche démo­cra­tique de la culture et de la philosophie…

    ETIENNE, je ne vous apprends rien là et j’i­gnore si cette vidéo a déjà été pos­té ici, mais ces petits rap­pels ou ces petites pépites à côté des­quelles on pass par­fois, sans par­ler de tous les nou­veaux visi­teurs…

    Je me per­mets aus­si cet autre lien, lui alors com­plè­te­ment hors-sujet !! juste une pépite sub­jec­tive ciné­ma­to­gra­phique, l’oc­ca­sion de por­ter à connais­sance ce film où la sen­sua­li­té et la spi­ri­tua­li­té, pour faire bref, sont décli­nées ici de façon ori­gi­nale dans cette approche quelque peu exo­tique et car­ré­ment tibétaine !

    Je suis tom­bé hier sur cette vidéo sur le net, un film que j’a­vais vu à sa sor­tie, sur grand écran.

    BOB la fraise mais ce minus­cule virus

    Réponse
  12. EFFAB

    Quel andouille ! j’ai oublié le deuxième lien… 

    Réponse
  13. nom ou pseudo

    Bon, allez, on peut aller se cou­cher, c’est du réchauffé!!!

    Réponse
  14. EFFAB

    Du réchauf­fé ? tu y vas un peu fort !!! quand rien de tout ceci n’est plus actuel et plus révo­lu­tion­naire ! ou c’est faire peu de cas de toutes ces consciences endor­mies ou mal aiguillées qui n’ont pas pris connais­sance encore et mesure de toutes ces réa­li­tés, de tout ce poten­tiel, de tout ce bouillon liber­taire et démocratique…

    Mais dis-moi, en admet­tant que je t’im­por­tune et bla­blate à lon­gueur de temps, pro­pose-moi alors quelque solu­tion concrète et je ver­rai avec toi si cela tient ou non la route.

    Pour­quoi ce ‘ou’, nom-pseu­do, tout sim­ple­ment, car il n’y a pas à choi­sir là où il n’y a que paradoxe_la vie n’é­tant que paradoxe.

    Bonne soi­rée

    Réponse
  15. EFFAB

    Cette démarche citoyenne se veut mul­tiple dans la forme, ces ate­liers d’é­cri­ture, de débats, cette décen­tra­li­sa­tion, à savoir, autant cette réap­pro­pria­tion du tis­su socio-éco­no­mique au sein de la com­mune et des ter­roirs, des pays (dans son ancienne acception)_mais ce juste équi­libre dans son approche et sa réa­li­sa­tion, cette dimen­sion plus humaine et plus acces­sible à cha­cun du poli­tique (la chose publique) et du par­tage (cette inter­ac­ti­vi­té vitale et quo­ti­dienne)… ce sont là ces pos­tu­lats démo­cra­tiques fondamentaux.

    Mais tout cela ne peut exis­ter et prendre sens que dans cette idée com­mune de cet idéal poli­tique, cette conscience à acqué­rir, cette éman­ci­pa­tion de tous les jours… bref, à tous les tirages au sort indis­pen­sables et construc­teurs d’a­ve­nirs et de pro­jets, il faut gar­der constam­ment à l’es­prit cette uto­pie et cette liber­té à atteindre. En clair, nous nous devons cette pro­fon­deur de conscience autant que ce prag­ma­tisme au quotodien.

    BOB & petitbouddha

    Réponse

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