« L’argent, mode d’emploi » : un commentaire, par André-Jacques Holbecq

30/11/2009 | 84 commentaires

Bon­jour à tous.

Après six mois pas­sés sans publier un billet (ni actua­li­ser ma page de ‘Liens’, signe de décou­ra­ge­ment pro­fond, inédit depuis cinq ans), c’est avec plai­sir que j’ac­cueille ici la réflexion d’un homme qui est deve­nu un ami cher : André-Jacques Hol­becq a pré­pa­ré un com­men­taire très inté­res­sant au récent livre de Paul Jorion, « L’argent, mode d’emploi », com­men­taire qui tâche de rap­pro­cher les points de vue après dix-huit mois de riches débats sur le blog de Paul, et de cla­ri­fier les points qui res­tent en controverse.

Paul n’a pas accep­té de publier ce com­men­taire en billet invi­té. Pour­tant, cette réflexion, je trouve, avait sa place chez Paul car de nom­breux lec­teurs y sont aguer­ris aux dis­cus­sions moné­taires, et aus­si parce que c’est dans la contro­verse que tout le monde pro­gresse, pas dans le consen­sus (sur­tout contraint…). Mais Paul semble fati­gué de ce débat et refuse de plus en plus de contri­bu­tions sur ce sujet qu’il estime épuisé.

C’est dom­mage, mais nous n’y pou­vons rien.

Par contre, nous pou­vons publier chez nous ce que bon nous semble, et je sou­mets donc au feu de votre cri­tique cette syn­thèse inté­res­sante d’André-Jacques.

Ne ratez pas l’exemple du petit ban­quier direc­teur d’a­gence, et le point de vue des employés de chaque banque : c’est une très utile expli­ca­tion pour com­prendre la contro­verse avec les pro­fes­sion­nels de la finance comme Paul. Les coups de sur­li­gneur sont de moi, comme d’habitude 😉

André-Jacques, je te laisse la parole :o)

Étienne.

« L’argent, mode d’emploi » : un com­men­taire, par A‑J Holbecq

Comme sans doute beau­coup de lec­teurs du blog de Paul Jorion, j’ai ter­mi­né la lec­ture de « L’argent, mode d’emploi », et j’au­rais aimé que Paul me per­mette de m’ex­pri­mer dans un billet invi­té. Il m’a dit qu’il n’en a pas le temps, dont acte. Mais comme Étienne m’a gen­ti­ment pro­po­sé de publier cette réflexion sur son propre blog, c’est ce que je vous pro­pose aujourd’hui.

Il est indé­niable que beau­coup de points nous rap­prochent, Paul Jorion et moi. Par exemple, pour ne prendre qu’eux, nos ana­lyses sur la spé­cu­la­tion, l’in­té­rêt et les para­dis fiscaux.

Néan­moins, deux points impor­tants nous séparent encore, et je vais ten­ter de m’ex­pli­quer sur les deux : nous mettre d’ac­cord sur ceux-ci per­met­trait d’ef­fa­cer beau­coup d’in­com­pré­hen­sions mutuelles, mais sur­tout de mieux œuvrer pour le bien commun.

1 – Sur la mon­naie (ou l’argent, appe­lons-les comme nous vou­lons), nos défi­ni­tions sont évi­dem­ment différentes

Le « sys­tème ban­caire » consi­dère la mon­naie fidu­ciaire et la mon­naie scrip­tu­rale (peut-on les appe­ler argent fidu­ciaire ou argent scrip­tu­ral ?), ain­si que les masses moné­taires de la plus liquide (M1 ; mon­naie fidu­ciaire + dépôts à vue) à la moins liquide (M3), « pla­cée » jus­qu’à 24 mois.

Mais on peut se deman­der : « pour­quoi pas à 2 ans et 1 jour ? »

Sim­ple­ment parce qu’il faut bien une limite. Au des­sus de cette limite, et éga­le­ment en ce qui concerne d’autres actifs, les pla­ce­ments ne sont plus consi­dé­rés comme de la mon­naie mais comme de l’épargne.

Pour ma part, et bien que n’é­tant glo­ba­le­ment pas d’ac­cord avec ces actuelles défi­ni­tions de ce qu’est la mon­naie, je pense que pour se com­prendre, il est néces­saire de par­ler la même langue et donc, j’ac­cepte, faute de mieux, leurs défi­ni­tions et leurs clas­se­ments : mais nous pour­rons en débattre.

Je rajoute, pour être tout à fait clair, que toute la mon­naie des banques com­mer­ciales (plus de 92% de M3), — que Paul Jorion appelle « recon­nais­sances de dettes » —, est à mon sens de la « fausse mon­naie » qui devrait être inter­dite à la fabri­ca­tion pri­vée et rem­pla­cée par de la mon­naie cen­trale scrip­tu­rale ; sommes-nous d’ac­cord sur ce point ?

2 – Sur la créa­tion moné­taire ou plu­tôt la créa­tion de « recon­nais­sances de dettes » par le sys­tème ban­caire privé. 

Là, il me semble que Paul et d’autres ont mal com­pris le fonc­tion­ne­ment du sys­tème. Il est pos­sible que les expli­ca­tions n’aient pas été assez claires, il est pos­sible que cer­tains se soient un peu « mélan­gé les pin­ceaux ». Et à par­tir de ces pré­misses fausses qui ont été rete­nues dans la cri­tique, se gaus­ser de ceux qui défendent l’exis­tence d’une pos­si­bi­li­té « boule de neige » lors de la créa­tion de « mon­naie dette » (moné­ti­sa­tion de créances) par les banques com­mer­ciales devient évi­dem­ment facile.

Pour Paul (si j’ai réus­si à suivre son rai­son­ne­ment qui n’est évi­dem­ment pas le mien), si Casi­mir dépose 100 de mon­naie scrip­tu­rale sur son compte à sa banque (dépôt à vue), le sys­tème de réserves frac­tion­naires (disons de 10%) per­met­trait à sa banque de prê­ter 90 à Oscar en les reti­rant (sans le lui dire) des 100 de Casi­mir, qui, les dépo­sant à sa propre banque pour­rait ain­si prê­ter à Auguste 81 en les reti­rant du compte d’Os­car (tou­jours sans le dire), etc. (p.142 et suivantes).

Cha­cun pense donc qu’il détient une cer­taine somme cor­res­pon­dante à ce que lui indique son rele­vé ban­caire, alors qu’elle ne serait que de 10%, si l’on suit ce raisonnement.

J’i­gnore d’où vient cette mau­vaise com­pré­hen­sion qui part sur l’i­dée que les ban­quiers prêtent une par­tie des dépôts à vue de leurs clients et gardent 10% (ou tout autre mon­tant) en « réserves frac­tion­naires » ; ne serait-ce pas de la réflexion des ban­quiers qui consi­dèrent que pour prê­ter il leur faut des ressources ?

Plu­tôt que de répé­ter la démons­tra­tion qu’on trouve habi­tuel­le­ment dans tous les livres d’é­co­no­mie, à savoir l’ex­pli­ca­tion par étape en consi­dé­rant d’a­bord que tout le sys­tème n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en intro­dui­sant deux banques avec des parts de mar­ché dif­fé­rentes, puis pour finir en intro­dui­sant une banque cen­trale dans la démons­tra­tion, (banque cen­trale qui seule peut satis­faire à la demande de mon­naie cen­trale, la plus connue étant la mon­naie dite « fidu­ciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » ban­quier, simple direc­teur d’agence.

Dans son acti­vi­té, ce ban­quier, tré­so­rier d’a­gence, ne s’in­quiète pas de savoir s’il crée de la mon­naie ou pas : le ban­quier-tré­so­rier va uni­que­ment cher­cher à équi­li­brer ses comptes à la Banque Cen­trale (la « banque des banques »), par rap­port aux autres banques. Si sa banque prête trop par rap­port aux autres, c’est le sys­tème qui va la rap­pe­ler à l’ordre, car il fau­dra soit qu’il s’en­dette auprès des autres banques (et les lignes de cré­dit ne sont pas illi­mi­tées), soit qu’il mobi­lise des actifs sur le mar­ché moné­taire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable.…)

1 – Au niveau d’une banque prise iso­lé­ment, les deux posi­tions sui­vantes cor­res­pondent à l’ex­pé­rience du banquier :

a) il crée des dépôts en ache­tant (en moné­ti­sant) une créance (une recon­nais­sance de dette) et en payant cet achat de créance par une ins­crip­tion immé­diate du mon­tant au cré­dit du compte à vue du client, lequel pour­ra uti­li­ser ce compte pour régler ses dépenses.

b) il a besoin de dépôts pour le finan­cer car il va devoir finan­cer son défi­cit de tré­so­re­rie vis à vis des autres banques.

Donc le ban­quier iso­lé n’a pas le sen­ti­ment qu’il peut créer de la mon­naie avec son sty­lo, parce qu’il fau­dra bien qu’il « finance » le prêt qu’il a accordé.

2 – Au niveau du sys­tème ban­caire dans son ensemble, toutes les banques prêtent (elles font toutes le point 1a ci-des­sus), et vont donc (pas for­cé­ment consciem­ment) se refi­nan­cer les unes les autres.

Pre­nons un cas très simple où la mon­naie n’est com­po­sée que de dépôts ban­caires (pas de réserves obli­ga­toires ni de demande de billets de la part de sa clien­tèle, la seule néces­si­té res­tant la com­pen­sa­tion inter­ban­caire) et où l’en­semble des dépôts des clients dans tout le réseau ban­caire est de 100 000.

Sup­po­sons une toute petite banque A qui fait 1% de part de mar­ché de l’en­semble des dépôts toutes banques confon­dues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de mar­ché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’en­semble des dépôts, ce qui repré­sente un total de 99 000

Sup­po­sons que cette banque A aug­mente ses cré­dits (et donc – ins­tan­ta­né­ment – ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir finan­cer 99 (la qua­si tota­li­té) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont déte­nus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).

Mais, heu­reu­se­ment, les autres banques vont aus­si prê­ter (si elles ne le fai­saient pas, elles per­draient une par­tie de leur clien­tèle qui irait vers la banque prê­teuse et donc des dépôts), c’est-à-dire créer des dépôts et subir des sor­ties qui vont aller vers les autres banques.

Sup­po­sons donc que les autres banques aug­mentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% éga­le­ment, c’est-à-dire de 9 900. Elles vont subir glo­ba­le­ment une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A soit 99.

La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, les­quels vont « finan­cer » le cré­dit qu’elle a consen­ti, mais on com­prend bien que le cré­dit qu’elle a fait pré­cède les dépôts.

Donc, le sys­tème ban­caire dans son ensemble aura créé 10 000 de mon­naie de cré­dit, mais chaque ban­quier-tré­so­rier aura eu le sen­ti­ment qu’il les a finan­cés par des dépôts venant des autres banques et qu’il a ain­si mobi­li­sé de l’é­pargne pré­exis­tante. Ain­si, le témoin exté­rieur de cette opé­ra­tion aura l’im­pres­sion que ce sont les dépôts à vue qui sont prê­tés, alors qu’il s’a­git de créa­tion moné­taire par le cré­dit, créant ces dépôts.

Dans ce qui pré­cède la sim­pli­fi­ca­tion est patente. Un réseau ban­caire (« une banque »), lors­qu’il moné­tise des créances, est tenu de disposer :

a) Dans son bilan, de sen­si­ble­ment 8% (qui peut des­cendre à 4%) des cré­dits en cours sous forme de capi­taux propres pon­dé­rés for­mant une « base de capi­tal » (ratio Mac Donough dans le cadre des règles de Bâle II). Il n’y a évi­dem­ment pas de dépôt de ces 8% en banque cen­trale, mais ce sont ces besoins de 8% de fonds propres qui expliquent l’i­dée que les banques peuvent créer 12,5 fois la mon­naie qu’elles détiennent.

b) d’une cer­taine quan­ti­té de mon­naie cen­trale cor­res­pon­dant à ce que l’on nomme « fuites », et qui cor­res­pond 1) à la demande de mon­naie fidu­ciaire par le sec­teur non ban­caire, 2) aux réserves obli­ga­toires – mon­tant blo­qué en Banque Cen­trale – et cor­res­pon­dant à 2% des dépôts (dépôts à vue, dépôts à terme d’une durée infé­rieure ou égale à deux ans, dépôts rem­bour­sables avec un pré­avis infé­rieur ou égal à deux ans, titres de créances d’une durée ini­tiale infé­rieure ou égale à deux ans), 3) aux besoins de com­pen­sa­tion qui se pro­duisent dans les cas mon­trés ci-dessus.

S’il est connu que l’en­semble des réseaux ban­caires (puisque les com­pen­sa­tions entre les banques s’an­nulent), peut émettre une quan­ti­té limi­tée de mon­naie scrip­tu­rale (recon­nais­sances de dettes), à par­tir d’une quan­ti­té don­née de mon­naie cen­trale qu’il détient ou qu’il peut se pro­cu­rer. Ce coef­fi­cient mul­ti­pli­ca­teur est connu de tous les éco­no­mistes et il est égal à 1 / [X + Z (1 – X)] (avec X le coef­fi­cient de pré­fé­rence pour les billets et Z celui des réserves obligatoires).

Un exemple avec X=13% des dépôts et Z=2% des cré­dits donne ce mul­ti­pli­ca­teur théo­rique (encore faut-il la demande ou la fai­blesse d’une épargne préa­lable pro­po­sée sur le mar­ché) à 6,7842.

Néan­moins, dans un docu­ment récent (6 mai 2009), Patrick Artus a confir­mé que les banques n’u­ti­li­saient pas tota­le­ment ce pou­voir de créa­tion moné­taire : « Une poro­si­té entre base moné­taire et masse moné­taire est le mul­ti­pli­ca­teur moné­taire. Or, il s’est effon­dré. Alors que les banques euro­péennes génèrent habi­tuel­le­ment 4800 euros à par­tir de 1000 euros de mon­naie banque cen­trale, leur capa­ci­té de créa­tion moné­taire est tom­bée à 3500 euros depuis Leh­man. »

Pour finir n’ou­blions pas de pré­ci­ser que lors­qu’un emprun­teur rem­bourse, à sa banque, le capi­tal emprun­té (et dépen­sé), sa banque efface sa recon­nais­sance de dette : la mon­naie est ain­si détruite (nous ne par­lons pas ici des inté­rêts). En effet la créa­tion de mon­naie scrip­tu­rale par un réseau ban­caire est stric­to sen­su l’ins­crip­tion simul­ta­née du mon­tant du cré­dit sur le compte de l’emprunteur qui va ain­si pou­voir payer ses four­nis­seurs, paral­lè­le­ment à l’ins­crip­tion de la dette (je pré­fère dire « la garan­tie »), à l’ac­tif du bilan de la banque. Inver­se­ment, le rem­bour­se­ment du prêt équi­vaut à la sup­pres­sion simul­ta­née de l’ins­crip­tion à l’ac­tif et du mon­tant équi­valent sur le compte de l’emprunteur (qui avait donc dû le rendre cré­di­teur du même mon­tant) : il n’y a pas de trans­fert du capi­tal rem­bour­sé de la part de l’emprunteur vers la banque.

Je pré­cise bien que nous avons par­lé ici de la créa­tion de « mon­naie » ban­caire pri­vée scrip­tu­rale et non du second rôle des banques, celui de « cir­cu­la­teur d’é­pargne », comme l’é­crit André Chaî­neau : « L’é­ton­nant est que pen­dant très long­temps – et peut-être même encore ! – la créa­tion moné­taire a été igno­rée comme élé­ment des moyens de finan­ce­ment de l’é­co­no­mie ! En effet, la théo­rie limi­tait l’offre de fonds prê­tables à n’être qu’une offre de res­sources épar­gnées par les agents du sec­teur non ban­caire, une offre qui ne débor­dait pas du cadre de ce sec­teur non ban­caire. En consé­quence, le sec­teur ban­caire était igno­ré ! Mais le pro­blème que les banques vont main­te­nant poser n’est évi­dem­ment pas celui de leur exis­tence, mais celui de leur double fonc­tion. Elles ne sont pas seule­ment les ins­ti­tu­tions créa­trices de mon­naie étu­diées jus­qu’à main­te­nant ; elles sont éga­le­ment des ins­ti­tu­tions col­lec­trices d’é­pargne. Aus­si par­ti­cipent-elles au finan­ce­ment de l’é­co­no­mie non seule­ment en y injec­tant de la mon­naie, mais éga­le­ment en y fai­sant cir­cu­ler l’épargne. »

Mais, d’où vient cette épargne préa­lable ? Qui l’a « fabri­quée » à l’o­ri­gine ? Je vous laisse y réfléchir

——

Il faut aus­si répondre à deux ques­tions sou­vent posées.

a) – « pour­quoi les banques devraient se prê­ter de l’argent entre elles, ou, à défaut, se refi­nan­cer à la banque cen­trale si elles peuvent créer de la monnaie ? »

La réponse est simple : si elles peuvent (sous cer­taines condi­tions) créer leur propre mon­naie, leurs concur­rentes n’ac­ceptent, elles, que de la mon­naie banque cen­trale, qu’au­cune banque com­mer­ciale ne peut créer. On se retrouve dans le cas expli­ci­té pré­cé­dem­ment, à savoir que les « fuites » vers d’autres réseaux sont pro­por­tion­nelles à la part de mar­ché des dépôts. Créer de la mon­naie pour elles mêmes aurait comme consé­quence que cette mon­naie va fuir vers d’autres banques au pro­ra­ta des parts de mar­ché de ces dernières.

b)- « pour­quoi les banques, si elles peuvent créer la mon­naie, peuvent-elles faire faillite » ?

La réponse est qua­si­ment la même que celle de la ques­tion pré­cé­dente. Néan­moins nous avons ten­té de pré­ci­ser et les réponses, un peu trop longues pour que cet article reste digeste, sont visibles sur la page http://​mon​naie​.wikis​paces​.com/​D​e​t​t​e​-​FAQ.

Il reste que, aus­si bien Paul que moi-même, appe­lons de nos vœux un sys­tème ban­caire plus sain dans lequel les banques com­mer­ciales ne puissent plus deman­der des inté­rêts sur ces « recon­nais­sances de dette » com­mu­né­ment nom­mées « mon­naie scrip­tu­rale » ni spé­cu­ler en pre­nant des risques inconsidérés.

Tiens, c’est jus­te­ment ce que pro­pose Mau­rice Allais depuis des lustres !

J’es­père qu’ayant lu ce billet, le point de vue de Paul Jorion sur la créa­tion « moné­taire » pour­ra évoluer.

A‑J Hol­becq

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Étienne

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84 Commentaires

  1. A-J Holbecq

    Bon­jour

    Mer­ci à Etienne.

    Je res­te­rai prêt à répondre, avec grand plai­sir, à toutes vos ques­tions, mais aus­si à débattre des consé­quences de ce droit de créa­tion d’ « argent-dette » accor­dé aux banques.

    Je vou­drais néan­moins pré­ci­ser que je dois l’exemple de la créa­tion de mon­naie « vu depuis chez le ban­quier » par Chris­tian Gomez, dis­ciple d’Al­lais, ex pro­fes­seur d’U­ni­ver­si­té et banquier.
    J’es­père qu’il ne ver­ra pas d’in­con­vé­nient à ce que je lui rende ici hommage.

    A bien­tôt

    Réponse
  2. RST

    Cher Etienne
    Cher André-Jacques

    P. Jorion n’a pas le temps de pas­ser un com­men­taire de AJH sur son bou­quin mais il le trouve pour J.Finckh !

    Je ne suis pas d’accord avec vous. J’ai sûre­ment tort, mais je ne suis pas capable de faire preuve, comme vous d’autant de com­pas­sion. Il est temps d’appeler un chat un chat et de dire que P. Jorion est un char­la­tan qui fait énor­mé­ment de dégâts. S’il n’était appa­rem­ment pas aus­si popu­laire, le fait qu’il raconte n’importe quoi sur la créa­tion moné­taire ne serait pas grave. Mais il semble qu’il béné­fi­cie d’une cer­taine audience et, au lieu de l’utiliser pour infor­mer les gens, il dés­in­forme. Cela est d’autant plus dom­ma­geable que le sys­tème actuel de créa­tion moné­taire est au cœur même du déve­lop­pe­ment des crises finan­cières. Cela est remar­qua­ble­ment expli­qué dans le livre de Pierre-Noël Giraud inti­tu­lé « Le com­merce des pro­messes ». Il y parle d’ailleurs de Mau­rice Allais pour mettre en avant son ana­lyse, même s’il cri­tique une par­tie des solu­tions pro­po­sées. Étienne, vous pour­rez le rajou­ter à votre pile car lui aus­si indique clai­re­ment que la mon­naie est créée par les banques com­mer­ciales. J’en parle ici (pub): Tout ce que vous avez tou­jours vou­lu savoir sur la finance sans jamais oser le demander…

    Jorion avait dit qu’il lui fau­drait 5 ans pour bâtir sa théo­rie sur la mon­naie. Il l’a fait en 5 mois ! Et dans un seul but : publier rapi­de­ment un livre en sur­fant sur la vague créée par la crise. Dans l’absolu, il n’y a rien de répré­hen­sible à gagner sa vie de cette façon. Dans la pra­tique, il pro­page des contre-véri­tés qui sont tout à fait contre-pro­duc­tives et des­servent la cause qu’il pré­tend ser­vir. Com­ment être cré­dible sur les solu­tions à appor­ter si l’on ne com­prend pas l’origine du problème ?

    Enfin, quel type de socié­té nous pro­pose P. Jorion, lui qui refuse la cri­tique, refuse le dia­logue et se per­met de juger de ce qui est bien et mal ? Nous n’avons pas besoin de ce genre de gourou !

    Vous par­don­ne­rez ma fran­chise qui n’engage que moi : je vous trouve bien gen­tils et il me semble que vous avez épui­sé toutes les res­sources de patience et de diplo­ma­tie qu’il est rai­son­nable de dépen­ser dans ce genre de situa­tion. Il est temps de chan­ger de stra­té­gie et de dire clai­re­ment son fait à mon­sieur Paul Jorion. Cela ne peut pas être pire que la situa­tion actuelle.

    Bien à vous.

    Réponse
  3. Bankster.tv

    Bra­vo à AJH pour son expo­sé, c’est clair et limpide.
    Je suis du même avis que RST concer­nant Jorion, 5 ans trans­for­mé en 5 mois, pour voir l’argent crée par les banques com­mer­ciales pas­ser de la déno­mi­na­tion « Moyens de paie­ments » à « recon­nais­sance de dettes » … super Jojo ! Et 5 sec pour tron­quer des cita­tions d’auteurs.
    Il me semble qu’il a été pris la main dans le sac plus d’une fois à ce jeu là, donc pour moi aus­si, il est et res­te­ra un char­la­tan intellectuel.

    Hor­mis cela, content de retrou­ver Etienne ICI plu­tot que là bas…

    Réponse
  4. RST

    @ AJH

    De rien

    Compte tenu de tout ce que j’ai appris grâce à toi, nous sommes donc loin d’être quittes, mais bon, je com­mence à rem­bour­ser … ma dette.

    Content de t’a­voir fait décou­vrir ce blog qui vaut vrai­ment la peine, selon moi.

    Réponse
  5. juan nessy

    Si mon invi­té poten­tiel me trai­tait de char­la­tan, de voleur (la main dans le sac), d’op­por­tu­niste, qui dit n’im­porte quoi, qui dés­in­forme, qui est un gou­rou auquel il faut dire son fait, j’a­voue que je ne serais pas trop ten­té d’ou­vrir un dia­logue et ma porte (au pas­sage Etienne, je pré­fère contra­dic­tion à contro­verse) pour lui.

    Je pré­fère donc l’at­ti­tude d’E­tienne et de AJH .

    Jus­te­ment parce que je n’ai pas besoin de gou­rou et de véri­tés préétablies.

    Juste d’in­for­ma­tion et de dif­fé­rents angles de vue .

    Réponse
  6. Catherine

    Bon­soir à Tous,

    Pour­riez-vous me dire mes­sieurs les spé­cia­listes, sans iro­nie aucune, ce que vous pen­sez de cette humble réflexion, vaut-elle quelque chose selon vous, ou n’a t‑elle aucun droit de cité ?

    J’ai fait ma pares­seuse, voi­ci copié/collé le mes­sage que j’a­vais envoyé sur un site voi­sin, qui n’a reçu aucune réponse ! snif ! c’est pour­tant impor­tant, com­ment serais-je alors si je me four­voie ou non, moi qui suis igno­rante de ces sub­tils sujets ?

    Mer­ci déjà !

     »La soi-disant crise est tout à fait construite, même moi qui suis loin d’être une lumière et qui ne com­prend RIEN à toutes ces choses que l’on com­plique comme par” hasard,” je sen­tais bien que l’absence de régu­la­tion tant décriée était une régu­la­tion en soi pour les tenants réels du pou­voir , ceux du haut du haut.

    Car on oublie qu’une régu­la­tion s’appuie sur une gran­deur de réfé­rence, et c’est tout à fait ce qui a été réalisé.

    La gran­deur de réfé­rence sur laquelle vont se régler les auto­ri­sa­tions ou empê­che­ments (à l’image d’un ther­mo­stat de chauffage)est celle du total pro­fit pour quelques banques tou­jours moins nom­breuses, tou­jours plus puis­santes, régu­la­tion et concen­tra­tion de plus en plus mani­feste, les gros requins qui vien­dront man­ger les petits en fai­sant croire que c’est pour le bien de tous.

    C’est à dire que l’absence de régu­la­tion qui per­met à la “struc­ture” de faire n’importe quoi et qui arrive for­cé­ment là où elle arrive aujourd’hui, au même titre que si vous ouvrez le robi­net, l’eau coule, natu­rel en somme.

    Et bien là, c’est exac­te­ment la même chose me semble-t-il, en per­met­tant aux struc­tures d’agir comme on leur a per­mis d’agir c’était extrê­me­ment agis­sant dans le sens où ça pro­dui­sait au final exac­te­ment ce que l’”on-” vou­lait que ça pro­duise, le ren­for­ce­ment des gros qui viennent pha­go­cy­ter les petits. Donc, para­doxe, ce qui semble être une absence de régu­la­tion est en fait une régu­la­tion plein pot.

    Seule­ment, j’ai l’impression que les gens qui sont hyper­spé­cia­li­sés dans ces ques­tions sont tel­le­ment accro­chés aux détails pour essayer d’y com­prendre quelque chose qu’ils finissent par ne plus rien voir de ce qui se passe vrai­ment, un peu comme si vous regar­diez un texte de trop près, for­cé­ment vous ne voyez rien, essayez, nor­mal, c’est la dis­tance qui per­met­tra de devi­ner les tenants et les abou­tis­sants, enfin, je crois. »

    Réponse
  7. Alain

    N’ayant pas été « floué » par JORION, et pour cause (l’i­gno­rant que j’é­tais était bien « pro­té­gé »…), l’en­tre­prise ici m’in­té­resse, car je n’at­tends pas qu’on for­mate mon esprit avec « la véri­té », j’at­tends de sai­sir des enjeux, et jus­te­ment aus­si peut-être, de com­prendre où sont les pièges men­taux, dés que l’on tourne autour de la « magie de la valeur » et du miracle de la planche à billet dès qu’elle tombe entre les mains d’un pro­prié­taire exclusif…

    Si Cet intel­lec­tuel à la mode était un « char­la­tan », il serait utile de démon­ter la sub­ti­li­té de son « arnaque », cela pou­vant roder nos esprits face à sans doute des légions d’autres « experts »…
    Cepen­dant, je répugne à faire miens ces juge­ments bien assu­rés de la part de per­sonnes qui ont elles-mêmes sans doute à « prou­ver le bien-fon­dé » de leur verdict.

    Mer­ci à Etienne de nous four­nir cet os à décortiquer !

    Réponse
  8. Renaud

    Bon­jour Étienne,

    L’in­vi­ta­tion à reve­nir sur ton blog vient à point. Fau­tif que je suis, j’ai dû y venir cou­pa­ble­ment seule­ment 1 ou 2 fois. Mais je tiens à le signa­ler, c’est essen­tiel­le­ment par fai­blesse tech­nique et « « orga­ni­sa­tion domes­tique pro­blé­ma­tique… Je res­semble à une loco­mo­tive die­sel de train de mar­chan­dise pous­sant un TGV sur la voie du TGV, avec arrêts d’om­ni­bus ou en raz campagne.…
    Et mer­ci à AJH pour toutes les meilleures ten­ta­tives agré­men­tées tant de fois par des liens, réfé­rences, sites, etc.,qui consti­tuent une mine de don­nées et un gain de pos­si­bi­li­tés appré­ciables en toutes cir­cons­tances pour qui veut épu­rer la com­pré­hen­sion sur le trai­te­ment actuel de la monnaie.

    J’ai été tout der­niè­re­ment plu­sieurs fois sur le blog de P. J. en essayant sans le mon­trer (?) de remettre à l’ordre du jour le sujet abhor­ré par Paul… Cela semble avoir par­tiel­le­ment réus­si à la suite d’un billet de Johan­nès Funckh. Mais ma moti­va­tion repose sur­tout sur le fait que des dizaines de mil­liers de gens passent sur ce blog et il est très dom­mage que Paul les « vam­pi­risent » (pour cer­tains inter­ve­nants ça se voit comme le nez au milieu de la figure!). L’en­jeu est de taille et je suis tiraillé d’une part entre le fait d’en­voyer des ban­de­rilles à Paul pour que cela se réper­cute sai­ne­ment auprès d’un grand public dont il fau­drait par ce « moyen » induire des réac­tions posi­tives, obli­geant Paul à se replon­ger dans le mari­got moné­taire libé­rant (?) la voie « inter­dite » à ceux du public aux réflexions salubres, et d’autre part l’i­na­ni­té pos­sible de ces « manœuvres » ayant moi même pas mal de « bou­lot » du côté du Cré­dit-alias-Argent-Social. Certes, il se trouve que je suis pas mal sol­li­ci­té hors d’Eu­rope, mais ce n’est pas en conti­nu. D’ailleurs, je ne suis pas loin de le sou­hai­ter. En effet, la socié­té fran­çaise, pour « brillante » qu’elle soit, est deve­nue, entre autres, intel­lec­tuel­le­ment bien ingrate.

    À bien­tôt j’es­père dans ce lieu accuillant !

    Renaud

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  9. Catherine

    Une véri­té Cher Alain ne se défi­nit pas par une affi­ma­tion qui serait de dire le vrai, c’est ceci, ou le vrai c’est cela, il fau­drait être bou­gre­ment pré­ten­tieux pour tenir ce genre de pro­pos. Car c’est de nous que vient cette parole, aus­si cette parole sera tou­jours à la mesure de ce que nous sommes, erra­tique, impar­faite, par­tiale et partielle.

    Aus­si, les bribes de véri­té avec un v minus­cule, la véri­té entière est selon moi impos­sible à per­ce­voir du fait de notre sta­tut d’homme pour­vu d’at­tri­buts inté­res­sants certes, mais réduits par nature, je reprends, les bribes de véri­té donc,ne peuvent se per­ce­voir selon moi que sur le ter­rain de la néga­tion, et ain­si se dire :

    le pos­sible vrai ce n’est pas rete­nir les mes­sages, ce n’est pas empê­cher la confron­ta­tion d’idées,ce n’est pas s’at­ta­cher à la per­sonne en tant que telle, mais à ce que dit la personne__ :

    Jorion en rete­nant l’af­flux de cer­taines infos, voyez sur « PLus loin que Jorion » j’ai retrans­crit une par­tie des mes­sages arrê­tés, déforme l’in­for­ma­tion, et ne pas faire quelque chose, empê­cher la cir­cu­la­tion d’une infor­ma­tion quel­qu’en soient les pré­textes, ça s’ap­pelle pro­pa­ger une fausse infor­ma­tion, fausse car incom­pléte, c’est tout.

    Si j’es­saie de vous faire pas­ser l’in­for­ma­tion que l’eau que vous buvez est empoi­son­née en vous pro­po­sant des faits bruts sur les­quels il vous sera per­mis de vous inter­ro­ger sans dire pour autant c’est ceci ou c’est cela, rete­nir cette infor­ma­tion comme le fait Jorion, sans même savoir si c’est vrai ou faux pro­duit des effets non négli­geables sur votre « éco­lo­gie personnelle ».
    Vous allez boire cette eau puisque rien a prio­ri ne l’interdit.Il est pos­sible alors et vous le consta­te­rez ensuite, ou que l’in­for­ma­tion était ok, ou qu’elle ne l’é­tait pas, mais vous ne le sau­rez qu’a­près, et c’est un peu fâcheux s’il s’a­git d’empoisonnement voyez-vous, car alors vous n’au­rez plus guère de recours, vous serez à l’ar­ticle de la mort.

    Cette réten­tion d’in­for­ma­tion porte donc des fruits pas­sa­ble­ment médiocres, vous l’ad­met­trez peut-être.

    Il ne s’a­git nul­le­ment de dire, ça c’est la véri­té, ce genre de dis­cours devrait faire fuir qui­conque de sen­sé. Non, il s’a­git de dire , cette façon de faire porte des effets non négli­geables dont il est abso­lu­ment néces­saire de tenir compte et d’a­voir en mémoire, toujours.

    Sachant cela, vous êtes en devoir d’of­frir cette vision aux autres, qui peut-être l’i­gnorent, mais ensuite il revient à cha­cun de faire de cette infor­ma­tion ce que bon lui sem­ble­ra, pas de pres­crip­tion, juste une invi­ta­tion à la vigi­lance, c’est tout, mais il semble bien que ça soit déjà de trop, c’est symp­to­ma­tique quand même de notre sinistre époque !

    C’est fina­le­ment une his­toire de res­pon­sa­bi­li­té, c’est tout.

    Donc, svp, ne tirez pas sur le pianiste.

    la pro­pa­gande comme aime à le dire CHom­sky, ce n’est pas tant ce qui se dit, que ce qui ne se dit pas, que ce qui ne se dit pas !

    Alors, sûr que si vous allez là-bas sans cet a prio­ri néces­saire, vous tom­be­rez dans le pan­neau, n’est-ce-pas vous qui regret­tiez l’es­prit cri­tique, il com­mence là, Cher Alain, à cher­cher ce qui ne se dit pas, et qui dès lors empêche toute cir­cu­la­tion du mes­sage, tout devient boi­teux et de guin­gois, ne vous éton­nez donc pas, c’est votre éton­ne­ment qui en soi est por­teur d’étonnement !

    Réponse
  10. Hadrien

    Tom­bant par hasard sur ce billet, je ne résiste pas au plai­sir de vous faire part d’un long com­men­taire du 7 août sur le blog de Jean Pey­re­le­vade, où je mêlais les deux noms de A‑J Hol­becq ain­si que É. Chouard, et…

    OÙ IL EST QUESTION SIMULTANÉMENT DE LA STOCHOCRATIE ET DE L’ARGENT :

    Je rap­pelle que le cri­tère ultime des uti­li­ta­ristes (David Hume, Adam Smith, Jere­my Ben­tham, John Stuart Mill, etc.) était le bon­heur de la col­lec­ti­vi­té, comme variable d’utilité glo­bale. C’est à un cri­tère du même type que par­vint Pare­to, aprés plu­sieurs détours, lorsqu’il pro­po­sa d’optimiser une com­bi­nai­son linéaire convexe des uti­li­tés élé­men­taires des citoyens, comme fonc­tion d’utilité agré­gée de la société.
    À un fac­teur mul­ti­pli­ca­tif près, sans inci­dence sur l’optimisation, cela n’est rien d’autre que l’espérance mathé­ma­tique de la fonc­tion d’utilité indi­vi­duelle, sous la forme :

    U(x) = Somme des Pi.Ui(x), avec Somme des Pi = 1, i étant l’aléa individuel,
    Pi repré­sen­tant la pro­ba­bi­li­té d’occurence de la fonc­tion d’utilité Ui(x) dans la population.
    C’est là que se situait un pos­sible point d’accord, en conve­nant d’inclure dans les com­po­santes de la variable vec­to­rielle x (l’ensemble des dis­po­si­tions de la socié­té à opti­mi­ser) les biens et ser­vices publics au même titre que les biens et ser­vices privés.

    Nous n’avons d’ailleurs fait qu’enfoncer des portes ouvertes puisqu’on ne sau­rait faire de macro-éco­no­mie en niant, comme le vou­draient cer­tains, l’existence de biens et ser­vices publics nécés­saires, sans encou­rir la dis­pa­ri­tion de l’Etat lui-même, et donc du “Contrat social”déjà cité lors d’un com­men­taire précédent..

    Les uti­li­ta­ristes eux-mêmes, que l’on classe sou­vent par­mi les libé­raux clas­siques, par oppo­si­tion à l’ère aris­to­cra­tique féo­dale qui les avait pré­cé­dés, n’étaient pas pour autant en faveur d’un Etat mini­mum. Stuart Mill ne s’y était pas trom­pé, lui qui décla­rait notamment:”la liber­té indi­vi­duelle n’est pas impli­quée dans la doc­trine du libre échange, elle ne l’est pas non plus dans la plu­part des ques­tions qui concernent les limites à impo­ser à cette doc­trine, par exemple dans la quan­ti­té d’intervention publique qui est nécessaire”.

    Dès l’instant où ce point est acquis, tout le reste découle comme consé­quence logique :

    On admet, en effet, en éco­no­mie, que tous les agents sociaux ont une fonc­tion d’utilité construc­tible vis à vis de tous ses argu­ments, pour peu que l’on inter­roge les dits agents conve­na­ble­ment (la théo­rie des sub­sti­tu­tions et des pré­fé­rences y pour­voie, si néces­saire, au plan méthodologique).

    Dès lors, la for­mu­la­tion uni­voque du pro­blème d’optimisation de l’économie poli­tique, telle qu’énoncée par les uti­li­ta­ristes, ain­si que Pare­to, s’obtient en remar­quant que :

    Pi = Ni/N

    où Ni est le nombre de citoyens ayant la même fonc­tion d’utilité Ui(x),
    N le nombre total de citoyens.

    On voit là tout l’intérêt de la for­mu­la­tion fré­quen­tielle en Ni/N par les pro­ba­bi­li­tés : lorsque la popu­la­tion est en nombre N éle­vé, il est impos­sible d’interroger un à un les citoyens pour connaître leur fonc­tion d’utilité. Cela devient, en revanche, plus envi­sa­geable si l’on peut dis­po­ser d’un échan­tillon réduit de n citoyens, où les rap­ports réduits ni/n=pi sont les mêmes que les rap­ports Ni/N, c’est à dire les pro­ba­bi­li­tés Pi.

    Dans ce cas seule­ment, on peut par­ler d’une démarche “démo­cra­tique” car elle pré­serve fidè­le­ment la repré­sen­ta­tion du peuple par la repré­sen­ta­ti­vi­té de l’échantillon.

    Deux sortes d’une telle démarche ont été appli­quées dans l’histoire :

    - la démo­cra­tie directe par tirage au sort : c’est celle de la démo­cra­tie athé­nienne dans la Grèce antique, qui dura prés de deux siècles (-507 / ‑322). Elle pos­sède la pro­prié­té essen­tielle, dite “sans biais”, que l’espérance mathé­ma­tique de u(x)=somme des pj.uj(x), sur l’échantillon réduit, est la même que celle de la popu­la­tion totale, même si la car­di­na­li­té de j est infé­rieure à celle de i (autre­ment dit, même si toutes les fonc­tions d’utilité ne sont pas repré­sen­tées). C’est si vrai que cela s’applique en par­ti­cu­lier au
    tirage au sort d’un seul repré­sen­tant, dont l’espérance reste non biai­sée. C’était là tout le sens de la “Sto­cho­cra­tie”.

    - la démo­cra­tie indi­recte par délé­ga­tion élec­tive : c’est celle appli­quée de nos jours par les “démo­cra­ties occi­den­tales”. Elle consiste théo­ri­que­ment à regrou­per les citoyens qui se recon­naissent tous la même fonc­tion d’utilité Ui(x) qu’un des leurs, qu’ils élisent comme repré­sen­tant dans l’échantillon réduit des uj(x). Elle néces­si­te­rait i=j, donc la même car­di­na­li­té, d’où l’adverbe “théo­ri­que­ment” ci-des­sus, car ce n’est jamais le cas en pra­tique. Dans tous les cas, le citoyen doit se pro­non­cer pour celui des repré­sen­tants qui lui paraît “proche” avec tous les incon­vé­nients biens connus qu’évitaient les grecs : déma­go­gie, influence de l’éducation, de la posi­tion sociale, de la for­tune, etc.

    LA DÉMOCRATIE POLITIQUE PAR LE TIRAGE AU SORT

    C’est ici qu’il convient d’apporter un démen­ti fla­grant aux inep­ties du libé­ral for­ce­né évo­qué au début, dès ses deux pre­mières phrases :
    “Tirage aléa­toire et sto­cho­cra­tie sont des uto­pies jamais réa­li­sées dans l’histoire. On remar­que­ra que les Athé­niens tiraient au sort par­mi les nan­tis, ce qui est fort peu aléatoire.”

    Le lec­teur pour­ra se convaincre de l’inanité de ces deux phrases par un simple clic sur le mot “Sto­cho­cra­tie” qui offre, comme pre­miers com­men­taires, ceux de Wikipédia.

    Il y lira notam­ment que les can­di­dats (car il fal­lait être volon­taire) au tirage au sort n’étaient guère “nan­tis” que de leur âge (plus de trente ans), outre des véri­fi­ca­tions a pos­te­rio­ri sur leurs garan­ties de mora­li­té et la pos­ses­sion de toute leur rai­son. C’était le cas pour la plus impor­tante des ins­ti­tu­tions, le Conseil des 500 (notre assem­blée natio­nale). C’était aus­si le cas de la moi­tié des magis­trats du Gou­ver­ne­ment des vingt.

    Seuls étaient élus ceux des magis­trats qui avaient des res­pon­sa­bi­li­tés mili­taires, ce qui était le cas des dix “stra­tèges” du gou­ver­ne­ment, qui com­por­tait par ailleurs dix “archontes” tirés au sort sus­cep­tibles de les contrebalancer.

    On peut y lire éga­le­ment les appré­cia­tions d’Aristote (La poli­tique) et de Mon­tes­quieu (L’esprit des lois) qui consi­dé­raient tous deux que le tirage au sort était démo­cra­tique par nature, alors que l’élection était oli­gar­chique ou aristocratique.

    Rap­pe­lons que cette ère de démo­cra­tie directe du siècle de Péri­clès (-507 / ‑403) et de celui de Démos­thène (-403 / ‑322) repré­sente la plus brillante civi­li­sa­tion dans la mémoire des hommes, celle que l’on nomme encore aujourd’hui “le miracle grec”.

    Elle attei­gnit des som­mets en :
    – phi­lo­so­phie (Socrate, Pla­ton, Aristote)
    – sciences (Pytha­gore, Démocrite)
    – théatre (Sophocle, Euri­pide, Aristophane)
    – sculp­ture (Phi­dias, Praxitèle)
    – archi­tec­ture (Par­the­non, etc.)

    Sur la signi­fi­ca­tion de la sto­cho­cra­tie pour les Athéniens…et d’autres, des indi­ca­tions pré­cieuses figurent dans :

    BERNARD MANIN : PRINCIPES DU GOUVERNEMENT REPRESENTATIF (Flam­ma­rion, 1996)

    “On ne réflé­chit plus guère, à pré­sent sur l’usage poli­tique du titage au sort. Le sort n’appartient plus depuis long­temps à la culture poli­tique des socié­tés modernes, où il il appa­raît aujourd’hui avant tout comme une pra­tique bizarre. On sait ‚sans doute qu’il était uti­li­sé à Athènes et on le remarque par­fois, mais sur­tout pour s’en éton­ner. L’énigme prin­ci­pale semble être que les Athé­niens aient pu avoir recours à pareille pro­cé­dure. La connais­sance pour­rait cepen­dant gagner à un ren­ver­se­ment du point de vue habi­tuel qui tend à faire de la culture pré­sente le centre du monde. Il y aurait peut-être avan­tage à se deman­der plu­tôt : com­ment pou­vons-nous ne pas pra­ti­quer le tirage au sort, nous qui nous pro­cla­mons démocrates?”

    “Les Athé­niens, sans doute, ne connais­saient pas le concept mathé­ma­tique de pro­ba­bi­li­té. Celui-ci ne fut inven­té qu’au XVIIe siècle … Il n’est peut-être pas impos­sible, cepen­dant, que la réflexion sur l’usage poli­tique du sort ait conduit à une intui­tion appro­chant la notion de chances mathé­ma­ti­que­ment égales, mal­gré l’absence d’instruments per­met­tant de la concep­tua­li­ser. Il était vrai, en tous cas, que le sort avait pour effet de dis­tri­buer quelque chose d’égal selon le nombre (to ison kat’arithmon) … Ce qui était dis­tri­bué de façon égale par le sort, ce n’était donc pas exac­te­ment le pou­voir mais la pro­ba­bi­li­té, au sens mathé­ma­tique d’accéder au pou­voir.”

    “Le sort jouait un rôle, il est vrai limi­té, dans les comices du peuple Romain.

    Les répu­bliques ita­liennes du Moyen Âge et de la Renais­sance selec­tion­naient sou­vent leurs magis­trats par tirage au sort.

    À Flo­rence, la cité de Machia­vel, le foyer intel­lec­tuel de l’humanisme civique et du renou­veau répu­bli­cain, le tirage au sort des magis­trats était une ins­ti­tu­tion cen­trale du régime républicain.

    Venise, enfin, la “Séré­nis­sime Répu­blique” dont la lon­gé­vi­té fas­ci­nait les obser­va­teurs, pra­ti­qua une cer­taine forme de tirage au sort jusqu’à sa chute, en 1797.”

    L’ouvrage cité répond éga­le­ment, sans le savoir, au libé­ral for­ce­né qui clamait :

    “Un vrai tirage aléa­toire pour­rait très bien ame­ner à l’Assemblée Natio­nale quelques cen­taines de ban­lieu­sards RMIstes…”

    et, avant cela :

    “…même un idiot peut pilo­ter (les tirages au sort des lea­ders peuvent faire ces types de sur­prises) et tôt ou tard cela arrivera.”

    Ber­nard Manin pré­cise, en effet :

    “Les démo­crates athé­niens per­ce­vaient, en der­nière ana­lyse, un anta­go­nisme entre la démo­cra­tie et le pro­fes­sion­na­lisme. La démo­cra­tie consis­tait à accor­der le pou­voir suprême aux simples par­ti­cu­liers, aux citoyens ordi­naires, ceux que les Athé­niens appe­laient hoi idiotai.

    … même un ora­teur et un lea­der poli­tique comme Démos­thène se pré­sen­tait par­fois, sur­tout au début de sa car­rière, comme – un simple par­ti­cu­lier, l’un d’entre vous, pris dans la mul­ti­tude – (idio­tès kai pol­lôn humôn heis)”

    Et oui ! N’en déplaise au libé­ral for­ce­né, idio­tès a pour pre­mier sens “homme ordi­naire”, de sorte que l’on peut paraphraser :
    “…même un idio­tès peut pilo­ter (les tirages au sort des lea­ders peuvent faire ces types de sur­prises) et cela arri­ve­ra tôt ou tard.”

    Mais ce tour d’horizon de la sto­cho­cra­tie athé­nienne ne serait pas com­plet si l’on ne don­nait, comme preuves in situ, les pas­sages les plus saillants de son conte­nu consti­tu­tion­nel par Aris­tote qui la connut sous sa forme la plus ache­vée. On pour­ra ain­si se convaincre de l’ubiquité du tirage au sort.

    ARISTOTE : CONSTITUTION D’ATHÈNES
    (Les Belles Lettres, bilingue, 2002)

    XLI…C’était la onzième réforme de la consti­tu­tion athénienne…et c’est depuis elle qu’on en est arri­vé au régime actuel, en attri­buant tou­jours de plus grands pou­voirs à la foule. Car le peuple s’est ren­du maître de tout, et tout est réglé par les décrets et les tri­bu­naux où le peuple est sou­ve­rain… car le petit nombre est, plus que le grand, acces­sible à la cor­rup­tion par l’argent et la faveur.

    - Fonc­tions tirées au sort. Le Conseil des 500, etc.

    XLIII…Tous les magis­trats de l’administration ordi­naire sont dési­gnés par le sort, excep­té le tré­so­rier des fonds mili­taires… toutes les fonc­tions mili­taires sont éga­le­ment don­nées à l’élection.

    Le Conseil est dési­gné par le sort ; il se com­pose de 500 membres, cin­quante par tri­bu. Chaque tri­bu exerce la pry­ta­nie à son tour, dans l’ordre fixé par le sort…

    XLIV. Les pry­tanes ont un chef, dési­gné par le sort… Lorsque les pry­tanes réunissent le conseil et le peuple, l’épistate tire au sort neuf pré­si­dents (pro­èdres), un de chaque tri­bu sauf celle qui éxerce la pry­ta­nie et, par­mi ces pro­èdres, un autre épistate…

    XLVII. Le Conseil col­la­bore aus­si avec les autres magis­trats dans la plus grande par­tie de leur administration.

    Ce sont d’abord les tré­so­riers d’Athena. Ils sont au nombre de dix, tirés au sort, un par tri­bu, … mais celui que le sort a dési­gné exerce les fonc­tions, même s’il est trés pauvre.

    Viennent ensuite les dix ven­deurs (pôlètes), dési­gnés par le sort, un par tri­bu. Ils font toutes les adju­di­ca­tions de la cité, ils mettent en vente l’exploitation des mines et la ferme des impôts, assis­tés du tré­so­rier des fonds mili­taires et des admi­nis­tra­teurs du théo­ri­con, en pré­sence du Conseil…

    XLVIII. Il y a dix rece­veurs géné­raux (apo­dectes) tirés au sort, un par tri­bu. Sont encore tirés au sort dix audi­teurs des comptes (logistes) par le Conseil dans son sein, pour per­ce­voir à chaque pry­ta­nie les comptes des magistrats. 
    On tire éga­le­ment au sort dix redres­seurs (euthynes), un par tri­bu, et deux asses­seurs pour cha­cun des euthynes.

    L. Le sort désigne également :

    Dix com­mis­saires pour l’entretien des temples ; ils reçoivent des apo­dectes trentes mines pour faire les répa­ra­tions les plus urgentes ;
    Dix asty­nomes, dont cinq exercent leur charge au Pirée, cinq à la ville.

    LI. Sont éga­le­ment dési­gnés par le sort :

    Dix ins­pec­teurs des mar­chés (ago­ra­nomes), cinq pour le Pirée et cinq pour la ville.
    Dix ins­pec­teurs des mesures (metro­nomes), cinq pour la ville te cinq pour le Pirée.
    Il y avait aus­si dix com­mis­saires du com­merce des grains (sito­phy­lakes) dési­gnés par le sort, cinq pour le Pirée et cinq pour la ville ; il yen a aujourd’hui vingt pour la ville et quinze pour le Pirée.
    Sont seule­ment tirés au sort dix ins­pec­teurs du port marchand.

    LII. On désigne aus­si par le sort les Onze, qui ont à s’occuper de ceux qui sont dans la prison.

    On désigne aus­si par le xsort les intro­duc­teurs, au nombre de cinq, char­gés d’introduire les affaires qui doivent être jugées dans le délai d’un mois, cha­cun pour deux tribus.

    LIII. Sont aus­si tirés au sort les Qua­rante ‑àra­son de quatre par tri­bu- , à qui res­sor­tissent les autres actions civiles. Ils jugent sou­ve­rai­ne­ment jusqu’à dix drachmes : pour les affaires éva­luées au-des­sus de ce chiffre, ils s’en remettent aux arbitres publics (dié­tètes).

    LIV. On a encore recours au sort pour les charges sui­vantes : cinq agents voyers…; dix audi­teurs des comptes (logistes) et dix sub­sti­tuts (syné­gores) qui les assistent.

    Le sort désigne aus­si le secré­taire qui est appe­lé secré­taire de la pry­ta­nie. Il est le maître des écri­tures publiques…il assiste aux séances du Conseil. 
    On tire au sort un second secré­taire, le secré­taire des lois, qui assiste éga­le­ment aux séances du Conseil et prend copie de toutes les lois.

    Sont encore tirés au sort l’archonte envoyé à Sala­mine et le démarque du Pirée qui, dans les deux endroits, célèbrent les Dio­ny­sies et dési­gnent les chorèges.

    LV. Les magis­trats dont il vient d’être par­lé sont dési­gnés par le sort, et toutes leurs attri­bu­tions ont été expo­sées. Pour ceux que l’on appelle les neuf archontes… Aujourd’hui, on tire au sort les six thes­mo­thètes et leur secré­taire, et aus­si l’archonte, le roi, le polé­marque, un dans chaque tri­bu, à tour de rôle.

    Pour le tirage au sort des juges, ce sont tous les neuf archontes, aux­quels est adjoint comme dixième le secré­taire des thes­mo­thètes, qui y font pro­cé­der, cha­cun dans sa tribu.

    XV… On désigne aus­si par le sort les maîtres des jeux (ath­lo­thètes) au nombre de dix, un par tribu.

    - Fonc­tions don­nées à l’élection. Stra­tèges, etc.

    LXI. Toutes les fonc­tions mili­taires sont don­nées à l’élection à main levée :

    D’abord dix stra­tèges. Autre­fois, on en pre­nait un par tri­bu ; aujourd’hui, on les prend par­mi tous les Athéniens.

    Sont éga­le­ment élus :

    Dix taxiarques, un de chaque tri­bu. Ils com­mandent aux hommes de leur tribu.
    Deux hip­parques, pris par­mi tous les Athé­niens. Ils ont le com­man­de­ment de la cava­le­rie, pre­nant l’un et l’autre en par­tage cinq tribus.
    Dix phy­larques, un de chaque tri­bu. Ils com­mandent aux cava­liers de leur tri­bu, comme les taxiarques aux hoplites fan­tas­sins.
    L’hipparque de Lem­nos qui a charge des cava­liers en gar­ni­son dans l’île.
    Sont encore élus à main levée : un tré­so­rier de la galère para­lienne et, en outre, un tré­so­rier de la galère d’Ammon.

    - Les tri­bu­naux. Juges et tirages au sort.

    LXIII. Les juges des tri­bu­naux sont tirés au sort par les neuf archontes, par tri­bus. Le secré­taire des thes­mo­thètes tire au sort ceux de la dixième tri­bu… Peuvent être juges tous les citoyens âgés de plus de trente ans, à condi­tion de n’être pas débi­teurs du tré­sor public ou pri­vés de leurs droits civiques.

    On conçoit, pour celui dont il était ques­tion au début de notre pro­pos, que la pilule soit amère à avaler :

    Le libé­ral for­ce­né se veut le chantre de l’inégalité. Il ne croit qu’aux ver­tus de la lutte qui per­met au fort d’écraser le faible, au malin de trom­per le can­dide. Plus encore que Hayek ou Fried­man, ses modèles sont Man­de­ville et Spen­cer. Ce der­nier ne disait-il pas, dans son livre “The Man ver­sus the State” (1884) qu’”une créa­ture qui n’est pas assez éner­gique pour se défendre, doit périr”, que “ceux dont la pau­vre­té est uni­que­ment due à la mau­vaise for­tune” ne sau­raient davan­tage “reven­di­quer une par­tie de l’industrie des autres en tant que droit”. Il ren­ché­rit, à la même date, dans “Social Sta­tics”, vou­lant sans doute façon­ner à sa manière le pro­jet uti­li­ta­riste : “Les forces qui font abou­tir le pro­jet gran­diose du bon­heur par­fait ne tiennent nul­le­ment compte de la souf­france d’ordre secon­daire et exter­minent ces sec­tions de l’humanité qui leur barrent le pas­sage”. A tel point que les édi­tions Belles Lettres qui édi­tèrent son pre­mier ouvrage cité, sous le titre “Le droit d’ignorer l’État” durent l’amputer des pas­sages les moins “poli­ti­que­ment corrects”.

    Et voi­là que les mêmes édi­tions nous mettent sous le nez l’évidence des prin­cipes éga­li­ta­ristes qui ani­mèrent l’immortelle civi­li­sa­tion athé­nienne, celle du “miracle grec”.

    Et sous la plume de son plus intran­si­geant témoin, Aris­tote, qui n’était même pas fan ! En plus, en bilingue… On peut même pas dire que c’est faux ou mal traduit !

    Voyons donc plus loin, pour pas­ser la der­nière couche :

    LA DÉMOCRATIE ÉCONOMIQUE PAR LA BANQUE PUBLIQUE

    Aprés avoir ample­ment cor­ri­gé ain­si, on l’espère, les deux pre­mières phrases du libé­ral for­ce­né sus-dit, dans son cha­pe­let habi­tuel d’inepties indignes d’être reprises une à une, pas­sons tout de suite à sa der­nière phrase évo­quant le pas­sé récent :

    “Pen­sez à quelle catas­trophe aurait pu consti­tuer un sys­téme ban­caire tota­le­ment natio­na­li­sé, et tota­le­ment plon­gé dans les mau­vais choix des poli­ti­ciens, comme ce fut le cas en Rus­sie, et comme le mon­tre­ra l’histoire de la Chine des années à venir. ”

    Pre­nons, en effet, comme exemple dans ce pas­sé récent de nos banques, le pro­blème de la dette et celui de la pri­va­ti­sa­tion du sec­teur ban­caire, qui n’en forment qu’un seul à l’égard des com­pli­ci­tés objec­tives qu’ils révèlent :

    C’est en Jan­vier 1973, sous l’égide de Pom­pi­dou, ancien ban­quier du Groupe Rot­schild, et de son ministre des finances Gis­card d’Estaing, de façon presque conco­mi­tante à l’entrée du Royaume Uni dans l’Europe d’alors, que fut adop­tée la loi inter­di­sant à l’Etat Fran­çais d’emprunter auprés de la Banque de France. Contrai­re­ment à ce qui se fai­sait jusqu’alors, cette loi fit obli­ga­tion à l’Etat Fran­çais de s’adresser désor­mais au sec­teur ban­caire mar­chand, moyen­nant un inté­rêt ver­sé à ce dernier.

    Beau­coup d’observateurs ne virent là qu’un jeu d’écritures, tant que notre sec­teur ban­caire res­tait natio­na­li­sé, comme l’avaient vou­lu De Gaulle et les Com­mu­nistes à la Libé­ra­tion. Mais cela ne res­ta pas long­temps en l’état, comme on s’en aper­çut très vite.

    L’opération fut d’abord ins­crite, en 1992, dans le marbre du trai­té de Maas­tricht, sous l’égide de Delors et aux bons soins de Lamy, son Direc­teur de cabi­net, qui se retrou­va deux ans plus tard Direc­teur du Cré­dit Lyon­nais pour en pré­pa­rer la pri­va­ti­sa­tion. Entre temps, le nou­veau ministre des finances Bal­la­dur, ancien proche de Pom­pi­dou dont il avait diri­gé le cabi­net, pro­cé­da aux pre­mières pri­va­ti­sa­tions, celles des banques en prio­ri­té, dès 1993. L’opération fut par­ache­vée par Strauss-Kahn, qui s’en fit le plus zélé pro­ta­go­niste au sein du gou­ver­ne­ment Jos­pin, de sorte que ce der­nier res­te­ra comme le gou­ver­ne­ment ayant le plus pri­va­ti­sé en France !

    Il en découle, depuis 1993, que la dette publique, jusque là effa­cée par son retour d’intérêts dans le giron de l’Etat, et avant cela par émis­sion pure et simple, s’accumule aujourd’hui au béné­fice de ban­quiers pri­vés et consti­tue la plus gigan­tesque rente ver­sée au grand capi­ta­lisme, au point que les inté­rêts cumu­lés ne sont pas loin de rejoindre le mon­tant de la dette elle-même (1200−1300 Mil­liards d’Euros). Cette rente repré­sente chaque année, comme on le sait, un mon­tant deve­nu depuis peu supé­rieur à la tota­li­té de l’impôt sur le reve­nu. En d’autres termes, sans ce mons­trueux cadeau volon­taire ver­sé chaque année aux grands action­naires des banques, les fran­çais pour­raient s’exempter aujourd’hui de payer l’impôt sur le reve­nu (et il res­te­rait encore un solde positif)!

    Cette dis­po­si­tion, on l’a vu, découle d’un plan savam­ment conduit par des per­son­na­li­tés au coeur du sys­tème finan­cier et ban­caire (Pom­pi­dou, Lamy, Bal­la­dur, Strauss-Kahn). Il serait évi­dem­ment risible de pré­tendre qu’ils igno­raient les consé­quences de leurs actes, puisque c’est ce but même qui était visé : faire main basse sur l’Etat lui-même, en per­ce­vant l’impôt à sa place, au béné­fice d’intérêts privés !

    À ceux qui dou­te­raient de la véra­ci­té des faits, je conseille vive­ment d’écouter en direct l’entretien radio­pho­nique pod­cas­té de André-Jacques Hol­becq à pro­pos de son ouvrage “la dette publique : une affaire ren­table” (Edi­tions Yves Michel, 2008)
    http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​6​v​y​8​m​_​l​a​-​d​e​t​t​e​-​p​u​b​l​i​q​u​e​-​u​n​e​-​a​f​f​a​i​r​e​-​r​e​n​t​a​_​n​ews

    Cela rap­pelle, avec une cer­taine iro­nie, les pro­pos pro­non­cés par Gal­braith en 1992 :

    “Telles sont les excep­tions que fait la majo­ri­té satis­faite à sa condam­na­tion glo­bale de l’Etat en tant que far­deau : dépenses qui pro­fitent aux riches, sau­ve­tages finan­ciers, dépenses mili­taires et rem­bour­se­ments d’intérêts…Quant aux dépenses de pres­ta­tions sociales, de loge­ments sociaux, de soins médi­caux pour ceux qui n’ont aucune pro­tec­tion, de l’enseignement public, etc. voi­là ce que l’on per­çoit comme le “far­deau de l’Etat”. Le far­deau, c’est uni­que­ment ce qui cor­res­pond aux inté­rêts des citoyens exté­rieurs à la majo­ri­té satis­faite ; c’est, véri­té incon­tour­nable, ce qui sert les pauvres.”
    (John Ken­neth Galbraith)

    Le comble fut atteint lors de la récente crise financière :

    Gri­sées par de crois­sants béné­fices, les banques pri­va­ti­sées se jetèrent avec gour­man­dise sur tout ce qui pou­vait repré­sen­ter une pers­pec­tive de gains tout aus­si allé­chante. Ain­si naquit la bulle des “sub­prime”, sa pro­ve­nance des Etats-Unis sous paquet-cadeau d’”ingénierie finan­cière” étant, à elle-seule, un gage pro­met­teur de suc­cés pour tous les “win­ners” du milieu bancaire.

    Mais c’est la suite qui fut des plus cocasses, en Europe, et notam­ment en France : les pertes abys­sales encour­rues réveillèrent sou­dai­ne­ment chez ces plus ardents défen­seurs du “lais­ser-faire” une âme inter­ven­tion­niste qu’on ne leur connaîs­sait pas. Le milieu poli­tique lui-même parut un ins­tant trans­fi­gu­ré : ain­si notre pré­sident, à peine remis de ses dévo­tions en terre ultra-libé­rale auprés de son homo­logue Bush, ne trou­va pas moins de 360 Mil­liards de garan­tie pour les banques, si celles-ci s’avéraient d’aventure génées aux entour­nures, sans comp­ter la part de reca­pi­ta­li­sa­tion immé­diate, sans prise de par­ti­ci­pa­tion au capital…

    Ici, c’est la parole de Gram­sci qui se rap­pelle à nous :

    “C’est ain­si qu’on affirme que l’activité éco­no­mique est propre à la socié­té civile et que l’Etat ne doit pas inter­ve­nir dans sa régle­men­ta­tion. Mais, commme dans la réa­li­té effec­tive, socié­té civile et Etat s’identifient, il faut affir­mer que le “libé­ra­lisme” lui-même est une “régle­men­ta­tion” de carac­tère éta­tique, intro­duite et main­te­nue par voie légis­la­tive et coer­ci­tive : c’est un fait de volon­té consciente de ses propres fins, et non l’expression spon­ta­née et auto­ma­tique du fait économique”
    (Anto­nio Gramsci)

    Cer­tains esprits s’offusquèrent : com­ment pou­vait-on aus­si gra­cieu­se­ment reca­pi­ta­li­ser les banques alors que, quelques jours aupa­ra­vant, le pou­voir avait mégo­té à son com­mis­saire aux affaires sociales quelque 1,5 Mil­liard pour le RSA en faveur de la réin­ser­tion des chômeurs ?

    La réponse ne se fit pas attendre : il suf­fi­rait que l’Etat s’endette davantage…auprés des banques, puisque la loi et le trai­té de Maas­tricht l’ont vou­lu ainsi.

    La ficelle étant un peu grosse au regard de l’opinion, on dût pré­ci­ser que le taux d’intérêt des sommes garan­ties aux banques serait tout de même supé­rieur à celui que leur ver­se­rait l’Etat. On eut alors la sur­prise de consta­ter, lors de l’audition des grands ban­quiers devant la Com­mis­sion des finances, réunie à cet effet, qu’aucun d’eux ne mani­fes­tait plus d’appétit par­ti­cu­lier pour ces mon­tants garantis.

    Cela nous ramène à la cita­tion que rap­por­tait ailleurs un autre inter­ve­nant (jpcran­sac), éma­nant de notre seul “Prix Nobel d’économie”:
    “Nous ne sommes même pas dans un régime d’économie libé­rale mais dans la chien­lit politico-économique”
    (Mau­rice Allais)

    Source : http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​0​9​/​0​6​/​2​3​/​d​u​-​p​a​r​t​a​g​e​-​d​e​-​l​a​-​r​i​c​h​e​s​s​e​-​1​2​/​#​c​o​m​m​e​n​t​-​715.

    Réponse
  11. Hadrien

    Pour être tout à fait com­plet, je tiens à ras­su­rer Étienne sur l’i­né­vi­table incom­pré­hen­sion que l’on ren­contre en évo­quant la sto­cho­cra­tie. À preuve :

    COPIE du DIALOGUE avec un inter­lo­cu­teur socia­liste (Soc Dem):

    Soc Dem:”la notion de meilleur ne génère pas une den­si­té de pro­ba­bi­li­té équi­pro­bable dans un tirage aléatoire”

    - Je répète pour la cen­tième fois que le tirage aléa­toire n’a pas pour fonc­tion de dési­gner un quel­conque “chef”. Il désigne des repré­sen­tants char­gés d’exprimer leurs dési­rs (leur “fonc­tion d’utilité”). Au siècle de Péri­clès, ces repré­sen­tants étaient 500 (notre “assem­blée”), tirés au sort afin de repré­sen­ter fidè­le­ment les dési­rs de la population.

    Il y avait ensuite le gou­ver­ne­ment des vingt :

    - dix “stra­tèges” (char­gés d’élaborer la “stra­té­gie” poli­ti­co-mili­taire), élus pour leurs com­pé­tences et proches de votre notion de “meilleur” (Péri­clés fut plu­sieurs fois réélu à ce poste)

    - dix “archontes”, tirés éga­le­ment au sort pour contro­ler la confor­mi­té aux dési­rs expri­més et évi­ter toute dérive du pouvoir
    On voit qu’il s’agissait d’une démo­cra­tie beau­coup plus pré­voyante que la notre vis à vis des risques de déma­go­gie, de cor­rup­tion, ou de confis­ca­tion du pouvoir.

    Soc Dem:”J’ai l’impression que nous n’échangeons pas tout à fait sur le même sujet.

    Ton pro­pos me semble-t-il est de consi­dé­rer les outils mathé­ma­tique pour l’économie.

    Le mien est de les consi­dé­rer du point de vue du choix politique.”

    - Non, nous par­lons bien de la même chose ! L’outil mathé­ma­tique n’est qu’un adjuvant :

    Ma dis­cus­sion avec J.Peyrelevade avait pour objet de mon­trer qu’il man­quait dans sa fonc­tion-objec­tif les variables sociales, ou bien com­mun, autres que la consom­ma­tion. Si on les intègre, on obtient une socio-éco­no­mie qui n”est autre que la poli­tique générale…

    Soc Dem:”Le point de vue libé­ral défen­dant une vision “théo­rie des jeux” est si je ne m’abuse carac­té­ris­tique de leur renon­ce­ment à agir : tout est his­toire de hasard, que le meilleur gagne, tout le monde a sa chance. Avec une ver­sion mys­tique qui est celle de la main invi­sible du mar­ché (dieu vieille sur nous).”

    - Encore une fois, incom­pré­hen­sion totale : c’est tout le contraire !

    D’abord, la théo­rie des jeux est le contraire même du renon­ce­ment à agir, et n’a rien d’hasardeux en pre­mière ana­lyse : c’est un modèle de com­por­te­ment qui est celui du libé­ra­lisme de la jungle pri­mi­tive, ou cha­cun tire la cou­ver­ture à lui avec une force qui n’a pour limite que celle des autres. Et la “main invi­sible” n’a rien de spi­ri­tuel ni de nor­ma­tif, c’est au contraire l’équilibre maté­riel et des­crip­tif qui en découle (néces­si­té fait loi).

    C’est pré­ci­sé­ment ce que vous pré­co­ni­sez, sous d’autres mots, pour votre social-démocratie :

    “vous êtes libre de faire ce que vous vou­lez (libé­ra­lisme) mais dans les limites que nous fixons (enca­dre­ment de ce libéralisme).”
    Quelles sont ces limites ? Tout est dans cette question…

    Si ces limites sont sim­ple­ment celles des autres (toutes choses étant res­pec­tées par ailleurs, au sens usuel de la loi, c’est à dire du main­tien de l’ordre)… c’est la même défi­ni­tion de base que celle du libéralisme.

    Et votre “régu­la­tion : s’il le faut, nous inter­vien­drons avec force (volon­ta­risme de l’Etat)” n’y change rien : c’est une répres­sion illu­soire a pos­te­rio­ri, au lieu de la pré­ven­tion adé­quate a prio­ri : “Le Monde” d’aujourd’hui 23 juillet ne titre-t-il pas “Les banques amé­ri­caines renouent avec la folie des bonus”?

    La for­mu­la­tion de Jean Pey­re­le­vade était sans doute au départ la même que la votre : “dési­rs d’enrichissement indi­vi­duels” dont il fau­drait ten­ter de conte­nir les excés. Cela m’avait fait dire : c’est…la sociale-démo­cra­tie : du rapié­çage, aprés-coup !

    Sans doute y fut-il sen­sible puisque sa for­mu­la­tion mathé­ma­tique, en cours de débat, ne tom­bait pas dans ce piège, ce dont je lui rend jus­tice, et je vous invite à en suivre les péri­pé­ties sur son blog : Il for­mu­la l’optimisation d’un unique objec­tif col­lec­tif au départ, ce qui est le contraire de la théo­rie des jeux.

    Le reste des échanges, avec d’autres inter­lo­cu­teurs, est rela­ti­ve­ment secondaire.

    Il faut sur­tout en rete­nir la posi­tion du libé­ral for­ce­né en économie :

    Habi­tué au des­crip­tif des équi­libres et de la théo­rie des jeux, il oublie que l’on peut aus­si bien décrire ain­si la jungle pri­mi­tive : cela don­na l’évolution des espèces par la sélec­tion natu­relle, ce qui n’est pas rien. Mais des mil­lé­naires de civi­li­sa­tion nous ont aidé à en sor­tir pour vivre une nou­velle aven­ture, ce que résume bien “le Contrat Social” de Rous­seau, et que les libé­raux résument par le main­tien de l’ordre social. Cela ne se fit pas sim­ple­ment en répri­mant les excés des pha­raons ou de tout autre tyran !

    Il en va de même aujourd’hui en éco­no­mie. Et il est assez para­doxal que les plus conser­va­teurs dans l’ordre social soient les plus anar­chiques dans l’ordre économique !

    On qua­li­fie la solu­tion opti­mi­sante de “poli­tique opti­male” (même en maths), ou “stra­té­gie opti­male”, ce qui ren­voie aux “stra­tèges” de la Grèce antique qui avaient bien pour mis­sion de mettre en oeuvre la réso­lu­tion du pro­blème d’optimisation posé.

    Cela ne signi­fie évi­dem­ment pas que cette stra­té­gie se sub­sti­tue à l’individu dans sa vie micro-éco­no­mique (auto-régu­la­tion locale). Seules, les grandes struc­tures macro-éco­no­miques sont tou­chées. Mais, là non plus, ça n’est pas rien et l’intérêt géné­ral ain­si for­mu­lé peut tout changer !

    A titre d’exemple, je ter­mi­nais mon inter­ven­tion, la veille, 22 juillet, sur le blog de J.Peyrelevade, par la phrase :

    “C’est une excel­lente reven­di­ca­tion de la Gauche que de récla­mer la natio­na­li­sa­tion du sec­teur ban­caire en un vaste ser­vice public, à l’image de celui qui accom­pa­gna les trente glorieuses.”

    Source : http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​0​9​/​0​6​/​2​3​/​d​u​-​p​a​r​t​a​g​e​-​d​e​-​l​a​-​r​i​c​h​e​s​s​e​-​1​2​/​#​c​o​m​m​e​n​t​-​709.

    Réponse
  12. Étienne
  13. Étienne

    …

    Éton­nant Hadriens :

    En plus, le texte qu’­Ha­driens a publié ici n’est que la par­tie émer­gée d’un ice­berg étonnant :

    La joute argu­men­tée entre Hadriens « le prêtre mar­xiste key­né­sien » et habsb « le libé­ral for­cé­né et sa pen­sée réflexe » est extrê­me­ment inté­res­sante, je viens d’y griller un après-midi de lec­ture (et de surlignage).

    Les inter­ven­tions de ‘jpcran­sac’ sont tout à fait per­ti­nentes (et for­te­ment vitriolées).

    Mal­gré les reproches qu’on peut lui faire sur le fond (pour refu­ser toute indexa­tion des salaires sur les prix et récla­mer la sup­pres­sion totale des impôts sur les entre­prises, par exemple…), le fair-play (le cou­rage, même) de Jean Pey­re­le­vade est exem­plaire, lui qui laisse appa­rem­ment toute liber­té aux plus viru­lents de ses contra­dic­teurs. Ce n’est pas comme un autre, qui m’in­té­resse aus­si mais qui défaille sou­vent, côté censure 😉

    Un fil de dis­cus­sion inter­mi­nable (70 pages en petite taille), mais dont l’in­té­rêt est constant et soutenu.

    À lire, donc :

    http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​0​9​/​0​6​/​2​3​/​d​u​-​p​a​r​t​a​g​e​-​d​e​-​l​a​-​r​i​c​h​e​s​s​e​-​12/

    ===================================================

    Le même Hadrien avait pro­duit un autre com­men­taire pas­sion­nant dans le billet pré­cé­dent : voyez… http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​0​9​/​0​6​/​1​5​/​d​u​-​p​a​r​t​a​g​e​-​d​e​-​l​a​-​r​i​c​h​e​s​s​e​-​1​1​/​#​c​o​m​m​e​n​t​-​624 :

    Je suis déso­lé d’avoir à rele­ver, dans ce blog qui vou­drait être l’ébauche d’un nou­veau livre, la même thèse constante (pré­ser­ver la ren­ta­bi­li­té du capi­tal) que celle du pré­cé­dent livre de J. Pey­re­le­vade (« Sar­ko­zy : l’erreur his­to­rique », Plon, 2008, où la poli­tique de ce der­nier est jugée trop laxiste parce que… pas assez libérale !).

    En effet, toute entre­prise viable pro­duit une plus value sur le tra­vail. Lorsque ré-inves­tie, elle donne lieu au phé­no­mène de crois­sance. Dans cette “boucle ver­tueuse”, les pré­lè­ve­ments néces­saires sont bien :

    - les éven­tuelles res­sources en matières premières

    - les salaires dus indi­vi­duel­le­ment aux ser­vices des travailleurs

    - les impôts et charges dus col­lec­ti­ve­ment aux ser­vices du domaine public

    En défen­seur des inté­rêts de sa classe, Jean Pey­re­le­vade n’a pas de mots assez durs dans son livre pour fus­ti­ger les deux der­nières dépenses qui sont autant de freins à la crois­sance expo­nen­tielle … du PIB, comme si elle consti­tuait une fin en soi effa­çant tout débat sur les inéga­li­tés crois­santes qu’elle engendre. Car c’est bien là la thèse libé­rale qu’on nous serine : pro­dui­sez, on par­ta­ge­ra après !

    L’auteur doit pour­tant bien savoir que ce para­digme Ricar­dien du capi­ta­lisme et du com­merce inter­na­tio­nal, dont s’inspirent les éco­no­mistes libé­raux, notam­ment à pro­pos de l’Union Euro­péenne, fut éton­nam­ment bat­tu en brèche par Samuel­son et al. lorsqu’ils décou­vrirent qu’il s’exerçait au détri­ment de la cohé­sion sociale par les inéga­li­tés qui l’accompagnent et les ten­sions qui en résultent.

    On note­ra au pas­sage, de façon para­doxale, que c’est la même logique libé­rale que met actuel­le­ment en œuvre… le gou­ver­ne­ment chi­nois pour rat­tra­per les États-Unis. Le der­nier rap­port (2009) sur l’Europe de la fon­da­tion Schu­mann met en évi­dence la courbe de crois­sance expo­nen­tielle du PIB chi­nois qui dépas­se­ra celui des États-Unis en 2018, dans 9 ans à peine… si les choses vont jusque là.

    Au moment où beau­coup s’interrogent sur l’absence de réfé­rence éco­no­mique dans l’ouvrage récent de F. Bay­rou “Abus de pou­voir”, il n’est pas inin­té­res­sant, pour se faire une idée de ce pro­gramme, de citer les pas­sages les plus saillants de l’auteur qui fut le com­pa­gnon de route de F. Bay­rou lors de la cam­pagne pré­si­den­tielle 2007, et pres­sen­ti comme futur res­pon­sable de sa poli­tique éco­no­mique en cas de suc­cès présidentiel…

    ——————————————————————————————————————-

    AVANT-PROPOS :

    “Comment…ne pas approu­ver maintes réformes qui s’attaquent cou­ra­geu­se­ment à des archaïsmes fla­grants de la socié­té française?”(p.8)

    “Ain­si de la loi sur l’autonomie des universités…

    Ain­si de la réforme des régimes spé­ciaux de retraite…

    Ain­si de la modi­fi­ca­tion de la carte judiciaire…

    Ain­si de l’apparition de formes assou­plies du contrat de travail…

    Toutes ces belles actions, dont le citoyen se féli­cite, ne sont pas négli­geables. Mais…: 23 000 agents de l’état en moins au bud­get 2008, soit une dimi­nu­tion de un pour mille. Non pas beau­coup de bruit pour rien, mais beau­coup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l’ordre des chiffres” (p.9)…

    “Curieuse conver­gence de voca­bu­laire avec Ségo­lène Royal. La gauche fut long­temps inca­pable de chan­ger en pro­fon­deur le pays…(p.14)

    CHAPITRE 2 (Le pou­voir d’achat) :

    “La pro­messe d’amélioration du pou­voir d’achat faite pen­dant la cam­pagne élec­to­rale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue… Or, elle n’est pas près de l’être. Dans la répar­ti­tion de la richesse natio­nale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux.” (p.35)

    CHAPITRE 3 (Le mal français) :

    “Quel malaise de voir Nico­las Sar­ko­zy et Lio­nel Jos­pin pro­fes­ser les mêmes erreurs : déma­go­gie de droite et déma­go­gie de gauche, éga­le­ment ancrées, se rejoignent. A notre brillant duo, vient se joindre une voix fémi­nine. Ségo­lène Royal inter­roge en ces termes les mili­tants du par­ti socialiste :

    - Il faut rééqui­li­brer le rap­port de forces entre le tra­vail et le capi­tal par une meilleure répar­ti­tion du pro­fit. Quels contre-pou­voirs dans l’entreprise?” (p.71)

    “Faut-il pré­fé­rer Ber­trand Dela­noë ? Ce libé­ral anti-capi­ta­liste vient d’ajouter sa voix à ce chœur dis­so­nant : il réclame une taxa­tion des reve­nus du capi­tal et, comme Nico­las Sar­ko­zy, une révi­sion des exo­né­ra­tions consen­ties aux entre­prises qui refu­se­raient des aug­men­ta­tions sala­riales. À quoi sert de chan­ger nos diri­geants s’ils pro­fessent tous les mêmes inep­ties?” (p.72)

    CHAPITRE 4 : LES DÉFICITS

    ” Le vieillis­se­ment de la popu­la­tion, consé­quence de l’allongement de l’espérance de vie (un an gagné tous les quatre ans), fait peser un poids sans cesse accru sur les régimes d’assurance vieillesse et d’assurance mala­die…: c’est aux béné­fi­ciaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs coti­sa­tions les pres­ta­tions qu’ils reçoivent. Les per­sonnes phy­siques, les ménages, sont les seuls concer­nés, les seuls à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l’entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pen­sion ni droit à assu­rance san­té ? Deman­der une contri­bu­tion au sys­tème pro­duc­tif n’a comme sens que de mas­quer l’ampleur de l’effort néces­saire et comme seul effet de peser sur sa com­pé­ti­ti­vi­té.” (p.103)

    “À ma connais­sance, nous sommes le seul pays déve­lop­pé au monde ou la défi­ni­tion des heures sup­plé­men­taires, leurs contin­gents et leurs rému­né­ra­tions sont fixés par déci­sion du légis­la­teur central…

    Dès lors, un pou­voir poli­tique nou­vel­le­ment élu, d’inspiration pré­ten­du­ment libé­rale, pré­ten­du­ment favo­rable à l’entreprise, pré­ten­du­ment déci­dé à res­tau­rer la com­pé­ti­ti­vi­té de notre appa­reil pro­duc­tif, pro­cla­mant à juste titre que les 35 heures furent une faute gigan­tesque, ce pou­voir là serait pas­sé à l’acte s’il avait été consé­quent. Un article de loi de trois lignes aurait suf­fi à mettre fin à notre singularité :

    - La durée effec­tive du tra­vail et sa rému­né­ra­tion relèvent d’accords contrac­tuels entre employeurs et sala­riés. L’une et l’autre sont fixées par des accords de branche ou d’entreprise.” (p.126–127)

    CHAPITRE 6 (D’où vient Jean Peyrelevade ?) :

    “L’équipe tout d’abord. En 1981, elle était dans les murs puisqu’elle for­mait une par­tie, la plus émi­nente par les res­pon­sa­bi­li­tés, du gou­ver­ne­ment lui-même. La vision macroé­co­no­mique ensuite…Pascal Lamy à Rivo­li…, moi-même à Mati­gnon ser­vions de relais entre nos patrons poli­tiques res­pec­tifs [Jacques Delors ministre des Finances, Pierre Mau­roy Pre­mier ministre]” (p.158–159)

    “C’est ain­si que fut pris le virage de poli­tique éco­no­mique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lio­nel Jos­pin, alors pre­mier secré­taire du par­ti socia­liste, crut bon d’appeler la paren­thèse de la rigueur, com­met­tant ain­si une erreur de forme et de fond… (p.151)

    “Il y eut dans notre action, pour une part signi­fi­ca­tive, comme une sorte de reli­quat de cor­rec­tion Barriste…Une hausse tem­po­raire des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires sur les ménages fait par­tie inté­grante de tout plan de redres­se­ment digne de ce nom (155−156):”

    “De 1982 à 1984, le taux de crois­sance de l’économie fran­çaise fut divi­sé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simul­ta­né­ment, en 1983 et 1984, le pou­voir d’achat des ménages subit une légère dimi­nu­tion (-0,1 puis ‑1,1%), ce qui était conforme à la poli­tique sui­vie.” (p.156–157)

    CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :

    “LIBÉRER LE TRAVAIL :

    La pre­mière mesure consiste à libé­rer le travail…je veux dire le libé­rer vrai­ment en met­tant fin aux trente-cinq heures, sans avoir à payer pour cela des mil­liards d’euros d’argent public.

    On a vu ce qu’était la solu­tion : il suf­fit de ren­voyer au dia­logue contrac­tuel entre par­te­naires sociaux les déci­sions rela­tives à la durée du tra­vail et sur­tout à sa rému­né­ra­tion, point sur lequel Nico­las Sar­ko­zy, tout à sa volon­té de dis­tri­buer du pou­voir d’achat, demeure figé. Ne res­te­raient comme ins­tru­ments cen­traux, inter­pro­fes­sion­nels, à la main de l’exécutif et/ou du légis­la­teur, qu’une durée maxi­male du tra­vail qui serait d’ordre public (aujourd’hui 48 heures par semaine en ver­tu d’une direc­tive euro­péenne) et le SMIC.” (p.169)

    “RÉTABLIR LES FINANCES PUBLIQUES :

    L’objectif cen­tral est de dépla­cer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entre­prises et donc au détri­ment pro­vi­soire des ménages, le par­tage de la valeur ajoutée…

    La remise en ordre de l’appareil pro­duc­tif passe néces­sai­re­ment par un pré­lè­ve­ment sur le pou­voir d’achat des ménages (à nou­veau, qui d’autre pour­rait payer une telle opé­ra­tion?)… Année aprés année, avec une sorte de tran­quilli­té opi­ni­niâtre, il convient de modi­fier à la marge la répar­ti­tion de la valeur ajou­tée, du PIB, de façon à en lais­ser une part un peu plus four­nie aux entre­prises, un peu moins grande aux ménages.” (p.169–171)

    “Si l’on entend vrai­ment dépla­cer des entre­prises aux ménages un cur­seur de charges mal réglé, la hausse des taux de cer­tains pré­lè­ve­ments est incon­tour­nable.” (p.173)

    “DIMINUER L’IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS :

    On peut ain­si rêver à une sorte d’utopie fis­cale. Sup­po­sons que l’on réduise à rien l’impôt sur les socié­tés qui est actuel­le­ment du tiers du béné­fice impo­sable. Les marges brute et nette de l’entreprise sont aug­men­tées du mon­tant de l’impôt sup­pri­mé.” (p.179–180)

    “Cette uto­pie per­met­trait de résoudre au pas­sage l’énigme déjà ren­con­trée de l’arbitrage fis­cal entre le tra­vail et le capi­tal. L’entreprise…, il s’agit, en tout état de cause d’une charge pour elle. Exo­né­rons-la de toute taxa­tion à ce titre et les reve­nus du capi­tal, quelle qu’en soit la forme (loyers, inté­rêts, divi­dendes ou plus-values), devraient être sou­mis à des pré­lè­ve­ments fis­caux et sociaux iden­tiques. Vaut-il mieux impo­ser les reve­nus du capi­tal ou ceux du tra­vail ? L’arbitrage fis­cal, à par­tir du moment où l’on n’y mêle plus les entre­prises, exer­cé au sein de la caté­go­rie des seuls ménages, prend alors tout son sens, éco­no­mique et poli­tique.” (p.181–182)

    ——————————————————————————————————————-

    Pour être com­plet, on ne sau­rait oublier le pre­mier des pré­lè­ve­ments cités plus haut, celui sur la nature, qui a don­né lieu à un autre type de reven­di­ca­tion : la reven­di­ca­tion éco­lo­gique, qui fait par­tie des élé­ments de bien-être auquel cha­cun doit avoir accès. Si cette reven­di­ca­tion appa­raît aujourd’hui comme récente, ce n’est pas faute d’avoir exis­té dans le pas­sé. Marx lui-même l’évoquait dans ses écrits de jeu­nesse (Manus­crits de 1844). Mais elle fut tue tant qu’elle ne tou­chait que la par­tie la plus défa­vo­ri­sée de la popu­la­tion : la pol­lu­tion des détri­tus au moyen-âge ou celle des houillères dans les corons du Nord fai­saient plus de ravages mor­tels que la pol­lu­tion car­bo­née de nos villes aujourd’hui. Mais les bobos d’aujourd’hui n’étaient pas là pour en sup­por­ter les conséquences !

    En tout état de cause, on voit bien que l’économie et l’écologie ne sont que des cha­pitres du grand livre de la poli­tique au sens éty­mo­lo­gique grec du terme, et qui doit tendre au bien commun.

    Car c’est bien là le cœur du problème :

    Quelles que soient les ana­lyses détaillées sur tel ou tel aspect du pro­blème, le bilan du tra­vail four­ni par l’Homme, tout comme celui de l’énergie en Phy­sique, ne dis­pa­raît pas. Il res­sur­git sous une forme ou une autre, au pro­fit de quelqu’un…pas sou­vent le bon ! Marx avait un mot pour cela : lutte des classes…Mais les éco­no­mistes que cela gênait se sont ingé­niés à voir en lui un idéo­logue, comme si l’économie, dans ses fins, ne devait pas être pas subor­don­née aux dési­rs des hommes !

    Dom­mage que l’on ne s’inspire pas davan­tage de la Consti­tu­tion d’Athènes. Comme se plait à le rap­pe­ler Etienne Chouard, ce n’est pas par hasard si le siècle de Péri­clès fut aus­si l’apogée de la démo­cra­tie athé­nienne : Les membres de l’Assemblée étaient tirés au hasard, pour une repré­sen­ta­tion équi­table des inté­rêts de la popu­la­tion, et le gou­ver­ne­ment était pour moi­tié tiré au sort, pour moi­tié élu.

    On trouve une sorte de syn­thèse de tous ces aspects éco- dans la vision huma­niste qu’exposent cer­tains éco­no­mistes comme le Prix Nobel Amar­tya Sen dans ses nom­breux ouvrages ou le fran­çais Jacques Géné­reux dans ses deux der­niers livres (de mémoire : “Les véri­tables lois de l’économie”, et “Le socia­lisme néo moderne”).

    Avant 1920, Jau­rès écri­vait dans “l’Humanité”,qu’il fon­da, et Engels dans “Sozial­de­mo­kra­ter”.

    Les dévia­tions his­to­riques que furent Sovié­tisme et Maoïsme ont pré­ci­pi­té l’histoire dans une confu­sion qui dure encore : ces expé­riences, nées de socié­tés féo­dales à base rurale, ne connurent jamais l’étape des démo­cra­ties libé­rales bour­geoises ana­ly­sée par Marx et Engels, et som­brèrent immé­dia­te­ment dans la dic­ta­ture mili­taire et le culte de la personnalité.

    Peut-être, la crise actuelle du capi­ta­lisme aidant, la Gauche dans son ensemble sau­ra-t-elle faire émer­ger le grand rêve antique…par un Congrès de Tours à l’envers (évo­qué, paraît-il par… M. Rocard!).

    Pour l’instant, on en est très loin puisque la “bande des quatre” n’a même pas res­pec­té, lors de l’épisode Trai­té Consti­tu­tion­nel – Trai­té de Lis­bonne, les prin­cipes élé­men­taires de démo­cra­tie consti­tu­tion­nelle édic­tés par les Grecs (voir à ce sujet le site d’Etienne Chouard). 

    (Source : http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​0​9​/​0​6​/​1​5​/​d​u​-​p​a​r​t​a​g​e​-​d​e​-​l​a​-​r​i​c​h​e​s​s​e​-​1​1​/​#​c​o​m​m​e​n​t​-​624)

    Puis, dans le billet sui­vant, Hadriens a refor­mu­lé briè­ve­ment sa cri­tique de façon très intéressante :

    Je reviens sur l’intervention de Jean Pey­re­le­vade puisque nos com­men­taires se sont en par­tie croisés. 

    Si je m’exempte de rajou­ter quoi que ce soit à la réponse suf­fi­sante déjà don­née par l’intervenant jpcran­sac, je me dois, en revanche, de rele­ver l’appréciation “il est vrai que la Chine, contrai­re­ment à nous, surin­ves­tit”, où J. Pey­re­le­vade pour­rait sem­bler, comme à regret, me don­ner rai­son sur un simple point tech­nique. Mon accu­sa­tion ‑com­men­taire de (11)- était beau­coup plus grave, car “c’est la même logique libé­rale que met actuel­le­ment en œuvre… le gou­ver­ne­ment chi­nois pour rat­tra­per les États-Unis” signi­fiait, en clair :

    Ce gou­ver­ne­ment chi­nois, en ouvrant ses fron­tières, a uti­li­sé la cupi­di­té de NOS inves­tis­seurs capi­ta­listes, dont le SURINVESTISSEMENT en Chine est celui issu des capi­taux accu­mu­lés jusque là grâce à la sueur de NOS fronts, et qui met à bas NOTRE éco­no­mie avec la com­pli­ci­té de NOS “élites” au pre­mier rang des­quelles NOTRE com­pa­triote Pas­cal Lamy à la tête de l’OMC.

    D’où mes réfé­rences à Raoul Marc Jen­nar et Jean Luc Gréau pour, res­pec­ti­ve­ment, “la tra­hi­son des élites” (Fayard, 2004) et “la tra­hi­son des éco­no­mistes” (Gal­li­mard, 2008).

    C’est moi qui aurait pu dire : « il est vrai que le gou­ver­ne­ment chi­nois uti­lise main­te­nant la même logique à son propre compte”.

    En ce sens, je donne par­fai­te­ment rai­son à l’intervenant Mes­nil qui ajou­tait, après mon com­men­taire de la par­tie (11):

    “Il suf­fi­rait que nos conci­toyens et action­naires soient un peu moins amorphes et mettent tout ce monde là dehors et les choses iraient mieux. Tant qu’ils ne le font pas, tant pis pour eux. En revanche, lors­qu’ils réa­li­se­ront que c’est la solu­tion pour s’en sor­tir, il va y avoir du sang et des larmes ! ”

    Cela rend presque super­flu ce que j’aurais vou­lu dire en réponse à :

    - la pré­ci­sion de Jean Pey­re­le­vade sur sa Refon­da­tion du Capi­ta­lisme qui com­mence par l’assertion d’apparence ano­dine : “nous avons mis en place une éco­no­mie d’échanges fon­dée sur le désir d’enrichissement individuel”.

    - les cer­ti­tudes des deux inter­ve­nants immé­dia­te­ment pré­cé­dents sur le “pro­duc­ti­visme” ou le “key­né­sia­nisme”, tous mots en “isme” symp­tômes de la pensée-réflexe.

    En effet, à l’expression de J. Pey­re­le­vade, il manque tout d’abord l’essentiel : “éco­no­mie de…(PRODUCTION)… et d’échanges”. Ceci n’a rien d’étonnant de la part d’un éco­no­miste-ban­quier pour qui la pro­duc­tion est sans doute secon­daire puisqu’il a sur­tout vu du sys­tème éco­no­mique, non celle qui invente, qui crée, qui fait pro­gres­ser notre condi­tion humaine, mais sa par­tie finan­cière qui pro­duit de plus en plus… de la spé­cu­la­tion, par pure âpre­té au gain et ponc­tion sur la pro­duc­tion des autres !

    Sur la base de cette défi­ni­tion tron­quée de l’économie libé­rale, c’est à dire du dit capi­ta­lisme à refon­der, on n’aurait plus qu’un fluide conser­va­tif qui cir­cule de place en place sans que rien ne se crée puisqu’il n’y a pas de production…

    C’est dire l’inanité qu’il y a à for­mu­ler sur ces bases d’aussi approxi­ma­tives inten­tions que “fabri­quer un vrai contre-pou­voir capable chaque fois que néces­saire de faire pré­va­loir l’intérêt col­lec­tif contre les agré­ga­tions de cupi­di­té indi­vi­duelle”, tout autant qu’il y en a à pro­non­cer des mots en “isme”:

    (Source : http://​pey​re​le​vade​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​0​9​/​0​6​/​2​3​/​d​u​-​p​a​r​t​a​g​e​-​d​e​-​l​a​-​r​i​c​h​e​s​s​e​-​1​2​/​#​c​o​m​m​e​n​t​-​660.)

    Bonne lec­ture 🙂

    Étienne.

    Réponse
  14. Hadrien

    Je réponds posi­ti­ve­ment à André-Jacques pour l’u­ti­li­sa­tion de tout ou par­tie de mes joutes pey­re­le­va­diennes de cet été.
    J’ai quelque peu repris du ser­vice à l’oc­ca­sion des deux der­niers billets de JP.
    Mais mon dia­logue du mois d’Aout avec le « libé­ral for­ce­né » est un tel cas d’é­cole que l’on pour­rait en faire un pas­tiche de « Il Dia­lo­go » de Galilée !

    Ami­tiés,

    Hadrien

    Réponse
  15. Joe Liqueur

    @ Hadrien et Etienne

    Je n’ai lu que la par­tie émer­gée de l’i­ce­berg, mais je crois que je vais me plon­ger aus­si dans la par­tie immer­gée, ça a l’air vrai­ment pas­sion­nant (d’au­tant que je découvre à l’oc­ca­sion le blog de Peyrelevade).

    La remarque d’E­tienne au sujet de l’im­pôt sur les socié­tés m’in­ter­pelle dans la mesure où je pense que l’im­pôt ne devrait concer­ner que les per­sonnes phy­siques, à l’ex­clu­sion de toute per­sonne morale (et qu’il devrait frap­per d’a­bord le capi­tal, avant le reve­nu, mais c’est une très vaste question).

    Je revien­drai peut-être vous faire part de mes réflexions après lecture.

    Pour ce qui concerne le com­men­taire d’Ha­drien publié ici (le pre­mier), en deux mots, je ne suis pas du tout convain­cu par la sto­cho­cra­tie (qui semble-t-il vous tient à cœur à tous deux), par contre, sur les ques­tions liées à l’é­mis­sion moné­taire, je n’ai guère de réserves.

    @ A‑J Holbecq

    Je suis arri­vé ici via votre lien chez RST, mer­ci pour le tuyau !

    J’a­vais décou­vert il y a quelques mois votre inter­ven­tion radio­pho­nique citée par Hadrien (en même temps que le socié­ta­lisme). Du coup je vous ré-écoute, et je me dis qu’il s’a­git d’une sorte de cré­dit-revol­ving à l’é­chelle de l’E­tat – ce qui n’est pas très rassurant !

    Je viens aus­si de relire de près ce papier de Lordon :

    http://blog.mondediplo.net/2010–02-17-Au-dela-de-la-Grece-deficits-dettes-et-monnaie

    Et je me dis que cet excellent Lor­don laisse quand même de côté quelques ques­tions gênantes, comme RST et d’autres le sug­gèrent d’ailleurs dans les commentaires.

    Réponse
  16. A-J Holbecq

    @Joe Liqueur

    Bon­jour

    Je sup­pose que vous vou­lez par­ler du finan­ce­ment de la dette publique par la banque cen­trale ou en atten­dant de notre pro­po­si­tion de l’a­chat par la banque cen­trale (moné­ti­sa­tion) des nou­velles obli­ga­tions émises.

    Cré­dit révol­ving à l’é­chelle de l’É­tat.. c’est une bonne image. Mais la dif­fé­rence avec le cré­dit revol­ving (celui qui vous inquiète), c’est qu’il serait sans intérêts.

    En ima­gi­nant qu’il ait été mis en place en 1980, et toutes choses res­tant égales par ailleurs, le cré­dit rési­duel serait à fin 2009 de seule­ment 21 mil­liards d’eu­ros (au lieu d’une dette de 1327 à cette date)

    En ima­gi­nant qu’il soit mis en place demain lun­di, on peut consi­dé­rer que nous n’au­rions plus à payer 150 mil­lions d’in­té­rêts par jour (bien que les créan­ciers rece­vraient les inté­rêts le temps de durée des obli­ga­tions et béné­fi­cie­raient du rem­bour­se­ment à échéance), immé­dia­te­ment (puis­qu’il suf­fi­rait que la Banque Cen­trale moné­tise chaque jour l’équivalent)

    Réponse
  17. Joe Liqueur

    Bon­jour A‑J,

    Déso­lé, j’ai sans doute été par trop ellip­tique dans mon pro­pos ; quand j’é­vo­quais le « cré­dit-revol­ving à l’é­chelle de l’E­tat », je pen­sais bien à la situa­tion que vous dénon­cez, non pas à la réforme que vous appe­lez de vos vœux – laquelle, bien sûr, change ce « cré­dit-revol­ving » en un cré­dit à taux zéro, ce qui est n’est plus du tout la même chose – j’a­vais bien com­pris ! (et si tout cela pou­vait être mis en place demain lun­di, ce serait une semaine qui com­men­ce­rait plu­tôt bien, mais je crois que ce n’est pas à l’ordre du jour…)

    Les chiffres que vous don­nez sont déci­dé­ment stupéfiants…

    Réponse
  18. Hadrien

    A‑J,

    Ci-des­sous un com­men­taire envoyé, ce jour 7 Mars, sur le blog de Paul Jorion à pro­pos du billet par Claude Roche :

    LE CRÉDIT BANCAIRE

    Puis­qu’il est ques­tion de mon­naie et du récent ouvrage de Paul Jorion « L’Argent, mode d’emploi », qu’on me per­mette ici de livrer le point sur lequel a achop­pé ma lec­ture de cet ouvrage, au demeu­rant fort res­pec­table, ache­té hier matin.

    Au Cha­pitre V (Le fonc­tion­ne­ment des banques com­mer­ciales), Paul Jorion, pour démê­ler le vrai du faux dans la fameuse dia­tribe de créa­tion moné­taire ex nihi­lo, écrit :

    « Voi­ci com­ment le sys­tème fonc­tionne : Eusèbe dépose 100E sur son compte à la banque. La banque est obli­gée de consti­tuer sur cette somme une réserve frac­tion­naire (10%) en banque cen­trale. Le reste, elle a la droit de le prê­ter. Ce qu’elle fait : Casi­mir avait besoin de 90E, elle les lui accorde…
    Casi­mir, ayant obte­nu de la banque un prêt de 90E, oublie sou­dai­ne­ment pour­quoi il avait besoin de cette somme et la laisse dor­mir sur son compte en banque. Laquelle, pro­fi­tant de l’au­baine, prête alors, à par­tir du dépôt de Casi­mir, la somme…81E à Oscar… et ain­si de suite, d’où le mul­ti­pli­ca­teur 10 de la masse monétaire. »

    NON ! CASIMIR EMPRUNTE NÉCESSAIREMENT POUR ACHETER, ET LE VENDEUR DÉPOSERA LE PRODUIT DE LA VENTE À SA BANQUE, QUI EN PRÊTERA 90% À OSCAR…ET AINSI DE SUITE.
    D’OÙ LES 900% de flux moné­taire ain­si mis en cir­cu­la­tion à par­tir d’une base ini­tiale 100 !

    Paul Jorion poursuit :
    « Le cal­cul est inté­res­sant, mais c’est là un « outil d’é­co­no­miste » : c’est une construc­tion théo­rique qui exprime sans plus la vitesse de cir­cu­la­tion de l’argent. »

    NON ! S’IL NE S’AGISSAIT QUE DE VITESSE, CE SERAIT LA MÊME SOMME CIRCULANT PLUS VITE, APRÈS CRÉATIONS/DESTRUCTIONS SUCCESSIVES, COMME POUR TOUT DÉNOUEMENT DE DETTE.
    OR, IL S’AGIT ICI DE FLUX SIMULTANÉS, LA CRÉATION SUIVANTE N’ENTRAÎNANT PAS DE DESTRUCTION, PUISQU’ELLE N’ATTEND PAS LE DÉNOUEMENT DE LA DETTE PRÉCÉDENTE.

    Et Paul Jorion conclue :
    « Sou­ve­nons-nous en effet que le cal­cul fon­dé sur le taux de réserve frac­tion­naire ne pro­duit ces chiffres stu­pé­fiants… que dans un seul cas de figure… : cha­cun uti­lise la tota­li­té du mon­tant de son prêt pour le dépo­ser sur un compte à vue… »

    NON ! CHACUN UTILISE LA TOTALITÉ DU MONTANT DE SON PRÊT POUR LE … DÉPENSER AUPRES D’UN TIERS QUI, LUI, LE DÉPOSERA SUR SON COMPTE À VUE, ETC.

    Dans le cha­pitre sui­vant, Paul Jorion en déduit :
    « Les expli­ca­tions rela­tives à la créa­tion moné­taire par les banques com­mer­ciales sont en géné­ral trés embrouillées.…. »

    AI-JE L’AIR D’ÊTRE SI EMBROUILLÉ ?

    Et Paul Jorion enchaîne :
    … la cir­cu­la­tion res­pecte néces­sai­re­ment le prin­cipe de conser­va­tion des quan­ti­tés, d’une part, et d’autre part, l’en­re­gis­tre­ment comp­table dont le lan­gage… repose sur une éga­li­té de prin­cipe entre cré­dit et débit. 

    NON ! IL N’Y A PAS CONSERVATION DES MÊMES QUANTITÉS PUISQUE L’UNE DES DEUX EST UNE DETTE dont Paul Jorion a bien pris soin de nous dire :
    « De mon point de vue, une recon­nais­sance de dette n’est pas de la mon­naie, le terme ten­dant à sug­gé­rer qu’il y aurait une iden­ti­té de nature entre la mar­chan­dise pri­vi­lé­giée qu’est… l’argent, et une trace de tran­sac­tion conte­nant l’an­nonce de deux tran­sac­tions à venir, qu’est une recon­nais­sance de dette. »

    C’est bien là que se trouve la SOLUTION DE L’AMBIGUITÉ : Dans tout sys­tème où l’on peut dis­po­ser d’un bien immé­dia­te­ment en échange d’une pro­messe, il y aura mul­ti­pli­ca­tion immé­diate de ce bien avant,… bien avant que le dénoue­ment de la pro­messe ait lieu.

    Pour par­ler le lan­gage de l’in­for­ma­tique, c’est mul­ti­plier les pro­ces­seurs pour faire du cal­cul paral­lèle au lieu de faire du cal­cul pipe-line. On note­ra qu’il n’y a là, pour l’ins­tant, aucun juge­ment de valeur.

    Véri­fi­ca­tion faite, j’ai retrou­vé cette for­mu­la­tion cor­recte dans quan­ti­té d’ou­vrages… qui n’en font pas tout un plat, à com­men­cer par le moins pré­ten­tieux, celui de A‑J Hol­becq et al. (L’é­co­no­mie citoyenne, Edi­tions Yves Michel 2002), qui résume la chose en moins de quatre lignes :
    « En atten­dant, ces nou­veaux 90(00)F (il en était encore aux francs), une fois dépen­sés, abou­ti­ront sur un autre compte dépôt et la banque récep­trice pour­ra à son tour accor­der un autre prêt de 81(00)F. Ces 81(00)F abou­ti­ront à leur tour sur un compte de dépôt et per­met­tront à leur tour un nou­veau prêt, etc., ce sys­tème abou­tis­sant en fin de compte à la pos­si­bi­li­té de mul­ti­plier par 10 les 100(00) initiaux. »

    Marx l’a­vait déjà com­pris lorsque, à la ques­tion « La pro­duc­tion capi­ta­liste avec son volume actuel serait-elle pos­sible sans le sys­tème du cré­dit ? », il répon­dait : « Évi­dem­ment, NON ! »

    À vrai dire, Paul Jorion semble avoir été heur­té par la for­mu­la­tion qu’il cite de notre « Prix Nobel d’E­co­no­mie » Mau­rice Allais :
     » À chaque opé­ra­tion de cré­dit, il y a ain­si dupli­ca­tion moné­taire. Au total, le méca­nisme du cré­dit abou­tit à une créa­tion de mon­naie EX NIHILO par de simples jeux d’écritures. »
    le même décla­rant éga­le­ment, par ailleurs :
    « dans son essence, la créa­tion de mon­naie EX NIHILO actuelle par le sys­tème ban­caire est iden­tique à la créa­tion de mon­naie par des faux mon­nayeurs… La seule dif­fé­rence est que ceux qui en pro­fitent sont différents. »

    Le mot EX NIHILO est effec­ti­ve­ment mal­heu­reux puisque c’est plu­tôt EX PRIMO qu’il fau­drait dire (la mul­ti­pli­ca­tion à par­tir du pre­mier). Mais le mot faux mon­nayeurs est plus juste, puis­qu’on laisse ain­si aux banques com­mer­ciales 90% de la créa­tion moné­taire, mono­pole nor­ma­le­ment dévo­lu à l’État.

    Lorsque tout le sec­teur du cré­dit fut natio­na­li­sé à la Libé­ra­tion, les béné­fices (au double sens du terme) en reve­naient à l’É­tat et pou­vaient donc être redis­tri­bués dans l’in­té­rêt géné­ral. Lorsque ce sec­teur fut pri­va­ti­sé par Bal­la­dur, puis Strauss-Khan/­Jos­pin, on revint au sché­ma capi­ta­liste anglo-saxon pour les banques com­mer­ciales avec, de sur­croît, une banque cen­trale natio­nale dépour­vue du droit de créa­tion ini­tial au pro­fit de la BCE. Ce qui a pour consé­quence l’ex­plo­sion de…

    LA DETTE PUBLIQUE

    C’est en Jan­vier 1973, sous l’égide de Pom­pi­dou, ancien ban­quier du Groupe Rot­schild, et de son ministre des finances Gis­card d’Estaing, de façon presque conco­mi­tante à l’entrée du Royaume Uni dans l’Europe d’alors, que fut adop­tée la loi inter­di­sant à l’État Fran­çais d’emprunter auprès de la Banque de France. Contrai­re­ment à ce qui se fai­sait jusqu’alors, cette loi fit obli­ga­tion à l’État Fran­çais de s’adresser désor­mais au sec­teur ban­caire mar­chand, moyen­nant un inté­rêt ver­sé à ce dernier.

    Beau­coup d’observateurs ne virent là qu’un jeu d’écritures, tant que notre sec­teur ban­caire res­tait natio­na­li­sé, comme l’avait vou­lu le Conseil Natio­nal de la Résis­tance. Mais cela ne res­ta pas long­temps en l’état, comme on s’en aper­çut très vite.

    L’opération fut d’abord ins­crite, en 1992, dans le marbre du trai­té de Maas­tricht, sous l’égide de Delors et aux bons soins de Lamy, son Direc­teur de cabi­net, qui se retrou­va deux ans plus tard Direc­teur du Cré­dit Lyon­nais pour en pré­pa­rer la pri­va­ti­sa­tion. Entre temps, le nou­veau ministre des finances Bal­la­dur, ancien proche de Pom­pi­dou dont il avait diri­gé le cabi­net, pro­cé­da aux pre­mières pri­va­ti­sa­tions, celles des banques en prio­ri­té, dès 1993. L’opération fut par­ache­vée par Strauss-Kahn, qui s’en fit le plus zélé pro­ta­go­niste au sein du gou­ver­ne­ment Jos­pin, de sorte que ce der­nier res­te­ra comme le gou­ver­ne­ment ayant le plus pri­va­ti­sé en France !

    Il en découle, depuis 1993, que la dette publique, jusque là effa­cée par son retour d’intérêts dans le giron de l’Etat, et avant cela par émis­sion pure et simple, s’accumule aujourd’hui au béné­fice de ban­quiers pri­vés et consti­tue la plus gigan­tesque rente ver­sée au grand capi­ta­lisme, au point que les inté­rêts cumu­lés ne sont pas loin de rejoindre le mon­tant de la dette elle-même (1400−1500) Mil­liards d’Euros). Cette rente repré­sente chaque année, comme on le sait, un mon­tant deve­nu depuis peu supé­rieur à la tota­li­té de l’impôt sur le reve­nu. En d’autres termes, sans ce mons­trueux cadeau volon­taire ver­sé chaque année aux grands action­naires des banques, les fran­çais pour­raient s’exempter aujourd’hui de payer l’impôt sur le reve­nu (et il res­te­rait encore un solde positif) !

    Cette dis­po­si­tion, on l’a vu, découle d’un plan savam­ment conduit par des per­son­na­li­tés au coeur du sys­tème finan­cier et ban­caire (Pom­pi­dou, Lamy, Bal­la­dur, Strauss-Kahn). Il serait évi­dem­ment risible de pré­tendre qu’ils igno­raient les consé­quences de leurs actes, puisque c’est ce but même qui était visé : écar­ter l’E­tat, au béné­fice d’intérêts pri­vés per­ce­vant l’impôt à sa place, sous forme de dette publique !

    Réponse
  19. Hadrien

    Voi­ci les échanges qu’a pro­vo­qués le com­men­taire ci-des­sus, sur le blog de Paul Jorion :

    –

    Paul Jorion dit :
    7 mars 2010 à 22:05

      " NON! IL N’Y A PAS CONSERVATION DES MÊMES QUANTITES PUISQUE L’UNE DES DEUX EST UNE DETTE " :

    Si, il y a conser­va­tion des mêmes quan­ti­tés (d’argent) PUISQUE l’un des deux est une dette (donc pas de l’argent, même si cette dette a une valeur marchande).

    Je ne vous force pas la main, je ne déforme pas vos pro­pos : c’est votre propre phrase.

       … il y aura multiplication immédiate de ce bien.

    Il n’y a mul­ti­pli­ca­tion que si vous addi­tion­nez les recon­nais­sances de dette à l’argent. Or, les sommes sur votre rele­vé de compte ne sont que des recon­nais­sances de dette. Quand vous les sor­tez du compte, elles rede­viennent de l’argent, et dans ce cas-là, la banque devrait en prin­cipe « débo­bi­ner » tous les prêts qui ont suc­ces­si­ve­ment pu être faits à par­tir de cette somme (selon le méca­nisme des réserves frac­tion­naires) – en pra­tique, elle pré­fé­re­ra aller le cher­cher ailleurs. Et le même rai­son­ne­ment s’applique à tous ceux dans la chaîne qui déposent suc­ces­si­ve­ment une frac­tion de la somme ini­tiale sur leur compte.

    Voyez le billet de Claude Roche ci-des­sus : « Paul Jorion l’a ample­ment démon­tré et l’on se conten­te­ra ici de ren­voyer à son L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009) : la mon­naie d’aujourd’hui est un ensemble dis­pa­rate for­mé d’argent – qui est un gage réel, auquel se rajoutent des créances de tous types plus ou moins solides, etc. »

    Cra­paud Rouge dit :
    8 mars 2010 à 06:37

    @l’auguste auteur de « Com­ment la véri­té et la réa­li­té furent inven­tées » : ne pen­sez-vous pas que citer quelqu’un qui cite soi-même est un argu­ment quelque peu « cir­cu­laire », donc de valeur dis­cur­sive rigou­reu­se­ment nulle ? (Vous avez remar­qué que je ne me suis pas adres­sé à l’auteur de « L’Argent mode d’emploi » avec les théo­ries duquel je suis plu­tôt d’accord.)

    -

    Jean-Luce Mor­lie dit :
    8 mars 2010 à 11:08

    @crapaud

    La « cir­cu­la­ri­té » que vous déplo­rez invite Hadrien à lire, puis à relire, sans plus…

    Pour répondre à Hadrien, Jorion écrit « Claude Roche à écrit que Jorion a éta­bli le fait suivant » :

       .. il y a conservation des mêmes quantités (d’argent) PUISQUE l’un des deux est une dette (donc pas de l’argent, même si cette dette a une valeur marchande »

    Ce qui est une façon pour Jorion de dire « Claude Roche et moi, sommes d’accord sur ce fait logi­que­ment éta­bli » (qui est tout dif­fé­rent du simple par­tage d’un même avis ).

    aller … « pour le dire encore plus sim­ple­ment » : Jorion n’a pas dit « j’ai rai­son parce que Claude Roche dit que j’ai raison »

    —

    Cra­paud Rouge dit :
    8 mars 2010 à 15:57

    @Jean-Luce : « aller … « pour le dire encore plus sim­ple­ment » : Jorion n’a pas dit « j’ai rai­son parce que Claude Roche dit que j’ai rai­son » » : heu… il ne l’a pas dit dans ces mots-là, mais ça revient au même : « Voyez le billet de Claude Roche ci-des­sus : « Paul Jorion l’a ample­ment démon­tré… » . C’est même drôle car Roche cite Jorion, lequel cite Roche citant Jorion. 🙂

    D’où mon éton­ne­ment, d’où mon post.

    –

    Paul Jorion dit :
    8 mars 2010 à 16:15

    Vous n’avez rien d’autre à faire, petits mor­veux ! Il y a tant de ques­tions à résoudre et vous per­dez votre temps à ces gamineries !

    Plus sérieu­se­ment, j’aimais bien le « la mon­naie d’aujourd’hui est un ensemble dis­pa­rate for­mé d’argent – qui est un gage réel, auquel se rajoutent des créances de tous types plus ou moins solides, etc. » de Claude Roche. Reprendre toute la cita­tion m’évitait de devoir dire : « Je suis d’accord avec cette for­mu­la­tion, et en plus, c’est exac­te­ment ce que je dis ».

    –

    Hadrien répond :
    8 Mars 2010, 17h00

    Mon­sieur Jorion,

    Mer­ci de votre réponse en com­men­taires ci-des­sus, mais elle com­porte, comme chaque fois qu’une erreur s’est glis­sée au départ, de nou­velles contra­dic­tions pour la justifier :

    Ain­si :

    - « Il n’y a mul­ti­pli­ca­tion que si vous addi­tion­nez les recon­nais­sances de dette à l’argent. » OR, JUSTEMENT, MOI, JE NE LE FAIS PAS, au nom de votre prin­cipe « une recon­nais­sance de dette n’est pas de la monnaie »

    - « les sommes sur votre rele­vé de compte ne sont que des recon­nais­sances de dette. Quand vous les sor­tez du compte, elles rede­viennent de l’argent… »
    NON ! ELLES NE REDEVIENNENT DE L’ARGENT QUE LORSQUE LES EMPRUNTS SONT REMBOURSES, C’EST A DIRE BIEN PLUS TARD ET DANS UNE MESURE INCERTAINE. EN ATTENDANT, LES FLUX ONT AUGMENTE. C’EST CE QUI FAIT LA GRAVITE DES CRISES FINANCIERES QUAND LE SYSTEME SE GRIPPE…!

    - « …la banque devrait en prin­cipe « débo­bi­ner » tous les prêts qui ont suc­ces­si­ve­ment pu être faits »
    C’EST PRESISEMENT CE QU’ELLE NE FAIT PAS ! Ce dont vous pre­nez acte :

    -  » en pra­tique, elle pré­fé­re­ra aller le cher­cher ailleurs. »
    VOUS OUBLIEZ DE PRECISER OU ET QUAND : IMMEDIATEMENT, SUR DES COMPTES DONT LES DEPOTS PROVIENNENT D’UNE CONSOMMATION DONT LES EMPRUNTS NE SONT PAS ENCORE REMBOURSES !
    D’où la peur de nos gou­ver­nants lorsque « le sys­tème » se grippe : En France, les sommes « garan­ties » par N.Sarkozy aux banques durant cette panique furent supé­rieures à la valeur des banques elles-mêmes !
    C’est l’a­veu qu’en cas de « débo­bi­nage », tout le sys­tème finan­cier s’écrouler.

    Ce n’est pas par esprit de contra­dic­tion que je sou­lève ces ques­tions (Je suis inter­ve­nu auprés de l’é­mis­sion jour­na­lière C dans l’air pour dire mon mécon­ten­te­ment de ne pas vous y voir invi­té au sujet de la crise, alors que beau­coup sont là pour y com­men­ter doc­te­ment la météo de la veille).
    Vous êtes trop aver­ti des arcanes du sys­tème finan­cier pour ne pas savoir tous les excés et tous les dan­gers que repré­sente cette « démul­ti­pli­ca­tion moné­taire » (selon vos propres termes) entre des mains privées.
    C’est la rai­son pour laquelle j’a­vais ajou­té une tirade sur la dette publique, qui souffre de cette perte de sou­ve­rai­ne­té sur notre mon­naie, en espé­rant un retour plus pré­ci­sé­ment sur ce point. J’en pro­fite pour insé­rer l’ad­den­dum sui­vant, sou­vent ignoré :

    DETTE EXTERIEURE NETTE

    Les dettes des nations se divisent en deux :

    - la dette exté­rieure nette : elle repré­sente le solde entre ce que la nation dans son ensemble doit à l’étranger, et ce que l’étranger lui doit. Ce solde était posi­tif jusqu’en 2007, et reste actuel­le­ment fai­ble­ment négatif.

    - la dette publique : elle repré­sente ce que l’Etat doit à ses créan­ciers (natio­naux ou étran­gers) aux­quels il emprunte ce que l’impôt ne par­vient pas à cou­vrir dans son bud­jet (fonc­tion­ne­ment et inves­tis­se­ments du pays).

    Lorsqu’un pays a une dette exté­rieure nette avoi­si­nant zéro, cela signi­fie qu’il pro­duit glo­ba­le­ment assez de richesse pour équi­li­brer ses comptes avec l’étranger.
    Mais s’il est en même temps en fort défi­cit public, cela signi­fie qu’il ne met pas cette richesse à contri­bu­tion fis­cale suf­fi­sante pour ali­men­ter son bud­get. On peut alors en déduire que l’Etat refuse de prendre l’argent là où il est par­mi les contri­bu­teurs à la richesse natio­nale, et pro­tège de l’impôt les plus favo­ri­sés, au détri­ment des plus défa­vo­ri­sés (chô­meurs, pauvres, retrai­tés, etc.) qui ont besoin de redis­tri­bu­tion sociale.
    Ceci est le cas de façon chro­nique depuis la fin des “Trente glo­rieuses”. C’est plus par­ti­cu­liè­re­ment évident depuis que N. Sar­ko­zy a fait voter les pro­tec­tions pour rédui­sant la contri­bu­tion fis­cale ou sociale des entre­prises et des hauts revenus.

    On pour­ra notam­ment lire à ce sujet la dia­tribe en cours sur :
    http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2010/02/26/actualite‑7/#comments

    Qu’en pen­sez-vous ?

    Réponse
  20. A-J Holbecq

    Bon­soir Hadrien

    je n’ai pas aper­çu votre réponse de 17:00 … atten­dons pour voir.

    Mais c’est une bonne inter­ven­tion (ça doit lui faire assez mal de me voir cité 😉 … à pro­pos, le bou­quin auquel vous faites réfé­rence, c’est « un regard citoyen sur l’économie »

    Un petit détail. Vous écri­vez : « NON ! CASIMIR EMPRUNTE NÉCESSAIREMENT POUR ACHETER, ET LE VENDEUR DÉPOSERA LE PRODUIT DE LA VENTE À SA BANQUE, QUI EN PRÊTERA 90% À OSCAR…ET AINSI DE SUITE.
    D’OÙ LES 900% de flux moné­taire ain­si mis en cir­cu­la­tion à par­tir d’une base ini­tiale 100 ! »

    Une lec­ture trop rapide (ou erro­née) per­met­trait de pen­ser que le ban­quier « uti­lise » les 100 du dépôt pour en prê­ter 90 (de ces 100) à Oscar.

    Je pense qu’il est impor­tant de pré­ci­ser à chaque fois que la banque fait cré­dit, « sans pour autant pré­le­ver sur le dépôt » (on parle bien de dépôt à vue). C’est ce que Jorion ne veut pas com­prendre, en plus de vou­loir sépa­rer l’argent (mon­naie cen­trale dans sa défi­ni­tion) de la mon­naie ban­caire scrip­tu­rale (dette ban­caire), point sur lequel je suis prêt à le suivre, prô­nant un « 100% money »

    Cou­rage 🙂

    Réponse
  21. Hadrien

    Tout à fait d’accord.

    Mon post n’est pas appa­ru, mais je ne l’a­vais pas ins­crit sous répondre à Hadrien…
    Je re-éssaie.

    Je sau­rai ain­si si PJ est par­fai­te­ment honnête.

    Réponse
  22. Hadrien

    Voi­ci fina­le­ment ma réponse à PJ, qui appa­rait avec la men­tion « en attente de modération ».

    Elle com­porte un dia­logue addi­tif amu­sant sur la dette publique au lieu de mon addi­tif pré­cé­dent sur la dette exté­rieure nette.

    Cher Mon­sieur Jorion,

    Mer­ci de votre réponse en com­men­taires ci-des­sus, mais elle com­porte, comme chaque fois qu’une erreur s’est glis­sée au départ, de nou­velles contra­dic­tions pour la justifier :

    Ain­si :

    - « Il n’y a mul­ti­pli­ca­tion que si vous addi­tion­nez les recon­nais­sances de dette à l’argent. » OR, JUSTEMENT, MOI, JE NE LE FAIS PAS, au nom de votre prin­cipe « une recon­nais­sance de dette n’est pas de la monnaie »

    - « les sommes sur votre rele­vé de compte ne sont que des recon­nais­sances de dette. Quand vous les sor­tez du compte, elles rede­viennent de l’argent… » C’EST BIEN CE QUE JE DIS (ET MAURICE ALLAIS AUSSI): ON NE DEVRAIT PAS POUVOIR LES SORTIR SANS LES SOUSTRAIRE DES DÉPÔTS BANCAIRES, CAR C’EST CE QUI PROVOQUE LA « MULTIPLICATION » DU CRÉDIT !

    - « …la banque devrait en prin­cipe « débo­bi­ner » tous les prêts qui ont suc­ces­si­ve­ment pu être faits » C’EST PRÉCISÉMENT CE QU’ELLE NE VEUT NI NE PEUT FAIRE : LES CONSOMMATEURS D’UN PRÊT NE VONT PAS RAMENER LEURS ACHATS POUR REDEVENIR SOLVABLES LORS DU « DÉBOBINAGE » !
    Ce dont vous pre­nez d’ailleurs acte :

    -  » en pra­tique, elle pré­fé­re­ra aller le cher­cher ailleurs. » IL FAUT PRÉCISER QUAND ET COMMENT : IMMÉDIATEMENT, EN S’ADOSSANT AUX NOUVEAUX DÉPÔTS QUI PROVIENNENT D’UNE CONSOMMATION DONT LES EMPRUNTS NE SONT PAS ENCORE REMBOURSÉS ! D’où la peur de nos gou­ver­nants lorsque « le sys­tème » se grippe : C’est l’a­veu qu’en cas de « débo­bi­nage », tout le sys­tème finan­cier s’écroulerait.

    Pour­tant, le mot « finance » doit son sens à la racine latine fin- qui implique la notion de ter­mi­nai­son, d’a­chè­ve­ment d’une opé­ra­tion, par son paie­ment. En ce sens, la finance d’au­jourd’­hui fait tout le contraire : elle reporte sur le futur les dis­tor­sions qu’elle impose au présent.
    Ce n’est pas par esprit de contra­dic­tion que je sou­lève ces ques­tions (Je suis inter­ve­nu auprès de l’é­mis­sion jour­na­lière C dans l’air pour dire mon mécon­ten­te­ment de ne pas vous y voir invi­té au sujet de la crise, alors que beau­coup sont là pour y com­men­ter doc­te­ment la météo de la veille).
    Je note sim­ple­ment que c’est sur ce même point qu’a­chop­pait ma lec­ture de  » (Vers) La crise du capi­ta­lisme amé­ri­cain », où il est dit (p.226):

    « LE FINANCEMENT « ÉQUILIBRÉ » : La prin­ci­pale source de capi­tal des banques com­mer­ciales est consti­tuée des dépôts sur les comptes chèques et sur les comptes épargne de leurs clients…

    Lorsque les fonds sur les comptes des par­ti­cu­liers sont insuf­fi­sants pour répondre à la demande des can­di­dats à l’emprunt, les banques peuvent se tour­ner à leur tour vers le mar­ché finan­ciert à la recherche de fonds. »

    « Insuf­fi­sants » veut-il dire « même en tenant compte de l’a­dos­se­ment aux dépôts dans le rap­port 900% » ?

    Vous êtes trop aver­ti des arcanes du sys­tème finan­cier pour ne pas savoir tous les excès et tous les dan­gers que repré­sente cette « démul­ti­pli­ca­tion moné­taire » entre des mains pri­vées. Elle est certes tem­po­raire pour chaque emprun­teur (si tout se passe bien) pris indi­vi­duel­le­ment, mais elle est per­ma­nente pour le sys­tème moné­taire pris dans son ensemble (elle est sur­tout per­ma­nente pour le ban­quier qui voit ain­si ses gains mul­ti­pliés d’autant).
    C’est pour­quoi il est cru­cial que ce point de comp­ta­bi­li­té « créa­trice » soit aus­si bien éclair­ci que vous l’a­vez fait à pro­pos du mar­ché bour­sier et des comptes d’en­tre­prise, dans la réfé­rence sus-citée. Ain­si pour­rait-on presque réité­rer ici vos pro­pos dans la réfé­rence ci-des­sus (p.19–20) dénonçant :

    « La fai­blesse consti­tu­tive… sa nature « fidu­cière » : le fait que son bon fonc­tion­ne­ment repose sur un sys­tème de croyance, sur la convic­tion par­ta­fée par ses par­ti­ci­pants qu’il fonc­tionne de manière satisfaisante. »

    « La comp­ta­bi­lite « créa­trice », c’est-à-dire pre­nant des liber­tés avec les faits en tirant par­ti de conven­tions admises en matière de comp­ta­bi­li­té et de leur contra­dic­tion ou de leur ambi­gui­té éventuelles ».

    À qui­conque ne serait pas per­sua­dé du paral­lèle, il suf­fit de rap­pe­ler qui intro­dui­sit le pre­mier l’i­dée d’une « démul­ti­pli­ca­tion moné­taire » dans :

    « CONSIDÉRATIONS SUR LE NUMÉRAIRE ET LE COMMERCE » (John Law) »

    « Quelques uns se déclarent contre les banques où les espèces ne sont pas égales au cré­dit. Ils disent , 1. que les demandes peuvent excé­der les mon­tants des espèces en banque ; 2. que nous ne nous aper­ce­vons pas du tout, ou que nous nous aper­ce­vons beau­coup moins, si notre com­merce ou nos espèces dimi­nuent, et que la Banque venant à man­quer, nous sommes dans une posi­tion pire que jamais. »
    Suit un plai­doyer de John Law, qui n’a rien de ras­su­rant… Et pour cause :

    Ce que l’on a appe­lé le « sys­tème de Law » fut mis en place en 1716 avec l’ac­cord du Régent et consis­ta « à mêler les acti­vi­tés et les résul­tats de la Banque (royale), de la Com­pa­gnie (d’Oc­ci­dent puis des Indes) et de l’Hô­tel des mon­naies en vue d’an­nu­ler la dette publique et d’en­ri­chir les déten­teurs d’ac­tion, dont le roi. Il va per­mettre aux débi­teurs d’a­pu­rer une par­tie de leurs dettes et à ceux qui sau­ront pré­voir l’éf­fon­dre­ment du sys­tème de s’en­ri­chir » (selon Jérôme de Boyer, La pen­sée moné­taire, Edi­tions les Solos, 2003). La faillite de sa Banque royale et de la com­pa­gnie des Indes à laquelle elle était ados­sée sur­vint dés 1720.

    Depuis, John Law garde une répu­ta­tion de dan­ge­reux aven­tu­rier finan­cier chez les économistes.

    Pour­tant, les mani­pu­la­tions finan­cières d’au­jourd’­hui sont autre­ment plus osées : elles par­viennent à rui­ner les États au béné­fice des banques com­mer­ciales privées.

    LE CRÉDIT BANCAIRE ET LES DETTES PUBLIQUES

    Ce n’est pas par hasard que je rap­pe­lais dans mon com­men­taire ori­gi­nel le lien entre dettes publiques et cré­dit ban­caire sous l’as­pect structurel.
    Rap­pe­lons pour cela, de façon (à peine) cari­ca­tu­rale, en quoi consiste le cré­dit bancaire :

    En cas de demande de cré­dit (immo­bi­lier par exemple), les ban­quiers sont accré­di­tés par les États pour effec­tuer avec le deman­deur le mon­tage suivant :

    - Mon­sieur X, vous nous avez deman­dé de vous avan­cer la somme S pour le paie­ment de Mon­sieur Z ? C’est par­fait, car Mon­sieur Z a son compte éga­le­ment chez nous. Voi­ci ce que nous allons faire : nous ver­se­rons, dès demain, jour J, la somme X sur le compte de Mon­sieur Y, qui sera ain­si payé, et nous pré­lè­ve­rons tous les mois le Mon­tant M sur votre compte, jus­qu’à extinc­tion de la somme avan­cée, plus nos inté­rêts dûs pour ce service.
    – Admi­rable ! C’est donc aus­si simple que ça ?

    - Mais oui. Nous fai­sons cela tous les jours.

    - Et l’argent ne va-t-il pas finir par vous man­quer, ou man­quer aux riches dépo­sants dont vous ponc­tion­nez ain­si les comptes ?

    - Pas du tout, nous ne ponc­tion­nons ni nos avoirs, ni aucun compte de nos clients…

    - Mais d’où sor­tez-vous l’argent ?

    - Quel argent ?

    - Mais…celui avec lequel vous allez payer la somme S à Mon­sieur Z !

    - Nous ne le payons pas en argent… nous ins­cri­vons seule­ment sur son compte qu’il l’a !
    – Mais de quel droit pou­vez-vous faire cela ?

    - Du droit qu’ont tous les ban­quiers, pour peu qu’ils soient recon­nus tels.

    - Par qui ?

    - Par l’Etat.

    - Ah ! je com­prends… L’é­tat vous auto­rise à fabri­quer de l’argent pour ceux qui en ont besoin, tant qu’ils n’ont pas pu le rem­bour­ser. Mais que faites vous de cet argent, une fois remboursé ?

    - Encore une fois, il n’y a pas d’argent. Nous débi­tons sim­ple­ment les comptes un peu tous les mois du mon­tant M pour annu­ler le cre­dit qui leur avait été avan­cé. On parle alors de « des­truc­tion monétaire »…

    - Voi­là bien un lan­gage fort savant pour une chose fort simple. Que n’ais-je deman­dé à mon employeur de me faire une avance. C’eut été chose plus simple et…avec moins d’in­té­rêt, j’en suis sûr !

    - Vous n’a­vez pas com­pris. Lui ne peut pas vous faire cet avance, s’il n’a pas cet argent !

    - Mais je suis fonc­tion­naire, mon employeur c’est l’Etat…

    - Il importe peu ! L’E­tat emprunte éga­le­ment chez nous la somme bud­je­taire qui sert à votre salaire mensuel.

    - Et pour lui aus­si, vous vous conten­tez d’ins­crire sur son compte qu’il a cette somme, jus­qu’au jour de sa… « des­truc­tion monétaire » ?

    - Par­fai­te­ment, mais pour l’ins­tant sa dette chez nous ne fait qu’augmenter…

    - Ce doit être des sommes énormes ! N’êtes-vous pas inquiet ?

    - Pas du tout, nous gagnons de plus en plus d’argent ! L’E­tat nous a déjà ver­sé en inté­rêts plus que sa dette…qui va d’ailleurs bien­tôt dépas­ser son bud­jet. Nous per­ce­vons déjà annuel­le­ment plus que l’im­pôt natio­nal sur le reve­nu. En d’autres termes, nous nous sub­sti­tuons à lui…à la dif­fé­rence que lui est pauvre et nous sommes deve­nus riches.

    - Mais…ne m’a­vez-vous pas dit que c’est l’E­tat qui vous accré­dite pour faire tout cela ?

    - Si !

    - Dans ce cas, c’est absurde…pourquoi ne le fait-il pas lui-même, au lieu de s’ap­pau­vrir en votre faveur ?

    - C’é­tait le cas autre­fois, pen­dant les « Trente Glo­rieuses » aprés la Libé­ra­tion. Ce fut le pro­gramme du Conseil Natio­nal de la Resis­tance. Tenez…lisez !

    Lois du 24 Juillet 1936 (Front popu­laire) et du 2 Décembre 1945 (De Gaulle):
    Elles font de la Banque de France un “ser­vice public” et pré­voient que son capi­tal sera trans­fé­ré à l’Etat le 1er Jan­vier 1946. De Gaulle natio­na­lise par ailleurs le sec­teur du cré­dit des banques com­mer­ciales privées.

    - For­mi­dable ! N’est-ce point là ce que j’é­vo­quais à l’ins­tant et, qu’en toute logique, n’im­porte qui de cen­sé eut pu dire à ma place ?

    - Si, mais, depuis, ça a changé…

    - Quand ça ?

    - En 1973, de façon presque conco­mi­tante à l’en­trée de la Grande-Bre­tagne dans la Com­mu­nau­té Europe.

    Après la dis­pa­ri­tion de De Gaulle, le nou­veau Pré­sident de la Répu­blique, fit voter avant de dis­pa­raître à son tour, l’année sui­vante, la loi du 3 Jan­vier 1973. Son article 25 bloque toute pos­si­bi­li­té d’avance au Tré­sor : “Le Tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France”.

    Celle-ci per­dit son sta­tut de ser­vice public et l’Etat dût emprun­ter auprès des banques com­mer­ciales, encore nationalisées…mais pas pour longtemps !

    - Et quel pré­sident a donc vou­lu ça ?

    - Georges Pompidou.

    - Que fai­sait-il donc, avant cela, pour être aus­si peu éclairé ?

    - Ban­quier… c’é­tait notre fon­dé de pou­voir du Groupe Rotschild.

    Réponse
  23. A-J Holbecq

    Hadrien

    Comme il a fer­mé les com­men­taires, j’ai du mal à croire qu’il puisse lais­ser passer.

    Wait and see 🙂

    Réponse
  24. Hadrien

    J’a­vais écrit, mer­cre­di 10 mars 2010 à 12h39 :

    Mon post (en réponse) n’est pas appa­ru, mais je ne l’a­vais pas ins­crit sous « répondre à Hadrien »… Je re-éssaie.

    Je sau­rai ain­si si PJ est par­fai­te­ment honnête…

    Je sais main­te­nant ce qu’il en est : mon deuxième essai a été cen­su­ré comme le pre­mier, et pas par fer­me­ture des com­men­taires, puis­qu’il y en a eu une dizaine depuis !

    André-Jacques avait donc rai­son : Paul Jorion, tout comme son men­tor Jacques Atta­li, est un mon­sieur qui n’aime pas la contra­dic­tion ! J’a­vais, comme il appa­rait dans le texte inté­gral ci-des­sus, appuyé là où ça fait mal en précisant :

    - c’est sur ce même point qu’a­chop­pait ma lec­ture de  » (Vers) La crise du capi­ta­lisme amé­ri­cain », où il est dit (p.226):

    « LE FINANCEMENT « ÉQUILIBRÉ : La prin­ci­pale source de capi­tal des banques com­mer­ciales est consti­tuée des dépôts sur les comptes chèques et sur les comptes épargne de leurs clients… Lorsque les fonds sur les comptes des par­ti­cu­liers sont insuf­fi­sants pour répondre à la demande des can­di­dats à l’emprunt, les banques peuvent se tour­ner à leur tour vers le mar­ché finan­cier à la recherche de fonds. »

    Il semble donc bien qu’à cette époque Paul Jorion, certes au cou­rant des mon­tagnes de dettes immo­bi­lières qu’il cotoyait dans son emploi, et dont il fit son pre­mier livre, igno­rait en fait le B‑A-BA du « finan­ce­ment » des prêts par les banques, d’où ses réti­cences aujourd’­hui à le recon­naître, jus­qu’au point d’au­to- cen­su­rer ses propres cita­tions. Comme dirait Fabrice Luchi­ni, c’est ENORME !

    Réponse
  25. mailre

    Bon­jour,

    ai – je bien compris ?

    vous ne cri­ti­quez pas le fait que ce pou­voir de créa­tion moné­taire ex nihi­lo existe mais le fait qu’il soit dans les mains de banques privées ?

    vous reven­di­quez le pou­voir de créa­tion moné­taire dans les mains de l’E­tat, tout sim­ple­ment pour gom­mer les inté­rêts qui ruinent notre Nation ?

    Réponse
  26. Hadrien

    En ce qui me concerne, c’est bien la perte de sou­ve­rai­ne­té de l’E­tat sur la mon­naie que je dénonce, tout comme AJH.

    Non seule­ment l’Etat,en s’en­det­tant auprés de banques pri­vées verse un impôt aux riches ce qui aggrave le bud­jet natio­nal, mais il se lie les mains en s’en remet­tant à une banque cen­trale euro­péenne qui pré­tend être indé­pen­dante de l’é­co­no­mie. Une hérésie !

    Durant les Trente Glo­rieuses, le Franc connut plu­sieurs déva­lua­tions « com­pé­ti­tives » qui per­mirent à la France d’a­voir une crois­sance supé­rieure à celle des Etats-Unis et com­pa­rable à celle de l’Al­le­magne (cf Mau­rice Allais).

    C’est la preuve que le cours de la mon­naie doit libre­ment reflé­ter les spé­ci­fi­ci­tés natio­nales. En ten­tant de les enfer­mer toutes dans un seul cos­tume arti­fi­ciel, la diver­gence des éco­no­mies fait cra­quer les cou­tures ! C’est ce qui se passe avec la Grèce actuel­le­ment. L’Eu­ro a sans doute été ins­tau­ré un peu vite et sans précautions…

    Réponse
  27. NingúnOtro

    « C’est la preuve que le cours de la mon­naie doit libre­ment reflé­ter les spé­ci­fi­ci­tés nationales. »

    Hadrien, c’est pour qu’elle ne devienne pas « arme de des­truc­tion mas­sive » sous la rai­son d’é­tat qu’on à essayé de la mettre sous tutelle supra-natio­nale. On peut avoir réus­si plus ou moins bien… mais on voit bien que vous récla­mez sa libé­ra­tion pour l’u­til­ser comme « arme de guerre » économique.

    Vous avez bien réflé­chi aux conséquences ?

    Si on veut la paix… on ne doit pas se gar­der la mon­naie comme arme de guerre les uns contre les autres.

    Réponse
  28. A-J Holbecq

    @NingúnOtro

    Dans un monde de cha­ri­té et de volon­té éga­li­taire, vous auriez sans doute raison.
    Mais dites moi seule­ment com­ment on doit et com­ment on peut réagir à la sous éva­lua­tion du Yuan ou du dollar ?

    En bais­sant les salaires, en délo­ca­li­sant en ouvrant encore plus les fron­tières par exemple en accep­tant des salaires chi­nois à des chi­nois tra­vaillant en France ( construc­tion d’une cimen­te­rie « pré­fa­bri­quée en Chine », pas très loin de chez moi) par exemples ? (je sais bien que ce n’est pas votre « potion magique » pour nous sor­tir des sables mou­vants dans les­quels nous nous enfon­çons … alors, on fais quoi ?

    Il y a des armes de défense « seulement »…

    Réponse
  29. NingúnOtro

    Il faut essayer de com­prendre d’une manière neutre les méca­nismes logiques qui jouent au niveau mon­dial et l’é­tat d’âme psy­cho­lo­gique des dif­fé­rents agents qui en ont fait leur tableau d’é­checs mondial.

    En fonc­tion de quels cri­tères le yuan et le dol­lar se trouvent-ils sous-éva­luées ? Est-ce une stra­té­gie active des agents qui peuvent fixer les cours du yuan et du dol­lar, ou s’a­git-il d’une stra­té­gie active d’autres agents qui font sur-éva­luer d’autres valu­ta dont ils tiennent le contrôle ?

    Qui baisse les salaires ? Qui délo­ca­lise ? Qui ouvre les fron­tières ? Qui à bien besoin en fonc­tion de ces objec­tifs de payer des salaires chi­nois à des chi­nois tra­vaillant en France ?

    Le quoi cor­recte ne peut venir qu’a­près un ana­lyse cor­recte du pour­quoi. Sans cela ceux qui s’in­te­ressent à vous pous­ser vers un quoi qui leur est pro­pice vous four­ni­ront le faux pour­quoi qui soit le plus utile pour vous convaincre de col­la­bo­rer à leur cause au moindre cout.

    Même les armes de défense, tout qu’elles gagnent la bataille morale, ne servent à rien sans savoir ce qu’il faut défendre, pour­quoi et contre quoi (for­mu­lés d’une forme logique pour ras­sem­bler, et pas idéo­lo­gique pour diviser).

    Quand aucune idéo­lo­gie, aus­si dif­fé­rente soit-elle des autres, n’ar­rive à pro­po­ser une solu­tion accep­table… il fau­drait peut-être com­men­cer à croire que le pro­blème est au des­sus de toute idéo­lo­gie et que n’im­porte quelle autre de nou­velle subi­rait le même sort. Le pro­blème, évi­dem­ment seule­ment pour celui qui à assez de curio­si­té pour s’a­ven­tu­rer hors idéo­lo­gies, est anté­rieur à toutes celles-ci. Les idéo­lo­gies d’ailleurs, toutes, sont des essais de ratio­na­li­sa­tion de ce pro­blème qui, inca­pables de four­nir une solu­tion tant qu’elles ne contiennent pas de règles pour trai­ter d’une manière juste ceux qui choi­sissent pour eux de les reje­ter, sont détour­nés par ceux qui faute de mieux s’en servent pour se payer roya­le­ment la tra­hi­son en s’at­tri­buant ex-nihi­lo des avan­tages pour les­quels les autres doivent tra­vailler dur.

    Triste constat en ce qui concerne la nature humaine de ceux qui n’ar­rivent pas à comprendre.

    Et pas tout le monde n’a voca­tion de faire un tra­vail de Sisiphe quand c’est jus­te­ment le manque de volon­té du béné­fi­ciaire de ce tra­vail qui en fait un cas pour Sisiphe.

    « Don­nez moi un levier et un point d’ap­pui et je vous sou­lè­ve­rai le monde. » qu’il disait, Archi­mède. Aujourd’­hui, je serais capable de construire le levier tout seul… mais ou est donc le pos­sible point d’ap­pui ? Et sur­tout… à quoi est-ce que cela ser­vi­rait, de bou­ger le monde ? Y à t’il un béné­fi­ciaire qui vaille la peine qu’on fasse l’effort ?

    L’hu­main, est-il plus capable que le chim­pan­zé de lais­ser tom­ber la banane pour sor­tir la main du piège seule­ment parce-que il s’est pom­peu­se­ment attri­bué pour nom « sapiens sapiens » ?

    Il faut qu’il choi­sisse de plein gré de trou­ver la solu­tion lui-même, au lieu de vou­loir ache­ter la solu­tion « prêt à por­ter » pour quelques sous qui n’ont même pas la valeur qu’il s’imagine.

    Réponse
  30. A-J Holbecq

    Bon­jour

    Jus­te­ment aujourd’hui

    « L’UE contre le pro­tec­tion­nisme chi­nois et les pres­sions sur le yuan :

    L’U­nion euro­péenne est pré­oc­cu­pée de voir un pro­tec­tion­nisme crois­sant en Chine où ses com­pa­gnies ne sont pas trai­tées sur un pied d’é­ga­li­té, a décla­ré mer­cre­di l’am­bas­sa­deur de l’U­nion euro­péenne, tout en cri­ti­quant les pres­sions « au méga­phone » sur Pékin pour une hausse du yuan.

    « Nous ne sommes pas pro­tec­tion­nistes », a décla­ré Serge Abou, lors d’une confé­rence de presse, en Europe « nous n’a­vons pas de clauses sur une pré­fé­rence indi­gène et trai­tons nos com­pa­gnies et les com­pa­gnies étran­gères sur un pied d’égalité ».

    « Nous sommes inquiets de voir les pro­cé­dures de plus en plus com­plexes », a‑t-il ajou­té en réfé­rence au fait que, avant d’ex­por­ter en Chine, presque toutes les com­pa­gnies euro­péennes doivent décro­cher le cer­ti­fi­cat minis­té­riel CCC (Chi­nese com­pul­so­ry cer­ti­fi­cate) qui implique « des délais très longs, des coûts de plus en plus éle­vés » et « des pro­cé­dures de plus en plus compliquées ».

    « Nous vou­drions que la Chine sim­pli­fie, encore mieux sup­prime » ces obs­tacles, a dit l’ambassadeur.

    L’UE est le pre­mier mar­ché des expor­ta­tions chi­noises (20% en 2009).

    « L’Eu­rope veut ren­for­cer son par­te­na­riat avec la Chine, il peut y avoir des dif­fi­cul­tés mais nous pour­sui­vrons notre dia­logue », a‑t-il pour­sui­vi. L’axe de la coopé­ra­tion « va clai­re­ment être l’éner­gie, le cli­mat et l’en­vi­ron­ne­ment », a dit l’ambassadeur.

    A l’heure où des séna­teurs amé­ri­cains ont dépo­sé une pro­po­si­tion de loi visant impli­ci­te­ment la Chine soup­çon­née de sous-éva­luer sa mon­naie afin de sti­mu­ler ses expor­ta­tions, M. Abou a dit pré­fé­rer que « les dis­cus­sions sur le taux de change se fassent à huis clos » plu­tôt qu’  »en uti­li­sant un mégaphone ».

    « Je ne crois pas que les pres­sions soient le meilleur moyen de résoudre des ques­tions com­plexes », a‑t-il dit, « mais nous devrions dis­cu­ter de ce pro­blème sérieu­se­ment, entre par­te­naires, sans confron­ta­tion. C’est une ques­tion de coopé­ra­tion internationale ».

    Il a par ailleurs annon­cé une visite du pré­sident de la Com­mis­sion euro­péenne José Manuel Bar­ro­so à Pékin le 29 avril pour des entre­tiens avec le Pre­mier ministre Wen Jiabao.

    M. Bar­ro­so se ren­dra ensuite à Shan­ghai (est) pour l’ou­ver­ture de l’Ex­po uni­ver­selle où, pour la pre­mière fois hors Europe, l’UE aura un pavillon.

    Réponse
  31. Hadrien

    Réponse à NingúnOtro

    La pre­mière phrase du para­graphe que vous citez ne se com­prend dans son inté­gra­li­té que si vous allez jus­qu’à la der­nière : « L’Eu­ro a sans doute été ins­tau­ré un peu vite et sans précautions… »

    Tout comme vous, sans doute, je suis pour une véri­table coopé­ra­tion du monde, avec un objec­tif (loin­tain) com­mun. Mais nous n’en sommes pas là. Aujourd’­hui, la finance inter­na­tio­nale et les mul­ti­na­tio­nales jouent un jeu non-coopé­ra­tif dans un monde auquel ils demandent de s’ou­vrir davan­tage dans leur seul inté­rêt. L’u­ni­fi­ca­tion éco­no­mique de sous-ensembles comme l’Eu­rope n’est même pas faite, que l’on voit déjà la finance s’en­gouf­frer dans les failles. Les pays ne peuvent évo­luer de concert dans un cadre com­mun que lorsque toutes les struc­tures sont har­mo­ni­sées (fis­cales et sociales notam­ment). On ne peut impo­ser une mon­naie unique sans tenir compte des autres aspects éco­no­miques et sociaux.

    Comme cela a été repris ici lon­gue­ment par Etienne et AJH, j’ai fait, comme vous, l’ef­fort de ration­na­li­sa­tion des objec­tifs ultimes que peut sou­hai­ter la socié­té, dans de nom­breuses inter­ven­tions en com­men­taires du blog de Jean Pey­re­le­vade qui s’obs­tinne à prendre le pro­blème par le petit bout de la lor­gnette sur son blog « La refon­da­tion du Capi­ta­lisme ». Jetez‑y un coup d’oeil (Juin-Aout 2009, puis 2010) !

    Réponse
  32. NingúnOtro

    Hadrien,

    Puisque j’ar­gu­men­tais sur les rai­sons, et pas sur les formes, ce que je dis ne change en rien en allant jus­qu’à la dernière.

    Il fal­lait ins­tau­rer l’eu­ro pour éta­blir un cadre com­mun et pour cela on fixa des cri­tères de conver­gence d’a­bord et un taux d’é­change fixe en suite. Puis il fal­lait bien un signe moné­taire unique et enle­ver aux auto­ri­tés moné­taires natio­nales l’ins­tru­ment des déva­lua­tions com­pé­ti­tives. On y est peut-être allé un peu vite et sans assez de pré­cau­tions, mais quand y aller sans cer­ti­tudes dans la pré­dic­tion de l’avenir ?

    Non seule­ment la finance inter­na­tio­nale s’en­gouffre dans les failles, aus­si les finances natio­nales euro­péennes dans tout ce qui leur reste de créa­tif dans les marges de manœuvre rete­nues. L’har­mo­ni­sa­tion par­faite et éga­li­taire n’est pas néces­saire quand il y à un res­pect pour les spé­ci­fi­ci­tés cultu­relles. Elle est impos­sible à évi­ter, tout aus­si impos­sible qu’elle est à mettre en place, quand n’im­porte quelle dif­fé­rence est livrée comme levier aux spé­cu­la­teurs apa­trides. L’eau qui devient glace casse tout ce qui n’est pas par­fai­te­ment lisse et imper­méable si on renonce à chauf­fer le tout au des­sus de 0 dégrées en per­ma­nence. Chauf­fer le tout à un cout… qui amoin­drit la com­pé­ti­ti­vi­té vers l’extérieur.

    La finance inter­na­tio­nale et les mul­ti­na­tio­nales demandent qu’on ne chauffe pas nos socié­tés pour que la force de la glace frac­ture toutes nos construc­tions et ain­si pou­voir empor­ter chez eux les petits mor­ceaux résul­tants, ce qu’ils n’ont pas la force de faire avec des édi­fices com­plets. L’er­reur à été de lais­ser entrer le renard dans le pou­lailler en lui confiant la garde de la BCE parce-que on ne se fai­sait pas confiance les uns aux autres pour le gérer entre nous.

    J’ai fait la visite de Mr. Pey­re­le­vade lors­qu’il à été men­tion­né dans d’autres lieu que je visite. Il est tout aus­si obs­ti­né, et j’o­se­rais dire pour des rai­sons pareilles… à Paul Jorion quand il s’a­git du ex-nihilo.

    Leurs « erreurs volon­tiers » sont des rem­parts construits pour pou­voir gar­der debout des struc­tures abu­sés qui s’é­crou­le­raient com­plè­te­ment si ces ano­ma­lies venaient à être démas­quées devant l’o­pi­nion publique et le plus grand nombre.

    La plus grande par­tie de la pro­duc­ti­vi­té de notre monde est détour­née pour payer les écrans de fumée néces­saires pour main­te­nir l’illu­sion de leur monde tru­qué. Seule­ment parce-que ils pensent mor­di­cus qu’ils ne sur­vi­vront pas s’ils y renoncent.

    Réponse
  33. NingúnOtro

    Mer­ci pour la confir­ma­tion par l’exemple des deux para­graphes der­niers de mon com­men­taire précédent.

    Quand on construit un modèle théo­rique assez cor­ré­la­tion­né des moti­va­tions qui peuvent pous­ser vers un tel com­por­te­ment… ce n’est pas l’i­den­ti­fi­ca­tion d’exemples qui manque, mal­heu­reu­se­ment. C’est si énorme… que l’hu­main nor­mal refuse de le croire.

    Mais en fait l’o­ri­gine n’est pas si énorme que cela, c’est même très simple. C’est l’ac­cu­mu­la­tion des effets tant que cela dure déjà qui devient men­ta­le­ment incroyable.

    Pen­ser ce qu’il fau­drait faire pour effa­cer tous les torts cau­sés… c’est cela qui nous effraie, tant nous vou­lons croire, pour ne pas devoir nous y mettre, que c’est impossible.

    Pour­tant, il le faut si nous vou­lons encore croire que nous sommes une espèce civilisée.

    Réponse
  34. Hadrien

    A Ningú­nO­tro,

    C’est bien sur le fonds, et non la forme, que j’ar­gu­men­tais moi-même :

    Si un pays comme la France, ou tout autre, ins­tau­rait en son sein des règles fis­cales et des pro­tec­tions sociales dif­fé­rentes pour chaque région, le pays éclaterait !
    L’har­mo­nie fis­cale et sociale est une condi­tion sine qua non pour consti­tuer une Union viable.

    Quant au sys­tème finan­cier et au com­merce inter­na­tio­nal d’une manière géné­rale, tout comme la ther­mo­dy­na­mique exploite les dif­fé­rences de tem­pé­ra­ture, ils exploitent les dif­fé­rences par­tout où il y en a, pour faire bouillir leur marmite.

    L’homme civi­li­sé est certes encore pri­son­nier de cer­tains égoismes, mais c’est une rai­son de plus pour ne pas lui faci­li­ter la tâche en ce domaine !

    Réponse
  35. Hadrien

    J’ai ache­té hier matin le petit livre d’An­dré-Jacques Hol­becq « Argent dettes et banques » qui vient de sortir.
    Je m’y suis plon­gé avec ravis­se­ment pour retrou­ver l’a­na­lyse, déjà évo­quée, sur la créa­tion moné­taire par les banques.

    Le lec­teur a pu consul­ter ici le petit dia­logue ori­gi­nel­le­ment confec­tion­né en com­men­taire du Blog JEAN PEYRELEVADE « La Refon­da­tion du Capi­ta­lisme » (Rédi­gé par : Hadrien le 11 mars 2010 à 18:19), qui ren­dait compte du phé­no­mène, et de la dif­fi­cul­té qu’a­vait Paul Jorion à admettre les cri­tiques à ce sujet (Rap­por­tées par : Hadrien le 13 mars 2010 à 19:33), d’où l’é­change non moins ins­truc­tif (Rap­por­té par : Hadrien le 13 mars 2010 à 19:43).

    L’au­teur du petit livre sus-dit relève le même obs­tacle chez Paul Jorion qui, citant Schum­pe­ter (« Bank notes and che­cking depo­sits emi­nent­ly do what money does ; hence, they are money »), com­mente ain­si la ver­sion fran­çaise dans son récent « L’argent, mode d’emploi » :
    – Schum­pe­ter écrit :  » billets de banque (sic, il s’a­git pro­ba­ble­ment d’une erreur de tra­duc­tion, le contexte sug­gère qu’il s’a­git de mon­naie ban­caire) et dépôts en banque font en tous points ce que fait la mon­naie, par­tant ils sont de la monnaie. »
    Ajou­tons : com­ment, d’ailleurs, pour­rait-il en être autre­ment dès l’ins­tant où la mon­naie scrip­tu­rale des dépôts est conver­tible en billets. Ne dit-on pas que « l’argent n’a pas d’odeur » ?

    La thèse de Jorion est « savoir s’il vaut mieux consi­dé­rer que la mon­naie ban­caire, consti­tuée de recon­nais­sance de dette, consti­tue à pro­pre­ment par­ler de la mon­naie ou s’il s’a­git d’un pro­duit sui generis…Je rap­pelle que je défends la seconde posi­tion sur la base du fait que les recon­nais­sances de dette étant sou­mises à un risque de non-rem­bour­se­ment valent tou­jours moins que leur valeur nomi­nale, et tout par­ti­cu­liè­re­ment en période de crise, comme aujourd’hui. »
    L’en­nui, c’est qu’en adop­tant sa propre défi­ni­tion dans l’é­change ci-des­sus réfé­ren­cé, nous avions rapi­de­ment enfer­mé Paul Jorion dans ses propres et nou­velles contra­dic­tions, et le tout fut fina­le­ment cen­su­ré par ce dernier.

    Les ban­quiers disent sou­vent que le cré­dit n’est qu’une mar­chan­dise que vend la banque, dont elle attend paie­ment avec béné­fice pour elle, comme tout commerçant.

    Mais la dif­fé­rence repose sur :

    1/ le mode de paie­ment de cette mar­chan­dise par l’emprunteur : for­cé­ment différé

    2/ le mode d’en­cais­se­ment par la banque : des­truc­tion moné­taire jus­qu’à extinc­tion de la dette, en ne gar­dant que l’intérêt.

    Le 2/ montre bien qu’il y a un acte de créa­tion moné­taire, sans quoi l’acte symé­trique de des­truc­tion ne serait pas néces­saire. Le 1/ en donne la rai­son : l’emprunteur n’est pas sol­vable dans l’immédiat.

    Cette créa­tion moné­taire n’ayant pour seule limite théo­rique que le taux de réserve frac­tion­naire, en pra­tique le taux pru­den­tiel effec­tif, on conçoit l’ef­fet mul­ti­pli­ca­teur sur les flux en circulation.

    Ce que l’on ne com­prend pas chez Jorion, c’est quelle rai­son psy­cho­lo­gique lui fait refu­ser le terme de créa­tion moné­taire immé­diate. Pour jus­ti­fier sa posi­tion, il s’ap­puie sur l’é­ga­li­té comp­table que l’on pour­rait « débobiner »…
    Per­sonne ne nie l’é­ga­li­té comp­table d’un pas­sif et d’un actif, mais bien le « débo­bi­nage », car l’emprunteur n’a pas son bilan sol­vable à moins de rendre le bien, pro­duit de son achat !

    On dira que c’est, aprés tout, le cas de toute enti­té éco­no­mique qui inves­tit, et qu’il ne s’a­git là que d’un fait bien banal. Mais la situa­tion spé­ci­fique de la banque est d’être le noeud auquel abou­tissent tous les fils du réseau. C’est aus­si de là qu’elle tient son impor­tance stratégique…et ses revenus.
    C’est pré­ci­sé­ment ce qui s’est rèvé­lé pour la crise des « sub­prime »…où l’on s’est aper­çu que cela remet­tait en cause la situa­tion comp­table de banques ou d’ins­ti­tu­tions finan­cières qui deve­naient elles-mêmes non sol­vables par des biens for­te­ment déva­lués dans l’entre-temps. Elles étaient donc théo­ri­que­ment en faillite, n’eut-ce été l’in­ter­ven­tion de l’Etat…

    L’E­tat inter­vient en der­nier recours, puisque , dit-on, il ne peut faire faillite (car c’est nous tous). Mais on voit là l’ab­sur­di­té (pas pour tout le monde…) de confier la créa­tion moné­taire à qui­conque d’autre que l’E­tat lui-même !
    André-Jacques Hol­becq en vient à la même conclu­sion, qui était déjà la sienne dans « La dette, une affaire qui marche… » en 2008.

    Les béné­fices de cette der­nière solu­tion sont par ailleurs mul­tiples : d’une part l’E­tat dis­pose alors à sa guise des taux d’in­té­rêts réels (et pas seule­ment de ceux de la banque cen­trale), en fonc­tion de ses objec­tifs éco­no­miques dans l’in­té­rêt géné­ral. D’autre part, le pro­duit éven­tuel de ces inté­rêts échappe à toute cupi­di­té pri­vée, source d’inégalités…et de catastrophes !

    C’é­tait aus­si la conclu­sion à laquelle était déjà par­ve­nu le pro­gramme du Conseil Natio­nal de la Résis­tance de Mars 1944, inti­tu­lé « Les jours heu­reux » et qui vient d’être réédi­té sous ce titre en ver­sion com­men­tée (Edi­tions La décou­verte). A lire.

    Réponse
  36. A-J Holbecq

    Bon­jour Hadrien

    Ce qui est regret­table c’est que Jorion n’a­vait pas lu « Théo­rie de la mon­naie et de la banque  » de Schum­pe­ter, lors­qu’il a ver­rouillé ses posi­tions dans son blog sur des billets qu’il a repris presque inté­gra­le­ment dans son livre.

    En effet, Schum­pe­ter com­mence ain­si sa démons­tra­tion de son  » Com­plé­ments pour l’étude de la mon­naie et de la banque : L’expansion du crédit »

    {{« Le pro­ces­sus de créa­tion des dépôts, sou­vent qua­li­fié de « créa­tion de cré­dit », est fon­da­men­tal pour com­prendre la mon­naie et la banque. Un exa­men com­plet de ce pro­ces­sus essen­tiel per­met de per­ce­voir la nature des dépôts à vue, des dépôts à terme ou d’épargne, la fonc­tion des réserves et le rôle de la banque centrale.

    Le pro­blème de la créa­tion de cré­dit est habi­tuel­le­ment pré­sen­té au néo­phyte sous l’aspect du para­doxe du sys­tème tota­le­ment « prê­té », dans lequel les dépôts sont un mul­tiple des réserves – un mul­tiple égal à l’inverse du ratio de réserves – et dans lequel la banque indi­vi­duelle, dont les dépôts sont aus­si un mul­tiple des réserves, ne peut pas, sur la base d’une aug­men­ta­tion don­née de ses réserves, étendre ses dépôts plus que d’un mon­tant égal aux réserves extra excédentaires.

    La banque indi­vi­duelle est dépour­vue du pou­voir de « mul­ti­plier » les dépôts, bien que d’une manière ou d’une autre le sys­tème ait ce pou­voir et en réa­li­té la banque indi­vi­duelle, dans l’équilibre final, semble avoir mul­ti­plié les dépôts.

    La suc­ces­sion des évé­ne­ments dans le sys­tème ban­caire qui donne la clé du para­doxe est indi­quée ci dessous :}}

    (la suite sur http://​mon​naie​.wikis​paces​.com/​J​.​A​.​+​S​c​h​u​m​p​e​ter

    Cor­dia­le­ment
    AJH

    Réponse
  37. Christian

    Bon­jour à tous et à toutes

    @AJH

    Hum ! on dirait une sélec­tion et sub­sti­tu­tion d’in­for­ma­tions, une sorte de blo­cage de conclu­sions lorsque le pro­ces­sus d’in­fé­rence est adé­quat dans son prin­cipe, mais blo­qué par une pré­cé­dente direc­tive éma­nant du sub­cons­cient qui le consi­dère comme inef­fi­cace ou déran­geant. Si c’est le cas, cette situa­tion risque d’être dom­ma­geable pour la per­sonne en question.

    Pour­vu que cette situa­tion ne pro­voque pas le blo­cage et la sélec­tion sui­vants pour la per­sonne en question.
    Un peu d’hu­mour, « com­ment la réa­li­té fut inven­tée » 8).

    Réponse
  38. Hadrien

    S’il ne s’a­gis­sait que des défi­ni­tions que l’on veut adop­ter, Schum­pe­ter ou pas, cela impor­te­rait peu. Mais la vraie ques­tion posée (et la seule qui importe) est : com­ment le prêt ban­caire ain­si conçu se tra­duit-il dans l’é­co­no­mie réelle ?
    Etant don­né la conver­ti­bi­li­té immé­diate du prêt en argent, biens ou ser­vices, on a bien mul­ti­pli­ca­tion de flux qui sont non sol­vables, si l’on « débo­bine » les comptes comme le sug­gère Paul Jorion !

    En d’autres termes, on a mis en cir­cu­la­tion dans l’é­co­no­mie réelle qui une nou­velle voi­ture, qui un appar­te­ment, etc. dont l’é­qui­valent tra­vail n’a pas été encore accom­pli. S’il ne peut pas l’être à terme, le sys­tême tout entier peut s’é­crou­ler car le « débo­bi­nage » ne se fait pas sans dépré­cia­tion des biens (même hypo­thé­qués) déjà consom­més ; quant aux ser­vices, ils sont géné­ra­le­ment non restituables.

    C’est bien ce qui s’est pas­sé dans la crise des « sub­prime », qui a fait connaître Jorion pour l’a­voir dénon­cée. Il en est donc par­fai­te­ment conscient, et je ne vois dans son entê­te­ment à consi­dé­rer tout cela comme une méca­nique finan­cière légi­time en tous points, qu’une coquet­te­rie ico­no­claste comme aime en pro­fé­rer Attali…

    Réponse
  39. Hadrien

    BRAVO A PAUL JORION, PROFESSEUR DE PHYSIQUE ET DE PHILOSOPHIE…QUI ACCEPTE LA CONTRADICTION !

    (Le com­men­taire ci-aprés figure sur son blog)

    Nous avons eu ici l’oc­ca­sion de rele­ver com­bien la conclu­sion défi­ni­tive, notam­ment en soli­taire, peut s’a­vé­rer dan­geu­reuse, même sur les sujets que l’on croit bien connaître. Rai­son de plus sur ceux que l’on connaît moins bien. Un nou­vel exemple nous en est four­ni sur le blog de Paul Jorion où le meilleur (l’at­ten­tion per­ti­nente aux mou­ve­ments pré­cur­seurs, aux Etats-Unis et ailleurs) peut cotoyer le pire (la géné­ra­li­sa­tion hative et défi­ni­tive dans un domaine qui a déjà fait cou­ler beau­coup d’encre). Le der­nier article en date, ce Jeu­di, s’in­ti­tule, en effet :

    Ein­stein et l’expérience cru­ciale de Michel­son et Morley

    Auteur : Paul Jorion | Clas­sé dans : Phi­lo­so­phie des sciences, Physique

    « …Alors pour­quoi Ein­stein ne men­tionne-t-il pas dans son texte, l’« expé­rience cru­ciale » ? Parce qu’à ses yeux, elle était super­flue. Selon lui, la constance de la vitesse peut être éta­blie par un simple rai­son­ne­ment, tel celui qu’il pro­pose dans son article. Pour Ein­stein, il est pos­sible d’aboutir à la constance de la vitesse de la lumière de manière déduc­tive et ceci pra­ti­que­ment sans effort, en par­tant d’un phé­no­mène fami­lier de l’électrodynamique de son temps. »

    Comme à l’ha­bi­tude à pro­pos d’Ein­stein, on ne prête qu’aux riches…et il est dan­ge­reux d’en tirer des géné­ra­li­sa­tions hatives.
    Si l’au­teur avait cher­ché à creu­ser…« com­ment la réa­li­té et la véri­té furent inven­tés », il se serait aper­çu qu’Ein­stein a maintes fois dis­si­mu­lé ses sources :
    Il en fut ain­si de l’ex­pé­rience de Michel­son-Mor­ley, de même que des deux articles célèbres qui l’a­vaient pré­cé­dè dans l’his­toire de la rela­ti­vi­té (Lorentz 1904, et Poin­ca­ré 1905 trois semaines avant le sien). De ces trois élé­ments pré­cur­seurs Ein­stein a tou­jours pré­ten­du n’a­voir pas eu connais­sance avant d’é­crire son propre article sur l’e­lec­tro­dy­na­mique des corps en mouvement…

    Or, il existe une bio­gra­phie ori­gi­nale, celle de sa pre­mière femme Mile­va Ein­stein (née Maric) d’o­ri­gine serbe, par une com­pa­triote (Desan­ka Trbu­ko­vic-Gju­vic : Mile­va Ein­stein, édi­tion fran­çaise:« des femmes ») qui avait recueuilli les confi­dences de Mile­va non seule­ment comme épouse, mais aus­si comme com­pagne d’é­tudes et de recherches du jeune Albert au Poly­tech­ni­cum de Zurich, et même plus tard. On y apprend que non seule­ment Albert et Mile­va se tenaient au cou­rant de toute la phy­sique de leur temps, mais qu’ils avaient consti­tué un petit groupe de dis­cus­sion entre amis qui se réunis­sait régu­liè­re­ment pour faire le point sur toutes les ques­tions impor­tantes de l’é­poque. Or, l’ex­pé­rience de Michel­son-Mor­ley (1887) sur l’in­va­riance de c avait fait grand bruit et consti­tuait l’é­vè­ne­ment scien­ti­fique majeur de la fin du XIXe siècle, de même que l’ar­ticle de Planck en 1901 sur sa constante h était le second coup de ton­nerre en ce début du XXe. Ce n’est pas un hasard si Ein­stein, en cette « annus mira­bi­lis » que fut 1905, abor­da les deux prin­ci­paux pro­blèmes ain­si sou­le­vés, rela­ti­vi­té du mou­ve­ment et quan­ta d’éner­gie élec­tro­ma­gné­tique (il ne reçut d’ailleurs le prix Nobel que pour le second, ce qui est sou­vent oublié). Ne pas connaître l’ex­pé­rience de Michel­son-Mor­ley pour abor­der la rela­ti­vi­té en 1905 eut été équi­valent, pour un phy­si­cien fon­da­men­ta­liste, à igno­rer aujourd’­hui celle de Wison-Pen­zias sur le bruit de fond cos­mo­lo­gique pour dis­cu­ter de la thèse du Big Bang !

    S’a­gis­sant des deux sources Lorentz 1904 et Poin­ca­ré 1905, il suf­fit pour démen­tir Ein­stein sur son inad­ver­tance de la pre­mière, de lire cette source ori­gi­nelle dans le petit recueil des édi­tions amé­ri­caines Dover,
    sur la rela­ti­vi­té, où elle cotoie l’ar­ticle d’Ein­stein l’an­née sui­vante. On s’a­per­çoit alors qu’Ein­stein avait choi­si la même lettre minus­cule grecque béta, que celle adop­tée par Lorentz, pour dési­gner le fac­teur de contrac­tion rela­ti­viste. Etant don­né la varié­té des carac­tères pos­sibles (romains et grecs, minus­cules et majus­cules), cela repré­sen­tait une chance sur cent de choi­sir la même, dans l’hy­po­thèse d’i­nad­ver­tance qu’a tou­jours sou­te­nu Albert Ein­stein ! Signa­lons au pas­sage que, si Ein­stein n’ob­tint pas le prix Nobel pour la rela­ti­vi­té, mais pour son article de la même année sur l’ef­fet quan­tique pho­to­élec­trique, c’est en rai­son de l’op­po­si­tion de Lorentz au sein du comi­té Nobel.

    Quant à la source Poin­ca­ré 1905, un résu­mé paru aux « Comptes Ren­dus de l’A­ca­dé­mie des Sciences » quelques jours avant qu’Ein­stein n’é­crive son propre article (avant d’être déve­lop­pé l’é­té sui­vant pour le « Cercle Mathé­ma­tique de Palerme »), il existe éga­le­ment des indices trou­blants dans la bio­gra­phie sus-dite : Albert Ein­stein, qui lisait cou­ram­ment le fran­çais, était pour cette rai­son même le cor­res­pon­dant de « Anna­len der Phy­sik » afin d’y signa­ler les articles inté­res­sants parais­sant dans le domaine d’in­té­rêt. Or, Mile­va confia à sa bio­graphe que le jeune Albert fut pris, durant cette période qui vit en quelques jours la rédac­tion de son propre article, d’une véri­table fré­né­sie de course contre le temps, au point qu’il tom­ba malade aus­si­tôt aprés en avoir ter­mi­né. Mais il pré­ten­dra tou­jours n’a­voir pas alors lu l’ar­ticle de Poincaré !

    Sur cet éter­nel sujet (Poincaré/Einstein), le lec­teur curieux pour­ra consul­ter trois livres parus en français :

    - Jean Hla­dik : Ein­stein, Poin­ca­ré. Edi­tions Ellipses

    - Jean-Paul Auf­fray : Ein­tein et Poin­ca­ré, Edi­tions du Pommier

    - Jules Leveugle ; La rela­ti­vi­té, Ein­stein et Poin­ca­ré, Planck, Hil­bert. Edi­tions L’harmattan

    ain­si que l’ap­pré­cia­tion d’un autre prix Nobel (d’E­co­no­mie), phy­si­cien de for­ma­tion, Mau­rice Allais :
    http://​allais​.mau​rice​.free​.fr/​P​a​r​a​d​o​x​e​.​htm

    Ajou­tons, pour ter­mi­ner le tableau, que le phy­si­cien qui eut à exper­ti­ser l’ar­ticle d’Ein­stein en 1905 est le russe Jaffe, alors assis­tant de Ront­gen (pre­mier prix Nobel de Phy­sique en 1901, pour les rayons X). Jaffe a tou­jours affir­mé que le manus­crit ori­gi­nel était co-signé Albert et Mile­va Ein­stein, et s’é­ton­nait que le nom de Mile­va ait mys­té­rieu­se­ment dis­pa­ru lors de l’é­di­tion par la revue. Or, per­sonne ne put véri­fier car l’ar­ticle ori­gi­nel ne put jamais être retrou­vé. Curieu­se­ment, lorsque Albert Ein­stein reçut le prix Nobel quelques années plus tard, aprés sa sépa­ra­tion avec Mile­va, il lui en adres­sa le montant…

    On peut d’au­tant plus s’in­ter­ro­ger sur la nature de cet étrange « deal » qu’Al­bert Ein­stein n’é­tait pas par­ti­cu­liè­re­ment dés­in­té­res­sé, comme en témoigne l’é­vè­ne­ment sur­ve­nu aprés son émi­gra­tion aux Etats-Unis :
    Bien que le manus­crit ori­gi­nel déjà cité eût dis­pa­ru, une vente aux enchères de ce manus­cript fut orga­ni­sée qui rap­por­ta un impres­sion­nant paquet de dol­lars à Albert Ein­stein. Il avait, pour l’oc­ca­sion, réécrit le dit « manus­crit ori­gi­nel »… L’his­toire ne dit pas si l’  »heu­reux » acqué­reur en fut aver­ti de son vivant.
    ( la rela­tion des faits figure dans une émis­sion de la Tele­vi­sion fran­çaise qui fut consa­crée à Ein­stein, aux alen­tours du cen­te­naire de la relativité. )

    Réponse
  40. Hadrien

    L’ÉTERNEL REFRAIN DE JEAN PEYRELEVADE : LA DETTE !

    Le com­men­ta­teur kri­mo nous rap­pe­lait dans http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2010/02/26/actualite‑7/#comments la pro­pa­gande effré­née de notre cher ban­quier tout au long de ses billets :
    – Demain la rigueur !
    – Le pêché originel
    – L’illusion collectiviste
    – Au secours l’industrie !
    – La rigueur est incontournable…

    La logique est tou­jours la même : prendre argu­ment de la dette pour inter­dire le défi­cit public. Et c’est ain­si tout le sec­teur public et les pres­ta­tions sociales qui trin­que­ront… réser­vant aux grands patrons et aux ban­quiers de géné­reuses marges et de miri­fiques bonus !
    Car la dette publique et la com­pé­ti­ti­vi­té sont les pierres angu­laires de cet édi­fice argu­men­taire patiem­ment construit par notre ban­quier, invi­tant le bas peuple à se ser­rer la cein­ture pen­dant qu’il évo­lue sur les pistes de ski comme il nous l’a fait joyeu­se­ment savoir au retour de ses vacances d’hiver…(nous sommes contents pour lui!).

    On a déjà indi­qué sur son blog ce qu’il fal­lait pen­ser (et ce que Mau­rice Allais pen­sait) en matière de com­pé­ti­ti­vi­té dans le contexte actuel de l’Europe et de la Mon­dia­li­sa­tion telles que mises en place par son véné­ré col­lègue et ban­quier Pas­cal Lamy, d’abord à la tête du com­merce inter­na­tio­nal au sein de la Com­mis­sion Euro­péenne, puis à la tête de l’OMC plus récemment.

    Concer­nant la dette, je n’ai encore que par­tiel­le­ment rap­por­té ce que révèle au grand jour le petit livre d’André-Jacques Hol­becq “Argent, dettes et banques” qui vient de sortir.

    Repre­nons donc les choses dans l’ordre, en com­men­çant par une source impromp­tue, prise sur le blog de Paul Jorion : Manuel de pré­pa­ra­tion aux concours de la Banque de France

    Début de citation

    MONNAIES, CRÉDIT ET VALEURS MOBILIÈRES
    (Centre inter­syn­di­cal de pré­pa­ra­tion aux concours de la Banque de France)

    B) Le rôle des banques dans la créa­tion monétaire

    1 ) Le méca­nisme de la créa­tion monétaire
    Les cré­dits font les dépôts :

    Les banques créent de la mon­naie en tant que dis­pen­sa­trices du cré­dit. Ce pro­ces­sus de créa­tion moné­taire est lié à la nature essen­tiel­le­ment scrip­tu­rale de la mon­naie. Celle-ci est le résul­tat d’un jeu d’écritures comp­tables inhé­rent à l’opération de crédit.
    Soit une banque escomp­tant un effet. Quand elle cré­dite du pro­duit de l’opération le compte de son client, elle aug­mente par là même le mon­tant des comptes cou­rants cré­di­teurs, figu­rant à son pas­sif, autre­ment dit encore les dépôts reçus de ses clients.

    Fin de citation

    Toute opé­ra­tion de cré­dit se fonde ain­si sur une créa­tion ins­tan­ta­née de mon­naie contrai­re­ment à ce que croient Paul Jorion et ses fidèles dis­ciples sur son site, qui ont pris cela pour une erreur…, c’est à dire un compte cré­di­té d’un dépôt comme tout autre dépôt de client. Cette créa­tion moné­taire ne dis­pa­rait pro­gres­si­ve­ment qu’avec la dette ain­si contrac­tée par l’emprunteur, par une des­truc­tion moné­taire équi­va­lente lors des remboursements.

    Le ser­vice ain­si ren­du par la banque à l’emprunteur s’assortit d’une rému­né­ra­tion par des inté­rêts, qui consti­tuent les seuls mon­tants réma­nants finaux (au béné­fice de la banque, bien entendu).

    D’où les banques tiennent-elles ce pou­voir ? De L’Etat et de sa Banque cen­trale dont elles ont l’agrément.

    Jusqu’en Jan­vier 1973, l’Etat fran­çais, sou­ve­rain, n’avait que faire des fourches cau­dines des banques com­mer­ciales et se finan­çait à sa conve­nance auprés de la Banque de France.

    Pas­sons sur les aspects connexes (réserve frac­tion­naire, démul­ti­pli­ca­tion moné­taire) pour en venir à notre pro­pos déjà évo­qué dans Hadrien sur le Blog de Jean Pey­re­le­vade, et expli­ci­té par André-Jacques Hol­becq, de la façon suivante :

    Début des citations

    ” Le grand emprunt, ce n’est pas celui de Jup­pé-Rocard de 35 Mil­liards d’Euros, mais bien celui en cours, celui que nous avons accu­mu­lé depuis 1973.

    Depuis 1973 Pré­sident : Georges Pom­pi­dou, ancien ban­quier fon­dé de pou­voir de la banque Rot­schild, l’article 25 de la loi du 3 Jan­vier précise :

    - Le tré­sor public ne peut être pré­sen­ta­teur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France.
    Ce qui signi­fie que notre pays s’est inter­dit de per­mettre à la Banque de France de finan­cer le tré­sor public, c’est à dire de créer la mon­naie dont il a besoin pour son propre déve­lop­pe­ment (écoles, routes, ponts, ports, aéro­ports, hopi­taux, biblio­thèques, etc.).

    Et le trai­té de Maas­tricht a enté­ri­né pour l’Europe cet état de fait par l’article 123 du trai­té de Lis­bonne, en appli­ca­tion depuis peu, qui précise :

    - Il est inter­dit à la Banque cen­trale euro­péenne et aux Banques cen­trales des Etats membres, ci-aprés dénom­mées banques cen­trales natio­nales, d’accorder des décou­verts ou tout autre type de cré­dit aux ins­ti­tu­tions, organes ou orga­nismes de l’Union, aux admi­nis­tra­tions cen­trales, aux auto­ri­tés régio­nales ou locales, aux autres auto­ri­tés publiques, aux autres orga­nismes ou entre­prises publics des Etats membres ; l’acquisition directe, auprés d’eux, par la Banque cen­trale euro­péenne ou les Banques cen­trales natio­nales, des ins­tru­ments de leur dette est éga­le­ment interdite.

    En clair, les Etats sont obli­gés de se finan­cer sur les mar­chés finan­ciers, en aug­men­tant per­pé­tuel­le­ment leur dette à cause d’intérêts…qui ne sont que les consé­quences de choix politiques.

    Ain­si, la France s”est obli­gée d’emprunter sur les mar­chés moné­taires en émet­tant des obli­ga­tions auprés des plus riches, des ren­tiers, et des inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels (assu­rances, banques, etc.) tous pri­va­ti­sés depuis Bal­la­dur en 93, jusqu’à Strauss-Kahn/­Jos­pin…

    Au fil des années, cet argent dis­tri­bué aux plus riches plombe les finances publiques et il faut cou­vrir par l’emprunt le défi­cit tou­jours jus­te­ment proche du mon­tant des intérêts.

    Et, au total, c’est plus de 1 300 mil­liards d’euros d’intérêts que nous avons payé entre 1980 et 2008 !…

    Nous avons payé, en 2008, plus de 55 mil­liards aux pré­teurs, pour les seuls inté­rêts et pour une seule année, ce que l’on appelle la charge de la dette publique. Pour vous don­ner une idée, c’est l’équivalent de mille Air­bus A320… ou un salaire net de 18000 euros annuel (salaire médian en France) pour plus de trois mil­lions de per­sonnes de quoi éra­di­quer le cho­mâge…!
    Mais vous pou­vez vous deman­der com­ment nous arri­vons à ces chiffres fara­mi­neux ? Vous trou­ve­rez sur l’adresse ci-aprés le pas à pas du cal­cul qui nous per­met d’affirmer que, si nous n’avions pas eu d’intérêts à payer, nous n’aurions pas de dette :
    http://​mon​naie​.wikis​paces​.com/​A​r​n​a​que

    Le recours à l’emprunt par l’Etat, qui pou­vait se conce­voir lorsque la mon­naie était repré­sen­ta­tive d’une cer­taine quan­ti­té de métal (or ou argent) qui à un moment pou­vait man­quer dans les caisses, n’a main­te­nant plus aucune jus­ti­fi­ca­tion­de­puis que la mon­naie est tota­le­ment déma­té­ria­li­sée. Il reste seule­ment impor­tant qu’elle ait, comme toute mon­naie, une contre-par­tie en biens réels ou en créances recou­vrables, c’est à dire des actifs sains. ”

    ” Mau­rice Allais, Prix Nobel d’Economie 1988 pro­pose, lui :

    - Toute créa­tion moné­taire doit rele­ver de l’Etat et de l’Etat seul. Toute créa­tion moné­taire autre que de la mon­naie de base par la Banque cen­trale doit être ren­due impos­sible de manière que dis­pa­raissent les faux droits résul­tant actuel­le­ment de la créa­tion monétaire. ”

    Fin des citations

    Je ne vou­drais pas ter­mi­ner sans citer quelques pas­sages intro­duc­tifs du livre de Raoul Marc Jen­nar “Europe, la tra­hi­son des élites” (Fayard, 2004) par­ti­cu­liè­re­ment pré­mo­ni­toire de la conjonc­ture actuelle et de ses acteurs :

    Cita­tion

    ” L’idée selon laquelle les per­sonnes ont non seule­ment des droits indi­vi­duels (liber­té d’opinion, d’expression, d’association, de presse, de culte…) mais éga­le­ment des droits col­lec­tifs (droits à la san­té, à l’éducation et à la culture, au tra­vail, au loge­ment, à la sécu­ri­té sociale…) est née en Europe. Le modèle euro­péen est deve­nu ain­si, sur­tout aprés la seconde guerre mon­diale, l’expression la plus forte d’une concep­tion de l’Etat en tant que garant d’une démo­cra­tie qui tend vers une éga­li­té effec­tive des chances pour tous.

    Cette volon­té de dépas­ser les aspects for­mels de la démo­cra­tie et de lui don­ner un conte­nu s’est tra­duite par l’élaboration de poli­tiques enca­drées, garan­ties, voire gérées par les pou­voirs publics : salaire mini­mum garan­ti, durée déter­mi­née du tra­vail heb­do­ma­daire maxi­mum, allo­ca­tions de cho­mâge, allo­ca­tions fami­liales, caisses d’assurance mala­die-inva­li­di­té, caisses de pen­sion, mini­mum garan­ti d’existence, etc.
    Ces poli­tiques ont consa­cré l’existence d’organisations syn­di­cales et de mutua­li­tés ; elles ont inci­té à une concer­ta­tion régu­lière entre ceux qu’on appelle les par­te­naires sociaux ; elles ont ame­né les pou­voirs publics, à dif­fé­rents niveaux, à créer et admi­nis­trer des orga­nismes appe­lés ser­vices publics…

    Du ban­quier Jean Mon­net au ban­quier Pas­cal Lamy, ce qui a été fait n’a jamais été à l’aune de ce qui était dit. Aus­si, l’histoire de la construc­tion euro­péenne appa­raît-elle comme celle d’une for­mi­dable mystification…
    Nul ne peut croire que le choix d’une construc­tion euro­péenne à par­tir du com­mer­cial, de l’économique et du finan­cier au détri­ment du social, de l’environnement et du poli­tique fut le fruit du hasard. Ce choix était le fait de déci­deurs et d’experts mar­qués par des liens étroits avec les milieux éco­no­miques et finan­ciers dont ils étaient le plus sou­vent issus…
    Ces ban­quiers, ces indus­triels et ces aris­to­crates qu’on retrouve aux postes clés de la construc­tion euro­péenne ont ain­si trou­vé le moyen, par le haut, si l’on peut dire, en se dis­si­mu­lant der­rière l’idée euro­péenne et la méthode Mon­net, de reve­nir par étapes suc­ces­sives sur tout ce qu’ils avaient dû concéder… »

    Fin de citation

    La lec­ture des lignes ci-des­sus, ain­si que des nom­breux com­men­taires qui pré­cèdent, devrait suf­fire, espé­rons-le, pour que le citoyen se pose les ques­tions qui s’imposent sur l’oligarchie qui pré­tend conti­nuer de nous gou­ver­ner tant au plan éco­no­mique et finan­cier qu’au plan politique.

    Réponse
  41. Hadrien

    DES NOUVELLES DU FRONT :

    @ blo­gueur habsb… qui en redemande,

    Aux remarques de cet apprenti-banquier-qui-a-lu-ça-dans-les-livres :
    « … sans conver­ti­bi­li­té or, un Etat pour­rait emprunter/émettre une quan­ti­té infi­nie de mon­naie, n’ayant aucun inté­rêt à payer.
    Pour cette rai­son tous les plus grands pays du monde ont opté pour une Banque Cen­trale sépa­rée de l’Etat et inter­dite d’emprunt à l’Etat.
    Sauf cer­tains comme le Zim­babwe, où l’Etat émet de la mon­naie sans cesse, et où l’on fait ses courses le matin car l’après midi c’est déjà plus cher … »

    j’a­vais, contrai­re­ment à ses dires, par­fai­te­ment répon­du par :

    « L’euthanasie du ren­tier à dose rai­son­nable n’avait pas mal réus­si aux Trente Glo­rieuses. L’”indépendance rela­tive” de la Fed per­met aus­si pas mal de sou­plesse (N’est-elle pas, dit-on en train de faire mar­cher “la planche à billets” pour rache­ter en sous-main ses propres bons du tré­sor amé­ri­cain?) En tout cas, deman­der 6% à la Grèce de la part de banques com­mer­ciales qui se refi­nancent à 1% auprés de la BCE, serait exclu ! »

    En clair : aucun pays au monde ne se lie les mains comme le fait aujourd’­hui l’U­nion Européenne.

    L’  »indé­pen­dance » de notre Banque cen­trale était écrite en lettres d’or dans tous les manuels des années 60, ce qui n’empêchait pas, sui­vant le sens com­mun, de « faire mar­cher la planche à billets » à la conve­nance du tré­sor, au moment même où le Plan d’or­tho­doxie moné­taire Pinay-Rueff était en vigueur pour pré­tendre l’é­vi­ter… Cela a don­né les trente Glo­rieuses, avec une crois­sance supé­rieure à celle des Etats-Unis, au prix de déva­lua­tions qui ne furent effec­tives que face au Mark dési­reux de redo­rer son bla­son (Le Franc ne s’est pas déva­lué par rap­port au Dol­lar, en moyenne, et s’est appré­cié par rap­port à la Livre sterling).

    Quant à l’  »indé­pen­dance » de la Fed, elle est tout aus­si théo­rique et consiste en ce moment même à rache­ter les bons du tré­sor amé­ri­cain, ce que Paul Jorion désigne, lui aus­si, par « faire mar­cher la planche à billets » !

    Enfin, la conver­ti­bi­li­té-or de la mon­naie fut éga­le­ment tout aus­si théo­rique ; c’est même pour ça qu’elle a dû être aban­don­née, sans que per­sonne ne s’en émeuve, sur­tout pas les banquiers.

    Com­ment tout cela est-il pos­sible ? demande l’ap­pren­ti-ban­quier. Pré­ci­sé­ment, parce que ni la France ni les Etats-Unis ne sont le Zimbabwe !
    Plus pré­ci­sé­ment : j’a­vais dit que le cal­cul de AJ Hol­becq (”si nous n’avions pas eu d’intérêt à payer, nous n’aurions pas de dette”) ou la remarque de Mau­rice Allais (“Toute créa­tion moné­taire doit rele­ver de l’Etat et de l’Etat seul”) ne concluaient pas sur le détail des moda­li­tés opti­males à adopter…mais pas au point de ne pas pré­ve­nir les lec­teurs quant à l’ha­bi­tuel pont-aux-ânes que la plu­part, au rang des­quels notre appren­ti-ban­quier, s’empressent de franchir.
    On trouve, à ce effet, dans le petit livre pré-cité de AJ Hol­becq, le pas­sage suivant :

     » L’HABITUELLE OBJECTION

    L’ob­jec­tion cou­rante est que la dette finan­cée par des émis­sions moné­taires de la Banque cen­trale serait infla­tio­niste car cette émis­sion équi­vaut à faire mar­cher la planche à billets…
    Cette objec­tion dénote une pro­fonde mécon­nais­sance du pro­ces­sus de créa­tion moné­tai­re­par les banques : le rachat – par la Banque cen­trale – des obli­ga­tions de la dette publique arri­vant à échéance ne modi­fie pas la quan­ti­té de mon­naie déjà en cicu­la­tion. A terme, n’ayant plus besoin de nou­velle mon­naie néces­saire pour le paie­ment des inté­rêts, la quan­ti­té de mon­naie croî­trait moins qu’elle ne le ferait s’il avait fal­lu payer des intérêts.
    Qui peut vraî­ment pen­ser que c’est l’o­bli­ga­tion de payer des inté­rêts qui limi­te­rait une envie de dépen­ser des Etats ?  » la réponse va de soi par les temps qui courrent…

    N.B.

    Nous avons rajou­té déjà à « en cir­cu­la­tion », pour sou­li­gner le lien avec l’é­vi­dence constante que met en lumière AJ Holbecq :

    Dès que sont émises – et sous­crites par les banques com­mer­ciales – des obli­ga­tions d’E­tat, la créa­tion moné­taire et l’in­fla­tion quan­ti­ta­tive qui va de pair ont déjà lieu, et sub­sistent tant qu’elle ne sont pas sui­vies de la des­truc­tion moné­taire cor­res­pon­dant au rem­bour­se­ment inté­gral (cf le manuel des concours à la banque de France, auquel Paul Jorion et consorts n’ont tou­jours rien compris!)

    Ain­si, aujourd’­hui, non seule­ment ce rem­bour­se­ment n’a tou­jours pas lieu, lais­sant en cir­cu­la­tion la mon­naie-cré­dit ain­si créée, mais la dette aug­mente. Cela donne-il pour autant l’in­fla­tion que redoute l’ap­pren­ti-ban­quier ? Mani­fes­te­ment non !
    Cela signi­fie que la mon­naie ain­si injec­tée par finan­ce­ment public est bien repré­sen­ta­tive de la valeur tra­vail de la nation puis­qu’elle est aisé­ment absor­bée sans infla­tion. (Contrai­re­ment à l’i­mage d’E­pi­nal, il y a une aug­men­ta­tion natu­relle de la masse moné­taire, pour accom­pa­gner les richesses crois­santes, fruits de la créa­ti­vi­té et de la pro­duc­ti­vi­té du tra­vail, qui n’est pas de l’in­fla­tion!). En ce sens, on peut même affir­mer que le tra­vail est sous-payé tant qu’on n’ob­serve pas de vraie ten­dance infla­tion­niste (i.e. Zimbabwéenne) !
    On voit donc que « détruire cette mon­naie » par le rem­bour­se­ment de la dette aux banques qui l’ont créée (cf com­men­taires pré­cé­dents) ne peut dans ce cas qu’être d’au­tant plus néfaste à l’économie.

    Mieux : dans ce sys­tème actuel, la seule mon­naie créée indû­ment est pré­ci­sé­ment la seule qui n’est pas détruite, rem­bour­se­ment ou pas ; c’est celle de la rente des inté­rêts allant aux banquiers…ou aux ren­tiers à qui ils l’ont revendue.
    Com­pre­nez-vous alors pour­quoi ceux-là répètent à tout le monde qu’il faut res­pec­ter la dette ? Parce qu’ils ont peur qu’on s’a­per­çoive qu’elle est illégitime !

    Dans le sys­tème de cré­dit natio­na­li­sé (au pro­gramme du Conseil Natio­nal de la Resis­tance) mis en place à la Libé­ra­tion, la créa­tion moné­taire est à la dis­po­si­tion de l’E­tat, comme il se doit, c’est à dire de nous tous et non pas de banques pri­vées. Cette créa­tion moné­taire, gérée confor­mé­ment à l’ab­sorb­tion par l’é­co­no­mie, n’a pas à être et ne doit pas être rem­bour­sée. La dette publique due au ban­quier du cré­dit n’existe plus, parce que ce ban­quier est l’E­tat lui-même… qui ne ponc­tionne rien pour cette opé­ra­tion, si ce n’est des frais de sruc­ture en sala­riés de la fonc­tion publique.
    C’est le sys­tème qui a fonc­tion­né pen­dant trente ans, assu­rant la crois­sance jus­qu’à… 1973 (Loi de l’ex-ban­quier Pom­pi­dou du 3 Jan­vier, conco­mi­tante à l’en­trée de la « City » dans le mar­ché com­mun le 1er Janvier) !

    Ce sys­tème, c’est celui auquel Jean-Luc Mélen­chon, ATTAC, Mau­rice Allais, Etienne Chouard, André-jacques Hol­becq et le Cercle des Eco­no­mistes Citoyens, les Citoyens Rési­tants d’hier et d’au­jourd’­hui, etc. recom­mandent de revenir.

    Com­pre­nez-vous alors pour­quoi, entre autres, les ban­quiers « sociaux-démo­crates » Lamy, Pey­re­le­vade, Strauss-Kahn…etc., et leurs amis, s’y opposent farouchement ?

    Réponse
  42. Étienne

    Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne !

    Encore un excellent papier de Fré­dé­ric Lor­don sur le sujet de l’i­nac­cep­table zone euro (Les blogs du Diplo 29⁄03) :

    http://blog.mondediplo.net/2010–03-29-Ce-n-est-pas-la-Grece-qu-il-faut-exclure-c-est‑l

    ____

    Par ailleurs, Chris­tian Saint-Etienne a ana­ly­sé brillam­ment, depuis un an déjà, les condi­tions objec­tives —puis­santes et cré­dibles— pour que la zone euro se dis­loque d’elle-même, notam­ment du fait de la poli­tique fran­che­ment inami­cale de l’Al­le­magne depuis le début : lisez « La fin de l’eu­ro », c’est un bou­quin passionnant.

    Étienne.

    ___________

    Et puis ce pas­sage du Capi­tal de Marx, d’une éton­nante actua­li­té, pour com­prendre que la dette publique est une vieille recette des riches pour tenir la force publique en respect :

    « Le sys­tème du cré­dit public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les pre­miers jalons, enva­hit l’Europe défi­ni­ti­ve­ment pen­dant l’époque manu­fac­tu­rière. Le régime colo­nial, avec son com­merce mari­time et ses guerres com­mer­ciales, lui ser­vant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. 

    La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit des­po­tique, consti­tu­tion­nel ou répu­bli­cain, marque de son empreinte l’ère capi­ta­liste. La seule par­tie de la soi-disant richesse natio­nale qui entre réel­le­ment dans la pos­ses­sion col­lec­tive des peuples modernes, c’est leur dette publique. Il n’y a donc pas à s’étonner de la doc­trine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le cré­dit public, voi­là le cre­do du capi­tal. Aus­si le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables. 

    La dette publique opère comme un des agents les plus éner­giques de l’accumulation pri­mi­tive. Par un coup de baguette, elle doue l’argent impro­duc­tif de la ver­tu repro­duc­tive et le conver­tit ain­si en capi­tal, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles insé­pa­rables de son emploi indus­triel et même de l’usure pri­vée. Les cré­di­teurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur prin­ci­pal, méta­mor­pho­sé en effets publics d’un trans­fert facile, conti­nue fonc­tion­ner entre leurs mains comme autant de numé­raire. Mais, à part la classe de ren­tiers oisifs ain­si créée, à part la for­tune impro­vi­sée des finan­ciers inter­mé­diaires entre le gou­ver­ne­ment et la nation – de même que celle des trai­tants, mar­chands, manu­fac­tu­riers par­ti­cu­liers, aux­quels une bonne par­tie de tout emprunt rend le ser­vice d’un capi­tal tom­bé du ciel – la dette publique a don­né le branle aux socié­tés par actions, au com­merce de toute sorte de papiers négo­ciables, aux opé­ra­tions aléa­toires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la ban­co­cra­tie moderne.

    Dès leur nais­sance les grandes banques, affu­blées de titres natio­naux, n’étaient que des asso­cia­tions de spé­cu­la­teurs pri­vés s’établissant à côté des gou­ver­ne­ments et, grâce aux pri­vi­lèges qu’ils en obte­naient, à même de leur prê­ter l’argent du public. 

    Aus­si l’accumulation de la dette publique n’a‑t-elle pas de gra­di­mètre plus infaillible que la hausse suc­ces­sive des actions de ces banques, dont le déve­lop­pe­ment inté­gral date de la fon­da­tion de la Banque d’Angleterre, en 1694. 

    Celle-ci com­men­ça par prê­ter tout son capi­tal argent au gou­ver­ne­ment à un inté­rêt de 8 %, en même temps elle était auto­ri­sée par le Par­le­ment à battre mon­naie du même capi­tal en le prê­tant de nou­veau au public sous forme de billets qu’on lui per­mit de jeter en cir­cu­la­tion, en escomp­tant avec eux des billets d’échange, en les avan­çant sur des mar­chan­dises et en les employant à l’achat de métaux pré­cieux. Bien­tôt après, cette mon­naie de cré­dit de sa propre fabrique devint l’argent avec lequel la Banque d’Angleterre effec­tua ses prêts à l’État et paya pour lui les inté­rêts de la dette publique. 

    Elle don­nait d’une main, non seule­ment pour rece­voir davan­tage, mais, tout en rece­vant, elle res­tait créan­cière de la nation à per­pé­tui­té, jusqu’à concur­rence du der­nier liard don­né. Peu à peu elle devint néces­sai­re­ment le récep­tacle des tré­sors métal­liques du pays et le grand centre autour duquel gra­vi­ta dès lors le cré­dit com­mer­cial. Dans le même temps qu’on ces­sait en Angle­terre de brû­ler les sor­cières, on com­men­ça à y pendre les fal­si­fi­ca­teurs de billets de banque. »

    Karl Marx, Le Capi­tal, Livre I, Paris : Gar­nier-Flam­ma­rion, 1969. Pre­mière édi­tion : 1867. Cha­pitre XXXI : « Genèse du capi­ta­liste indus­triel », pp. 556–564.

    Réponse
  43. florian

    « ou l’argent, appe­lons-les comme nous vou­lons », puor­quoi ça ?

    Réponse
  44. Hadrien

    @ AJH

    Je sais qu’un cer­tain nombre de com­men­taires sont pas­sés, mais celui que j’a­vais concoc­té en réponse à JP Voyer n’est jamais paru, alors qu’il rele­vait ses erreurs point par point. La même chose s’é­tait pro­duite avec Jorion dans l’é­change sur son livre où seule mon com­men­taire ini­tial était paru, lais­sant croire au lec­teur que j’é­tais satis­fait de la réponse de Jorion, car ma réplique n’est jamais parue.

    Désor­mais, je ne lis plus son blog.

    Même chose sur le blog de Pey­re­le­vade, avec un long texte de ma part qui rele­vait toutes les erreurs des blanc-becs qui l’ac­com­pagnent et de lui-même, en fin de son « Actua­li­té (8) ».

    Lire à ce sujet mon juge­ment défi­ni­tif, à mon départ, en tête des com­men­taires sur son « Actua­li­té (9) ».

    Réponse
  45. A-J Holbecq

    Bon­jour Hadrien

    Il y a quand même de temps à autre des lueurs d’espoir

    A part cela, il y a tou­jours des débats inté­res­sants éga­le­ment (outre ce blog d’E.C.,cela va sans dire) sur « Plus loin que Jorion  »

    Entre Jorion, Finckh, Voyer, Alexandre et quelques autre grou­pies il n’y a vrai­ment rien à tirer de ce blog sur le sujet de la mon­naie et des banques. Heu­reu­se­ment pour eux, ils ont Fran­çois Leclerc qui, diplo­ma­ti­que­ment, ne s’est jamais expri­mé sur ce sujet.

    Ami­ca­le­ment

    Réponse
  46. Hadrien

    André-Jacques,

    En dépit de ma réac­tion ini­tiale, je suis bien d’ac­cord avec ton ana­lyse. Celle-ci rejoint d’ailleurs celle que j’a­vais déce­lée dans le com­men­taire sur­ajou­té par Claude Roche lors de ma pre­mière inter­ven­tion dans son billet invi­té du 7 mars, à pro­pos de « L’argent, mode d’emploi ». Il s’ex­cu­sait presque des man­que­ments de Jorion :

    « je ne suis pas d’accord avec PJ sur tout …
    Mais c’est vrai que DANS la SITUATION ACTUELLE il est impor­tant de « faire front » autour de cet ouvrage… »

    Je pense qu’il s’a­git de lacunes au plan fon­da­men­tal de la part de Jorion, qu’il n’a pas encore com­blées. Il a eu la chance d’être au coeur du sys­tème des sub­prime quand la crise était mure…et d’y réagir en Euro­péen. Il en a déduit un peu vite qu’il pou­vait tout régen­ter sur son blog… même l’his­toire de la relativité !

    A l’ex­té­rieur, il est mani­fes­te­ment plus conscient de ses limites, comme on l’a consta­té hier pour son appa­ri­tion sur la chaîne par­le­men­taire (Emis­sion de 30 min « ça vous regarde »): face à un cher­cheur éco­no­miste et à Patrick Deved­jian, pour­tant pas trés brillants en l’o­cur­rence, il a lais­sé dire à ce der­nier en guise de conclu­sion un com­men­taire du style que Fré­dé­ric Lor­don avait déjà fus­ti­gé en début de crise dans la bouche d’E­lie Cohen : « dans quelque temps, les affaires repren­dront comme avant ! » Pour un char­gé de la relance éco­no­mique, ça donne une idée de la res­pon­sa­bi­li­té et de la com­pé­tence de nos politiques…

    Réponse
  47. Catherine

    ar-gens môôdddddddddddddde d’engeance !

    Réponse
  48. Catherine

    Engeance mal-odo­rante d’o­ri­ni­fères fra­grances, que ne serais-je sans toi, ôh toi, qui me fais être miasmes sopo­ri­fiques du dédale oda­lisque des dimiasques simiesques ren­vois, je te sau­rai glo­rieux, et fiers, et pétu­lants de la force re-connue de cette incon­nais­sance consti­tu­tive de ton être, ploie mon ami, ploie, il ne te reste que cela, et déchoie, tu es vaincu !

    Réponse
  49. Catherine

    On devrait revoir nos tables de la loi, je trouve…

    Tu ne te lais­se­ras pas voler
    Tu ne te lais­se­ras pas tuer
    Tu ne lais­se­ras pas le désa­mour nour­rir les relations
    etc, etc,
    Tu anéan­ti­ras ceux qui le veulent en revanche,
    et le monde chan­ge­ra, et à ce prix seulement.
    Tu pour­ras les anéan­tir ces reîtres, en refu­sant de les ser­vir et d’o­béir aux voleurs, aux tueurs, aux men­teurs, aux désaimeurs,
    et si tu ne fais rien, si tu obéis, alors comme eux, tu seras voleur, men­teur, tueur et désai­meur car tu ne les auras pas empê­ché de com­mettre leurs méfaits.

    Je n’es­père plus, je veux, rien de moins que cela !

    Réponse
  50. A-J Holbecq

    Oui Cathe­rine… com­ment ne pas être d’ac­cord avec toi.

    Mais de quel « leviers » dis­po­sons-nous, je veux dire des leviers réel­le­ment utilisables ?

    Réponse
  51. Catherine

    Ne plus payer les impôts par exemple, bon, je sais que tu n’es pas pour, mais faire un bou­lot là-des­sus me semble indis­pen­sable, les impôts sont une contre-par­tie à ser­vices ren­dus, or, les ser­vices ren­dus n’existent PAS quoi­qu’en disent les « offi­ciels », ils font le contraire de ce qu’ils disent jus­te­ment ces services.

    Tout le monde sait que l’é­cole, la san­té, la sécu­ri­té par exemple font le contraire de ce qu’ils disent, c’est une école qui rend bête à force de spé­cia­li­ser de plus en plus tôt, à force de nour­rir pour seul désir celui de confor­mi­té à un sys­tème patho­gène qui véhi­cule les valeurs d’une idéo­lo­gie pré­cise qui sont à des années-lumière de tout véri­table esprit d’ou­ver­ture, l’i­gno­rance et le condi­tion­ne­ment fabriquent le consen­te­ment pas­sif, et nous payons pour un tel ser­vice, c’est le monde à l’envers.

    La san­té qui rend malade la plu­part du temps, des exa­mens à gogo qui ne servent à rien sinon à rem­plir les poches de Pierre, Paul, Jacques, les études médi­cales qui sont d’une absur­di­té sans nom et qui servent à pro­duire des chiens savants qui répétent leur cre­do comme ils pour­raient ânon­ner le botin.A mille lieues des vrais ques­tion­ne­ments des gens et du coeur de la patho­lo­gie qui dit en maux les mots tuants qu’elle s’en­tend dire à lon­gueur de journée.
    Des médi­ca­ments qui servent à engrais­ser les labo­ra­toires mais qui sont très sou­vent des poi­sons tant ils sont mul­tiples et autoa­li­mentent la machine eux-mêmes. Pre­nons l’exemple d’une per­sonne qui est soi­gnée pour du cho­les­té­rol, les sta­tines pro­voquent des dou­leurs mus­cu­laires qui eux-mêmes néces­sitent par­fois la prise d’an­ti-inflam­ma­toire qui à leur tour relève de la prise de pan­se­ment gas­trique tel­le­ment l’es­to­mac est non-res­pec­té, et tout ça, avec l’a­val des méde­cins qui sont for­més par les labos la plu­part du temps et qui écoutent reli­gieu­se­ment ce qu’on leur dit sans trop se poser la ques­tion de la nature de CE qu’on leur dit et sur­tout à qui pro­fite tout cela.

    Alors payer pour cela, pour se faire empoi­son­ner, ce n’est pas pos­sible, on est tous deve­nus fous d’ac­cep­ter des choses pareilles.

    Au niveau de nos re-pré­sen­tants, mot bien mal uti­li­sé même cas de figure,car ils ne re-pré­sentent que les inté­rêts de leur caste ces bons mes­sieurs, pour une fonc­tion qui n’est qu’une fonc­tion d’en­re­gis­tre­ment car les pou­voirs sont en Europe et ailleurs comme cha­cun sait, et il fau­drait payer pour se faire tuer sym­bo­li­que­ment toutes les minutes, toutes les heures que comptent une journée.

    Je pour­rais pas­ser en revue tous les ser­vices pour les­quels nous sommes assu­jet­tis à cette taxe, et c’est com­plé­te­ment fou, que nous accep­tions encore de tom­ber dans une telle impos­ture, nous payons pour la mort qu’on nous sert sur un pla­teau à tout ins­tant de notre vie, c’est fort quand même.

    Alors c’est sûr, qu’il y a des bémols à mettre, des ensei­gne­ments de qua­li­té il y en a par­fois qui tiennent à la qua­li­té de cer­tains profs, comme des méde­cins et autre même chose, moi, je parle du com­mun, de ce qui est le plus cou­rant, et le cou­rant, c’est pas beau, c’est triste à mou­rir, ça spo­lie en toute impu­ni­té et y’en a marre.

    Alors for­cé­ment, seule, pas la peine d’y comp­ter, mais si un groupe se consti­tue, qui essaie de ral­lier de plus en plus de monde, c’est un moyen non violent de répondre à la vio­lence qui nous est faite​.Et la vio­lence, c’est quand on porte atteinte à quel­qu’un ‚il faut rap­pe­ler cette défi­ni­tion sans cesse, et là, en l’oc­cur­rence on nous porte atteinte dans TOUS les champs, tous abso­lu­ment tous.C’est une vio­lence qui n’est pas per­çue comme telle mais qui est vio­lence impli­cite, impli­cite de la nor­ma­li­sa­tion qui nous la fait accep­ter, à force de condi­tion­ne­ment, à force de répé­ter des men­songes, ça finit par deve­nir des véri­tés, à force de nous dire qu’on est libre, cer­tains s’i­ma­ginent être libres, mais de quoi, grand dieu, qu’ils me le disent, car j’ai pas vu, libres de se faire tuer et de payer pour cela.

    Il faut que nous nous regrou­pions, que nous fas­sions démar­rer un mou­ve­ment pour que quelque chose se passe, car si nous n’i­ni­tions rien, il ne se pas­se­ra rien et nous n’au­rons que nos yeux pour pleurer.

    Que laisse-t-on aux jeunes ?

    Quel a‑venir leur offre-t-on ?

    Les can­cers pleuvent de plus en plus, les patho­lo­gies de toute sorte se mul­ti­plient à la vitesse de la lumière, nous sommes malades de cette mala­die sociale, les gens ont per­du tout esprit critique.

    C’est la peste qui nous infeste, on entre­tient chez les gens des fausses idées d’eux–mêmes, comme si tout ce que nous vivions était une fata­li­té, c’est une fata­li­té car nous accep­tons que ce soit une fata­li­té, rien n’est fatal et jus­qu’au der­nier souffle, la vie bat en nous, et la vie est dyna­mique, tout peut se ren­ver­ser, rien n’est écrit dans le marbre. Mais pour cela, il faut nour­rir la volon­té, y croire et ne pas suc­com­ber au cha­cun pour soi et être assez nom­breux à avoir cette faim d’un autre monde.

    Ce ne sont pas les autres qui vont trans­for­mer notre vie, c’est à nous à trans­for­mer les rela­tions de notre vie et ça com­mence dès que deux per­sonnes se retrouvent et essaient d’é­chan­ger. Je dis bien essaie, car nous trim­bal­lons tous nos gua­ta­na­mos sur pieds, nous sommes tous enfer­més dans nos pri­sons men­tales bien cade­nas­sées et c’est dur d’ou­vrir une petite brèche même timide, mais bon, si on n’es­saie pas, même pas la peine d’y croire.

    Il faut croire à l’i­nes­pé­ré pour que l’i­nes­pe­ré fleu­risse et se maté­ria­lise en quelque de possible

    Réponse
  52. NingúnOtro

    Ne plus payer les impôts… ne sert stric­te­ment qu’a accé­lé­rer la décom­po­si­tion, socié­tale et per­son­nelle au prix de perdre son auto-estime comme bon citoyen puisque on passe de la caté­go­rie de contri­bu­teur loyal à celle de squatteur.

    La peste qui nous infeste, c’est l’i­gno­rance. Ne pas savoir le pour­quoi des choses nous bloque et nous rend impos­sible réagir dans un sens cohé­rent avec une pos­sible solution.

    Pour que notre vie se trans­forme il faut savoir dans que sens faire des pas… et quand on sait, on se moque bien de si on doit les faire cha­cun de son coté ou tous ensemble, car on avan­ce­ra tous dans la même direc­tion optimale.

    Le seul ines­pé­ré qui vaille la peine, c’est que lumière soit faite, et il ne vien­dra qu’au prix d’un effort pour s’illu­mi­ner, per­son­nel s’il n’y à pas de choix, col­lec­tif si cela peut être organisé.

    Encore faut-il qu’on se trouve pour orga­ni­ser quelque-chose de vrai­ment col­lec­tif qui ne soit pas sim­ple­ment par­tiel du à l’i­gno­rance ou une entente de classe mal comprise.

    Réponse
  53. Catherine

    « auto-estime » comme « bon citoyen » ‘est une plai­san­te­rie je sup­pose??

    Accé­lé­rer la décom­po­si­tion, mais voyons, c’est pour­ri de par­tout, on peut jeter son regard par­tout, où qu’on veuille, c’est déli­ques­cent de par­tout, ça dégou­line de tous les inter­stices, ça pue la m.…,ça se délite par­tout, je peux te don­ner des mani­fes­ta­tions tan­gibles dans tous les sec­teurs, ça va être long, plus pour­ri que ça, c’est la mort totale là on est arri­vé à la mort sym­bo­lique, la dif­fé­rence est dans cet espace entre le sym­bo­lique et le réel !

    Je vais finir par me deman­der sérieu­se­ment qui se cache der­rière toi, je te réponds ce midi ou ce soir, je connais­sais déjà tes posi­tions sur l’Eu­rope, et je trouve que ça ne s’ar­range pas, mais bon, ça reste bien sûr, un point de vue tout à fait per­son­nel, mais c’est bien à toi de rebon­dir, ça va per­mettre de déve­lop­per davantage.

    Réponse
  54. Catherine

    Je reprends tes pro­pos Nin­gu­nO­tro, tu dis : « Ne plus payer les impôts… ne sert stric­te­ment qu’a accé­lé­rer la décom­po­si­tion, socié­tale et per­son­nelle au prix de perdre son auto-estime comme bon citoyen puisque on passe de la caté­go­rie de contri­bu­teur loyal à celle de squat­teur »

    Bon, c’est bien tout compte fait car ton pro­pos résume tout à fait la pos­ture dans laquelle nous nous trou­vons tous, dans ces liens piè­geants que nous lais­sons nous piè­ger et qui empêchent tout pro-jet de s’actualiser, c’est-à-dire l’inversion des valeurs, nous sommes en plein dedans avec ce que tu m’ap­portes sur un beau plateau.

    Je m’explique.

    Ça veut dire quoi au juste être loyal, je te pose la ques­tion, je vous pose la ques­tion, à ceux qui lisent en ce moment, et oui, ça veut dire quoi être loyal, ça pose la ques­tion de l’étalon, c’est-à-dire de CE à quoi on est loyal, non ?

    Ça ren­voie au centre de la roue, à l’énergie poten­tielle qui va venir ser­vir de chaîne à l’énergie ciné­tique la trame, ça c’est un clin d’œil à Fran­çois, ça revient à fixer un repère-mar­queur fixe qui ser­vi­ra de point de réfé­rence ultime et qui devrait ser­vir de bous­sole pour orien­ter nos actions.

    Bon, on va reve­nir à des bêtes ques­tions de vocabulaire.

    Etre loyal, c’est être con-forme à la loi , et être conforme à la loi, ça revient à obéir à la loi, mais obéir aux lois de la pro­bi­té, de l’honnêteté, et c’est là tout l’enjeu qui nous occupe.

    Les lois aux­quelles nous obéis­sons, obéissent-elles aux lois de la pro­bi­té et de l’honnêteté, de quelle pro­bi­té et de quelle hon­nê­te­té s’agit-il ?

    Tout est là, entre CE que l’on dit de quelque chose et Ce qu’il en est réel­le­ment sur le ter­rain du vécu.

    Mais c’est quoi cette loi à laquelle nous obéis­sons qui dit le contraire de ce qu’elle fait, nous en sommes conscients, tous plus ou moins et cepen­dant nous nous accro­chons à ce cre­do mor­ti­fère, la loi c’est la loi et il faut pour être un bon et loyal citoyen obéir à la loi dis-tu.

    Y’a comme des trous dans la chaîne jus­te­ment et du coup la trame est bien lâche, sans repère, sans « sens » hor­mis le sens de quelques uns qui disent re-pré­sen­ter la loi de tous, et qui usent et abusent de tous les stra­ta­gèmes à cette fin, non ?

    Alors ça devrait ren­voyer à des ques­tions pas si loin­taines et qui n’ont guère fait l’honneur de cer­taines per­sonnes qui ont vou­lu obéir à la loi de cer­tains hommes jus­te­ment mais dont nous avons oublié semble-t-il les consé­quences ter­ribles, cette police de Vichy par exemple, n’aurait-il-pas été judi­cieux qu’elle se pose la ques­tion d’une dés-obéis­sance qui aurait répon­du à une loi autre­ment plus impor­tante, la loi de la nature de l’homme qui dépasse lar­ge­ment la sphrére étroite des lois contem­po­raines à une époque his­to­rique pré­cise, cad celle de cer­tains hommes qui défendent leurs inté­rêts de classe au détri­ment de tous ?

    Ques­tion.

    N’est-ce-pas cette ques­tion de hié­rar­chi­sa­tion qu’il nous revient de faire tous, n’est-ce pas notre res­pon­sa­bi­li­té à cha­cun de savoir à quelle loi nous vou­lons obéir, tout l’en­jeu socié­tal natio­nal et mon­dial est entiè­re­ment dans cette orien­ta­tion, c’est le noeud de toutes , toutes les pro­blè­ma­tiques qui se posent à nous.

    Obéis­sons-nous aux lois de quelques uns qui détruisent le patri­moine huma­ni­taire ou obéis­sons-nous à une loi supé­rieure qui place l’homme au-des­sus de toute loi clanique ?

    C’est à cette dif­fi­cile ques­tion qu’il nous revient, que dis-je que nous devons TOUS, indi­vi­duel­le­ment, répondre, en fonc­tion de notre intui­tion, notre pure intui­tion, qu’est-ce qui résonne, et la loyau­té où se trouve-t-elle, que vou­lons-nous pri­lé­gier en fin de compte.

    A quelle loi vou­lons-nous être loyal ?

    Celle de

    L’Homme ou celle de quelques hommes ?

    Tout est là, et de cela nous aurons à répondre si ce n’est face aux autres, que ce soit face à nous-mêmes d’a­bord, avec le moins de mau­vaise foi pos­sible, nous revient-il d’espèrer.

    Réponse
  55. NingúnOtro

    Cathé­rine… je ne plai­sante jamais, car il y à tant d’autres choses plus prio­ri­taires à faire qui demandent notre temps et nos ressources.

    La notion de « contri­bu­teur loyal » que j’emploie n’a rien à voir avec la loi. Il s’a­git d’a­voir en tête ce que sont des contraintes logiques et éthiques néces­saires pour qu’on puisse par­ta­ger un espace phy­sique comme un pays, une cité ou même une pla­nète entre plu­sieurs indi­vi­dus citoyens, soit-ce indi­vi­duel­le­ment cha­cun de son coté ou orga­ni­sés en dif­fé­rents groupes d’affinités.

    Loyal, cela veut dire connaître les contraintes et les res­pec­ter, sachant qu’une des contraintes est celle d’in­ter­ve­nir pour que cer­tains ne s’en dédouanent pas trop à la légère, c’est à dire… agir en ren­dant des efforts lorsque quel­qu’un d’autre le fait, et savoir qu’on oblige des autres à le faire lorsque c’est nous qui pis­sons dessus.

    La loi, en toutes cir­cons­tances, n’est qu’une métho­do­lo­gie stan­dar­di­sé qui sim­pli­fie la réponse à la répé­ti­ti­vi­té quo­ti­dienne de cer­taines situa­tions dont on doit ana­ly­ser la logique et l’é­thique pour rendre un ver­dict sur la solu­tion à appli­quer à chaque cas. L’a­vis d’une majo­ri­té poli­tique construit des lois qui enté­rinent un accord sur la réponse à don­ner face à cer­taines conduites consi­dé­rés nui­sibles pour la socié­té qu’on veut se don­ner entre tous.

    La loi est un rac­cour­ci qui nous évite le besoin de refaire toute l’a­na­lyse logique et éthique à chaque fois… tant à prio­ri ‑pour déci­der si on peut faire une chose ou pas‑, comme à pos­té­rio­ri ‑pour déci­der com­ment sanc­tion­ner un excès-

    Moi, j’ai une vision assez stricte de ce que sont les contraintes logiques et éthiques qui doivent s’ap­pli­quer pour que des indi­vi­dus citoyens puissent par­ta­ger civi­que­ment un ter­ri­toire don­né, et donc je n’ai presque jamais besoin des lois pour m’im­po­ser des limites. Cela ne veut pas dire que je ne me saute jamais la loi, juste que je lui recon­nais la fonc­tion d’é­vi­ter que je puisse nuire à autrui. Lorsque celle-ci inter­dit par exemple de ne pas stop­per devant un signe de tra­fic au rouge, comme pié­ton je ne m’ar­rête pas 5 minutes devant un feu rouge à un pas­sage zébra lorsque la rue est déserte. Au fait, je ne m’ar­rête que si m’a­ven­tu­rer sur le pas­sage zébra risque d’in­ter­rompre le tra­fic en for­çant que quel­qu’un doive faire une manœuvre impré­vue ou si mon com­por­te­ment peut induire à erreur un enfant qui sui­vrait mon exemple sans savoir ou même pen­ser à ne pas inter­cep­ter la tra­jec­toire d’un véhi­cule plus incas­sable que lui. Je n’ai pas de per­mis de conduire et je ne me ver­rai donc jamais en conduc­teur sauf sur bicy­clette, mais la je res­pec­te­rais tous les feux rouges (et même sans signaux je ferais atten­tion) car trop de par­ti­ci­pants à la cir­cu­la­tion sont bien plus fra­giles et valuables qu’une car­ros­se­rie de voiture.

    La loyau­té et l’au­to-estime comme bon citoyen dont je parle est celle, ins­tinc­tive, qui impose qu’on ne fasse pas subir autrui ce qu’on ne vou­drait pas qu’on nous fasse subir nous. On peut entendre cela comme indi­vi­du, ou on peut entendre cela comme membre d’une col­lec­ti­vi­té qui c’est don­né des règles pour s’or­ga­ni­ser la vie ensemble.

    La col­lec­ti­vi­té s’est don­né des règles, une des­quelles est de payer des impôts pour finan­cer des ser­vices communs.

    Vou­loir ne pas payer des impôts… c’est affi­cher un désir de dis­soudre la col­lec­ti­vi­té et de pas­ser au cha­cun pour soi de la loi de la jungle. Je ne crois pas qu’une seule per­sonne de celles qui fré­quentent les sites d’É­tienne soit favo­rable à cette option, même pas toi, Cathérine.

    Je veux bien recon­naître que la démarche « ne pas faire/payer… » ou même « faire n’im­porte quoi qui soit moins chiant que ce qu’on doit faire d’ha­bi­tude » (comme une grève ‑flâ­ner dans la rue au lieu de suer sur le tas‑, ou éteindre les lumières une heure ou 24 ‑on paie moins la fac­ture-) et toutes ces ini­tia­tives qui résultent dans un cout ou un effort moindre pour celui qui est appe­lé à agir, soit beau­coup plus facile à endos­ser à des pseu­do-acti­vistes endor­mis… mais les chan­ge­ments ne vien­dront jamais de l’in­gé­nio­si­té qu’on trou­ve­ra pour faire MOINS… les chan­ge­ments vien­dront quand en plus de l’ef­fort habi­tuel néces­saire pour que tout ne s’ef­fondre pas sim­ple­ment… on fait UN EFFORT SUPPLÉMENTAIRE pour chan­ger la direc­tion de ce tita­nic pla­né­taire sur lequel nous vivons tous a fin d’é­vi­ter l’i­ce­berg qui est avant tout arti­fi­ciel et fruit de nos propres condi­tion­ne­ments psy­cho­lo­giques, tant indi­vi­duels comme collectifs.

    L’é­ta­lon… ne peut être que ce qu’on peut com­prendre soi-même comme néces­saire pour orga­ni­ser une col­lec­ti­vi­té d’une façon paci­fique et durable. Cha­cun doit, sous l’in­fluence de son entou­rage et selon ces capa­ci­tés cog­ni­tives, se fabri­quer son propre éta­lon. Il juge les efforts des autres par cet éta­lon et il est jugé par les autres selon son com­por­te­ment est plus ou moins conforme à l’é­ta­lon de cha­cun. Ce n’est qu’en ser­vant d’exemple les uns aux autres que cha­cun adapte son éta­lon dans le temps et que cette adap­ta­tion natu­relle fait conver­ger l’é­ta­lon maitre vers ce qui est le plus par­ta­gé par le plus grand nombre.

    On ne peut impo­ser aucun éta­lon « prêt-à-por­ter » parce-que per­sonne n’est habi­li­té d’une auto­ri­té quel­conque pour le confec­tion­ner, et per­sonne ne peut être libre sans accep­ter quoi-que-ce-soit de son plein gré.

    L’hu­main est le seul ani­mal capable d’an­ti­ci­per ce dont il aura besoin demain. Son pro­blème est qu’il ne fut pas capable dans le pas­sé loin­tain d’an­ti­ci­per le piège dont il entrait en anti­ci­pant que les autres anti­ci­pe­raient… car il com­men­ça la une course avec des moteurs à accé­lé­ra­tion loga­rith­mique… sur une piste qui four­nit du car­bu­rant à une échelle linéaire ‑aujourd’­hui décrois­sante-. Plus on accé­lère… moins on sera capable de la finir, cette course.

    Ce n’est que très récen­te­ment que l’on à chan­gé les règles de la For­mule 1… on embarque tout le fuel néces­saire des le départ… et il faut le dosi­fier si on ne veut pas tom­ber en panne d’es­sence 50 mètres avant le finish.

    Ce qu’il y à de pour­ri de par­tout, Cathé­rine, c’est qu’à tous les niveaux, tant les trop riches comme les moins pauvres… beau­coup trop de monde essaie d’ac­cé­lé­rer en bru­lant l’es­sence qu’il peut dans le moteur qu’il à été capable de bri­co­ler… sans se sou­cier du fait que tous ces moteurs bru­lent l’es­sence sans opti­mi­sa­tion et que plus cela conti­nue moins il res­te­ra de l’es­sence pour ali­men­ter un moteur le plus per­for­mant pos­sible qui puisse encore nous por­ter tous jus­qu’à un finish agréable pour tous.

    Cela, même sans se deman­der si cette course est vrai­ment néces­saire. Pour ceux qui se trouvent attra­pés dans sa logique ou atteindre la ligne d’ar­ri­vée est égal à assu­rer la sur­vie, et arrê­ter donc syno­nyme de défaite et de ne pas sur­vivre… il n’y à que Mar­ga­reth That­cher comme déesse suprême (TINA… There Is No Alter­na­tive… Il n’y à pas d’al­ter­na­tive… on conti­nue jus­qu’à ce qu’on crève, ou on crève tout de suite). Pour un orga­nisme géné­ti­que­ment pré­dis­po­sé à sur­vivre (quoi-que les sui­cides der­niè­re­ment…) le futur n’est pas brillant dites donc.

    Le pro­blème qui évite une conver­gence des éta­lons per­son­nels de cha­cun est l’exis­tence de ceux qui se sont faits pié­ger dans la course folle de l’ac­cé­lé­ra­tion (ou la crois­sance per­pé­tuelle, la « pro­duc­ti­vi­té com­pé­ti­tive » à un moment dans le pas­sé ou l’a­morce de la pente loga­rith­mique n’é­tait pas anti­ci­pable par faute de savoirs, tout comme beau­coup de ce que nous savons main­te­nant n’au­rait jamais été pos­sible sans chan­ge­ments pro­fonds de vision comme ceux qui consi­de­raient la Terre sphé­rique au lieu de platte, ou que la Terre n’est pas le centre de l’Univers.

    Ceux qui ne savaient pas… sont cou­pables mais pas condam­nables (trop morts déjà), et ceux qui ont héri­té les consé­quences pro­fondes des erreurs invo­lon­tiers de leurs ancêtres ne sont pas cou­pables non plus, même si leur logique sui­cide nous mène tou­jours à l’abîme.

    Tou­jours faut-il qu’on se rende TOUS comte des méca­nismes logiques qui nous mènent ensemble à l’a­bîme… et si la faute est due à une erreur logique… les malades logiques d’au­jourd’­hui ne veulent évi­dem­ment pas savoir d’une cure qui passe pour eux par la guillo­tine impo­sée par des méde­cins idéo­lo­gi­sés qui cher­che­raient à ven­ger une défaite ima­gi­naire anté­rieure telle la chute du mur de Ber­lin par une vic­toire sur le mur de Wall Street.

    Tout le monde veut (sur)vivre… et c’est à ceux qui ne sont pas dupe du piège logique de com­prendre TOUTE la situa­tion et de tra­vailler vers une solu­tion qui puisse être valide pour tous.

    Mais il te fau­drait lire « Emphy­rio » de Jack Vance pour mieux com­prendre la situa­tion, cela m’é­vi­te­rait le besoin de tout décrire.

    Ce qui se cache der­rière moi ? Déjà mon blog c’est… Moi et Aucun Autre. Plus expli­cite, tu meurs ! Il n’y à qu’un cer­veau (par­mi d’autres ailleurs, j’es­père bien) qui ose pen­ser sans autres contraintes que la logique et l’é­thique. Un cer­veaux qui se res­pecte et qui sait qu’il n’est pas libre tant que les autres masses encé­pha­liques ne pren­dront pas à leur charge de se res­pec­ter puisque il y à des choses bien plus gra­ti­fiantes à faire (et donc à choi­sir si libre­ment) que de bot­ter le cul de cet anthro­po­morphe qui à osé se don­ner le nom de « sapiens sapiens » sans en avoir les moyens ou le savoir pour les utiliser.

    Il se piège lui-même avec une simple banane, comme le plus vul­gaire des chimpanzés.

    Com­prendre est une ques­tion de pers­pec­tive (ce n’est pas pour rien que mon ava­tar est une vue de la Terre depuis la sur­face de la Lune). Il faut recu­ler assez pour avoir à vue toutes les inter­ac­tions qui agissent sur l’en­semble. Autre­ment, on ne serait jamais capable d’in­clure dans le pano­ra­ma l’ac­tion impé­ra­tive de ceux qui se trouvent sous la contrainte du piège logique qui mène vers le TINA qui fausse les cir­cons­tances logiques et éthiques de toute autre ini­tia­tive. Parce-que leurs contraintes psy­cho­lo­giques à eux faussent tout. Ils agissent comme le père lépreux de Robert le Bruce dans Bra­ve­heart ( http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​B​r​a​v​e​h​e​art ).

    Le Capi­ta­lisme n’est pas une idéo­lo­gie… ce n’est que le chaos qui est pos­sible quand aucune idéo­lo­gie ne sur­vit aux contraintes impo­sés par l’exis­tence d’ac­teurs qui agissent sous la contrainte de ce piège logique qui fait tout sacri­fier… la véri­té, la logique nor­male, l’éthique…

    Aucune idéo­lo­gie ne peut sur­vivre sans résoudre le pro­blème de ces malades.

    Et il faut qu’on s’y mette… car être sain… n’est pas assez compétitif !

    Réponse
  56. Catherine

    Mer­ci à toi Ningú­nO­tro, déjà, d’a­voir répon­du, car tu aurais très bien pu ne pas le faire, c’est désor­mais tel­le­ment cou­rant que ta réponse vaut déjà un remerciement.

    Puis, il faut que je te dise que c’est un peu dif­fi­cile pour moi de te lire, mais bra­vo à toi, moi, je serais bien inca­pable d’é­crire deux mots en espa­gnol, aus­si, il est fort pos­sible que j’aie com­pris des choses de tra­vers, je te prie de m’ excu­ser par avance si c’est le cas.

    Peut-être pour­ras-tu alors rec­ti­fier, si tu as un peu de temps et l’en­vie aus­si, bien sûr.

    D’a­bord, ce qui revient chez toi très sou­vent, c’est cette his­toire de logique et d’é­thique, et moi, je dois te dire que ça me hérisse le poil quand je lis ça, j’veux pas t’at­tris­ter mais ça me fait ça, ça me hérisse le poil, quand je lis ces mots-là.

    Il faut que je te dise que je n’aime guère cette idée de logique que j’i­ma­gine comme une geôle et je n’aime guère les geôles vois-tu, et l’é­thique me semble être un pas­sage, mais dont le « aime et fais ce qu’il te plaît » dépasse allé­gre­ment les bornes, bon, c’est un point, un point de vue même. Mais je recon­nais néan­moins toute l’u­ti­li­té de l’éthique.

    Je vais suivre linéai­re­ment ton message.

    Tu parles de loi, mais nous ne met­tons pas la même chose der­rière ce mot, je crois. La loi, ce n’est pas for­cé­ment la loi des hommes, non, je la vois davan­tage comme la loi qui gou­verne l’hu­ma­ni­tude ose­rais-je dire, cette règle qui se vou­drait aller vers plus de paix, d’ou­ver­ture, de trans­pa­rence et de joie pour le maxi­mum de gens.Comme si c’é­tait elle l’é­ta­lon ‑or auquel toutes les mesures subal­ternes vien­draient se mesurer.

    Bon, alors ton contri­bu­teur loyal je le vois alors comme un agré­gant pla­quet­taire, quelque chose qui fait adhé­rer le tout,ok.

    3ème para­graphe, ok.

    Tu dis ensuite, je te cite:« L’a­vis d’une majo­ri­té poli­tique construit des lois qui enté­rinent un accord sur la réponse à don­ner face à cer­taines conduites consi­dé­rés nui­sibles pour la socié­té qu’on veut se don­ner entre tous.« sauf que c’est tra­fi­qué à mort cette his­toire d’ac­cord, c’est un accord qui n’a rien d’un accord, car c’est un accord men­teur à force de dire le contraire de ce qu’il fait, et c’est là que le bât blesse, un accord qui semble être un accord, mais qui n’en n’est pas un jus­te­ment, car les bases de l’ac­cord sont tron­quées, faus­sées, trompeuses.

    Tu dis encore;« La loi est un rac­cour­ci qui nous évite le besoin de refaire toute l’a­na­lyse logique et éthique à chaque fois… tant à prio­ri ‑pour déci­der si on peut faire une chose ou pas‑, comme à pos­té­rio­ri ‑pour déci­der com­ment sanc­tion­ner un excès– » mais la loi est flexible, on lui fait dire ce qu’on veut, nous savons bien par la pra­tique quo­ti­dienne que nous ne sommes pas égaux devant la loi, la loi est comme plus légale pour cer­tains et pour d’autres, beau­coup moins bizar­re­ment, je conti­nue tout à l’heure.

    Réponse
  57. Catherine

    Tu dis encore:« je n’ai presque jamais besoin des lois pour m’im­po­ser des limites. Cela ne veut pas dire que je ne me saute jamais la loi, juste que je lui recon­nais la fonc­tion d’é­vi­ter que je puisse nuire à autrui. « Si l’axe dont je parle est bien inté­gré, celui des normes onto­lo­giques, c’est ok, les lois dont tu parles ne sont plus néces­saires car les lois essen­tielles sont inté­rio­ri­sées, mais avant qu’elles le soient il est vrai que les lois de cet ordre sont nécessaires.oK aus­si pour cette dimen­sion d’exemple auprès des plus jeunes, ne pas les induire en erreur, ne pas les mettre en dan­ger par un com­por­te­ment insolite.

    Puis tu dis:« Vou­loir ne pas payer des impôts… c’est affi­cher un désir de dis­soudre la col­lec­ti­vi­té et de pas­ser au cha­cun pour soi de la loi de la jungle. Je ne crois pas qu’une seule per­sonne de celles qui fré­quentent les sites d’É­tienne soit favo­rable à cette option, même pas toi, Cathé­rine. »

    et c’est là que nous ne sommes plus d’ac­cord, c’est dis­soudre d’une cer­taine façon et ne pas dis­soudre mais res­sou­der d’une autre façon. Je m’ex­plique. Notre désac­cord tient au fait de niveaux dif­fé­rents aux­quels nous sou­met­tons ce pro­blème, toi tu parles de l’é­corce moi je te parle de noyau, alors for­cé­ment si on essaie de joindre des choses qui ne sont pas sur le même niveau, ça donne l’ap­pa­rence d’un désac­cord mais qui n’en est pas un au final. En super­fi­cie, on peut croire qu’il s’a­git en effet d’une volon­té de dis­soudre la « col­lec­ti­vi­té » mais ce n’est qu’une appa­rence trom­peuse car cette volon­té est sous-ten­due par le désir d’al­ler per­cu­ter les normes onto­lo­giques, les lois qui nous font obéir à la loi des humains anhis­to­rique, celle qui trans­cende l’im­ma­nence de cette réa­li­té col­lec­tive d’au­jourd’­hui au ser­vice d’une caste qui n’a aucun scru­pule à tuer à petit feu les humains dont elle n’a que faire. C’est refu­ser ce consen­sus de sur­face nui­sible car il tue, pour per­cu­ter le vrai consen­sus du noyau, celui qui res­pecte tout humain y com­pris celui qui spo­lie aujourd’­hui même si la sévé­ri­té extrême doit être abso­lu­ment de mise.

    Je suis fati­guée, je conti­nue­rai demain midi ou demain soir, mer­ci Ningun !

    Réponse
  58. NingúnOtro

    Ce sont vrai­ment des jours tristes, si les mots logique et éthique hérissent le poil et font pen­ser à des geôles. Certes, on est aujourd’­hui à la dérive et si loin de ce qui devrait être consi­dé­ré nor­mal que tout appel à faire des efforts pour amé­lio­rer notre entou­rage peut être per­çue comme une cor­vée digne se Sisyphe.

    La logique est une dis­ci­pline qui fait de son mieux pour qu’on puisse unir sans les for­cer toutes les pièces connues de ce grand puzzle qu’est la réa­li­té. C’est quand ces pièces de réa­li­té sont mani­pu­lés dans leur forme réelle ou dans leur appa­rence vir­tuelle telle qu’on peut l’ob­ser­ver pour orien­ter le public vers une confi­gu­ra­tion for­cé de ce puzzle qui arrange ceux qui font l’ef­fort de mani­pu­ler, et que cela est fait par trop de gens durant trop long­temps… que trop de gens deman­de­raient volon­tiers une lobo­to­mie pour arri­ver à ne jamais savoir qu’ils ont su qu’il y avait des trucs qui ne clo­chaient pas dans ce puzzle.

    L’é­thique est selon moi une dis­ci­pline qui fait la même chose pas pour la réa­li­té phy­sique mais pour le com­por­te­ment humain. Ce qui est néces­saire pour que tous les êtres humains ensemble puissent for­mer un grand puzzle ou toutes les pièces dans leur diver­si­té trouvent leur place sans vio­lences… est éthique. Ce qui s’op­pose à ce vivre-ensemble opti­mal n’est pas éthique. La aus­si, trop de gens demandent la lobo­to­mie plu­tôt que se voir impo­ser la cor­vée d’a­mé­lio­rer la situa­tion actuelle.

    C’est vrai que ce n’est pas mar­rant de se dire… je ne serais libre que lors qu’il ne res­te­ra per­sonne à libé­rer, car c’est alors que je pour­rais choi­sir libre­ment de faire autre-chose que libé­rer des gens, et pas avant. Non, d’ha­bi­tude on se dit qu’on n’est pas né pour mou­rir sans avoir gout­té aux plai­sirs de la vie… et en les pour­sui­vant on fait un esclave de ces dési­rs de soi-même et encore plus de tous ceux qu’on écrase sous sa botte pour les atteindre.

    A ce que je vois, nous met­tons exac­te­ment la même chose sous le terme « loi ».

    Seule­ment… les lois écrites qu’on connait tous, les Consti­tu­tions et tout cela, on ne leur recon­nait plus de légi­ti­mi­té d’un point de vue logique et éthique. Cer­tains ont comme une impres­sion qu’il y à des choses dans ces lois qui ne font pas des bonnes pièces de puzzle de la réa­li­té, sans bien savoir pour­quoi. Qui aurait inté­rêt à faus­ser des lois pour obte­nir des avan­tages dérai­son­nables ? Mais bien sur… ceux qui dans leur course folle ont des besoins qui se trouvent bien au des­sus de ce qui est logique, éthique et rai­son­nable, et qui ont mani­pu­lé tout ce qu’ils peuvent pour prendre pos­ses­sion de toutes les posi­tions poli­tiques, éco­no­miques, etc. à tra­vers les­quelles ils peuvent influen­cer le néces­saire pour nous ponc­tion­ner tout ce qui peut l’être pour ali­men­ter leurs moteurs dans la course folle qu’ils ont héri­té de leurs ancêtres. Ce sont comme des héroï­no­manes… ils ven­draient leur mère pour la der­nière dose.

    C’est tra­fi­qué à mort, comme tu dis… mais c’est tra­fi­qué à mort par quelques-uns pour des rai­sons pré­cises, et il suf­fit de savoir par qui et com­ment pour ras­sem­bler les autres dans une majo­ri­té suf­fi­sante qui puisse défaire ce qu’ils ont construit.

    Le grand pro­blème c’est que dans l’i­gno­rance géné­rale non seule­ment ceux qui savent très bien ce qu’ils font ont mani­pu­lé… mais que beau­coup d’i­gno­rants ont fait l’i­diot utile de quel­qu’un qui savait, et qu’ils se croient cou­pables à dif­fé­rents niveau, même qu’il est impos­sible de sur­vivre sans être cou­pable et le res­ter. Même qu’il y à des idiots utiles qui croient qu’ils savent…

    En fait, ceux qui ne savaient pas n’ont jamais pour­sui­vi la richesse et le pou­voir, et ont des dif­fi­cul­tés à iden­ti­fier les res­sources qu’ils pour­raient uti­li­ser pour se libé­rer du joug de ceux qui ont tout accumulé.

    Il n’y à pour­tant qu’une res­source néces­saire pour tout chan­ger… la ren­ta­bi­li­té de cer­veaux au ser­vice d’une cause. Tout le reste n’est que conven­tion humaine qu’on peut chan­ger, car la situa­tion actuelle n’est que le fra­gile équi­libre d’un rap­port de force entre cerveaux.

    Mais c’est pas gagné car il n’y à pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Per­sonne ne veut com­prendre qu’il n’est pas libre de faire ce qu’il veut… même dans la misère il y en à qui pensent qu’ils perdent à comprendre…

    Réponse
  59. Catherine

    Je reprends la suite de ton mes­sage du 15⁄04 19h45 :

    Ce qu’il faut sai­sir à mon avis, c’est qu’il y a des vraies alter­na­tives et de fausses alternatives.

    Les grèves comme elles sont faites aujourd’­hui ne servent stric­te­ment à rien qu’à confor­ter des syn­di­cats qui font eux-mêmes par­tis du sys­tème, ils ont une fonc­tion d’in­té­gra­tion des « pseu­do-opoo­sants » ces fichus syn­di­cats et donnent le change, c’est ça leur fonc­tion, faire croire que les mou­ve­ments de contes­ta­tion sont pos­sibles, à mou­rir de rire tel­le­ment c’est stu­pide, c’est un simu­lacre, un jeu de dupes, quand on ima­gine que des synd­ca­listes ont désor­mais des sta­tuts de syn­di­ca­liste à temps plein ça en dit long, com­ment veux-tu qu’ils se sentent concer­nés quand leur main­tien « en poste » dépend d’une contes­ta­tion lar­vée, on leur octroie quelques miettes de ci de là, mais pour l’es­sen­tiel, c’est un équi­libre qui se fait entre gens de « bonne com­pa­gnie » qui font sem­blant de ne pas être d’ac­cord, mais qui, s’ils sont hon­nêtes, savent bien au fond d’eux que c’est une vaste comé­die. Les grèves, enfin telles qu’on les connait aujourd­hui, sont des alter­na­tives faus­sées, men­teuses, trom­peuses, à ce jeu là, c’est pile je gagne, face tu perds,le chiasme convaint de l’al­ter­na­tive men­son­gère mais si l’on y regarde de plus près, tu per­dras dans un cas comme dans l’autre.

    Alors tu me dis, ce n’est pas quelque chose en moins qu’il faut faire mais quelque chose en plus, de sup­plé­men­taire. N’est-ce pas du sup­plé­men­taire ce que je pro­pose ? Certes ça s’ex­prime sur du moins, sus­pendre le paie­ment des ser­vices pour les­quels nous payons tant que ces ser­vices ne sont pas ren­dus, c’est l’âme du contrat social n’est-ce-pas ? c’est un moins semble-t-il, on peut le lire ain­si certes, mais un moins qui porte du plus dans le sens où il n’est plus ques­tion de s’en­tendre sur des accords déjà enten­dus, il s’a­git d’i­ni­tier des rap­ports neufs et d’in­clure un bien plus grand nombre de gens qu’au­jourd’­hui où tout se passe en cati­mi­ni et en ter­rain de connais­sance, il faut mon­trer patte blanche.

    Tu dis : » on fait UN EFFORT SUPPLÉMENTAIRE pour chan­ger la direc­tion de ce tita­nic pla­né­taire sur lequel nous vivons tous a fin d’é­vi­ter l’i­ce­berg qui est avant tout arti­fi­ciel et fruit de nos propres condi­tion­ne­ments psy­cho­lo­giques, tant indi­vi­duels comme col­lec­tifs. »

    En ne fai­sant rien que de s’en­fon­cer dans les sem­pi­ter­nelles alter­na­tives illu­soires, y’a guère de risque que ça se ré-oriente tout seul, tes sup­plé­ments tu peux les attendre long­temps si tu ne vas pas les cher­cher, à moins qu’il y ait un miracle, mais ni toi, ni moi ne croyons aux miracles je crois, ça ne risque pas d’ar­ri­ver tout seul.

    Il y a un affligeant,un conster­nant et acca­blant esprit de sou­mis­sion à l’au­to­ri­té qui para­lyse et empêche toute ten­ta­tive de réel chan­ge­ment, les réfor­mettes sont les bien­ve­nues car elles per­mettent de faire sem­blant qu’il y a désaccord/accord de sur­face pos­sible mais pour le reste tabu­la rasa, rien de rien, on peut pas­ser son che­min, per­sonne pour se ral­lier à quoique ce soit d’un peu plus rai­cal, la peur s’in­si­nue d’emblée.

    L’ex­pé­rience de Mil­gram, on est en plein dedans quoi­qu’en disent les gens.

    L’ex­pé­rience est faite in vivo, sur le ter­rain du vécu quo­ti­dien. Car en effet en accep­tant ce que nous accep­tons tous les jours, tout en sachant de quoi il en retourne a mini­ma pour une foul­ti­tude de per­sonnes, n’est-ce-pas une façon de faire pas­ser du jus, de l’élec­tri­ci­té comme avec Mil­gram, chez les gens qui auront à subir tous les méfaits de cet ordre meurtrier,n’est-ce pas la même pos­ture que ces gens qui acceptent de faire pas­ser du cou­rant dans des gens tout en sachant que ces per­sonnes vont souf­frir mais le faire quand même car c’est une auto­ri­té qui est requé­rante, loi ou tout ce qu’on veut.

    N’est-ce-pas le même cas de figure aujourd’­hui avec ce qui tu avances comme argu­ment, pour ne pas désta­bi­li­ser davan­tage, accep­tons l’é­qui­librepatho­géne d’au­jourd’­hui même si cer­tains crévent à petit feu, c’est à petit feu, c’est pas tout de suite, alors on va encore attendre un peu.

    Bon, je conti­nue dès que je peux

    Réponse
  60. NingúnOtro

    Cathé­rine… ¡Mil­gram, c’est de la PROPAGANDE ! La façon dont sont choi­sis les sujets n’est pas banale, et la pré­sen­ta­tion des cir­cons­tances des expé­ri­ments, sans liens avec des contextes spé­ci­fics qui fassent que le sujet place ses choix d’ac­tion dans l’har­mo­nie d’une réa­li­té plus vaste fausse tout.

    La plu­part des gens ne se com­portent pas de la même façon dans un jeu vidéo (genre il faut tuer grand-mère) que dans la réalité…

    Pour les alter­na­tives… il y à celles qui partent d’une inter­pré­ta­tion par­tielle ou inté­res­sée de la réa­li­té… qui ne vont nulle-part d’in­té­res­sant par manque intrin­sèque de via­bi­li­té dans le réel, et il y à celles qui partent d’une inter­pré­ta­tion réelle d’une réa­li­té qui est si incroyable que les ini­tia­tives paraissent voués à l’é­chec d’avance.

    On ne chan­ge­ra pas le monde en priant que toute ini­tia­tive soit si facile à suivre qu’elle en devienne banale. La faci­li­té qui fait bou­ger les gens fai­sant du sur-place pour n’al­ler nulle-part c’est l’en­ne­mi qui l’use pour dépeu­pler les ini­tia­tives sérieuses.

    Je ne m’in­té­resse pas à la désta­bi­li­sa­tion pour la désta­bi­li­sa­tion, sauf à savoir que le chaos du capi­ta­lisme et du post-capi­ta­lisme fait le jeu de ceux qui s’a­daptent à n’im­porte quoi en impro­vi­sant, sur­tout s’ils impro­visent de la déré­gle­men­ta­tion qui fait croître la sauce dans laquelle ils se sentent le mieux.

    Ce que je pré­tends n’est pas « désta­bi­li­ser » ou « pas désta­bi­li­ser »… ce que je pré­tends est connaitre la sta­bi­li­té (quelle qu’elle soit) du ter­rain don­né (que je ne peu pas choi­sir) sur lequel je dois bâtir une ou des ini­tia­tives, pour que les fon­da­tions soient les plus stables pos­sibles et les ren­de­ments des efforts les mieux qu’on peut obte­nir. Si je sélec­tionne des sujets pour une expé­rience comme celle de Mil­gram, je sais que je n’ob­tien­drais pas les mêmes résul­tats si je sélec­tionne des anciens résis­tants et je fais por­ter des uni­formes de la SS à ceux qui sont élec­tro­cu­tés ou à l’en­vers, comme je n’ob­tien­drai pas les mêmes résul­tats si je pro­pose quelque-chose qui à l’air d’un jeu vidéo dans des forums face­book ou via les thé­ra­pies ocu­pa­tion­nelles des mai­sons de retraite.

    L’ex­pé­riment est une chose… le choix de faire de la pro­pa­gande à des résul­tats pré-sélec­tionnes en est une autre.

    Nous n’ac­cep­tons PAS l’é­qui­libre patho­gène… la réa­li­té telle qu’elle est, est patho­gène, et nous ne pou­vons pas faus­ser les condi­tions de départ exis­tantes juste pour nous faire plai­sir ou pour convaincre les sujets des­ti­na­taires de nos démarches du fait que les efforts néces­saires sont bien moindres de ce qu’il faut réel­le­ment. La liste des ini­tia­tives échouées pour de telles rai­sons pèse lourd sur les expec­ta­tives de n’im­porte quelle autre à venir. C’est pour cette rai­son que les gens ne croient plus dans les grèves, les péti­tions diverses bla bla bla et tout cela… parce-que celles qui ont été faites n’ont pas été faites comme il faut, et les pou­voirs fac­tices en font de la pro­pa­gande pour insis­ter sur le fait qu’au­cune ini­tia­tive ne sert à rien.

    Il faut ana­ly­ser les cir­cons­tances (la situa­tion pro­pa­gan­dis­tique de desin­cen­ti­va­tion incluse) soi-même, et pas accep­ter le contexte Mil­gram pré-selec­tion­né que la pro­pa­gande nous pro­pose et qui est choi­si pour que n’im­porte quel chan­ge­ment se pré­sente comme le plus dur pos­sible à obtenir.

    La ser­vi­tude est volon­taire… parce-que on se leurre vers l’i­nac­tion soi-même, et les sta­tis­tiques sur la dyna­mique des masses ter­minent par fixer l’immobilisme.

    Et la simple cause de tout cela… n’est qu’un état men­tal individuel !

    Réponse
  61. Catherine

    Puisque tu titilles sur Mil­gram, alors enle­vons-le et que voyons-nous ?

    Il faut croire que les Espa­gnols sont d’une autre étoffe que les Fran­çais, en tout cas pour ma part, dans mon péri­mètre et au tra­vers des gens que je côtoie et qui sont de tous les milieux socio-pro­fes­sion­nels, je peux te dire que cette sou­mis­sion à l’au­to­ri­té est loin d’être une vue de l’es­prit, c’est le quo­ti­dien auquel je ne cesse de me confronter.

    Dès lors que c’est une auto­ri­té qui parle, qui agit, qui auto­rise ou empêche, il y a obéis­sance à la clef et sou­mis­sion, ça râle mais ça obéit, sou­vent, pas tou­jours mais souvent.

    C’est une construc­tion qui remonte à l’en­fance, il y a des ins­tances de socia­li­sa­tion pour cela, la famille, l’é­cole, etc, etc…qui nous apprennent à faire des liens entre un sti­mu­lus et une réponse, ces liens sont tel­le­ment bien inté­grés ensuite, qu’ils se font en « auto­ma­tique » ce qui fait dire à quel­qu’un comme Héra­clite, éveillez, ils dorment !

    Pas si faux que ça quand même, un peu comme des robots, mais cerise sur le gâteau, des robots qui s’i­ma­ginent être libres, comme si la liber­té ça se gagnait comme ça, les gens répétent ce qu’on leur appris sans se rendre compte que c’est un appren­tis­sage, et que si les liens avaient été dif­fé­rents et bien les pen­sées et les actions seraient tout à fait différentes.

    Bigre !

    Mais c’est quoi cette auto­ri­té et d’où puise-t-elle son auto­ri­té cette auto­ri­té, sur quoi s’appuie-t-elle ?

    Une auto­ri­té, c’est une domi­na­tion qui pro­duit de la sujé­tion, mais on oublie trop sou­vent que celle-ci doit se jus­ti­fier, et dans jus­ti­fier il y a juste, car cette auto­ri­té ne se jus­ti­fie pas du seul fait qu’elle est auto­ri­té, ce n’est pas un blanc-seing qu’on lui offre une bonne fois pour toute, non, ça s’in­ter­roge une auto­ri­té et à tout ins­tant dans ce qu’elle auto­rise et dans ce qu’elle empêche et on ne sau­rait comme on le fait aujourd’­hui lui octroyer un sta­tut de sta­tue de pierre indé­bou­lon­nable, ou alors nous sommes tous deve­nus des lobotomisés.

    Non, c’est dyna­mique un sta­tut d’au­to­ri­té, enfin ça devrait l’être à mon avis, et s’il ne répond pas aux termes de ce qui l’a fait naître alors il n’est plus juste et doit jus­te­ment être ren­voyé pour ce qu’il est, un sta­tut qui outre­passe les fonc­tions pour les­quelles on l’a­vait fait naître.

    Très stable comme rai­son­ne­ment, toi qui parle de sta­bi­li­té, car la pseu­do-sta­bi­li­té d’au­jourd’­hui qui s’ap­puie sur l’ins­ta­bi­li­té consti­tu­tive qu’elle génére me semble vol­ca­nique, elle contient en son sein tous les fer­ments d’une pos­sible explo­sion, aus­si, ne te fie pas aux appa­rences trop vite, la désta­bi­li­sa­tion appa­rente que je te pro­pose s’ap­puie sur une fon­da­tion de roc, stable par essence, alors que ta sta­bi­li­sa­tion d’ap­pa­rât s’ap­puie sur du sable, super­fi­cielle, elle est donc furieu­se­ment fra­gile, même si les ser­vices poli­ciers s’ap­pliquent dili­gem­ment à ren­for­cer les issues de sor­tie et à conso­li­der son assise, c’est un colosse aux pieds d’argile.

    Mais je crois que nos dif­fé­rends sont d’ordre ter­mi­no­lo­gique, au niveau des mani­fes­ta­tions, il semble y avoir dés/accord, mais à celui de l’es­sence le désac­cord est pra­ti­que­ment impos­sible si ce que tu avances est vrai et je n’ai aucune rai­son valable de ne pas te croire, désac­cord, le désac­cord porte sur les formes exté­rieures à com­ment faire naître d’autres rela­tions sociales, n’empêche ces désac­cords peuvent anéan­tir tout espoir de chan­ge­ment, c’est pour­quoi il est bon de s’y frotter.

    Réponse
  62. Catherine

    … Les noeuds de la situa­tion pré­sente comme tous les noeuds qui ont pré­cé­dé dans l’his­toire tiennent en ceci je crois, le besoin de ser­vi­tude est beau­coup plus grand chez l’homme que le besoin de liber­té…

    Je laisse par­ler Camus : » La liber­té oh non, c’est une cor­vée, et une course de fond, bien soli­taire, bien exté­nuante. Pas de cham­pagne, point d’a­mis qui lèvent leur verre en vous regar­dant avec ten­dresse. Seul dans une salle morose, seul dans le box, devant les juges, et seul pour déci­der devant soi-même ou devant le juge­ment des autres. Au bout de toute liber­té, il y a une sen­tence, voi­là pour­quoi la liber­té est trop lourde à por­ter, sur­tout lorsque l’on souffre de fièvre et qu’on a de la peine, ou qu’on n’aime per­sonne. »

    Réponse
  63. NingúnOtro

    « Ce qui se cache der­rière moi ? Déjà mon blog c’est… Moi et Aucun Autre. Plus expli­cite, tu meurs ! Il n’y à qu’un cer­veau (par­mi d’autres ailleurs, j’es­père bien) qui ose pen­ser sans autres contraintes que la logique et l’é­thique. Un cer­veaux qui se res­pecte et qui sait qu’il n’est pas libre tant que les autres masses encé­pha­liques ne pren­dront pas à leur charge de se res­pec­ter puisque il y à des choses bien plus gra­ti­fiantes à faire (et donc à choi­sir si libre­ment) que de bot­ter le cul de cet anthro­po­morphe qui à osé se don­ner le nom de « sapiens sapiens » sans en avoir les moyens ou le savoir pour les utiliser.

    Il se piège lui-même avec une simple banane, comme le plus vul­gaire des chimpanzés. »

    Pas besoin de grands noms comme Camus (et bien d’autres, même si on appré­cie qu’ils aient exis­té). Nuance quand-même… La liber­té, telle par exemple la liber­té de choix, à besoin de cir­cons­tances favo­rables pour exis­ter. La liber­té de res­pi­rer par exemple n’existe pas si sur­vivre est un impé­ra­tif et qu’on se trouve sous l’eau sans équi­pe­ment. C’est dur d’ac­cep­ter qu’on ne connai­tra pas d’autre liber­té dans sa vie que celle indé­si­rable de l’ou­bli parce-que les cir­cons­tances sont tel­le­ment adverses que sans l’ou­bli nous ne pou­vons nous pas­ser de nous impo­ser des prio­ri­tés… et qu’on ne peut pas se leur­rer en pré­tex­tant que « faire ce qu’il faut » c’est être libre. Être libre… c’est pou­voir faire ce qui n’est pas stric­te­ment néces­saire, sans de remords en pen­sant qu’il y avait quelque-chose de plus urgent qui récla­mait notre savoir et notre temps.

    C’est la non-liber­té qui est une cor­vée… et le besoin de ser­vi­tude, c’est une échap­pa­toire dans le sens qu’on per­met que quel­qu’un de pré­ten­du auto­ri­taire nous impose une cor­vée moins contrai­gnante qui nous excuse de cette tâche de Sisiphe qu’est pré­tendre obte­nir la liber­té. On aime l’au­to­ri­té, parce que celle ci apporte la dose de mor­phine qui nous fait oublier d’autres prio­ri­tés et ne nous demande en échange pas sou­vent de faire des choses qu’on peut esti­mer hors de notre portée.

    Il faut croire… rien du tout ! Être Espa­gnol, ou être Fran­çais (pour citer l’ac­tua­li­té du débat sur l’i­den­ti­té natio­nale si cher à Msieur Sar­ko­zy de ces jours), ou Maro­cain, ou Russe, est un acci­dent du au temps et à l’es­pace, un hasard qui ne condi­tionne en rien sauf très cir­cons­tan­ciel­le­ment les capa­ci­tés de déve­lop­pe­ment d’un cer­veau qui nait sans tatouages d’ap­par­te­nance natio­nale ou numé­ro de série type Tre­blin­ka ou Gulag. La sou­mis­sion à « L’au­to­ri­té » n’est pas telle. Les banks­ters, par le haut, ne se sou­mettent pas à l’au­to­ri­té, et par le bas il y à toute une pano­plie d’in­sou­mis, plus ou moins cri­mi­nels, plus ou moins cri­mi­na­li­sés. La sou­mis­sion est une chose, la faute d’al­ter­na­tive en est une toute autre. A ne pas confondre si on ne veut pas rien com­prendre. La sou­mis­sion à une auto­ri­té ne se fait qu’au prix d’es­pé­rer que celle-ci limi­te­ra le champs de ce qu’elle nous deman­de­ra à des pos­sibles… pour pré­tendre être occu­pé et avoir une excuse pour ne pas ten­ter ce qui à l’air de paraître impos­sible… atteindre la liber­té (sans devoir mou­rir pour elle comme le pauvre Mel Gib­son dans Braveheart).

    La, je parle et je parle… parce-que j’ai du temps de trop faute d’a­voir quelque-chose de réel­le­ment plus utile à faire pour l’ins­tant que de pré­pa­rer les cir­cons­tances. Tou­jours seul, et seul on ne peut pas grand chose. Peut-être si j’ar­ri­vais à com­mu­ni­quer avec les chimpanzés…

    Réponse
  64. Catherine

    Bon, je sais bien que tu as tout com­pris toi, Nin­gun, tu assènes tes ver­dicts comme des cou­pe­rets ven­geurs et l’on se retrouve for­cé­ment cons si l’on est pas d’ac­cord avec toi, voi­là ta rhé­to­rique mais elle me semble man­quer d’en­ver­gure et reste de ce fait au ras des pâque­rettes, excuse-moi.

    Tu as trop de cer­ti­tudes Nin­gun et tu manques sin­gu­liè­re­ment de sou­plesse je crois, aus­si tu risques fort d’a­voir du temps libre, car le ral­lie­ment ne se fera pas de la sorte.

    Dou­ter c’est bien aus­si, ça invite à se confron­ter et à bou­ger, se ris­quer à comm-« uni »-quer avec les chim­pan­zés, ça doit pas être mal non plus, y’a des choses à apprendre tou­jours et heureusement !

    Réponse
  65. NingúnOtro

    Voi­la un ser­pent qui se mord la queue… et qui par « huma­ni­té » n’ac­cepte pas de solu­tion chi­rur­gi­cale impo­sée. Comme la fin ne jus­ti­fie pas les moyens je n’ai pas d’autre option qu’at­tendre que vous soyez capables…

    Si vous ne pou­vez com­prendre… il n’est point utile de tout dire, et si je dis tout vous n’a­vez ni la patience ni l’ap­ti­tude à comprendre.

    Si j’ai l’air hau­tain en comp­tant jus­qu’à dix… ce n’est pas parce-que dix est un chiffre énorme… c’est parce-que vous ne sem­blez pas être capables de comp­ter plus loin que cinq.

    Com­ment est-ce qu’on fait pour chan­ger quoi-que-ce soit s’il faut com­prendre les dif­fé­ren­tiels, les échelles loga­rith­miques et la théo­rie des jeux avant de pou­voir s’y mettre à quoi-que-ce-soit d’u­tile pour pou­voir chan­ger la situa­tion actuelle ?

    Il y’a tou­jours des choses à apprendre, c’est vrai, mais bon dieu… quand il faut au moins savoir dix choses pour se capa­ci­ter a fin de faire pos­sible des chan­ge­ments… c’est quand-même équer­rant quand les gens semblent pen­ser majo­ri­tai­re­ment qu’en apprendre trois est déjà assez comme effort. Le retard accu­mu­lé à rat­tra­per est déjà énorme… et ceux inté­res­sés à qu’il se creuse d’a­van­tage sont bien actif, eux.

    Bou­ger, c’est bien… le bla bla bla qui ne donne que l’air de bou­ger… ne sert stric­te­ment à rien.

    Je risque sérieu­se­ment de ne plus savoir à quoi d’u­tile dédier mon temps, ça, ça devient de plus en plus évident.

    Réponse
  66. Catherine

    Sacré Nin­gun, t’es un sacré far­ceur quand même, garde tes secrets bien au chaud, c’est vrai je sais à peine comp­ter jusque cinq alors pour aller jusque dix il me fau­dra bien encore quelques années, d’i­ci là t’in­quiète pas trop, la peste devrait bien avoir fait ses ravages, tu devrais aller te repo­ser, tu penses trop et ça va te fati­guer, en toute éthique et toute logique obli­geam­ment bien sûr !

    Réponse
  67. NingúnOtro

    C’est bien cela… à quoi bien de pen­ser, si on n’ar­ri­ve­ra jamais à être assez (pas néces­sai­re­ment ensemble) pour agir. Il y aura tou­jours une majo­ri­té qui n’a pas fait l’ef­fort de pen­ser et qui exi­ge­ra qu’on attende qu’ils com­prennent ce qu’on veut faire.

    Puis, ils trou­ve­ront que c’est trop d’ef­fort que d’es­sayer de com­prendre… et les condi­tions pour faire quoi-que-ce-soit ne seront jamais rem­plies que pour les dic­ta­teurs qui n’ont nulle inten­tion d’attendre.

    Oh, la ser­vi­tude volontaire !

    Bon, encore un dia­logue de sourds que j’ar­rête ici. Pour de bon.

    Bonne chance à votre rythme.

    Réponse
  68. Catherine

    C’est Héli­con dans Cali­gu­la de Camus qui dit :

    « tu sais bien que je ne pense jamais, je suis bien trop intel­li­gent pour ça ! »

    Ceci dit je ne suis ni Héli­con ni Camus et je pense déci­dé­ment que cette « pen­sée » n’est qu’un pas­sage néces­saire à autre chose, un pont pour aller ailleurs, des berges qui ne soient pas trop hon­teuses ou alors qui le soient com­plé­te­ment tant qu’à faire, chaudes ou froides, mais pas d’in­ter­mé­diaire, les inter­mé­diaires, c’est nous !

    Réponse
  69. gilles

    Bon­jour à tous, j’ai lu l’é­change entre cathe­rine et ningù­no­tro, au départ sur le fait de refu­ser de payer l’im­pôt. Je trouve une vali­di­té aux argu­ments des deux côtés, je ne me foca­lise pas sur les per­sonnes, mais sur les argu­ments avan­cés pour approu­ver ou non une révolte anti-fiscale.

    Si nous avions le temps, nous pour­rions nous repla­cer dans un temps long et étu­dier les révoltes anti-fis­cales, c’est quand même par exemple le refus de payer les impôts sur le thé à la Cou­ronne Bri­tan­nique qui a déclen­ché la guerre d’In­dé­pen­dance qui a abou­ti à la créa­tion des États-Unis d’A­mé­rique ou bien ce dia­logue res­té célèbre en France : « C’est une révolte. » ( sous-enten­du, une révolte anti-fis­cale ordi­naire ) « Non, Sire c’est une révolution ! ».

    Pour moi, il me semble à la fois que ne plus payer ses impôts accroî­trait les pro­blèmes aux­quels nous sommes confron­tés mais aus­si que la légi­ti­mi­té d’une révolte anti-fis­cale aug­mente car pre­miè­re­ment la repré­sen­ta­ti­vi­té des élus a bais­sé consi­dé­ra­ble­ment depuis le début de la cin­quième répu­blique et que deuxiè­me­ment les exo­né­ra­tions pour les riches ( un peu comme au temps de l’An­cien Régime ) sont de plus en plus impor­tantes et les ser­vices publics ren­dus à la popu­la­tion géné­rale plus faibles.

    Il me semble que les révoltes anti-fis­cales pay­sannes spon­ta­nées de l’An­cien Régime n’a­vaient pas abou­ties à un chan­ge­ment durable de la condi­tion des pay­sans et que c’est l’ap­pui ou plu­tôt le bas­cu­le­ment de la bour­geoi­sie en faveur d’une remise à plat des pri­vi­lèges de la Noblesse qui a per­mis un chan­ge­ment durable.

    Il me semble qu’ac­tuel­le­ment pour qu’une révolte anti-fis­cale soit légi­time qu’il faille qu’un sec­teur de la popu­la­tion ( au moins une ou plu­sieurs caté­go­ries socio-pro­fes­sion­nelles) y soit favo­rable d’une part et d’autre part que ces caté­go­ries pré­sentent un pro­jet poli­tique de réforme fis­cale alter­na­tif visant à assu­rer des res­sources à la col­lec­ti­vi­té publique.

    En fait, comme dans l’An­cien Régime, où au départ le Bour­geois ne son­geait qu’à sin­ger le Gen­til­homme, le sys­tème était ver­rouillé par l’al­liance tacite entre Bour­geois et Gen­tils­hommes, mais dès que le Bour­geois s’est allié au Pay­san contre les Nobles le sys­tème a bas­cu­lé, eh bien aujourd’­hui le contrôle idéo­lo­gique des classes moyennes est déci­sif pour le main­tien du sys­tème. Du point de vue des gros pos­sé­dants, tout doit être accom­pli pour empê­cher la jonc­tion ou l’al­liance entre les classes moyennes et les classes pauvres actuelles en faveur d’une réforme fis­cale de remise en cause des pri­vi­lèges des plus riches, d’où puisque le rideau de fumée « Par­ti Socia­liste » ne fait plus écran, les opé­ra­tions de diver­sions actuelles en cours d’Eu­rope Écologie.

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  70. Catherine

    La révolte fait volte-face elle va se coucher !
    salut et mer­ci à toi Gilles.

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  71. A-J Holbecq

    En fait, en regar­dant avec atten­tion ce gra­phique issu d’un article de la BNP télé­char­geable sur ce lien on s’a­per­çoit très bien que les banques de la zone euro ont émis des cré­dits repré­sen­tant 12 fois la base monétaire.

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  72. Ursule

    Avant Coper­nic, « savants » reli­gieux et péquins ordi­naires consi­dé­raient que le La terre était le centre de l’U­ni­vers (géo­cen­trisme): c’é­tait visible !
    Puis vint Coper­nic… Seul contre tous !

    Et là, il y a Hol­beck, « savant » des temps modernes qui est, avec la masse ordi­naire, à dire que les agré­gats moné­taires sont de la « mon­naie créée ». Alors qu’il ne s’a­git que de démon­trer que ces agré­gats défi­nissent la vitesse de rota­tion. Paul Jorion décrit très bien ce phé­no­mène dans son excellent livre : L’argent, mode d’emploi. Livre qui devrait être mis en por­te­feuille de lec­ture dès les classes de 1ère !
    Mais la caste « scho­las­tique » uni­ver­si­taire vou­dra t‑elle l’accepter ?

    Réponse
  73. A-J Holbecq

    @Ursule
    Vous avez rai­son, bon papier, belle cou­ver­ture … je suis prêt à vous revendre l’exem­plaire que j’ai ache­té à moi­tié prix, avant de le mettre dans les wc.

    Réponse

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