L’État retors et la prétendue théorie du complot : introduction remarquable au « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu »

5/01/2009 | 20 commentaires

Chers amis,

Il y a envi­ron deux ans, je vous avais signa­lé ici un texte extra­or­di­naire, lit­té­ra­le­ment pas­sion­nant à plu­sieurs titres, publié en 1864 et qui s’in­ti­tu­lait « Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu ». On le trou­vait sur Wiki­Source et j’en avais fait une com­pi­la­tion en un seul fichier pdf pour une impres­sion com­mode et soignée.

En 2006, un petit édi­teur que j’aime bien (parce qu’il fait de très beaux livres, avec des textes sou­vent for­mi­dables), Allia, à réédi­té ce redou­table mode d’emploi de l’ap­pren­ti tota­li­taire.

Je vous recom­mande ce livre : c’est un de mes meilleurs livres, par­mi les cen­taines que j’ai décou­verts et arti­cu­lés depuis quatre ans. C’est un objet pré­cieux qui aide à pro­gres­ser vite. Bien avant que George Orwell, ins­pi­ré par la socié­té sovié­tique, ne décrive dans « 1984 » les res­sorts effrayants d’un monde tota­li­taire, Mau­rice Joly en avait déjà dénon­cé les plus intel­li­gents méca­nismes dans ce pam­phlet, diri­gé contre Napo­léon III mais spec­ta­cu­lai­re­ment utile pour com­prendre notre monde « moderne ».

En plus, ce livre est vrai­ment beau : le papier est superbe, le for­mat est élé­gant, l’im­pres­sion est légère et pré­cise, un beau livre. Et pas cher : 15 €.

Je remer­cie les édi­tions Allia de m’a­voir per­mis de décou­vrir Michel Bou­nan, qui signe une intro­duc­tion vrai­ment très inté­res­sante au texte de Mau­rice Joly ; c’est elle que je vous invite à lire ici. Je trouve que Michel Bou­nan s’en prend cor­rec­te­ment aux abus de pou­voir et, comme par hasard, ça me plaît :o) L’ar­gu­ment bidon de la pré­ten­due « théo­rie du com­plot » (invo­qué par tous les faux naïfs qui tra­vaillent au ser­vice des pri­vi­lé­giés) prend un coup dans le nez. J’ai com­man­dé quelques uns de ses livres pour mieux le connaître ; je vous en reparlerai.

Je n’en dis pas plus et je lui laisse la parole.

Étienne.

[C’est moi qui sou­ligne. ÉC]

L’ÉTAT RETORS

Je vous aver­tis… de vous tenir tou­jours en défense ; trem­blez même dans la vic­toire ;
c’est alors qu’il fait ses plus grands efforts, et qu’il remue ses machines les plus redou­tables.
BOSSUET
Dans la voie du bou­le­ver­se­ment les meilleurs élé­ments sont tou­jours dépas­sés par les plus mau­vais…
Der­rière le révo­lu­tion­naire hon­nête appa­raissent bien­tôt ces exis­tences troubles.
MARÉCHAL DE MOLTKE

« La révo­lu­tion indus­trielle a connu en France sa plus rapide expan­sion au cours du Second Empire en même temps qu’é­taient posées les bases d’un véri­table État moderne. Auto­ri­tai­re­ment éta­bli par un coup d’É­tat, main­te­nu par une police omni­pré­sente et effi­cace, le nou­vel ins­tru­ment de gou­ver­ne­ment était indis­pen­sable à l’am­bi­tieux pro­jet de ses pro­mo­teurs. Deux cent cin­quante mille fonc­tion­naires sont liés par ser­ment au chef de l’É­tat et étroi­te­ment sur­veillés par les pré­fets ; les magis­trats, assi­mi­lés aux fonc­tion­naires, sont nom­més et révo­qués par décret ; la presse est sou­mise à de mul­tiples contraintes finan­cières et menaces judi­ciaires ; les oppo­sants au régime sont pure­ment et sim­ple­ment dépor­tés en Algé­rie. Ce sont ces moyens et le « pacte de sang » avec l’ar­mée qui ont per­mis la mili­ta­ri­sa­tion du tra­vail pro­duc­tif et l’ex­tra­or­di­naire essor industriel.

Les ban­quiers, les hommes d’af­faires et les indus­triels qui sou­te­naient ce régime se consi­dé­raient, en géné­ral, comme des phi­lan­thropes ; beau­coup étaient sin­cè­re­ment convain­cus par les doc­trines socia­listes de Saint-Simon, et l’ac­tuelle dic­ta­ture ne devait être qu’une étape inter­mé­diaire vers cette ère nou­velle et bien­heu­reuse qu’un autre saint-simo­nien appel­le­ra plus tard « la grande relève de l’homme par la machine ». [Ce livre est d’ailleurs, lui aus­si, remar­quable : il est de Jacques Duboin. ÉC]

Dès 1860, la poigne de fer se relâche en effet sans qu’ap­pa­rem­ment aucune force réelle d’op­po­si­tion ne l’y contraigne. (Les his­to­riens expliquent ce mys­tère par « la sym­pa­thie » que Napo­léon III avait tou­jours mar­quée à l’é­gard des classes dites « labo­rieuses ».) Des pou­voirs sont donc ren­dus aux élus et l’É­tat faci­lite lui-même la créa­tion d’un grand par­ti uni d’op­po­si­tion. Simul­ta­né­ment des contacts sont pris avec des délé­gués ouvriers, on les encou­rage à ren­con­trer leurs cama­rades trade-unio­nistes anglais, on crée des chambres syn­di­cales, le droit de grève est enfin reconnu.

L’Em­pire a ter­mi­né sa tâche, la démo­cra­tie moderne peut fonc­tion­ner. Il y aura encore le sou­bre­saut de la Com­mune, et puis plus rien pen­dant un siècle, même entre les deux guerres mon­diales, au cours des sur­sauts plus tar­difs de l’Al­le­magne, de l’I­ta­lie, puis de l’Es­pagne. En défi­ni­tive, on peut dire que le Second Empire fran­çais a accom­pli seul en quelques années l’œuvre des dic­ta­tures euro­péennes et celle de leurs libé­ra­teurs, c’est-à-dire la grande relève de l’homme d’É­tat par ce que Nietzsche appe­lait « le plus froid des monstres froids ».

En 1864, l’an­née même où fut fon­dée à Londres l’As­so­cia­tion inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, Mau­rice Joly écrit et publie son Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu. Ancien enfant rebelle, fami­lier du bar­reau et futur exi­lé, il observe avec une effrayante luci­di­té la mise en place des nou­veaux méca­nismes du pou­voir. Machia­vel est ici le porte-parole du des­po­tisme moderne. Il expose cyni­que­ment ses buts, ses pro­cé­dés et leur déve­lop­pe­ment his­to­rique. Ini­tia­le­ment la force bru­tale, le coup d’É­tat mili­taire, le ren­for­ce­ment de la police et de l’ar­mée, la pré­émi­nence des hauts fonc­tion­naires sur les élus, la mise au pas des magis­trats, de l’u­ni­ver­si­té, de la presse.

Mais la force, osten­si­ble­ment déployée, sus­cite tou­jours des forces contraires. Elle n’est uti­li­sée que pour modi­fier en quelques années les ins­ti­tu­tions, la Consti­tu­tion, et pour créer des formes légales au nou­veau des­po­tisme. Ain­si l’emprisonnement des jour­na­listes doit être relayé rapi­de­ment par des dis­po­si­tions éco­no­miques sur la presse et par la créa­tion de jour­naux dévoués au gou­ver­ne­ment. Une telle tri­bune asso­ciée à d’as­tu­cieux décou­pages élec­to­raux per­met de main­te­nir une tyran­nie élue au suf­frage universel.

Pour en finir avec toutes ces vieilles formes d’op­po­si­tion, par­tis, cote­ries, cabales, com­plots, qui gênaient tant les anciens des­potes, l’É­tat moderne doit créer lui-même son oppo­si­tion, l’en­fer­mer dans des formes conve­nables et y atti­rer les mécon­tents. Il doit en outre infil­trer tous les ras­sem­ble­ments, en prendre la direc­tion et les dévoyer. Il doit même mani­pu­ler poli­ciè­re­ment tous les com­plots clan­des­tins, les sur­prendre, les éga­rer, les décon­si­dé­rer. Voi­là le prin­ci­pal res­sort du pou­voir moderne : par­ler « tous les lan­gages » du pays afin d’en détour­ner le fleuve.

Un der­nier méca­nisme régu­la­teur garan­tit enfin la per­pé­tua­tion du nou­veau régime : une telle socié­té déve­loppe vite chez ses membres un ensemble de qua­li­tés qui tra­vaillent pour elle : la lâche­té, la domes­ti­ci­té et le goût de la déla­tion sont à la fois les fruits et les racines de cette orga­ni­sa­tion sociale. La boucle est bouclée.

La force bru­tale uti­li­sée par les anciennes tyran­nies n’a donc plus de rai­sons d’être, sauf en de rares cir­cons­tances. Au temps du machi­nisme on peut faire tra­vailler les forces hos­tiles au moyen de dis­po­si­tifs conve­nables. On peut même uti­li­ser leur éner­gie domes­tique à réduire celles qui vien­draient à sur­gir. Cette auto­ré­gu­la­tion est la base de toutes les socié­tés vrai­ment modernes.

En face de ce nou­veau pou­voir per­son­ni­fié par Machia­vel, que repré­sente Mon­tes­quieu ? Il énonce les anciens prin­cipes poli­tiques, moraux et idéo­lo­giques de ceux qui, un siècle aupa­ra­vant, se pré­pa­raient à prendre la direc­tion de la nou­velle socié­té. Le génie de Machia­vel consiste à citer volon­tiers. Mon­tes­quieu : l’ac­tuel des­po­tisme n’est nul­le­ment contra­dic­toire avec ces fon­de­ments et cette idéologie.

Notre XXe siècle a riche­ment illus­tré les prin­cipes énon­cés par Mau­rice Joly. Mais on aurait tort d’é­vo­quer ici les mul­tiples dic­ta­tures tota­li­taires où l’ar­mée et la police s’af­fichent par­tout, où les tyrans ne dis­si­mulent pas encore leur pou­voir. Le modèle décrit par Mau­rice Joly est pré­ci­sé­ment au-delà de cette étape his­to­rique : c’est celui du chef de l’É­tat élu au suf­frage » uni­ver­sel, celui des hauts fonc­tion­naires inamo­vibles, celui des consul­ta­tions élec­to­rales qui masquent la véri­table coop­ta­tion du per­son­nel politique.

Ce mode de gou­ver­ne­ment n’est pas celui du par­ti unique, mais celui des pseu­do-affron­te­ments entre des par­tis poli­tiques par­lant « tous les lan­gages » du pays, celui des faux com­plots orga­ni­sés par l’É­tat lui-même, celui enfin où l’ap­pa­reil édu­ca­tif et média­tique, aux mains du même pou­voir, entre­tient un tel abais­se­ment des esprits et des mœurs qu’il n’y a plus aucune résis­tance possible.

Le sys­tème de gou­ver­ne­ment décrit par Mau­rice Joly est celui du com­plot per­ma­nent occulte de l’É­tat moderne pour main­te­nir indé­fi­ni­ment la ser­vi­tude, en sup­pri­mant, pour la pre­mière fois dans l’his­toire, la conscience de cette mal­heu­reuse condition.

Un tel ouvrage ne pou­vait pas être tolé­ré par un État moderne encore fra­gile. Il ne l’a pas été. Impri­mé en Bel­gique en 1864 et intro­duit clan­des­ti­ne­ment en France, le Dia­logue aux enfers est immé­dia­te­ment sai­si par la police et son auteur est empri­son­né à Sainte-Péla­gie. La même année, une tra­duc­tion alle­mande s’ef­force de dif­fu­ser ce texte ailleurs. En 1868, nou­velle impres­sion fran­çaise, tou­jours en Bel­gique. Ensuite, le livre dis­pa­raît appa­rem­ment pen­dant quatre-vingts ans, incon­nu de tous, sauf évi­dem­ment des ser­vices de police qui l’ont saisi.

L’in­ter­dic­tion poli­cière d’un tel ouvrage n’é­tait pour­tant pas une riposte digne d’un pou­voir moderne tel que Mau­rice Joly en avait décrit le fonc­tion­ne­ment ; et d’a­bord parce que cette réponse était insuf­fi­sante à l’é­gard d’un texte dont son auteur remarque qu’il n’est pas seule­ment une œuvre indi­vi­duelle mais qu’il est déjà le fruit d’un cou­rant de pen­sée qua­si­ment imper­son­nel. Voi­là une force dan­ge­reuse qu’on peut certes réduire bru­ta­le­ment dans un pre­mier temps, mais qu’un véri­table État moderne doit pou­voir mani­pu­ler et faire tra­vailler à son pro­fit. Qu’est deve­nu ce livre et cette conscience du com­plot per­ma­nent occulte pen­dant toutes ces années où per­sonne n’a jugé bon de le rééditer ?

Au début de notre siècle paraît à Mos­cou un extra­or­di­naire pam­phlet, qui allait bien­tôt deve­nir un best-sel­ler, et être le livre le plus ven­du au monde après la Bible : Les Pro­to­coles des sages de Sion.

L’o­ri­gine de ce pam­phlet est aujourd’­hui connue : c’est une fal­si­fi­ca­tion du Dia­logue aux enfers de Mau­rice Joly, selon un pro­cé­dé que les situa­tion­nistes fran­çais appel­le­ront plus tard une « mas­pé­ri­sa­tion » (du nom d’un édi­teur pari­sien qui s’é­tait ren­du fameux dans cet art). Ce pro­cé­dé qui consiste à s’emparer d’un texte impor­tant, à en chan­ger cer­tains mots, à sup­pri­mer quelques phrases, à en inter­ca­ler d’autres, per­met de conser­ver la struc­ture d’une ana­lyse poli­tique (dont on sait qu’elle ren­contre déjà trop d’es­prits dis­po­sés à la com­prendre), mais d’en modi­fier la cible et d’en­traî­ner ain­si un cou­rant d’op­po­si­tion qui ris­que­rait de deve­nir dan­ge­reux, vers des actions inof­fen­sives ou même utiles aux mani­pu­la­teurs. Il per­met de cap­ter les esprits pour les éga­rer ensuite, il illustre pré­ci­sé­ment le pro­cé­dé expo­sé dans le Dia­logue aux enfers : par­ler toutes les langues afin d’en détour­ner le fleuve.

Mau­rice Joly a donc été vic­time de cette manœuvre qu’il avait dénon­cée. Dans les Pro­to­coles des sages de Sion, on conserve l’a­na­lyse du Dia­logue aux enfers, le réqui­si­toire contre le com­plot tota­li­taire occulte, l’ex­po­sé pré­cis de ses moyens conver­gents, finan­ciers, poli­tiques, poli­ciers et média­tiques. Mais le com­plot éta­tique pour le main­tien de l’ordre est rem­pla­cé par un pré­ten­du com­plot juif visant à s’emparer du pou­voir mon­dial. Le texte fal­si­fié se pré­sente comme le pro­cès-ver­bal d’une réunion ultra-secrète des chefs de la conspi­ra­tion juive.

Qua­li­fier, comme on l’a fait depuis, un tel pro­cé­dé de « pla­giat » laisse entendre qu’il s’a­gi­rait en quelque sorte d’une vague escro­que­rie lit­té­raire aux dépens d’un mal­heu­reux auteur. Ajou­ter qu’il s’a­git d’un « faux » et d’une « mys­ti­fi­ca­tion » per­met d’in­no­cen­ter, avec sou­la­ge­ment ou regret, la mali­gni­té juive, et de conclure qu’en somme il n’y a pas de com­plot, si ce n’est, peut-être, contre les seuls Juifs. En véri­té, cette fal­si­fi­ca­tion d’un texte effec­ti­ve­ment impor­tant n’est que l’as­pect super­fi­ciel d’une manœuvre bien plus géné­rale qui est au cœur de la contre-révo­lu­tion mon­diale du xxe siècle. Les condi­tions de fabri­ca­tion et de dif­fu­sion des Pro­to­coles per­mettent ain­si de suivre les grands mou­ve­ments de cette histoire.

La pre­mière édi­tion paraît à Mos­cou dans l’a­gi­ta­tion révo­lu­tion­naire du début du siècle. Hen­ri Rol­lin hésite à en attri­buer les mérites à la police secrète du tzar, la trop fameuse Okh­ra­na, ou à la prin­ci­pale oppo­si­tion ultra­réac­tion­naire appuyée sur la grande pro­prié­té fon­cière. En tout cas ses deux pre­miers édi­teurs sont connus : Krou­che­van et Bout­mi sont cofon­da­teurs des « cen­tu­ries noires », orga­ni­sa­tion para­mi­li­taire char­gée d’ar­mer des hommes de main pour assas­si­ner des démo­crates et des socialistes.

Pen­dant la pre­mière contre-révo­lu­tion russe de 1905, l’ou­vrage est dif­fu­sé mas­si­ve­ment et le métro­po­lite de Mos­cou en ordonne la lec­ture dans toutes les églises de la capi­tale. Puis sa dif­fu­sion se ralen­tit et le livre explose à nou­veau en 1917. Les milieux de l’é­mi­gra­tion russe l’emportent alors dans leurs bagages tan­dis que s’ins­talle dans l’an­cien empire des tzars un pou­voir ouver­te­ment dictatorial.

Au cours de l’in­tense fer­men­ta­tion révo­lu­tion­naire qui suc­cède au pre­mier conflit mon­dial, les Pro­to­coles sont tra­duits dans une qua­ran­taine de langues et répan­dus dans toute l’Eu­rope, aux États-Unis et au Japon. Ils y accré­ditent la rumeur, dif­fu­sée par d’autres émis­saires, que les démo­crates et les socia­listes ne sont que des agents payés par une conspi­ra­tion juive inter­na­tio­nale pour s’emparer du gou­ver­ne­ment du monde. C’est un des ins­tru­ments de la pro­pa­gande nazie, d’a­bord en Alle­magne, dans les condi­tions révo­lu­tion­naires qui suc­cèdent à l’ef­fon­dre­ment de l’Em­pire, puis dans sa guerre contre les pays à régime par­le­men­taire. Si bien que Hen­ri Rol­lin, agent des ser­vices secrets fran­çais, se per­met de révé­ler en 1940 la super­che­rie et son ori­gine. Son livre est presque immé­dia­te­ment sai­si par la police alle­mande et mis au pilon (1).

Après 1945, l’empire euro­péen rede­vient « libé­ral ». Il a réus­si à détruire ou à inté­grer les anciennes éner­gies révo­lu­tion­naires, grâce au tra­vail effi­cace des par­tis sta­li­niens et de leurs com­pa­gnons de route. Les Pro­to­coles perdent alors leur uti­li­té et ne sur­vivent plus ici que dans quelques sectes de réserve. Ils ont trou­vé un nou­veau ter­rain de manœuvre dans l’a­gi­ta­tion du tiers-monde qui suit, dès la fin de la guerre, l’ef­fon­dre­ment des anciens empires colo­niaux, et par­ti­cu­liè­re­ment dans les pays arabes où ils n’ont ces­sé d’être réédi­tés et dif­fu­sés depuis 1951.

Récem­ment enfin, la dis­pa­ri­tion de l’empire sovié­tique — et le ter­rible marasme éco­no­mique qui l’ac­com­pagne — a vu resur­gir le pam­phlet au lieu même de son accouche
ment, bran­di et dif­fu­sé par de curieux émis­saires, devant de com­plai­sants journalistes.

Les Pro­to­coles des sages de Sion ont été un des ouvrages de réfé­rence du moderne anti­sé­mi­tisme dont la résur­gence ali­mente encore pério­di­que­ment la pro­blé­ma­tique média­ti­co-uni­ver­si­taire. Il s’a­gi­rait, nous dit-on main­te­nant, d’une fausse théo­rie créée et dif­fu­sée par une « para­noïa col­lec­tive » sor­tie toute armée de dizaines de mil­lions de cer­velles malades. On nous met donc sage­ment, mais fer­me­ment en garde contre la ten­ta­tion de « dia­bo­li­ser le pou­voir », d’i­ma­gi­ner par­tout un pré­ten­du com­plot mon­dial aux mille ten­ta­cules éco­no­miques, poli­tiques, et sur­tout média­ti­co-uni­ver­si­taires, toute idée rele­vant d’une « pho­bie col­lec­tive de type archaïque ».

On devra pour­tant obser­ver que les Pro­to­coles n’ont pas été for­gés dans la mar­mite dia­bo­lique de la « para­noïa col­lec­tive », mais dans les cou­lisses poli­cières d’un État auto­cra­tique ; qu’ils n’ont pas été ini­tia­le­ment dif­fu­sés par la rumeur publique mais par les bons soins du métro­po­lite de Mos­cou et par deux poli­ciers-édi­teurs ; que le par­ti natio­nal-socia­liste alle­mand qui s’en est ins­pi­ré n’a pas été por­té au pou­voir par de folles émeutes mais par les indus­triels ; alle­mands qui l’ont finan­cé ; que l’ou­vrage de Hen­ri Rol­lin révé­lant l’o­ri­gine des Pro­to­coles n’a pas été détruit par la « para­noïa col­lec­tive », mais sai­si et détruit par une police d’É­tat ; que les Pro­to­coles n’ont pas été pro­pa­gés aux États-Unis par une folle rumeur mais par l’in­dus­triel Hen­ry Ford qui savait faire tra­vailler à son pro­fit d’autres infirmes ; qu’en­fin ce livre n’est pas un « misé­rable faux gros­sier », une « névrose col­lec­tive en plein XXe siècle », mais une manœuvre poli­cière ration­nelle, le fer de lance d’une guerre contre-révolutionnaire.

En véri­té, l’an­ti­sé­mi­tisme est pré­ci­sé­ment à la cri­tique sociale ce que sont les Pro­to­coles au livre de Mau­rice Joly : non pas une théo­rie insen­sée, comme ne cessent de le répé­ter les naïfs, mais la contre­fa­çon poli­cière d’une agi­ta­tion révo­lu­tion­naire. Voi­là la rai­son de son suc­cès popu­laire : il parle la langue la plus dan­ge­reuse du pays afin d’en détour­ner le fleuve.

La pro­pa­gande anti­sé­mite est dif­fu­sée par­tout où émerge la conscience du com­plot per­ma­nent de l’É­tat moderne pour le main­tien de l’ordre, conspi­ra­tion incluant non seule­ment l’ap­pa­reil éta­tique lui-même et les forces éco­no­miques dont il est l’ins­tru­ment, mais les fausses oppo­si­tions spec­ta­cu­laires, l’en­semble de la presse et des médias, le mar­ché du tra­vail et l’a­vi­lis­se­ment orga­ni­sé de toute la vie publique.

Cette conscience, au cours de sa ger­mi­na­tion, est pure­ment intui­tive. Ain­si, dans les années soixante, une rumeur, qui n’é­tait peut-être pas sans fon­de­ment, s’est pro­pa­gée dans plu­sieurs villes de pro­vince : le nou­veau com­merce de vête­ments et de sous-vête­ments fémi­nins, qui s’en­ri­chis­sait du sur­croît des séduc­tions pro­mises, n’é­tait qu’un proxé­né­tisme dégui­sé. La conscience oni­rique l’ex­pri­mait à sa manière : des jeunes femmes dis­pa­rais­saient des salons d’es­sayage par des trappes et se trou­vaient ensuite expé­diées, pour être livrées à la pros­ti­tu­tion, le long de canaux bau­de­lai­riens vers un voyage luxu­rieux. Ce n’est qu’a­près les graves évé­ne­ments de 1968 qu’une autre rumeur, dont les poli­ciers n’ont appa­rem­ment jamais retrou­vé l’o­ri­gine, s’est gref­fée sur la pre­mière : en réa­li­té, les maga­sins d’où dis­pa­rais­saient les jeunes femmes étaient tous tenus par des com­mer­çants juifs.

Un autre exemple actuel : on sait, depuis que les dic­ta­tures tota­li­taires du xxe siècle en ont trans­mis la méthode » au monde entier, qu’un pou­voir moderne a les moyens de mani­pu­ler l’his­toire à son pro­fit. On devine qu’il a peu de rai­sons de se pri­ver d’un tel avan­tage et l’his­toire récente elle-même est deve­nue sus­pecte. Divers pro­pa­gan­distes réac­tivent alors la rumeur que le pou­voir est aux mains des Juifs coa­li­sés. Ils tra­fiquent donc l’his­toire à leur pro­fit et ils ont inven­té les chambres à gaz, les camps de la mort, l’an­ti­sé­mi­tisme lui-même. La voi­là bien la der­nière infa­mie des Juifs : avoir inven­té un pré­ten­du antisémitisme !

À la source des modernes per­sé­cu­tions anti­juives, on trouve ain­si la conscience vague du com­plot tota­li­taire, de ses ruses, de ses mani­pu­la­tions. Dans un second temps inter­viennent de drôles d’é­mis­saires que l’his­toire révèle d’o­ri­gine poli­cière, ou que la police ne retrouve jamais. Der­rière tout cela, bien sûr, les inté­rêts du plus froid des «  ‘monstres froids », et les finances sont sans pas­sions ; elles se déplacent selon leurs avan­tages. Quand le dan­ger révo­lu­tion­naire s’é­loigne, on incri­mine la folie des tor­tion­naires (mais non leurs com­man­di­taires), on dénonce encore la « para­noïa col­lec­tive » et toutes les ten­ta­tions de « dia­bo­li­ser le pou­voir ». C’est le temps des tri­bu­naux et des sociologues.

Ain­si ceux qui servent d’hommes de main ou d’hommes de troupe à de telles manœuvres doivent apprendre de l’his­toire qu’ils ne sont pas à l’a­bri des contre­coups du monstre froid : quand leur tâche cana­li­sa­trice et des­truc­trice est accom­plie, ils sont aban­don­nés, finan­ciè­re­ment d’a­bord, défaits à Sta­lin­grad, à Cour­be­voie, ou ailleurs, abat­tus froi­de­ment avec ou sans pro­cès. Mais, bien sûr, l’é­man­ci­pa­tion défi­ni­tive de l’an­ti­sé­mite devra pas­ser d’a­bord par l’é­man­ci­pa­tion de la socié­té dont l’an­ti­sé­mi­tisme est le der­nier rempart.

PASCAL avait sans doute d’ex­cel­lentes rai­sons, au XVIIIe siècle, de croire aux his­toires dont les témoins se font égor­ger. Nous en avons aujourd’­hui d’aus­si bonnes de croire à celles que la police fal­si­fie. Notre civi­li­sa­tion, qui s’est construite sur la domes­ti­ca­tion des forces natu­relles dan­ge­reuses, a su de même se don­ner une direc­tion capable de mettre à son ser­vice, en les fal­si­fiant, toutes les forces dan­ge­reuses qui se sont dres­sées contre elle. C’est un navire qui avance contre le vent et grâce à ce vent.

Ain­si, l’an­goisse, le déses­poir, l’en­nui, nés de l’i­né­vi­table vul­ga­ri­té mar­chande, me seraient pas a prio­ri des forces sociales favo­rables si elles n’é­taient adroi­te­ment détour­nées et uti­li­sées à faire tour­ner la machine mar­chande. C’est pour­quoi la publi­ci­té est aujourd’­hui contrainte de pro­mettre, à pro­pos de néo-mar­chan­dises ou de n’im­porte quoi, ce que le monde mar­chand inter­dit géné­ra­le­ment : l’a­ven­ture indi­vi­duelle, l’o­ri­gi­na­li­té, la vie authen­tique. Ces mêmes forces néga­tives sont encore uti­li­sées dans de mul­tiples néo-métiers des­ti­nés à pro­duire les néo-mar­chan­dises. Et toute cri­tique par­tielle de ce sys­tème est de même cana­li­sée dans des par­tis poli­tiques, grou­pus­cules, néo­sectes, aux­quels il suf­fit d’im­pri­mer une légère défor­ma­tion pour les mettre au ser­vice des ins­ti­tu­tions. De notre orga­ni­sa­tion sociale on peut dire qu’en somme c’est l’au­to­ges­tion presque géné­ra­li­sée plus la police.

L’art du DÉTOURNEMENT est bien le gou­ver­nail de nos civi­li­sa­tions mar­chandes à leur stade » actuel. Ce mot de « détour­ne­ment » avait été employé jadis pour carac­té­ri­ser dès pro­cé­dés visant à rendre leurs véri­tés aux fal­si­fi­ca­tions mar­chandes. Le terme est mal­heu­reux. C’est tou­jours la domi­na­tion mar­chande qui détourne. Elle crée des leurres qui res­semblent aux objets dési­rés mais néces­sai­re­ment fal­si­fiés puisque tous les nou­veaux dési­rs résultent de nou­velles pri­va­tions pro­duites par le monde mar­chand et convergent spon­ta­né­ment vers sa des­truc­tion : une crème bron­zante, le métier de socio­logue et les Pro­to­coles des sages de Sion sont bien les effets du même mécanisme.

Ce mode de ges­tion des socié­tés modernes per­met d’en déduire deux lois qui peuvent être d’une grande utilité :

1. Les fal­si­fi­ca­teurs roulent tou­jours pour la police.

2. Tout ce qui se main­tient dura­ble­ment dans les médias est néces­sai­re­ment un leurre, sou­vent à double face, qu’il convient de retour­ner et de réunifier.

Car le mode de domi­na­tion actuel n’in­vente qua­si­ment rien. Il ne s’op­pose même qu’ex­cep­tion­nel­le­ment, et seule­ment dans l’ur­gence de la sur­prise, aux entre­prises qui lui sont hos­tiles (Mau­rice Joly ou Hen­ri Rol­lin en leur temps, Los Angeles ou Mantes-la-Jolie aujourd’­hui). Dans la mesure du pos­sible, il tente de récu­pé­rer rapi­de­ment les forces qui s’y mani­festent et de les mettre à son service.

Ain­si, la fal­si­fi­ca­tion poli­cière du livre de Mau­rice Joly, et le suc­cès média­tique de cette mys­ti­fi­ca­tion, suf­fisent à garan­tir la dan­ge­reuse véri­té de l’o­ri­gi­nal. Le Dia­logue aux enfers n’a­vait été récem­ment tiré de l’ou­bli que pour démon­trer la faus­se­té des Pro­to­coles ; il nous semble qu’au contraire c’est l’o­pé­ra­tion média­ti­co-poli­cière des Pro­to­coles qui prouve la véri­té de Mau­rice Joly.

Le machi­nisme a fait, certes, de grands pro­grès depuis un siècle, tant en ce qui concerne l’au­to­ma­tion que les méca­nismes de contrôle, l’u­ti­li­sa­tion de modèles théo­riques ou les capa­ci­tés d’in­ter­ven­tion dans l’in­ti­mi­té de la matière ; et sans doute ses pro­grès ont-ils été iden­tiques dans le gou­ver­ne­ment poli­cier des hommes. Mais, en défi­ni­tive, les grandes lignes sont déjà tra­cées à l’é­poque de Mau­rice Joly. C’est dans les mêmes années où Gramme, Lenoir et Bell s’ap­prêtent à bre­ve­ter la dyna­mo, le moteur à essence et le télé­phone que l’au­teur du Dia­logue aux enfers décrit pour la pre­mière fois les prin­ci­paux méca­nismes du monstre froid, la mani­pu­la­tion du lan­gage, l’É­tat-jour­na­liste, l’om­ni­pré­sence de la police, sous d’autres noms bien sûr, « si ce nom déplaît ».

Les faux com­plots ter­ro­ristes sont déjà à cette époque des moyens de gou­ver­ne­ment : « il faut qu’il y en ait ». On les fera exé­cu­ter par des oppo­sants au régime. Tout est dit en quelques phrases : « par­ler leur lan­gage », « péné­trer dans leur rang », « il y a là des direc­tions à don­ner, des forces à mou­voir », « ce sera là comme une annexe de ma police », « je suis ici le chef de leur école », « s’il s’y pré­pare un com­plot, le chef c’est moi ». L’a­van­tage est triple : décou­vrir d’é­ven­tuels conspi­ra­teurs, leur faire exé­cu­ter des opé­ra­tions de basse police, les décon­si­dé­rer publiquement.

Notre siècle d’or­tho­pho­nie média­tique et d’i­lo­tisme géné­ra­li­sé, de pré­ten­dues guerres civiles et de faux ter­ro­risme a sinis­tre­ment illus­tré le pro­pos de Mau­rice Joly. Mais le chef-d’œuvre a été le détour­ne­ment du Dia­logue aux enfers lui-même et l’or­ga­ni­sa­tion poli­cière du faux com­plot juif. Il faut remar­quer tou­te­fois que, si Hit­ler n’a­vait pas été ce rus­taud moqué par Sta­line lui-même, il n’au­rait pas fait assas­si­ner par ses hommes de main, pour plaire à ses com­man­di­taires, les prin­ci­paux chefs des S.A. ; un État moderne sait faire exé­cu­ter ces besognes par les oppo­sants au régime. Quoi qu’il en soit, l’a­na­lyse de Mau­rice Joly s’en trouve aujourd’­hui dou­ble­ment accré­di­tée, par les pro­lon­ge­ments his­to­riques qui l’ont confir­mée, et par la fal­si­fi­ca­tion média­ti­co-poli­cière qu’on a été contraint de lui faire subir.

Ce point de vue reste tou­te­fois fra­gile dans un temps où tant de gens, notoi­re­ment qua­li­fiés, pro­noncent des juge­ments autre­ment « auto­ri­sés » sur des pro­blèmes du même ordre et pré­tendent « en finir » chaque semaine avec la ques­tion juive, le rôle de l’É­tat, la défense des ins­ti­tu­tions dites démo­cra­tiques. Quant à nous, nous n’a­vons nul­le­ment l’am­bi­tion déme­su­rée d’en finir ain­si avec d’aus­si graves ques­tions, qui se repo­se­ront tou­jours, qui trou­ve­ront tou­jours de nou­veaux inter­prètes et de nou­veaux acteurs, béné­voles ou rému­né­rés, tant que nous n’en aurons pas fini avec cette civi­li­sa­tion elle-même.

De mau­vaises nou­velles nous par­viennent main­te­nant sur l’é­tat de la pla­nète et sur la sur­vie de ses habi­tants. Il sem­ble­rait que d’a­voir retour­né, pen­dant si long­temps, toute acti­vi­té vivante contre elle-même, ne soit pas vrai­ment pro­fi­table à la vie. Cer­tains pes­si­mistes affirment même qu’un désastre éco­lo­gique et épi­dé­mique serait inévi­table. L’i­né­bran­lable ordre du monde décrit il y a cent trente ans par Mau­rice Joly, et qui a fait tant de pro­grès encore, oblige à consi­dé­rer en tout cas qu’une telle fin ne sera vrai­sem­bla­ble­ment pas contrô­lée par les trop rares indi­vi­dus qui la ver­ront venir, mais plus géné­ra­le­ment subie. Beau­coup plus effroya­ble­ment, certes, par ceux qui n’en auront pas pris à temps la mesure. »

Michel BOUNAN

_____

Notes :

1. Hen­ri Rol­lin, L’A­po­ca­lypse de notre temps, Paris, Édi­tions Allia, 2005.

Source : intro­duc­tion au « Dia­logue aux enfers de Machia­vel et Mon­tes­quieu », de Mau­rice Joly, chez Allia, 2006 : un beau livre (comme tous les livres édi­tés par Allia), un bon livre, impor­tant, un livre à offrir : un vrai cadeau.

_______________

Je ne peux m’empêcher de relier cette thèse avec cette pen­sée forte,
sou­li­gnée ces jours-ci par Daniel Mer­met sur Là-bas si j’y suis (à lire lentement) :

« Struc­tu­rel­le­ment,

l’é­qui­valent poli­tique de l’entreprise

est

l’É­tat totalitaire. »

(Noam Chom­sky)

Bonne nuit :o)

Étienne.

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Étienne

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20 Commentaires

  1. Étienne

    « Tout État moderne

    contraint de défendre son existence 

    contre des popu­la­tions qui mettent en doute sa légitimité 

    est ame­né à uti­li­ser à leur encontre 

    les méthodes les plus éprou­vées de la mafia historique, 

    et à leur impo­ser ce choix : ter­ro­risme ou pro­tec­tion de l’État. »

    Michel Bounan

    Réponse
  2. NingúnOtro

    Tiens… l’Is­rael fait jus­te­ment cela, juste maintenant…

    Réponse
  3. eric delorme

    M. Chouard,

    par­don­nez moi de n’être qu’un visi­teur de cir­cons­tance (je vous lais­se­rai le choix d’en défi­nir une s’il le faut) sur votre site et sur ceux de vos remar­quables partenaires.

    Je le constate : vos tra­vaux ne peuvent cacher une forme de déses­poir en la capa­ci­té de l’homme à se libérer…de l’en­fer de l’  »autre »… comme de lui-même.

    Avant l’ou­vrage sin­gu­lier que vous pré­sen­tez et dont je garde la marque pour en lire-suivre tan­tôt les détails, les dia­logues qui m’im­pres­sion­naient le plus encore, étaient ceux avec l’Ange de Git­ta Mal­lasz…(http://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogues_avec_l’ange)

    Autre sys­tème de coor­don­nées sans doute, autre référent…

    Je cherche en véri­té une musique dans votre coeur , M. Chouard, un accord, une har­mo­nie… au delà de la colère.

    Depuis la cîme de vos envols pas­sés, qu’a­viez vous entre­vu des hommes et de leur confu­sion, de leurs erreurs ?
    Quel regard silen­cieux pesiez vous de nos plus et de nos moins, du « Mal » et du « Bien » que les blogs bleu, blanc, rouge, vert ou noir se ren­voient tant à l’en­vi de nos jours ?

    Est-ce un para­doxe ou jus­te­ment un fait humain : je suis sin­cè­re­ment si proche de toutes ces quêtes par le fait humain… mais bien éloi­gné d’elles par la forme de déses­poir géné­ra­li­sé qui les anime envers tant d’  »oppo­sés », des « caté­go­ries » « entières » telles que les « artistes », les « poli­tiques », les « mon­dia­listes » etc…

    Car votre colère se fonde sur des constats justes. Votre tra­vail de col­lecte et de syn­thèse est utile. Ses fruits.. Peu importe à celui qui se dévoue vrai­ment à une cause qui le dépasse.

    Je me demande à entendre votre der­nière année d’in­ter­ven­tions, si vous croyez encore le « poli­tique » Lin­coln qu’ « on ne peut pas trom­per tout le monde tout le temps » ; si vous croyez que le jour vient tou­jours.. pour qui n’at­tend plus de récol­ter ce qu’il a semé.
    Alors qu’im­porte la forme finale et « bonne pour l’hu­ma­ni­té » de l’  »évo­lu­tion » : elle sera sans doute très dif­fé­rente de toutes les pré­vi­sions et calculs.

    Quant aux épreuves qui nous attendent pour y par­ve­nir.. en quoi leur avè­ne­ment devrait-elle don­ner la rage de la colère si celui que nous affron­tons est aus­si, d’une façon ou d’une autre, un frère ou une soeur (et cela arrive bien dans les plus simples familles !!!)

    Et de cette façon, si le regard envers autrui change, avons-nous en face de nous AUTANT d’en­ne­mis ?

    Vos proches vous disent courage.
    Je vou­drais vous dire (sans condes­cen­dance aucune, avec le plus pro­fond res­pect) « mesure, déta­che­ment et patience… Ce sont sans doute des mots « spi­ri­tuels », qui plus est conno­tés par mon intro­duc­tion « angélique »..

    Je suis un homme comme vous, « ordi­naire ET extra­or­di­naire à la fois » (on peut y voir une Foi, si on veut, mais alors pas d’E­glise!) comme Mozart.. Hit­ler ou Hélène Sega­ra ! Il y a bien une part de lumière qui est en Tout être : n’est-ce pas ce en quoi l’ex­tra­or­di­naire pre­mière Consti­tu­tion du Jeu de Paume fai­sait jus­te­ment confiance ?

    Un de vos sou­tiens « silen­cieux », indé­fec­tible sur le fond, actif sur d’autres formes, heu­reux de vous suivre du regard sur la route des efforts de bien com­mun, et peut-être un jour de nous y ren­con­trer « par le hasard » de nou­velles circonstances.

    eric DELORME
    espèce d’architecte

    Réponse
  4. Étienne

    Mer­ci Éric, pour ce beau message.

    Mer­ci aus­si d’être là, de temps à autre.

    :o)

    Étienne.

    Réponse
  5. Aïda Zeki

    Com­men­taire de Aïda Zeki
    Date : 6 jan­vier 2009, 21:15

    Il y a de mul­tiples facettes dans cet objet qu’est deve­nu “le conflit israe­lo-pales­ti­nien” , et si l’on en parle ce n’est pas seule­ment sous le coup d’é­mo­tions légi­times, mais par­ce­qu’à bien y réflé­chir, il s’y joue un drame à signi­fi­ca­tion uni­ver­selle pour la rai­son humaine :

    Si j’étais israé­lienne, peut-être serais-je ten­tée « à juste titre » par les argu­ments de “la peur”…pour légi­ti­mer les actes de Tsa­hal, ce qui est un nau­frage de la rai­son, toutes pro­por­tions gar­dées, et jus­te­ment par­ceque la rai­son doit regar­der les proportions.

    Mais enfin, la seule façon de regar­der le pro­blème, sans oublier ni mépri­ser aucune “vic­time”, ce devrait être celle qui nous place du point de vue essen­tiel du droit international !

    N’y a‑t-il pas crime de guerre de la part des diri­geants d’Israel ? le blo­cus de Gaza par Israel était-il autre chose qu’ un acte de guerre ? Par qui, donc, les règles de l’ONU ont-elles été transgressées ?

    Ensuite, on a le devoir de dis­tin­guer “qui domine qui”, dans cette affaire, et de recon­naître que s’il y a un domi­nant et un domi­né, sur cette terre dite « sacrée », c’est par­ceque l’ordre pla­né­taire réel est celui d’une domi­na­tion et d’un viol per­ma­nent du droit des peuples !

    L’impérialisme amé­ri­cain a réus­si à ren­for­cer cet “ordre” contre l’ONU, et on ne peut ni ne doit attendre qu’un OBAMA pro­vi­den­tiel nous libère de cette barbarie :

    “l’homme le plus puis­sant du monde” n’est qu’un petit sol­dat enca­dré par cet ordre : il a été “brie­fé” par les vrais maîtres du sys­tème (CIA, Com­man­de­ment suprême : les pré­si­dents passent, par­fois bru­ta­le­ment, la CIA reste !). L’impérialisme, le néo­co­lo­nia­lisme et le colo­nia­lisme d’Israel sont insé­pa­rables du sys­tème capi­ta­liste “mon­dia­li­sé”.

    Israel ? son peuple a été pris en otage pour ser­vir exclu­si­ve­ment cet impé­ria­lisme là , celui qui fabrique des Tali­bans contre les laïcs, celui qui favo­rise le Hamas contre les laïcs, celui qui cor­romp les diri­geants …tant israe­liens que palestiniens !

    La peur, voi­là le der­nier ins­tru­ment de sur­vie d’un sys­tème obso­lète, le sys­tème capitaliste !

    Méfions nous de cette peur, non pas pour en faire une théo­rie du com­plot, mais par­ce­qu’elle est une arme effi­cace contre l’in­tel­li­gence popu­laire, une arme ayant fait ses preuves :

    en France les affaires pas très claires du Minis­tère de Madame AM , avec ses “atten­tats bidons” et l’ambiance délé­tère qu’on cherche à ins­tau­rer, doivent mettre notre vigi­lance en alerte : une grosse mani­pu­la­tion se pré­pare en vue de téta­ni­ser le peuple de France !

    Cette peur , qui fait encore, aux yeux des domi­nants, trop défaut en France, elle est indis­pen­sable au capi­ta­lisme en crise “pour reprendre les choses en main”.

    La soli­da­ri­té avec le peuple pales­ti­nien doit res­ter lucide et ouverte à la soli­da­ri­té avec tous les peuples abu­sés, y com­pris le peuple Israé­lien lui-même expo­sé à la crise grave du système.

    Cette soli­da­ri­té c’est la nôtre avec notre propre peuple qui va devoir s’attaquer à la régres­sion sociale « programmée » !

    Il y a un lien pro­fond entre « Soli­da­ri­té » et soli­da­ri­tés : le front syn­di­cal du 29 Jan­vier devra fusion­ner avec d’autres fronts, pré­ci­sé­ment contre la même peur !

    Réponse
  6. BA

    En France, l’E­tat peut être la meilleure ou la pire des choses : ça dépend de la per­sonne que les Fran­çais choi­sissent pour chef de l’Etat.

    1- L’E­tat peut être la meilleure des choses. Exemple : l’E­tat entre 1958 et 1969. Bilan glo­ba­le­ment positif.

    2- L’E­tat peut être la pire des choses. Exemple : l’E­tat depuis le 6 mai 2007. Bilan pour l’ins­tant désastreux.

    Ce qui est inté­res­sant, c’est le résul­tat de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle. L’é­lec­tion pré­si­den­tielle montre l’i­mage d’un peuple à un moment donné.

    Exemples : en 1958, en 1965, les Fran­çais ont choi­si comme chef de l’E­tat Charles de Gaulle car les Fran­çais avaient une men­ta­li­té gaul­liste. Les Fran­çais se recon­nais­saient en Charles de Gaulle. Les Fran­çais étaient comme lui, en majorité.

    Le 6 mai 2007, les Fran­çais ont choi­si comme chef de l’E­tat Nico­las Sar­ko­zy car ils étaient comme lui, en majo­ri­té. Nico­las Sar­ko­zy, en 2007, était l’i­mage de ce que les Fran­çais étaient devenus.

    Pour qui les Fran­çais vont-ils voter en 2012 ? Que seront deve­nus les Fran­çais en 2012 ?

    En tout cas, méfions-nous. L’E­tat n’est pas une mau­vaise chose en soi. L’E­tat n’est que le résul­tat de notre vote. Si nous cri­ti­quons ce qu’est l’E­tat aujourd’­hui, nous devons en réa­li­té cri­ti­quer le choix qu’une majo­ri­té de Fran­çais a fait le 6 mai 2007. Ce n’est pas la même chose.

    Conclu­sion : cer­tains Fran­çais des classes popu­laires cri­tiquent l’E­tat, cer­tains Fran­çais des classes moyennes cri­tiquent l’E­tat. Ce fai­sant, il scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ils devraient se méfier : l’E­tat est le seul rem­part qu’il leur reste contre Mar­tin Bouygues, Serge Das­sault, Arnaud Lagar­dère, et tous les autres exploi­teurs. Affai­blir l’E­tat, c’est affai­blir la der­nière pro­tec­tion des Fran­çais. Affai­blir l’E­tat, c’est ren­for­cer les riches et les exploiteurs.

    Réponse
  7. Tietie007

    Bon­jour Mr Chouard, j’ai vu votre confé­rence don­née der­niè­re­ment à l’IEP d’Aix en Pro­vence. Outre que je suis pas­sé par cette noble ins­ti­tu­tion, il y a désor­mais fort long­temps, j’ai bien aimé votre laïus sur l’ar­ticle 104 du Trai­té de Maas­tricht, repre­nant l’in­ter­dic­tion des Etats d’emprunter à taux 0 à leur banque cen­trale, et pri­va­ti­sant, de fait, la créa­tion moné­taire. Une vic­toire des ban­quiers sur nos poli­tiques qui se sont fait enfu­mer, d’a­près vos dires.
    Par contre, lorsque vous dites que dans Le choix de la défaite, Annie Lacroix-Riz a prou­vé que nos élites ont ven­du la France aux alle­mands, per­met­tez-moi d’ap­por­ter quelques précisions :

    1°) Annie Lacroix-Riz est une his­to­rienne qui est sur­tout une mili­tante, membre du PRCF, scis­sion du PCF qui n’ac­cepte pas la déci­sion de ce même par­ti, lors du 22eme Congrès de 1976, d’a­ban­don­ner la dic­ta­ture du prolétariat.

    2°) Le PRCF est donc un par­ti léni­niste, dont l’ob­jec­tif, entre autre, est de réha­bi­li­ter la période sta­li­nienne. Je crois qu’il est impor­tant de pré­ci­ser tout cela pour mieux com­prendre la thèse de l’auteur.

    3°) ALR dépouille les archives, mais avec une grille d’a­na­lyse déjà pré­con­çue. Bref, on peut faire tout dire à des archives, et ins­truire à charge contre le « grand capital ».
    ALR s’ap­puie aus­si, pour redo­rer le bla­son de l’URSS sous Sta­line, sur les fameux rap­ports d’un cer­tain colo­nel Palasse, employé de l’am­bas­sade de France à Mos­cou, et qui fait des rap­ports dithy­ram­biques sur la socié­té sovié­tique. Ce brave Palasse indique qu’il est même ren­tré libre­ment dans une caserne de l’ar­mée rouge …ouverte aux 4 vents, appa­rem­ment … Les archives c’est très bien, mais l’es­prit cri­tique aussi …

    4°) Sur la thèse d’ALR, que la France soit livrée à l’Al­le­magne sous l’in­fluence du Comi­té des Forges, de la Cagoule, et des synarques, il me semble que ce n’est pas trés sérieux …Il m’é­ton­ne­rait que la bour­geoi­sie fran­çaise ait eu confiance dans cette Cagoule, ramas­sis de bras cas­sés avec le pied nicke­lé Deloncle, à sa tête ! Si la Cagoule a eu, en effet, quelques relais dans l’ar­mée fran­çaise, notam­ment Lous­tau-Laclau et Fran­chet d’Es­pe­ray, son pu-putsch de novembre 1937, fut bien une pan­ta­lon­nade car l’ar­mée fran­çaise ne sou­te­nait, évi­dem­ment pas, dans sa grande majo­ri­té, cette bande de guignols …
    Et puis pour­quoi, après la défaite, une grande par­tie de cette bour­geoi­sie fran­çaise s’est-elle enfuie à Londres et à New-York ?

    5°) Sur Hen­ry Ford, certes, l’in­dus­triel était connu pour ses orien­ta­tions pro-nazies, mais ça ne pré­sume en rien l’at­ti­tude de son gou­ver­ne­ment ou de tous les patrons amé­ri­cains. Ford, mal­gré son argent, a échoué deux fois aux séna­to­riales, et incar­nait sur­tout, une amé­rique rurale qui détes­tait les juifs, les ban­quiers, et l’é­ta­blis­ment de la côte est. D’ailleurs saviez-vous que Ford a, pen­dant très long­temps, inter­dit le cré­dit dans ses concessions ?
    Roo­se­velt avait depuis long­temps choi­si son camp, dès le vote de la 3eme neu­tra­li­té, en 1937 où il intro­duit déjà la loi « Cash and car­ry » qui favo­rise, ouver­te­ment, les alliés qui ont la maî­trise des mers.

    6°) En résu­mé, si, en effet, on peut trou­ver des indus­triels et des ban­quiers qui ont détes­té le Front Popu­laire, voire des admi­ra­teurs des régimes fas­cistes, il me semble qu’ils n’é­taient pas aus­si puis­sant ou nom­breux puis­qu’il n’a­vait pas le pou­voir en France ! La défaite des armées fran­çaises est avant tout une concep­tion de l’u­ti­li­sa­tion des blin­dés défaillantes, face à la doc­trine d’emploi alle­mande qui fut révo­lu­tion­naire. Un peu comme Napo­léon qui réha­bi­li­ta la manoeuvre et le mou­ve­ment face à la « guerre en den­telles » des nobliaux.
    Cette his­toire de « conspi­ra­tion » synarch-cagou­larde télé­gui­dée par le Comi­té des Forges est très par­ti­sane, et relève d’une ana­lyse des archives très orien­tée qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant !

    [Bon­soir « Tietie007 », 

    Je n’a­vais pas remar­qué votre mes­sage, c’est pour­quoi j’y réponds si tard, pardonnez-moi. 

    Si vous avez rai­son, un débat public contra­dic­toire avec Annie Lacroix-Riz le montrera. 

    Or bizar­re­ment, aucun débat n’est pos­sible, per­sonne n’ose affron­ter Annie Lacroix-Riz dans une joute ora­toire entre his­to­riens, aucune tri­bune n’est offerte à cette cher­cheuse, seules quelques rapides calom­nies, sans preuves, et sans pos­si­bi­li­té d’y répondre comme il faut. 

    Ce qui m’in­digne, plus géné­ra­le­ment, c’est la place minable que notre pré­ten­due « démo­cra­tie » laisse au débat (le vrai, celui qui se déve­loppe sans crainte de repré­sailles, avec du temps ! et des silences pour réflé­chir…). La démo­cra­tie, c’est le débat ; un débat per­ma­nent où le droit de parole (l’i­sè­go­ria) est pro­té­gé et garan­ti pour TOUS. 

    Notre accep­ta­tion molle de l’ac­qui­si­tion des grands médias par les plus riches est une folie, notre plus grave négli­gence (à éga­li­té avec notre indif­fé­rence à la qua­li­té du pro­ces­sus constituant). 

    Quand je lis ALR, je la trouve extrê­me­ment convain­cante, et les recou­pe­ments de ce que montrent les archives avec la sor­dide actua­li­té de la cupi­di­té (prête à tuer pour conser­ver ses pri­vi­lèges) sont infi­nis : la richesse de sa docu­men­ta­tion et la pré­ci­sion de ses connais­sances, sa force de tra­vail aus­si, sont sim­ple­ment admi­rables. On attend cal­me­ment l’é­qui­valent en face, pour nour­rir un débat sans invec­tives. La cri­tique qui consiste à mettre en avant une éti­quette par­ti­sane et à insi­nuer des hor­reurs ne vaut pas un clou (à mon avis). Moi, je veux bien croire qu’on puisse « faci­le­ment faire dire aux archives ce que l’on veut », mais j’ai­me­rais bien voir le tra­vail et les preuves, au lieu de ce simple « rete­nez-moi où je fais un mal­heur » :o)

    Lisez-la vous-même et faites-vous une opi­nion de façon autonome. 

    Ami­ca­le­ment.
    Étienne. (5 mars 2009, 0h35)]

    Réponse
  8. Mathieu

    Étienne connait déjà Annie Lacroix-Riz, Tietie007.

    Réponse
  9. BA

    « Alain Pey­re­fitte.- Et Paul Morand ?

    Géné­ral de Gaulle.- Lui, c’est pire encore ! Laval ne lui deman­dait même pas de ren­trer. Londres et Vichy étaient prêts à accep­ter le main­tien de sa mis­sion éco­no­mique ; elle pou­vait entre­te­nir des liens dis­crets, tout en ne fai­sant pas obs­tacle à ce que les rela­tions diplo­ma­tiques soient offi­ciel­le­ment rom­pues… Il est par­ti par le même bateau que l’ambassade. On ne vou­lait pour­tant pas de lui à Vichy et on lui a tenu rigueur de son aban­don de poste. Il était vic­time des richesses de sa femme, qui était rou­maine, comme vous savez. Pour les récu­pé­rer, il s’est fait nom­mer ministre de Vichy à Buca­rest. Puis, quand les troupes russes se sont appro­chées, il a char­gé un train entier de tableaux et d’objets d’art et l’a envoyé en Suisse. Il s’est ensuite fait nom­mer ministre de Vichy à Berne, pour s’occuper du déchargement.

    Alain Pey­re­fitte.- Vous pen­sez que la col­la­bo­ra­tion et la for­tune avaient par­tie liée ?

    Géné­ral de Gaulle.- Vous ne croyez pas si bien dire ! Ce qui a ren­du si rares les Fran­çais libres, c’est le fait que tant de Fran­çais soient pro­prié­taires. Ils avaient à choi­sir entre leur pro­prié­té – leur petite mai­son, leur petit jar­din, leur petite bou­tique, leur petit ate­lier, leur petite ferme, leur petit tas de bou­quins ou de bons du Tré­sor – et la France. Ils ont pré­fé­ré leur pro­prié­té. Quels ont été les pre­miers Fran­çais libres ? Des braves types comme les pêcheurs de l’île de Sein, qui ne pos­sé­daient que leur barque et l’emmenaient avec eux ; des gar­çons sans attaches, qui n’avaient rien à perdre ; des Juifs qui se sau­vaient parce qu’ils devi­naient qu’ils allaient tout perdre. Ceux qui avaient à choi­sir entre les biens maté­riels et l’âme de la France, les biens maté­riels ont choi­si à leur place. Les pos­sé­dants sont pos­sé­dés par ce qu’ils pos­sèdent. »

    (Alain Pey­re­fitte, C’était de Gaulle, tome 1, Fayard, page 148)

    Réponse
  10. BA

    « Les patrons fran­çais, comme tou­jours, ne se sou­cient nul­le­ment de l’intérêt natio­nal. »

    Charles de Gaulle, en conseil des ministres, 23 août 1967.

    (Alain Pey­re­fitte, C’était de Gaulle, tome 3, Fayard, page 351)

    Réponse
  11. Andre

    Je pro­fite du thème sou­le­vé par ce der­nier article pour faire pas­ser l’in­fo au sujet d’une série de pro­jec­tions qui démarre le 13 Mars à Mar­seille et se pour­sui­vra dans plu­sieurs villes de France Bel­gique et Suisse jus­qu’en Avril :

    Le film :
    « Zéro, Enquête sur le 11 Septembre »

    est une ini­tia­tive de jour­na­listes Euro­péens, Ita­liens cou­ra­geux : s’at­ta­quer aux contra­dic­tions et invrai­sem­blances de la ver­sion gou­ver­ne­men­tale des faits, quels que soient les accu­sa­tions ou amal­games aux­quels on expose son nom dans cet exer­cice citoyen.

    Fran­co Fra­cas­si sera pré­sent da la salle pour répondre aux ques­tions après la pro­jec­tion :

    Jour­na­liste, 16 ans cor­res­pon­dant de guerre
    enquê­teur – essayiste – écrivain
    auteur de 3 documentaires

    Toutes les infos et les dates sont sur
    http://​www​.reo​pen911​.info/​z​ero

    • MARSEILLE : Ven­dre­di 13 Mars 20H00 CINE LE PRADO
    • MORMOIRON : Same­di 14 Mars 20H00 SALLE LAMY
    • PARIS 6ème : Lun­di 16 Mars 20H00 CINE ACTION CHRISTINE
    • PARIS 6ème : Mar­di 17 Mars 20H00 CINE ACTION CHRISTINE
    • LYON : Ven­dre­di 20 Mars 20H00 CINE CNP LES TERREAUX
    • GRENOBLE : Same­di 21 Mars 20h00 CINE LE CLUB
    • BORDEAUX : Mer­cre­di 25 Mars 19H30 MEGARAMA
    • ST ETIENNE : Ven­dre­di 27 Mars 20H30 CINE LE MELIES
    • NICE : Same­di 28 Mars 20H30 ESPACE MAGNAN
    • PARIS 5ème : Same­di 4 Avril 20H00 STUDIO DES URSULINES
    • CAEN : Same­di 18 Avril 20H00 CINE LE LUX

    « Zéro » rompt le mur du silence en Europe

    Sou­te­nez ces jour­na­listes, par­lez de ces pro­jec­tions autour de vous, venez nom­breux décou­vrir ce sujet ou l’ap­pro­fon­dir, et échan­ger avec Fran­co Fra­cas­si ou Giu­liet­to Chiesa, ///

    Réponse
  12. prénom

    je tombe sur ce billet par hasard ! ce texte est superbe ! mer­ci d’a­voir extrait ces parties !

    Réponse
  13. Étienne

    « Miguel Benasayag
    Tar­nac et l’anti-terrorisme »

    http://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/(…)miguel-bena­sayag-tar­nac-et-lan­ti­ter_­news

    Un entre­tien inté­res­sant avec un per­son­nage passionnant.

    N’ou­bliez pas de lire son livre « Éloge du conflit », c’est excellent : un outil sti­mu­lant pour ins­ti­tuer une authen­tique démo­cra­tie, res­pec­tueuse des indi­vi­dus réels, sans idéa­li­ser le monde avec d’un côté des « bons » et de l’autre des « bar­bares » : de bonnes ins­ti­tu­tions prennent en compte que per­sonne n’est par­fait, que les conflits existent et que, pour­tant, on peut tendre vers la justice.

    À mon avis, vous le savez, si on arrive à reprendre le pou­voir consti­tuant aux (poli­ti­ciens sou­mis aux) riches, on aura fait un pas déci­sif vers ces ins­ti­tu­tions protectrices.

    Ami­tiés.

    Étienne.

    Réponse
  14. eric delorme

    En écho cari­ca­tu­ral au noble « éloge du conflit » , j’aime bien la per­ti­nence des com­men­taires (le lien est en bas) sur le dou­ble­ment d’ar­me­ment de la France…

    Non pas que ça rende confiant… Quoique…
    Si les lec­teurs du Monde res­tent avi­sés sur ce sujet même s’il se laissent ber­ner (comme cha­cun dif­fé­rem­ment) par d’autres, ne peut-on pas croire que la confron­ta­tion poli­tique plus intense et inévi­table qui s’ap­proche, ne pour­ra pas faire entendre ce pas déci­sif dont toi et beau­coup rêvons concrê­te­ment ici ?

    Sous quelle forme ? L’éner­gie suit la pen­sée. C’est pour moi le plus para­doxal des axiomes de confiance, car qui sait vrai­ment aujourd’­hui, où se recon­naî­tra la pen­sée pro­fonde de cha­cun des habi­tants de cette pla­nète, face à ce choix qui ne cesse d’an­non­cer sa venue, celui qui se prend « au pied du mur » ?

    La France va dou­bler ses com­mandes d’armement

    Réponse
  15. Dissonance

    Bon­jour,

    Pas­sant par ici à la veilles d’é­lec­tions euro­péennes, je tombe sur ce billet.

    Pre­mier petit com­men­taire, sur la cita­tion de Chomsky :

    C’est élé­men­taire :

    La struc­ture fon­da­men­tale de l’en­tre­prise est pure­ment hié­rar­chique. À par­tir de ce constat, il suf­fit de prendre un dic­tion­naire et de regar­der l’é­ty­mo­lo­gie de ce mot pour com­prendre de quoi il retourne. (J’ai fait quelques petites démons­tra­tions tout à fait amu­santes en uti­li­sant cette méthode du dic­tion­naire, sur le blog de Paul Jorion entre autres.)

    Second petit com­men­taire, ou sug­ges­tion plu­tôt, concer­nant votre pro­jet consti­tu­tion­nel (auquel j’ai­me­rais par­ti­ci­per s’il n’é­tait pas si ardu de s’y inté­grer après tant de temps. La lec­ture d’un forum si touf­fu est juste rébarbative):

    Le pro­blème des élec­tions est, on l’a bien com­pris notam­ment depuis la réforme du quin­quen­nat et l’in­ver­sion du calen­drier asso­ciée, qu’elles se résument à une sorte de blanc seing pour le can­di­dat élu pour une période mini­male de 5 ans, sans inter­ven­tion citoyenne pos­sible dans ce laps de temps.

    J’ai récem­ment ima­gi­né une inver­sion totale du pro­ces­sus : On ne vote­rait plus pour élire un repré­sen­tant mais pour le limo­ger (en cas de désac­cord entre le peuple et ses repré­sen­tants, bien enten­du). Ain­si la lon­gé­vi­té poli­tique d’un repré­sen­tant serait fonc­tion de la qua­li­té de son action, tan­dis qu’au­jourd’­hui elle repose avant tout sur la capa­ci­té de ce der­nier à for­mu­ler les pro­messes que les élec­teurs veulent entendre. On peut d’ailleurs consta­ter à ce sujet, que l’é­lec­tion (et sur­tout la réélec­tion) d’un can­di­dat n’est pas néces­sai­re­ment en cor­ré­la­tion avec le bilan qu’il pré­sente. L’ex­pres­sion quelque peu gal­vau­dée de « vote sanc­tion » pren­drait un sens tout nou­veau, en somme.

    Qu’en pen­sez-vous ?

    cor­dia­le­ment.

    Réponse
  16. Étienne

    Bon­jour Dissonance,

    C’est une idée.

    Elle a sa place dans un des fils du forum « Contrôle des pou­voirs » :
    soit « Dési­gna­tion des repré­sen­tants poli­tiques : élec­tions (et avec quel mode de scru­tin) ou tirage au sort ? « ,
    soit « Les élus devraient rendre des comptes à la fin de leur man­dat (impé­ra­tif) », par exemple. 
    Ce n’est pas dif­fi­cile, si ?

    OK pour voter une révo­ca­tion quand le repré­sen­tant ne donne pas satis­fac­tion, mais :

    1) qui déclenche l’é­lec­tion, et comment ?

    2) en cas de révo­ca­tion, jus­te­ment, par quel pro­cé­dé pré­voyez-vous la dési­gna­tion du successeur ?

    C’est vrai que de nom­breuses par­ties de mon site deviennent inac­ces­sibles par accu­mu­la­tion de docu­ments et d’é­changes… Mais :

    1) Je ne sais pas quoi faire

    2) je suis débor­dé, pardon.

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    ___________________

    PS : pour­riez-vous nous don­nez un lien pré­cis vers d’autres exemples de votre « méthode du dictionnaire » ?

    Réponse
  17. Dissonance

    Bon­soir.

    Pour la ges­tion de votre forum, je suis conscient de la masse de tra­vail que cela sus­cite pour avoir été moi-même admi­nis­tra­teur pen­dant quelques années. Je ne sau­rais donc vous en tenir grief. Je vais tâcher de prendre mon cou­rage à deux mains 🙂

    Concer­nant la sug­ges­tion, je vais ten­ter de la déve­lop­per un peu en essayant de répondre à vos questions 

    Enfin, quelques exemples de la « méthode du dictionnaire » 🙂

    Culture et intelligence :

    http://​www​.paul​jo​rion​.com/​b​l​o​g​/​?​p​=​2​4​8​6​#​c​o​m​m​e​n​t​-​2​1​644

    Fina­li­té de la concurrence :

    http://​www​.paul​jo​rion​.com/​b​l​o​g​/​?​p​=​2​5​3​5​#​c​o​m​m​e​n​t​-​2​1​519

    Cor­dia­le­ment.

    Réponse
  18. Rosay Guy

    Bon­soir ,

    J’ai le plai­sir de vous remer­cier pour toutes les infor­ma­tions, n’é­tant moi-même qu’un simple citoyen ordi­naire, et votre volon­té de don­ner la connais­sance à qui sou­haite la connaître, je trouve là le mer­veilleux de la vie des humains.

    Sans for­fan­te­ries, je vous salue respectueusement.

    Rosay

    à +

    Réponse
  19. Étienne

    Alex Jones – Al Qaï­da conduit à 100% par le Pentagone

    http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​6​z​g​P​W​0​S​w​Jeo

    Depuis tou­jours, César a besoin de bar­bares (aujourd’­hui appe­lés « ter­ro­ristes ») comme enne­mi public, bouc émis­saire bien com­mode pour foca­li­ser les res­sen­ti­ments et dis­traire ses sujets de toute cri­tique… contre César…

    Et quand les ter­ro­ristes n’existent pas, il les crée lui-même, bien sûr.

    Et les gens sont trop gen­tils pour arri­ver même à ima­gi­ner cela possible.

    « La cré­du­li­té des dupes est un fonds inépui­sable pour l’in­gé­nio­si­té des coquins. » Edmond Burke.

    Étienne.

    Réponse
  20. Daniel COMBO

    Mer­ci Etienne !

    Réponse

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