Chers amis,
Il y a environ deux ans, je vous avais signalé ici un texte extraordinaire, littéralement passionnant à plusieurs titres, publié en 1864 et qui s’intitulait « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu ». On le trouvait sur WikiSource et j’en avais fait une compilation en un seul fichier pdf pour une impression commode et soignée.
En 2006, un petit éditeur que j’aime bien (parce qu’il fait de très beaux livres, avec des textes souvent formidables), Allia, à réédité ce redoutable mode d’emploi de l’apprenti totalitaire.
Je vous recommande ce livre : c’est un de mes meilleurs livres, parmi les centaines que j’ai découverts et articulés depuis quatre ans. C’est un objet précieux qui aide à progresser vite. Bien avant que George Orwell, inspiré par la société soviétique, ne décrive dans « 1984 » les ressorts effrayants d’un monde totalitaire, Maurice Joly en avait déjà dénoncé les plus intelligents mécanismes dans ce pamphlet, dirigé contre Napoléon III mais spectaculairement utile pour comprendre notre monde « moderne ».
En plus, ce livre est vraiment beau : le papier est superbe, le format est élégant, l’impression est légère et précise, un beau livre. Et pas cher : 15 €.
Je remercie les éditions Allia de m’avoir permis de découvrir Michel Bounan, qui signe une introduction vraiment très intéressante au texte de Maurice Joly ; c’est elle que je vous invite à lire ici. Je trouve que Michel Bounan s’en prend correctement aux abus de pouvoir et, comme par hasard, ça me plaît :o) L’argument bidon de la prétendue « théorie du complot » (invoqué par tous les faux naïfs qui travaillent au service des privilégiés) prend un coup dans le nez. J’ai commandé quelques uns de ses livres pour mieux le connaître ; je vous en reparlerai.
Je n’en dis pas plus et je lui laisse la parole.
Étienne.
[C’est moi qui souligne. ÉC]
L’ÉTAT RETORS
Je vous avertis… de vous tenir toujours en défense ; tremblez même dans la victoire ;
c’est alors qu’il fait ses plus grands efforts, et qu’il remue ses machines les plus redoutables.
BOSSUET
Dans la voie du bouleversement les meilleurs éléments sont toujours dépassés par les plus mauvais…
Derrière le révolutionnaire honnête apparaissent bientôt ces existences troubles.
MARÉCHAL DE MOLTKE
« La révolution industrielle a connu en France sa plus rapide expansion au cours du Second Empire en même temps qu’étaient posées les bases d’un véritable État moderne. Autoritairement établi par un coup d’État, maintenu par une police omniprésente et efficace, le nouvel instrument de gouvernement était indispensable à l’ambitieux projet de ses promoteurs. Deux cent cinquante mille fonctionnaires sont liés par serment au chef de l’État et étroitement surveillés par les préfets ; les magistrats, assimilés aux fonctionnaires, sont nommés et révoqués par décret ; la presse est soumise à de multiples contraintes financières et menaces judiciaires ; les opposants au régime sont purement et simplement déportés en Algérie. Ce sont ces moyens et le « pacte de sang » avec l’armée qui ont permis la militarisation du travail productif et l’extraordinaire essor industriel.
Les banquiers, les hommes d’affaires et les industriels qui soutenaient ce régime se considéraient, en général, comme des philanthropes ; beaucoup étaient sincèrement convaincus par les doctrines socialistes de Saint-Simon, et l’actuelle dictature ne devait être qu’une étape intermédiaire vers cette ère nouvelle et bienheureuse qu’un autre saint-simonien appellera plus tard « la grande relève de l’homme par la machine ». [Ce livre est d’ailleurs, lui aussi, remarquable : il est de Jacques Duboin. ÉC]
Dès 1860, la poigne de fer se relâche en effet sans qu’apparemment aucune force réelle d’opposition ne l’y contraigne. (Les historiens expliquent ce mystère par « la sympathie » que Napoléon III avait toujours marquée à l’égard des classes dites « laborieuses ».) Des pouvoirs sont donc rendus aux élus et l’État facilite lui-même la création d’un grand parti uni d’opposition. Simultanément des contacts sont pris avec des délégués ouvriers, on les encourage à rencontrer leurs camarades trade-unionistes anglais, on crée des chambres syndicales, le droit de grève est enfin reconnu.
L’Empire a terminé sa tâche, la démocratie moderne peut fonctionner. Il y aura encore le soubresaut de la Commune, et puis plus rien pendant un siècle, même entre les deux guerres mondiales, au cours des sursauts plus tardifs de l’Allemagne, de l’Italie, puis de l’Espagne. En définitive, on peut dire que le Second Empire français a accompli seul en quelques années l’œuvre des dictatures européennes et celle de leurs libérateurs, c’est-à-dire la grande relève de l’homme d’État par ce que Nietzsche appelait « le plus froid des monstres froids ».
En 1864, l’année même où fut fondée à Londres l’Association internationale des travailleurs, Maurice Joly écrit et publie son Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu. Ancien enfant rebelle, familier du barreau et futur exilé, il observe avec une effrayante lucidité la mise en place des nouveaux mécanismes du pouvoir. Machiavel est ici le porte-parole du despotisme moderne. Il expose cyniquement ses buts, ses procédés et leur développement historique. Initialement la force brutale, le coup d’État militaire, le renforcement de la police et de l’armée, la prééminence des hauts fonctionnaires sur les élus, la mise au pas des magistrats, de l’université, de la presse.
Mais la force, ostensiblement déployée, suscite toujours des forces contraires. Elle n’est utilisée que pour modifier en quelques années les institutions, la Constitution, et pour créer des formes légales au nouveau despotisme. Ainsi l’emprisonnement des journalistes doit être relayé rapidement par des dispositions économiques sur la presse et par la création de journaux dévoués au gouvernement. Une telle tribune associée à d’astucieux découpages électoraux permet de maintenir une tyrannie élue au suffrage universel.
Pour en finir avec toutes ces vieilles formes d’opposition, partis, coteries, cabales, complots, qui gênaient tant les anciens despotes, l’État moderne doit créer lui-même son opposition, l’enfermer dans des formes convenables et y attirer les mécontents. Il doit en outre infiltrer tous les rassemblements, en prendre la direction et les dévoyer. Il doit même manipuler policièrement tous les complots clandestins, les surprendre, les égarer, les déconsidérer. Voilà le principal ressort du pouvoir moderne : parler « tous les langages » du pays afin d’en détourner le fleuve.
Un dernier mécanisme régulateur garantit enfin la perpétuation du nouveau régime : une telle société développe vite chez ses membres un ensemble de qualités qui travaillent pour elle : la lâcheté, la domesticité et le goût de la délation sont à la fois les fruits et les racines de cette organisation sociale. La boucle est bouclée.
La force brutale utilisée par les anciennes tyrannies n’a donc plus de raisons d’être, sauf en de rares circonstances. Au temps du machinisme on peut faire travailler les forces hostiles au moyen de dispositifs convenables. On peut même utiliser leur énergie domestique à réduire celles qui viendraient à surgir. Cette autorégulation est la base de toutes les sociétés vraiment modernes.
En face de ce nouveau pouvoir personnifié par Machiavel, que représente Montesquieu ? Il énonce les anciens principes politiques, moraux et idéologiques de ceux qui, un siècle auparavant, se préparaient à prendre la direction de la nouvelle société. Le génie de Machiavel consiste à citer volontiers. Montesquieu : l’actuel despotisme n’est nullement contradictoire avec ces fondements et cette idéologie.
Notre XXe siècle a richement illustré les principes énoncés par Maurice Joly. Mais on aurait tort d’évoquer ici les multiples dictatures totalitaires où l’armée et la police s’affichent partout, où les tyrans ne dissimulent pas encore leur pouvoir. Le modèle décrit par Maurice Joly est précisément au-delà de cette étape historique : c’est celui du chef de l’État élu au suffrage » universel, celui des hauts fonctionnaires inamovibles, celui des consultations électorales qui masquent la véritable cooptation du personnel politique.
Ce mode de gouvernement n’est pas celui du parti unique, mais celui des pseudo-affrontements entre des partis politiques parlant « tous les langages » du pays, celui des faux complots organisés par l’État lui-même, celui enfin où l’appareil éducatif et médiatique, aux mains du même pouvoir, entretient un tel abaissement des esprits et des mœurs qu’il n’y a plus aucune résistance possible.
Le système de gouvernement décrit par Maurice Joly est celui du complot permanent occulte de l’État moderne pour maintenir indéfiniment la servitude, en supprimant, pour la première fois dans l’histoire, la conscience de cette malheureuse condition.
Un tel ouvrage ne pouvait pas être toléré par un État moderne encore fragile. Il ne l’a pas été. Imprimé en Belgique en 1864 et introduit clandestinement en France, le Dialogue aux enfers est immédiatement saisi par la police et son auteur est emprisonné à Sainte-Pélagie. La même année, une traduction allemande s’efforce de diffuser ce texte ailleurs. En 1868, nouvelle impression française, toujours en Belgique. Ensuite, le livre disparaît apparemment pendant quatre-vingts ans, inconnu de tous, sauf évidemment des services de police qui l’ont saisi.
L’interdiction policière d’un tel ouvrage n’était pourtant pas une riposte digne d’un pouvoir moderne tel que Maurice Joly en avait décrit le fonctionnement ; et d’abord parce que cette réponse était insuffisante à l’égard d’un texte dont son auteur remarque qu’il n’est pas seulement une œuvre individuelle mais qu’il est déjà le fruit d’un courant de pensée quasiment impersonnel. Voilà une force dangereuse qu’on peut certes réduire brutalement dans un premier temps, mais qu’un véritable État moderne doit pouvoir manipuler et faire travailler à son profit. Qu’est devenu ce livre et cette conscience du complot permanent occulte pendant toutes ces années où personne n’a jugé bon de le rééditer ?
Au début de notre siècle paraît à Moscou un extraordinaire pamphlet, qui allait bientôt devenir un best-seller, et être le livre le plus vendu au monde après la Bible : Les Protocoles des sages de Sion.
L’origine de ce pamphlet est aujourd’hui connue : c’est une falsification du Dialogue aux enfers de Maurice Joly, selon un procédé que les situationnistes français appelleront plus tard une « maspérisation » (du nom d’un éditeur parisien qui s’était rendu fameux dans cet art). Ce procédé qui consiste à s’emparer d’un texte important, à en changer certains mots, à supprimer quelques phrases, à en intercaler d’autres, permet de conserver la structure d’une analyse politique (dont on sait qu’elle rencontre déjà trop d’esprits disposés à la comprendre), mais d’en modifier la cible et d’entraîner ainsi un courant d’opposition qui risquerait de devenir dangereux, vers des actions inoffensives ou même utiles aux manipulateurs. Il permet de capter les esprits pour les égarer ensuite, il illustre précisément le procédé exposé dans le Dialogue aux enfers : parler toutes les langues afin d’en détourner le fleuve.
Maurice Joly a donc été victime de cette manœuvre qu’il avait dénoncée. Dans les Protocoles des sages de Sion, on conserve l’analyse du Dialogue aux enfers, le réquisitoire contre le complot totalitaire occulte, l’exposé précis de ses moyens convergents, financiers, politiques, policiers et médiatiques. Mais le complot étatique pour le maintien de l’ordre est remplacé par un prétendu complot juif visant à s’emparer du pouvoir mondial. Le texte falsifié se présente comme le procès-verbal d’une réunion ultra-secrète des chefs de la conspiration juive.
Qualifier, comme on l’a fait depuis, un tel procédé de « plagiat » laisse entendre qu’il s’agirait en quelque sorte d’une vague escroquerie littéraire aux dépens d’un malheureux auteur. Ajouter qu’il s’agit d’un « faux » et d’une « mystification » permet d’innocenter, avec soulagement ou regret, la malignité juive, et de conclure qu’en somme il n’y a pas de complot, si ce n’est, peut-être, contre les seuls Juifs. En vérité, cette falsification d’un texte effectivement important n’est que l’aspect superficiel d’une manœuvre bien plus générale qui est au cœur de la contre-révolution mondiale du xxe siècle. Les conditions de fabrication et de diffusion des Protocoles permettent ainsi de suivre les grands mouvements de cette histoire.
La première édition paraît à Moscou dans l’agitation révolutionnaire du début du siècle. Henri Rollin hésite à en attribuer les mérites à la police secrète du tzar, la trop fameuse Okhrana, ou à la principale opposition ultraréactionnaire appuyée sur la grande propriété foncière. En tout cas ses deux premiers éditeurs sont connus : Krouchevan et Boutmi sont cofondateurs des « centuries noires », organisation paramilitaire chargée d’armer des hommes de main pour assassiner des démocrates et des socialistes.
Pendant la première contre-révolution russe de 1905, l’ouvrage est diffusé massivement et le métropolite de Moscou en ordonne la lecture dans toutes les églises de la capitale. Puis sa diffusion se ralentit et le livre explose à nouveau en 1917. Les milieux de l’émigration russe l’emportent alors dans leurs bagages tandis que s’installe dans l’ancien empire des tzars un pouvoir ouvertement dictatorial.
Au cours de l’intense fermentation révolutionnaire qui succède au premier conflit mondial, les Protocoles sont traduits dans une quarantaine de langues et répandus dans toute l’Europe, aux États-Unis et au Japon. Ils y accréditent la rumeur, diffusée par d’autres émissaires, que les démocrates et les socialistes ne sont que des agents payés par une conspiration juive internationale pour s’emparer du gouvernement du monde. C’est un des instruments de la propagande nazie, d’abord en Allemagne, dans les conditions révolutionnaires qui succèdent à l’effondrement de l’Empire, puis dans sa guerre contre les pays à régime parlementaire. Si bien que Henri Rollin, agent des services secrets français, se permet de révéler en 1940 la supercherie et son origine. Son livre est presque immédiatement saisi par la police allemande et mis au pilon (1).
Après 1945, l’empire européen redevient « libéral ». Il a réussi à détruire ou à intégrer les anciennes énergies révolutionnaires, grâce au travail efficace des partis staliniens et de leurs compagnons de route. Les Protocoles perdent alors leur utilité et ne survivent plus ici que dans quelques sectes de réserve. Ils ont trouvé un nouveau terrain de manœuvre dans l’agitation du tiers-monde qui suit, dès la fin de la guerre, l’effondrement des anciens empires coloniaux, et particulièrement dans les pays arabes où ils n’ont cessé d’être réédités et diffusés depuis 1951.
Récemment enfin, la disparition de l’empire soviétique — et le terrible marasme économique qui l’accompagne — a vu resurgir le pamphlet au lieu même de son accouche
ment, brandi et diffusé par de curieux émissaires, devant de complaisants journalistes.
Les Protocoles des sages de Sion ont été un des ouvrages de référence du moderne antisémitisme dont la résurgence alimente encore périodiquement la problématique médiatico-universitaire. Il s’agirait, nous dit-on maintenant, d’une fausse théorie créée et diffusée par une « paranoïa collective » sortie toute armée de dizaines de millions de cervelles malades. On nous met donc sagement, mais fermement en garde contre la tentation de « diaboliser le pouvoir », d’imaginer partout un prétendu complot mondial aux mille tentacules économiques, politiques, et surtout médiatico-universitaires, toute idée relevant d’une « phobie collective de type archaïque ».
On devra pourtant observer que les Protocoles n’ont pas été forgés dans la marmite diabolique de la « paranoïa collective », mais dans les coulisses policières d’un État autocratique ; qu’ils n’ont pas été initialement diffusés par la rumeur publique mais par les bons soins du métropolite de Moscou et par deux policiers-éditeurs ; que le parti national-socialiste allemand qui s’en est inspiré n’a pas été porté au pouvoir par de folles émeutes mais par les industriels ; allemands qui l’ont financé ; que l’ouvrage de Henri Rollin révélant l’origine des Protocoles n’a pas été détruit par la « paranoïa collective », mais saisi et détruit par une police d’État ; que les Protocoles n’ont pas été propagés aux États-Unis par une folle rumeur mais par l’industriel Henry Ford qui savait faire travailler à son profit d’autres infirmes ; qu’enfin ce livre n’est pas un « misérable faux grossier », une « névrose collective en plein XXe siècle », mais une manœuvre policière rationnelle, le fer de lance d’une guerre contre-révolutionnaire.
En vérité, l’antisémitisme est précisément à la critique sociale ce que sont les Protocoles au livre de Maurice Joly : non pas une théorie insensée, comme ne cessent de le répéter les naïfs, mais la contrefaçon policière d’une agitation révolutionnaire. Voilà la raison de son succès populaire : il parle la langue la plus dangereuse du pays afin d’en détourner le fleuve.
La propagande antisémite est diffusée partout où émerge la conscience du complot permanent de l’État moderne pour le maintien de l’ordre, conspiration incluant non seulement l’appareil étatique lui-même et les forces économiques dont il est l’instrument, mais les fausses oppositions spectaculaires, l’ensemble de la presse et des médias, le marché du travail et l’avilissement organisé de toute la vie publique.
Cette conscience, au cours de sa germination, est purement intuitive. Ainsi, dans les années soixante, une rumeur, qui n’était peut-être pas sans fondement, s’est propagée dans plusieurs villes de province : le nouveau commerce de vêtements et de sous-vêtements féminins, qui s’enrichissait du surcroît des séductions promises, n’était qu’un proxénétisme déguisé. La conscience onirique l’exprimait à sa manière : des jeunes femmes disparaissaient des salons d’essayage par des trappes et se trouvaient ensuite expédiées, pour être livrées à la prostitution, le long de canaux baudelairiens vers un voyage luxurieux. Ce n’est qu’après les graves événements de 1968 qu’une autre rumeur, dont les policiers n’ont apparemment jamais retrouvé l’origine, s’est greffée sur la première : en réalité, les magasins d’où disparaissaient les jeunes femmes étaient tous tenus par des commerçants juifs.
Un autre exemple actuel : on sait, depuis que les dictatures totalitaires du xxe siècle en ont transmis la méthode » au monde entier, qu’un pouvoir moderne a les moyens de manipuler l’histoire à son profit. On devine qu’il a peu de raisons de se priver d’un tel avantage et l’histoire récente elle-même est devenue suspecte. Divers propagandistes réactivent alors la rumeur que le pouvoir est aux mains des Juifs coalisés. Ils trafiquent donc l’histoire à leur profit et ils ont inventé les chambres à gaz, les camps de la mort, l’antisémitisme lui-même. La voilà bien la dernière infamie des Juifs : avoir inventé un prétendu antisémitisme !
À la source des modernes persécutions antijuives, on trouve ainsi la conscience vague du complot totalitaire, de ses ruses, de ses manipulations. Dans un second temps interviennent de drôles d’émissaires que l’histoire révèle d’origine policière, ou que la police ne retrouve jamais. Derrière tout cela, bien sûr, les intérêts du plus froid des « ‘monstres froids », et les finances sont sans passions ; elles se déplacent selon leurs avantages. Quand le danger révolutionnaire s’éloigne, on incrimine la folie des tortionnaires (mais non leurs commanditaires), on dénonce encore la « paranoïa collective » et toutes les tentations de « diaboliser le pouvoir ». C’est le temps des tribunaux et des sociologues.
Ainsi ceux qui servent d’hommes de main ou d’hommes de troupe à de telles manœuvres doivent apprendre de l’histoire qu’ils ne sont pas à l’abri des contrecoups du monstre froid : quand leur tâche canalisatrice et destructrice est accomplie, ils sont abandonnés, financièrement d’abord, défaits à Stalingrad, à Courbevoie, ou ailleurs, abattus froidement avec ou sans procès. Mais, bien sûr, l’émancipation définitive de l’antisémite devra passer d’abord par l’émancipation de la société dont l’antisémitisme est le dernier rempart.
PASCAL avait sans doute d’excellentes raisons, au XVIIIe siècle, de croire aux histoires dont les témoins se font égorger. Nous en avons aujourd’hui d’aussi bonnes de croire à celles que la police falsifie. Notre civilisation, qui s’est construite sur la domestication des forces naturelles dangereuses, a su de même se donner une direction capable de mettre à son service, en les falsifiant, toutes les forces dangereuses qui se sont dressées contre elle. C’est un navire qui avance contre le vent et grâce à ce vent.
Ainsi, l’angoisse, le désespoir, l’ennui, nés de l’inévitable vulgarité marchande, me seraient pas a priori des forces sociales favorables si elles n’étaient adroitement détournées et utilisées à faire tourner la machine marchande. C’est pourquoi la publicité est aujourd’hui contrainte de promettre, à propos de néo-marchandises ou de n’importe quoi, ce que le monde marchand interdit généralement : l’aventure individuelle, l’originalité, la vie authentique. Ces mêmes forces négatives sont encore utilisées dans de multiples néo-métiers destinés à produire les néo-marchandises. Et toute critique partielle de ce système est de même canalisée dans des partis politiques, groupuscules, néosectes, auxquels il suffit d’imprimer une légère déformation pour les mettre au service des institutions. De notre organisation sociale on peut dire qu’en somme c’est l’autogestion presque généralisée plus la police.
L’art du DÉTOURNEMENT est bien le gouvernail de nos civilisations marchandes à leur stade » actuel. Ce mot de « détournement » avait été employé jadis pour caractériser dès procédés visant à rendre leurs vérités aux falsifications marchandes. Le terme est malheureux. C’est toujours la domination marchande qui détourne. Elle crée des leurres qui ressemblent aux objets désirés mais nécessairement falsifiés puisque tous les nouveaux désirs résultent de nouvelles privations produites par le monde marchand et convergent spontanément vers sa destruction : une crème bronzante, le métier de sociologue et les Protocoles des sages de Sion sont bien les effets du même mécanisme.
Ce mode de gestion des sociétés modernes permet d’en déduire deux lois qui peuvent être d’une grande utilité :
1. Les falsificateurs roulent toujours pour la police.
2. Tout ce qui se maintient durablement dans les médias est nécessairement un leurre, souvent à double face, qu’il convient de retourner et de réunifier.
Car le mode de domination actuel n’invente quasiment rien. Il ne s’oppose même qu’exceptionnellement, et seulement dans l’urgence de la surprise, aux entreprises qui lui sont hostiles (Maurice Joly ou Henri Rollin en leur temps, Los Angeles ou Mantes-la-Jolie aujourd’hui). Dans la mesure du possible, il tente de récupérer rapidement les forces qui s’y manifestent et de les mettre à son service.
Ainsi, la falsification policière du livre de Maurice Joly, et le succès médiatique de cette mystification, suffisent à garantir la dangereuse vérité de l’original. Le Dialogue aux enfers n’avait été récemment tiré de l’oubli que pour démontrer la fausseté des Protocoles ; il nous semble qu’au contraire c’est l’opération médiatico-policière des Protocoles qui prouve la vérité de Maurice Joly.
Le machinisme a fait, certes, de grands progrès depuis un siècle, tant en ce qui concerne l’automation que les mécanismes de contrôle, l’utilisation de modèles théoriques ou les capacités d’intervention dans l’intimité de la matière ; et sans doute ses progrès ont-ils été identiques dans le gouvernement policier des hommes. Mais, en définitive, les grandes lignes sont déjà tracées à l’époque de Maurice Joly. C’est dans les mêmes années où Gramme, Lenoir et Bell s’apprêtent à breveter la dynamo, le moteur à essence et le téléphone que l’auteur du Dialogue aux enfers décrit pour la première fois les principaux mécanismes du monstre froid, la manipulation du langage, l’État-journaliste, l’omniprésence de la police, sous d’autres noms bien sûr, « si ce nom déplaît ».
Les faux complots terroristes sont déjà à cette époque des moyens de gouvernement : « il faut qu’il y en ait ». On les fera exécuter par des opposants au régime. Tout est dit en quelques phrases : « parler leur langage », « pénétrer dans leur rang », « il y a là des directions à donner, des forces à mouvoir », « ce sera là comme une annexe de ma police », « je suis ici le chef de leur école », « s’il s’y prépare un complot, le chef c’est moi ». L’avantage est triple : découvrir d’éventuels conspirateurs, leur faire exécuter des opérations de basse police, les déconsidérer publiquement.
Notre siècle d’orthophonie médiatique et d’ilotisme généralisé, de prétendues guerres civiles et de faux terrorisme a sinistrement illustré le propos de Maurice Joly. Mais le chef-d’œuvre a été le détournement du Dialogue aux enfers lui-même et l’organisation policière du faux complot juif. Il faut remarquer toutefois que, si Hitler n’avait pas été ce rustaud moqué par Staline lui-même, il n’aurait pas fait assassiner par ses hommes de main, pour plaire à ses commanditaires, les principaux chefs des S.A. ; un État moderne sait faire exécuter ces besognes par les opposants au régime. Quoi qu’il en soit, l’analyse de Maurice Joly s’en trouve aujourd’hui doublement accréditée, par les prolongements historiques qui l’ont confirmée, et par la falsification médiatico-policière qu’on a été contraint de lui faire subir.
Ce point de vue reste toutefois fragile dans un temps où tant de gens, notoirement qualifiés, prononcent des jugements autrement « autorisés » sur des problèmes du même ordre et prétendent « en finir » chaque semaine avec la question juive, le rôle de l’État, la défense des institutions dites démocratiques. Quant à nous, nous n’avons nullement l’ambition démesurée d’en finir ainsi avec d’aussi graves questions, qui se reposeront toujours, qui trouveront toujours de nouveaux interprètes et de nouveaux acteurs, bénévoles ou rémunérés, tant que nous n’en aurons pas fini avec cette civilisation elle-même.
De mauvaises nouvelles nous parviennent maintenant sur l’état de la planète et sur la survie de ses habitants. Il semblerait que d’avoir retourné, pendant si longtemps, toute activité vivante contre elle-même, ne soit pas vraiment profitable à la vie. Certains pessimistes affirment même qu’un désastre écologique et épidémique serait inévitable. L’inébranlable ordre du monde décrit il y a cent trente ans par Maurice Joly, et qui a fait tant de progrès encore, oblige à considérer en tout cas qu’une telle fin ne sera vraisemblablement pas contrôlée par les trop rares individus qui la verront venir, mais plus généralement subie. Beaucoup plus effroyablement, certes, par ceux qui n’en auront pas pris à temps la mesure. »
Michel BOUNAN
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Notes :
1. Henri Rollin, L’Apocalypse de notre temps, Paris, Éditions Allia, 2005.
Source : introduction au « Dialogue aux enfers de Machiavel et Montesquieu », de Maurice Joly, chez Allia, 2006 : un beau livre (comme tous les livres édités par Allia), un bon livre, important, un livre à offrir : un vrai cadeau.
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Je ne peux m’empêcher de relier cette thèse avec cette pensée forte,
soulignée ces jours-ci par Daniel Mermet sur Là-bas si j’y suis (à lire lentement) :
« Structurellement,
l’équivalent politique de l’entreprise
est
l’État totalitaire. »
(Noam Chomsky)
Bonne nuit :o)
Étienne.

« Tout État moderne
contraint de défendre son existence
contre des populations qui mettent en doute sa légitimité
est amené à utiliser à leur encontre
les méthodes les plus éprouvées de la mafia historique,
et à leur imposer ce choix : terrorisme ou protection de l’État. »
Michel Bounan
Tiens… l’Israel fait justement cela, juste maintenant…
M. Chouard,
pardonnez moi de n’être qu’un visiteur de circonstance (je vous laisserai le choix d’en définir une s’il le faut) sur votre site et sur ceux de vos remarquables partenaires.
Je le constate : vos travaux ne peuvent cacher une forme de désespoir en la capacité de l’homme à se libérer…de l’enfer de l’ »autre »… comme de lui-même.
Avant l’ouvrage singulier que vous présentez et dont je garde la marque pour en lire-suivre tantôt les détails, les dialogues qui m’impressionnaient le plus encore, étaient ceux avec l’Ange de Gitta Mallasz…(http://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogues_avec_l’ange)
Autre système de coordonnées sans doute, autre référent…
Je cherche en vérité une musique dans votre coeur , M. Chouard, un accord, une harmonie… au delà de la colère.
Depuis la cîme de vos envols passés, qu’aviez vous entrevu des hommes et de leur confusion, de leurs erreurs ?
Quel regard silencieux pesiez vous de nos plus et de nos moins, du « Mal » et du « Bien » que les blogs bleu, blanc, rouge, vert ou noir se renvoient tant à l’envi de nos jours ?
Est-ce un paradoxe ou justement un fait humain : je suis sincèrement si proche de toutes ces quêtes par le fait humain… mais bien éloigné d’elles par la forme de désespoir généralisé qui les anime envers tant d’ »opposés », des « catégories » « entières » telles que les « artistes », les « politiques », les « mondialistes » etc…
Car votre colère se fonde sur des constats justes. Votre travail de collecte et de synthèse est utile. Ses fruits.. Peu importe à celui qui se dévoue vraiment à une cause qui le dépasse.
Je me demande à entendre votre dernière année d’interventions, si vous croyez encore le « politique » Lincoln qu’ « on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps » ; si vous croyez que le jour vient toujours.. pour qui n’attend plus de récolter ce qu’il a semé.
Alors qu’importe la forme finale et « bonne pour l’humanité » de l’ »évolution » : elle sera sans doute très différente de toutes les prévisions et calculs.
Quant aux épreuves qui nous attendent pour y parvenir.. en quoi leur avènement devrait-elle donner la rage de la colère si celui que nous affrontons est aussi, d’une façon ou d’une autre, un frère ou une soeur (et cela arrive bien dans les plus simples familles !!!)
Et de cette façon, si le regard envers autrui change, avons-nous en face de nous AUTANT d’ennemis ?
Vos proches vous disent courage.
Je voudrais vous dire (sans condescendance aucune, avec le plus profond respect) « mesure, détachement et patience… Ce sont sans doute des mots « spirituels », qui plus est connotés par mon introduction « angélique »..
Je suis un homme comme vous, « ordinaire ET extraordinaire à la fois » (on peut y voir une Foi, si on veut, mais alors pas d’Eglise!) comme Mozart.. Hitler ou Hélène Segara ! Il y a bien une part de lumière qui est en Tout être : n’est-ce pas ce en quoi l’extraordinaire première Constitution du Jeu de Paume faisait justement confiance ?
Un de vos soutiens « silencieux », indéfectible sur le fond, actif sur d’autres formes, heureux de vous suivre du regard sur la route des efforts de bien commun, et peut-être un jour de nous y rencontrer « par le hasard » de nouvelles circonstances.
eric DELORME
espèce d’architecte
Merci Éric, pour ce beau message.
Merci aussi d’être là, de temps à autre.
:o)
Étienne.
Commentaire de Aïda Zeki
Date : 6 janvier 2009, 21:15
Il y a de multiples facettes dans cet objet qu’est devenu “le conflit israelo-palestinien” , et si l’on en parle ce n’est pas seulement sous le coup d’émotions légitimes, mais parcequ’à bien y réfléchir, il s’y joue un drame à signification universelle pour la raison humaine :
Si j’étais israélienne, peut-être serais-je tentée « à juste titre » par les arguments de “la peur”…pour légitimer les actes de Tsahal, ce qui est un naufrage de la raison, toutes proportions gardées, et justement parceque la raison doit regarder les proportions.
Mais enfin, la seule façon de regarder le problème, sans oublier ni mépriser aucune “victime”, ce devrait être celle qui nous place du point de vue essentiel du droit international !
N’y a‑t-il pas crime de guerre de la part des dirigeants d’Israel ? le blocus de Gaza par Israel était-il autre chose qu’ un acte de guerre ? Par qui, donc, les règles de l’ONU ont-elles été transgressées ?
Ensuite, on a le devoir de distinguer “qui domine qui”, dans cette affaire, et de reconnaître que s’il y a un dominant et un dominé, sur cette terre dite « sacrée », c’est parceque l’ordre planétaire réel est celui d’une domination et d’un viol permanent du droit des peuples !
L’impérialisme américain a réussi à renforcer cet “ordre” contre l’ONU, et on ne peut ni ne doit attendre qu’un OBAMA providentiel nous libère de cette barbarie :
“l’homme le plus puissant du monde” n’est qu’un petit soldat encadré par cet ordre : il a été “briefé” par les vrais maîtres du système (CIA, Commandement suprême : les présidents passent, parfois brutalement, la CIA reste !). L’impérialisme, le néocolonialisme et le colonialisme d’Israel sont inséparables du système capitaliste “mondialisé”.
Israel ? son peuple a été pris en otage pour servir exclusivement cet impérialisme là , celui qui fabrique des Talibans contre les laïcs, celui qui favorise le Hamas contre les laïcs, celui qui corromp les dirigeants …tant israeliens que palestiniens !
La peur, voilà le dernier instrument de survie d’un système obsolète, le système capitaliste !
Méfions nous de cette peur, non pas pour en faire une théorie du complot, mais parcequ’elle est une arme efficace contre l’intelligence populaire, une arme ayant fait ses preuves :
en France les affaires pas très claires du Ministère de Madame AM , avec ses “attentats bidons” et l’ambiance délétère qu’on cherche à instaurer, doivent mettre notre vigilance en alerte : une grosse manipulation se prépare en vue de tétaniser le peuple de France !
Cette peur , qui fait encore, aux yeux des dominants, trop défaut en France, elle est indispensable au capitalisme en crise “pour reprendre les choses en main”.
La solidarité avec le peuple palestinien doit rester lucide et ouverte à la solidarité avec tous les peuples abusés, y compris le peuple Israélien lui-même exposé à la crise grave du système.
Cette solidarité c’est la nôtre avec notre propre peuple qui va devoir s’attaquer à la régression sociale « programmée » !
Il y a un lien profond entre « Solidarité » et solidarités : le front syndical du 29 Janvier devra fusionner avec d’autres fronts, précisément contre la même peur !
En France, l’Etat peut être la meilleure ou la pire des choses : ça dépend de la personne que les Français choisissent pour chef de l’Etat.
1- L’Etat peut être la meilleure des choses. Exemple : l’Etat entre 1958 et 1969. Bilan globalement positif.
2- L’Etat peut être la pire des choses. Exemple : l’Etat depuis le 6 mai 2007. Bilan pour l’instant désastreux.
Ce qui est intéressant, c’est le résultat de l’élection présidentielle. L’élection présidentielle montre l’image d’un peuple à un moment donné.
Exemples : en 1958, en 1965, les Français ont choisi comme chef de l’Etat Charles de Gaulle car les Français avaient une mentalité gaulliste. Les Français se reconnaissaient en Charles de Gaulle. Les Français étaient comme lui, en majorité.
Le 6 mai 2007, les Français ont choisi comme chef de l’Etat Nicolas Sarkozy car ils étaient comme lui, en majorité. Nicolas Sarkozy, en 2007, était l’image de ce que les Français étaient devenus.
Pour qui les Français vont-ils voter en 2012 ? Que seront devenus les Français en 2012 ?
En tout cas, méfions-nous. L’Etat n’est pas une mauvaise chose en soi. L’Etat n’est que le résultat de notre vote. Si nous critiquons ce qu’est l’Etat aujourd’hui, nous devons en réalité critiquer le choix qu’une majorité de Français a fait le 6 mai 2007. Ce n’est pas la même chose.
Conclusion : certains Français des classes populaires critiquent l’Etat, certains Français des classes moyennes critiquent l’Etat. Ce faisant, il scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ils devraient se méfier : l’Etat est le seul rempart qu’il leur reste contre Martin Bouygues, Serge Dassault, Arnaud Lagardère, et tous les autres exploiteurs. Affaiblir l’Etat, c’est affaiblir la dernière protection des Français. Affaiblir l’Etat, c’est renforcer les riches et les exploiteurs.
Bonjour Mr Chouard, j’ai vu votre conférence donnée dernièrement à l’IEP d’Aix en Provence. Outre que je suis passé par cette noble institution, il y a désormais fort longtemps, j’ai bien aimé votre laïus sur l’article 104 du Traité de Maastricht, reprenant l’interdiction des Etats d’emprunter à taux 0 à leur banque centrale, et privatisant, de fait, la création monétaire. Une victoire des banquiers sur nos politiques qui se sont fait enfumer, d’après vos dires.
Par contre, lorsque vous dites que dans Le choix de la défaite, Annie Lacroix-Riz a prouvé que nos élites ont vendu la France aux allemands, permettez-moi d’apporter quelques précisions :
1°) Annie Lacroix-Riz est une historienne qui est surtout une militante, membre du PRCF, scission du PCF qui n’accepte pas la décision de ce même parti, lors du 22eme Congrès de 1976, d’abandonner la dictature du prolétariat.
2°) Le PRCF est donc un parti léniniste, dont l’objectif, entre autre, est de réhabiliter la période stalinienne. Je crois qu’il est important de préciser tout cela pour mieux comprendre la thèse de l’auteur.
3°) ALR dépouille les archives, mais avec une grille d’analyse déjà préconçue. Bref, on peut faire tout dire à des archives, et instruire à charge contre le « grand capital ».
ALR s’appuie aussi, pour redorer le blason de l’URSS sous Staline, sur les fameux rapports d’un certain colonel Palasse, employé de l’ambassade de France à Moscou, et qui fait des rapports dithyrambiques sur la société soviétique. Ce brave Palasse indique qu’il est même rentré librement dans une caserne de l’armée rouge …ouverte aux 4 vents, apparemment … Les archives c’est très bien, mais l’esprit critique aussi …
4°) Sur la thèse d’ALR, que la France soit livrée à l’Allemagne sous l’influence du Comité des Forges, de la Cagoule, et des synarques, il me semble que ce n’est pas trés sérieux …Il m’étonnerait que la bourgeoisie française ait eu confiance dans cette Cagoule, ramassis de bras cassés avec le pied nickelé Deloncle, à sa tête ! Si la Cagoule a eu, en effet, quelques relais dans l’armée française, notamment Loustau-Laclau et Franchet d’Esperay, son pu-putsch de novembre 1937, fut bien une pantalonnade car l’armée française ne soutenait, évidemment pas, dans sa grande majorité, cette bande de guignols …
Et puis pourquoi, après la défaite, une grande partie de cette bourgeoisie française s’est-elle enfuie à Londres et à New-York ?
5°) Sur Henry Ford, certes, l’industriel était connu pour ses orientations pro-nazies, mais ça ne présume en rien l’attitude de son gouvernement ou de tous les patrons américains. Ford, malgré son argent, a échoué deux fois aux sénatoriales, et incarnait surtout, une amérique rurale qui détestait les juifs, les banquiers, et l’établisment de la côte est. D’ailleurs saviez-vous que Ford a, pendant très longtemps, interdit le crédit dans ses concessions ?
Roosevelt avait depuis longtemps choisi son camp, dès le vote de la 3eme neutralité, en 1937 où il introduit déjà la loi « Cash and carry » qui favorise, ouvertement, les alliés qui ont la maîtrise des mers.
6°) En résumé, si, en effet, on peut trouver des industriels et des banquiers qui ont détesté le Front Populaire, voire des admirateurs des régimes fascistes, il me semble qu’ils n’étaient pas aussi puissant ou nombreux puisqu’il n’avait pas le pouvoir en France ! La défaite des armées françaises est avant tout une conception de l’utilisation des blindés défaillantes, face à la doctrine d’emploi allemande qui fut révolutionnaire. Un peu comme Napoléon qui réhabilita la manoeuvre et le mouvement face à la « guerre en dentelles » des nobliaux.
Cette histoire de « conspiration » synarch-cagoularde téléguidée par le Comité des Forges est très partisane, et relève d’une analyse des archives très orientée qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant !
[Bonsoir « Tietie007 »,
Je n’avais pas remarqué votre message, c’est pourquoi j’y réponds si tard, pardonnez-moi.
Si vous avez raison, un débat public contradictoire avec Annie Lacroix-Riz le montrera.
Or bizarrement, aucun débat n’est possible, personne n’ose affronter Annie Lacroix-Riz dans une joute oratoire entre historiens, aucune tribune n’est offerte à cette chercheuse, seules quelques rapides calomnies, sans preuves, et sans possibilité d’y répondre comme il faut.
Ce qui m’indigne, plus généralement, c’est la place minable que notre prétendue « démocratie » laisse au débat (le vrai, celui qui se développe sans crainte de représailles, avec du temps ! et des silences pour réfléchir…). La démocratie, c’est le débat ; un débat permanent où le droit de parole (l’isègoria) est protégé et garanti pour TOUS.
Notre acceptation molle de l’acquisition des grands médias par les plus riches est une folie, notre plus grave négligence (à égalité avec notre indifférence à la qualité du processus constituant).
Quand je lis ALR, je la trouve extrêmement convaincante, et les recoupements de ce que montrent les archives avec la sordide actualité de la cupidité (prête à tuer pour conserver ses privilèges) sont infinis : la richesse de sa documentation et la précision de ses connaissances, sa force de travail aussi, sont simplement admirables. On attend calmement l’équivalent en face, pour nourrir un débat sans invectives. La critique qui consiste à mettre en avant une étiquette partisane et à insinuer des horreurs ne vaut pas un clou (à mon avis). Moi, je veux bien croire qu’on puisse « facilement faire dire aux archives ce que l’on veut », mais j’aimerais bien voir le travail et les preuves, au lieu de ce simple « retenez-moi où je fais un malheur » :o)
Lisez-la vous-même et faites-vous une opinion de façon autonome.
Amicalement.
Étienne. (5 mars 2009, 0h35)]
Étienne connait déjà Annie Lacroix-Riz, Tietie007.
« Alain Peyrefitte.- Et Paul Morand ?
Général de Gaulle.- Lui, c’est pire encore ! Laval ne lui demandait même pas de rentrer. Londres et Vichy étaient prêts à accepter le maintien de sa mission économique ; elle pouvait entretenir des liens discrets, tout en ne faisant pas obstacle à ce que les relations diplomatiques soient officiellement rompues… Il est parti par le même bateau que l’ambassade. On ne voulait pourtant pas de lui à Vichy et on lui a tenu rigueur de son abandon de poste. Il était victime des richesses de sa femme, qui était roumaine, comme vous savez. Pour les récupérer, il s’est fait nommer ministre de Vichy à Bucarest. Puis, quand les troupes russes se sont approchées, il a chargé un train entier de tableaux et d’objets d’art et l’a envoyé en Suisse. Il s’est ensuite fait nommer ministre de Vichy à Berne, pour s’occuper du déchargement.
Alain Peyrefitte.- Vous pensez que la collaboration et la fortune avaient partie liée ?
Général de Gaulle.- Vous ne croyez pas si bien dire ! Ce qui a rendu si rares les Français libres, c’est le fait que tant de Français soient propriétaires. Ils avaient à choisir entre leur propriété – leur petite maison, leur petit jardin, leur petite boutique, leur petit atelier, leur petite ferme, leur petit tas de bouquins ou de bons du Trésor – et la France. Ils ont préféré leur propriété. Quels ont été les premiers Français libres ? Des braves types comme les pêcheurs de l’île de Sein, qui ne possédaient que leur barque et l’emmenaient avec eux ; des garçons sans attaches, qui n’avaient rien à perdre ; des Juifs qui se sauvaient parce qu’ils devinaient qu’ils allaient tout perdre. Ceux qui avaient à choisir entre les biens matériels et l’âme de la France, les biens matériels ont choisi à leur place. Les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent. »
(Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome 1, Fayard, page 148)
« Les patrons français, comme toujours, ne se soucient nullement de l’intérêt national. »
Charles de Gaulle, en conseil des ministres, 23 août 1967.
(Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome 3, Fayard, page 351)
Je profite du thème soulevé par ce dernier article pour faire passer l’info au sujet d’une série de projections qui démarre le 13 Mars à Marseille et se poursuivra dans plusieurs villes de France Belgique et Suisse jusqu’en Avril :
Le film :
« Zéro, Enquête sur le 11 Septembre »
est une initiative de journalistes Européens, Italiens courageux : s’attaquer aux contradictions et invraisemblances de la version gouvernementale des faits, quels que soient les accusations ou amalgames auxquels on expose son nom dans cet exercice citoyen.
Franco Fracassi sera présent da la salle pour répondre aux questions après la projection :
Journaliste, 16 ans correspondant de guerre
enquêteur – essayiste – écrivain
auteur de 3 documentaires
Toutes les infos et les dates sont sur
http://www.reopen911.info/zero
« Zéro » rompt le mur du silence en Europe
Soutenez ces journalistes, parlez de ces projections autour de vous, venez nombreux découvrir ce sujet ou l’approfondir, et échanger avec Franco Fracassi ou Giulietto Chiesa, ///
je tombe sur ce billet par hasard ! ce texte est superbe ! merci d’avoir extrait ces parties !
« Miguel Benasayag
Tarnac et l’anti-terrorisme »
http://www.dailymotion.com/(…)miguel-benasayag-tarnac-et-lantiter_news
Un entretien intéressant avec un personnage passionnant.
N’oubliez pas de lire son livre « Éloge du conflit », c’est excellent : un outil stimulant pour instituer une authentique démocratie, respectueuse des individus réels, sans idéaliser le monde avec d’un côté des « bons » et de l’autre des « barbares » : de bonnes institutions prennent en compte que personne n’est parfait, que les conflits existent et que, pourtant, on peut tendre vers la justice.
À mon avis, vous le savez, si on arrive à reprendre le pouvoir constituant aux (politiciens soumis aux) riches, on aura fait un pas décisif vers ces institutions protectrices.
Amitiés.
Étienne.
En écho caricatural au noble « éloge du conflit » , j’aime bien la pertinence des commentaires (le lien est en bas) sur le doublement d’armement de la France…
Non pas que ça rende confiant… Quoique…
Si les lecteurs du Monde restent avisés sur ce sujet même s’il se laissent berner (comme chacun différemment) par d’autres, ne peut-on pas croire que la confrontation politique plus intense et inévitable qui s’approche, ne pourra pas faire entendre ce pas décisif dont toi et beaucoup rêvons concrêtement ici ?
Sous quelle forme ? L’énergie suit la pensée. C’est pour moi le plus paradoxal des axiomes de confiance, car qui sait vraiment aujourd’hui, où se reconnaîtra la pensée profonde de chacun des habitants de cette planète, face à ce choix qui ne cesse d’annoncer sa venue, celui qui se prend « au pied du mur » ?
La France va doubler ses commandes d’armement
Bonjour,
Passant par ici à la veilles d’élections européennes, je tombe sur ce billet.
Premier petit commentaire, sur la citation de Chomsky :
C’est élémentaire :
La structure fondamentale de l’entreprise est purement hiérarchique. À partir de ce constat, il suffit de prendre un dictionnaire et de regarder l’étymologie de ce mot pour comprendre de quoi il retourne. (J’ai fait quelques petites démonstrations tout à fait amusantes en utilisant cette méthode du dictionnaire, sur le blog de Paul Jorion entre autres.)
Second petit commentaire, ou suggestion plutôt, concernant votre projet constitutionnel (auquel j’aimerais participer s’il n’était pas si ardu de s’y intégrer après tant de temps. La lecture d’un forum si touffu est juste rébarbative):
Le problème des élections est, on l’a bien compris notamment depuis la réforme du quinquennat et l’inversion du calendrier associée, qu’elles se résument à une sorte de blanc seing pour le candidat élu pour une période minimale de 5 ans, sans intervention citoyenne possible dans ce laps de temps.
J’ai récemment imaginé une inversion totale du processus : On ne voterait plus pour élire un représentant mais pour le limoger (en cas de désaccord entre le peuple et ses représentants, bien entendu). Ainsi la longévité politique d’un représentant serait fonction de la qualité de son action, tandis qu’aujourd’hui elle repose avant tout sur la capacité de ce dernier à formuler les promesses que les électeurs veulent entendre. On peut d’ailleurs constater à ce sujet, que l’élection (et surtout la réélection) d’un candidat n’est pas nécessairement en corrélation avec le bilan qu’il présente. L’expression quelque peu galvaudée de « vote sanction » prendrait un sens tout nouveau, en somme.
Qu’en pensez-vous ?
cordialement.
Bonjour Dissonance,
C’est une idée.
Elle a sa place dans un des fils du forum « Contrôle des pouvoirs » :
soit « Désignation des représentants politiques : élections (et avec quel mode de scrutin) ou tirage au sort ? « ,
soit « Les élus devraient rendre des comptes à la fin de leur mandat (impératif) », par exemple.
Ce n’est pas difficile, si ?
OK pour voter une révocation quand le représentant ne donne pas satisfaction, mais :
1) qui déclenche l’élection, et comment ?
2) en cas de révocation, justement, par quel procédé prévoyez-vous la désignation du successeur ?
C’est vrai que de nombreuses parties de mon site deviennent inaccessibles par accumulation de documents et d’échanges… Mais :
1) Je ne sais pas quoi faire
2) je suis débordé, pardon.
Amicalement.
Étienne.
___________________
PS : pourriez-vous nous donnez un lien précis vers d’autres exemples de votre « méthode du dictionnaire » ?
Bonsoir.
Pour la gestion de votre forum, je suis conscient de la masse de travail que cela suscite pour avoir été moi-même administrateur pendant quelques années. Je ne saurais donc vous en tenir grief. Je vais tâcher de prendre mon courage à deux mains 🙂
Concernant la suggestion, je vais tenter de la développer un peu en essayant de répondre à vos questions
Enfin, quelques exemples de la « méthode du dictionnaire » 🙂
Culture et intelligence :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=2486#comment-21644
Finalité de la concurrence :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=2535#comment-21519
Cordialement.
Bonsoir ,
J’ai le plaisir de vous remercier pour toutes les informations, n’étant moi-même qu’un simple citoyen ordinaire, et votre volonté de donner la connaissance à qui souhaite la connaître, je trouve là le merveilleux de la vie des humains.
Sans forfanteries, je vous salue respectueusement.
Rosay
à +
Alex Jones – Al Qaïda conduit à 100% par le Pentagone
http://www.youtube.com/watch?v=6zgPW0SwJeo
Depuis toujours, César a besoin de barbares (aujourd’hui appelés « terroristes ») comme ennemi public, bouc émissaire bien commode pour focaliser les ressentiments et distraire ses sujets de toute critique… contre César…
Et quand les terroristes n’existent pas, il les crée lui-même, bien sûr.
Et les gens sont trop gentils pour arriver même à imaginer cela possible.
« La crédulité des dupes est un fonds inépuisable pour l’ingéniosité des coquins. » Edmond Burke.
Étienne.
Merci Etienne !