Pendant que je vis, chaque jour je lis Alain et c’est pour moi une source claire d’intelligence pure ; à lire cet homme, comme à lire son extraordinaire élève Simone Weil, j’ai l’impression de grandir.
Je vous propose ici quatre ‘Propos’ sur le mode de scrutin, —tout à rebours de l’air du temps qui réclame aujourd’hui la proportionnelle comme un retour à la justice élémentaire—, où Alain souligne que la proportionnelle abandonne les citoyens aux luttes intestines des partis.
Chaque mot compte dans les Propos d’Alain, tout y est à la fois léger et dense, plaisant et puissant, sujet à réflexion.
Alain tenait à choisir un homme plutôt qu’un programme ; un homme vertueux (travailleur et honnête), un homme lui-même contrôlé par ceux qu’il représente.
(Les titres sont de moi.)
Entre le plébiscite et le référendum, une voie moyenne :
des députés indépendants des partis et le contrôle permanent des pouvoirs.
Le plébiscite consiste à demander au peuple : « Quels maîtres voulez-vous ? Voici un exposé de leurs principes, quant à la police, quant à la guerre, quant à la consommation, quant à la production ; réfléchissez et choisissez. Après cela, vous donnerez un long crédit aux maîtres que vous aurez choisis ; ils pourront légiférer et gouverner en regardant au loin, comme de bons pilotes, au lieu d’être arrêtés à chaque instant par les réclamations des uns et des autres. » Ainsi vivent tous les pouvoirs monarchiques ou oligarchiques ; car tous les citoyens ne sont pas malheureux en même temps, et les abus de pouvoir, si l’on n’y remédie sur l’heure, sont bientôt oubliés ; par-dessus tout le citoyen hésite devant une révolution qui est, dans un tel système, son unique ressource. Ajoutons que ce pouvoir fort a bientôt fait de rafraîchir les têtes chaudes et de bâillonner ceux qui parlent trop ; l’oubli vient ainsi avant que la réflexion s’éveille. Aussi la tyrannie, avec un peu d’adresse et de bonheur, peut durer longtemps.
Le référendum est un système tout à fait opposé à celui-là, car les pouvoirs ne font alors qu’appliquer les lois ; ils ne sont que magistrats. Rien ne peut être changé dans les droits et les devoirs sans que le peuple soit consulté. Par exemple la solution du conflit entre la Marne et l’Aube serait demandée au suffrage universel ; la formule des assurances ouvrières et paysannes, de même ; le plan de notre action au Maroc, de même. Et l’on saisit sans peine pourquoi ce système est impraticable. Chaque citoyen devrait passer son temps à lire, à calculer, à discuter ; ou bien alors il devrait juger d’après l’expérience, je dis son expérience à lui ; mais les répercussions d’une loi sur les fraudes ne se font sentir à tous les citoyens qu’après un long temps ; et elles sont perdues presque toujours dans la masse des faits. Pour le problème marocain, c’est encore plus évident.
Ajoutons que le contrôle des gouvernants par les gouvernés, qui est ce à quoi le peuple tient le plus, et ce qu’il réclamerait certainement par voie de référendum, ne peut s’exercer par le référendum même. [Ah bon ? ÉC] Entre plébiscite et référendum, il faut donc choisir quelque système intermédiaire ; et l’on est ramené au parlementarisme, dans lequel les représentants du peuple exercent un contrôle sans limite sur les actes du pouvoir, et aussi prononcent sur les réformes, en tenant compte à la fois de leurs connaissances propres et de l’opinion de ceux qu’ils représentent. Par ce mécanisme, qui suppose une familiarité et des échanges continuels d’idées entre les électeurs et l’élu, le peuple ne choisit pas ses maîtres ; il fait bien mieux, il règle, il modère, il redresse l’action des maîtres qu’il a, quels qu’ils soient.
C’est pourquoi le caractère du député, ses habitudes de travail, sa clairvoyance, son indépendance sont le principal, une fois que le principe de la souveraineté du peuple est posé et maintenu. S’il s’agit de mettre au jour quelque friponnerie d’administration, un modéré, s’il n’est ni ignorant, ni faible, ni dépendant, vaut assurément mieux qu’un paresseux, un craintif, un sceptique, un prodigue, un brouillon qui aurait l’étiquette radicale. Et si, dans ma circonscription, mon candidat n’étant pas élu, l’élu est un homme intègre et qui travaille, je suis représenté tout de même ; car si je connais un abus de pouvoir ou quelque gaspillage dans l’administration, je saurai à qui m’adresser. Voilà pourquoi je veux que l’on considère plutôt le caractère d’un homme, sa probité et sa puissance de travail, que le parti organisé dont il aura reçu l’investiture.
30 juin 1911.
Mon commentaire :
Et comment contrôle-t-on les contrôleurs ? Qui juge et punit les parlementaires eux-mêmes ? Si ces contrôleurs écrivent eux-mêmes leur code de conduite —la Constitution—, nous sommes perdus.
Par ailleurs, je ne partage pas cette conviction d’Alain que le peuple ne peut pas contrôler ses élus par référendum. L’instruction et les moyens de communication ont beaucoup progressé et ce qui était impensable hier semble devenu possible et même souhaitable aujourd’hui. Cependant, les termes de l’alternative posés par Alain restent d’une pertinence lumineuse. J’aime lire cet homme.
Contre la proportionnelle, scrutin injuste.
Quand ils ont dit que la Proportionnelle est juste, ils croient avoir tout dit. Et je vois bien une espèce de justice au premier moment, c’est-à-dire quand on nomme les députés ; mais encore faudrait-il y regarder de près. Si l’électeur est moins libre et moins éclairé dans son choix, est-ce juste ? Si les comités départementaux ont tout pouvoir pour imposer tel candidat et surtout pour en éliminer un autre, est-ce juste ? Si un homme droit et sûr prête son appui, par nécessité, à des ambitieux aussi riches d’appétits que de talents, mais de pauvre caractère, est-ce juste ? Si un ferme et libre esprit ne peut être élu qu’en traitant avec un parti, est-ce juste ? Si les partis ainsi organisés ont presque tout pouvoir pour échapper à la pression des électeurs, et tromper leurs espérances, est-ce juste ? Si l’élite, déjà si puissante, se trouve fortifiée encore par ce nouveau système électoral, est-ce juste ? Si l’influence des politiciens sur les vrais amis du peuple, déjà trop forte, s’exerce alors irrésistiblement, par les délibérations et les votes à l’intérieur du parti, est-ce juste ? Et enfin, si l’écrasement des minorités est injuste dans la circonscription, par quel miracle devient-il juste au parlement ? Car il faut bien que l’on décide enfin, et que la majorité l’emporte. En somme, quand vous dites que la Proportionnelle c’est la justice, j’ouvre bien les yeux, car j’aime la justice, mais je ne comprends rien, je ne perçois rien de ce que vous annoncez.
En revanche, il y a quelque chose que je comprends très bien et que je perçois très bien, c’est que les opinions pour et contre la Proportionnelle correspondent à des opinions très bien définies concernant l’avenir de la République. Car les uns, qui sont l’élite, et que je reconnaîtrais presque au port de la tête, craignent par-dessus tout ce qu’ils appellent la démagogie et les intérêts de clocher. Ils veulent qu’en toute chose, armée, impôts, travaux publics, ce soient les compétences qui décident ; ils veulent que la grande politique, qu’ils appellent nationale, échappe tout à fait au contrôle des petites gens, pour qui vivre de leur travail et s’assurer contre les risques est la grande affaire. Enfin ils se défient de l’électeur. C’est contre l’électeur qu’ils ont inventé la Proportionnelle, et l’invention est bonne.
Les autres savent trop, par trop d’expériences, ce que devient la volonté populaire lorsqu’elle se heurte à l’action continue des grands Ambassadeurs, des grands Banquiers et des grands Bureaucrates. Ils savent trop comment les députés cherchent trop souvent autour d’eux, dans ce milieu parlementaire qui a ses préjugés propres, un appui contre l’électeur, et de beaux prétextes pour oublier leurs promesses. Ils savent que les grands intrigants sont déjà assez forts, et disposent déjà trop des réputations et des influences ; que l’air parisien est déjà assez mauvais et dangereux pour les provinciaux même les plus rustiques ; et qu’enfin le scrutin d’arrondissement est la meilleure arme de la province contre l’élite parisienne. Prise ainsi, la question est assez claire, il me semble. Et c’est parce que ces raisons commencent à se dessiner dans le brouillard, que cet accord apparent de la plupart des députés recouvre en réalité des divisions profondes et une résistance formidable.
14 juillet 1914.
Mon commentaire : D’accord, MAIS, même avec le scrutin d’arrondissement, les élections législatives restent une révoltante escroquerie. La raison en est que tout scrutin, s’il est dévoyé par les intrigues partisanes, devient un scrutin détestable malgré toutes ses belles promesses. Je continue à chercher, chez ce penseur exceptionnel qu’est Alain, des traces de mon idée centrale —« ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. »
Dans la même veine, il y a cet autre propos, excellent lui aussi :
Un bon scrutin permet de contrôler, de blâmer et de détrôner tous les pouvoirs.
Le scrutin proportionnel, lui, offre un droit fictif et ne permet pas davantage que de choisir un tyran parmi plusieurs tyrans.
Je vois que la Ligue des Droits de l’Homme, dans son bulletin, recommande des cartes postales « proportionnalistes ». Il est remarquable que tant de Républicains éclairés se soient laissés prendre par les mots. Pour la Justice, pour le droit de l’électeur, ce beau programme devait plaire à la Ligue. Un homme raisonnable me disait encore il n’y a pas longtemps : « Je suis Proportionnaliste tout simplement parce que je veux conquérir mon droit d’électeur. Je suis républicain, et assez décidé ; j’appartiens à une circonscription où le royaliste est élu tous les quatre ans, sans lutte possible. Que je vote ou que je ne vote pas, le résultat est, le même ; je demande seulement que mon suffrage ne soit pas perdu ». Raison de belle apparence, mais qui ne me frappe point.
Voter, ce n’est pas précisément un des droits de l’Homme ; on vivrait très bien sans voter, si l’on avait la sûreté, l’égalité, la liberté. Le vote n’est qu’un moyen de conserver tous ces biens. L’expérience a fait voir cent fois qu’une élite gouvernante, qu’elle gouverne d’après l’hérédité, ou par la science acquise, arrive très vite à priver les citoyens de toute liberté, si le peuple n’exerce pas un pouvoir de contrôle, de blâme et enfin de renvoi. Quand je vote, je n’exerce pas un droit, je défends tous mes droits. Il ne s’agit donc pas de savoir si mon vote est perdu ou non, mais bien de savoir si le résultat cherché est atteint, c’est-à-dire si les pouvoirs sont contrôlés, blâmés et enfin détrônés dès qu’ils méconnaissent les droits des citoyens.
On conçoit très bien un système politique, par exemple le plébiscite, où chaque citoyen votera une fois librement, sans que ses droits soient pour cela bien gardés. Aussi je ne tiens pas tant à choisir effectivement, et pour ma part, tel ou tel maître, qu’à être assuré que le maître n’est pas le maître, mais seulement le serviteur du peuple. C’est dire que je ne changerai pas mes droits réels pour un droit fictif.
Or la Proportionnelle m’offre un droit fictif, qui est de choisir pour mon compte, entre trois ou quatre Partis, quel sera le Parti-Tyran. Mais que ce soit selon mon choix ou selon un autre, le Parti-Tyran sera toujours tyran, et mes droits seront toujours diminués. Dès que le député dépend plus d’un journal ou d’un comité, et moins de l’électeur, la liberté est menacée. Je dis la liberté de tous. Car si je suis radical, et si les radicaux sont les maîtres, j’aurai bien quelques faveurs si je les demande ; mais je n’appelle point cela liberté. Ce que j’appelle liberté, c’est la dépendance étroite de l’élu par rapport à l’électeur. C’est d’après cela seulement que je juge un système électoral. En termes bien clairs, il s’agit pour moi d’empêcher que les riches ajoutent le pouvoir politique au pouvoir économique qu’ils ont déjà. Or, avec les Partis et la Haute Politique, je suis assuré que les riches gouverneront. Tandis qu’avec notre système, et les perfectionnements qu’il peut aisément recevoir, comme limitation des dépenses électorales et secret du vote, nous arriverons à tenir en bride les Grands Politiques, et les Hommes d’État impatients qui ne parlent que de restaurer l’autorité. Merci du cadeau. Le meilleur des rois ne vaut rien.
6 décembre 1912.
Source de ces trois premiers ‘propos’ : « éléments d’une doctrine radicale »
Nécessaire indépendance des députés à l’égard des partis.
Tout contribue à jeter le chef dans de folles entreprises.
L’élection ne vaut pas contrôle.
Autant qu’un député juge à la manière d’un arbitre, et sans considérer un parti ou l’autre, le peuple est libre, aussi libre que la condition humaine le permet. Ce qui aura semblé nécessaire, utile, ou permis, au plus grand nombre de ces arbitres sera tenu pour tel, et très raisonnablement. Il n’en sera plus de même si le député considère les partis. Car, si l’accusé, ici le ministre, est un des chefs de son propre parti, il le soutiendra peut-être sans trop examiner, en vue de se rapprocher de la tête. Si l’accusé est soutenu par l’autre parti, encore bien mieux notre homme imaginera quelque ministère pour lui-même ou pour ses amis. Dans tous les cas il combattra comme soldat d’une armée ; il combattra au lieu de juger. C’est ce qu’on voit toujours à quelque degré, car rien n’est parfait ; mais le degré est ce qui importe. Supposez qu’un puissant parti occupe le pouvoir, et paraisse en mesure de punir les indisciplinés et les traîtres par une exclusion efficace, tout contrôle est rendu impossible et la liberté est perdue.
Les choses ne seront jamais tout à fait ainsi, parce que nul système électoral ne détournera tout à fait le peuple de disloquer les partis et de choisir des hommes. Mais il faut convenir que le système des listes, qui vise toujours à écarter les isolés, nuit au contrôle et donne plus de liberté aux pouvoirs quels qu’ils soient. Vouloir que le chef aime le scrutin d’arrondissement, c’est trop demander. Les hommes font voir ici une clairvoyance admirable. Observez les opinions, et vous remarquerez qu’elles dépendent des fonctions. Tout homme qui détient une parcelle des pouvoirs, quand ce ne serait qu’un chef de bureau, est pour le scrutin de liste et contre le scrutin d’arrondissement. Aux yeux de celui qui n’est point du tout chef, la proportionnelle est suspecte en ceci qu’elle suppose des listes et des partis. Par la même raison tous les tyrans, grands et petits, tiennent pour la représentation proportionnelle. Les socialistes ne sont pas loin de le comprendre, mais seulement par les effets, et non point par les causes ; sans compter qu’ils sont aisément un peu tyrans, et de bonne foi. « Si j’étais roi », telle est leur chanson.
Si tu étais roi sans contrôle, tu serais un mauvais roi. Il n’est point de sagesse qui ne s’use à exercer le pouvoir. L’importance, une pointe toujours d’entêtement, les difficultés réelles, l’excès même du travail et le poids de mille affaires, enfin la mécanique du pouvoir, qui est l’administration, tout contribue à jeter le chef en de folles entreprises. Je le suppose honnête, attaché au bien public, amoureux de la vraie gloire ; cela ne changera rien. Et pareillement je suppose que ceux qui l’ont choisi soient réellement le plus grand nombre, cela ne changera rien si ceux qui l’ont choisi n’ont pas le pouvoir de le modérer. Que les femmes votent, cela ne changera rien. Mais au contraire, soit que les hommes votent seuls, soit que les femmes s’y joignent, et que les chefs de famille aient plusieurs voix ou non, pourvu que le député soit tenu par les électeurs et non par les partis, le pouvoir sera tenu de dire ses secrets, d’exposer ses projets, d’étaler ses comptes ; et tout ira passablement.
12 janvier 1924.
Source de ce dernier ‘propos’ : « Alain, Propos sur les pouvoirs », propos choisis et classés par Francis Kaplan, Folio Essais n°1, 1985, p. 232.

Voilà que nous sommes de nouveau à la première page, ceux qui nous aiment parlent bien de nous : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2008/09/les-eurosceptiq.html (Chez Jean Quatremer – Blog Coulisses de Bruxelles)
J’ai essayé de passer un commentaire hier, mais il semble être censuré (ou en retard de validation)… Maheureusement, je n’en ai pas gardé copie …
Ce papier de Quatremer est un infame torchon, à la limite (et encore, je suis gentil) de la calomnie.
Je pense qu’il vaut mieux ignorer les cons et je pense ce matin que ne pas réagir reste la meilleure solution
Mais non, André-Jacques… ce cher Jean Quatremer nous fait là un sacré cadeau publicitaire 😉 .
Moi, je lui ai même envoyé un courriel pour lui dire merci, et je lui ai même dit comment il devrait faire pour resoudre le problème récent qui est apparu sur son blog avec les blocs de commentaires divisés par cinquantaine, parce-que ce truc agace les gens et qu’il nous ferait d’avantage de pub si cela n’était pas le cas.
Quand les opposants font notre boulot mieux que nous-mêmes, il faut les encourager pour qu’ils continuent…
Si j’étais Étienne, je controlerais la comptabilité des accès et je publierais la statistique avec quelques mots de remerciement (mais peut-être sans lui rendre la faveur en publiant son lien cliquable 😉 ).
Bonsoir
Je considère également que ce serait perdre son temps de discuter avec ces européistes sectaires et fanatiques, qui discréditent l’idée de l’Europe sans s’en rendre compte.
Par contre Quatremer a pignon sur rue avec sa profession de journaliste, et ce serait peut-être bien qu’Etienne exige un droit de réponse au près du journal, c’est à lui de voir si ça vaut le coup.
Autre chose,les citoyens européens qui veulent une autre europe sont invités le 11⁄10 à se présenter devant les institutions européennes pour exiger le respect des non néerlandais, français et irlandais.
« no means no » est une initiative des ATTAC d’Europe
Habitant la frontière belge, je répondrai évidemment à l’invitation de ATTAC Belgique,
la manifestation a lieu le samedi 11⁄10 à BRUXELLES, place de la Bourse.
J’invite toutes les personnes soucieuses du respect de la démocratie, qui peuvent se libérer (donc principalement les nordistes évidemment) à sacrifier quelques heures pour cette cause. Il s’agit aussi de montrer à nos amis irlandais qu’ils ne sont pas seuls sur leur île.
J’ajouterai avoir eu un accueil très favorable de personnes avec lesquelles nous avons des divergences, mais qui partagent avec nous cet idéal démocratique qui nous est cher.
Ces rapprochements citoyens sont bien réconfortants et témoignent d’une certaine hauteur de vue. Les intégristes style Quatremer pourraient en prendre de la graine, mais c’est beaucoup leur demander.
Cordialement
Chers amis,
J’ai découvert tardivement le billet de J4M et je n’ai vraiment pas pu répondre, faute de temps libre dans la semaine.
Je vais répondre ce week-end, en déplorant l’absence évidente du moindre argument de fond et la bassesse des attaques (comme en 2005, d’ailleurs).
Merci pour votre aide. Vous avez dû remarquer que les quatre pages de commentaires portent quelques belles pépites d’intelligence critique et de contradiction bien articulée, et que J4M, même s’il est étonnament brutal et méprisant, est quand même assez honnête puisqu’il semble publier à peu près tous les commentaires ; je suis assez admiratif de cela. D’ailleurs, je fais de même chez moi ;o)
À tout bientôt :o)
Étienne.
PS : je suis un peu déçu du manque de réaction sur la pensée d’Alain. Vous ne la trouvez pas pertinente et stimulante ? Je vous imaginais bien compléter cette première salve d’idées par vos propres connaissances, par des extraits utiles d’oeuvres mal connues, des citations adaptées, des liens pour enrichir cette réflexion, des contradictions…
J’ai déjà trouvé un autre ‘propos’ formidable qui souligne d’autres idées connexes, mais il faut que je trouve le temps de le saisir (il n’est pas encore sur le net, apparemment)… D’abord, la réponse à J4M ;o)
À Étienne :
J’ai fini « la stratégie du choc » de Naémie Klein et je commence la lecture de « Le choix de la défaite » de Annie Lacroix Riz.
Si ces deux bouquins m’ont l’air crédibles par la grosse quantité de références vérifiées, ma conviction vient surtout d’un auteur que je t’avais conseillé pour la simple raison qu’il décrivait la même chose en tant que témoin de l’époque de 1900 à 1933 :
Karl Kraus
Les Derniers Jours de l’humanité
Troisième nuit de Walpurgis
Pour ce qui est du journaliste, ta lettre aux journalistes de 2005 est une bonne réponse.
Merci Henri, tu as raison : je mettrai un lien dans la réponse que je prépare à J4M.
Étienne.
À Étienne :
De quoi habiller le journaliste pour l’hiver :
L’analyse d’Acrimed
Personnellement, mais je n’ai pas été insulté, je suis plutôt d’accord avec Mr Holbecq et Mr André ; laisser tomber et ne pas répondre à un petit con.
Deux commentaires laissés chez Thierry Crouzet sur le sujet du « journalisme citoyen » et du « journalisme » :
C’est le mot “journalisme” qui est utilisé de façon idiote.
Imaginons un individu ( un citoyen ) qui fabriquerait son propre pain chez lui ( c’est la mode ).
L’appellerions nous un “boulanger citoyen” ? Non, nous l’appellerions un “citoyen qui fabrique son pain” ou une autre formulation plus élégante.
Imaginons qu’il fabrique un pain formidable, supérieur à ce qui se fait dans les meilleurs boulangeries, l’appellerions nous un “boulanger citoyen” ?
Il existe des boulangers que l’on qualifie de bon ou mauvais, mais cela reste des boulangers.
L’important n’est pas le boulanger, mais la boulangerie.
Si le citoyen a un pote boulanger qui lui prête son fourneau avec le matériel qui va avec, et que ce citoyen fabrique ainsi son propre pain, là on peut commencer à se poser la question sur la pertinence ou non de le nommer “boulanger citoyen”.
Sur ce genre d’exemple débile, il est difficile de faire une confusion comme nous le faisons avec le “journalisme”. Le journalisme comme on l’entend souvent est un mythe.
“L’idée que le citoyen agit pour le bien, tandis que le politicien professionnel agirait pour le mal, est un mythe.”
C’est exactement dans l’esprit de ce que j’ai écris : “Le journalisme comme on l’entend souvent est un mythe. ”
C’est le seul reproche que je peux faire aux “critiqueurs de médias”. Le journaliste n’est pas censé agir ou écrire pour le bien, il n’est pas censé dire des vérités ou décrire des faits les plus objectivement possible. Un bon ou mauvais journaliste, à la limite, ne peut être décrété que par les professionnels de la profession.
Le journaliste qui décrirait en détail en passant par plusieurs points de vue un fait est un mythe. Ce n’est pas son boulot. Je ne dis rien d’autre.
Bonne soirée et bon courage.
Chers amis,
J’ai répondu dimanche (hier soir) à Jean Quatremer :
coulisses/2008/09/les-eurosceptiq/comments/page/5…
Je vous recommande la lecture des 5 pages de commentaires (liens « Anciens« et »Récents » en bas de page) :
à côté de quelques réactions excessives et brutales, il y en a de forts intéressantes.
J’ai aussi reproduit l’échange sur mon Journal, pour mémoire (et pour une impression soignée): http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Journal.pdf
Amicalement.
Étienne.
Bonsoir Chouard,
Votre nom me fait penser aux Chouans.
Comme vous semblez découvrir avec bonheur Alain, je vous invite à lire » Les Chouans » de Balzac mais également l’œuvre de Montaigne ou de Pascal.
Après lecture de telles œuvres, il y a peu à redire. Tout a été déjà écrit, mais personne n’écoute !
Monsieur Chouard, connaissez vous Hobbes et Locke ? Stuart Mill et Thomas More ?
Je vous adresse ces citations de John Stuart Mill qui devrait vous plaire :
« Toutes les tendances égoïstes qu’on trouve chez les hommes, le culte de soi et le mépris des autres, prennent leur source dans l’organisation actuelle des relations entre les hommes et les femmes. »
« Un enfant à qui on ne demande jamais ce qu’il ne peut pas faire, ne saura jamais ce qu’il peut faire. »
« La seule fin pour laquelle les hommes sont autorisés, individuellement ou collectivement, à intervenir dans la liberté d’action d’un de leurs semblables, est la protection de soi-même. »
Bonne lecture, Chouard.
Amicalement.
Zenfant.
Merci Zenfant,
Je connais ces grands auteurs, bien sûr, et je remâche leurs pensées, après les avoir découvertes, doucement.
Je dois confesser que, globalement, je n’aime pas Hobbes, même quand il a raison 😉
J’aime vos citations, vous l’aviez deviné : elle vont sans doute intégrer mon vrac à moi.
Mill a écrit un grand livre sur « L’asservissement des femmes » (dont est probablement tirée la citation), mais je pense, moi, que toutes les misères du monde, y compris celles faites aux femmes, trouvent leur origine première dans le sort que notre espèce fait aux animaux (cet exécrable mépris et cette épouvantable cruauté que notre espèce porte aux autres espèces).
Ce n’est qu’une nuance, sans doute. L’utilitarisme est une plus grande pensée que sa lamentable réduction marchande et comptable.
Amicalement.
Étienne.