Ce soir, je livre à votre réflexion une page de Tocqueville, dans son livre passionnant « De la démocratie en Amérique » (GF Flammarion, tome 2, partie II, Chapitre XIV, p. 175 s.).
« (…) Ainsi, les hommes des temps démocratiques ont besoin d’être libres, afin de se procurer plus aisément les jouissances matérielles après lesquelles ils soupirent sans cesse.
Il arrive cependant, quelquefois, que le goût excessif qu’ils conçoivent pour ces mêmes jouissances les livre au premier maître qui se présente. La passion du bien-être se retourne alors contre elle-même et éloigne sans l’apercevoir l’objet de ses convoitises.
Il y a, en effet, un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie. S’agit-il de choisir leurs représentants, de prêter main-forte à l’autorité, de traiter en commun la chose commune, le temps leur manque ; ils ne sauraient dissiper ce temps si précieux en travaux inutiles. Ce sont là jeux d’oisifs qui ne conviennent point à des hommes graves et occupés des intérêts sérieux de la vie. Ces gens-là croient suivre la doctrine de l’intérêt, mais ils ne s’en font qu’une idée grossière, et, pour mieux veiller à ce qu’ils nomment leurs affaires, ils négligent la principale qui est de rester maîtres d’eux-mêmes.
Les citoyens qui travaillent ne voulant pas songer à la chose publique, et la classe qui pourrait se charger de ce soin pour remplir ses loisirs n’existant plus, la place du gouvernement est comme vide.
Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte.
Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions publiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître.
Le despotisme des factions n’y est pas moins à redouter que celui d’un homme.
Lorsque la masse des citoyens ne veut s’occuper que d’affaires privées, les plus petits partis ne doivent pas désespérer de devenir maîtres des affaires publiques.
Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple. (…) »
[Le texte intégral de cette oeuvre majeure est disponible, avec bien d’autres, dans cette caverne d’Ali-Baba : http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/de_tocqueville.html.]

Ça n’est plus un mystère que le « carpe diem » dévoyé à la seule jouissance individuelle et immédiate, de biens à consommer, tue la solidarité et la démocratie (dont Montesquieu avait déjà bien énoncé que la condition première était la VERTU).
Il est aussi clair que pour protéger ses biens ou en avoir de nouveaux, beaucoup sont prêts à troquer leurs droits civiques contre une protection, une assurance : Sarkozy a sans doute été en partie élu avec cette mission, que beaucoup lui ont confiée, de les délivrer de la peur de l’autre, des fins de mois difficiles, de la peur du chômage pour ses enfants. Il est d’ailleurs significatif qu’une fois la peur exorcisée (élection acquise), l’abstention et les nuls étaient majoritaires aux législatives. Un peuple qui pratique l’exorcisme renonce à être citoyen.
Le marché qui se nourrit autant des biens que des services (dont le contrôle, la sécurité…) ne peut qu’encourager cette tendance à la protection à outrance, nouvelle source de profits. Voire dans l’actualité les projets de vidéosurveillance à l’anglaise, les télépéages hors de propos, le GPS pour les cartables des bambins aux parents inquiets qui leur ont fabriqué ce monde inquiétant, et les timides mises en garde de la CNIL.
On attend donc le parti qui saura fonder une proposition politique sur une liberté individuelle recadrée, et une interdiction faite au marché de certains domaines (éducation, justice, sécurité, défense nationale, santé, génome humain, le vivant en général, pour citer ce qui me paraît vital afin de laisser possible l’expression de ces droits civiques…).
Mais le diable n’est pas que dans le marché, il est aussi en nous et nos caprices qui tuent l’avenir.
Les verts seront-ils vraiment incapables d’un tel projet ?
À lire absolument, une belle synthèse d’un psychosociologue sur
le pouvoir, l’autolimitation, l’autonomie et la manipulation de foules :
http://thierrybrugvin.voila.net/Documents/Democratie_et_gouvernance/La_psychologie_de_l_individu.doc
@ Sitouaillain
Tu cites Thierry Brugvin que je ne connaissais pas ; et il se trouve que ce 6 avril je vais participer à une soirée organisée par un collectif citoyen d’un village proche ‚sur Dettes et politiques publiques et l’intervenant est : Thierry Brugvin.J’aurais donc l’occasion de faire connaissance ! Bonne journée.
Après hésitation, je publie ma demande ici, le sujet à l’air de coller.
j’ai trouvé sur le net que la loi martiale a été décrétée aux USA le 16/03/2012
http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2012/03/16/executive-order-national-defense-resources-preparedness
Cette source me semble officielle, néanmoins si l’un d’entre vous peut me confirmer et m’expliquer le pourquoi du comment, où comme dirait Étienne Chouard la cause des causes de ça…
Je vous remercie d’avance !
Et désolé si c’est pas raccord, je pollue uniquement parce que ça me semble gros.
D’après mes premières traductions,
il est très clairement écrit que l’état met à disposition tout ce qu’il faudra et acceptera n’importe quel contrat dans le cadre de la sécurité nationale.
Il met tous ses moyens possible à disposition du ministère agriculture, de l’énergie, de la santé, de l’homme et la santé du transport, de la défense et du commerce.
Pour maintenir l’ordre et augmenter / restaurer la puissance industrielle nationale, la tête de toutes les agences engagées par procuration à la défense nationale est déléguée au Président.
« Il est établi dans la branche éxécutive un « National Defense Executive Reverse » (NDER) composé de personne à l’expérience reconnue de divers segment du serveur privé et du Gouvernement … afin d’occuper des positions dans le Gouvernement Fédéral. »
« La gestion des différents ministères peut être confiée à des membres du NDER »
D’après la source si-dessous, la loi martiale durera 6 mois
http://fellowshipofminds.wordpress.com/2012/03/19/a‑democrat-lawyer-calls-obamas-executive-order-martial-law-lite/