Voici encore une perle, extraite des « Propos sur le pouvoir » du philosophe Alain :
« Quelle que soit la Constitution, dès que les citoyens se laissent gouverner, tout est dit. Auguste Comte signalait comme métaphysique toute discussion sur l’origine des pouvoirs. Effort mal dirigé. Les hommes ne sont point ainsi bâtis qu’on puisse en faire deux groupes, dont les uns ne mériteraient aucune confiance, tandis que les autres la mériteraient toute. De même on ne peut distinguer parmi les hommes les guerriers et les pacifiques ; c’est le même homme qui fait la guerre et qui la maudit ; et souvent il la loue et il la maudit dans la même phrase, et en quelque sorte du même geste. La grande affaire, pour moi citoyen, n’est pas de choisir quelque ami de la paix pour négocier, transiger, traiter en mon nom selon le droit et selon le bon sens, mais bien d’empêcher que le chef, quel qu’il soit, prépare la guerre. Et le plus pacifique des hommes préparera et décidera la guerre s’il ne sent pas à chaque instant une énergique résistance.
Les exemples ici abondent et se présentent d’eux-mêmes à l’esprit de chacun. Combien d’hommes m’ont déçu ! Combien d’amis, même ! On pourrait dire que tous les amis de la paix ont trahi. Mais c’est mal parler. Regardez bien ; ils se sont orientés selon le pouvoir qu’ils avaient ; tout commandement est guerre, par l’attitude, par l’entraînement, par le son de la voix.
Mais revenons aux individus. Si je déshabille un général, je trouve un homme ; et quand je le disséquerais, et quand nous serions mille fois plus savants que nous ne sommes, je suis sûr que nous ne trouverons en sa structure aucune fibre, ni aucune bosse, ni aucun composé chimique, qui soient spécialement militaires. En cet animal étalé ici et ouvert comme un livre sur la planche à disséquer, j’aperçois le mécanisme de la peur, qui consiste en ceci que tous les muscles, à la première alerte, se tendent, se contrarient, renvoient le sang au ventre, étranglent la vie. J’aperçois encore sans peine un mécanisme qui corrige le premier, et qui est l’irritation ; toute action réveillant tout et s’excitant elle-même, par le jeu des muscles, des nerfs et du sang, voilà un animal que nul danger n’arrêtera plus, s’il est une fois parti. Mais comme la fatigue et l’encrassement suivent inévitablement toutes ces agitations, et comme le plus enivrant plaisir est sans doute de se sentir dormant et éliminant, je prédis que la paresse sera la loi suprême de cet organisme, si puissant qu’on le suppose. Voilà pour l’animal. Maintenant, d’après ce gros crâne, d’après ces yeux, et d’après ces mains, je prévois une immense variété de perceptions et de souvenirs, ce qui, combiné avec les principaux mouvements animaux, expliquera assez toutes les passions humaines, toutes les sottises, et toutes les vertus. En tout cela je ne le crois ni plus pauvre que vous et moi, ni plus riche. J’ai eu la chance, où il entre un peu de sagesse, de n’être pas officier ; mais j’avais tout ce qu’il fallait pour l’être, soyez-en sûr ; et vous de même.
Que la vigilance ne se délègue point, c’est ce dont je suis le plus assuré.
Qu’un galon ou une fonction changent aussitôt l’homme, et lui montrent un autre univers, j’en ai vu des preuves étonnantes. Au reste je ne vois ni ne soupçonne, en ces changements, aucune espèce de ruse ; l’homme est de bonne foi et ingénu toujours ; naïf comme un héros d’Homère ; je me le répète, je me le prouve et je me l’explique tous les jours, mais je n’en suis pas encore assez assuré.
Semblable aux enfants, et ingénu moi-même en cela, je voudrais mettre en prison tous les méchants, et les bons sur le trône. Mais à peine aura-t-il la perruque et le manteau royal qu’il sera Louis XIV, c’est-à-dire infatuation et sottise sans mesure ; c’est pourquoi je veux le contrarier ; il faut que je le contrarie sans cesse si je ne veux point le haïr. Oui, mon cher ambitieux, vous serez roi et vous ne serez point sot, pourvu que nous soyons vigilants. Et vous sourirez à ce peuple difficile. »
Alain, 13 juillet 1921.

Bonjour,
J’ai trouvé intéressant votre conception et discussion lors de votre passage dans l’émission « Impertinences ».
Effectivement, le tirage au sort est l’essence même de l’égalité et le principe même de lutte contre la corruption.
Quand votre contradicteur dit que les élections sont incorruptibles. C’est vrai et faux. Vrai car on ne peut imaginer qu’en France on triche sur des comptages de bulletins ou que des bulletins disparaissent. En revanche, on va envoyer (ou « parachuter ») dans des circonscriptions dites favorables à tel ou tel parti des candidats que l’on souhaite voir siéger (voire dormir) au palais Bourbon…
Bonne chance dans votre combat pour la démocratie et votre lutte pour faire respecter la maxime de la République Française « Liberté, Égalité, Fraternité » qui n’est qu’un slogan de façade architectural pour moi.
Merci Jérôme :o)
C’est notre combat, non ?
:o)
Bonjour ,
Pour que la « vigilance » soit efficace, elle doit être armée par des compétences, lesquelles ne se décrètent pas…(etc…)
Qui va (se ) décerner les titres de cette « compétence » ? (on frole « la lutte des classes…).
Le peuple pour développer et « gagner toujours mieux sa souveraineté », doit se donner les moyens de sa propre « formation ».
Pour raccourcir, prenons ce qui se passe ici, sur ce site même :
progressivement, ceux qui discutent , pour « aller plus au fond des choses », s’enferment dans une causerie de « spécialistes », alors que leur « fin » est tout le contraire, (que le peuple écrive lui-même sa Constitution).
Il y a le blog, pour des gens comme moi, qui « suivent tant bien que mal », et mettent leur grain de sel , mais on sent bien la limite :
j’en viens à imaginer « ce qui manque » : une (des) association(s)permettant au peuple de s’approprier « les savoirs diffus « dans sa masse (pas dans son « élite » exclusivement, mais aussi !).
Bref : un « moyen » compatible (logiquement) avec « la fin » recherchée.
Pour ne pas « reproduire » les tares du système , ces « associations » devront inventer des statuts inédits permettant à leurs membres d’y « devenir souverains » :
ce « devenir » est important pour reconnaître que « la souveraineté » n’existe pas par « décret » (même s’il est urgent d’en décréter l’exigence), mais qu’elle (aussi), est un « processus » possible et nécessaire.
…j’arrête, bien amicalement
Bonjour Alain,
je n’avais pas vu ce commentaire, pardon pour le retard à répondre.
Vous dites : « Pour ne pas « reproduire » les tares du système , ces « associations » devront inventer des statuts inédits permettant à leurs membres d’y « devenir souverains » ».
Je crois que vous avez raison et que les partis seraient moins dangereux pour la pensée et l’action publique si leurs rouages internes étaient réellement démocratiques, si les dissidences pouvaient y être librement exprimées et publiquement réfutées avant d’être (éventuellement) repoussées.
Il y a donc des statuts inédits à écrire pour fonder des partis moins tyranniques. J’ai déjà quelques pages prêtes sur ce sujet. Je vous en reparlerai.
Amicalement.
Étienne
« Lettre ouverte de masse aux états-majors syndicaux »
http://www.snadgi-cgt-02.fr/phppetitions/index.php
« Face à la casse généralisée des acquis populaires, seule la construction d’une action déterminée « tous ensemble et en même temps » permettra de stopper la rupture sarkozyste et de remettre la France sur la voie des libertés démocratiques et du progrès social !
Blocage de fait des salaires et pensions, démantèlement de la Fonction publique, de l’Education nationale, et des autres services publics (hôpital, SNCF, EDF-GDF, poste, F.T., impôts…), casse et délocalisation de l’emploi industriel, démolition des conventions collectives, du droit du travail, des statuts publics, étranglement des retraites à répartition et de la Sécu, traque des chômeurs, harcèlement contre les ouvriers sans papiers tout juste bons à payer des impôts, destruction du CNRS, privatisation rampante de l’Université… la « rupture » sarkozyste s’attaque avec brutalité à l’ensemble des acquis sociaux, républicains, laïques et démocratiques du peuple français sous l’impulsion du MEDEF et de l’Union européenne, qui ne cesse de sommer la France de réduire dépenses publiques et sociales. En ce début d’été 2008, la France subit une contre-révolution euro-libérale de grande ampleur et une régression sociale sans précédent depuis 70 ans.
Face à cette offensive mortelle, les Français rejettent massivement la politique socio-économique du gouvernement. Une large majorité de salariés se dit prête à participer à un mouvement d’ensemble pour arrêter le rouleau compresseur de l’UMP et du MEDEF. Des luttes nombreuses et résolues ont lieu (salariés du public et du privé, chômeurs, lycéens, retraités et assurés sociaux, mais aussi travailleurs indépendants écrasés par une politique entièrement au service des grands actionnaires). Notre peuple, sa jeunesse et ses travailleurs, ne se résigne à devenir un peuple d’esclaves !
Pourtant la plupart des états-majors syndicaux continuent d’accompagner la « rupture ». Au lieu de dénoncer l’ensemble de la politique antipopulaire d’un gouvernement qui s’attaque au droit de grève et refuse tout compromis, ils entretiennent la fiction de « négociations » sujet par sujet et signent des accords régressifs, sous prétexte d’obtenir un « moindre mal »… qui débouche toujours sur le pire. Car signer avec Sarkozy, c’est lui donner de l’oxygène pour continuer à casser ensuite (le dernier épisode en date étant la signature du désastreux accord sur la « représentativité syndicale » par les directions CGT et CFDT, sur laquelle le gouvernement s’est immédiatement appuyé pour annoncer que le temps de travail serait désormais « discuté » par entreprise).
Parallèlement, les directions confédérales, pourtant censées coordonner les luttes et les revendications à l’échelle inter-pro, s’appliquent à multiplier les ripostes dispersées, chaque secteur étant appelé à son tour à de grandes journées d’actions isolées et sans perspective. S’agirait-il alors d’organiser des barouds d’honneur à la seule fin de donner des gages à une base combative ? En tout cas, le chef de la CFDT vendait récemment la mèche, en s’inquiétant dans le Monde de ce que le gouvernement « nous entraîne dans une mobilisation globalisante, ce contre quoi j’ai toujours résisté, y compris dans la CFDT »…
Dans ces conditions, le choix est aujourd’hui plus que jamais pour chaque profession de perdre séparément en plongeant pour longtemps dans l’enfer de l’exploitation sans limite, ou de construire démocratiquement et d’urgence une action « tous ensemble et en même temps » pour gagner et ré-ouvrir enfin des perspectives progressistes.
Les signataires de cette lettre s’engagent à tout faire pour faire monter cette exigence dans leur entreprise, leur quartier, leur syndicat. La balle est dans le camp des directions syndicales nationales qui doivent cesser « d’accompagner » la rupture afin de reprendre le seul chemin gagnant : faire le lien entre toutes les contre-réformes, travailler concrètement à préparer avec les salariés les conditions de l’affrontement de classe victorieux avec ce pouvoir destructeur, construire l’unité dans l’action des travailleurs et de la jeunesse. »