Le pouvoir réglementaire est la porte ouverte à la tyrannie : un exemple parmi des milliers

24/04/2007 | 5 commentaires

(suite de l’ar­ticle) « Le coût, aus­si bien pénal qu’é­co­no­mique, d’un tel dis­po­si­tif serait colos­sal pour la France. En cas de résis­tance, ou juste de pas­si­vi­té, la sanc­tion encou­rue est lourde : les four­nis­seurs d’ac­cès à Inter­net ou les sites Inter­net fran­çais qui ne conser­ve­raient pas toutes ces don­nées seront pas­sibles de 375 000 euros d’a­mende et leurs diri­geants, d’un an d’emprisonnement et 75 000 euros d’a­mende, sans comp­ter la fer­me­ture de l’en­tre­prise, l’in­ter­dic­tion d’exer­cer une acti­vi­té com­mer­ciale, etc. Lors d’une réunion orga­ni­sée en cati­mi­ni le 8 mars 2007 par les minis­tères de l’in­té­rieur et des finances — le minis­tère de la jus­tice jouait, une nou­velle fois, les absents —, cer­tains pro­fes­sion­nels ont fait valoir, notam­ment, que cette conser­va­tion leur coû­te­rait très cher en sto­ckage infor­ma­tique et en moyens humains. De plu­sieurs dizaines de mil­liers à plu­sieurs mil­lions d’eu­ros par an de perte nette. Pour­tant, la plu­part des sites Web, les Web radios, les blogs, la vidéo à la demande ou mobile, sont encore en quête d’un modèle éco­no­mique pérenne. Déjà insé­cu­ri­sée par la com­plexi­té des enjeux de pro­prié­té intel­lec­tuelle, l’é­co­no­mie numé­rique de demain — celle du conte­nu et pas seule­ment de l’ac­cès — serait encore fra­gi­li­sée par une telle sur­en­chère régle­men­taire fran­co-fran­çaise. En impo­sant aux entre­prises fran­çaises d’être des auxi­liaires de jus­tice ou des « indics », l’É­tat fra­gi­lise tout un pan de l’é­co­no­mie de demain et de la démo­cra­tie d’au­jourd’­hui, en favo­ri­sant qui plus est, la domi­na­tion déjà outran­cière des grands acteurs inter­na­tio­naux de l’In­ter­net, qui ne seront pas impac­tés à l’é­tran­ger. Jus­qu’a­lors, seuls les four­nis­seurs fran­çais d’ac­cès à l’In­ter­net et héber­geurs étaient sou­mis à cette exi­gence et l’É­tat, qui avait pro­mis des com­pen­sa­tions finan­cières aux coûts induits par une sur­veillance des moindres faits et gestes de leurs clients, met tant de mau­vaise grâce à s’ac­quit­ter des indem­ni­tés dues que cer­tains d’entre eux ont renon­cé à en récla­mer le règle­ment, pré­fé­rant envi­sa­ger la délo­ca­li­sa­tion pure et simple de leurs acti­vi­tés… Ces menaces pro­fé­rées par quelques poids lourds de l’In­ter­net en France font sou­rire Ber­cy, qui semble n’a­voir pas encore com­pris qu’In­ter­net est un réseau mon­dial dont de nom­breux pres­ta­taires peuvent s’é­ta­blir et payer leurs impôts presque où bon leur semble. Il reste que la confu­sion des genres est totale. Toutes les don­nées conser­vées seraient acces­sibles à la police admi­nis­tra­tive (RG, DST, etc.) comme à la police judi­ciaire, pen­dant un an. Les réqui­si­tions admi­nis­tra­tives pour la « pré­ven­tion du ter­ro­risme » seraient éga­le­ment conser­vées un an dans des fichiers tenus par les minis­tères de l’in­té­rieur et de la défense. Les réponses à ces mêmes réqui­si­tions — nos traces, donc — seraient, pour leur part, conser­vées pen­dant trois ans sup­plé­men­taires et com­mu­ni­cables à la police judi­ciaire. Ain­si, des don­nées récol­tées sur la base de requêtes admi­nis­tra­tives ini­tia­le­ment moti­vées par la pré­ven­tion du ter­ro­risme pour­raient se retrou­ver dans le dos­sier d’un juge d’ins­truc­tion en charge d’une affaire de droit à l’i­mage, de dif­fa­ma­tion ou de contre­fa­çon, par exemple, sans que les per­sonnes mises en cause par des traces infor­ma­tiques vieilles de 4 ans, puissent connaître — ni contes­ter — l’o­ri­gine ou la per­ti­nence de ces don­nées, ni le contexte dans lequel elles avaient été recueillies, en dehors de toute pro­cé­dure judi­ciaire, sans magis­trat ni contra­dic­toire, quatre ans auparavant. »

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Étienne

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5 Commentaires

  1. Étienne

    « « La vie
    des autres » avec EDVIGE »

    Un com­mu­ni­qué de presse
    inquié­tant émis par le Syn­di­cat de la magis­tra­ture :

    http://​www​.syn​di​cat​-magis​tra​ture​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​729

    (La vie des autres est un film
    récent sur les écoutes télé­pho­niques de la police poli­tique en Alle­magne de l’Est)

     
    « Un décret publié le 1er juillet 2008 au Jour­nal offi­ciel ins­ti­tue un nou­veau fichier dénom­mé EDVIGE, orga­ni­sant le fichage
    géné­ra­li­sé et sys­té­ma­tique de « toutes per­sonnes âgée de 13 ans et plus » «
    ayant sol­li­ci­té, exer­cé ou exer­çant un man­dat poli­tique, syn­di­cal ou
    éco­no­mique ou qui joue un rôle ins­ti­tu­tion­nel, éco­no­mique, social ou
    reli­gieux signi­fi­ca­tif »
    . En clair, tous les citoyens ayant un jour
    sou­hai­té s’investir pour leur cité.

    Il est éga­le­ment pré­vu de ficher tout indi­vi­du, groupe ou orga­ni­sa­tion dont l’activité est
    sus­cep­tible de trou­bler l’ordre public et de per­mettre aux ser­vices de police
    d’effectuer des enquêtes admi­nis­tra­tives pour l’accès à cer­tains emplois ou à
    cer­taines mis­sions, sur la base des élé­ments figu­rant dans le fichier EDVIGE.

    L’enregistrement des don­nées à carac­tère per­son­nel n’a aucune limite, ni dans le temps ni dans son
    conte­nu, puisque pour­ront être réper­to­riées toutes les infor­ma­tions relatives
    aux fré­quen­ta­tions, au com­por­te­ment, aux dépla­ce­ments, à l’appartenance
    eth­nique, à la vie sexuelle, aux opi­nions poli­tiques, phi­lo­so­phiques et
    reli­gieuses, au patri­moine, au véhi­cule etc….

    Si le décret du 14 octobre 1991 per­met­tait déjà aux Ren­sei­gne­ments Géné­raux de récol­ter et
    déte­nir des infor­ma­tions sur les per­sonnes majeures impli­quées dans le débat
    public, EDVIGE étend consi­dé­ra­ble­ment le champ des don­nées col­lec­tables, comme
    les motifs jus­ti­fiant le fichage.

    En effet,
    il s’agit aujourd’hui d’informer le gou­ver­ne­ment sur des indi­vi­dus enga­gés
    et non plus de lui per­mettre d’apprécier une situa­tion poli­tique éco­no­mique ou sociale.

    Mal­gré les recom­man­da­tions du Conseil de l’Europe et les nom­breuses réserves de la CNIL
    concer­nant ce fichier, le gou­ver­ne­ment fait le choix d’adopter un mode de
    recen­se­ment des popu­la­tions par­ti­cu­liè­re­ment atten­ta­toire aux liber­tés et au
    res­pect de la vie privée.


    De même que la réten­tion de sûre­té a voca­tion à pré­ve­nir d’un crime hypothétique,
    EDVIGE pour­ra avoir voca­tion à se pré­mu­nir contre 

    toute forme d’opposition

    En effet, com­ment ne pas rap­pro­cher EDVIGE (on s’interrogera au pas­sage sur le choix d’un
    pré­nom fémi­nin) d’un contexte auto­ri­taire plus glo­bal qui remet en cause
    l’indépendance des médias, comme celle de la Jus­tice, et qui mène une lutte
    per­ma­nente contre les acteurs du mou­ve­ment social ?

    Cette dimen­sion nou­velle du fichage poli­tique intro­duit, au
    pré­texte tou­jours bien com­mode de l’ordre public
    , un
    moyen puis­sant de dis­sua­sion de toute forme de contes­ta­tion ou d’opposition
    citoyenne.

    Le Syn­di­cat de la magis­tra­ture appelle à la mobi­li­sa­tion contre la mise en place de ce fichier
    d’inspiration anti-démo­cra­tique et exa­mi­ne­ra toute forme d’action juridique
    pour empê­cher sa mise en oeuvre. »
     

    Mon com­men­taire :


    Pour ma part, je fais remar­quer que la norme odieuse 
    qui per­met ce nou­vel abus de pou­voir est
    le
    décret
    .

    J’ai déjà dit 
    (et les faits me donnent rai­son tous les jours) que, à mon sens, 

    le POUVOIR RÈGLEMENTAIRE auto­nome (décrets et arrê­tés) ins­ti­tué par la Consti­tu­tion de 1958 est un exemple aca­dé­mique d’une scan­da­leuse CONFUSION DES POUVOIRS 
    dans les mains du pou­voir exécutif
    (qui abuse de son pou­voir depuis la nuit des temps).


    L’idée de Mon­tes­quieu n’était pas une théo­rie fumeuse mais un aver­tis­se­ment historique.


    Notre négli­gence sur le point car­di­nal de la sépa­ra­tion des pou­voirs va nous coû­ter cher.


     
    Ce ce sont pas les pou­voirs abu­sifs qu’il faut incri­mi­ner mais

    notre propre négli­gence
    .

    Relire Étienne de la Boé­tie :

    Le pou­voir n’existe qu’avec le consen­te­ment de ceux sur qui il s’exerce.


    Soyez réso­lus de ne plus ser­vir et vous voi­là libres.

     

    Réponse
  2. Référencia

    Ca serait sur­ement encore plus inté­res­sant si le jaune sur rouge sur rose, ou le noir sur vert sur jaune sur rose, ou le jaune sur rouge sur gris sur rose ne fai­saient pas aus­si mal aux yeux… 🙂

    Réponse
  3. André

    Bon­soir

    On peut trou­ver que les cou­leurs trop vives font mal aux yeux, il faut tou­jours amé­lio­rer la forme, c’est sûr. Mais ce qui me pré­oc­cupe le plus c’est le fond et la dérive auto­ri­taire d’un régime, qui sait très bien qu’il n’a pas d’autre moyen pour impo­ser son régime de régres­sion sociale vou­lu par les déten­teurs de capitaux.

    Fichage des oppo­sants au régime, pré­lè­ve­ment d’ADN chez les fau­cheurs d’OGM qui sont de dan­ge­reux cri­mi­nels comme on sait. Dans ma région un fau­cheur de 74 ans va pas­ser en juge­ment pour s’être sous­trait au prélèvement.
    Il faut se dépé­cher d’in­for­mer un maxi­mum autour de soi avant qu’il ne trouvent des pré­textes pour limi­ter l’ac­cés au net, on sait que cette liber­té que l’on doit au amé­ri­cains ( je le recon­nais par hon­nê­te­té) gêne beaucoup.

    Cor­dia­le­ment.

    Réponse
  4. Référencia

    Bien sur que le fond est plus impor­tant que la forme… ce qui n’empêche pas de cri­ti­quer (gen­ti­ment) celle ci.

    mais j’ai du mal à com­prendre : cette « arme » est à double tran­chant pour le pou­voir poli­tique en place, puisque  » « toutes per­sonnes âgée de 13 ans et plus » « ayant sol­li­ci­té, exer­cé ou exer­çant un man­dat poli­tique, syn­di­cal ou éco­no­mique ou qui joue un rôle ins­ti­tu­tion­nel, éco­no­mique, social ou reli­gieux significatif ». »

    Réponse
  5. gilles

    Ce que signi­fie la fin du juge d’instruction :

    Lien vers un article de l’a­vo­cate Laure Hei­nich-Lui­jer­sur le site Rue 89

    Y’en a marre, encore moins de de sépa­ra­tion des pou­voirs et encore plus de sou­mis­sion du pou­voir judi­ciaire par le pou­voir exé­cu­tif, encore moins de garan­tie pour les jus­ti­ciables pour juge­ment soi-disant ren­du « au nom du peuple fran­çais ». Quand le peuple fran­çais se réveillera-t-il ?

    Voir aus­si ici la contri­bu­tion de « revol » sur le forum d’É­tienne Chouard :

    Réponse

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