La grande relève qui permet enfin le chômage, libération des travaux forcés

24/04/2007 | 28 commentaires

Chers amis,

Je viens de taper pour vous un extrait impor­tant d’un livre mer­veilleux que je viens de rece­voir. Mer­ci à Ber­nard Maris d’a­voir signa­lé cette perle (voir ses pré­cieuses chro­niques, sur le site de France Inter, et notam­ment : Où va l’argent ?). Il est épui­sé, pour l’ins­tant, et on le trouve d’oc­ca­sion, ce qui n’est pas si mal car le livre d’o­ri­gine, très ancien, est d’au­tant plus émou­vant. On dirait vrai­ment un tré­sor. Bonne lecture.

Étienne

La grande relève
des hommes par la machine
de Jacques Duboin, 1932

Mise à jour 7 jan­vier 2011 : le fichier du livre entier (texte intégral) : 

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(…)

(Extrait, page 287 s., cha­pitre inti­tu­lé « La grande relève » : Her­mo­dan, sage ermite vivant sur une mon­tagne, prend la parole 🙂 

…

— Je ne vois pas pour­quoi la race humaine serait condam­née au tra­vail à per­pé­tui­té. Ou alors il ne fal­lait pas la doter d’un cer­veau grâce auquel elle oblige la matière à tra­vailler à sa place. Des tré­sors de patience et d’in­tel­li­gence ont été dépen­sés par des géné­ra­tions et des géné­ra­tions, pour inven­ter et mettre au point des machines qui, de plus en plus, rem­placent le tra­vail des hommes. Nous assis­tons aujourd’­hui à la grande relève des tra­vailleurs par la matière dis­ci­pli­née et ani­mée d’une force de pro­duc­tion. Ne peut-on conce­voir une évo­lu­tion du capi­ta­lisme qui tienne compte de cette relève, sans obli­ger l’ar­mée qui des­cend des lignes à mou­rir de faim ?

Au cours des siècles pas­sés, tous les hommes, sans excep­tion, étaient mobi­li­sés pour la guerre, inces­sante et sans mer­ci, que la faim, la soif et le froid font à notre pauvre huma­ni­té. Tout le monde devait gagner sa vie au prix de la sueur de son front, et pas­ser tous les jours dans les tran­chées du champ de bataille.

Mais voi­ci que, comme au cours de la grande guerre, la défense s’or­ga­nise, le maté­riel vient se sub­sti­tuer, en par­tie, aux poi­trines vivantes. Il faut des effec­tifs de plus en plus réduits pour tenir les lignes contre l’en­ne­mi héré­di­taire : la misère humaine. Les hommes sont rele­vés de la four­naise ; petit à petit, ils sont libé­rés de l’o­bli­ga­tion de lut­ter pour leur vie. Ces sol­dats qui des­cendent vers l’ar­rière, ce sont des libé­rés, des hommes dont on n’a plus besoin puisque, sans leur pré­sence au chan­tier, la com­mu­nau­té pos­sède enfin tout ce qui lui est nécessaire.

Les libé­rés d’au­tre­fois s’ap­pe­laient les ren­tiers. Aujourd’­hui, ce sont les chô­meurs. Les uns comme les autres ne sont pas indis­pen­sables pour la pro­duc­tion des richesses. Jamais les récoltes n’ont été plus abon­dantes, ni les stocks plus élevés.

Un pays devrait être fier du nombre d’hommes dont le pro­grès per­met d’é­co­no­mi­ser l’ef­fort. Le chô­meur, au lieu d’être la ran­çon de la science, devrait en être la récom­pense. Plus il y a de chô­meurs dans un pays, plus le niveau intel­lec­tuel, plus l’é­tiage éco­no­mique est éle­vé. Théo­ri­que­ment, n’est-ce pas vrai ?

— Vous m’ef­frayez, fit le pro­prié­taire terrien.

— Qu’y a‑t-il d’ef­frayant ? répli­qua tran­quille­ment Her­mo­dan ? Voi­ci deux pays de même popu­la­tion. L’un comme l’autre pro­duisent, chaque année, la même quan­ti­té de richesses, mais, dans le pre­mier, ce résul­tat est obte­nu grâce à l’ef­fort inten­sif de tous les tra­vailleurs ; dans l’autre, grâce au tra­vail de la moi­tié seule­ment de la popu­la­tion. Laquelle de ces deux nations pos­sède le niveau intel­lec­tuel, social, éco­no­mique, — met­tez l’ad­jec­tif qui vous plai­ra, — le plus éle­vé ? La seconde évi­dem­ment. Cepen­dant, ce pays pri­vi­lé­gié est à plaindre, car la moi­tié de sa popu­la­tion, réduite à ne rien faire, est condam­née à mou­rir de faim et de froid. Voi­là le drame que nous vivons.

Trans­po­sons le pro­blème sur un autre plan. Il n’y a pas que les hommes que le pro­grès tech­nique a déli­vrés, en par­tie, du tra­vail obli­ga­toire. Il y a aus­si les che­vaux. Ceux-ci sont rem­pla­cés, de plus en plus, par les che­vaux-vapeur qu’on élève dans les cylindres d’un moteur à explo­sions. Le tra­vail des che­vaux en chair et en os devient de moins en moins néces­saire. Comme dit mon ami Joseph Dubois, connais­sez-vous des che­vaux chômeurs ?

— Expli­quez-vous, dit le pro­prié­taire terrien.

— Très volon­tiers, reprit Her­mo­dan. Comme on a trou­vé inutile de nour­rir les che­vaux à ne rien faire, on s’est empres­sé, dès qu’on a eu moins besoin de leurs muscles, d’en envoyer quelques uns à la bou­che­rie, et de limi­ter la saillie des juments. Est-ce le sort que vous réser­vez aux hommes dont le tra­vail est accom­pli par des machines ?

— Le chô­mage serait donc un bien ? dit timi­de­ment le pro­prié­taire terrien.

— Théo­ri­que­ment, il est la preuve irré­fu­table que le pays où il sévit a réa­li­sé de grands pro­grès tech­niques dans la pro­duc­tion, répon­dit Her­mo­dan. Théo­ri­que­ment tou­jours, ces hommes qui ne sont plus obli­gés de tenir la tran­chée, ces hommes qui ont été rele­vés par les machines, sont le signal qu’une vic­toire a été rem­por­tée par le com­man­de­ment, c’est-à-dire par l’in­tel­li­gence. La pré­sence de ces affran­chis devrait être un élé­ment de confiance, de récon­fort, de fier­té pour toute la nation. Mais c’est à la nation qu’il incombe de les faire vivre. Elle s’en acquitte un peu par­tout sous forme d’in­dem­ni­tés de chô­mage. Seule­ment, on espère, dans l’é­tat actuel des esprits, que ces secours sont pas­sa­gers et ces libé­rés ne sont que des per­mis­sion­naires ; qu’ils vont bien­tôt être for­cés de remon­ter aux tran­chées et de reprendre leur métier de galé­rien en tra­vaillant le plus d’heures pos­sibles tous les jours. On sou­haite que, pour obte­nir ce résul­tat admi­rable, le niveau indus­triel baisse pro­chai­ne­ment. Quelques uns vont jus­qu’à rêver qu’on démo­lissent une par­tie de ces esclaves-matière ou che­vaux-vapeur, afin de repla­cer leur far­deau sur des épaules de chair. Que tout le monde retourne au bagne, c’est à cela que s’emploient les experts qui veulent mettre fin au bien­fai­sant chômage.

Mal­gré la stu­pé­fac­tion indi­gnée de tous ses audi­teurs, Her­mo­dan conti­nua froidement :

— Évi­dem­ment, je m’a­per­çois que ce que je vous dis vous sur­prend légè­re­ment. J’in­sis­te­rai donc en affir­mant que, du moment que vous n’a­vez plus besoin de ces hommes, vous êtes dans l’o­bli­ga­tion abso­lue de les faire vivre sans tra­vailler. Car du moment qu’ils sont venus au monde, ils ont droit à la vie. Ils y sont venus comme tous leurs frères, nus, sans poches rem­plies sur les côtés. Est-ce leur faute si toutes les richesses qui existent ont déjà un pro­prié­taire légi­time ? Et si l’a­bon­dance de ces richesses est telle que vous pré­fé­rez les détruire ? Ah ! pour légi­ti­mer cette appro­pria­tion de tout ce qui est néces­saire à la vie, la socié­té a éle­vé le tra­vail à la hau­teur d’une véri­table reli­gion. Ils ont accep­té cette loi, bien qu’elle dût leur paraître dure, et ils se sont mis cou­ra­geu­se­ment à l’œuvre. Mais voi­là que, grâce au pro­grès tech­nique, leur tra­vail ne vous est plus néces­saire ! C’est cepen­dant leur unique bien, qu’ils sont for­cés d’é­chan­ger contre le mor­ceau de pain indis­pen­sable à la vie. Concluez ?… Pré­fé­rez-vous les faire dis­pa­raître comme les che­vaux ? C’est la solu­tion des anthro­po­phages. Elle paraît tel­le­ment odieuse que, dans tous les pays, c’est l’É­tat qui vient en aide à ces soi-disant déshé­ri­tés. Vous savez, d’ailleurs, qu’une atti­tude dif­fé­rente condui­rait droit à la révo­lu­tion, car ils sont de plus en plus nom­breux. Aujourd’­hui 30 mil­lions, demain 35, 40, 50 mil­lions ! Il n’y a pas de rai­son pour que ça s’ar­rête, puisque l’i­déal du pro­grès tech­nique est la sup­pres­sion totale de la main-d’œuvre.

— Mais com­ment cette situa­tion a‑t-elle pu naître si brus­que­ment, dit enfin le pro­prié­taire ter­rien, qui fut le pre­mier à reprendre ses esprits.

— Je vous ai expli­qué déjà qu’elle mena­çait depuis long­temps. La guerre a pré­ci­pi­té les évé­ne­ments qui, sans elle, ne se seraient pro­duits que beau­coup plus tard, mais qui se seraient pro­duits tout de même.

— Et c’est vrai­ment sans appel ? ris­qua l’industriel.

— Sans appel, reprit Her­mo­dan. Il faut en prendre une bonne fois son par­ti. Certes vous aurez des hauts et des bas, de petites reprises sui­vies de dépres­sions pro­fondes. Mais fran­che­ment, je croyais que nous avions épui­sé le sujet et que notre reli­gion à tous était faite et archi­faite. Croyez-vous encore au retour de la pros­pé­ri­té telle qu’on conve­nait de la défi­nir autrefois ?

— Non, évi­dem­ment, dit l’in­dus­triel, mais tout de même…

— Croyez-vous sérieu­se­ment, inter­rom­pit Her­mo­dan, que le monde revive l’an­née 1929 qui, si je ne me trompe, fut l’an­née de la pros­pé­ri­té exceptionnelle ?

— Non, dit l’in­dus­triel, 1929 fut évi­dem­ment une période unique ; c’est une époque qu’on ne revi­vra plus.

— Je ne vous le fais pas dire, reprit Her­mo­dan. Sachez cepen­dant que le chô­mage tech­no­lo­gique exis­tait déjà en 1929 ! Oui, même à ce moment de pro­duc­tion inten­sive ! Inter­ro­gez un homme com­pé­tent, M. Pic­que­nard notre direc­teur de tra­vail, il vous le confirmera.

— C’est épou­van­table ! dit le pro­prié­taire terrien.

— Mon vieil ami, conti­nua Her­mo­dan, ne vous lamen­tez pas. D’a­bord, c’est com­plè­te­ment inutile, puisque cela ne chan­ge­rait rien. Ensuite, dites-vous bien que ce qui arrive devait fata­le­ment se pro­duire. Logi­que­ment, si la science, grâce aux savants, aux inven­teurs, aux pra­ti­ciens, est par­ve­nue à four­nir à l’hu­ma­ni­té une armée d’un mil­liard d’es­claves de fer, et une autre d’un mil­liard de che­vaux-vapeur, ce n’é­tait pas pour que dis­pa­raissent quelques mil­lions d’hommes, sous pré­texte que leur tra­vail ne deve­nait plus néces­saire. L’homme, contrai­re­ment à ce que vous avez cru, n’é­tait pas condam­né au tra­vail à per­pé­tui­té. Il a dure­ment pei­né jus­qu’à ce qu’il pos­sède cette armée d’es­claves maté­riels qui, désor­mais, vont tra­vailler pour lui. C’est la grande relève qu’il attend, qu’il a pré­pa­rée et qui, enfin, est en marche pour le débar­ras­ser de la cor­vée du labeur. Pour­quoi serait-ce épou­van­table ? La civi­li­sa­tion antique ? Quelques hommes libres por­tés par un monde d’es­claves. Demain ? L’hu­ma­ni­té toute entière sera ces quelques hommes libres, et la matière sera la mul­ti­tude d’es­claves. Je ne vois vrai­ment pas là de quoi nous attris­ter et vous empê­cher de dormir.

— Mais voyez les consé­quences, dit le pro­prié­taire ter­rien. Vous avez eu la pré­cau­tion de nous dire que vous nagiez en pleine hypo­thèse ; je crois que vous nagez en plein com­mu­nisme, et cela, sans vous en douter.

— Pas fata­le­ment, dit Her­mo­dan. Je vous ai dit que, pas plus que vous, je ne connais­sais l’a­ve­nir. Nous sou­hai­tons que le désordre qui règne dans le monde ne nous conduise ni à la guerre, ni à l’a­nar­chie. De plus, nous vou­drions bien que le régime capi­ta­liste, au lieu de s’ef­fon­drer, consente à évo­luer afin de tenir compte des pro­grès scien­ti­fiques. Je cherche dans quelle voie il pour­rait s’en­ga­ger pour sau­ver notre civi­li­sa­tion. Vou­lez-vous me per­mettre de continuer ?

— C’est bien inutile, dit le pro­prié­taire ter­rien. Vous ima­gi­nez un régime où celui qui ne tra­vaille pas aura les mêmes avan­tages que le tra­vailleur. Vous don­nez une prime à la paresse et vous comp­tez que quelques braves gens dans la tran­chée, pour employer votre expres­sion, vont se faire tuer pour per­mettre aux autres de se gober­ger à l’arrière.

— Oh ! fit Her­mo­dan en sou­riant. Voi­là un sen­ti­ment de pudeur qui vous honore, mais qui me paraît bien tar­dif. Si l’i­dée que des hommes peuvent vivre sans tra­vailler est de nature à vous faire souf­frir, vous avez dû souf­frir beau­coup et depuis long­temps. Car vous avez cer­tai­ne­ment enten­du par­ler de cen­taines de mil­liers d’hommes qui ont vécu bien tran­quille­ment de leurs rentes. Peut-être en avez-vous connu per­son­nel­le­ment. Des mil­lions d’hommes ont vécu, et bien vécu, sans jamais rien faire de leurs dix doigts, ni de leur sub­stance grise. Cer­tains jour­naux s’é­taient même spé­cia­li­sés dans la des­crip­tion de leurs faits et gestes. Com­ment se fait-il que cette paresse, du moment qu’elle repo­sait sur de bonnes rentes, ne vous ait jamais choqué ?

— Leurs parents et leurs grands-parents avaient tra­vaillé pour eux, dit le pro­prié­taire terrien.

— Les parents et les grands-parents des chô­meurs d’au­jourd’­hui ont beau­coup tra­vaillé pour nous, répli­qua Her­mo­dan. C’é­taient des mil­lions d’hommes qui bûchèrent toute leur exis­tence et qui nous ont fabri­qué cette armée d’es­claves-matière. Dites que les chô­meurs d’au­jourd’­hui sont les suc­ces­seurs des ren­tiers d’au­tre­fois, si cela peut vous sou­la­ger. Des ren­tiers infi­ni­ment moins pri­vi­lé­giés, du moins pour l’ins­tant, que ne le furent ceux que nous avons connus et que nous connais­sons encore. Car il est évident que notre socié­té ne peut pas faire, demain, à celui qui devra vivre sans tra­vailler, un sort supé­rieur, ni même égal, à celui qui lutte pour se faire une place au soleil. Je sou­haite, au contraire, que l’on puisse tou­jours main­te­nir ces pos­si­bi­li­tés d’é­man­ci­pa­tion, de mieux-être, qui sont la force du régime capi­ta­liste. Donc, notre nou­velle classe de ren­tiers, soyez-en bien per­sua­dé, sera dans une situa­tion très infé­rieure à celle qui dis­pa­raît sous nos yeux.

— C’est la col­lec­ti­vi­té qui va assu­mer cette nou­velle charge, inter­rom­pit le pro­prié­taire ter­rien. Vous voyez bien que, mal­gré tout votre désir de sau­ver le capi­ta­lisme, vous som­brez, vous aus­si, dans l’é­ta­ti­sa­tion à outrance.

— Voire, dit Hermodan.

— C’est tout vu, répli­qua le pro­prié­taire ter­rien. Bap­ti­sez votre sys­tème du nom que vous vou­drez, c’est encore et tou­jours de l’é­ta­tisme. Il est impos­sible de mettre le doigt dans l’en­gre­nage sans que le corps y passe tout entier. Paul-Bon­cour, Léon Blum, Sta­line !… Je ne pré­sente pas la France et les Fran­çais sou­mis à ce régime. Cela vous plai­rait, à vous, qu’à chaque geste éco­no­mique, à chaque tran­sac­tion ou autre opé­ra­tion, nous fus­sions ins­crits, enre­gis­trés, recen­sés, tim­brés, mesu­rés, tari­fés, cotés, paten­tés, auto­ri­sés, licen­ciés, empê­chés, contin­gen­tés ! À la suite de quoi nous serions tra­qués, hous­pillés, contra­riés, pour­sui­vis, inter­ro­gés, empri­son­nés, fus­ti­gés, sacri­fiés, ven­dus, contre­car­rés, ber­nés, décou­ra­gés, outra­gés, désho­no­rés ! Grand merci !

— Voi­là que vous recom­men­cez à vous lamen­ter, dit Hermodan…

— Mais c’est à cet éta­tisme que l’on court, inter­rom­pit le pro­prié­taire ter­rien, et à quelle allure ! Voyez ce qui se passe en Alle­magne. Il y fait des pro­grès inouïs. La légis­la­tion de crise a déjà pla­cé sous le contrôle de l’É­tat les banques, l’in­dus­trie lourde, les lignes de navi­ga­tion et, pra­ti­que­ment, tout le com­merce exté­rieur. C’est l’É­tat qui fixe la durée de tra­vail et la rému­né­ra­tion des ouvriers, les loyers, le taux de l’in­té­rêt, bien­tôt le prix de toutes choses. À Rome, c’est encore l’é­ta­ti­sa­tion, qui se pro­nonce « fas­cisme » en ita­lien. L’emprise de cet éta­tisme est sans doute déjà plus forte qu’en Alle­magne. Toute créa­tion d’in­dus­trie nou­velle et tout agran­dis­se­ment d’in­dus­trie exis­tante sont sou­mis à l’au­to­ri­sa­tion du Sénat. Un pro­prié­taire n’est plus libre de culti­ver son champ comme bon lui semble. La nature de ses cultures lui est en quelque sorte impo­sée par le gou­ver­ne­ment. S’il refuse, il est dépos­sé­dé au pro­fit du syn­di­cat agri­cole le plus voisin.

— Pro­prié­té oblige ! c’est le prin­cipe de Mus­so­li­ni, dit Her­mo­dan ; la pro­prié­té fas­ciste a pris un carac­tère nou­veau, celui de la fonc­tion sociale, et le pro­prié­taire a des devoirs envers la collectivité.

— Com­mu­nisme ! dit le pro­prié­taire terrien.

— Pas néces­sai­re­ment, répli­qua Hermodan.

(…)

(Fin du cha­pitre. Cha­pitre sui­vant : « L’É­tat est l’hé­ri­tier de ceux qui n’en ont plus »)

Extrait du livre mer­veilleux de Jacques Duboin,
« LA GRANDE RELÈVE des hommes par la machine »,
publié en 1932 par Les Édi­tions Nou­velles, 16 rue de la Sor­bonne, Paris.
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​J​a​c​q​u​e​s​_​D​u​b​o​i​n​_​L​a​_​g​r​a​n​d​e​_​r​e​l​e​v​e​_​1​9​3​2​.​pdf


Plan du livre :

• Où l’au­teur dévoile sa source d’in­for­ma­tion

• Pour­quoi un désordre uni­ver­sel ?

• Les pro­grès sur­pre­nants de la tech­nique

• Plus la pro­duc­tion aug­mente… et plus la consom­ma­tion dimi­nue

• De quelques consé­quences

• Le chô­mage tech­no­lo­gique

• La tenace illu­sion des besoins illi­mi­tés est des débou­chés nou­veaux

• Pro­prié­té indi­vi­duelle et pro­fit

• L’a­bon­dance tue le pro­fit et pro­voque la thé­sau­ri­sa­tion

• Si l’a­bon­dance ne réus­sis­sait pas à tuer le pro­fit, la fis­ca­li­té s’en char­ge­rait

• Alors on détruit l’a­bon­dance pour res­sus­ci­ter le pro­fit

• Où l’on cherche à éta­blir que le pro­grès pour­suit inlas­sa­ble­ment sa car­rière

• Où l’on consulte sans suc­cès les doc­trines éco­no­miques

• Et l’on échange quelques solu­tions

• Où l’on cherche à démon­trer que l’é­co­no­mie diri­gée est un bateau qui nous conduit tout droit dans les eaux com­mu­nistes

• La semaine de 40 heures

• La solu­tion du jeune ingé­nieur

• Où l’on explique com­ment la poli­tique du « vase clos » n’est qu’un retour au Moyen Âge

• Et l’on presse Her­mo­dan de dépas­ser le pré­sent pour décou­vrir l’a­ve­nir

• La grande relève

• L’É­tat est l’hé­ri­tier de ceux qui n’en ont plus

• Il faut que les jeunes retrouvent la foi en l’avenir

La fille de ce grand homme, Marie-Louise Duboin, anime un site pas­sion­nant — « La grande relève », http://​per​so​.orange​.fr/​g​r​a​n​d​e​.​r​e​l​e​v​e​/​i​n​d​e​x​.​h​tml — et vient d’é­crire un livre qui pro­met : « Mais où va l’argent ? » (http://​eco​no​mie​dis​tri​bu​tive​.free​.fr/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​1​140).

« Dans ce livre, Marie-Louise DUBOIN démys­ti­fie les règles finan­cières qui, en pri­vant les res­pon­sables poli­tiques de tout pou­voir moné­taire, leur ôte, en fait, tout moyen d’a­gir pour le bien public. Et elle évoque des pro­po­si­tions, qui, en sor­tant des sen­tiers bat­tus, per­met­traient une véri­table démo­cra­tie, même dans l’économie. »

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Étienne

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28 Commentaires

  1. autrenet

    Il faut reve­nir au pro­tec­tion­nisme ! Il faut dimi­nuer les charges du tra­vail. Sinon, à quoi cela sert de tra­vailler si on gagne plus à ache­ter indien ou chinois ?

    Il faut détaxer les pre­mières heures de tra­vail et non les heures sup ! Un chô­meur aime­rait bien tra­vailler, même quelques heures. Celui qui tra­vaille n’a pas for­cé­ment envie de tra­vailler plus.

    Réponse
  2. SylvanoDeLaSelva

    Bon­jour !

    Je suis chaque fois plus frap­pé de voir com­ment la classe poli­tique est ver­rouillée, de voir com­ment les opi­nions avant-gar­distes d’il y a 60 ans ont pu être muse­lées jus­qu’à nos jours. J’ai, bien sûr, quelques élé­ments de réponse lorsque je me pose la ques­tion du pour­quoi. Et j’en trouve chaque jour de nou­veaux, notam­ment ici depuis ce soir.

    Mer­ci.

    Mes réflexions actuelles vont vers la socié­té de classe. Existe-t-il des études sur les nou­velles repré­sen­ta­tions de la socié­té de classe ? Com­ment aller au-delà de la notion de pen­sée unique ? Autre­ment dit, les nou­veaux auteurs élec­tro­niques et autres blo­gueurs s’or­ga­nisent aujourd’­hui en une nou­velle forme de domi­na­tion par l’in­for­ma­tion et saturent les recherches Google de points de vue de moins en moins contra­dic­toires. La ques­tion pour­rait être for­mu­lée ain­si : Alors que le champ des ora­teurs publics s’é­lar­git de concert avec la mul­ti­pli­ci­té des moyens d’ex­pres­sion, les équi­libres ne sont tou­jours pas modi­fiés, et ne le seront sûre­ment pas. Com­ment contrer la pen­sée unique, com­ment ima­gi­ner un moyen que notre pen­sée mul­tiple soit plus forte ? Com­ment ima­gi­ner une École plus forte que la publicité ?

    Alors que la cam­pagne élec­to­rale sur Inter­net prend une liber­té de ton par rap­port aux médias tra­di­tion­nels, le fond reste le reflet de ce qui se dit à la télé­vi­sion et dans les jour­naux. (1) . Com­ment ima­gi­ner des médias (tra­di­tion­nels) qui relaie­raient autant les expé­riences de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, que les idées-vite-pen­sées, autant le cher­cheur que le com­mu­ni­ca­teur ven­du au plus offrant ?

    Je n’aime pas les éti­quettes, mais devant le flot d’in­for­ma­tion, je vois une néces­si­té de clas­se­ment. Serait-il intel­li­gent de mili­ter pour un label « Pen­sée qui a subi une réflexion lente » ? dont seraient équi­pés les sites comme celui-ci, et qui per­met­trait au citoyen Lamb­da d’ar­ri­ver plus faci­le­ment ici ?

    Pour poser une ques­tion plus géné­rale que je me pose depuis un moment : Existe-t-il une coor­di­na­tion natio­nale des acteurs de la socié­té civile en France ? Si oui, pour­quoi ne la connaît-on pas ? Est-elle effi­cace ? Si non, pour­quoi ne pas la créer ?

    Mer­ci.

    (1): Je parle des sites les plus connus, et j’en­lève les dis­cours com­plo­tistes ou révo­lu­tion­naires, qui des­servent les dis­cours sur un futur alter­na­tif. Bien que nous dus­sions peut-être en arri­ver à une révo­lu­tion de fait avec le poten­tiel Sarkozy.
    Et, ques­tion annexe, pour­quoi, mal­gré l’exis­tence d’At­tac, de Green­Peace, de la Confé­dé­ra­tion Pay­sanne, qui sont de vrais contre-pou­voirs au niveau de l’in­for­ma­tion, les men­ta­li­tés conti­nuent-elles de s’en­fon­cer encore plus pro­fond dans le suivisme ?

    Réponse
  3. AJH

    @SylvanoDeLaSelva

     » Pour poser une ques­tion plus géné­rale que je me pose depuis un moment : Existe-t-il une coor­di­na­tion natio­nale des acteurs de la socié­té civile en France ? Si oui, pour­quoi ne la connaît-on pas ? Est-elle effi­cace ? Si non, pour­quoi ne pas la créer ?  »

    Je crains qu’en défi­ni­tive la « socié­té civile » n’a que peu de pou­voirs pour faire bou­ger les lignes.
    Faut-il créer un par­ti politique ?

    Réponse
  4. Étienne

    Un mine sur le
    tra­vail et l’exploitation
    , trou­vée là :

    http://fra.anarchopedia.org/Citations_sur_le_travail_et_l’exploitation

    Quand le tra­vailleur s’endort
    il est ber­cé par l’insomnie et quand son réveil le réveille il trouve
    chaque jour devant son lit la sale gueule du tra­vail qui ricane qui se
    fout de lui. 

    Jacques
    PRÉVERT : « Le pay­sage chan­geur », Paroles. 

    « Le tra­vail rend libre » disait-on. Eh bien non ! On reconnaît
    le niveau de liber­té d’un indi­vi­du non à sa capa­ci­té à tra­vailler servilement,
    afin de consom­mer ser­vi­le­ment, mais à son degré d’épanouissement dans
    les acti­vi­tés et les loi­sirs qu’il aura défi­nis libre­ment et en toute
    conscience. Lais­sons tom­ber le par­tage du tra­vail, et vive le partage
    des bons moments ! Pour une révo­lu­tion ludique et choisie ! 

    GIGN
    (Groupe d’Intervention Gaillar­de­ment Nui­sible), Bor­deaux, février 1998

    Le tra­vail est un meurtre en série, un géno­cide. Le tra­vail tuera,
    direc­te­ment ou direc­te­ment, tous ceux qui lisent ces lignes. Dans ce pays,
    le tra­vail fait chaque année entre 14 000 et 25 000 morts, plus de deux
    mil­lions d’handicapés, 20 à 25 mil­lions de bles­sés. C’est bien ce qui
    s’appelle un meurtre ! » 

    Bob
    BLACK : Tra­vailler, moi ? Jamais ! 

    Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est-à-dire de créativité
    possible,

    chez un être tiré du som­meil à six heures chaque matin, caho­té dans les
    trains de ban­lieue, assour­di par les fra­cas des machines, les­si­vé, bué
    par les cadences, les gestes pri­vés de sens, le contrôle sta­tique, et
    reje­té vers la fin du jour dans les halls de gare, cathé­drales de départ
    pour l’enfer des semaines et l’infime para­dis des week-ends, où la foule
    com­mu­nie dans la fatigue et l’abrutissement ? (…) De la force vive déchiquetée
    bru­ta­le­ment à la déchi­rure béante de la vieillesse, la vie craque de partout
    sous les coups du tra­vail forcé. 

    Raul
    VANEIGEM : Trai­té du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. 

    L’organisation du tra­vail et l’organisation des loi­sirs referment
    les ciseaux cas­tra­teurs char­gés d’améliorer la race des chiens soumis.

    Raul
    VANEIGEM : Trai­té du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. 

    Le mot même de tra­vailleur ne sup­pose-t-il pas qu’il y a ceux qui
    ne tra­vaillent pas ? 

    T‑Bone Slim.

    Le para­doxe du tra­vail, c’est qu’on ne tra­vaille, en fin de compte,
    que pour le supprimer. 

    Boris
    Vian. 

    Si le tra­vail c’est la san­té, faites tra­vailler les malades. 
    Graf­fi­ti, Bel­le­ville 1995 

    La guerre est la forme la plus raf­fi­née et la plus dégra­dante du
    tra­vail puisque l’on y tra­vaille à rendre néces­saires de nou­veaux travaux.

    Boris
    Vian. 

    Le réveil sonne : pre­mière humi­lia­tion de la journée. 

    Ano­nyme
    américain. 

    Les patrons n’en reviennent pas ! Les esclaves sont ENCORE revenus
    travailler ! 

    Affiche
    suisse alle­mande.

    L’homme peut aimer son sem­blable jus­qu’à mou­rir, il ne l’aime pas
    jus­qu’à tra­vailler pour lui. 

    Pierre
    Joseph Prou­dhon, sys­tème des contra­dic­tions économiques. 

    Le tra­vail, c’est bon pour ceux qui n’ont rien à faire. 
    Léo
    Campion 

    Nous ne vou­lons pas d’un monde où la garan­tie de ne pas mourir
    de faim se paye par le risque de mou­rir d’ennui. 

    Raoul
    Vaneigem. 

    Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai. 
    Boris
    Vian 

    Le tra­vail c’est la san­té ! Rien faire, c’est la conserver. 
    Boris
    Vian 

    Ne per­dez pas votre vie à la gagner. 
    Graf­fi­ti
    de mai 68, ins­pi­ré par Raoul Vaneigem 

    La forme même des pyra­mides d’É­gypte montre que les ouvriers avaient
    ten­dance à en faire de moins en moins. 

    MissP

    Le tra­vail est l’o­pium du peuple et je ne veux pas mou­rir drogué
    !

    Boris
    Vian 

    Cha­cun devra tra­vailler pour man­ger. Tout homme qui ne vou­dra pas
    tra­vailler sera libre de mou­rir de faim, à moins qu’il trouve une association
    ou com­mune quel­conque qui consente à le nour­rir par pitié. Mais, alors,
    il sera pro­ba­ble­ment jugé juste de ne lui recon­naître aucun droit politique,
    puisque étant capable de tra­vailler, il pré­fé­re­ra sa situa­tion honteuse
    et vivra aux dépens du labeur d’au­trui. Car il n’y aura pas d’autre base
    pour les droits sociaux et poli­tiques, que le tra­vail accom­pli par chacun.

    Bakou­nine

    Dans la glo­ri­fi­ca­tion du « tra­vail », dans les infa­ti­gables discours
    sur la « béné­dic­tion du tra­vail », je vois la même arrière-pen­sée que
    dans les louanges des actes imper­son­nels et conformes à l’intérêt général
    : la crainte de tout ce qui est indi­vi­duel.
    On se rend maintenant
    très bien compte, à l’aspect du tra­vail — c’est-à-dire de ce dur labeur
    du matin au soir — que c’est là
    la meilleure police, qu’elle
    tient cha­cun en bride et qu’elle s’entend vigou­reu­se­ment à entra­ver le
    déve­lop­pe­ment de la rai­son, des dési­rs, du goût de l’indépendance.
    Car le tra­vail use la force
    ner­veuse dans des pro­por­tions extra­or­di­naires, et la sous­trait à la réflexion,
    à la médi­ta­tion, aux rêves, aux sou­cis, à l’amour et à la haine, il place
    tou­jours devant les yeux un but minime et accorde des satis­fac­tions faciles
    et régu­lières. Ain­si, une socié­té où l’on tra­vaille sans cesse durement,
    joui­ra d’une plus grande sécu­ri­té : et c’est la sécu­ri­té que l’on adore
    main­te­nant comme divi­ni­té suprême. 

    F. Nietzsche,
    Aurore 

    L’esclavage humain a atteint son point culmi­nant à notre époque
    sous forme de tra­vail libre­ment salarié. 

    George
    BERNARD SHAW 

    Arbeit macht frei
    (Le tra­vail rend libre) 

    Ins­crip­tion à l’entrée des camps nazis 

    J’avais pris l’habitude de regar­der autour de moi, d’observer ceux
    que je côtoyais dans la rue, dans le métro, au petit res­tau­rant où je
    pre­nais mes repas de
    midi. Qu’avais-je vu ? des gueules
    tristes, des regards fati­gués, des indi­vi­dus usés par un tra­vail mal payé,
    mais bien obli­gés de le faire pour sur­vivre, ne pou­vant s’offrir que le
    strict mini­mum. (…) Des êtres connais­sant leur ave­nir puisque n’en
    ayant pas. Des robots exploi­tés et fichés, res­pec­tueux des lois plus par
    peur que par hon­nê­te­té morale. Des sou­mis, des vain­cus, des esclaves du
    réveille-matin.
    J’en fai­sais par­tie par obli­ga­tion, mais je me sentais
    étran­ger à ces gens-là. Je n’acceptais pas que ma vie soit réglée d’avance
    ou déci­dée par d’autres.

    Jacques
    MESRINE 

    Les pauvres croient […] que
    le tra­vail enno­blit, libère. La noblesse d’un mineur au fond de son puits,
    d’un mitron dans la bou­lan­ge­rie ou d’un ter­ras­sier dans une tranchée,
    les frappe d’admiration, les séduit. On leur a tant répé­té que l’outil
    est sacré qu’on a fini par les en convaincre.
    Le plus beau geste de
    l’homme est celui qui sou­lève un far­deau, agite un ins­tru­ment, pensent-ils.
    « Moi, je tra­vaille », déclarent-ils, avec une fier­té douloureuse
    et lamen­table. La qua­li­té de bête de somme semble, à leurs yeux, rapprocher
    de l’idéal humain. Il ne fau­drait pas aller leur dire que le travail
    n’ennoblit pas et ne libère point ; que l’être qui s’étiquette Tra­vailleur
    res­treint, par ce fait même, ses facul­tés et ses aspi­ra­tions d’homme ;
    que, pour punir les voleurs et autres mal­fai­teurs et les for­cer à rentrer
    en eux-mêmes, on les condamne au tra­vail, on fait d’eux des ouvriers.
    Ils refu­se­raient de vous croire. Il y a, sur­tout, une convic­tion qui leur
    est chère, c’est que le tra­vail, tel qu’il existe, est abso­lu­ment nécessaire.
    On n’imagine pas une pareille sot­tise. La plus grande par­tie du labeur
    actuel est com­plè­te­ment inutile.
    Par suite
    de l’absence totale de soli­da­ri­té dans les rela­tions humaines, par suite
    de l’application géné­rale de la doc­trine imbé­cile qui pré­tend que la concurrence
    est féconde, les nou­veaux moyens d’action que des décou­vertes quotidiennes
    placent au ser­vice de l’humanité sont dédai­gnés, oubliés. La concurrence
    est sté­rile, res­treint l’esprit d’initiative au lieu de le déve­lop­per.

    Georges
    DARIEN : La Belle France 

    Les hommes tra­vaillent géné­ra­le­ment trop pour pou­voir encore rester
    eux-mêmes.
    Le tra­vail : une malé­dic­tion que l’homme a trans­for­mée en volupté.
    Œuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du tra­vail, tirer de la joie
    d’un effort qui ne mène qu’à des accom­plis­se­ments sans valeur, esti­mer qu’on
    ne peut se réa­li­ser autre­ment que par le labeur inces­sant — voi­là une chose
    révol­tante et incom­pré­hen­sible. Le tra­vail per­ma­nent et sou­te­nu abrutit,
    bana­lise et rend imper­son­nel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace
    de son milieu sub­jec­tif vers une fade objec­ti­vi­té ; l’homme se désintéresse
    alors de son propre des­tin, de son évo­lu­tion inté­rieure, pour s’attacher
    à n’importe quoi : l’œuvre véri­table, qui devrait être une acti­vi­té de permanente
    trans­fi­gu­ra­tion, est deve­nue un moyen d’extériorisation qui lui fait quitter
    l’intime de son être.
    Il est signi­fi­ca­tif que le tra­vail en soit venu
    à dési­gner une acti­vi­té pure­ment exté­rieure : aus­si l’homme ne s’y réalise-t-il
    pas — il réalise. » 

    Emil CIORAN : Sur les cimes du désespoir 


    VISION PATRONALE DU TRAVAIL :

    Nous sommes en
    1848
    , à
    la suite d’une longue lutte, la jour­née de tra­vail vient de pas­ser de
    16
    heures
    à 14 heures dans cer­taines entreprises
    lyon­naises. Pour le patro­nat c’est la catas­trophe, ain­si qu’ils le disent
    dans une lettre adres­sée au préfet : 

    « Nous attirons
    votre atten­tion sur les graves consé­quences qu’auraient à subir nos industries
    si la loi venait à être appli­quée. Vous le savez la main d’œuvre, ici, est
    exi­geante et hors de prix. Avec seize heures nous tenions à peine. Quatorze
    heures pré­ci­pi­te­raient les faillites  
    (déjà le coût du tra­vail insupportable).
    Nous atti­rons d’autre part, votre atten­tion sur le fait que libérée
    plus tôt de sont labeur la main d’oeuvre n’y gagne­rait pas en som­meil et en
    repos. Elle s’empresserait de rejoindre le café ou le débit de bois­son et
    il y aurait fort à craindre pour les jeunes filles qui libres et désoeuvrées
    trop tôt le soir, ris­que­raient de se livrer à des actes que la morale réprouve. »

    (Tou­jours la même sollicitude
    patro­nale pour le sort des travailleurs)

    En 1919 même ren­gaine avec la loi des
    huit heures défi­ni­ti­ve­ment adop­tée. Voi­la ce qu’écrit un patron de l’électrochimie
    lyon­naise à pro­pos de cette loi : 

    « On en veut,
    déci­dé­ment à ceux qui font la richesse du pays. Les patrons ne cessent d’être
    péna­li­sés alors qu’ils sont la prin­ci­pale force de notre essor économique.
    Il est sûr que notre indus­trie ne sup­por­te­ra pas ce nou­veau coup
    … (encore
    l’insupportable coût du tra­vail)
    Et que feront désor­mais nos ouvriers de tout ce temps vacant ?
    Débauche désoeu­vre­ment fai­néan­tise fré­quen­ta­tion plus assi­due des femmes de
    mau­vaise vie ?

     
    (Tou­jours cette obses­sion du bien
    être de la mora­li­té des tra­vailleurs)
     Déci­dé­ment la morale n’est plus du coté du gou­ver­ne­ment. Faudra-t-il
    bien­tôt que nous trans­por­tions nos usine dans les colo­nies là où la main d’oeuvre
    est plus tra­vailleuse. »
     (et voi­la l’histoire des délo­ca­li­sa­tion qui pointe son nez).

    En 1938, quand DALADIER, par décrets-
    loi, sup­prime les qua­rante heures obte­nues en 1936 l’argument rete­nu vaut
    la citation : 

    « Cette loi
    de paresse et de tra­hi­son natio­nale est la cause de tout les maux de notre
    éco­no­mie. Elle a pré­ci­pi­té la chute de la France. On ne peut avoir à la fois
    une classe ouvrière avec une semaine de deux dimanches et un patron qui s’étrangle
    à faire vivre le pays. »

    Voi­ci encore ce qu’Henri
    SCHEINDER déclare en 1896 au jour­na­liste Jules HURET (dans HISTOIRE
    DE LA FRANCE de G. DUBY Ed LAROUSSE BORDAS 1997)
    :

    « QUESTION
    : – Et la jour­née de huit heures ?

    RÉPONSE :
    - Je veux bien.… Seulement
    les salaires bais­se­ront ou le prix des pro­duits aug­men­te­ra, c’est tout comme.
    Au fond la jour­née de huit heures c’est encore un dada du bou­lan­gisme. Dans
    cinq ou six ans on n’y pen­se­ra plus on aura inven­té autre chose. Pour moi
    la véri­té, c’est qu’un ouvrier bien por­tant peut très bien faire ses dix heures
    par jour, et qu’on doit le lais­ser libre de tra­vailler d’avantage si ça lui
    fait plai­sir. »
    (« Tra­vailler
    plus pour gagner plus », déjà cette vieille escro­que­rie de sophiste.)

    Réponse
  5. juan nessy

    Que voi­là un sujet immense et néces­si­tant sans doute pas mal de défi­ni­tions préa­lables par­ta­gées pour épar­gner les malentendus !

    Nous avions été assez nom­breux à réagir en son temps à un sujet voi­sin sur la notion de « temps libre » sur le blog de Jacques Attali .

    Sur le « tra­vail », je me recon­nais dans l’u­to­pie qu’il esquisse dans « la voie humaine ».

    « Voi­ci donc l’u­to­pie : faire en sorte que cha­cun ait accès au bon temps, à un temps vrai­ment plein, à la vie devant soi. Que cha­cun puisse à tout moment faire un usage maxi­mal des poten­tia­li­tés de sa vie. Nul ne pour­ra jamais escomp­ter jouir d’une liber­té abso­lue d’u­sage de son temps ; mais cha­cun peut avoir la pos­si­bi­li­té de choi­sir, d’é­pa­nouir ses talents, même ceux qu’il ne se connaît pas ; cha­cun peut avoir devant soi la vie, la sienne propre, et non un écran où est pro­je­té le spec­tacle de celle des autres, du mal­heur des humbles et de la féli­ci­té des étoiles. »

    Puis-je dire que mes semaines de tra­vail les plus lourdes sont sou­vent celles qui m’ont lais­sé le meilleur sou­ve­nir et sen­ti­ment d’être utile, et que, pour­tant, j’ai (et tou­jours eu) une capa­ci­té à trou­ver une jouis­sance cer­taine à ne rien faire !

    En Pro­vence, le soleil se lève deux fois : le matin et après la sieste.

    Réponse
  6. Étienne

    Excellent pro­verbe pro­ven­çal, mer­ci Juan :o)

    Plus sérieu­se­ment, pour répondre à votre der­nière ques­tion, je dirais comme Alain :

    Le propre du tra­vail, c’est d’être forcé.

    Nous ne par­lons pro­ba­ble­ment pas du même « travail ».

    C’est sans doute sur la défi­ni­tion du mot TRAVAIL que tous les mal­en­ten­dus (et toutes les escro­que­ries) peuvent trou­ver leur source, non ? Est-ce que le Pré­sident de la Répu­blique tra­vaille ? Bien sûr que non. Est-ce que je tra­vaille quand mes étu­diants m’é­coutent et me sou­rient du plai­sir de pro­gres­ser ? Bien sûr que non. Ces acti­vi­tés valo­ri­santes donnent du sens à notre vie. Cela n’a rien à voir avec le tra­vail, je trouve.

    Réponse
  7. juan nessy

    Il n’y a donc pas de mal­en­ten­du entre nous (d’où l’im­por­tance des défi­ni­tions préalables) !

    Pour s’ac­ti­ver les neu­rones sur le mot tra­vail, je vous recom­mande le dic­tion­naire d’A­lain REY qui y consacre plus de quatre pages avec pas mal de grands référents.

    J’ai aus­si, pour mes petits enfants quand ils seront en âge de me poser cette ques­tion, une défi­ni­tion toute prête : 
    le temps utile (le « bon » tra­vail), c’est la ren­contre réus­sie entre l’at­tente de l’en­vi­ron­ne­ment, une dis­po­ni­bi­li­té per­son­nelle, des incli­na­tions et talents innés ou acquis personnels.

    Mais peut-être ne me pose­ront-ils pas la ques­tion, ou que j’au­rai chan­gé d’a­vis d’i­ci-là : grand-père, c’est un tra­vail à plein temps épuisant !

    Réponse
  8. Gilles

    Bon­jour,

    Excel­lente ini­tia­tive de mettre en débats ces idées de Jacques Duboin sur l’é­co­no­mie dis­tri­bu­tive qui ont tant été com­bat­tues car elles inquié­taient les « pro­prié­taires » de la classe ouvrière.

    J’ai moi-même été mili­tant actif des GSED (Groupes de Sala­riés pour l’E­co­no­mie Dis­tri­bu­tive) dans le milieu ouvrier de Saint-Nazaire. Cette branche ouvrière du MFA de Jacques Duboin était ani­mée par Joseph Pas­tor, théo­ri­cien de l’é­co­no­mie et du poli­tique. Toutes ces idées mécon­nues ont été farou­che­ment com­bat­tues par le PCF et la CGT.… lire à ce sujet « Godeau, Hom­mage à une conscience » qui relate le par­cours aty­pique d’un ex com­mu­niste, ex lea­der de la CGT, exclut et calom­nié toute sa vie. Il ani­mait les GSED aux chan­tiers navals de Saint-Nazaire.

    Réponse
  9. Gilles

    Un oubli, lire de Joseph Pastor :
    « Le Capi­ta­lisme n’est pas com­pli­qué » en 4 petites brochures.

    • « Par­tis ou Syndicats ? »

    • « En retard d’une Révo­lu­tion » adres­sé à l’ex­trême gauche

    • La série de « L’in­ter Syndicaliste »

    • « La Grève de la Gra­tui­té et de la perception »

    • « L’inflation »

    et encore bien d’autres petits ouvrages de cet homme extraordinaire.

    J’ai tous les livres de Jacques Duboin et Joseph Pastor.

    [email protected]

    Réponse
  10. Étienne

    Mer­ci Gilles, je vais cher­cher ça :o)

    Est-ce que vous avez des liens vers des textes libres de droits, télé­char­geables ?

    Étienne.

    Réponse
  11. Étienne

    Chers amis,

    Comme je le fais avec tous mes livres, j’ai scan­né mon exem­plaire (qui date de 1932) de LA GRANDE RELÈVE, je l’ai trai­té avec un logi­ciel d’O­CR (recon­nais­sance de carac­tères), je l’ai cor­ri­gé comme j’ai pu (il doit res­ter des coquilles ; tout ça prend un temps fou) et je le publie ici, puis­qu’il est abso­lu­ment introu­vable aujourd’­hui. Il me semble qu’il ne faut pas que ces pré­cieuses pen­sées de Jacques Duboin sombrent dans l’oubli.


    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​J​a​c​q​u​e​s​_​D​u​b​o​i​n​_​L​a​_​g​r​a​n​d​e​_​r​e​l​e​v​e​_​1​9​3​2​.​pdf

    J’es­père que Marie-Louise (Duboin) sera contente que le livre de son père res­sorte ain­si du fond des mers, comme un tré­sor qui avait dis­pa­ru depuis longtemps 🙂

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  12. Étienne

    PAUL ARIÈS : SOMMES-NOUS FAITS POUR TRAVAILLER ?

    Réponse
  13. Étienne

    Bon­jour,

    Je viens de pas­ser une nou­velle dizaine d’heures à fina­li­ser le texte inté­gral de LA GRANDE RELÈVE, de Jacques Duboin.

    Désor­mais, il n’y a plus de sauts de pages intem­pes­tifs au milieu du texte, ce qui faci­li­te­ra les copier-col­ler de frag­ments remar­quables, j’ai cor­ri­gé de nom­breuses coquilles, et j’ai mis des liens hyper­texte dans la table des matières pour faci­li­ter les accès directs à un cha­pitre ou à un autre. J’ai aus­si pla­cé des titres cou­rants qui rap­pellent l’in­ti­tu­lé du cha­pitre en cours.

    Je recom­mande à votre atten­tion les cha­pitres sui­vants (mais tous les cha­pitres de ce livre sont impor­tants, en fait) :

    • L’abondance tue le pro­fit et pro­voque la thésaurisation

    • Si l’abondance ne réus­sis­sait pas à tuer le pro­fit, la fis­ca­li­té s’en chargerait

    • Alors on détruit l’abondance pour res­sus­ci­ter le profit

    • La grande relève


    Le texte inté­gral de LA GRANDE RELÈVE est donc dis­po­nible à cette adresse :

    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​J​a​c​q​u​e​s​_​D​u​b​o​i​n​_​L​a​_​g​r​a​n​d​e​_​r​e​l​e​v​e​_​1​9​3​2​.​pdf

    Je vous invite à REPRODUIRE ICI (par copier-col­ler) LES PASSAGES FORMIDABLES À NE PAS RATER, SELON VOUS, pour faci­li­ter la vie à tous ceux qui n’ont pas le temps de lire un livre entier.

    Bonne lec­ture.

    Étienne.

    Réponse
  14. CRISTINA DANILIUC

    — Mais que faire ? deman­da le négo­ciant parisien.

    — J’al­lais vous le deman­der, répon­dit Hermodan.

    — Quoi ! Vous n’a­vez pas de solu­tion, s’ex­cla­ma le négo­ciant pari­sien. Vous vous conten­tez de décrire le mal dont nous souf­frons et vous n’ap­por­tez aucun remède ? Quelle uti­li­té d’an­non­cer une catas­trophe sans indi­quer le moyen de l’éviter ?

    — Mon bon ami, dit Her­mo­dan, il y a de longues années que l’on connaît la tuber­cu­lose et ses diverses mani­fes­ta­tions, le can­cer et ses suites fâcheuses. Je n’ai jamais enten­du repro­cher au corps médi­cal son impuis­sance à gué­rir toutes les mala­dies. On ne mour­rait plus…

    — De mieux en mieux, obser­va l’in­dus­triel, vous annon­cez froi­de­ment la fin du capitalisme.

    — Je me borne à consta­ter, dit Her­mo­dan, que la pro­duc­tion, au lieu d’être basée sur l’en­semble des besoins des hommes, ne trouve au contraire des débou­chés que dans la pro­por­tion des besoins sol­vables, ce qui pro­voque, d’une part, des stocks inutiles, d’autre part, la misère. Je constate que le pro­grès tech­nique, au lieu de pro­fi­ter à l’hu­ma­ni­té tout entière, ne pro­fite guère qu’aux pri­vi­lé­giés de la for­tune et aux pri­vi­lé­giés du tra­vail. Je constate, encore, que le machi­nisme tue d’a­bord l’ar­ti­sa­nat et réduit l’ar­ti­san au rôle d’ou­vrier d’u­sine ; qu’il l’o­blige à quit­ter son pays pour venir s’ag­glu­ti­ner aux centres indus­triels deve­nus d’é­normes aspi­ra­teurs de main-d’œuvre ; qu’il l’a­ban­donne ensuite àla détresse autour d’im­menses stocks que le tra­vail a per­mis d’ac­cu­mu­ler. Je constate qu’il y a trente mil­lions de chô­meurs dans le monde et je redoute, avec logique, que leur nombre n’aille crois­sant, même si quelques petites reprises par­tielles font naitre d’illu­soires espoirs. Je constate…

    — Vous consta­tez, inter­rom­pit vive­ment le pro­prié­taire ter­rien, que le capi­ta­lisme n’a plus qu’à dépo­ser son bilan. Si je ne vois pas quel en serait le liqui­da­teur, vous ne voyez, vous, aucun remède, aucune pos­si­bi­li­té d’ar­rê­ter son effon­dre­ment sous le poids de la machine. De sorte qu’on pour­rait com­pa­rer le capi­ta­lisme à quelque obus conscient, car il sait quel désastre il va pro­vo­quer à son point de chute, mais inca­pable de dévier de sa trajectoire !

    — Vous avez été artilleur ? ques­tion­na Hermodan.

    — Ou alors le capi­ta­lisme, conti­nua le pro­prié­taire ter­rien de plus en plus ému, serait comme un beau fruit arri­vé à matu­ri­té. Un affreux ver, le pro­grès tech­nique, le ron­ge­rait inté­rieu­re­ment. Il va se déta­cher, tom­ber, pourrir.

    — Vous êtes un hor­ti­cul­teur aver­ti, répar­tit Hermodan.

    — Déci­dé­ment, je me refuse à vous suivre, reprit le pro­prié­taire ter­rien, pour la rai­son bien simple, je le répète, que je ne vois pas le liqui­da­teur. Le régime dis­pa­raît ; quel en serait le béné­fi­ciaire ? Par quoi le rem­pla­ce­rait-on ? Toute une civi­li­sa­tion ne s’é­croule pas, comme cela, un beau matin.

    — Bien des civi­li­sa­tions cepen­dant, dit Her­mo­dan, n’ont pas dis­pa­ru autre­ment, et ceux qui vécurent leurs der­nières heures ne se dou­taient cer­tai­ne­ment pas que c’é­tait la fin. La Chine, l’As­sy­rie, la Perse, la Chal­dée, la Judée, les Indes, l’É­gypte, la Grèce, Rome…

    — Rome ? dit le Militant.

    — Oui Rome, conti­nua Her­mo­dan. Après Théo­dose, l’empire romain s’est effon­dré sans que per­sonne ne conteste l’é­tiage éle­vé où il avait per­mis à l’in­tel­li­gence de par­ve­nir, mais sim­ple­ment parce qu’il avait vécu et qu’il ne pou­vait plus vivre.

    Réponse
  15. Morpheus

    Extra­or­di­naire !

    Mer­ci Étienne pour ce livre, que je me suis empres­sé de télécharger.

    Je note en apar­té que les réflexions de cet auteur vont com­plè­te­ment dans le sens de celle de Fres­co (Pro­jet Venus). Plus les pro­grès scien­ti­fiques et tech­niques modi­fient notre façon de pro­duire des biens, plus cela « mange » du temps de tra­vail. Et c’est logique : si, dans les temps pas­sé (avant la révo­lu­tion indus­trielle), la valeur-tra­vail était déter­mi­nante, ce qui néces­si­tait, pour une nation ou un empire, d’a­voir beau­coup de mains d’œuvre dis­po­nible et à faible coût (= escla­vage), de nos jours, les « esclaves » humains sont ame­nés à dis­pa­raître pro­gres­si­ve­ment, car les machines, par­tout, sont moins chère et plus efficaces …

    Ce qui, pour le syn­di­ca­liste de base et l’ou­vrier ayant une famille à nour­rir, semble une plaie (puisque cela lui enlève son gagne-pain), est en réa­li­té une for­mi­dable oppor­tu­ni­té pour amé­lio­rer le sort des peuples. A condi­tion, évi­dem­ment, de revoir à la racine (= radi­ca­le­ment) nos valeurs et nos struc­tures sociales.

    Demain, les « esclaves » seront des machines, qui per­met­tront de réduire si consi­dé­ra­ble­ment le temps de tra­vail néces­saire pour faire fonc­tion­ner la socié­té, et sur­tout le temps de tra­vail pénible, que ce temps déga­gé pour­ra ser­vir, notam­ment, à éle­ver le degré de connais­sances de l’en­semble des peuples, déga­ger du temps pour les asso­cia­tions cultu­relles, l’é­du­ca­tion, la phi­lo­so­phie, la science, la spi­ri­tua­li­té, l’en­traide, etc. Au lieu de se spé­cia­li­ser dans un domaine, il sera pos­sible (à ceux qui le sou­haitent) d’ac­qué­rir des connais­sances pous­sées dans de mul­tiples domaines. Consé­cu­ti­ve­ment, déga­gés des contraintes du tra­vail « gagne-pain », les citoyens auront tout loi­sir de par­ti­ci­per au fonc­tion­ne­ment de la cité (= poli­tique) et ain­si par­ti­ci­per acti­ve­ment à la démo­cra­tie véritable.

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  16. Kild

    Un superbe grand mer­ci Étienne pour ce fan­tas­tique tra­vail ; une vraie décou­verte pour moi, cet ouvrage que je viens de télé­char­ger et qui est à pré­sent, non seule­ment sau­ve­gar­dé pour les géné­ra­tions futures, mais aus­si sur mon iPod pour de grands plai­sirs de lec­ture du soir avant de dormir 🙂

    Réponse
  17. Étienne

    Mer­ci Kild.

    Je trouve ce texte for­mi­dable aussi. 🙂

    Étienne.

    Réponse
  18. clm

    Mer­ci pour ce travail !

    Dom­mage d’u­ti­li­ser un for­mat pro­prié­taire (pdf) pour « libé­rer » l’oeuvre de quelqu’un.

    J’es­père que vous le pour­rez aus­si le dif­fu­ser au for­mat ePUB qui est ouvert et bien meilleur pour les liseuses électroniques.

    Réponse
  19. Étienne
  20. lucas

    Consé­cu­ti­ve­ment, déga­gés des contraintes du tra­vail « gagne-pain », les citoyens auront tout loi­sir de par­ti­ci­per au fonc­tion­ne­ment de la cité (= poli­tique) et ain­si par­ti­ci­per acti­ve­ment à la démo­cra­tie véritable.

    Eh ben ce sera un joli bor­del ! Déjà qu’au­jourd’­hui, tout le monde la ramène sur tout et se pense déten­teur de la vérité.…

    Fou­taises

    Réponse
  21. Morpheus

    @ lucas

    « Fou­taises », dites-vous, dans un juge­ment péremp­toire, fon­dé sur un a prio­ri néga­tif et sans la moindre ana­lyse ni prise de recul ?

    Bigre, j’é­non­ce­rais donc des fou­taises ?

    Connais­sez-vous le prin­cipe du logi­ciel libre, où ce que l’on appelle encore « open source » ?

    « Le concept du Libre a essai­mé vers d’autres domaines d’ac­ti­vi­té. Citons l’Art Libre, l’élec­tro­nique libre (pro­jet Gais­ler, pro­jet F‑CPU, etc), la culture libre (Wiki­pe­dia), etc. »

    « Cer­taines auteurs uti­lisent le terme Open Inno­va­tion pour dési­gner l’ap­pli­ca­tion des prin­cipes de l’O­pen Source à d’autres domaines que le logiciel. »

    Com­ment cela fonc­tionne ? Des contri­bu­teurs volon­taires s’or­ga­nisent, sans hié­rar­chie (sans chef), se mettent d’ac­cord sur une pro­cé­dure (ensemble) et tra­vaillent – gra­tui­te­ment – afin de déve­lop­per un logi­ciel (ex. Linux), une ency­clo­pé­die (ex. Wiki­pé­dia), ou n’im­porte quel autre projet.

    Pas de chef, pas de hié­rar­chie, pas de règle­ment. A la place, une pro­cé­dure adop­tée de com­mun accord entre contri­bu­teurs et un pro­jet. La moti­va­tion de ces contri­bu­teurs ? Four­nir – gra­tui­te­ment – le meilleur ser­vice, le meilleur logi­ciel, les meilleures infor­ma­tions / connais­sances, le mieux qu’ils peuvent donner.

    Fou­tre­dieu ! Ils ne sont même pas moti­vé par l’argent ? Brrrrr, ça fait froid dans le dos, hein ?

    Et le pire ? Ça marche ! Et même très bien.

    « De tout temps – a écrit A. Ein­stein – les grands esprits ont affron­té l’op­po­si­tion féroce des esprits médiocres. »

    De même, il disait aus­si « Condam­ner sans cher­cher, c’est le sum­mum de l’ignorance. »

    Et aus­si « Il est plus facile de désa­gré­ger le noyau d’un atome qu’un pré­ju­gé humain. »

    Je sou­haite que, plu­tôt qu’une inter­ven­tion médiocre, lapi­daire, fon­dée sur des pré­ju­gés et une igno­rance entre­te­nue, vous contri­buiez de manière plus construc­tive au débat. A moins que vous ne pré­fé­riez vous com­plaire dans l’i­gno­rance, les idées pré­con­çues et les juge­ments péremp­toires ? Je suis sûr qu’il n’en est rien.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  22. Guillaume

    Excellent livre. Je recherche Le prin­cipe du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif de Ber­nard Manin, bien qu’ou­vrage de réfé­rence il est impos­sible à trou­ver. Serait il pos­sible d’en avoir une ver­sion numé­rique comme pour La Grande Relève ? Merci.

    Réponse
  23. oscar

    Cher Etienne,

    féli­ci­ta­tions pour votre travail. 

    Je vous conseille de lire un ouvrage pas­sion­nant sur ce sujet : 
    http://​www​.the​light​sin​the​tun​nel​.com/​L​I​G​H​T​S​T​U​N​N​E​L​.​PDF.

    Ce mon­sieur a aus­si un blog : http://​econ​fu​ture​.word​press​.com.

    Voi­là aus­si quelques liens qui peut-être vous inté­res­se­rons si vous ne les connais­sez pas :

    • http://​jean​zin​.fr/, ou alors

    • http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Gorz et encore

    • http://​www​.alain​de​be​noist​.com/​p​d​f​/​l​_​i​d​e​o​l​o​g​i​e​_​d​u​_​t​r​a​v​a​i​l​.​pdf

    Cor­dia­le­ment,

    Oscar.

    Réponse

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