Réflexion de Marat sur la taille limite d’un État démocratique

28/09/2006 | 141 commentaires

De l’é­ten­due de l’É­tat.

C’est à la vio­lence que les États doivent leur ori­gine ; presque tou­jours quelque heu­reux bri­gand en est le fon­da­teur, et presque par­tout les lois ne furent, dans leur prin­cipe, que des règle­ments de police, propres à main­te­nir à cha­cun la tran­quille jouis­sance de ses rapines.

Quel­qu’im­pure que soit l’o­ri­gine des États, dans quelques-uns l’é­qui­té sor­tit du sein des injus­tices, et la liber­té naquit de l’op­pres­sion.

Lorsque de sages lois forment le gou­ver­ne­ment, la petite éten­due de l’É­tat ne contri­bue pas peu à y main­te­nir le règne de la jus­tice et de la liber­té ; et tou­jours d’au­tant plus effi­ca­ce­ment qu’elle est moins consi­dé­rable.

Le gou­ver­ne­ment popu­laire parait natu­rel aux petits États, et la liber­té la plus com­plète s’y trouve éta­blie.

Dans un petit État, presque tout le monde se connaît, cha­cun y a les mêmes inté­rêts ; de l’ha­bi­tude de vivre ensemble naît cette douce fami­lia­ri­té, cette fran­chise, cette confiance, cette sûre­té de com­merce, ces rela­tions intimes qui forment les dou­ceurs de la socié­té, l’a­mour de la patrie. Avan­tages dont sont pri­vés les grands États, où presque per­sonne ne se connaît, et dont les membres se regardent tou­jours en étran­gers.

Dans un petit État, les magis­trats ont les yeux sur le peuple, et le peuple a les yeux sur les magis­trats.

Les sujets de plainte étant assez rares, sont beau­coup mieux appro­fon­dis, plu­tôt répa­rés, plus faci­le­ment pré­ve­nus.

L’am­bi­tion du gou­ver­ne­ment n’y sau­rait prendre l’es­sor sans jeter l’a­larme, sans trou­ver des obs­tacles invin­cibles. Au pre­mier signal du dan­ger, cha­cun se réunit contre l’en­ne­mi com­mun, et l’ar­rête. Avan­tages dont sont pri­vés les grands États : la mul­ti­pli­ci­té des affaires y empêche d’ob­ser­ver la marche de l’au­to­ri­té, d’en suivre les pro­grès ; et dans ce tour­billon d’ob­jets qui se renou­vellent conti­nuel­le­ment, dis­trait des uns par les autres, on néglige de remar­quer les atteintes por­tées aux lois ou on oublie d’en pour­suivre la répa­ra­tion. Or, le prince mal obser­vé, y marche plus sûre­ment et plus rapi­de­ment au pou­voir absolu.

Extrait (p. 22) de : « Les chaînes de l’es­cla­vage » de Jean-Paul Marat (1792)

De quoi nous faire réflé­chir avant de créer de nou­veaux empires, non ?

Moi, je trouve ce « dan­ge­reux popu­liste » bien humain et bien sédui­sant :o)

Si vous connais­sez, vous aus­si, d’autres « popu­listes » qui s’ex­priment si fine­ment, soyez gen­tils de me les faire connaître.

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Étienne

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141 Commentaires

  1. Étienne

    Chers amis,

    Per­sonne n’a encore com­men­té cet impor­tant texte de Marat qui pointe pour­tant une dif­fi­cul­té majeure de la démo­cra­tie : notre propre nombre est une menace, les empires ne peuvent pas être démo­cra­tiques, la cel­lule démo­cra­tique de base doit pro­ba­ble­ment être de taille réduite (comme la commune ?).

    Pour illus­trer à nou­veau cette réflexion fondamentale, 
    je viens de taper pour vous un texte que je trouve considérable, 
    de la phi­lo­sophe Simone Weil.
    Le voici :

    Médi­ta­tion sur l’obéissance et la liberté
    hiver 1937–1938

     

    La sou­mis­sion du plus grand nombre au plus petit, ce fait fon­da­men­tal de presque toute organisation
    sociale, n’a pas fini d’étonner tous ceux qui réflé­chissent un peu. Nous voyons
    dans la nature, les poids les plus lourds l’emporter sur les moins lourds, les
    races les plus pro­li­fiques étouf­fer les autres. Chez les hommes, ces rapports
    si clairs semblent ren­ver­sés. Nous savons, certes, par une expé­rience quotidienne,
    que l’homme n’est pas un simple frag­ment de la nature, que tout ce qu’il y a de
    plus éle­vé chez l’homme, la volon­té, l’intelligence, la foi, pro­duit tous les
    jours des espèces de miracles. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici. La néces­si­té impi­toyable qui a main­te­nu et maintient
    sur les genoux les masses de pauvres, les masses de subor­don­nés est ana­logue à
    tout ce qu’il y a de bru­tal dans la nature. Et pour­tant, elle s’exerce
    appa­rem­ment en ver­tu de lois contraires à celles de la nature.
    Comme si,
    dans la balance sociale, le gramme l’emportait sur le kilo.

    Il
    y a près de quatre siècles, le jeune La Boé­tie, dans son Contr’Un [Dis­cours
    de la ser­vi­tude volon­taire
    ], posait la ques­tion. Il n’y répon­dait pas. De
    quelles illus­tra­tions émou­vantes pour­rions-nous appuyer son petit livre, nous
    qui voyons aujourd’hui, dans un pays qui couvre le sixième du globe, un seul
    homme [Joseph Sta­line] sai­gner toute une géné­ra­tion ! C’est quand sévit la
    mort que le miracle de l’obéissance éclate aux yeux. Que beau­coup d’hommes se
    sou­mettent à un seul par crainte d’être tués par lui, c’est assez
    éton­nant ; mais qu’ils res­tent sou­mis au point de mou­rir sous son ordre,
    com­ment le com­prendre ? Lorsque
    l’obéissance com­porte au moins autant de risque que la rébel­lion, com­ment se
    maintient-elle ?

    La
    connais­sance du monde maté­riel où nous vivons a pu se déve­lop­per à par­tir du
    moment où Flo­rence, après tant d’autres mer­veilles, a appor­té à l’humanité, par
    l’intermédiaire de Gali­lée, la notion de force. C’est alors aus­si seule­ment que
    l’aménagement du milieu maté­riel par l’industrie a pu être entre­pris. Et nous,
    qui pré­ten­dons amé­na­ger le milieu social, nous n’en pos­sè­de­rons pas même la
    connais­sance la plus gros­sière aus­si long­temps que nous n’aurons pas vraiment
    conçu la notion de force sociale. La socié­té ne peut pas avoir ses ingénieurs
    aus­si long­temps qu’elle n’aura pas eu son Gali­lée. Y a‑t-il en ce moment, sur
    toute la sur­face de la terre, un esprit qui conçoive même vague­ment com­ment il
    se peut qu’un homme, au Krem­lin, ait la pos­si­bi­li­té de faire tom­ber n’importe
    quelle tête dans les limites des fron­tières russes ?

    Les
    mar­xistes n’ont pas faci­li­té une vue claire du pro­blème en choisissant
    l’économie comme clef de l’énigme sociale. Si l’on consi­dère une socié­té comme
    un être col­lec­tif, alors ce gros ani­mal, comme tous les ani­maux, se définit
    prin­ci­pa­le­ment par la manière dont il s’as­sure la nour­ri­ture, le som­meil, la
    pro­tec­tion contre les intem­pé­ries, bref la vie. Mais la socié­té consi­dé­rée dans
    son rap­port avec l’individu ne peut pas se défi­nir sim­ple­ment par les modalités
    de la pro­duc­tion. On a beau avoir recours à toutes sortes de sub­ti­li­tés pour
    faire de la guerre un phé­no­mène essen­tiel­le­ment éco­no­mique, il éclate aux yeux
    que la guerre est des­truc­tion et non pro­duc­tion. L’obéissance et le
    com­man­de­ment sont aus­si des phé­no­mènes dont les condi­tions de la pro­duc­tion ne
    suf­fisent pas à rendre compte. Quand un vieil ouvrier sans tra­vail et sans
    secours périt silen­cieu­se­ment dans la rue ou dans un tau­dis, cette soumission
    qui s’étend jusque dans la mort ne peut pas s’expliquer par le jeu des nécessités
    vitales.
    La des­truc­tion mas­sive du blé, du café, pen­dant la crise est un
    exemple non moins clair. La notion de force et non la notion de besoin
    consti­tue la clef qui per­met de lire les phé­no­mènes sociaux.

    Gali­lée
    n’a pas eu à se louer, per­son­nel­le­ment, d’avoir mis tant de génie et tant de
    pro­bi­té à déchif­frer la nature ; du moins ne se heur­tait-il qu’à une
    poi­gnée d’hommes puis­sants spé­cia­li­sés dans l’interprétation des Écritures.
    L’étude du méca­nisme social, elle, est entra­vée par des pas­sions qui se
    retrouvent chez tous et chez cha­cun. Il n’est presque per­sonne qui ne désire
    soit bou­le­ver­ser, soit conser­ver les rap­ports actuels de com­man­de­ment et de
    sou­mis­sion. L’un et l’autre désir mettent un brouillard devant le regard de
    l’esprit, et empêchent d’apercevoir les leçons de l’histoire, qui montre
    par­tout les masses sous le joug et quelques uns levant le fouet.

    Les
    uns, du côté qui fait appel aux masses, veulent mon­trer que cette situa­tion est
    non seule­ment inique, mais aus­si impos­sible, du moins pour l’avenir proche ou
    loin­tain. Les autres, du côté qui désire conser­ver l’ordre et les privilèges,
    veulent mon­trer que le joug pèse peu, ou même qu’il est consen­ti. Des deux
    côtés, on jette un voile sur l’absurdité radi­cale du méca­nisme social, au lieu
    de regar­der bien en face cette absur­di­té appa­rente et de l’analyser pour y
    trou­ver le secret de la machine.
    En quelque matière que ce soit, il n’y a
    pas d’autre méthode pour réflé­chir. L’étonnement
    est le père de la sagesse
    , disait Platon.

    Puisque le grand nombre obéit, et obéit
    jusqu’à se lais­ser impo­ser la souf­france et la mort, alors que le petit nombre
    com­mande, c’est qu’il n’est pas vrai que le nombre est une force. Le nombre,
    quoique l’imagination nous porte à croire, est une fai­blesse.
    La fai­blesse est du côté où on a faim, où on s’épuise,
    où on sup­plie, où on tremble, non du côté où on vit bien, où on accorde des
    grâces, où on menace. Le peuple n’est pas sou­mis bien qu’il soit le nombre,
    mais parce qu’il est le nombre.
    Si dans la rue un homme se bat contre vingt, il
    sera sans doute lais­sé pour mort sur le pavé. Mais sur un signe d’un homme blanc, vingt
    coo­lies anna­mites peuvent être frap­pés à coups de chi­cotte, l’un après l’autre,
    par un ou deux chefs d’équipe.

    La contra­dic­tion n’est peut-être qu’apparente. Sans
    doute, en toute occa­sion, ceux qui ordonnent sont moins nom­breux que ceux qui obéissent. Mais, pré­ci­sé­ment
    parce qu’ils sont peu nom­breux, ils forment un ensemble. Les autres, précisément
    parce qu’ils sont trop nom­breux, sont un plus un plus un, et ain­si de suite.
    Ain­si, la puis­sance d’une infime mino­ri­té repose mal­gré tout sur la force du
    nombre. Cette mino­ri­té l’emporte de beau­coup en nombre sur cha­cun de
    ceux qui com­posent le trou­peau de la majo­ri­té.
    Il ne faut pas en conclure
    que l’organisation des masses ren­ver­se­rait le rap­port, car elle est impossible.
    On ne peut éta­blir de
    cohé­sion qu’entre une petite quan­ti­té d’hommes. Au-delà, il n’y a plus que
    jux­ta­po­si­tion d’individus, c’est-à-dire faiblesse.

    Il y a cepen­dant des moments où il n’en est pas ainsi.
    À cer­tains moments de l’histoire, un grand souffle passe sur les masses ;
    leur res­pi­ra­tion, leurs paroles, leurs mou­ve­ments se confondent. Alors, rien ne
    leur résiste. Les puis­sants connaissent à leur tour, enfin, ce que c’est que de se
    sen­tir seul et désar­mé ; et ils tremblent.
    Tacite, dans quelques pages immor­telles qui décrivent
    une sédi­tion mili­taire, a su par­fai­te­ment ana­ly­ser la chose. « Le prin­ci­pal signe d’un mou­ve­ment profond,
    impos­sible à apai­ser, c’est qu’ils n’étaient pas dis­sé­mi­nés ou manœu­vrés par
    quelques uns, mais ensemble ils pre­naient feu, ensemble ils se tai­saient, avec
    une telle una­ni­mi­té et une telle fer­me­té qu’on aurait cru qu’ils agis­saient au
    com­man­de­ment. »
    Nous avons assis­té à un miracle de ce genre en juin
    1936
    et l’impression ne s’en est pas encore effacée.

    De pareils moments ne durent pas, bien que les
    mal­heu­reux sou­haitent ardem­ment les voir durer tou­jours.
    Ils ne peuvent pas durer, parce que cette una­ni­mi­té, qui
    se pro­duit dans le feu d’une émo­tion vive et géné­rale, n’est com­pa­tible avec
    aucune action métho­dique. Elle a tou­jours pour effet de sus­pendre toute action,
    et d’arrêter le cours quo­ti­dien de la vie. Ce temps d’arrêt ne peut se
    pro­lon­ger ; le cours de la vie quo­ti­dienne doit reprendre
    , les
    besognes de chaque jour s’accomplir. La masse se dis­sout à nou­veau en
    indi­vi­dus
    , le sou­ve­nir de sa vic­toire s’estompe ; la situation
    pri­mi­tive, ou une situa­tion équi­va­lente, se réta­blit peu à peu ; et
    bien que dans l’intervalle les maîtres aient pu chan­ger, ce sont tou­jours les
    mêmes qui obéissent.

    Les puis­sants n’ont pas d’intérêt plus vital
    que d’empêcher cette cris­tal­li­sa­tion des foules sou­mises
    , ou du moins, car ils ne peuvent pas tou­jours l’empêcher,
    de la rendre le plus rare pos­sible. Qu’une même émo­tion agite en même temps un
    grand nombre de mal­heu­reux, c’est ce qui arrive très sou­vent par le cours natu­rel des
    choses ; mais d’ordinaire cette émo­tion, à peine éveillée, est réprimée
    par le sen­ti­ment d’une impuis­sance irré­mé­diable. Entre­te­nir ce sen­ti­ment d’impuissance, c’est le premier
    article d’une poli­tique habile de la part des maîtres
    .

    L’esprit
    humain est incroya­ble­ment flexible, prompt à imi­ter, prompt à plier sous les
    cir­cons­tances exté­rieures. Celui qui obéit, celui dont la parole d’autrui
    déter­mine les mou­ve­ments, les peines, les plai­sirs, se sent inférieur
    non par acci­dent, mais par nature. À l’autre bout de l’échelle, on se sent
    de même supé­rieur, et ces deux illu­sions se ren­forcent l’une l’autre. Il
    est impos­sible à l’esprit le plus héroï­que­ment ferme de gar­der la conscience
    d’une valeur inté­rieure, quand cette conscience ne s’appuie sur rien
    d’extérieur. Le Christ lui-même, quand il s’est vu aban­don­né de tous, bafoué,
    mépri­sé, sa vie comp­tée pour rien, a per­du un moment le sen­ti­ment de sa
    mis­sion ; que peut vou­loir dire d’autre le cri : « mon Dieu,
    pour­quoi m’avez-vous aban­don­né ? »
    Il semble à ceux qui obéissent
    que quelque infé­rio­ri­té mys­té­rieuse les a pré­des­ti­nés de toute éter­ni­té à
    obéir ; et chaque marque de mépris, même infime, qu’ils souffrent de la
    part de leurs supé­rieurs ou de leurs égaux, chaque ordre qu’ils reçoivent,
    sur­tout chaque acte de sou­mis­sion qu’ils accom­plissent eux-mêmes, les
    confirment dans ce sentiment.

    Tout ce qui contri­bue à don­ner à ceux qui sont en bas de
    l’échelle sociale le sen­ti­ment qu’ils ont une valeur est, dans une certaine
    mesure, sub­ver­sif.
    Le mythe de la
    Rus­sie sovié­tique est sub­ver­sif pour autant qu’il peut don­ner au manœuvre
    d’usine com­mu­niste ren­voyé par son contre­maître le sen­ti­ment que mal­gré tout il
    a der­rière lui l’armée rouge et Magni­to­gorsk [centre sidé­rur­gique, au pied de
    l’Oural, qui était cen­sé mon­trer la réus­site des plans quinquennaux
    sovié­tiques], et lui per­mettre ain­si de conser­ver sa fier­té. Le mythe de la
    révo­lu­tion his­to­ri­que­ment iné­luc­table joue le même rôle, quoique plus
    abs­trait ; c’est quelque chose, quand
    on est misé­rable et seul, que d’avoir pour soi l’histoire.

    Le
    chris­tia­nisme, dans ses débuts, était lui aus­si dan­ge­reux pour l’ordre. Il
    n’inspirait pas aux pauvres, aux esclaves, la convoi­tise des biens et de la
    puis­sance, tout au contraire ; mais il leur don­nait le sen­ti­ment d’une
    valeur inté­rieure
    qui les met­tait sur le même plan ou plus haut que les riches,
    et c’était assez pour mettre la hié­rar­chie sociale en péril. Bien vite il s’est
    cor­ri­gé, a appris à mettre entre les mariages, les enter­re­ments des riches et
    des pauvres la dif­fé­rence qui convient, et à relé­guer les mal­heu­reux, dans les
    églises, aux der­nières places. 

    La
    force sociale ne va pas sans mensonge.

    Aus­si, tout ce qu’il y a de plus haut dans la vie humaine, tout effort de
    pen­sée, tout effort d’amour est cor­ro­sif pour l’ordre. La pen­sée peut aussi
    bien, à aus­si juste titre, être flé­trie comme révo­lu­tion­naire d’un côté, comme
    contre-révo­lu­tion­naire de l’autre. Pour autant qu’elle construit sans cesse une
    échelle de valeurs « qui n’est pas de ce monde », elle est l’ennemie
    des forces qui dominent la société. 

    Mais
    elle n’est pas plus favo­rable aux entre­prises qui tendent à bou­le­ver­ser ou à
    trans­for­mer la socié­té, et qui, avant même d’avoir réus­si, doivent
    néces­sai­re­ment impli­quer chez ceux qui s’y vouent la sou­mis­sion du plus
    grand nombre au plus petit, le dédain des pri­vi­lé­giés pour la masse ano­nyme et
    le manie­ment du men­songe.
    Le génie, l’amour, la sain­te­té méritent
    plei­ne­ment le reproche qu’on leur fait des fois de tendre à détruire ce qui est
    sans rien construire à la place.

    Quant
    à ceux qui veulent pen­ser, aimer, et trans­por­ter en toute pure­té dans l’action
    poli­tique ce que leur ins­pirent leur esprit et leur cœur, ils ne peuvent que
    périr égor­gés, aban­don­nés même des leurs, flé­tris après leur mort par
    l’histoire, comme ont fait les Gracques. [Le tri­bun Tibe­rius Grac­chus (162−133
    av JC) pro­po­sa une loi agraire qui heur­ta les inté­rêts du patri­ciat ; la
    plèbe l’abandonna et il fut tué lors d’une émeute. Son frère Caius Gracchus
    (154−121 av JC), éga­le­ment tri­bun, ten­ta à son tour des réformes dont la mise
    en œuvre se heur­ta elle aus­si à l’hostilité de la plèbe sus­ci­tée par les
    déma­gogues du patri­ciat. Caius Grac­chus périt assassiné.]

    Il
    résulte d’une telle situa­tion, pour tout homme amou­reux du bien public, un
    déchi­re­ment cruel et sans remède. Par­ti­ci­per, même de loin, au jeu des forces
    qui meuvent l’histoire n’est guère pos­sible sans se souiller ou sans se
    condam­ner d’avance à la défaite. Se réfu­gier dans l’indifférence ou dans une
    tour d’ivoire n’est guère pos­sible non plus sans beau­coup d’inconscience. La
    for­mule du « moindre mal », si décriée par l’usage qu’en ont fait les
    social-démo­crates, reste alors la seule appli­cable, à condi­tion de l’appliquer
    avec la plus froide lucidité.

    L’ordre
    social, quoique néces­saire, est essen­tiel­le­ment mau­vais, quel qu’il soit.
    On ne peut repro­cher à ceux qu’il écrase de le saper
    autant qu’ils peuvent ; quand ils se résignent, ce n’est pas par vertu,
    c’est au contraire sous l’effet d’une humi­lia­tion qui éteint chez eux les
    ver­tus viriles. On ne peut pas non plus repro­cher à ceux qui l’organisent de le
    défendre, ni les repré­sen­ter comme for­mant une conju­ra­tion contre le bien
    géné­ral. Les luttes entre conci­toyens ne viennent pas d’un manque de
    com­pré­hen­sion ou de bonne volon­té ; elles tiennent à la nature des choses,
    et ne peuvent pas être apai­sées mais seule­ment étouf­fées par la contrainte.
    Pour qui­conque aime la liber­té, il n’est pas dési­rables qu’elles disparaissent,
    mais seule­ment qu’elles res­tent en deçà d’une cer­taine limite de violence.

    Simone
    Weil
    (1909 – 1943).

     

    Docu­ment télé­char­geable ici :
    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​S​i​m​o​n​e​_​W​e​i​l​_​1​9​3​8​_​M​e​d​i​t​a​t​i​o​n​_​s​u​r​_​l​_​o​b​e​i​s​s​a​n​c​e​_​e​t​_​l​a​_​l​i​b​e​r​t​e​.​pdf

    Voi­là. Si vous avez des infor­ma­tions com­plé­men­taires, soit allant dans le sens de la néces­saire « com­mu­na­li­sa­tion » de la démo­cra­tie (avec remon­tée et contrôle des pou­voirs sur un mode fédé­ral, comme en Suisse), soit réfu­tant cette idée et lais­sant pen­ser que l’u­nion fait la force, vous êtes les bien­ve­nus :o)

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  2. georges

    Mer­ci Etienne pour cette invitation

    Ce texte, comme celui de Marat, montre, à l’é­vi­dence, que cer­taines inter­ro­ga­tions de fond, posées lors de la Révo­lu­tion, sont tou­jours d’actualité.

    Je n’ai pas les com­pé­tences intel­lec­tuelles pour expri­mer clai­re­ment et encore moins de déve­lop­per les réflexions que m’ins­pirent les dif­fé­rents points soulevés.

    Je dirais sim­ple­ment 2 ou 3 choses.

    A l’é­vi­dence, il n’est pas encore acquis que par la réflexion, l’in­tel­li­gence, le savoir, etc. on par­vienne à don­ner un sens visible à l’or­ga­ni­sa­tion des rap­ports sociaux dans une Société.

    Il ne semble pas fon­dé de mettre sur le même plan :
    1. l’or­ga­ni­sa­tion struc­tu­rée d’un groupe social mino­ri­taire dit domi­nant avec
    2. un autre groupe social majo­ri­taire dit dominé
    En effet, ces deux groupes res­tent des construc­tions « arti­fi­cielles » dans la mesure où,
    d’une part, les membres qui consti­tuent cha­cun de ces groupes, sont sus­cep­tibles de bas­cu­ler dans l’autre groupe, selon des cir­cons­tances particulières.
    D’autre part, la réa­li­té d’une socié­té montre plu­tôt une mul­ti­tudes de groupes à l’i­mage d’un esca­lier : cha­cun cher­chant main­te­nir ou amé­lio­rer sa place au sein de son groupe, voire à pas­ser au groupe supérieur.

    Oppo­ser ces deux groupes (domi­nants, domi­nés), c’est croire à la Révo­lu­tion du Grand soir, et cha­cun veut le voir de son vivant.
    Quel­qu’un qui a sui­vi une ana­lyse connait bien ce sentiment.

    Il faut peut-être conce­voir que les enjeux puisse être tout autre.

    Je crois que l’er­reur consiste à vou­loir don­ner un même sens à ce qui est de l’ordre d’une vie (humaine) avec des phé­no­mènes inter-générationnels.

    La souf­france et la jouis­sance sont deve­nues des phé­no­mènes cultu­rels à laquelle on donne une valeur.

    Pour moi, ce que montre la Socié­té (dif­fé­rem­ment selon chaque per­sonne) est le reflet d’un miroir de ce qui se passe en nous, et les imper­fec­tions, les manques, etc. jus­ti­fient la néces­si­té d’oeu­vrer pour l’améliorer.
    C’est un chan­tier sans fin.

    Il n’y a pas un ordre à trou­ver, la Vie ne s’en­ferme pas dans un savoir.

    Georges

    Réponse
  3. Étienne

    Bon­jour Georges,

    Ce que vous dites (les indi­vi­dus passent faci­le­ment d’une caté­go­rie à l’autre sans chan­ger de nature pro­fonde) n’est pas en contra­dic­tion, me semble-t-il, avec la thèse sou­te­nue (un groupe réduit peut s’u­nir pour domi­ner alors qu’un groupe éten­du est condam­né à la dés­union et à la faiblesse).

    Je ne com­prends pas ce que vous préconisez.

    Moi, je crois pro­fon­dé­ment à cette inno­va­tion his­to­rique, abso­lu­ment inédite, d’un pro­ces­sus consti­tuant hon­nête (c’est-à-dire où les auteurs n’é­crivent pas les règles pour eux-mêmes) pour mettre en place des ins­ti­tu­tions qui garan­ti­ront dura­ble­ment le débat démo­cra­tique et le contrôle des pou­voirs en les orga­ni­sant au seul niveau pos­sible, pro­ba­ble­ment la com­mune.

    Et l’in­té­rêt des réflexions de Marat et de Weil est jus­te­ment de sou­li­gner comme il est dif­fi­cile d’é­chan­ger et de se pro­té­ger mutuel­le­ment quand on est trop nom­breux : cette ana­lyse devrait nous conduire à pré­voir des ins­ti­tu­tions adap­tées, non ?

    Ce n’est pas un « grand soir », ce n’est pas un groupe qui « gagne » contre un autre, il n’y a ni « bons » ni « méchants » (défi­ni­ti­ve­ment), — (ceci dit, je ne sais pas ce que vous trou­vez d’  »arti­fi­ciel » au ser­vage du plus grand nombre des labo­rieux et au para­si­tage d’une poi­gnée de pri­vi­lé­giés oisifs) —, mais par contre, concrè­te­ment, réa­lis­te­ment, on ne renonce pas à pro­gres­ser et on doit pou­voir résis­ter à TOUS les abus de pou­voirs (poli­tiques et éco­no­miques) si on fait atten­tion 1) à QUI écrit les règles et 2) à quel niveau on orga­nise les débats et les actes essentiels.

    Que vou­lez-vous dire en disant « il n’y a pas d’ordre à trou­ver » ? Pen­sez-vous que ce qui est doit conti­nuer à être et qu’on ne peut rien faire ?

    ;o)

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  4. georges

    Re :
    Je vais ten­ter d’être plus clair.

    « Et l’in­té­rêt des réflexions de Marat et de Weil est jus­te­ment de sou­li­gner comme il est dif­fi­cile d’é­chan­ger et de se pro­té­ger mutuel­le­ment quand on est trop nom­breux : cette ana­lyse devrait nous conduire à pré­voir des ins­ti­tu­tions adap­tées, non ? »

    Posé ain­si, aucune réponse ou solu­tion posée au mal, hor­mis ; « il fau­drait que, y a qu’à, etc… »

    De plus, cha­cun de nous a fait l’ex­pé­rience que l’on peut prou­ver, démon­trer, révé­ler les méfaits, les tra­hi­sons, etc. de ces gens de Pou­voir ; il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, plus bête celui qui ne veut pas com­prendre ; l’i­mage des 3 singes de la sagesse orientale.

    Je n’ai pas la pré­ten­tion de pou­voir pré­co­ni­ser un remède au mal de notre Socié­té, mais je tente de par­ta­ger avec vous mes propres inter­ro­ga­tions et doutes sur l’é­tat de ce monde.

    Mais de quel monde parle-t-on ?
    De celui qui est tel­le­ment immense qu’on ne peut en voir qu’une infime partie ?
    ou alors de celui qu’on a inté­rio­ri­sé et que l’on idéalise ?

    Une véri­té n’a de valeur que si elle est par­ta­gée par tous.

    Le texte de Simone Weil nous ras­sure car elle dit tout haut une par­tie de ce que nous pen­sons tout bas.

    L’ordre dont je parle (par exemple sur la répar­ti­tion des richesses), cha­cun de nous contri­bue à le modi­fier afin qu’il soit plus équi­table. Je dis sim­ple­ment qu’il n’est pas néces­saire d’a­voir conscience par quels moyens y par­ve­nir. Bien sûr, cela nous ras­su­re­rait de savoir le pour­quoi du comment.

    Ce qui m’a­mène à ce pro­pos, c’est le constat de tous les élé­ments qui animent un seul être (éco­no­mie, sen­ti­ments, pro­jec­tion, expé­riences, etc.), mul­ti­plié par plu­sieurs mil­liards d’êtres, je me dis qu’il est illu­soire de vou­loir englo­ber tout cela dans un seul esprit qui puisse don­ner la direc­tion à suivre (tel J‑C).

    Pour moi, il n’y a pas de problème.
    Ou alors la vie est un pro­blème dans le fait qu’elle génère un manque ; et cha­cun le comble à sa façon.

    Chan­ger la Consti­tu­tion ou ceux qui doivent la rédiger ?
    Mais quelles garan­ties avons-nous de ne pas émer­ger de nou­veaux effets per­vers avec cette nou­velle organisation ?
    Ce remède est une solu­tion valable au constat du mal de notre Socié­té actuelle.
    Mais si ce constat est par­tiel ou erroné ?

    Georges

    Réponse
  5. georges

    Re :

    Après avoir pous­sé un peu plus la réflexion sur le texte pro­po­sé, j’en viens à me dire que, si l’on suit le rai­son­ne­ment de Simone Weil, à savoir qu’un petit groupe homo­gène, orga­ni­sé, par­vient à domi­ner une majo­ri­té inef­fi­cace car inorganisée.

    La logique vou­drait que pour détrô­ner ce petit groupe domi­nant, il doit se consti­tuer un autre « petit » groupe suf­fi­sam­ment déter­mi­né avec des moyens appro­priés comme ceux uti­li­sés par le pou­voir en place, à savoir le men­songe, la mani­pu­la­tion, la vio­lence, etc.

    Avec l’in­tel­li­gence en plus car les exemples de « grou­pus­cules » comme l’I­RA, l’E­TA, les isla­mistes radi­caux, etc. ont mon­tré que d’une part, ce sont des groupes locaux, et, d’autre part, la vio­lence qu’ils uti­lisent se retourne contre leur cause.

    L’in­con­vé­nient, c’est qu’à cor­res­pon­dance égale, il fau­drait que ce groupe soit com­po­sé de mil­liers de personnes.

    Georges

    Réponse
  6. NingúnOtro

    Je crois qu’on sur­es­time le besoin d’être orga­ni­sés, et que quelques-uns ont trop d’in­té­rêt à nous faire croire que c’est abso­lu­ment nécessaire.

    Les néo-conser­va­teurs ne sont pas du tout orga­ni­sés, ils sont tou­jours en com­pé­ti­tion ouverte les uns avec les autres. Ce qu’ils ont, c’est du nez pour les logiques qui leur rap­portent le plus de béné­fices, de sorte qu’ils copient les uns sur les autres les plus effi­caces. De plus, tant que piller les peuples sera plus ren­table que se battre entre eux, ils ne com­men­ce­ront pas à se dis­pu­ter l’ex­clu­si­vi­té des idées parce que celui qui entre dans une bagarre de ce type perd de la ren­ta­bi­li­té vis-à-vis de ceux qui laissent faire.

    Ce qu’il nous faut, ce n’est pas être orga­ni­sés, car la seule chose qu’on obtient avec cela c’est le besoin d’a­voir une struc­ture orga­nique dont la tête visible peut être visée, mais déve­lop­per une logique qui sert le bon­heur du plus grand nombre sans dis­cri­mi­na­tions. C’est en déve­lop­pant cette logique et en la met­tant en pra­tique que cha­cun pour sa part va pou­voir trou­ver quoi faire de mieux pour contri­buer selon ses pos­si­bi­li­tés. Nul besoin alors de se mettre tous d’ac­cord pour faire une chose ensemble (l’é­ter­nelle talon d’A­chille de la gauche), mais cha­cun fait ce qu’il croit bien.

    Pour­vu que tous pour­suivent cette logique qui sert le bon­heur du plus grand nombre, nous aurons inté­rêt à viser les actes des néo-conser­va­teurs d’a­bord, avant de nous retour­ner contre ceux qui n’en font pas assez chez nous.

    Res­pec­ter cette logique nous faci­li­te­rait la col­la­bo­ra­tion spon­ta­née et non orga­ni­sée, ce qui la ren­for­ce­rait : par exemple, on pour­rait uti­li­ser des cri­tères logiques pour iden­ti­fier ceux qui vont à contre-sens, au-delà des cli­vages poli­tiques, idéo­lo­giques, éco­no­miques, etc.

    Pour don­ner un exemple que j’ai uti­li­sé lors de mes dis­cus­sions avec les zapa­tistes, quand je me dis­tan­ciais des cli­vages riche-pauvre qui leur sont si chers :

    Sup­po­sons deux pauvres tra­ver­sant un désert, l’un à pieds nus, l’autre avec des vieilles bottes raides. De quelle côté se trou­ve­rait celui qui marche aux pieds nus si sa prin­ci­pale pen­sée est de trou­ver le meilleur moment pour tran­cher la gorge de l’autre afin d’aug­men­ter ses chances de sur­vie en chaus­sant les bottes de celui-ci ?

    Être pauvre n’est point une garan­tie qui déter­mine qu’on se trouve du bon côté, bien que sou­vent ce sont ceux qui ne trichent pas qui res­tent pauvres…

    Avec une logique claire sur place, c’est à cha­cun, à tout moment, de faire de son mieux et aus­si de voir et juger si les autres font de leur mieux, et à cha­cun pour sa part de déci­der de col­la­bo­rer avec quel­qu’un ou de prendre une ini­tia­tive quel­conque ou de lui tour­ner le dos.

    C’est ain­si que, par exemple, les Oaxa­quiens n’ont guère voté PRI (ni aucun autre par­ti) lors de cette der­nière élec­tion, même si presque tous ceux qui ont voté l’ont fait pour le PRI. Ceux qui n’at­ten­daient plus rien des poli­ti­ciens cor­rom­pus n’ont sim­ple­ment pas voté (plus de 70% d’abs­ten­tion). On leur tourne le dos, et on s’or­ga­nise entre nous. Ils fini­ront bien par mou­rir un jour…

    Réponse
  7. Étienne

    Bon­jour,

    voi­ci un texte très bien argu­men­té sur ce sujet car­di­nal de la taille de la socié­té com­pa­tible avec la démocratie :

    Jean-Jacques Rosa a écrit en 2005 un texte qu’il a intitulé 
    « Arith­mé­tique de la démo­cra­tie – Ou les consé­quences démo­cra­tiques de la dimen­sion des nations »

    C’est pas­sion­nant, vous allez voir.

    C’est là : http://​pages​per​so​-orange​.fr/​j​e​a​n​j​a​c​q​u​e​s​.​r​o​s​a​/​A​r​i​t​h​m​e​t​i​q​u​e​2​.​pdf

     

    Le réfé­ren­dum sur le trai­té consti­tu­tion­nel européen : 

    L’arithmétique de la démocratie 
    Ou les consé­quences démo­cra­tiques de la dimen­sion des nations 

    16 mai 2005 
    Jean-Jacques Rosa*

     

    1. Le point essen­tiel du débat sur le trai­té consti­tu­tion­nel n’est pas de savoir si ce texte est suf­fi­sam­ment socia­liste ou exces­si­ve­ment libé­ral. Aucune consti­tu­tion ne peut fixer à l’avance ce que seront les condi­tions des équi­libres sociaux et poli­tiques qui pous­se­ront des gou­ver­ne­ments d’orientations idéo­lo­giques diverses à adop­ter, dans des périodes futures carac­té­ri­sées par l’imprévisibilité, des pra­tiques plus ou moins dirigistes. 

    Mais les pro­mo­teurs du trai­té savent bien que pour obte­nir un sou­tien majo­ri­taire dans les élec­to­rats, la ques­tion de la cen­tra­li­sa­tion euro­péenne n’étant a prio­ri ni de gauche ni de droite, c’est-à-dire ne se défi­nis­sant pas en termes de redis­tri­bu­tion des reve­nus, il convient de ratis­ser large et d’attirer simul­ta­né­ment des élec­teurs de droite et des élec­teurs de gauche. 

    D’où le double lan­gage consis­tant à ins­crire d’avance des poli­tiques – de gauche et de droite – dans le texte, ce qui engendre les ambi­guï­tés que l’on observe mais tend à maxi­mi­ser les votes favo­rables. Il s’agit d’attirer des clien­tèles diverses ou oppo­sées en leur fai­sant miroi­ter l’obtention défi­ni­tive des résul­tats redis­tri­bu­tifs qu’elles pré­fèrent, ce qui est à la fois impos­sible et contraire à l’objet même de la consti­tu­tion qui est de fixer des règles géné­rales de déci­sion col­lec­tive et confir­mer la répar­ti­tion des pou­voirs entre groupes sociaux domi­nants comme l’avait par­fai­te­ment expli­qué Charles Beard dans son ouvrage clas­sique de 1913, An Eco­no­mic Inter­pre­ta­tion of the U.S. Consti­tu­tion (1) .

    Une consti­tu­tion défi­nit les moda­li­tés des rela­tions entre les diri­geants et les diri­gés, leurs pou­voirs res­pec­tifs, et non pas le détail des poli­tiques futures des diri­geants, qui chan­ge­ront néces­sai­re­ment au fil du temps, des cir­cons­tances et des évo­lu­tions de carrières. 

     

    2. Le point essen­tiel du débat sur le trai­té consti­tu­tion­nel consiste à savoir si le dépla­ce­ment qu’il nous pro­pose du lieu géo­gra­phique du pou­voir poli­tique et de son aire de contrôle, du niveau actuel des nations euro­péennes vers le niveau conti­nen­tal de l’union (à voca­tion fédé­rale) est ou non avan­ta­geux pour les popu­la­tions concer­nées. Le pas­sage à une dimen­sion plus vaste de la socié­té poli­tique en Europe, jusqu’à atteindre celle du conti­nent tout entier, est-elle ou non dans notre inté­rêt collectif ? 

    Nous nous situons ici dans une pers­pec­tive démo­cra­tique, c’est-à-dire dans laquelle c’est le peuple dans son ensemble – au-delà des groupes de pres­sion divers – qui détient l’autorité poli­tique, ou contrôle suf­fi­sam­ment ses diri­geants pour obte­nir des déci­sions col­lec­tives qui favo­risent ses inté­rêts au sens large et non pas en prio­ri­té le seul inté­rêt des groupes dirigeants. 

    La valeur prio­ri­taire à défendre dans un débat consti­tu­tion­nel est donc celle de la démo­cra­tie. Il convient d’abord de s’assurer que la consti­tu­tion favo­rise et garan­tit l’exercice de la démocratie. 

    Ensuite, par­mi l’ensemble des consti­tu­tions démo­cra­tiques, il faut choi­sir celles qui sont le plus effi­caces du point de vue du niveau de vie et de la crois­sance. Le second cri­tère est donc celui de l’efficacité de la ges­tion, l’efficacité de l’Etat contri­buant pour par­tie à l’efficacité géné­rale de l’économie.

    Il s’ensuit que le débat sur le trai­té consti­tu­tion­nel se défi­nit par la double ques­tion : la cen­tra­li­sa­tion des déci­sions poli­tiques au niveau du conti­nent accroît-elle ou réduit-elle le degré de fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique dans les pays concer­nés (ou pour les peuples concer­nés) ? et d’autre part conduit-elle à un accrois­se­ment ou une réduc­tion de l’efficacité des éco­no­mies des pays qui font actuel­le­ment par­tie de l’Union ?

    Ayant lar­ge­ment trai­té par ailleurs la ques­tion de l’efficacité ou de l’inefficacité éco­no­mique de la grande dimen­sion des orga­ni­sa­tions hié­rar­chiques et des nations (Le second ving­tième siècle : déclin des hié­rar­chies et ave­nir des nations, Gras­set 2000), je vou­drais abor­der ici la pre­mière ques­tion, celle de l’impact de la cen­tra­li­sa­tion, et donc de la dimen­sion, sur la démocratie. 

     

    3. Rap­pe­lons que selon le Petit Robert, « la démo­cra­tie (n.f.) … est l’organisation poli­tique dans laquelle l’ensemble des citoyens exerce la sou­ve­rai­ne­té ». La démo­cra­tie implique par consé­quent une large par­ti­ci­pa­tion des citoyens et exclut en prin­cipe un rôle pré­pon­dé­rant de tels ou tels groupes d’individus.

    La tra­di­tion poli­tique clas­sique, depuis la Grèce antique jusqu’à Rous­seau et Mon­tes­quieu, attri­buait sans grande dis­cus­sion un avan­tage démo­cra­tique aux pays ou enti­tés poli­tiques de petites dimen­sions, démo­gra­phiques ou géo­gra­phiques. La par­ti­ci­pa­tion y était cen­sée plus intense, les com­mu­ni­ca­tions meilleures, les pré­fé­rences plus homo­gènes et le poids des groupes orga­ni­sés moindre. 

    Une nova­tion est inter­ve­nue avec l’explosion démo­gra­phique de la période moderne et la consti­tu­tion de grandes démo­cra­ties, notam­ment aux Etats-Unis. Mais notons que ces grandes démo­cra­ties éprouvent le plus sou­vent le besoin de décen­tra­li­ser leur orga­ni­sa­tion en une struc­ture fédérale. 

    C’est ain­si que Dahl et Tufte (Robert A. Dahl et Edward R. Tufte, Size and Demo­cra­cy, Stan­ford Uni­ver­si­ty Press, 1974, p.38) ont obser­vé des cor­ré­la­tions sys­té­ma­ti­que­ment néga­tives, pour 18 démo­cra­ties repré­sen­ta­tives, entre les dimen­sions démo­gra­phiques et géo­gra­phiques des pays, d’une part, et le degré de cen­tra­li­sa­tion des fonc­tions gou­ver­ne­men­tales, de l’autre. La conclu­sion est lim­pide : les grands pays qui sont démo­cra­tiques se décen­tra­lisent, sans doute pour res­ter à la fois démo­cra­tiques et effi­caces dans la gestion. 

    Or c’est l’inverse qui nous est pro­po­sé par l’entreprise de « construc­tion poli­tique euro­péenne » et par le trai­té consti­tu­tion­nel : on nous pro­pose d’augmenter consi­dé­ra­ble­ment la dimen­sion du « pays » (l’Union euro­péenne) par rap­port aux nations exis­tantes, tout en accrois­sant simul­ta­né­ment la cen­tra­li­sa­tion des pouvoirs. 

    Un peu d’arithmétique élé­men­taire nous donne, à titre d’illustration et en pre­mière approxi­ma­tion, l’ordre de gran­deur de la régres­sion démo­cra­tique que déter­mine cette stra­té­gie de la grande dimension. 

    Elle réduit en pre­mier lieu le pou­voir de l’électeur, elle peut ensuite mettre en mino­ri­té per­ma­nente l’électorat de cer­taines nations dans la déci­sion du grand ensemble, et elle conduit enfin à majo­rer l’influence des lob­bies et groupes de pres­sion ain­si que celle de la classe pro­fes­sion­nelle bureau­cra­ti­co-poli­tique au détri­ment natu­rel­le­ment de l’ensemble du corps électoral. 

     

    A. La dilu­tion du pou­voir électoral 

    Exa­mi­nons la situa­tion des élec­teurs fran­çais face aux prin­ci­paux acteurs du jeu poli­tique consti­tu­tion­nel, en com­pa­rant le poids de leur vote dans la consti­tu­tion fran­çaise actuelle et dans le cadre du trai­té constitutionnel. 

    (En sim­pli­fiant consi­dé­ra­ble­ment tous les détails ins­ti­tu­tion­nels pour rendre la trame de l’argumentation plus lisible, par exemple les pour­cen­tages exacts de repré­sen­ta­tion par­le­men­taire, les majo­ri­tés élec­to­rales et de gou­ver­ne­ment, les droits de veto, etc.). 

    Ces acteurs sont le Par­le­ment et le gou­ver­ne­ment (en incluant dans ce der­nier, par sim­pli­fi­ca­tion et pour la com­mo­di­té du rai­son­ne­ment, le Pré­sident de la Répu­blique) dans le pre­mier cas, et le Par­le­ment, le Conseil des Ministres et la Com­mis­sion de Bruxelles dans le second. 

    a/ Le pou­voir de l’électeur sur la dési­gna­tion du Parlement 

    Le contrôle de l’ensemble des élec­teurs fran­çais est de 100 % dans le cadre de la Consti­tu­tion natio­nale. L’ensemble des élus repré­sente ain­si l’ensemble de la popu­la­tion (plus ou moins fidè­le­ment selon le sys­tème élec­to­ral adopté). 

    Dans une Consti­tu­tion euro­péenne, les élec­teurs fran­çais dans leur ensemble ne peuvent espé­rer dési­gner des élus au Par­le­ment euro­péen qu’au pro­ra­ta de leur poids démo­gra­phique com­pa­ré à celui de l’ensemble euro­péen, soit approxi­ma­ti­ve­ment, selon les règles adop­tées, celui d’une soixan­taine de mil­lions de per­sonnes sur plus de 450 mil­lions d’européens. Disons envi­ron 13 % des par­le­men­taires de Strasbourg. 

    Le fac­teur de dilu­tion du pou­voir élec­to­ral du citoyen fran­çais est de l’ordre de plus de 7. 

     

    b/ Le pou­voir de l’électeur sur les déci­sions de l’exécutif

    Pour ce qui est du contrôle de l’ensemble des élec­teurs fran­çais sur l’exécutif (le Gou­ver­ne­ment en France et le Conseil des ministres dans le trai­té) il passe de 100 % dans la Consti­tu­tion natio­nale à 1 ministre sur 25 dans le trai­té, soit 4% du Conseil. 

    Le fac­teur de dilu­tion du pou­voir de l’électeur est ici de 25. 

     

     

    B. La perte de repré­sen­ta­ti­vi­té de politiques 

    Dans les ana­lyses du « Public Choice » ou ana­lyse éco­no­mique de la poli­tique (Bucha­nan et Tul­lock, The Cal­cu­lus of Consent), il est géné­ra­le­ment admis que c’est l’électeur « médian », celui qui se trouve au centre de la dis­tri­bu­tion des pré­fé­rences poli­tiques indi­vi­duelles, qui déter­mine effec­ti­ve­ment les poli­tiques adoptées. 

    Mais plus l’ensemble des popu­la­tions – et des élec­to­rats – devient vaste, plus il est pro­bable que des peuples dif­fé­rents, ayant connu des tra­di­tions dif­fé­rentes et se situant dans des ensembles éco­no­miques et cultu­rels dif­fé­ren­ciés, aient des dis­tri­bu­tions de pré­fé­rences poli­tiques dissemblables. 

    Ain­si il est très conce­vable que l’ensemble de l’électorat d’un pays ne soit pas répar­ti (dans ses pré­fé­rences poli­tiques) comme l’ensemble de la popu­la­tion du grand ensemble continental. 

    On peut se trou­ver alors dans une situa­tion ou tout l’électorat natio­nal occupe une posi­tion décen­trée par rap­port à l’ensemble de l’électorat continental. 

    Pour concré­ti­ser, l’ensemble des élec­teurs sué­dois ou danois peuvent avoir une pré­fé­rence pour la redis­tri­bu­tion des reve­nus beau­coup plus mar­quée que celle de l’ensemble des élec­teurs euro­péens. Dans ce cas ces élec­teurs sué­dois ou danois n’auront jamais satis­fac­tion en Europe si la poli­tique de redis­tri­bu­tion est désor­mais « fédé­rale », c’est-à-dire cen­tra­li­sée, alors qu’ils pour­raient choi­sir pré­ci­sé­ment la poli­tique de leur conve­nance en res­tant indé­pen­dants au sein de leur propre pays. 

    Cet argu­ment est bien connu dans l’analyse des biens et ser­vices fai­sant l’objet d’une déci­sion col­lec­tive : la four­ni­ture d’un ser­vice col­lec­tif, néces­sai­re­ment stan­dar­di­sé, est de ce fait moins adap­tée aux attentes diverses des divers indi­vi­dus que la four­ni­ture décen­tra­li­sée et indi­vi­dua­li­sée du même ser­vice par des pro­duc­teurs mul­tiples et concur­rents : « one size does not fits all ». 

    C’est en par­ti­cu­lier ce qui se passe pour l’euro. Une poli­tique moné­taire unique en Europe ne cor­res­pon­dra pro­ba­ble­ment aux besoins d’aucune des éco­no­mies concer­nées si celles-ci res­tent carac­té­ri­sées par des conjonc­tures auto­nomes et différenciées. 

    Il s’ensuit que le pas­sage à une poli­tique conti­nen­tale ne peut qu’affaiblir la satis­fac­tion démo­cra­tique des élec­to­rats natio­naux si ces der­niers ont des pré­fé­rences spé­ci­fiques et ne forment pas, du point de vue de ces pré­fé­rences, un « peuple unique » avec ceux des autres pays membres. 

    C’est ce méca­nisme fon­da­men­tal qui donne un conte­nu véri­table au débat sur l’existence ou non d’un « peuple euro­péen ». Ce n’est pas une ques­tion idéo­lo­gique ou spé­cu­la­tive : il s’agit de savoir si les pré­fé­rence poli­tiques sont dis­tri­buées de façon simi­laire (« homo­thé­tique ») ou au contraire dis­sem­blable au sein des « peuples natio­naux » des pays membres. L’hétérogénéité des pré­fé­rences entraîne l’inefficacité démo­cra­tique de la pres­ta­tion centralisée. 

    Lorsque les dis­tri­bu­tions des pré­fé­rences dif­fèrent entre les nations actuelles, le pas­sage à une déci­sion euro­péenne peut réduire sen­si­ble­ment la repré­sen­ta­ti­vi­té des déci­sions collectives. 

    La démo­cra­tie est alors affai­blie : elle régresse. 

     

    Mais à ces deux effets déjà redou­tables s’ajoute une troi­sième rai­son de dilu­tion de la démo­cra­tie : le ren­for­ce­ment spec­ta­cu­laire des lob­bies et du per­son­nel poli­tique et admi­nis­tra­tif lors du pas­sage à la plus grande dimension. 

     

     

    C. Ren­for­ce­ment de l’exécutif et des lobbies

    On sait que la classe poli­tique dans son immense majo­ri­té est tota­le­ment acquise à la néces­si­té de la construc­tion euro­péenne, alors même que les élec­teurs dans leur ensemble sont très par­ta­gés, comme l’a mon­tré par exemple le réfé­ren­dum sur Maas­tricht et comme le montre à nou­veau aujourd’hui celui sur le trai­té constitutionnel. 

    Si l’on croit valables, au moins en par­tie, cer­tains des argu­ments expo­sant les incon­vé­nients de l’unification, on ne peut que s’interroger sur les rai­sons de cet extra­or­di­naire consen­sus jadis dénon­cé comme « la pen­sée unique ». 

    La seule expli­ca­tion géné­ra­le­ment avan­cée est celle de « l’idéologie » euro­péiste. Mais une idéo­lo­gie ne peut être tota­le­ment arbi­traire ni com­plè­te­ment décon­nec­tée d’intérêts réels. 

    Nous pro­po­sons ici une autre expli­ca­tion qui tient au gain consi­dé­rable de pou­voir et de res­sources dont béné­fi­cie à la classe poli­tique et admi­nis­tra­tive dans son ensemble (ce que nous dési­gnons comme la « classe exé­cu­tive »(1)) ain­si que les groupes de pres­sions et autres lob­bies, dans le cadre d’une cen­tra­li­sa­tion, c’est-à-dire d’un accrois­se­ment de la dimen­sion de la socié­té politique. 

    Or le ren­for­ce­ment du pou­voir de l’exécutif et de divers groupes sociaux se fait au détriment 

    u contrôle des élec­teurs qui sont cen­sés, en régime démo­cra­tique, dic­ter à l’exécutif ses déci­sions, ce der­nier étant « l’agent » des déten­teurs ultimes et légi­times du pou­voir, les citoyens. 

     

    a/ L’avantage de la classe exécutive 

    Le pas­sage à la grande dimen­sion de l’ensemble auquel s’appliquent de mêmes lois et règle­ments change radi­ca­le­ment les consé­quences éco­no­miques de ces dis­po­si­tions juridiques. 

    On sait depuis l’analyse de George Sti­gler (Prix Nobel d’économie) et de Sam Peltz­man, que les régle­men­ta­tions sont des formes d’impôts accom­pa­gnées de sub­ven­tions ou trans­ferts de reve­nus. Elles imposent en effets des coûts à cer­taines caté­go­ries d’acteurs et apportent des avan­tages ou trans­ferts à d’autres caté­go­ries. Ain­si une poli­tique de sou­tien des prix agri­coles (au des­sus des prix cou­rants de mar­ché) déter­mine un pré­lè­ve­ment payé par les consom­ma­teurs de ces pro­duits, et qui per­met de sub­ven­tion­ner les pro­duc­teurs. C’est un impôt accom­pa­gné d’un transfert. 

    Or le pas­sage de régle­men­ta­tions qui affectent au niveau d’une nation 50, 60 ou 70 mil­lions de per­sonnes à des régle­men­ta­tions qui en affectent 450 mil­lions, change évi­dem­ment le « bud­get impli­cite » qui cor­res­pond à ces qua­si impôts et transferts. 

    Une mesure qui repré­sen­tait un mon­tant d’impôt et un trans­fert de 6 euros déter­mine désor­mais, dans le cadre unique euro­péen un impôt et trans­fert de 45 euros. 

    Le pou­voir de l’exécutif qui décide de ces opé­ra­tions est modi­fié dans les mêmes pro­por­tions – ici de 1 à 13 – puisqu’il peut affec­ter pour ces mêmes mon­tants des clien­tèles cor­res­pon­dantes beau­coup plus vastes. 

    Il y a donc ren­for­ce­ment du pou­voir de l’exécutif du grand ensemble par rap­port à ceux des anciennes nations indé­pen­dantes (pou­voir posi­tif et néga­tif, car le pou­voir de l’autorité qui gère ces régle­men­ta­tions effec­tives ou poten­tielles tient aus­si à sa capa­ci­té « de nui­sance » à l’égard de ceux qui subissent le poids de la nou­velle qua­si fis­ca­li­té, comme le montre Fred McChes­ney, Rent see­king and rent extrac­tion, cha­pitre 18 in William F. Shu­ghart II et Lau­ra Raz­zo­li­ni, eds. The Elgar Com­pa­nion to Public Choice, Edward Elgar, 2001). 

    L’attractivité des car­rières dans cet exé­cu­tif est aug­men­tée d’autant. De la même façon que les car­rières dans les plus grandes entre­prises béné­fi­cient d’une attrac­ti­vi­té qui est liée au niveau de leur chiffre d’affaires, les plus grandes entre­prises payant géné­ra­le­ment des salaires plus éle­vés que les plus petites, le pres­tige et les rému­né­ra­tions des fonc­tion­naires et diri­geants poli­tiques est lié à la grande dimen­sion de l’ensemble qu’ils régissent. 

    Mais ce n’est pas la seule muta­tion que pro­voque la centralisation. 

     

    b/ L’avantage des lob­bies

    La cen­tra­li­sa­tion des poli­tiques béné­fi­cie tout autant aux divers lob­bies. En effet au lieu d’avoir à négo­cier avec 15 ou 25 auto­ri­tés natio­nales indé­pen­dantes, ces der­niers peuvent se concen­trer sur une seule auto­ri­té conti­nen­tale pour avoir accès à l’ensemble du mar­ché de 450 mil­lions de consommateurs. 

    L’importance accrue des rentes à attendre de la régle­men­ta­tion com­mune jus­ti­fie des inves­tis­se­ments accrus en recherche de rentes poli­tiques (le phé­no­mène de « rent-see­king » étu­dié par Gor­don Tullock). 

    Cela signi­fie qu’en pre­mière approxi­ma­tion le coût du lob­bying en Europe est divi­sé par 25 du fait de la cen­tra­li­sa­tion régle­men­taire, par rap­port à ce qu’il était avant la centralisation. 

    Il n’est donc pas éton­nant que le lob­bying pros­père à Bruxelles. 

    Il n’est pas éton­nant non plus que la quan­ti­té des régle­men­ta­tions pro­li­fère dans ce grand ensemble puisque les avan­tages qu’elles pré­sentent désor­mais tant pour les offreurs que pour les deman­deurs ont consi­dé­ra­ble­ment augmenté. 

    La quan­ti­té de lob­bying qui s’adresse à l’autorité de contrôle fédé­rale peut être consi­dé­ra­ble­ment ampli­fiée par rap­port à celle qui s’adressait à chaque auto­ri­té natio­nale, à la fois parce que 10, 15 bud­gets de lob­bying natio­naux ou plus sont sup­pri­més, mais éga­le­ment parce que le rap­port bénéfice/coût du lob­bying est mul­ti­plié par 15, 20 ou 25 en rai­son de la centralisation. 

    De plus la grande dimen­sion favo­rise la for­ma­tion de lob­bies plus nom­breux. Dans un petit pays il n’y a pas tou­jours suf­fi­sam­ment de pro­duc­teurs spé­cia­li­sés pour créer effi­ca­ce­ment un groupe d’intérêt (Man­cur Olson montre en par­ti­cu­lier les dif­fi­cul­tés de créa­tion ini­tiale d’un groupe de pression). 

    Mais dans un grand pays c’est très géné­ra­le­ment le cas. Les pro­duc­teurs sont tou­jours en nombre suf­fi­sant pour que la dimen­sion cri­tique de créa­tion du lob­by soit atteinte. Et de nom­breux lob­bies vont se créer avec l’augmentation de la dimen­sion du marché. 

     

     

    Au total, il y a donc des accrois­se­ments très impor­tants des pou­voirs de l’exécutif et des légis­la­teurs euro­péens ain­si que des lob­byistes lors de l’augmentation de la dimen­sion de la socié­té poli­tique. Ces pou­voirs se tra­duisent en un flux sup­plé­men­taire de res­sources finan­cières d’ampleur consi­dé­rable, et celles-ci vont faire l’objet d’un par­tage entre offreurs et deman­deurs de régle­men­ta­tions, exé­cu­tifs et admi­nis­tra­tions du grand ensemble et lobbyistes. 

    Il ne s’agit pas néces­sai­re­ment d’un phé­no­mène répré­hen­sible ou illé­gi­time : le lob­bying n’est pas illé­gal et peut contri­buer à pro­duire des déci­sions poli­tiques plus éclai­rées. Mais le ren­for­ce­ment et la concen­tra­tion du pou­voir régle­men­taire et légis­la­tif n’en contri­bue pas moins à réduire le pou­voir des élec­teurs et à ren­forces celui des pro­duc­teurs en géné­ral, et des pro­duc­teurs de régle­men­ta­tion en particulier. 

    L’augmentation de la « ren­ta­bi­li­té pri­vée » des régle­men­ta­tions pour ces acteurs va déter­mi­ner un accrois­se­ment de la quan­ti­té pro­duite qui se sub­sti­tue très lar­ge­ment à la col­lecte d’impôts expli­cites qui – en l’état actuel – reste minime au niveau euro­péen et demeure, pour l’instant, du res­sort des auto­ri­tés natio­nales. Il y a ain­si une spé­cia­li­sa­tion fis­cale des auto­ri­tés poli­tiques : le pré­lè­ve­ment de l’impôt expli­cite se fait au niveau natio­nal, et le pré­lè­ve­ment des impôts régle­men­taires est concen­tré au niveau continental. 

    Mais le ren­for­ce­ment du pou­voir éco­no­mique des membres de la classe exé­cu­tive et des lob­bies signi­fie une réduc­tion cor­ré­la­tive de pou­voir des électeurs. 

    C’est le troi­sième et redou­table effet arith­mé­tique de la régres­sion démo­cra­tique due à la grande dimen­sion.

     

    Conclu­sion générale

    Du point de vue du cri­tère démo­cra­tique, le choix d’une Consti­tu­tion natio­nale ou euro­péenne se pré­sente de façon claire : le pas­sage à la grande dimen­sion et à la cen­tra­li­sa­tion des poli­tiques implique une très sérieuse régres­sion de la démo­cra­tie. L’arithmétique élé­men­taire rejoint la conclu­sion des auteurs clas­siques sur la démo­cra­tie : celle-ci est plus effi­cace dans les petits pays. 

     

    §§§§§§§§§§§

     

    Notes :

    * [email protected] http://​jjro​sa​.com/

    (1) Expli­ca­tion trop par­faite même, en un sens, puisque clai­re­ment com­prise par ses lec­teurs ce qui avait fait de l’auteur la vic­time d’un ostra­cisme durable dans les milieux aca­dé­miques et diri­geants des États-Unis de l’époque.

    (2) On peut trai­ter l’ensemble des fonc­tion­naires et de poli­tiques comme un seul groupe, ou une seule enti­té, dans la mesure où ces pro­fes­sion­nels par­tagent un inté­rêt com­mun (ce qui est le cas pour la régle­men­ta­tion) et d’autant plus qu’il y a fusion des car­rières, au lieu d’une spé­cia­li­sa­tion dif­fé­ren­ciée entre contrô­leurs et contrô­lés, ce que j’ai mon­tré dans l’article « Les fonc­tion­naires, les poli­tiques et la démo­cra­tie » paru dans Le Figa­ro du 28 novembre 1997.

    Je m’étonne que ce sujet essen­tiel (et mal trai­té dans les medias) n’inspire ici pas plus de commentaires.

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  8. gilles

    Marat :

    « Il semble que ce soit le sort inévi­table de l’homme, de ne pou­voir être libre nulle part : par­tout les princes marchent au des­po­tisme et les peuples à la servitude.

    C’est un étrange spec­tacle que celui d’un gou­ver­ne­ment poli­tique. On y voit, d’un côté, les har­dis des­seins de quelques indignes menées, et les res­sorts secrets qu’ils font jouer pour éta­blir leur injuste empire ; de l’autre, on y voit les nations qui se repo­saient à l’ombre des lois, mises aux fers ; les vains efforts que fait une mul­ti­tude d’in­for­tu­nés pour s’af­fran­chir de l’op­pres­sion, et les maux sans nombre que l’es­cla­vage traîne à sa suite. Spec­tacle, à la fois hor­rible et magni­fique où paraissent, tour à tour, le calme, l’a­bon­dance, les jeux, la pompe, les fes­tins, l’a­dresse, la ruse, les arti­fices, les tra­hi­sons, les exac­tions, les vexa­tions, la misère, l’exil, les com­bats, le car­nage et la mort.

    Quelques fois le des­po­tisme s’é­ta­blit tout à coup par la force des armes et une nation entière est vio­lem­ment asser­vie ; mais ce n’est pas de cette marche de l’au­to­ri­té légi­time au pou­voir arbi­traire que j’ai à par­ler dans cet ouvrage ; c’est des efforts lents et conti­nus qui, cour­bant peu à peu sous le joug la tête des peuples, leur font perdre à longue et la force et l’en­vie de le secouer. »

    Quel vision­naire, j’ai l’im­pres­sion qu’il parle de la situa­tion actuelle.

    Réponse
  9. lanredec

    Une vraie pépite.
    Quand on pense que c’est le même qui s’op­pose à la fédé­ra­tion, à une France orga­ni­sée en une cen­taine de « petits états », par des appels au meurtre contre les dépu­tés girondins …

    Réponse
  10. Ana Sailland

    Oui, ce site regorge de pépites.
    Et ici s’en trouve une.
    La cohé­rence est sou­hai­table, du verbe et du faire, et exi­gible au pré­sent, mais trop s’y atta­cher au niveau de l’His­toire nous pri­ve­rait des pics de clair­voyante hon­nê­te­té de ceux qui n’ont <peut être> pas été constants ni fidèles au meilleur de leurs heures.

    @Marat

    J’ai plu­sieurs fois sur ces pages énon­cé que plus est grand le rayon d’ac­tion d’un pou­voir quel qu’il soit, poli­tique, moné­taire, spi­ri­tuel, média­tique, plus ce pou­voir est autiste. Phé­no­mène « struc­tu­rel » comme on dit de nos jours : sur toute plaine immense, ou héris­sée de mon­tagnes, aux tenan­ciers du pou­voir, métayers des bas­sesses humaines, eux dont deux des plus criants défauts sont paresse intel­lec­tuelle et lâche­té fon­da­trice, il suf­fit, pour ne pas avoir à répondre au ques­tion­ne­ment du peuple, de ne sim­ple­ment pas l’é­cou­ter ; de ne point prendre le risque du dia­logue, de ne pas mettre en place la néces­saire nuée des fonc­tion­naires affec­tés à la com­mu­ni­ca­tion exhaus­tive, libre et non faus­sée, entre toutes les cel­lules du corps social.
    Et ce bon peuple com­pren­dra volon­tiers, et se sou­met­tra à cette idée qu’en effet, la vas­ti­tude est un obs­tacle, qui le sépare non seule­ment des maîtres, mais encore des points d’ac­cu­mu­la­tion de l’é­veil qui par­fois sur­gissent, archi­pel dis­pa­rate, en son sein. Ayant tant de peine à com­mu­ni­quer entre eux, gens simples et autres citoyens admet­trons que c’est tout autant ardu entre eux et l’homme pro­vi­den­tiel, se rési­gne­ront à ne plus l’interroger, ne plus le sur­veiller, ne plus le contes­ter. A tel point même que de nos jours cer­tains res­pon­sables des clefs du Monde sont incon­nus, mis en place par des incon­nus, char­gés de mis­sions incon­nues, sans que jamais soup­çon de bar­ri­cade ne rompe ce mys­tère cos­mique. Pire encore le peuple lui-même, qua­si amou­reux de son impuis­sance, accuse de tur­pi­tude qui­conque se penche vers le pre­mier pavé.

    Mais foin de lamen­ta­tion, ne res­tons pas sur la paille, cher­chons la solu­tion.
    Je la per­çois dans la sup­pres­sion de l’un des termes de l’é­qua­tion.
    Sup­pri­mer le peuple est exclu, grand éclat de rire, quoique du rire aux larmes il n’y a pas loin, puis­qu’en cer­tains points du globe cette solu­tion extré­miste fut ten­tée, au moins par­tiel­le­ment. Sais tu pauvre ami que, lourde gloire post­hume, une Com­pa­gnie de Brutes fut peu après ton départ bap­ti­sée de ton nom. Quant au mien de nom, des mas­sacres d’Avrillé il retire une gloire oubliée dont la bien­heu­reuse Jeanne Sailland se serait bien pas­sée.
    Mais la suite fut pire encore, et je ne veux pas en trou­bler ton sommeil.
    Sup­pri­mer les Thé­nar­diers de l’au­berge répu­bli­caine (oups par­don, tu es trop de jadis pour connaître ce gars là, alors disons encore les tenan­ciers, ça rime 🙂 ) cela semble être une bonne solu­tion, qui pour­rait s’appeler la démo­cra­tie. Mais dont la réa­li­té s’écarte obs­ti­né­ment de nos des­tins. Cer­tains disent que ce refus par les temps obs­ti­nés de consa­crer l’évident pro­jet au rang de la pra­tique pro­vien­drait du fait que la démo­cra­tie à grande échelle serait impos­sible, ce qui va dans le sens de ton mes­sage. Je ne crois pas à cette impos­si­bi­li­té, et vais bien­tôt m’en expliquer.
    Sup­pri­mer la vas­ti­tude est encore plus malin, puisqu’elle est cause de l’autisme : il s’a­gi­rait de conser­ver la cohé­sion, voire de la pro­mou­voir, par le cœur et la phi­lo­so­phie, les arts les âmes et les lettres ( sacré du bel­lay …) qui natu­rel­le­ment inclinent un peuple, voire incli­ne­ront un jour le genre humain tout entier, pour­quoi pas, à se sen­tir un et indi­vi­sible. Conser­ver la cohé­sion tout en auto­ri­sant le mariage heu­reux de la déci­sion avec les rivières, les forêts, les champs, les ter­ri­toires spé­ci­fiques qui sont des êtres indi­vi­dués peu­plés d’humains indi­vi­dués, que la sou­mis­sion à l’imbécillité de l’autisme cen­tra­li­sé insupporte. 
    Il s’agit en quelque sorte non seule­ment de virer du bal les auto­ri­ta­rismes, mais encore, et c’est la toute la déli­cate dif­fi­cul­té, il s’agit de divi­ser pour mieux unir (et non point pour régner), car à trop vou­loir unir on n’a plus rien à unir qu’un mag­ma informe, incom­mu­ni­quant et donc sans volon­té propre, et donc sans vie. Un Etat cen­tral, ne gou­verne qu’un peuple zom­bie tan­dis que d’un bas­sin de vie peut jaillir la réelle démocratie . 
    Reste à résoudre la ques­tion des tâches glo­bales qui pour rai­son de néces­saire coor­di­na­tion ne peuvent être aban­don­nées aux gérances locales. Elles sont rares, et ins­ti­tuer une méca­nique de conver­gence des idées, des sou­haits, des actes, conver­gence consen­suelle et consen­tie des conte­nus nom­breux au conte­nant unique mais modeste, cela n’est pas bien com­pli­qué. Mais les sus­dits tenan­ciers sont des mar­gou­lins qui ont trop à perdre dans l’édification de cette juste et sim­plis­sime ins­ti­tu­tion. Un jour, le peuple, peut être, sau­ra exi­ger son dû.

    Sur ce je vais prendre un bain et ne souf­fri­rai en aucun cas d’y être dérangée 😉

    Réponse
  11. J.C

    @ Ana

    Bien vu et bien exprimé

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  12. Ana Sailland

    Je m’en­gage à ne jamais ache­ter un article ou une marque dont la pro­mo­tion sau­vage pol­lue ce blog.

    Et de façon plus géné­rale, j’é­vite de com­mer­cer avec les entre­prises pré­sentes sur les medias.

    Réponse
  13. Ana Sailland

    Je suis scot­chée depuis plu­sieurs jours sur ce fil de dis­cus­sion. CAR : Je crois qu’i­ci se trouve l’un des nœuds prin­ci­paux de l’arbre des causes et des effets qui conduisent à l’in­jus­tice ins­ti­tu­tion­nelle, chro­nique et indé­bou­lon­nable, en dépit de maintes révo­lu­tions, ici, ou là.

    La solu­tion-Étienne, si claire et incon­tour­nable, que je suis bien déci­dée à favo­ri­ser de mes modestes secondes, sitôt que réa­li­sée risque bien j’en ai crainte d’être sub­mer­gée, par le mys­tère inson­dable ici mis en relief.

    Le texte de Simone est d’une puis­sance qui me bou­le­verse (mais ne vous inquié­tez pas, je vais survivre 😉 )

    Le ques­tion­ne­ment de Simone est fon­da­men­tal. En le lisant, je ne sais que pen­ser (excu­sez moi l’i­mage dure) à ces foules ras­sem­blées sur les quais de gare, et qui ne se ruaient pas sur les gardes dans l’es­poir que quelques uns des condam­nés en échap­pe­raient. J’ai vu de ces films où le bétail conduit à l’a­bat­toir mira­cu­leu­se­ment connaît son des­tin immé­diat, hurle et se débat. Chez l’hu­main, rien de tel. C’est trop sur­pre­nant pour qu’on n’en cherche pas la cause mys­té­rieuse, qui cer­tai­ne­ment en tout temps, de paix rela­tive en par­ti­cu­lier, impacte le dés­équi­libre des pou­voirs (Excu­sez moi encore pour la com­pa­rai­son, mais j’ai tou­jours été éton­née de cela).
    La sou­mis­sion à la conscrip­tion, et l’o­béis­sance col­lec­tive de la troupe à l’aube de sa mort me bou­le­verse et m’in­ter­roge aus­si. Ces deux masses humaines qui vont s’en­tre­char­cu­ter alors qu’il serait si sim­ple­ment effi­cace que cha­cune se retourne contre ses quelques offi­ciers …
    Mais ce n’est qu’un aspect.

    Il y a aus­si le « faites pas de vague, ça flotte encore ». Qui par l’ins­tinct de sur­vie peut conduire à la mort.

    Simone a rai­son d’ap­pe­ler à la décou­verte et à l’a­na­lyse des forces. Peut être ne cherche-t-on pas dans la bonne direc­tion, si bien qu’af­fai­rés sur l’ef­fet de l’in­cons­cience du col­lec­tif nous en oublions sa pré­sence majeure. Peut être y a‑t-il du géné­tique dans tout ça, je veux dire que nous avons peut être cachée en nous tout der­rière notre intel­li­gence et sous le voile cultu­rel un peu de ce qui fait que la four­mi ne sera jamais syn­di­quée puisque prête à se tuer à la tâche, entiè­re­ment sou­mise à un ordre déci­dé par l’im­mé­mo­rial. Ce serait triste, mais soyons modeste, ou plus exac­te­ment tra­vaillons à valo­ri­ser en nous ce qui crée notre liber­té inté­rieure, sans laquelle la liber­té exté­rieure, même écrite sur le fron­tons de la répu­blique, ne sau­rait être vivace, ne sau­rait qu’être éphé­mère victoire.

    Plus prag­ma­ti­que­ment, il y a quelque chose de remar­quable dans l’in­jus­tice ins­ti­tu­tion­nelle, dès lors qu’elle est amor­cée, elle croît, car ceux qui en béné­fi­cient ont du temps et des moyens pour la ren­for­cer tan­dis que ceux qui la subissent doivent cou­rir après leur quo­ti­dien. Ain­si naît un effet boule de neige qui s’am­pli­fie mons­trueu­se­ment quand le domi­nant acquiert non seule­ment des outils de pro­pa­gande claire mais encore des outils de mani­pu­la­tion de l’in­cons­cient, et de l’âme. Jus­qu’à la fabrique de la moro­si­té ou du déses­poir, qui peuvent être une clef de l’autruchisme.

    Ceci n’est qu’un épau­lé jeté. Je pense que réflexion encore s’im­pose sur cette ques­tion majeure.

    Réponse
  14. Ana Sailland

    Il faut lire le dia­logue avec l’ange.

    C’est un tout petit bou­quin. On y voit quelques per­sonnes, visi­tées par l’ange ; jour après jour s’ins­talle un dia­logue, une révé­la­tion de l’i­né­luc­table. Cer­tain lec­teur pour­ra être aller­gique à ce qui éven­tuel­le­ment n’est qu’une fic­tion, mais qu’il outre­passe, afin d’ex­traire le plus sur­pre­nant, qui est l’acceptation.

    Il faut aus­si lire, mais c’est un pavé, le Maha­ba­ra­ta. Et indi­geste à l’oc­ci­den­tal. On y voit le géné­ral Arju­na, pas plus violent ni mili­taire que ça, par­tir quand même à la bataille, car le rôle de géné­ral est sa case, iné­luc­ta­bi­li­té du destin.

    En ces deux occur­rences lit­té­raires, et il y en a d’autres, appa­raît l’ac­cep­ta­tion, pra­ti­que­ment por­tée au rang de ver­tu.

    Ce ne sont en tout cas pas des textes à voca­tion mani­pu­la­toire, mais des textes qui par l’al­lé­go­rie pré­sentent un état de fait, qui est celui qui nous pré­oc­cupe ici.

    Il va être néces­saire d’al­ler au-delà du constat …

    Réponse
  15. Ana Sailland

    Fac de Montpellier. 
    Il y a 46 ans … Ciel le temps passe … « Le temps se gâte. Il faut ten­ter de vivre ».
    Un homme jeune, brillant, qui avait fait l’X nous ensei­gnait les idéaux et le cal­cul exté­rieur. Mais voi­ci qu’un jour il s’est confié publi­que­ment. -> Il occu­pait ses week ends à trans­por­ter et dis­tri­buer des tracts dans l’Espagne de Fran­co. C’é­tait les trente glo­rieuses, la vie facile de ce côté-ci de la fron­tière, et voi­ci que cet homme pre­nait un risque mor­tel. Recul, je regrette de ne pas être venue lui tendre la main et d’a­voir atten­du 35 ans avant de lever mon petit doigt. Il est vrai qu’il sym­bo­li­sait l’au­to­ri­té, et que son débou­ton­nage n’é­tait pas une porte ouverte ; et dans ce res­pect de qui repré­sente l’au­to­ri­té, même sans galon, réside l’une des clefs du mys­tère que nous abor­dons ici. Voir à ce sujet I comme Icare.

    Cet homme, outre son aveu, marque de confiance sublime en un par­terre de potaches incon­nus, nous a dit autre chose, qui est en plein dans le mille de ce topic : 

    De mémoire : Il est impos­sible de com­prendre pour­quoi cer­tains s’é­veillent et se dressent, ni quand. Ni pour­quoi d’autres y renoncent. Ni pour­quoi d’autres n’y songent même pas. Ni pour­quoi d’autres choi­sissent déli­bé­ré­ment l’autre camp.

    Rai­son de plus pour ten­ter de comprendre.

    « Next time may be » 😉

    Réponse
  16. Di Girolamo

    Oui ce « méca­nisme » du plus grand nombre et de l’im­puis­sance qui résulte du monbre même est une réflexion très intéressante .

    La conclu­sion que j’en tire n’est pas (poli­ti­que­ment ) de ten­ter de réduire le nombre afin de viser l’ef­fi­ca­ci­té( les groupes orga­ni­sés) , mais de viser l’in­tel­li­gence , la prise de conscience claire de ces phé­no­mènes par le plus grand nombre ; pas de poli­tique sans édu­ca­tion popu­laire , l’é­du­ca­tion popu­laire étant l’é­tude de ces processus .

    Pour tous ceux qui cherchent des stra­té­gies visant à faire avan­cer la démo­cra­tie , la meilleure (qui n’en est pas une) consiste à réflé­chir ensemble ; il est d’in­té­rêt public de mettre à dis­po­si­tion des citoyens d’un pays un outil dédié à l’in­ter­ro­ga­tion col­lec­tive sur la socié­té , son orga­ni­sa­tion ‚son fonc­tion­ne­ment ‚ses buts.

    Mais pour ce faire il faut être « un cer­tain nombre » à le réclamer !

    Réponse
  17. Jacques Dupontel

    Ma Chère Ana quelle joie irra­die mon coeur à vous lire. Qu’à votre pen­sée ample toutes choses vous obéissent, ce que vous conce­vez si bien s’é­nonce si clai­re­ment et les mots pour le dire vous viennent aisé­ment, vous êtes un phare de la pen­sée qui nous guide dans l’obs­cu­ri­té. Le XXIIème sera soit celui de « La sup­pres­sion de la vas­ti­tude » ou ne sera pas. Que Votre Volon­té Soit Faite Ici et en Tous Lieux. Amen

    PS : N’ou­bliez de vous repo­sez le sep­tième jour !

    Réponse
  18. Étienne

    Chère Ana :

    Je ne sais pas si tu connais le tra­vail PASSIONNANT de 
    Robert-Vincent Joule
    (près de chez moi, à Aix) :

    • D’a­bord une entrée : 
    Qu’est-ce qui conduit les hommes à chan­ger de comportement ?


    Robert Vincent Joules – Chan­ge­ment des… par Herve_44_

    • Et puis un plat de résistance : 
    sommes-nous mani­pu­lés ?


    Sommes-nous mani­pu­lés ?1/4 par tchels0o


    Sommes nous manipulés_2/4 par tchels0o


    Sommes-nous mani­pu­lés ?3/4 par tchels0o


    Sommes-nous mani­pu­lés ?4/4 par tchels0o

    • Et puis un dessert, 
    un café avec Robert-Vincent Joule :

    http://​www​.terre​.tv/​f​r​/​1​0​6​1​_​u​n​-​c​a​f​e​-​a​v​e​c​-​r​o​b​e​r​t​-​v​i​n​c​e​n​t​-​j​o​ule

    • Le diges­tif pour­rait être son livre :
    « Petit trai­té de manipulation 
    à l’u­sage des hon­nêtes gens »
    (excellent)
    http://www.amazon.fr/Petit-traité-manipulation-lusage-honnêtes/dp/2706110449

    Bien à toi 🙂

    Étienne.

    Réponse
  19. Ana Sailland

    Tiens donc … à pro­pos de la décla­ra­tion de liber­té comme moteur de l’adhé­sion : le non de 2005 ne serait il pas dû au « il n’y a pas de plan B » ?!?

    J’a­vais déjà vu les vidéos de Vincent Joule, du moins les prin­ci­pales, mais je les ai rere­gar­dées avec inté­rêt. Quant au petit bou­quin, je l’ai offert 😉

    Plein de trucs à dire :

    Tout d’a­bord, à pro­pos du fait de rendre un billet per­du : ici, on regarde ça comme un bien­fait. Dans une ambiance « cha­ma­nisme de conscience », on pour­ra au contraire consi­dé­rer que c’est pri­ver la per­sonne qui l’a per­du d’une expé­rience, donc, du fait de la gêne occa­sion­née par la perte, la pri­ver du coup de pied occulte réveilleur, apte à impul­ser la pen­sée : « hou­laaaaa … j’ai man­qué d’at­ten­tion là ; c’est dan­ge­reux ça ; heu­reu­se­ment que l’ab­sence ne s’est pas pro­duite sur l’au­to­route … ». Pen­sée sal­va­trice, voire vitale, qui peut être bien plus impor­tante que la pos­ses­sion de billet de 20 euros .. Pas sûre d’être sui­vie sur ce coup là. Et pourtant .…

    Car vient un moment, dans les bons jours, où ce qui est impor­tant, c’est de sor­tir du robo­tisme, pour apprendre à déve­lop­per en soi une atten­tion aus­si pré­sente que pos­sible, une conscience den­si­fiée. Et l’en­traide n’est pas for­cé­ment là où on pense qu’elle réside. La péda­go­gie, réso­lu­ment bien­veillante, ne doit elle pas plu­tôt que de mâcher la besogne per­mettre à l’er­reur de l’en­fant de se faire décou­vrir par lui ? Mais ceci nous éloigne (un peu) de Simone.

    La ques­tion « pour­quoi la foule se sou­met-elle ? » a une cou­sine proche : « Com­ment obte­nir que la foule soit moins passive ? ». 
    (Je passe pro­vi­soi­re­ment sous silence le fait que sim­ple­ment la poser est déjà se posi­tion­ner en connais­seur de ce qui est bien et … en mani­pu­la­teur afin d’ob­te­nir le bien, ce qui est gon­flé 😉 comme indi­qué plus haut à pro­pos du billet)

    Il semble d’a­près les cher­cheurs qu’ob­te­nir cela ne dépende pas que de la sphère des idées. Mais au contraire d’actes mini­maux préa­lables, très peu en rap­port avec la fina­li­té sou­hai­tée, actes qui agissent sur les auto­ma­tismes de cet être humain qui se croit libre mais en fait fonc­tionne au coup par coup, au gré d’ins­tants anté­rieurs très vite oubliés et dont il ne per­çoit pas l’im­pact sur sa déci­sion future, ou non déci­sion. Le tra­vail des cher­cheurs se concentre sur la par­tie robo­tique de l’être, et même quand c’est au second degré, ne cherche pas à ima­gi­ner des pro­ces­sus de sor­tie de cet état robo­tique. Au contraire d’un Gurd­jieff ou d’un Aurobindo.

    Plus que celles de Vincent Joule, qui en est sûre­ment conscient, mais on ne peut pas tout dire, la vidéo pro­po­sée par Mor­phéus pointe davan­tage sur le côté mani­pu­la­toire qui pour­rait ten­ter cer­tains. Car enfin, nous voyez-vous nous bran­cher sur la tech­nique de mani­pu­la­tion de masse afin d’ob­te­nir une consti­tuante popu­laire ? Pas moi en tout cas. Pas par mora­lisme. Je dis plus loin pourquoi.

    Le petit bou­quin sug­gé­ré par Étienne est si je me sou­viens bien des­ti­né à aider la per­sonne à se pro­té­ger de la mani­pu­la­tion, en lui en pré­sen­tant quelques méca­nismes. Mais bien sûr, quand on sait, on est ten­té. Et les vidéos pré­sentent le même phé­no­mène d’in­duc­tion. Et il n’y a pas que ce type de situa­tion qui pro­duise cet effet : Si par exemple vous sui­vez un cours de com­mu­ni­ca­tion non vio­lente, par exemple méthode Mar­shall, vous allez avoir de gros ennuis car dès que vous vou­drez appli­quer la méthode pour mieux com­mu­ni­quer, les gens intui­tifs vont sen­tir un truc bizarre. Et si mieux com­mu­ni­quer contient une micro pilule à faire ava­ler sous cou­leur d’empathie, les gens le sen­ti­ront. Retour de bâton assu­ré. En fait, ren­trer là dedans, c’est comme accé­der à la connais­sance en quit­tant le jar­din d’E­den. On en per­çoit vite l’in­con­vé­nient. Et se refaire une vir­gi­ni­té prend du temps.

    Il me semble qu’un enga­ge­ment du peuple, pour ceci ou pour cela, aura bien plus de valeur s’il est « sui gene­ris » que s’il est impul­sé par d’ho­no­rables … meneurs… , ou par des justes, qui se consi­dèrent comme exté­rieurs, bien infor­més des méca­nismes de la pul­sion et de l’im­pul­sion. Le tra­vail néces­saire est colos­sal, qui consiste à sor­tir col­lec­ti­ve­ment du robo­tisme pour accé­der à une vraie liber­té, qui réside en par­tie dans la connexion volon­taire à la sphère des idées. Cela s’ap­pelle tra­vail sur soi, mais col­lec­tif. Nous en sommes loin.

    Et l’é­tude des forces agis­santes sur l’i­ner­tie du corps social reste à mener 😉

    Réponse
  20. Ana Sailland

    Nous avions la fabrique de l’o­pi­nion avec Chom­sky et ici avec Jean-Léon Beau­vois nous avons la fabrique de l’obéissance.

    Sachant que l’o­pi­nion ne suf­fit pas à induire l’at­ti­tude (du moins en l’ab­sence d’un moi direc­tion­nel), on découvre ici un second croc de la tenaille.

    Le remar­quable, c’est la fabrique de l’o­béis­sance par la liber­té ; d’une part par la décla­ra­tion bidon d« une liber­té du choix, qui est donc une tech­nique de mani­pu­la­tion dans l’ins­tant ; d’autre part via une dicho­to­mie de l’être, qui vivra une pleine liber­té ailleurs <loi­sirs> que là où il doit obéir <tra­vail>, et il s’a­git là d’une mani­pu­la­tion dans la durée, pour ne pas dire dans la profondeur.

    Bon … ok, ça mani­pule. Mais qui est « ça » ?

    C’est sou­vent la hié­rar­chie, par exemple dans l’en­tre­prise. Mais com­pre­nons bien deux choses : celui qui mani­pule le fait sou­vent lui même sans trop en avoir conscience + il est lui même mani­pu­lé, n’est qu’un maillon de la chaine des mani­pu­la­tions. Et cette chaine est elle cir­cu­laire, ou bien linéaire, avec une main réel­le­ment libre qui la tient ? -> Je suis plu­tôt du camp des sys­té­mistes que du camp des com­plo­tistes, et pense que tout mani­pu­la­teur est mani­pu­lé. Et que la liber­té col­lec­tive ne peut s’ob­te­nir que par un effort <commun|individuel> appli­qué en tout point et en toute direc­tion. Et que des atti­tudes telles que la lutte des classes, ou contre la finance, ou contre une orga­ni­sa­tion poli­tique, éco­no­mique, peuvent amé­lio­rer mais pas résoudre. Car la sou­mis­sion de la foule n’est pas une sou­mis­sion à une auto­ri­té oli­garque mais une sou­mis­sion à ce que la foule induit col­lec­ti­ve­ment elle-même (y com­pris cette oli­gar­chie qui nous agace mais dans une apa­thie natu­relle à qui fina­le­ment choisit).

    Je change de sujet

    L’in­di­vi­du est un être vivant doté d’une « uni­té cen­trale » (terme informatique)qui lui confère une cer­taine capa­ci­té de juge­ment, d’au­to­no­mie, de refus. Avec certes toutes sortes de carences.

    Le peuple est un être qui ne dis­pose pas de cette uni­té cen­trale ; et les mani­pu­la­teurs »démo­crates« qui, grandes envo­lées lyriques, accordent au gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif la mis­sion de défendre la volon­té du peuple un et indi­vi­sible, nous fourrent donc le doigt dans l’œil.

    Réponse
  21. Ana Sailland

    La masse, la foule, le peuple, c’est un être vivant, plu­ri­cel­lu­laire, muni de neu­rones qui sont ses indi­vi­dus, mais non struc­tu­rés comme l’est un cer­veau. Il lui manque cette « uni­té cen­trale » qui en ferait un être intel­li­gent tel que l’est l’individu. 

    J’i­ma­gine que là, en guise de pal­lia­tif, se source cette constante à tra­vers siècles et mil­lé­naires, ce tro­pisme, à se doter tan­tôt d’un roi, d’une reine, tan­tôt d’une oli­gar­chie, par­fois en clair, ou par­fois comme ici main­te­nant dans le mensonge. 

    C’est une hypo­thèse. Mais si adop­tée, on découvre l’hor­reur du soin pal­lia­tif, et le seul remède sain me semble être la réelle démo­cra­tie, qui pour évi­ter le piège oli­garque, doit por­ter à son maxi­mum le prin­cipe de sub­si­dia­ri­té (selon un mode de fonc­tion­ne­ment clai­re­ment pos­sible mais qui reste à décliner). 

    Alors et alors seule­ment, j’ose pen­ser que la ques­tion de la masse iner­tielle du corps social et celle du tamas gra­vi­fique, (qui sont le thème de la page) pour­ront être résolues.

    Réponse
  22. Morpheus

    En revoyant ces expé­riences de socio­lo­gie, il m’ap­pa­rait que nous pou­vons en reti­rer beau­coup d’en­sei­gne­ments. On note­ra par ailleurs que J‑L Beau­vois se contente essen­tiel­le­ment de décrire les expé­riences et leurs résul­tats. Il donne quelques élé­ments de conclu­sion, mais fina­le­ment il nous laisse très lar­ge­ment libre d’y appor­ter nos propres ana­lyses. C’est une invi­ta­tion à appro­fon­dir l’a­na­lyse de ces expériences.

    Je m’in­té­resse à tout ce qui porte sur la socio­lo­gie et la psy­cho­lo­gie avant toute chose pour com­prendre com­ment je fonc­tionne moi-même, com­prendre les res­sorts qui me font agir et pen­ser de telle ou telle manière. Après tout, il faut bien admettre qu’on ne nous donne pas le mode d’emploi de cette superbe enve­loppe de chaire qu’on appelle homo sapiens par laquelle nous fai­sons l’ex­pé­rience de l’être.

    Ain­si, que pou­vons-nous voir dans le méca­nisme de mise en place de l’é­tat agen­tique décrit dans l’ex­pé­rience de Mil­gram (cf. Le jeu de la mort) ?

    Nous voyons d’une part que l’es­prit humain est condi­tion­né par cer­taines « valeurs », c’est-à-dire par cer­taines idées qui prennent valeur de véri­té pour la per­sonne, soit par la répé­ti­tion, soit par l’ac­cep­ta­tion com­mune de ces idées comme étant la norme, et plus pro­ba­ble­ment par la com­bi­nai­son de ces deux fac­teurs (la répé­ti­tion d’i­dées com­mu­né­ment admises étant logique).

    Lorsque l’in­di­vi­du reçoit des infor­ma­tions, celle-ci sont cata­lo­guées dans l’es­prit de l’in­di­vi­du en fonc­tion de cet ensemble d’i­dées : soit les infor­ma­tions sont com­pa­tibles, soit elles sont incom­pa­tibles. Si elles sont com­pa­tibles, la per­sonne est à l’aise avec ces infor­ma­tions ; si elles sont incom­pa­tibles, la per­sonne est mal à l’aise avec ces informations.

    Les émo­tions (être à l’aise ou mal à l’aise) sont donc en grande par­tie fonc­tion du condi­tion­ne­ment à telles ou telles idées ou ensembles d’i­dées préa­la­ble­ment enre­gis­trées comme « véri­tés » : ces idées cor­res­pondent à un pro­gramme dans notre esprit.

    Lorsque nous rece­vons des infor­ma­tions incom­pa­tibles avec notre sys­tème de valeur (qui comme nous l’a­vons vu résulte d’une pro­gram­ma­tion d’ordre socio­cul­tu­relle), nous res­sen­tons un malaise.

    Il arrive aus­si que nous rece­vions des infor­ma­tions contra­dic­toires. Celles-ci engendrent aus­si un malaise, et ce malaise à pour consé­quence que nous res­sen­tons le besoin de résoudre celui-ci en cher­chant ce qui est vrai et ce qui est faux dans les pro­po­si­tions contra­dic­toires qui nous sont posées. Mais sur quelles bases allons-nous déci­der ce qui est vrai et ce qui est faux ?

    Il faut défi­nir de façon plus pré­cise ce qui peut consti­tuer des « infor­ma­tions contra­dic­toires ». Par exemple, une affir­ma­tion « l’eau brûle » peux paraître contra­dic­toire à un jeune enfant qui n’a pas encore fait l’ex­pé­rience du contact avec de l’eau bouillante. Cela nous indique qu’il y a dif­fé­rentes formes d’in­for­ma­tions : les infor­ma­tions intel­lec­tuelles (de l’ordre des idées, des concepts) et les infor­ma­tions sen­so­rielles (issues de ce que nos sens per­çoivent en rela­tion avec les phé­no­mènes). Ain­si, le jeune enfant esqui­mau qui découvre pour la pre­mière fois l’eau bouillante et se brûle pour­ra accep­ter l’i­dée que « l’eau brûle » : son corps aura enre­gis­tré l’in­for­ma­tion de la dou­leur cui­sante due au contact avec l’eau bouillante, et cela confirme l’af­fir­ma­tion, qui devient alors vraie dans l’es­prit de cette per­sonne, grâce à l’expérience.

    On sait tou­te­fois que nous accep­tons pour vrai tout un tas de choses qui ne le sont pas, sans que nous en ayons fait l’ex­pé­rience : il y a donc en cha­cun de nous une facul­té à croire, sans véri­fi­ca­tion ni mise à l’é­preuve par l’ex­pé­rience. C’est ce que l’on entend par l’af­fir­ma­tion « L’homme est une créa­ture reli­gieuse » : il peut croire sans vérifier.

    Mais l’ex­pé­rience que nous montre ce docu­men­taire nous en apprend d’a­van­tage. Ain­si, nous pou­vons consta­ter que chez la plu­part des sujets de l’ex­pé­rience, un malaise est sur­ve­nu à par­tir du moment où le can­di­dat mani­feste de la souf­france. Cela nous dit que chez la plu­part des can­di­dats se mani­feste une émo­tion empa­thique. Ce constat ne per­met pas de déter­mi­ner si cette empa­thie est ins­tinc­tive ou pro­gram­mée par des valeurs (comme le fait qu’il est « mal » de faire souf­frir quelqu’un).

    Le ques­tion­neur est devant un public, il sait qu’il doit défendre une image qui doit être socia­le­ment com­pa­tible avec ce que le groupe attend de lui comme com­por­te­ment, donc l’empathie peut résul­ter de cette volon­té d’être recon­nu et accep­té dans le groupe. Nous ne pou­vons pas affir­mer que cette per­sonne est « natu­rel­le­ment » bonne parce qu’elle mani­feste de l’empathie, tant que nous ne pou­vons pas mon­trer que cette empa­thie est vrai­ment ins­tinc­tive, c’est-à-dire non pro­gram­mée par des idées abstraites.

    C’est une infor­ma­tion inté­res­sante, parce qu’elle nous dit que l’on ne peut ni affir­mer que l’homme est « natu­rel­le­ment bon », ni qu’il est « natu­rel­le­ment mauvais ».

    L’ex­pé­rience montre plus encore, puisque les résul­tats vont nous mettre devant cette ter­rible réa­li­té que, en dépit de leur facul­té d’empathie plus ou moins pro­non­cée (mais obser­vable chez tous les sujets à des degrés divers), en dépit de leurs valeurs acquises, un sys­tème d’au­to­ri­té recon­nue peut faire faire à ces per­sonnes des actes ter­ribles pou­vant mener – pour 81% d’entre eux – à tuer un être humain qui ne leur a stric­te­ment rien fait, et cela dans un contexte de jeu sans enjeu !

    Les notions de choix, de libre-arbitre, de res­pon­sa­bi­li­té sont sérieu­se­ment mises à mal par les résul­tats de cette expérience.

    Sou­ve­nons-nous tout de même que lors­qu’ils ne sont pas sou­mis à l’au­to­ri­té, l’ex­pé­rience nous montre que la ten­dance s’in­verse dans les mêmes pro­por­tions, ce qui signi­fie que sans auto­ri­té, les condi­tion­ne­ment sociaux entraînent que nous allons faire des choix compatibles.

    Mais faire des choix com­pa­tibles à des condi­tion­ne­ments, est-ce cela « être libre » ?

    …

    C’est ain­si que le per­son­nage du Méro­vin­gien de la tri­lo­gie Matrix explique, avec beau­coup de raisons :

    « Le choix n’est qu’une illu­sion créé pour sépa­rer ceux qui ont le pou­voir, de ceux qui ne l’ont pas. »

    Et de façon allé­go­rique, le Méro­vin­gien fait ensuite la démons­tra­tion de cette affir­ma­tion en mon­trant com­ment il a pro­gram­mé une femme de telle sorte qu’elle soient sub­mer­gée par le désir, jus­qu’à être « tota­le­ment hors de contrôle » (c’est-à-dire jus­qu’à ce qu’elle perde son self-control et agisse contre ses condi­tion­ne­ment) : il a le pou­voir (d’é­crire un pro­gramme = un condi­tion­ne­ment) et cela lui per­met de diri­ger le com­por­te­ment d’une per­sonne qui ne l’a pas.

    Conclu­sion : le libre-arbitre pré­ten­du­ment accor­dé à l’homme par Dieu dans les écri­tures, la liber­té affi­chée aux fron­tons des mai­ries et pré­ten­du­ment accor­dée par nos gou­ver­ne­ments, sont des mythes. Des idées qui, même si elle sont fausses, sont com­mu­né­ment admises, et ont pour voca­tion d’o­rien­ter et de mobi­li­ser le peuple.

    Dans l’ex­pé­rience du jeu de la mort, un groupe de 9 per­sonnes sur 80 (à peine 11%) par­viennent à défier l’au­to­ri­té et refu­ser de s’y sou­mettre dès qu’ils font face à la contra­dic­tion avec leurs valeurs. Et cela dans une socié­té dite « libé­rale », « démo­cra­tique », « progressiste », …

    Alors cette réflexion nous impose de ques­tion­ner la per­ti­nence des sys­tèmes hié­rar­chiques dans une socié­té démo­cra­tique. Je veux dire que si nous vou­lons effec­ti­ve­ment une socié­té réel­le­ment démo­cra­tique, nous devons néces­sai­re­ment sup­pri­mer les notions de hié­rar­chies (ver­ti­ca­li­té du pou­voir) afin d’y sub­sti­tuer une struc­ture, un sys­tème d’é­ga­li­té de pou­voir. L’a­nar­chie, qui est le contraire de la hié­rar­chie (et non de l’ordre, comme on veut nous le faire croire) est donc indis­so­ciable de la démo­cra­tie véritable.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    PS : Je me demande dans quel groupe j’au­rais été ? Ceux qui défient l’au­to­ri­té ? Ou ceux qui vont jus­qu’à liqui­der un inno­cent gratuitement ?

    Réponse
  23. Morpheus

    @ Ana

    Simone Weil résume assez bien ce que tu dis en #21 :

    « L’his­toire humaine n’est que l’his­toire de l’as­ser­vis­se­ment qui fait des hommes, aus­si bien oppres­seurs qu’op­pri­més, le simple jouet des ins­tru­ments de domi­na­tion qu’ils ont fabri­qués eux-mêmes, et ravale ain­si l’hu­ma­ni­té vivante à être la chose de choses inertes. »

    Je m’in­ter­roge tout de même devant cette cita­tion, car dans le pas­sage « des ins­tru­ments de domi­na­tion qu’ils ont eux-mêmes fabri­qués », pou­vons-nous ran­ger les oppri­més ? Nous pou­vons seule­ment affir­mer que, pour beau­coup, il acceptent le sys­tème et s’y sou­mettent. Mais qui sont ceux qui ont réel­le­ment été à l’o­ri­gine de la fabri­ca­tion de ces ins­tru­ments de domi­na­tion ? La réponse est dans la ques­tion : une toute petite mino­ri­té qui en tirent profit.

    Il y a donc un dan­ger dans pareille affir­ma­tion – et par exten­sion dans la logique des expli­ca­tions sys­té­miques (aux­quelles tu dis être plus atta­chée) -, c’est de mettre au même niveau la res­pon­sa­bi­li­té des oppri­més et des oppres­seurs dans la fabri­ca­tion des ins­tru­ments de domi­na­tion, alors qu’il appa­rait évident que ce n’est pas le cas. Ce n’est vrai que dans la mesure où, infor­més du fait qu’ils sont mani­pu­lés par ces ins­tru­ments de domi­na­tion, les oppri­més refusent de se révol­ter et conti­nuent de se sou­mettre. En cela, ils deviennent effec­ti­ve­ment com­plices de leur propre ser­vi­tude (comme le disait déjà Étienne de la Boé­tie). Mais cela ne jus­ti­fie en aucun cas la domi­na­tion. Cela signi­fie juste que les ins­tru­ments de domi­na­tion sont effi­caces (pour domi­ner et main­te­nir la domi­na­tion), pas qu’ils sont justes, ni qu’ils sont per­ti­nents, ni sur­tout qu’ils consti­tuent des pro­cé­dures pour vivre en com­mun pertinentes.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  24. Ana Sailland

    Tu t’es répon­du toi-même un cran plus haut en disant que tu ne sais pas dans quel camp tu serais.

    Réponse
  25. Ana Sailland

    Détec­ter les affreux, nous savons le faire, sauf peut être ceux qui se cachent, mais leur exis­tence ne fait pas de doute. Les décla­rer res­pon­sables, nous savons le faire. Regar­der la vic­time comme seule­ment cela, et donc accu­ser le bour­reau, nous savons le faire. Le bien, le mal, c’est passionnant.

    Mais l’in­ter­ro­ga­tion de Simone offre l’op­por­tu­ni­té d’é­tendre la réflexion au delà de la simple appa­rence, au delà de la dua­li­té mani­chéenne, au delà de la mili­tance. Mais la réflexion de Simone concerne des causes plus pro­fondes que le tan­dem méchant/gentil, concerne l’i­ner­tie, la léthar­gie, la peur, la fas­ci­na­tion, le syn­drôme de Sto­ckolm en quelque sorte. Elle induit une réflexion tour­née vers la masse et non vers la per­sonne ni vers le petit nombre . Elle sug­gère de réflé­chir au pro­blème comme à un pro­blème de phy­sique new­to­nienne, où la masse et les forces en jeu expliquent la dyna­mique et la ciné­ma­tique des corps.

    Je trou­ve­rais dom­mage que nous répé­tions ce qui est dit ailleurs, au risque de ne pas nous concen­trer au moins quelques heures ou quelques jours à cet angle de vue, jamais ou peu adopté.

    Je file au bistre avec mon papier brouillon 😉

    Réponse
  26. Morpheus

     »« Elle induit une réflexion tour­née vers la masse et non vers la per­sonne ni vers le petit nombre » »

    C’est exac­te­ment le dan­ger que j’ai mis en lumière.

    Simone Weil était une phi­lo­sophe qui a long­temps ensei­gné et fré­quen­té les milieux ouvriers. Son maître à pen­ser, qui a aus­si été l’un de ses pro­fes­seurs, était le phi­lo­sophe Alain. Elle était aus­si une hel­lé­niste, qui aimait Pytha­gore et Platon.

    Elle fai­sait notam­ment le constat d’un pro­fond déra­ci­ne­ment du tis­su social fran­çais et euro­péen. D’a­près elle, les causes sont la course à l’argent et le manque d’é­du­ca­tion.

    « L’argent détruit les racines par­tout où il pénètre. » dit-elle dans L’Enracinement. « Non contents de nous détruire nous-mêmes, nous avons expor­té ce mal par­tout dans le monde, de concert avec les autres Européens. »

    Et aus­si : « La culture s’est déve­lop­pée dans un milieu très res­treint, sépa­ré du monde… Elle est frag­men­tée par la spécialisation »

    Dans L’En­ra­ci­ne­ment, encore, elle déve­loppe une décla­ra­tion, non pas des droits mais des devoirs de l’homme envers l’homme. Elle montre ain­si une rup­ture avec l’i­déo­lo­gie des droits de l’homme de 1789.

    Pour recons­truire la cité, elle fait réfé­rence à Pla­ton. Elle consi­dère qu’une nou­velle civi­li­sa­tion, plus humaine, res­pec­tant véri­ta­ble­ment l’être humain ne peut naître que s’il existe une ferme volon­té col­lec­tive de faire le bien.

    « Au-des­sus des ins­ti­tu­tions des­ti­nées à pro­té­ger le droit, les per­sonnes, les liber­tés démo­cra­tiques, il faut en inven­ter d’autres des­ti­nées à dis­cer­ner et à abo­lir tout ce qui, dans la vie contem­po­raine, écrase les âmes sous l’in­jus­tice, le men­songe et la laideur »

    Elle consi­dé­rait que l’Eu­rope tra­his­sait sans cesse les fon­de­ments chré­tiens de tolé­rance et de fra­ter­ni­té et que, désor­mais, une recons­truc­tion impo­sait non seule­ment une prise en compte des valeurs antiques « païennes », mais sur­tout leur inté­gra­tion ici et maintenant.

    Si elle avait eut connais­sance du Pro­jet Venus, je met ma main au feu qu’elle l’au­rait sou­te­nu et en aurait fait la pro­mo­tion avec passion.

    La dua­li­té mani­chéenne telle que tu la conçois n’est que l’in­ter­pré­ta­tion chré­tienne des doc­trines de Mani. Par déri­va­tion et sim­pli­fi­ca­tion du terme, on qua­li­fie aujourd’­hui de mani­chéenne une pen­sée ou une action sans nuances, voire sim­pliste, où le bien et le mal sont clai­re­ment défi­nis et séparés.

    Mais cette sim­pli­fi­ca­tion et cette réduc­tion, fruit du chris­tia­nisme occi­den­tal et de l’Église de Rome, sert pré­ci­sé­ment à condam­ner une doc­trine concur­rente qui prend ses racines dans le gnos­ti­cisme, com­bat­tu depuis les ori­gines par l’Église.

    Je ne rejette pas la cita­tion de Simone Weil, parce qu’elle rend à cha­cun, oppres­seur et oppri­mé, sa part de res­pon­sa­bi­li­té dans le mal qu’est l’op­pres­sion. Je dis tou­te­fois qu’il y a matière à se mon­trer pru­dent, car la même cita­tion peut être retour­née par les oppres­seurs pour se dédoua­ner à bon compte de leur part de res­pon­sa­bi­li­té, qui est déter­mi­nante puis­qu’ils ont le pou­voir tan­dis que les oppri­més ne l’ont pas.

    Si un mal sur­vient d’un sys­tème, la res­pon­sa­bi­li­té de ce mal revient en pre­mière part à ceux qui ont éla­bo­ré le sys­tème, c’est-à-dire ceux qui ont le pou­voir. Si l’op­pres­sion était venue d’une démo­cra­tie vraie, alors seule­ment nous pour­rions consi­dé­rer oppres­seurs et oppri­més comme res­pon­sables au même titre. Mais ce n’est pas le cas, la démo­cra­tie vraie n’é­tant, dans la longue his­toire des hommes et des peuples, qu’un épi­phé­no­mène rele­vant de l’ex­cep­tion (remar­quable) qui confirme la règle.

    Si, comme le dit Simone Weil, les oppres­seurs sont aus­si vic­times du sys­tème (qu’ils ont eux-mêmes éla­bo­ré et qu’ils entre­tiennent), ils ne le sont pas au même titre. Leur mal­heur n’é­gale pas les mal­heurs que subissent les oppri­més. Et les res­pon­sables prin­ci­paux des mal­heurs des oppri­més sont bien les oppresseurs.

    Je le redis : la seule res­pon­sa­bi­li­té des oppri­més dans leur oppres­sion vient lors­qu’ils ne mettent pas hors d’é­tat de nuire leurs oppres­seurs. Et encore : dans bien des cas, ce sont les oppres­seurs qui, par la roue­rie du sys­tème, dépos­sèdent la volon­té des oppri­més de se rebel­ler et leur retire les ins­tru­ments pour le faire : les armes.

    En fait, le « crime » prin­ci­pal des oppri­més est de croire, est d’at­tendre la venue d’un sau­veur. Le sau­veur (le mes­sie) est pire que l’op­pres­seur, car il s’empare du pou­voir de l’op­pri­mé pour pour­fendre l’op­pres­seur et prendre sa place. Ceux qui ont quelques notions de psy­cho­lo­gies connaissent d’ailleurs très bien ce tri­angle infer­nal < bour­reau – vic­time – sauveur >.

    Il n’y a donc pas de sau­veur, il n’y a pas de mes­sie, et s’il en arri­vait un, ce ne pour­rait être qu’un impos­teur : un nou­veau tyran qui chan­ge­ra tout pour que rien ne change.

    Il n’y a qu’une façon de nous libé­rer de l’op­pres­sion, c’est que nous nous libé­rions, ensemble, des oppres­seurs, en com­men­çant par la plus élé­men­taire des actions : la déso­béis­sance. Ces­sons de payer nos amendes de sta­tion­ne­ment. Ces­sons de payer la TVA, cet impôt inique et fon­ciè­re­ment inéga­li­taire. Ces­sons de payer l’im­pôt sur le reve­nu, qui ne servt qu’à payer les inté­rêts d’une dette illé­gi­time à des banks­ters. Ces­sons de res­pec­ter des règle­ments tech­no­cra­tiques euro­péens qui consti­tuent des ins­tru­ments de dépos­ses­sion de nos liber­tés. Plus nom­breux nous serons à le faire, plus les gou­ver­ne­ments seront impuis­sants à nous plier à leurs lois ; je répète LEURS lois, pas les nôtres.

    Rebel Power !

    Mor­pheus

    Réponse
  27. Ana Sailland

    Un cer­tain regard sur le corps social

    En phy­sique un corps est consti­tué d’atomes/molécules, tout comme le corps social est consti­tué d’individus.
    Cependant :
    Uti­li­ser le terme de corps social est peut être déjà un a prio­ri qui dans le contexte pré­sent d’ob­ser­va­tion de l’a­pa­thie n’est pas for­cé­ment dénué de risque, car existent aus­si les états liquides ou gazeux, et la coexis­tence de plu­sieurs phases est pos­sible. Visua­li­ser une soupe avec des gru­meaux n’est pas non plus dénué d’intérêt.

    Lorsque nous par­lons du corps social, et par sou­ci de sim­pli­fi­ca­tion n’u­sons que de ce terme, nous devons donc gar­der dans un coin l’i­dée qu’il n’est pas radi­ca­le­ment un corps solide, et que sa cohé­sion n’est pas acquise. L’exa­men des forces qui règle­raient son mou­ve­ment de translation/rotation ne peut donc être dis­so­cié de l’ob­ser­va­tion des forces qui créent sa cohé­sion, ou qui si elles sont insuf­fi­santes en intensité/qualité, per­mettent son inco­hé­rence, son écla­te­ment même.

    Il y a par ailleurs une dif­fé­rence fon­da­men­tale entre le corps phy­sique et le corps social : 
    si les atomes de l’un sont sou­mis au caprice quan­tique, et bien peu le plus sou­vent, au point de pou­voir être consi­dé­rés comme stables et défi­ni­tifs, les indi­vi­dus de l’autre ont une auto­no­mie, une iden­ti­té, une volon­té propre, mixées/bémolisées d’un sen­ti­ment de reliance à autrui. 
    Nous avons affaire à un nuage d’au­to­no­mies dont le ras­sem­ble­ment est plus qu’hypothétique.
    Les choses ne sont donc pas si simples et la modé­li­sa­tion, si elle peut aider, peut éga­le­ment tromper.
    Faute de grives, accor­dons lui cepen­dant un temps.

    Les atomes et les molé­cules sont main­te­nus en cohé­rence par des forces diverses et variées telles que par exemple les forces de Van der Waals ou la gravitation ;
    si des indi­vi­dus sont en cohé­sion, c’est du fait de forces et de sen­te­ments qui leurs sont internes, internes à leur esprit, sou­vent de l’ordre de l’é­mo­tion­nel, tels que par exemple l’empathie, la per­cep­tion de l’u­ni­té cor­po­ra­tiste, le sen­ti­ment natio­nal, ou la per­cep­tion de l’u­ni­té vaste, qui peut s’é­tendre à tout le genre humain, voire plus au large encore.

    Pour ne par­ler que de la gra­vi­ta­tion et de l’empathie comme de deux forces de cohé­sion par­mi d’autres, il y a une dif­fé­rence entre elles, qui peut en par­tie faire entre­voir l’une des réponses au ques­tion­ne­ment pré­sent impul­sé par Simone, à qui depuis ce côté-ci du Styx, je ne sau­rais ni ne vou­drais résister : 
    De la pous­sière cos­mique comme maté­riau ini­tial, dis­sé­mi­né, la gra­vi­ta­tion per­met par agré­ga­tion lente et sûre la consti­tu­tion des corps célestes, jus­qu’aux étoiles, voire jus­qu’au conden­sat ultime qu’est le trou noir. Car la force de gra­vi­ta­tion a ceci de par­ti­cu­lier qu’elle est cumu­la­tive au point de se jouer des dis­tances sépa­rant le centre de l’ob­jet de sa péri­phé­rie (cf théo­rème de Gauss), au point d’im­pli­quer la cap­ta­tion de toute enti­té phy­sique pas­sant non­cha­lam­ment à proxi­mi­té. C’est l’une des forces les plus faibles de la nature, mais son effet cumu­la­tif et sa por­tée, réduite au loin mais pré­sente au limes, et son insis­tante constance, en font la cham­pionne de la cohésion.
    A contra­rio, l’empathie est une force de cohé­sion qui ne pré­sente pas ce côté iné­luc­ta­ble­ment impla­cable de la gra­vi­ta­tion tenace minu­tieuse et constante. C’est l’une des forces les plus intenses de la nature humaine, mais elle agit de manière aléa­toire, sou­vent inopi­née, et si elle peut engen­drer un élan de soli­da­ri­té pour une cause loin­taine, cet élan n’est pas garan­ti. Et il en est de même des autres forces de cohé­sion de la socié­té, qui étant basées sur le psy­chisme, exigent la com­mu­ni­ca­tion ; com­mu­ni­ca­tion dont la dif­fi­cul­té s’ac­croît avec la dis­tance, et avec le « bruit blanc » induit par le grand nombre. 
    La diver­si­té cultu­relle, que l’on peut sans trop de risque esti­mer pro­por­tion­nelle à la sur­face d’un ter­ri­toire, si elle est sou­hai­table du point de vue du prin­cipe de sub­si­dia­ri­té, peut quant à elle ne pas favo­ri­ser la cohé­sion néces­saire à une oppo­si­tion de masse aux pou­voirs abusifs.

    Ain­si donc la cohé­sion d’un corps social de grand dia­mètre et/ou nom­breux est elle impro­bable, voire impos­sible, sauf peut être en pré­sence, issue de quelques pro­mo­teurs hypo­thé­tiques, d’une volon­té poli­tique déci­dée à impul­ser une volon­té col­lec­tive concer­tée, tâche émi­nem­ment déli­cate et dif­fi­cile au point de par­fois sem­bler (à tort ?) utopique.
    Alors qu’au contraire la cohé­sion d’une petite répu­blique semble moins dif­fi­cile, et nous en avons des exemples. Alors aus­si que la cohé­sion d’un petit groupe, déjà pas évi­dente, sera plus pro­bable, plus naturelle.
    Alors que, et là nous tenons un os à ron­ger, pour­ra être tenue comme iné­luc­table la cohé­sion d’une classe sociale réduite en taille et en diver­si­té cultu­relle, et je pense ici en par­ti­cu­lier à une oli­gar­chie, qui même si elle se tire dans les pattes, sau­ra se retrou­ver, quand il le faut, c’est à dire en cas d’at­taque sérieuse, sou­dée par une bou­li­mie com­mune, … dont le carac­tère pré­da­teur n’est pas l’élé­ment fédé­ra­teur, et se trouve donc effet plus que cause, et hors sujet.

    Mais mais mais … si existent des forces de cohé­sion, en par­tie, et comme sus­dit en par­tie seule­ment com­pa­rables aux forces de gra­vi­ta­tion, il existe aus­si des forces d’in­co­hé­sion <par­don pour ce néo­lo­gisme>, de répul­sion, qui expliquent en par­tie l’impossibilité pour le corps social de se pré­sen­ter au com­bat comme uni. Je vois par­mi ces agents de l’in­co­hé­sion la jalou­sie, la haine, le racisme, le mépris, la suf­fi­sance, l’or­gueil atta­ché à un rang, et tant d’autres vilé­nies. Ces forces là agissent au natu­rel, tout comme l’empathie et la gen­tillesse, l’a­ma­bi­li­té, l’a­mour, qui sont leur contraire. Mas si elles agissent au natu­rel, les domi­nants déten­teurs de la com auront soin de les magni­fier. Car eux qui sont natu­rel­le­ment cohé­rents, comme dit en amont du fait de leur petit nombre et de leur indif­fé­ren­cia­tion cultu­relle, auront inté­rêt à impul­ser la divi­sion du corps social, afin qu’il soit, tel un trou­peau, pri­vé de pen­sée, de phi­lo­so­phie, et d’esprit.

    La sus­dite vision de la soupe avec gru­meaux est, pour moi au moins, par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sante, qui fait entre­voir les effets de forces de cohé­sion dis­pa­rates : elles peuvent induire des îlots de conscience par­ta­gée, voire des îlots de résis­tance, mais dés­unis, voire même adver­saires, ou concur­rents, voire enne­mis. Ain­si donc des cohé­sions locales induisent elles une inco­hé­rence glo­bale, pire encore une diver­gence, qui en aucun cas ne per­met d’af­fron­ter en rang ser­ré les abus de pou­voir et leurs auteurs.

    Par­mi les forces de cohé­sion, il y a aus­si l’in­di­gna­tion, cou­sine de l’empathie. Car par­mi les gens qui s’in­dignent, il y en a deux sortes : les gens qui en ont marre d’a­voir moins, et ceux qui en ont marre d’a­voir plus, mais se sentent soli­daires de ceux qui sont dans le manque, mais n’ont pas assez pour être maté­riel­le­ment et inten­sé­ment solidaires.
    L’in­di­gna­tion, qui je le redis autre­ment peut gagner même le citoyen aisé, si elle atteint un cer­tain seuil, engendre un esprit de révolte et une cohé­sion du corps social suf­fi­sants pour impli­quer la révolution.
    Même sous les balles.
    Et je vou­drais ici par­ler de la théo­rie des cha­bou­ris, qui est aus­si la théo­rie du pêcheur à la truite.
    Les cha­bou­ris, c’est le nom qu’on donne en Suisse romande à cer­taines bar­rières métal­liques, mobiles, solides et épaisses comme on sait faire là-bas, des­ti­nées à conte­nir la foule, autant à l’oc­ca­sion d’une fête ou d’une mani­fes­ta­tion spor­tive qu’à l’oc­ca­sion d’une « manif ». Il est évident qu’une foule en colère pour­ra faire tom­ber les cha­bou­ris puis tout balayer sur son pas­sage, comme un tor­rent de neige fon­due qui sort de son lit et se répand sans frein ni limite.
    Les déten­teurs et béné­fi­ciaires d’un pou­voir vam­pi­rique auront donc à cœur, pour leur sécu­ri­té, pour leur péren­ni­té, de main­te­nir le mécon­ten­te­ment en des­sous du seuil fati­dique de la folie cohé­rente qui impli­que­rait cette chute des cha­bou­ris, et la révo­lu­tion, tout en ne se pri­vant pas de lais­ser vivre une cer­taine colère, induite par le pillage des « res­sources humaines », mais pas trop n’est ce pas. Le fin du fin étant de sou­ti­rer un max sans engen­drer la révolte…
    L’autre image, c’est celle du pêcheur qui ne peut trop tendre le fil de peur qu’il ne casse, qui donne donc du mou, puis reprend la main, et ain­si de suite, jus­qu’à l’é­pui­se­ment de l’a­ni­mal, qui mètre par mètre cède sa liber­té, jus­qu’à la défaite totale.
    Et c’est bien ce que l’on constate après toute vic­toire sociale : il ne faut jamais long­temps pour voir la pres­sion reve­nir sur le vain­queur éphémère.

    J’ai assez écrit pour ce dimanche 😉

    Réponse
  28. Ana Sailland

    Trem­blez vous les maîtres
    Insignifiance
    Qui ne tenez en vos mains
    Que des sym­boles vains

    Trem­blez roitelets
    Sans troupe
    Face à l’im­men­si­té des peuples
    Vous êtes sans force

    Vous nous tenez par la peur
    Elle sera bien­tôt dans vos rangs

    ~~~~~~~~

    Allaient les rebelles
    Sous la seule nuit
    Au tra­vers de l’ombre
    La nuit et l’ombre
    Qui recou­vraient la vie

    Allaient les rebelles
    Sous leur soleil
    furtif
    ou enfoui au pro­fond des ruelles
    ou dans la lumière des lettres

    Allaient les rebelles
    Au hasard de la mort
    Vers le prix de l’idée
    La pri­son impériale

    Allaient les rebelles
    Sur le chemin
    Intransigeant
    De la vérité
    Allaient sur le chemin
    Intransigeant
    Du danger

    Trente mille d’entre eux
    Allaient ainsi
    Sur le chemin
    Intransigeant
    De la disparition
    Sans plus de vaillance que la majorité
    Mais pous­sés par la néces­si­té d’être

    Qu’il me soit permis
    De pleu­rer ces enfants
    Qu’il me soit permis 
    De sou­rire à leur force
    Qu’il me soit permis
    De chan­ter leur victoire

    ~~~~~~~~

    Trem­blez vous les maîtres
    Trem­blez roitelets
    Dans le vent des consciences
    Vous êtes si faibles !

    Réponse
  29. Ana Sailland

    S’il n’y avait ana­chro­nisme, on pour­rait pen­ser que Robes­pierre répond ici à Simone Weil, tout en adres­sant un clin d’œil à Mor­phéus, et un grand sou­rire à Étienne :

    « Le gou­ver­ne­ment est ins­ti­tué pour faire res­pec­ter la volon­té géné­rale ; mais les hommes qui gou­vernent ont une volon­té indi­vi­duelle, et toute volon­té cherche à domi­ner. S’ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gou­ver­ne­ment n’est que le fléau de la liber­té. Concluez donc que le pre­mier objet de toute consti­tu­tion doit être de défendre la liber­té publique et indi­vi­duelle contre le gou­ver­ne­ment lui-même.
    C’est pré­ci­sé­ment cet objet que les légis­la­teurs ont oublié : ils ne se sont occu­pés que de la puis­sance du gou­ver­ne­ment ; aucun n’a son­gé aux moyens de le rame­ner à son ins­ti­tu­tion. Ils ont pris les pré­cau­tions infi­nies contre l’in­sur­rec­tion du peuple …« 
    10 mai 1793

    C’est un élé­ment de la réponse, qui explique la sou­mis­sion du peuple par la volon­té des gou­ver­nants et par la méca­nique impla­cable qu’ils installent.
    Mais il n’en demeure pas moins que dans ce texte est pré­sup­po­sée la volon­té géné­rale, qui n’a aucune rai­son objec­tive d’être consi­dé­rée comme exis­tante. Et c’est bien là l’une des causes pos­sibles de l’a­pa­thie. Il peut y avoir une colère géné­rale, certes, mais la colère n’est pas une volonté.
    En outre, réflé­chir à l’i­ner­tie comme à un prin­cipe phy­sique me semble encore nécessaire.

    Réponse
  30. Ana Sailland

    Un cer­tain regard sur la volon­té générale

    Je reste dans cette inten­tion de ten­ter de com­prendre la pas­si­vi­té du peuple.
    Et d’y por­ter remède.

    Cha­cune des cel­lules de mon corps est munie d’une vie propre, je l’af­firme même, est munie de son propre ego, mais telle la four­mi au sein de la four­mi­lière, est assi­gnée à une tâche pré­cise, (du moins tant que la folie ne la gagne­rait pas). 
    Ain­si nous indi­vi­dus sommes nous, cha­cun d’entre nous, iso­lé­ment, des « egos » plu­riels, des « je » com­po­sites , consti­tués de mil­liards de « je », mais civi­que­ment cor­ré­lés par le géné­tique, les mes­sages chi­miques, endo­cri­nales doc­trines, les influx de toutes sortes, avec au centre de ce tout, une tête, un organe cen­tral (lui-même com­po­site et hyper­com­plexe), qui sans pou­voir tout gérer, ni tout connaître de ce corps qui l’a­brite, n’en est pas moins le centre de la poli­tique de l’être, du moins celle qui est pen­sée, où s’ins­ti­tuent paresses, aban­dons, espoirs ou déses­poirs, mais aus­si par­fois conscience, direc­tion, volon­té générale.
    C’est ici qu’en­ca­dré cepen­dant par l’a­len­tour, par les néces­si­tés, et le mys­tère, l’in­con­nais­sance et l’in­con­nu, l’être se choi­sit dans sa liber­té rela­tive, et déter­mine celles de ses orien­ta­tions qui n’ap­par­tiennent qu’à lui.
    Sans cette uni­té cen­trale, je ne serais rien.
    Si elle n’exis­tait pas, il fau­drait l’inventer.

    Contrai­re­ment à l’in­di­vi­du (qui n’en demeure pas moins per­fec­tible), la foule, le peuple, les peuples et l’hu­ma­ni­té, ne sont pas natu­rel­le­ment munis d’une « uni­té cen­trale » (au sens de l’in­for­ma­tique), c’est à dire d’un centre unique et com­mun de conver­gence de l’in­for­ma­tion, de l’é­mo­tion, de la réflexion et de l’a­na­lyse, et du rêve, et de la déci­sion. Et la trans­mis­sion de pen­sée, si elle est peut être pro­to­ty­pale, ne per­met cer­tai­ne­ment pas la conver­gence man­quante. Et l’ad­di­tion des pen­sées de tous ne crée pas une pen­sée, mais un brouillard. Et nos sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion, sou­vent assu­jet­tis à des pôles magné­tiques de la pen­sée non uni­ver­selle, ni diverse, ne per­mettent ni la conver­gence ni même l’é­change honnête. 
    L’u­ni­té cen­trale n’existe pas ; il faut donc l’inventer.
    Ou du moins, et cette nuance est impor­tante pour la suite, nous devons inven­ter un outil d’é­mer­gence et de réa­li­sa­tion de la volon­té géné­rale, afin de per­mettre au brouillard des êtres de se consti­tuer en être individué. 
    Car dans ce vide s’en­gouffre l’ap­pa­rente néces­si­té d’une tête.
    Qui explique au moins en par­tie une cer­taine pro­pen­sion à accep­ter des chefs.
    (éty­mo­lo­gi­que­ment, chef signi­fie tête)
    Et s’en­gouffrent aus­si non seule­ment les imper­fec­tions orga­niques mais encore les per­ver­sions des indi­vi­dus qui aspirent à un rôle au sein de cette uni­té cen­trale, ou par­fois, comble des fla­tu­lences de l’orgueil, aspirent en tant que « je » seul et unique au rôle d’u­ni­té cen­trale pour tout un peuple ou tout un conti­nent. Bigre … Gon­flés les mecs …

    Ici réside le drame du sys­tème représentatif.
    Sa rai­son d’être est l’ac­cep­ta­tion de l’exemple bio­lo­gique qui au corps attri­bue­rait une tête comme seul et unique outil d’é­mer­gence de la conscience incar­née supracellulaire.
    Mais hélas, cette tête n’est pas celle du corps social :
    elle est celle des élus, issus à de rares excep­tions près d’une même classe culturelle.
    Ceux là, dra­pés du déshon­neur d’un fal­la­cieux sacer­doce, ne repré­sentent qu’eux-mêmes, ou leurs man­dants, qui sont quant à eux d’une caste et non pas du peuple intégral.
    Point n’est dans mon inten­tion de fus­ti­ger : indi­quer la non repré­sen­ta­ti­vi­té de nos « repré­sen­tants » est suf­fi­sant. Mais quand même, le voca­bu­laire tendre serait inadéquat …
    Ô immonde pré­texte du suf­frage uni­ver­sel, inven­té pour faire légi­ti­mer par un peuple émas­cu­lé de tout pou­voir le ter­rible choix per­pé­tuel entre le pire et le pire, sans plan B, ni C, sinon tan­tôt l’o­béis­sance morose, tan­tôt la révolte au béné­fice éphé­mère, for­cé­ment éphé­mère puisque de nou­veaux chefs méca­ni­que­ment rem­placent les anciens.
    Et quelle hypo­cri­sie que de pré­tendre défendre une volon­té géné­rale, qui n’existe pas, dès lors qu’on n’or­ga­nise rien pour lui per­mettre de naître libre, auto­nome, et riche.
    Et quel men­songe de la part des « léga­listes » que de pré­tendre que la mis­sion du gou­ver­ne­ment serait cette défense de la volon­té du peuple, alors que rien n’est fait, sinon son contraire, pour qu’elle existe, auto­nome, au point de deve­nir capable, et capable d’exi­ger de gou­ver­ner la gouvernance.
    Car la mis­sion de la tête, si elle était hon­nête, ce qui n’est pas le cas, serait d’or­ga­ni­ser la struc­ture poli­tique afin que puissent enfin conver­ger les pen­sées de tous vers la pen­sée géné­rale. Alors qu’en l’é­tat de l’État, la tête s’at­tri­bue le pri­vi­lège, dégui­sé en devoir, d’im­po­ser la pen­sée du petit nombre, dégui­sé en porte-voix, d’im­po­ser la pen­sée du petit nombre au corps social ; en le divi­sant, et en cadrant ses outils de com­mu­ni­ca­tion et d’in­for­ma­tion afin qu’il reste psy­chi­que­ment dépendant.
    Car pour l’o­li­gar­chie, il est hors de ques­tion, ce serait contre son inté­rêt per­son­nel, de per­mettre l’é­clo­sion d’une volon­té géné­rale autre que téléguidée/manipulée, tenue en laisse, non individuée.

    En contre­point, au cœur de l’Inde du XXème siècle, des cher­cheurs ont ten­té « le men­tal des cel­lules », phi­lo­so­phie active de tra­vail sur soi, et hors soi par osmose, qui tente d’in­duire la conscience en chaque cel­lule et chaque uni­té de l’être glo­bal, en uni­fi­ca­tion de l’in­di­vi­duel et de l’u­ni­ver­sel, et non plus seule­ment dans « la tête » ni dans la mul­ti­pli­ci­té des têtes.
    Et cet autre modèle est à la réelle démo­cra­tie ce que le modèle capi­tal est à la dictature.

    Ici réside le rêve démo­crate, qui envi­sage et sou­haite nous voir nous dépar­tir de l’or­ga­nique tro­pisme, nous voir nous pas­ser de tête, en ins­ti­tuant un réseau dense de par­tage et conver­gence des pen­sées et des rêves, dont la modé­li­sa­tion à grande échelle n’existe pas clefs en main dans la nature.

    Ici réside un germe neuf de l’é­vo­lu­tion de la vie sur Terre, qui à tra­vers notre espèce per­met (bien que pro­to­type elle en a les moyens) la déci­sion de faire naître la conscience com­mune et par­ta­gée, uni­for­mé­ment par­ta­gée, ni impo­sée ni jugu­lée, libre bien qu’os­mo­tique, sans point d’ac­cu­mu­la­tion ni de l’in­con­nais­sance ni du pou­voir. Par­don­nez moi ma pro­pen­sion com­pul­sive à regar­der les pointe de mes chaus­sures depuis le consmos, j’en suis moi-même sidérée. 😉

    Tech­ni­que­ment, cela peut se faire en orga­ni­sant une dis­per­sion de la déli­bé­ra­tion cou­plée à une conver­gence du déli­bé­ré. Fon­dées sur une com­mu­ni­ca­tion et une infor­ma­tion exhaus­tives, libres et non faus­sées. Depuis l’exa­men de situa­tion jus­qu’à la déci­sion, prise à l’aulne de la volon­té géné­rale, mais la vraie ce coup-ci.

    Pour col­ler au plus près du thème de la page, la pas­si­vi­té du peuple face au petit nombre s’ex­plique, ce n’est que l’un de ses aspects, par l’i­nexis­tence quoi­qu’on en dise de la volon­té géné­rale, dont le pro­ces­sus de nidi­fi­ca­tion reste à inventer.

    Y a du boulot …

    Réponse
  31. Di Girolamo

    Le bou­lot consiste à per­mettre aux citoyens de faire ensemble le bou­lot . Il n’y a pas à cher­cher plus loin mais il n’y a pas à cher­cher moins loin.
    Le repré­sen­tant a la mis­sion d’as­sis­tance à ce bou­lot citoyen ;les pro­blèmes de la socié­té sont étu­diés par les citoyens et leurs repré­sen­tants , les médias étant aus­si des assis­tants pour ce bou­lot d’é­tude et débat.
    Ce bou­lot citoyen ( étu­dier les pro­blèmes et en débattre ) source de créa­tion et d’i­ma­gi­na­tion , a été rem­pla­cé par le vote pour des pro­grammes sou­te­nus par une par­tie de la popu­la­tion et les repré­sen­tants de cette par­tie de la population.
    Se trou­ver pri­vé de l’é­tude col­lec­tive des pro­blèmes socié­taux est la cause des causes de l’a­to­mi­sa­tion du peuple qui pour se for­ger en tant que peuple doit tra­vailler concrè­te­ment par lui même sur les pro­blèmes de la socié­té ; sans ce tra­vail pas de peuple , pas de démocratie .
    C’est pour­quoi si on tient à ce que les choses pro­gressent dans le sens d’une vraie démo­cra­tie , il n’y a pas à cher­cher plus loin ni moins loin que récla­mer la pos­si­bi­li­té réelle et struc­tu­rée pour nous tous de faire ensemble le boulot.

    Réponse
  32. Catherine B

    C’est tout le tra­vail de la liber­té qui s’ex­prime ici encore. La pas­si­vi­té résulte du col­lage à tout ce qu’on nous a mis dans la caboche depuis qu’on est petit.

    Un scoop qui ne doit pas en être un, mais qui m’a scot­chée quand même.

    Je deman­dais aux gens avec qui je tra­vaille s’ils s’é­taient posés la ques­tion du sens de ce qu’ils fai­saient à l’hôpital

    Et tous, ils étaient quatre, de me regar­der éberlués.

    La ques­tion du sens, tu veux dire quoi au juste Catherine ?

    Ben, c’est pas com­pli­qué que je leur réponds, ça sert qui au final ce que vous faites l’un et l’autre ici dans cet hôpital ?

    Deux se sont tus et deux autres m’ont dit ne pas s’être posés la question!!!!

    Bigre, c’est rude­ment grave je trouve.

    ça veut dire que les gens « fonc­tionnent » un peu comme des machines sans se poser la ques­tion de ce qui les meut. La pas­si­vi­té s’ex­prime là dans ce non ‑ques­tion­ne­ment je trouve.

    Il faut que je dise pour ceux qui ne le savent pas que je tra­vaille dans un hôpi­tal que l’on qua­li­fie de « psy » éta­blis­se­ment de san­té men­tale nou­vel­le­ment éthique-thé et de repen­ser en écri­vant cela à ce que disait Nixon en ren­con­trant Bre­j­nev je crois : Dites-moi, com­ment fonc­tionne votre éco­no­mie deman­dait Nixon et son com­parse de répondre. C’est très simple, ils font sem­blant de tra­vailler et nous fai­sons sem­blant de les payer.

    C’est tout à fait ça suis-je obli­gée de consta­ter. A l’hô­pi­tal, si les patients ne sortent pas pire qu’en entrant, c’est déjà gagné. Les struc­tures de ces éta­blis­se­ments sont faites pour répondre à d’autres inté­rêts que ceux des patients même et sur­tout si c’est le contraire qui se dit.

    On fait sem­blant, c’est le règne du sem­blant, comme on fait sem­blant d’é­du­quer, comme on fait sem­blant de et de et de et de.…

    Réponse
  33. Catherine B

    Comme dit si bien Spinoza,
    il n’y a pas une facul­té qui s’ap­pe­le­rait volon­té et il n’y a pas à com­battre les dési­rs dit-il encore. La libé­ra­tion par la puis­sance de la volon­té est une libé­ra­tion illusoire.On ne com­bat le désir que par un autre désir, c’est là que nous avons l’axe prin­ci­pal. Voi­là de mémoire ce qu’il dit. Je ne mets pas de guille­mets car je ne suis plus cer­taine mot à mot de ce qu’il dit mais l’es­sence est là.

    Le sou­ci c’est que les gens ont per­du tout désir, ils sont sans élan, sans force, or le désir est le moteur donc sans moteur, c’est un peu mort pour avancer.

    Aus­si, tout l’in­té­rêt du petit et du local prend son sens ici pour réim­pul­ser des germes de petit désir pos­sible, pos­sible parce que c’est petit et parce que c’est à côté de nous. Exemple, si je parle de ce qui est autour de moi et de ce que je connais le mieux, c’est tout bon, exemple, mon bou­lot. Je ne pars pas dans des sphères abs­traites, je suis dans le concret, des per­cep­tions que je peux plus faci­le­ment faire par­ta­ger avec les autres, et peut-être avec davan­tage de per­ti­nence car je vis ce dont je parle. L’exemple de l’hô­pi­tal me donne des idées. Ecrire sous le mode du jour­nal, rela­ter ce qui s’y passe m’a déjà effleu­rée, car en fait à tra­vers son fonc­tion­ne­ment, sa dyna­mique, sa struc­ture, ce petit micro­cosme décrit très bien les enjeux de pou­voir qu’il peut y avoir dans la socié­té et de com­prendre aus­si pour­quoi les élé­ments de la struc­ture quoique mal­heu­reux pour beau­coup, agissent pour­tant avec autant de pas­si­vi­té et sont donc com­plices de ce sys­tème, c’est à dire qu’ils y prennent part. C’est un modèle en quelque sorte qui aide à com-prendre le plus grand et le plus loin je trouve, et ça, ce serait déjà un bon début.

    Réponse
  34. Little sister

    @Catherine B.….

    On fait sem­blant.… Si vous signi­fiez par là que nous sommes dans l.illusion à cha­cun de nos actes, je dirais que c.est exact, c.est exact pour nous tous. Car tout est illu­sion. Or sachant que tout est illu­sion il faut faire comme si tout était vrai.……

    A votre ques­tion sur le sens, vos col­lègues auraient pu répondre qu.ils donnent le meilleur d.eux- même. Don­ner le meilleur de soi en toute cir­cons­tance c.est dèja pas si mal. Il faut sur­tout évi­ter de som­brer dans l.absurde et l.inutile car ce serait source de déprime.…..

    Main­te­nant la ques­tion du sens si on y va à fond ca ouvre sur la ques­tion de l.existence elle même et des peurs exis­ten­tielles.…. Vaste programme .…

    Réponse
  35. Di Girolamo

    Je ne crois pas être hors sujet ( de l’é­ten­due de l’é­tat démocratique/ Du grand nombre et petit nombre…De l’ac­tion concrète .…):

    « Bien qu’on attende tout d’un pou­voir cen­tral encore, qu’on vou­drait plus auto­ri­taire et qu’il suf­fi­rait de « prendre » pour tout chan­ger, c’est dans notre vie quo­ti­dienne, au niveau local, que nous pou­vons retrou­ver dès main­te­nant un pou­voir démo­cra­tique et recons­truire une vie col­lec­tive plus convi­viale, amé­lio­rer notre qua­li­té de vie. Ce ne sont pas les élec­tions pré­si­den­tielles qui devraient être les élec­tions les plus impor­tantes mais les élec­tions muni­ci­pales, qu’on se le dise ! »

    http://​www​.coope​ra​tive​-muni​ci​pale​.org/​n​o​d​e​/10

    Réponse
  36. Lutte sister

    Je rec­ti­fie la phrase de mon post 35 ci-des­sus :A votre ques­tion sur le sens vos col­lègues auraient pu répondre qu.ils donnent le meilleur d.eux- même, car don­ner le meilleur de soi en toute cir­cons­tance ce n.est dèja pas si mal.

    Réponse
  37. Catherine B

    Je n’ai pas le temps de répondre, mais ce n’est pas du tout du tout ce que je dis lit­tle sis­ter, je me demande com­ment il faut par­ler pour se faire entendre??? Je répon­drai ce soir si j’ai le temps et si j’en ai le désir car il y a de quoi déses­pé­rer je trouve quand il y a un écart si grand entre le mes­sage envoyé et le mes­sage reçu, tout cela est peut-être très vain!!!!

    Réponse
  38. Little sister

    @ Cathe­rine B
    Eh oui tout cela est vain, c.est bien ce que je ten­tais de vous faire entendre : tout est vain et tout est illu­sion, vani­tas dé vani­tas … tout est vani­té. Votre éner­ve­ment est seule­ment dù à votre égo, et l.égo est une vani­té aus­si. Si vous ne répon­dez pas je n.en mour­rais sur­ement pas.…Juste entre nous mais ne le dites à per­sonne : je me moque bien de Spinoza.

    Réponse
  39. Ana Sailland

    Je reste cen­trée sur le pour­quoi de l’obéissance 😉

    Alors juste une piste :

    Si on écrit l’é­tat fran­çais sans majus­cule, il y a sou­vent quel­qu’un pour nous le reprocher.

    Et à l’é­cole, on nous apprend qu’il faut écrire l’État français.

    ça vous ins­pire quoi ?

    Réponse
  40. Ana Sailland

    Ce matin au bis­trot de Cru­seilles, je lisais le Dau­phi­né qui n’est plus libéré.

    Plu­sieurs articles sur l’é­vo­lu­tion en cours de l’é­du­ca­tion nationale.

    J’ai cher­ché en vain, et n’ai pas trou­vé la moindre mesure des­ti­née à pro­mou­voir l’in­dé­pen­dance de l’esprit.

    ça vous ins­pire quoi ?

    Réponse
  41. Ana Sailland

    @Catherine

    les gens « fonc­tionnent » un peu comme des machines -> ->

    Exac­te­ment, et dit sans mépris, bien enten­du. Il suf­fit d’al­ler à Auchan et d’ob­ser­ver. Les gens ne savent même pas qu’ils existent. C’est ce que j’ai appe­lé très en amont le robotisme.
    Et puis obser­vons nous nous-mêmes au moins trois fois par jour (si on y pense …) = nous ris­quons de tom­ber de haut …

    Mais ne soyons pas pes­si­mistes, c’est réparable !

    La libé­ra­tion par la puis­sance de la volon­té est une libé­ra­tion illusoire. -> ->

    Au vu de la suite, je pense que Spi­no­za fait allu­sion à la volon­té de se libé­rer d’un désir, ou d’un petit nombre de dési­rs. Vu comme ça, mais uni­que­ment vu comme ça, il a rai­son, car la sou­mis­sion au désir, aux pul­sions, et à l’en­dor­mis­se­ment, ne se traite pas au coup par coup : c’est un tra­vail glo­bal de rap­pel conti­nu de la conscience à la sur­face du temps vécu.

    … Ce tra­vail devrait faire par­tie du pro­jet péda­go­gique républicain !!!!!
    En cette lacune réside selon moi l’une des causes pro­fondes de la soumission.

    On ne com­bat le désir que par un autre désir, c’est là que nous avons l’axe principal. -> ->

    Alors là, je ne suis abso­lu­ment pas d’ac­cord, à moins que ce « on » ne désigne celui qui est vain­cu … ou celui qui le manipule.

    _ ;;;;;; _

    Un cadeau hors sujet qui n’a rien à voir sinon la déter­mi­na­tion de trois bon­zoms du 13ème siècle qui porte encore ses fruits de nos jours, donc pas si hors sujet que ça :

    j’ai en main :

    Tome pre­mier (zut, j’ai pas le 2)
    His­toire du Sonderbund
    Par J. Crétineau-Joly
    Chez Plon .…. mais édi­té en … 1850 !

    Et je vous livre le ser­ment du Grütli

    qui date pro­ba­ble­ment de 1291

    pro­non­cé entre trois mes­sieurs des can­tons d’U­ri, Schwitz, Unterwald

    texte qui his­to­ri­que­ment peut être mis en doute, mais ça vaut le coup de lui accor­der cré­dit prudent :

    Nous jurons pour nous et pour nos des­cen­dants les plus recu­lés que cha­cun de nous se fera un devoir de secou­rir ses alliés oppri­més, en nous armant à nos frais, au péril de nos biens et de notre vie, soit dans notre pays, soit à l’étranger.

    Et c’ta­prem, je lisais au soleil de Laroche sur Foron sous un pla­tane doré un texte sur les gardes natio­nales, par Robespierre.

    Simi­li­tudes troublantes.

    Réponse
  42. Morpheus

    A pro­pos de ce que tu dis en #42 (rap­pe­lons que 42 est la réponse uni­ver­selle 😀 ), Ana, je pro­pose à ceux qui le veule une expé­rience très facile à réa­li­ser et qui prend peu de temps.

    Je suis presque cer­tain que la plu­part d’entre nous pensent qu’ils décident eux-mêmes, qu’ils font des choix (à peu près) libre­ment, qu’ils sont maître d’eux-mêmes : en un mot, ils sont au contrôle de leur esprit, de leurs pen­sées. Cette expé­rience vise à vous prou­ver sans le moindre doute qu’il n’en est rien. Bien sûr, si vous crai­gnez pareil constat, évi­tez de mettre en pra­tique cette expérience …

    Pour pro­cé­der, c’est très facile. Assu­rez-vous de ne pas être déran­gé durant un quart d’heure (une demi heure si vous vou­lez, c’est mieux). Ins­tal­lez-vous dans une posi­tion confor­table : assis sur une chaise ou en tailleur si cette posi­tion vous agrée. Déten­dez-vous, fer­mez les yeux, et pen­dant un quart d’heure (ou une demi heure), vous allez sim­ple­ment concen­trer votre atten­tion sur une chose très simple : obser­ver votre res­pi­ra­tion et les sen­sa­tions qu’elle génère au niveau du nez et des voies respiratoires.

    Ren­dez-vous pour un débrie­fing lorsque vous aurez fait cette petite expérience 😉

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  43. Catherine B

    Bien chère Ana,

    Tout ce que tu dis me semble très juste, comme souvent.

    Quand je parle de mes col­lègues qui ne se posent pas la ques­tion du sens de ce qu’ils font et de qui ils servent au final quand ils font ce qu’ils font à l’a­veugle, c’est pas que ça me met vrai­ment en colère, non, ce serait plu­tôt le contraire, ça m’at­triste pro­fon­dé­ment, très profondément.

    Parce que pris un par un, tous ces gens dont je parle et dont il m’ar­rive par­fois aus­si de res­sem­bler, ce sont plu­tôt des gens sym­pas et dont je sens que tout au fond d’eux, cette belle source pleine de beau­té et de noblesse ne demande qu’à se déployer plus géné­reu­se­ment, y’a juste que pour y arri­ver à cette source, c’est par­fois pas coton.

    Je ne suis pas pes­si­miste, parce que si je l’é­tais , il y a belle lurette que j’au­rais renon­cé à faire et dire quoique ce soit. C’est parce que je crois pro­fon­dé­ment à la vie que j’es­saie de lui ouvrir les portes, comme je peux, avec les petits ins­tru­ments que j’ai à ma disposition.

    Pour reve­nir à Spi­no­za qui est un grand maître selon moi de l’ap­pren­tis­sage de la liber­té, je crois inti­me­ment qu’il dit vrai lors­qu’il parle d’un désir qui ne sau­rait s’é­teindre que par un désir plus grand que lui et non par la volonté.

    Un exemple très concret et qui par­le­ra à tout le monde. Tu as tri­mé pour construire ta mai­son par exemple, tu y as mis toutes tes éner­gies, mais voi­là que le feu gagne toute la mai­son, et bien­tôt t’en­lè­ve­ra la vie si tu t’obs­tines à vou­loir y res­ter. Le désir de vivre est plus fort alors que le désir de res­ter dans cette mai­son. Il n’y a alors nulle volon­té, juste le désir plus grand de sau­ver sa peau même si ça doit pas­ser par ne pas sau­ver sa mai­son. ça veut dire qu’une hié­rar­chie se pose iné­luc­ta­ble­ment, et qu’il n’est ici nulle ques­tion de volon­té, mais de prio­ri­té, sim­ple­ment et essen­tiel­le­ment de prio­ri­té. Qu’est-ce qu’on met en premier

    Et cette ques­tion, lan­ci­nante ques­tion ne devrait jamais nous quit­ter. Qu’est-ce qui me meut le plus, qu’est-ce qui est le moteur ultime de mon agir, de mon rap­port au monde ? Si j’y réponds alors j’ai trou­vé mon axe, ma colonne ver­té­brale qui me fera tenir au delà des tem­pêtes. Voi­là com­ment je com­prends ce mon­sieur, mais là, encore, autant de lec­teurs autant de lec­tures. Je parle de ma lec­ture de Spi­no­za qui n’est peut-être pas celle de mon voi­sin, il suf­fit de consta­ter com­ment un mes­sage reçu divorce de son émis­sion pour en appe­ler à l’hu­mi­li­té la plus j’sais pas quoi, mais la plus.

    Bon, pour orien­ter la conver­sa­tion vers d’autres lieux qui nous ramène tou­jours vers notre étoile com­mune je l’es­père, j’ai lu ce matin l’ar­ticle de Ber­nard Cas­sen dans le monde diplo­ma­tique où il appelle à la déso­béis­sance en lien avec ce fameux trai­té qui mal­traite les sou­ve­rai­ne­tés. Si Etienne pou­vait en faire une « Une » ce serait salu­taire et que ses appels, ceux d’E­tienne au tra­vers de ses péri­gri­na­tions mul­tiples qui sont à venir portent écho de cette belle parole pleine d’es­poir ici et maintenant,non dans des temps révo­lus. S’il le fait qu’il en soit remer­cié, sinon, tant pis.

    Réponse
  44. Catherine B

    D’ailleurs Ber­nard Cas­sen illustre bien ce pro­pos spi­no­ziste en met­tant la prio­ri­té, la pre­mière place, à ce désir d’une sou­ve­rai­ne­té natio­nale plus forte que le désir d’o­béir à des régle­men­ta­tions européennes.

    Régle­men­ta­tions euro­péennes qui pour­tant lui sont supé­rieures au regard de la hié­rar­chie des lois qui donne la pri­mau­té aux trai­tés inter­na­tio­naux sur les lois natio­nales et pour­tant , et pour­tant, la déso­béis­sance à cet ordre arti­fi­ciel qui mutile l’hu­main est un droit supé­rieur à ce droit-là, car le droit euro­péen tel qu’il existe actuel­le­ment atro­phie l’ espace vital de la majo­ri­té d’entre nous !

    Réponse
  45. Ana Sailland

    Spi­no­za : je ne l’ai pas lu sauf extraits et ne répon­dais qu’à tes lignes ; plus nous entraî­ne­rait vers une longue étude pour dis­tin­guer vou­loir, désir, instinct 😉

    Sor­tir de la mai­son en feu pour sau­ver sa peau est une bonne prio­ri­té, … tant que les enfants ne sont pas encore dedans. Et la grand-mère (?)

    Ton his­toire me fait pen­ser à celle de cet anthro­po­logue qui inter­roge un sor­cier yaki : Et si vous pas­sez dans un défi­lé où des guer­riers embus­qués vous ont ten­du un piège ? Et le sor­cier de répondre : Pas­sez y si vous vou­lez, mais ce sera sans moi .….

    Une autre :
    Le même sor­cier est invi­té à New York pour une confé­rence sur les droits du vivant. Il marche dans la rue, tou­jours avec le même anthro­po­logue. La conver­sa­tion va bon train, sur ce trot­toir de la …ième ave­nue où le brou­ha­ha des voi­tures est au mini­mum gênant. Sou­dain le mon­sieur yaki s’ar­rête puis va vers un mur, et d’une fis­sure il extrait un grillon, le salue, s’ex­cuse, puis remet gen­ti­ment l’in­secte dans ce creux incon­nu du peuple amé­ri­cain, qui lui est une pro­vince et beau­coup davan­tage. L’autre s’é­tonne : Mais com­ment avez vous fait pour l’en­tendre dans ce tohubohu ?
    Ils arrivent à un pas­sage à pié­tons où une foule se masse au milieu des klaxons, prête à bon­dir, regard rivé sur les signaux. Pas­sez moi une pièce d’un dol­lar demande le sor­cier. Puis il la laisse tom­ber au sol. Aus­si­tôt mille paires d’yeux se braquent sur la pièce au tin­tin­na­bule tentant .…..

    Tu as rai­son : il serait bon de choi­sir ce qui nous meut 😉

    Réponse
  46. Ana Sailland

    Évi­tons d’u­ti­li­ser l’ex­pres­sion « droit euro­péen » qui aurait pour effet de légi­ti­mer un hold-up continental.

    La déso­béis­sance peut com­men­cer par le vocabulaire.

    Réponse
  47. Catherine B

    Bien sûr, il y a moult cir­cons­tances dont il faut tenir compte, mais vient un temps où il faut agir, plus le temps de se grat­ter la tête.

    Bien d’ac­cord sur le hold-up des mots, mais il faut bien pas­ser par le lan­gage d’u­sage cou­rant, pour pou­voir le dépas­ser, sinon, les gens non aver­tis n’y com­prennent rien.

    C’est pour­quoi, me semble-t-il, mais il se peut que je me trompe, que la ter­mi­no­lo­gie employée doit être reprise telle quelle est employée dans le quo­ti­dien, mais en appor­tant ensuite les éclair­cis­se­ments sur les men­songes de cette même ter­mi­no­lo­gie, mais bon, sou­plesse, sou­plesse, allez je ferme la boîte, à plus tard.

    Réponse
  48. Di Girolamo

    son film les mois­sons du futur passe sur Arte le 16 octobre

    Réponse
  49. Ana Sailland

    Mer­ci

    La fin de cette vidéo est par­ti­cu­liè­re­ment dans la ligne de nos soucis,

    qui pointe l’in­tri­ca­tion des crises, l’ob­ses­sion pour la crois­sance mais aus­si la carence en démocratie.

    J’y ajou­te­rais la crise de l’in­for­ma­tion qui inter­dit l’é­mer­gence de l’es­prit de révolte.

    (Sinon, on peut déjà « voter avec notre assiette »)

    Superbe cette Madame Robin. Il en faut plein des comme ça.

    Réponse
  50. Ana Sailland

    Je pour­suis tran­quille­ment ma ten­ta­tive de répondre à Simone 😉

    Un cer­tain regard sur l’inertie

     » … sans moteur, c’est un peu mort pour avan­cer » nous dit Cathe­rine ( mes­sage 34). 

    Le Tamas (sans­krit) , signi­fie obs­cu­ri­té, ténèbres, mais aus­si lour­deur, iner­tie, mais encore igno­rance. Il est le frein. Pour le pen­seur de l’Inde, il est per­çu comme une force cos­mique, je veux dire « pri­mor­diale », i.e. anté­rieure à l’ob­jet sur lequel elle s’ap­plique. Par­mi d’autres forces dont il est insé­pa­rable, qui le com­plètent et qu’il com­plète, mais ici je foca­lise sur lui. Cette foca­li­sa­tion accen­tue­ra son aspect néga­tif (le frein), qui nous inté­resse ici, alors que l’as­pect par­fois posi­tif est bien réel (rou­leau compresseur). 
    Le tamas, nous le res­sen­tons agir en nous chaque fois que nous avons un coup de flemme, ou un de ces coups de blues qui exigent une sieste, chaque fois que nous avons un accès de procrastination.
    Il aveugle et alour­dit les êtres ; indi­vi­duel­le­ment et collectivement.
    Il est ce qui rend le corps social si lourd à s’ébranler.
    Il est ce qui fait que la force révo­lu­tion­naire conte­nue dans l’in­di­gna­tion ne suf­fit pas.
    Il est ce qui fait qu’un péril mor­tel ne pro­voque pas dans l’ins­tant l’in­sur­rec­tion des consciences.

    Oui bien sûr, il y a plein d’autres causes à l’im­mo­bi­lisme, mais il est dans l’in­trin­sèque, dans l’a­cau­sal, le pri­mor­dial, comme l’est la masse d’une mon­tagne impos­sible à déplacer.

    Et quand j’ai lu Simone qui sug­gère de recher­cher ces forces qui, tout comme la gra­vi­ta­tion règle le cours des pla­nètes, et nos jours et nos nuits, et la chute des pommes, peut être même la chute de l’ange 😉 induisent quant à elles l’im­mo­bi­lisme des peuples, leur manque de réac­ti­vi­té, leur sou­mis­sion curieu­se­ment per­sis­tante après l’i­den­ti­fi­ca­tion de l’en­ne­mi et de sa fai­blesse, j’ai immé­dia­te­ment pen­sé au tamas. Qui avec 7000 ans d’an­cien­ne­té sur nos sou­cis fut poin­té par des cher­cheurs en conscience, comme ce qui nous colle à notre plus bas niveau, nous inter­dit l’é­lé­va­tion, qui peut si nous en acti­vons la per­cep­tion don­ner une réponse par­tielle au ques­tion­ne­ment présent.
    On pour­rait aus­si aller dire bon­jour à Freud, ou à Bour­dieu, ou à d’autres, qui abordent cer­tai­ne­ment la ques­tion sous d’autres angles, dont la somme ne fait pas 360°.
    Les peuples d’ailleurs, ou d’a­vant, ont d’autres approches que les nôtres : sans être for­cé­ment ani­mistes, elles n’en pré­cèdent pas moins Simone sur cette idée d’assimilation/modélisation de ce qui guide ou freine l’es­prit avec ce qui impulse ou freine la matière.

    Dans la vision phy­sique, les corps phy­siques obéissent au prin­cipe de l’i­ner­tie : si on fout la paix à un corps immo­bile, il reste immo­bile. Pour pro­vo­quer la mise en mou­ve­ment d’un corps immo­bile, il fau­dra lui appli­quer une force, et ce fai­sant four­nir une éner­gie, d’au­tant plus impor­tantes qu’on sou­haite voir l’ob­jet atteindre une vitesse éle­vée, d’au­tant plus impor­tantes que la masse iner­tielle du corps est éle­vée, et aus­si long­temps que néces­saire, et ce long temps néces­saire sera d’au­tant plus bref que l’in­ten­si­té de la force appli­quée sera grande ou que la masse iner­tielle sera faible.

    Le corps social obéit à une sorte de prin­cipe de l’i­ner­tie : le tamas le freine, comme une glu qui vou­drait le rete­nir dans l’im­mo­bi­lisme. Et pour le mettre en mou­ve­ment, il fau­dra lui appli­quer une force, et four­nir une éner­gie, d’au­tant plus grandes qu’on sou­haite le voir se rap­pro­cher de sa vitesse de libé­ra­tion, d’au­tant plus impor­tantes que le nombre de ses indi­vi­dus, ses atomes, sera éle­vé, appe­lons le la masse popu­laire, d’au­tant plus impor­tantes que sa culture est diver­si­fiée et mul­tiple , et aus­si long­temps que néces­saire ; et ce long temps néces­saire sera d’au­tant plus faible que la force appli­quée sera intense ou que la masse iner­tielle du corps social sera réduite.

    Il pourra(it) être inté­res­sant dans ce contexte d’exa­mi­ner les forces de mise en mou­ve­ment, ver­sus les forces tama­siques. Ten­ter de déter­mi­ner les condi­tions de l’é­qui­libre et les condi­tions de la mise en mou­ve­ment, de réflé­chir aux phé­no­mènes de seuil, ain­si qu’aux boucles de rétro­ac­tion, j’en passe et des meilleures.

    Réponse
  51. Ana Sailland

    1956 : Alban Liech­ti refuse de prendre les armes contre le peuple algérien.

    Incor­po­ré dans l’armée en mars 1956 comme jeune sol­dat, lorsque son contin­gent est envoyé en Algé­rie, il écrit au pré­sident de la répu­blique qu’il refuse de faire la guerre au peuple algérien.

    Après 4 années pas­sées dans les pri­sons d’Algérie et de France, il est envoyé de force en Algé­rie dans un com­man­do de Chasse d’un régi­ment de tirailleurs algé­riens. Dans le Dje­bel, de la région de Bli­da, il patrouille, tout en refu­sant de mettre les balles dans son arme.

    Pour ceux qui sont du coin : 
    Ce soir à Vitry, 20h, ciné­ma Robes­pierre, pro­jec­tion du film « le refus » réa­li­sé par Alban Liechti.

    Réponse
  52. Ana Sailland

    Quel silence ! 🙂
    Je n’ai pas envie de lais­ser tom­ber ce sujet, essen­tiel et cruel­le­ment majeur.
    Et difficile.

    Pour­quoi le plus grand nombre se sou­met il au plus petit nombre ?
    Et pour­quoi ne se révolte-t-il pas ?

    Ça fait deux ques­tions, dis­tinctes, mais for­te­ment liées.

    Car si l’ins­tau­ra­tion de la nou­velle domi­nance fut pos­sible vers 1789, sa main­te­nance en 2012 l’est, par les mêmes causes, et selon des méca­nismes cousins.
    Si dans son nou­veau cos­tume tech­nique la civi­li­sa­tion change d’ap­pa­rence exté­rieure, ses tor­tueux boyaux demeurent.

    A ce titre, le dif­fé­ren­tiel de cohé­sion des groupes humains concer­nés retien­dra ce jour mon attention. 
    Il est à mon sens l’une des réponses à notre double question.
    Et je sou­haite partager.

    La cohé­sion d’un groupe humain sera tou­jours d’au­tant moins natu­relle et pro­bable que ce groupe est fouleux.
    C’est mécanique.

    L’o­li­gar­chie ( du grec oli­goï et arXeïn = « les peu nom­breux gou­vernent ») est par défi­ni­tion peu fou­leuse et elle pré­sen­te­ra donc aisé­ment, en vue de sa main­te­nance, une cer­taine cohé­sion natu­relle, ni moins ni plus que nécessaire.
    La cohé­sion des frères enne­mis (!), c’est certain.
    Mais cepen­dant une cohé­sion bien réelle.
    « On » se bouffe le nez chaque fois que néces­saire, tout comme le font les fauves qui « par­tagent » une car­casse. Par­ta­ger inté­grant en l’occurrence guerres intes­tines, coups de crocs, jus­qu’au meurtre par­fois, sym­bo­lique ou physique ;
    mais « on » sait se tenir les coudes sur l’es­sen­tiel chaque fois que ce pou­voir, économique/monétaire, culturel/médiatique, politique/organisationnel, ce tri­pode que l’on aime tant, subit une menace, aus­si ténue soit elle : 
    face à la houle démo­crate, aux coups de gri­sou que la fra­ter­ni­té ins­pire, face à l’es­prit de jus­tice sociale, face à cette féroce faveur et fer­veur pour « les jours heu­reux » qui par­fois, spo­ra­dique ou quan­tique émer­gence, germe en l’âme du peuple, l’o­li­gar­chie sera tou­jours unie et sau­ra défendre ses fon­de­ments et sta­tuts, i.e. « le sys­tème », « la machi­na », qui garan­tit son exis­tence en la ren­dant « néces­saire », pour sur­vie, au grand nombre. 
    Car la grande astuce fut de rendre sa sou­mis­sion néces­saire au confort et à la sécu­ri­té du peuple, quelques réduits que soient ce confort et cette sécurité.
    Cette engeance (l’oligarchie) sau­ra même user des mots de la dis­si­dence, en voler le sens, et se tra­ves­tir de l’âme du peuple des oppo­sants ; ain­si se plaît elle à créer des par­tis du pro­grès, ou de la soli­da­ri­té, des mou­ve­ments démo­crates, des mou­vances socia­listes, des leurres qui n’ont pour fonc­tion que d’en­dor­mir le grand nombre ; ou : de le divi­ser par des joutes théo­riques, dont, c’est un comble, il n’est que spec­ta­teur, des joutes de détail, parées d’une convic­tion molle, ou feinte, qui éloignent le peuple, en squat­tant son esprit, de l’in­di­gna­tion prag­ma­tique et des sujets essen­tiels qui devraient déclen­cher sa colère.
    Car ces frères enne­mis savent ins­tinc­ti­ve­ment mettre en place des com­bats d’ap­pa­rat aux­quels ils ne croient pas. Pour la gale­rie. Contre la conscience.
    Les plus avi­sés orga­nisent, au delà du sus­dit ins­tinct, l’empire médiatique.
    Leur vraie guerre interne se situant ailleurs, sur des ter­rains de jeu, ou de meurtre, qui ne remettent pas en cause l’é­gré­gore oli­gar­chique, qui comme tout égré­gore s’ap­puie, pour être, sur ses consti­tuants, mais n’est pas eux.

    Le corps social, quant à lui, est au contraire plus que fou­leux. Soixante six mil­lions d’in­di­vi­dus, ce n’est pas rien … Il est donc zébré de classes et de mou­vances dis­pa­rates, elles mêmes plus que nom­breuses, dont les inté­rêts de sur­face sont diver­gents, et qui sont trop nom­breuses pour que s’é­ta­blisse comme dans le cas de l’o­li­gar­chie la per­cep­tion ins­tinc­tive d’un inté­rêt com­mun, qui devrait être non pas super­fi­ciel ni de cir­cons­tance, mais pro­fond, au tré­fonds d’une conscience col­lec­tive trop peu dite : elle devrait être per­çue tri­pa­le­ment, et expri­mée en clair, car d’ur­gence à par­ta­ger, déve­lop­per et .défendre ; tout ceci au delà et à l’abri des défiances et des jalou­sies, fon­da­trices de la divi­sion (jalou­sies nour­ries à plai­sir pas la domi­nance, qui s’en réjouit).

    Et sans cohé­sion, point de révolte ;
    sinon des fièvres sans suite ; 
    suf­fi­sam­ment géné­ra­trices de désordres pour que l’o­li­gar­chie puisse les poin­ter comme dan­ge­reuses et nui­sibles, inhi­bant ain­si la nais­sance de mou­ve­ments plus vastes, ou plus sérieux ;
    ain­si les flam­mèches de la colère popu­laire, loin de pro­vo­quer un incen­die géné­ral, per­mettent elles à la domi­nance de faire aimer le calme ron­ron­nant de la sou­mis­sion institutionnelle ; 
    à tel point que l’es­prit révo­lu­tion­naire pour­ra sou­vent être hon­ni de ce qui devrait être son camp.

    Para­doxe :
    le corps social contient en son sein l’oligarchie, qui en est un sous-ensemble ;
    dont la fron­tière est impré­cise et floue.
    Ain­si le corps social est il domi­né par l’une de ses par­ties dont on ne sait trop, intri­ca­tion hyper­cau­sale, où elle com­mence ni où elle finit ! 
    Qui s’in­si­nue en lui en pro­vo­cant la com­pli­ci­té non seule­ment consen­tie mais encore active de tous ceux qui, faibles, rêvent d’un jour accé­der au sta­tut de domi­nant, ou qui pauvres, rêvent d’un jour accé­der à la richesse : ceux là ne se révol­te­ront pas, qui ont à craindre de la réelle démo­cra­tie pour la sur­vi­vance de leur rêve ego­cen­tré, même s’il est hors de portée.
    Le loto et l’eu­ro­mil­lion sont des symp­tômes ludiques de cet état d’es­pé­rance déses­pé­rée et sans foi dans le collectif.
    L’es­poir fait vivre, dit on, et bien triste est ain­si l’es­poir de pou­voir être un jour puis­sam­ment égoïste, qui ne fait pas vivre, mais éteint la cohésion.

    Ayant, un peu et cer­tai­ne­ment mal­adroi­te­ment débla­té­ré sur ce dif­fé­ren­tiel de cohé­sion entre l’o­li­gar­chie et le grand nombre, je ne puis que, au risque de me répé­ter, car je l’ai fait ailleurs, pré­tendre que l’é­mer­gence d’une volon­té géné­rale, pour l’heure absente, est néces­saire, libre de l’in­fluence média­tique, des par­tis, et des dogmes, pour que s’or­ga­nisent résis­tance aux pou­voirs et exi­gence démocratique.
    Néces­saire et non suf­fi­sante, car sur­vienne une révo­lu­tion qu’elle serait bien vite volée au peuple par les voleurs de révolution : 
    Une culture des pos­sibles est éga­le­ment néces­saire et doit être dif­fu­sée afin que les voleurs ins­truits, oppor­tu­nistes, soient repé­rés dès leur pre­mier mot.

    Réponse
  53. Ana Sailland

    Tou­jours dans la pro­blé­ma­tique Marat-Weil, je prends encore le risque du monologue 😉

    Trois vec­teurs de la passivité :

    -Le gou­ver­ne­ment représentatif
    ‑Le sys­tème médiatique
    ‑Le sys­tème pédagogique

    • Le sys­tème repré­sen­ta­tif inhibe la conscience et la res­pon­sa­bi­li­té du citoyen, puisque par défi­ni­tion l’élection consiste à confier à d’autres ce que l’on pour­rait faire nous-mêmes.

    • Le sys­tème média­tique (je ne parle pas ici de l’in­ter­net) est à sens unique, de l’in­for­meur vers l’in­for­mé. Les men­songes et les mani­pu­la­tions sont bien enten­du pos­sibles ou cer­tains, mais ce qui m’in­té­resse dans cette page, c’est la pas­si­vi­té induite.
    La per­sonne qui rentre fati­guée chez elle, et chaque soir « se détend » devant la télé, est per­due pour le dyna­misme citoyen.

    • Le sys­tème péda­go­gique à la fran­çaise est un sys­tème auto­ri­taire. Dès l’en­fance l’in­di­vi­du est dres­sé à une cer­taine sou­mis­sion à l’au­to­ri­té. Il ne peut qu’en de rares occa­sions déci­der de son rythme et de la pro­fon­deur de son étude, ni du style de par­tage de la connais­sance. Et de plus en plus les pro­grammes sont orien­tés vers la fabrique de res­sources humaines rentables.

    J’au­rais pu appro­fon­dir cha­cun des trois points mais ne l’ai pas vou­lu afin de mettre en relief la syner­gie néga­tive de ces trois piliers de la civilisation :

    C’est pré­ci­sé­ment en ces trois lieux là, où le dyna­misme intel­lec­tuel et la liber­té de l’es­prit pour­raient être déve­lop­pés au mieux, qu’ils sont bri­dés. Là où l’es­prit cri­tique devrait naître se répand l’o­béis­sance morose, ou désespérée.
    C’est un drame de civi­li­sa­tion et la mon­dia­li­sa­tion la plus sour­noise consiste en la pau­pé­ri­sa­tion des consciences.

    Nous connais­sons bien enten­du les remèdes, du moins dans leur grandes lignes, pour en avoir abon­dam­ment bavar­dé hic et nunc.
    Com­ment les faire entendre et per­ce­voir au point de ral­lu­mer le feu, mais sans le com­bus­tible néces­saire, qui est la vibrante pas­sion des peuples, là est la question.

    Réponse
  54. Ana Sailland

    Le phi­lo­sophe Ber­nard Stie­gler déve­loppe une notion inté­res­sante : la pro­lé­ta­ri­sa­tion des hié­rar­chies.

    Réponse
  55. catherine b

    Ral­lu­mer le feu dis-tu, pour faire du feu Ana, il faut brû­ler quelque chose, l’es­prit « sacri­fi­ciel » en tant que dif­fé­rent, c’est à dire le sacré, car le sacré, c’est ce qui est dif­fé­rent du com­mun, du pro­fane jus­te­ment, pour le faire adve­nir ce « sacré » il faut se débar­ras­ser des encom­brants, agni, le feu qui ren­voie aus­si à agneau, non???

    Réponse
  56. Ana Sailland

    Es-tu cer­taine que le com­mun n’est pas sacré ?

    Réponse
  57. catherine b

    Jus­te­ment, pour arri­ver à cette consta­ta­tion là Ana, bigre, c’est qu’il faut en tra­ver­ser des forêts sombres et froides, et donc brû­ler les immon­dices qui nous empêchent de trou­ver le che­min du simple.

    Rien de plus simple que de com­pli­quer, rien de plus com­pli­qué que de simplifier.

    Le simple est une figure d’a­chè­ve­ment je crois, de dénu­de­ment, de dépouille­ment jus­te­ment, et pour se dépouiller, il faut se débar­ras­ser des poux, sourire !

    Réponse
  58. Ana Sailland

    Le pré­lude 1 de Bach est en effet aus­si sublime que simple.
    La plu­part des inter­prètes ne résistent pas à la ten­ta­tion d’y rajou­ter une coda fan­tai­siste, et per­sonne n’é­chappe à une cer­taine modu­la­tion du tem­po. Les inter­pré­ta­tions les plus remar­quables étant cepen­dant celles qui sont le plus fidèles à la pure­té écrite, pour­tant impos­sible à res­pec­ter : il y a tou­jours un ins­tant où l’on cède à l’é­mo­tion et où le roman­tisme induit le tou­cher. Ces ins­tants de tra­hi­son ne sont ils pas sacrés ?

    Louis Jou­vet dont le mono­cor­disme côtoyait le sublime ensei­gnait à ses élèves en leur deman­dant de répé­ter mille et une fois la même phrase sans aucune émo­tion, jus­qu’à ce que dans la méca­nique du verbe trans­pa­raisse l’inattendu.

    Mais il y a des par­ti­tions alam­bi­quées qui sont pas mal non plus et cer­tains textes ratio­ci­neurs peuvent sou­le­ver l’émotion 😉

    Le mau­vais trai­te­ment qui est infli­gé aux arts au sein de l’é­du­ca­tion natio­nale est à mon avis l’un des fac­teurs de la pas­si­vi­té citoyenne.

    La pra­tique de l’art est un fort moteur du déve­lop­pe­ment de l’i­ma­gi­naire, et l’i­ma­gi­naire ouvre des espaces qu’il par­tage avec l’es­prit d’in­ven­tion, et donc avec la capa­ci­té de contes­ta­tion de ce qui est.

    L’é­du­ca­tion natio­nale devrait à mon sens dépla­cer le centre de gra­vi­té de ses sou­cis en l’é­car­tant un peu de la vision prag­ma­tique.

    A ce pro­pos, le para­graphe du pro­gramme du CNR consa­cré à l’é­du­ca­tion est symptomatique :

    « La pos­si­bi­li­té effec­tive pour tous les enfants fran­çais de béné­fi­cier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus déve­lop­pée, quelle que soit la situa­tion de for­tune de leurs parents, afin que les fonc­tions les plus hautes soient réel­le­ment acces­sibles à tous ceux qui auront les capa­ci­tés requises pour les exer­cer et que soit ain­si pro­mue une élite véri­table, non de nais­sance, mais de mérite, et constam­ment renou­ve­lée par les apports populaires. »

    Je trouve ça hono­rable mais terrible .…..

    Réponse
  59. catherine b

    Il y a un pro­verbe qui dit 
    faire les choses une fois plait au moi, les faire deux fois ennuie le moi, les faire mille fois trans­forme le moi…
    Petit clin d’oeil à Jouvet !

    Réponse
  60. Étienne

    Mer­ci Ana.

    Je crois com­prendre ton point de vue sur le pré­lude, mais pour ma part, je ne mets pas la barre si haut : j’ai l’im­pres­sion de m’é­le­ver quelle qu’en soit l’in­ter­pré­ta­tion ; même dans les varia­tions modernes, c’est dire.


    (À mon sens, on peut éteindre son écran : le son suf­fit, bien sûr.)

    Réponse
  61. Di Girolamo

    Et si nous étions moins intel­li­gents qu’il y a 2 000 ans ?

    « D’a­près cette étude, d’i­ci 3 000 ans, soit envi­ron 120 géné­ra­tions, nous aurons tous acquis deux voire davan­tage de muta­tions sup­plé­men­taires et nui­sibles à notre sta­bi­li­té intel­lec­tuelle et émo­tion­nelle. « Je parie­rais que si un citoyen moyen de l’é­poque d’A­thènes de 1 000 av. J.-C venait à appa­raitre sou­dai­ne­ment par­mi nous, lui ou elle figu­re­rait par­mi les plus brillants et les plus vifs intel­lec­tuel­le­ment de nos col­lègues et com­pa­gnons, avec une bonne mémoire, un large éven­tail d’i­dées et une vue pers­pi­cace des ques­tions importantes »

    http://www.atlantico.fr/decryptage/et-etions-moins-intelligents-qu‑2–000-ans-546315.html

    Cette petite digres­sion non musi­cale pour faire plai­sir à Étienne : ce n’est pas pour rien que les Grecs uti­li­saient le tirage au sort : ils étaient plus intel­li­gents ! .….Serions nous ici sur ce blog, de vieux fossiles ?

    Bon Dimanche et paix dans vos esprits modernes ou arriérés .

    Réponse
  62. Étienne

    Mer­ci Georges 🙂

    Je retiens aussi : 
    « notre mode de vie actuel favo­ri­se­rait la muta­tions des gênes. « Cette trans­for­ma­tion s’est pro­ba­ble­ment pro­duite dans un monde où chaque indi­vi­du était expo­sé aux méca­nismes sélec­tifs bruts de la nature, en fonc­tion des cri­tères » (…). Mais ces pres­sions ne s’ap­pli­que­raient plus aujourd’­hui. (…) « Un chas­seur-cueilleur qui ne conce­vait pas cor­rec­te­ment une solu­tion pour four­nir de la nature ou un abri mour­rait pro­ba­ble­ment, avec sa pro­gé­ni­ture, alors qu’un cadre moderne de Wall Street qui fait une erreur concep­tuelle simi­laire rece­vra un bonus sub­stan­tiel et sera un par­te­naire plus atti­rant. Clai­re­ment, la sélec­tion extrême appar­tient au passé ». »

    Réponse
  63. Ana Sailland

    Je suis tom­bée un jour sur le cours de math de l’X peu après sa fondation.

    C’é­tait d’un niveau plu­tôt reposant !.……

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~

    La pre­mière vidéo me convient.

    La seconde, je pars en courant … 😉

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~

    Un qua­trième vec­teur de la sou­mis­sion à l’au­to­ri­té : les monothéismes.…

    (sug­ges­tion de relec­ture : les dix commandements)

    Athènes était poly­théiste à colo­ra­tion cha­ma­nique ; y a‑t-il un lien avec la démo­cra­tie athé­nienne ? … ça se pourrait.

    Réponse
  64. Ana Sailland

    Entre 1815 et 1905, il y a une explo­sion de la pen­sée mathé­ma­tique. L’ap­ti­tude à éla­bo­rer des concepts abs­traits est sur­mul­ti­pliée. Qui est symp­tôme d’un ping pong entre une abs­trac­tion ludique hyper­com­plexe et la réa­li­té objec­tive. Il s’a­git là d’un pro­grès BRUTAL d’une intel­li­gence dont on ne sait trop si elle est col­lec­tive ou ne concerne qu’un club semi-fermé.

    Concer­nant ce qui est inter­ro­gé plus haut, il est pos­sible qu’il y ait un tas­se­ment de l’in­tel­li­gence de masse et une explo­sion de l’in­tel­li­gence de pointe. Mais je n’y crois pas trop. L’in­ter­con­nexion des indi­vi­dus peut très bien impli­quer une inter­con­nexion accrue des neu­rones indi­vi­duels, confron­tés qu’ils sont à une hyper­fré­quence de situa­tions nou­velles ou de stress, à tra­vers le jeu par exemple. Dif­fi­cile de trancher.

    Réponse
  65. Ana Sailland

    Si le petit nombre réus­sit à s’emparer de la fabrique de l’i­ma­gi­naire, il a peu à craindre du grand nombre.

    Réponse
  66. J.C

    @ Ana,

    Oui, c’est la clé.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  67. Ana Sailland

    Je serai moins enthou­siaste sur ma courte phrase : La porte a plein de ser­rures 😉

    À tout hasard, ne confon­dons pas la fabrique de l’o­pi­nion (chère à Chom­sky) avec la fabrique de l’i­ma­gi­naire (moins théo­ri­sée à ma connaissance).

    Je per­çois la fabrique de l’i­ma­gi­naire liée d’une part aux acti­vi­tés ludiques (sur­tout chez l’en­fant, alors que chez l’a­dulte elles sont plus anes­thé­siantes), d’autre part aux arts, et sur­tout à la pra­tique des arts plus qu’à leur « consommation ».

    Dans les deux cas, la domi­nance ((( l’égrégore domi­nant, qui n’est pas l’o­li­gar­chie ; ciel un autre tiroir qui s’ouvre !!! ))) aura inté­rêt, et elle ne s’en prive pas :

    -d’une part à réduire le nombre d’ac­teurs offi­ciels et VIP (jour­na­listes accré­di­tés dans un cas ; artistes en vue dans l’autre), ceci afin de mieux pou­voir les cadrer.

    -d’autre part à s’emparer des cir­cuits de dif­fu­sion, qui sont l’ou­til de chan­tage par excel­lence sus­cep­tible de régu­ler la cou­leur et la hau­teur du Verbe et de l’Art.

    L’im­por­tance de la fabrique de l’o­pi­nion saute aux yeux dès qu’on s’in­té­resse à l’empire média­tique, car ce der­nier, mal­gré l’in­ter­net, a un impact direct sur et contre la liber­té intrin­sèque qu’a l’être de choi­sir non seule­ment ce qu’il pense mais encore qui il est ; et si l’in­té­rieur de l’être peut être télé­gui­dé, le grand nombre pour­ra être diri­gé par le petit nombre vers là où il veut qu’il aille, sans vio­lence et sans l’u­sage de la force, ce qui est le nec plus ultra du point de vue de la domi­nance habile qui se sou­haite un trou­peau de res­sources humaines en bonne santé.

    L’im­por­tance de la fabrique de l’i­ma­gi­naire est moins évi­dente, quoique peut-être plus pro­fonde et d’un effet plus stable et durable : Si l’o­pi­nion peut se retour­ner subi­te­ment, un ima­gi­naire col­lec­tif éteint deman­de­ra au moins une géné­ra­tion pour retrou­ver sa vivacité !

    Quand l’i­ma­gi­naire col­lec­tif serait tota­le­ment éteint, il ne se trou­ve­rait per­sonne pour ima­gi­ner un autre monde pos­sible, ni pour conce­voir le rêve, ni donc pour cri­ti­quer ce qui est en com­pa­rai­son de ce qui pourrait/devrait être.

    L’i­ma­gi­naire est ain­si à la racine (au sens végé­tal) de l’es­prit révolutionnaire.

    Squat­ter le monde de l’art au moyen de l’argent ou par tout autre moyen, et choi­sir une école qui n’in­duit que très peu la pra­tique de l’art, sans en avoir l’air, c’est prendre pou­voir sur l’i­ma­gi­naire via ses racines, rhi­zomes et radi­celles, c’est inhi­ber sa crois­sance, donc inhi­ber sciem­ment les forces capa­ci­tés men­tales et psy­chiques, qui pré­sident à l’es­prit révolutionnaire.

    héééééééé j’al­lais oublier le ludique !
    On appelle spor­tifs les mecs qui sont sur les gra­dins, et « joueurs pro­fes­sion­nels » ceux qui sont dans l’arène.
    C’est pas rien ça .…..
    À développer 😉

    Réponse
  68. J.C
    @ Ana

    Pour ma part, je ne fais pas de dif­fé­rence entre la fabrique de l’o­pi­nion et fabrique de l’i­ma­gi­naire, de même qu’il est à mon sens illu­soire de faire la dif­fé­rence entre l’in­fluence des médias dit d’in­for­ma­tion et les fic­tions ou autres diver­tis­se­ments puis­qu’ils visent tout deux à influen­cer, à for­mer notre repré­sen­ta­tion du monde, ce qu’il a été, ce qu’il est et ce qu’il pour­rait devenir ;
    ce qui est beau, ce qui est laid, ce qui est bon, ce qui est mau­vais, ce qui est sou­hai­table et ce qui ne l’est pas.

    Je vou­drais atti­rer l’at­ten­tion sur le fait qu’il est très dif­fi­cile de connaître les idées domi­nantes autre­ment que par le biais des médias officiels.
    Ils ont une telle ampleur, un tel impact, ils atteignent tel­le­ment de gens que ce qui y est véhi­cu­lé appa­raît et devient la pen­sée dominante.
    Com­ment pou­vons nous savoir ce que les autres pensent dans leur majorité ?
    Ils suf­fit que les grand médias véhi­culent une idée pré­sen­tée comme domi­nante, repor­tages et sta­tis­tiques à l’ap­pui pour qu’elle le devienne. Les médias sont des moyens de pro­mo­tion d’ idéo­lo­gies, pas seule­ment par la répé­ti­tion conti­nuelle pure et simple de celles-ci mais aus­si par sug­ges­tion de ce que la majo­ri­té pense.
    Puisque nous n’a­vons que peu de moyens de savoir ce que les autres pensent en dehors
    de notre cercle de connais­sance, on en vient par ces médias de masse à consi­dé­rer cer­taines idées comme les idées domi­nantes, à se les appro­prier soi-même comme telles, jugeant l’en­semble de la popu­la­tion en consé­quence et en venant à s’y conformer.
    Ces médias ont donc une capa­ci­té incroyable à for­mer notre pen­sée. Il suf­fi­rait donc que le dis­cours change pour que la majo­ri­té change d’a­vis comme cela est par­fois le cas sur cer­tains sujets.

    Il s’a­git donc d’une invi­ta­tion à prendre un peu de recul. Et puisque tout est fait pour que notre temps de cer­veau dis­po­nible soit le plus réduit pos­sible, si nous sou­hai­tons évi­ter que l’on pense trop pour nous afin de nous exploi­ter jus­qu’au bout, mieux vaut lais­ser ses pré­ju­gés de côté et inves­ti­guer sur la cohé­rence des conte­nus eux-mêmes.

    Bien ami­ca­le­ment

    J.C

    Réponse
  69. Ana Sailland

    Le moyen-âge et les rats 😉

    Oyez oyez bonnes gens.

    Quand les bour­geois et mar­chands de Nar­bonne entendent que leur Sei­gneur, le comte Aime­ri, veut se sépa­rer de ses fils et les envoyer en terre étran­gère, ils en éprouvent grande douleur.
    La nou­velle s’est répan­due que les six frères partiront.
    Les bour­geois s’as­semblent, deux cents d’entre eux montent dans la salle :
    Aime­ri, Sire, dit le mieux empar­lé, nous sommes des mar­chands qui cou­rons les pays et les mers, trans­por­tant les riches étoffes, l’her­mine, les des­triers et les vins.
    Quand nous arri­vons aux foires loin­taines, on nous demande :
    « Qui est votre avoué ? De quel sei­gneur vous réclamez-vous ? »
    Nous répondons :
    « Le comte Aime­ri et ses fils ».
    Et nul ne serait si har­di de nous faire offense.
    Or voi­ci que vous vou­lez dis­per­ser vos fils.
    Sire, pre­nez plu­tôt nos vignes, nos terres, , nos métairies ;
    pre­nez de nos richesses à votre désir, et dis­tri­buez les entre vos enfants ;
    mais gar­dez ceux-ci auprès de vous pour nous défendre.

    Vous l’au­rez com­pris, cela se passe au moyen-âge.

    Mal­gré cela, c’est ren­sei­gnant sur notre époque, dans le contexte de la ques­tion de Simone et Marat.

    Il peut y avoir entre le domi­nant et le domi­né un rap­port qui n’est pas que de force, mais un rap­port contrac­tuel, qui, et cela est très curieux, peut abou­tir à une rela­tion d’a­mour. Tout le moyen-âge est impré­gné de cette rela­tion ambigüe entre le sei­gneur et son vas­sal ou ses serfs, fon­dée sur un contrat d’as­sis­tance et pro­tec­tion en échange d’une cer­taine perte de liber­té et d’une obli­ga­tion de contri­buer mus­cu­lai­re­ment ou éco­no­mi­que­ment. Cette rela­tion est per­verse en ce sens qu’elle oscille entre le contrac­tuel, l’a­mour, et l’hyperviolence.

    Nous pour­rions tirer un trait sur cette sou­ve­nance et consi­dé­rer que notre époque est radi­ca­le­ment différente.

    Mais à y regar­der de plus près, en obser­vant la banque, l’employeur, le gou­ver­ne­ment, le sala­rié, on s’a­per­çoit que notre socié­té est très proche du fonc­tion­ne­ment féo­dal, et que des hié­rar­chies tan­tôt offi­cielles et tan­tôt non dites tissent la même trame suze­rain-vas­sal qui recouvre l’en­semble de la socié­té, et avec la même per­ver­sion, la même ambiguïté.

    Consta­tant que si les noms et les outils ont chan­gé, que si brû­ler ni occire ne sont plus outils cou­rants, l’or­ga­ni­sa­tion des dominations/soumissions est de même type, for­mant peu ou prou ce qu’en mathé­ma­tique on nomme treillis, on peut se deman­der s’il n’existe pas au niveau de l’in­cons­cient col­lec­tif une grille cachée qui pré­forme l’or­ga­ni­sa­tion sociale.

    C’est exac­te­ment la ques­tion que posait Étienne ici :
    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​1​2​/​3​1​/​2​9​7​-​l​a​-​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​-​r​e​p​r​e​s​e​n​t​a​t​i​v​e​-​e​s​t​-​e​l​l​e​-​u​n​e​-​i​m​p​o​s​t​u​r​e​-​e​n​t​r​e​t​i​e​n​-​a​v​e​c​-​d​l​r​-​n​2​-​d​e​c​-​2​0​1​2​#​c​1​3​304, et cela suite à la dif­fu­sion de cette vidéo là :
    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​1​2​/​2​8​/​2​9​3​-​l​o​i​-​d​e​-​1​9​7​3​-​l​e​s​-​a​v​e​u​x​-​d​e​-​r​o​c​a​r​d​-​e​t​-​d​e​u​x​-​n​o​u​v​e​l​l​e​s​-​p​i​s​t​e​s​-​p​o​u​r​-​c​o​m​p​r​e​n​d​r​e​-​l​-​e​f​f​e​t​-​v​e​r​i​t​a​b​l​e​-​d​e​-​l​a​-​l​o​i​&​c​o​s​=​1​#​c​1​3​292

    Deux ques­tions se posent donc :

    -La socié­té est-elle en par­tie pré­for­mée par des com­por­te­ments arché­ty­paux inhé­rents à l’es­pèce ani­male qui est la nôtre ?

    -Si oui, est-il pos­sible d’é­chap­per à ce for­ma­tage et d’ac­cé­der col­lec­ti­ve­ment à un autre espace com­por­te­men­tal, libre­ment choi­si après ana­lyse ?

    Per­son­nel­le­ment, mal­gré les échecs par­fois mons­trueux de bien des révo­lu­tions, je réponds oui aux deux ques­tions, mais ça se discute.

    Je vou­drais en cette occa­sion insis­ter, peut être l’ai-je déjà fait, sur cela que nous sommes à un tour­nant fon­da­men­tal de l’é­vo­lu­tion de la vie sur Terre : c’est la pre­mière fois qu’un ani­mal voit son auto­dé­ter­mi­na­tion échap­per au dar­wi­nisme, dis­pose à titre indi­vi­duel de la capa­ci­té et du pou­voir de s’au­to-ana­ly­ser, puis de s’au­to-pro­gram­mer en fonc­tion de cette ana­lyse et de buts réflé­chis et déli­bé­ré­ment choi­sis. Appe­lons cela la liber­té d’être. Et il me semble que par induc­tion de l’in­di­vi­duel au col­lec­tif, la socié­té dans son ensemble détient ce pouvoir.

    Poten­tiel­le­ment, car seule une démo­cra­tie déli­bé­ra­tive peut le rendre effectif.

    Point d’or­gueil spé­ciste : ce fait d’être l’a­ni­mal char­nière nous confère une immense res­pon­sa­bi­li­té, que n’ont pas nos col­lègues terriens … 

    Mais de pou­voir à vou­loir il y a un pas de géant, qui appar­tient au domaine de la poli­tique, mais de l’autre poli­tique, n’est ce pas : la poli­tique de conscience, qui pour l’heure est enfouie sous la poli­tique du calcul.

    Réponse
  70. Ana Sailland

    Consti­tuer un cer­veau col­lec­tif effi­cace n’est pas une démarche natu­relle et ne fait pas par­tie de la culture occi­den­tale, ni de la culture humaine dans son ensemble.

    Et, outre les ins­tincts pha­go­cytes et glou­tons de cer­tains, qui ne sont pas la cause essen­tielle, c’est cette carence qui rend néces­saire l’é­mer­gence de groupes direc­teurs, qui rend qua­si incon­tour­nable le sys­tème repré­sen­ta­tif, c’est cette carence qui rend néces­saire le recours sys­té­ma­tique à l’é­lec­tion, mais aus­si au vote, qui sont deux pro­cé­dures ayant pour triste effet secon­daire l’ac­cep­ta­tion défi­ni­tive des frac­tures au sein du corps men­tal collectif.

    L’é­mer­gence de la réelle démo­cra­tie néces­site donc, pour sor­tir de cette infir­mi­té, un entrai­ne­ment conti­nu (entrai­ne­ment au sens spor­tif) à la déli­bé­ra­tion éga­li­taire et à la réflexion additive.

    Nous avons commencé 🙂

    Réponse
  71. Ana Sailland

    C’est l’his­toire d’un jour­na­liste qui visite une usine.
    Une usine de couteaux.
    C’est une usine un peu spé­ciale, car les action­naires sont des loups tan­dis que les ouvriers sont des moutons.

    Après avoir visi­té plu­sieurs ate­liers, notre jour­na­liste arrive dans l’es­pace où sont fabri­qués les cou­teaux de boucher.
    Il avise un mou­ton occu­pé à aigui­ser les cou­teaux avant emballage.
    Et l’interroge :

    Mais … avez vous conscience du fait que c’est avec ce cou­teau que vous aigui­sez que le loup va vous égorger ?

    Et le mou­ton de répondre :

    … Il faut bien vivre …

    L’his­toire ori­gi­nale est de Lan­za del Vasto

    Réponse
  72. Ana Sailland

    Brouillon à peine répa­ré, écrit au ver­so de mon set de table au res­tau de midi ( assiette végé comme il se doit, avec un verre de Bor­deaux pour les polyphénols 😉 )

    —

    L’hu­ma­nisme entre en léthar­gie, et avec lui, c’est toute l’hu­ma­ni­té qui entre en hibernation.
    Oh certes, elle fait encore du bruit l’es­pèce humaine, et de son feu fouaille sa mère la Terre, en sa pro­fon­deur, en ses eaux, pol­luant son air.
    Mais l’es­pèce humaine n’est plus l’humanité.
    Car l’ac­tion n’o­béit plus à l’Esprit.

    .….….…

    Via sa devise, les valeurs fon­da­men­tales de la répu­blique sont encore à l’af­fiche, font par­tie de la bande annonce.
    Mais c’est comme au ciné­ma, quand par­fois après avoir appré­cié le lan­ce­ment on se pré­ci­pite vers la décep­tion (payante!).
    La répu­blique, c’est du ciné­ma, pour­rait on dire.
    Car si la répu­blique fut pen­sée, elle ne pense plus.
    Car ce ne sont plus (ou ce ne sont pas) les huma­nistes, ni même les humains, qui orientent et décident, mais l’é­gré­gore entre­pre­neu­rial, ou pire l’é­gré­gore finance, dont la seule valeur est la valeur = la valeur bour­sière des choses et des êtres, le retour sur inves­tis­se­ment, la ren­ta­bi­li­té immé­diate, la céci­té comp­table, sans conscience mais sou­mise à simple arithmétique.
    Ain­si somme nous pas­sés de l’État pro­vi­dence à la répu­blique comp­table et à la gou­ver­nance arithmétique.

    On n’in­siste pas assez sur cette sub­sti­tu­tion de l’a­rith­mé­tique à l’Esprit.
    La logique comp­table, un démon, un dément, enfan­té par l’in­hu­ma­ni­té des anciens maîtres du monde, mais qui désor­mais les dépasse et les gou­verne à leur tour.

    Je veux dire que l’Es­prit est en panne.
    Qua­si en toute classe sociale ou culturelle.
    Chez les riches comme chez les pauvres.
    Chez les pauvres comme chez les riches.
    Et cela depuis que nos valeurs ne sont plus son moteur.
    Nos valeurs ne sont plus le moteur de l’Es­prit, ni le moteur de nos choix, car relé­guées dans la vitrine répu­bli­caine, comme dans une vitrine de musée, là où sont ran­gés de pré­cieux outils anciens, obso­lètes, objets désuets dont il est inter­dit d’u­ser de peur de les user.
    Ain­si nos valeurs sont elle ran­gées dans notre esprit col­lec­tif comme un sou­ve­nir,
    déco­ra­tif, van­té mais fallacieux.
    Ce qui est d’au­tant plus mor­bide qu’elles sont encore, men­songe, encore pré­ten­dues actives, pérennes et per­ma­nentes, per­sis­tantes, ce qui bloque toute révolte ou volte face nécessaires :
    C’est notre âme qui nous ment, en nous dis­si­mu­lant sa mort, et nous livre ain­si vul­né­rables à l’ogre comptable.

    Cepen­dant
    Nous pou­vons, nous devons, donc ne nous en pri­vons pas, accu­ser le sys­tème repré­sen­ta­tif, et l’o­li­gar­chie, et la conni­vence des pou­voirs offi­ciels avec les pou­voirs cachés, par­fois la pré­va­ri­ca­tion, ou la cor­rup­tion, nous pouvons/devons accu­ser les cou­pables, ils sont nom­breux, l’en­quête en est aisée. Mais.
    Mais ne per­dons pas de vue le fait que cette répu­blique fon­dée sur la dic­ta­ture par l’é­lec­tion a per­du ce qui en gros de 1945 à 1965 en fai­sait un ersatz sup­por­table de la démocratie :
    elle a per­du l’Esprit.
    La répu­blique a per­du l’Esprit.

    L’»élite« diri­geante a per­du cette minime part d’hon­neur et d’in­tel­li­gence empa­thique qui nous la ren­dait sup­por­table et lui fai­sait prendre des déci­sions pas trop contraires au bon­heur com­mun : elle a per­du cela lorsque subrep­ti­ce­ment, sous l’im­pul­sion de la pen­sée néo­li­bé­rale, nos valeurs ont été rem­pla­cées par l’es­prit comp­table, et par ce prag­ma­tisme à deux balles qui l’a conduite à se sou­mettre à ce qui est, à ce qu’elle a per­mis d’être, au lieu de se don­ner corps et âme au com­bat pour ce qui doit être.

    Nous pou­vons, nous devons, donc ne nous en pri­vons pas, exi­ger la démo­cra­tie, réelle, mais ne per­dons pas de vue le fait que l’ac­tuelle démence comp­table a pla­cé nos valeurs huma­nistes en hiber­na­tion, et que ce pro­blème là est men­tal et phi­lo­so­phique, plus que structurel.

    Paral­lè­le­ment à la démarche poli­tique, c’est donc le niveau de conscience et de com­pré­hen­sion de tous qui devra être répa­ré ( par qui ? … mer­ci à Sté­phane, qui vient de nous quit­ter, et aux autres, pol­li­ni­sa­teurs de conscience si peu média­ti­sés hélas ), la conscience et la com­pré­hen­sion de tous, disais-je, y com­pris celles de ces « domi­nants » que nous aurions tort d’exé­crer, qui sont une com­po­sante du peuple, ne l’ou­blions jamais.

    Réponse
  73. EFFAB

    C’est là une très belle réflexion, ANA, sans vou­loir don­ner l’air de vous cirer les pompes – je tiens à le pré­ci­ser car c’est ce que l’on m’a repro­ché ailleurs, moi qui vou­lais sim­ple­ment expri­mer ce plai­sir d’a­voir lu des choses qui me touchent et me parlent infi­ni­ment, cette conni­vence intel­lec­tuelle sinon cette huma­ni­té en nous, ces par­tages avec autrui qui font tant de bien et nous confortent dans nos idées, nos ques­tion­ne­ments… et tout ce que vous évo­quez là me paraît si juste !

    Cette empa­thie, cet éthique, ce pro­fond res­pect (de soi et des autres), cette humi­li­té face à nous-mêmes et face au Vivant, cette insi­gni­fiance, cette imper­ma­nence en même temps que cet idéal et tout cet Abso­lu qui nous dépasse… mais plus impor­tant encore aujourd’­hui, cette res­pon­sa­bi­li­té com­mune et ces choix de socié­té, la menace éco­lo­gique et toute l’in­con­sé­quence humaine…

    Quand ce Monde a tout à nous don­ner, Para­dis en soi et en poten­tiel… ces grappes de la jouis­sance et cet Esprit de l’é­qui­té… Chees !

    Réponse
  74. Ana Sailland

    Réflexions sub­ver­sives 😉
    sur le suf­frage uni­ver­sel et le referendum

    Par­mi les prin­ci­paux outils de domi­na­tion du grand nombre par le petit nombre, et des plus effi­caces, il y a l’é­lec­tion par le suf­frage uni­ver­sel, et le refe­ren­dum à la française.

    Au sor­tir de la guerre de 1870, alen­tour de l’é­pi­sode de la com­mune, l’as­sem­blée natio­nale com­porte une majo­ri­té de royalistes.
    A cette époque, l’i­dée du suf­frage uni­ver­sel a le vent en poupe, ou est au mini­mum sou­vent évoquée,
    (l’an­nexion des Savoie via un plé­bis­cite tru­qué en est l’illus­tra­tion), et, on s’en doute, ces nos­tal­giques de l’an­cien régime n’y sont pas fran­che­ment favorables :
    Ils sont inquiets à l’i­dée que le suf­frage uni­ver­sel pour­rait per­mettre à la « popu­lace » de déci­der de tout et donc de cas­ser » l’or­ga­ni­sa­tion sociale« en vigueur, et donc de remettre en cause les pri­vi­lèges dont jouissent les sur­vi­vants des castes anciennes et leurs frères enne­mis que sont les nou­veaux riches en valeurs mobilières.

    C’est alors que Thiers (…dépu­té de 26 dépar­te­ments …) leur explique que le suf­frage uni­ver­sel est le meilleur outil de pro­tec­tion de leurs avan­tages : car on sau­ra faire voter au peuple ce qu’on vou­dra qu’il vote ; ajou­tons que ce pro­ces­sus »démo­cra­tique«, et pour les gens de bien ce n’est pas un mince béné­fice secon­daire, confè­re­ra un sta­tut de légi­ti­mi­té inat­ta­quable aux pro­po­si­tions du petit nombre accep­tées par le grand nombre, aux déci­sions des »élites«, »choi­sies« par le grand nombre, et inter­di­ra au peuple la contes­ta­tion de ce qu’il aura lui-même per­mis ou encen­sé …
    N’a­vons nous pas enten­du, plus de 110 ans après, Fran­çois Mit­ter­rand répé­ter à l’en­vi : « je suis un léga­liste » … Ben voyons …

    On pour­rait croire, et on tente de nous faire croire, que l’a­vè­ne­ment du suf­frage uni­ver­sel s’o­père dans un noble esprit démo­crate, en vue d’ac­cor­der au peuple ce dont il n’a­vait jamais dis­po­sé, un vrai pou­voir, celui de nom­mer ses repré­sen­tants et donc d’a­voir barre sur eux, cycli­que­ment ; mais il n’en est rien : il s’a­git à l’é­poque, et nous en vivons encore l’ef­fet, per­sis­tant, et alié­nant comme pré­vu par Thiers et par d’autres, il s’a­git à l’é­poque d’of­frir au peuple une illu­sion, un leurre, pour le cal­mer aux heures de la com­mune : l’illu­sion de son auto­no­mie et de son libre-arbitre, un fal­la­cieux pou­voir der­rière lequel se cache le renon­ce­ment défi­ni­tif à la démo­cra­tie étymologique ;
    il s’a­git d’un hold-up séman­tique sur le mot démo­cra­tie, par l’in­ver­sion de son sens, d’où s’en­suit l’anes­thé­sie pro­fonde de l’es­prit démo­crate, mis en coma arti­fi­ciel par apha­sie lin­guis­tique ; et nos hié­rarques de pra­ti­quer l’ « apha­sie jar­gon­nante » (c’est une mala­die ; cf google) volon­taire, en usant à qui mieux mieux d’un mot pour un autre ; il s’a­git de conduire le peuple à consen­tir, à choi­sir « libre­ment » son obéis­sance, en lui lais­sant croire qu’il contrôle son des­tin, et en lui répé­tant ce « men­songe démo­cra­tique » autant que néces­saire (il ne se passe pas de jour sans que nos médias ne nous rap­pellent que nous sommes en »démo­cra­tie« et si c’é­tait vrai, ils ne se don­ne­raient pas cette peine).

    Tout ceci qui pré­cède est consi­dé­ra­tion géné­rale sur le sys­tème repré­sen­ta­tif réglé par l’é­lec­tion et sans contrôle des élus. Mais je sou­haite foca­li­ser sur le concept de refe­ren­dum. Qui pour­rait être ouver­ture mais n’est qu’enfermement.

    Lors­qu’on nous pro­pose, de nos jours en France, un refe­ren­dum natio­nal sur tel ou tel sujet, nous pou­vons être ten­tés de pen­ser que cette offre n’est impul­sée que par un sou­ci démo­crate de nos hié­rarques, sou­ci par­ti­cu­liè­re­ment aigu chez nos élus, en la cir­cons­tance par­ti­cu­lière d’une ques­tion majeure, sou­ci qu’u­suel­le­ment le pou­voir serait contraint de ran­ger de côté en rai­son du coût du refe­ren­dum natio­nal, ou en rai­son de la com­plexi­té rédhi­bi­toire de la démo­cra­tie à grande échelle qui devrait cepen­dant être assu­mée ponc­tuel­le­ment lorsque le jeu en vaut la chan­delle ou lorsque l’en­jeu est majeur.
    Que nenni.
    Por­tons notre atten­tion sur le fait que le peuple n’a en aucun cas par­ti­ci­pé à la rédac­tion de la ques­tion. On lui dicte donc le thème de sa réflexion, et les thèmes qui lui sont chers ne seront abor­dés qu’au bon vou­loir de ses maîtres.
    Por­tons notre atten­tion sur le fait que la ques­tion est binaire, c’est à dire qu’il n’est pos­sible d’y répondre que par oui ou par non.
    Et que toute idée neuve et dif­fé­rente qui anime le peuple ou une par­tie du peuple, ou un citoyen, ne sera visible que si les médias le veulent bien.
    Ain­si donc, c’est le pou­voir en place qui choi­sit l’ins­tant et le thème du débat, qui en cadre la por­tée et les règles, qui par l’en­fer­me­ment du peuple dans un choix binaire peut, via une inter­ro­ga­tion judi­cieu­se­ment for­mu­lée, cana­li­ser le peuple vers la réponse sou­hai­tée par l’im­pul­seur oligarque.
    Sou­ve­nons-nous du « il n’y a pas de plan B », qui signait cette sorte de chan­tage : « même si le pro­jet ne plaît pas,votez oui car non serait pire ».
    En géné­ral, ça marche !
    Ça a fonc­tion­né en 1958 lors­qu’on nous a fait choi­sir « la consti­tu­tion de 1958 », qui notons le, ren­dait légal son rema­nie­ment par l’  »élite », mais cette fois-ci sans nous consulter (!).
    Et si d’a­ven­ture, nous les des­cen­dants des votants de 1958 , nous contes­tons ce texte, ou ses ver­sions ulté­rieures, il nous sera sys­té­ma­ti­que­ment répon­du que tout cela est légal, légi­time, incon­tes­table, puisque fon­dé sur le suf­frage universel.
    En 1993, ça a mar­ché aus­si, avec le trai­té de Maas­tricht, qui, notons le, entre autres vilé­nies, por­tait en son article 104 le deve­nir dra­ma­tique de la dette européenne.
    On croise par­fois des VIP d’at­tac qui se sou­viennent avec regret d’a­voir voté oui : le rédac­teur sait ce qu’il écrit, mais il faut du cou­rage au citoyen, même éclai­ré, pour ana­ly­ser « un pavé ».
    Et dans ce cas là aus­si (Maas­tricht), le refe­ren­dum appa­raît comme le ver­rouillage pour cause de légi­ti­mi­té popu­laire de cela même qui au moins par cer­tains aspects nuit à l’in­té­rêt géné­ral, du peuple.
    En 2005, par contre, per­met­tez moi d’en­fon­cer cette autre porte ouverte, avec le pro­jet de texte euro­péen qui nous était pré­sen­té, ça a loupé :
    Le pou­voir en place, de droite, vou­lait impo­ser son oui, avec l’ap­pui étrange d’une pré­ten­due gauche, mais sur­tout avec l’ap­pui qua­si incon­di­tion­nel et mas­sif de l’empire média­tique, empire qui pour­tant n’a pas suf­fi à mode­ler l’o­pi­nion : des élec­trons libres ont réus­si à le court-cir­cui­ter, sui­vez mon regard 🙂
    Ain­si donc, en 2005, la gou­ver­nance n’a pas réus­si à faire choi­sir par le peuple la volon­té de la gouvernance !
    Et a été fort décon­fite de décou­vrir que le rai­son­ne­ment de Thiers pou­vait être inci­dem­ment lacu­naire, et que le peuple pos­sé­dait par­fois (mais rare­ment ?) une volon­té propre.
    L’in­ter­net venait d’en­trer dans la danse…
    Mais tout n’é­tait pas per­du pour les auto­crates de 2005 puis­qu’il leur res­tait la voie par­le­men­taire, leur issue de secours LÉGALE bien qu’ILLÉ­GI­TIME, per­met­tant de contour­ner le ver­dict des urnes réfé­ren­daires. Ce fut le trai­té de Lis­bonne. Trai­té anti-popu­laire mais par­le­men­taire, donc un peu plus facile à contes­ter par le peuple, mais ô com­bien peu dans la »démo­cra­tie« du « cause tou­jours mon lapin ».

    Je résume :

    Le refe­ren­dum à la fran­çaise per­met au pou­voir en place de ten­ter de faire légi­ti­mer par le peuple une volon­té qui n’est pas née du peuple mais née de l’o­li­gar­chie (élue ou pas).
    En géné­ral, il y réus­sit, ce qui par la suite lui per­met de clouer le bec à la contes­ta­tion, en l’ac­cu­sant de ne pas res­pec­ter la volon­té populaire.
    En cas d’é­chec, il lui reste la voie par­le­men­taire, ce qui éta­blit clai­re­ment le côté bidon du refe­ren­dum, son côté « poudre aux yeux ».

    En face du refe­ren­dum « à la fran­çaise » existe le refe­ren­dum « à la suisse ».
    C’est à dire le droit d’i­ni­tia­tive popu­laire, ou refe­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne (RIC).

    De quoi s’a­git il.
    Sans entrer dans le détail des pro­cé­dures d’exa­men de la cohé­rence des textes proposés.

    En Suisse, les citoyens ont la pos­si­bi­li­té tan­tôt de refu­ser une loi, tan­tôt d’en pro­po­ser une.
    En court-cir­cui­tant leurs par­le­ments ou autres assem­blées locales d’élus.
    Selon le méca­nisme sui­vant, qui s’ap­plique au niveau com­mu­nal, au niveau can­to­nal, au niveau fédéral :
    Un groupe de citoyens (éven­tuel­le­ment un seul citoyen) pro­pose une ques­tion. Il col­lecte un cer­tain nombre de signa­tures de citoyens favo­rables à un refe­ren­dum sur cette ques­tion ( à noter qu’un citoyen authen­ti­que­ment démo­crate peut être favo­rable au refe­ren­dum sans être par­ti­san du oui, et donc accor­der sa signa­ture dans l’in­ten­tion de voter non !).
    Lorsque le nombre requis de signa­tures ( « seuil de déclen­che­ment » ) est atteint, l’or­ga­ni­sa­tion d’un refe­ren­dum est incon­tour­nable, et le résul­tat du refe­ren­dum sera lui aus­si incon­tour­nable, sauf com­bat pro­cé­du­rier, c’est nor­mal 😉 (on l’a vu dans l’af­faire du tabac au niveau can­to­nal genevois).

    C’est ain­si, exemple, que le 3 mars 2013 le peuple Suisse a choi­si spon­ta­né­ment d’in­ter­dire les para­chutes dorés, mal­gré une longue résis­tance de ses représentants …
    Et le len­de­main, notre pre­mier ministre fran­çais de se réjouir de cette déci­sion popu­laire, et de son­ger à la copier en France, que n’y avait il pen­sé seul, mais sans son­ger à copier le prin­cipe démo­cra­tique qui en était la source génératrice…

    Il faut bien par­fois accep­ter de se perdre dans le détail technique 😉

    La réflexion sur le seuil de déclen­che­ment n’est pas simple (trop bas, c’est une ava­lanche de refe­ren­dums et trop haut, c’est leur blo­cage) et je la crois sans issue dans le cas d’une masse de 50 ou 60 mil­lions de votants (ou beau­coup plus à l’é­chelle conti­nen­tale …). Mais il existe d’autres tech­niques, par exemple le test sur petits ter­ri­toires emboî­tés, jamais envi­sa­gé puisque les rares pays inté­grant le RIC sont petits.

    Par­ve­nue à ce point de la réflexion, je tiens à rire attris­tée de la dupli­ci­té de nos édiles, qui en France et en Europe nous offrent des ersatz du droit d’i­ni­tia­tive popu­laire, un peu comme s’ils vou­laient se défaus­ser en nous en pon­dant une pale copie, joli­ment éti­que­tée « ini­tia­tive réfé­ren­daire », véri­table fou­tage de gueule, qui pour­ra les aider à se pro­té­ger de la ver­sion inté­grale, qui elle, et elle seule, per­met au peuple de contrô­ler en per­ma­nence ses repré­sen­tants, leurs déci­sions, mais aus­si leurs plus ou moins lâches non-décisions :

    Curieu­se­ment, la paro­die se retrouve en double exem­plaire et avec le même numé­ro (article 11), au niveau natio­nal et au niveau européen.

    Article 11 de l’ac­tuelle consti­tu­tion de la répu­blique fran­çaise :

    C’est sur­tout le 3ème para­graphe qui nous inté­resse ici , rela­tif à ce que le jar­gon nomme « ini­tia­tive réfé­ren­daire », voca­bu­laire qui singe hon­teu­se­ment l’i­ni­tia­tive réfé­ren­daire helvétique.

    début

    Le Pré­sident de la Répu­blique, sur pro­po­si­tion du Gou­ver­ne­ment pen­dant la durée des ses­sions ou sur pro­po­si­tion conjointe des deux assem­blées, publiées au Jour­nal offi­ciel, peut sou­mettre au réfé­ren­dum tout pro­jet de loi por­tant sur l’or­ga­ni­sa­tion des pou­voirs publics, sur des réformes rela­tives à la poli­tique éco­no­mique, sociale ou envi­ron­ne­men­tale de la nation et aux ser­vices publics qui y concourent, ou ten­dant à auto­ri­ser la rati­fi­ca­tion d’un trai­té qui, sans être contraire à la Consti­tu­tion, aurait des inci­dences sur le fonc­tion­ne­ment des institutions.

    Lorsque le réfé­ren­dum est orga­ni­sé sur pro­po­si­tion du Gou­ver­ne­ment, celui-ci fait, devant chaque assem­blée, une décla­ra­tion qui est sui­vie d’un débat.

    Un réfé­ren­dum por­tant sur un objet men­tion­né au pre­mier ali­néa peut être orga­ni­sé à l’i­ni­tia­tive d’un cin­quième des membres du Par­le­ment, sou­te­nue par un dixième des élec­teurs ins­crits sur les listes élec­to­rales. Cette ini­tia­tive prend la forme d’une pro­po­si­tion de loi et ne peut avoir pour objet l’a­bro­ga­tion d’une dis­po­si­tion légis­la­tive pro­mul­guée depuis moins d’un an.

    Les condi­tions de sa pré­sen­ta­tion et celles dans les­quelles le Conseil consti­tu­tion­nel contrôle le res­pect des dis­po­si­tions de l’a­li­néa pré­cé­dent sont déter­mi­nées par une loi organique.

    Si la pro­po­si­tion de loi n’a pas été exa­mi­née par les deux assem­blées dans un délai fixé par la loi orga­nique, le Pré­sident de la Répu­blique la sou­met au référendum.

    Lorsque la pro­po­si­tion de loi n’est pas adop­tée par le peuple fran­çais, aucune nou­velle pro­po­si­tion de réfé­ren­dum por­tant sur le même sujet ne peut être pré­sen­tée avant l’ex­pi­ra­tion d’un délai de deux ans sui­vant la date du scrutin.

    Lorsque le réfé­ren­dum a conclu à l’a­dop­tion du pro­jet ou de la pro­po­si­tion de loi, le Pré­sident de la Répu­blique pro­mulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la pro­cla­ma­tion des résul­tats de la consultation.

    fin

    Article 11 du trai­té sur l’U­nion européenne

    C’est le point 4 qui nous inté­resse ici.

    Début

    1. Les ins­ti­tu­tions donnent, par les voies appro­priées, aux citoyens et aux asso­cia­tions repré­sen­ta­tives la pos­si­bi­li­té de faire connaître et d’é­chan­ger publi­que­ment leurs opi­nions dans tous les domaines d’ac­tion de l’Union.

    2. Les ins­ti­tu­tions entre­tiennent un dia­logue ouvert, trans­pa­rent et régu­lier avec les asso­cia­tions repré­sen­ta­tives et la socié­té civile.

    3. En vue d’as­su­rer la cohé­rence et la trans­pa­rence des actions de l’U­nion, la Com­mis­sion euro­péenne pro­cède à de larges consul­ta­tions des par­ties concernées.

    4. Des citoyens de l’U­nion, au nombre d’un mil­lion au moins, res­sor­tis­sants d’un nombre signi­fi­ca­tif d’É­tats membres, peuvent prendre l’i­ni­tia­tive d’in­vi­ter la Com­mis­sion euro­péenne, dans le cadre de ses attri­bu­tions, à sou­mettre une pro­po­si­tion appro­priée sur des ques­tions pour les­quelles ces citoyens consi­dèrent qu’un acte juri­dique de l’U­nion est néces­saire aux fins de l’ap­pli­ca­tion des traités.

    Les pro­cé­dures et condi­tions requises pour la pré­sen­ta­tion d’une telle ini­tia­tive sont fixées confor­mé­ment à l’ar­ticle 24, pre­mier ali­néa, du trai­té sur le fonc­tion­ne­ment de l’U­nion européenne.

    Fin

    (L’ar­ticle 24 pré­sente aus­si un cer­tain inté­rêt comique, qui per­met le droit de péti­tion et pour chaque indi­vi­du le droit d’é­crire aux ins­tances ; encore heu­reux … qu’on nous accorde un droit que nous pos­sé­dions déjà, bien que rela­ti­ve­ment vain, et il le demeure)

    A tra­vers ces deux articles 11 on a la preuve du fou­tage de gueule ambiant, qui dans la conti­nui­té de Thiers « fait sem­blant » d’ac­cor­der des droits mais en réa­li­té fer­mer la porte à la reven­di­ca­tion et à l’in­ven­tion démo­crates par l’é­mis­sion d’un leurre. 
    Ces textes signi­fient en fait :
    « Vous avez le droit de nous nom­mer et de nous deman­der des trucs, mais nous conser­vons celui de déci­der sans vous écouter ».
    Et l’é­lite rédac­trice de cer­tai­ne­ment se gaus­ser sous cap.

    Le vrai droit d’i­ni­tia­tive popu­laire est au contraire pour le peuple un véri­table outil, non seule­ment de contrôle des repré­sen­tants mais encore de gou­ver­nance directe, qui confère à la Suisse un sta­tut de qua­si-démo­cra­tie (bémo­li­sée par l’empire média­tique), que nous pou­vons jalou­ser avant de rêver à une réelle-démo­cra­tie, qui est l’é­tape sui­vante sur le che­min de la liber­té et de l’é­mer­gence du cer­veau collectif. 

    Car face à la dic­ta­ture cyclique élue (notre sys­tème actuel en France) ou face à la dic­ta­ture des com­mis­sions nom­mées par coop­ta­tion (le sys­tème euro­péen), le sys­tème par­le­men­taire contrô­lé par le peuple consti­tue­rait une voie accep­table, infé­rieure certes en qua­li­té à la démo­cra­tie directe à grande échelle (qui, elle, est peut être un peu trop dif­fi­cile à mettre en oeuvre pour être exi­gée de but en blanc et a peut être besoin de croître en dou­ceur, ça se discute). 
    Le contrôle popu­laire d’un par­le­ment pour­rait aus­si s’o­pé­rer, comme déve­lop­pé un peu sur ce site, via une assem­blée sur-veilleuse tirée au sort, mais ce n’est pas le thème de mon plâtre d’écriture 😉

    Les adver­saires du RIC, qui ne sont pas tous des sai­gneurs mais sou­vent des serfs par­ti­cu­liè­re­ment bien mani­pu­lés, s’ap­puient sou­vent sur la mise en doute de la com­pé­tence du peuple.
    Il est exact que la com­pé­tence du peuple est à cette heure limi­tée, mais cela est selon ma per­cep­tion consé­cu­tif à son impuissance :
    quand on n’a aucun pou­voir, on ne fouille pas en pro­fon­deur les thèmes dont on devrait se sou­cier en tant que co_décideur. L’é­tat d’o­béis­seur induit la moro­si­té, puis en corol­laires l’in­con­nais­sance et l’incompétence.
    Notons qu’en face, l’é­tat de com­man­deur incon­trô­lé induit une sur­es­time de soi qui est le germe d’une autre forme d’incompétence.
    Et puis … lequel de nos élus a les connais­sances en plom­be­rie et phy­sique nucléaire néces­saires à l’é­va­lua­tion du risque encouru ? 
    A quels experts l’é­lite va-t-elle confier son juge­ment au point de se sou­mettre et donc de nous sou­mettre aux courtes vues des inté­rêts privés ?
    Il est for­te­ment à craindre ou à consta­ter que la gou­ver­nance éli­tiste est moins com­pé­tente que la masse inté­grale du peuple, puis­qu’en le corps social existent des experts qui eux ne sont pas télé­gui­dés par l’argent ou le chan­tage à la posi­tion sociale.

    Les adver­saires du RIC et de la démo­cra­tie directe (je me sou­viens de longues conver­sa­tions dans le cadre des indi­gnés d’An­ne­cy avec une mili­tante UMP qui pous­sait cet argu­ment sur notre échi­quier convi­vial), avancent aus­si l’i­dée que fati­gué le soir par sa jour­née de tra­vail le citoyen lamb­da ne dis­pose pas de l’éner­gie vitale néces­saire pour en plus de ses sou­cis per­son­nels se char­ger des sou­cis de la cité.
    Argu­ment pous­sé par des gens hon­nêtes mais qui ne per­çoivent pas le piège qui consiste à se baser sur ce qui est pour s’in­ter­dire ce qui doit être.
    Rai­son­ne­ment per­ni­cieux qui consiste à accu­ser le pri­son­nier de n’être pas libre, en quelque sorte.
    Il est pour moi évident que si la démo­cra­tie réelle se heurtera(it) en ses débuts aux dif­fi­cul­tés de l’an­cien régime, elle les soi­gne­rait petit à petit, jus­qu’à rendre obso­lètes tous ces argu­ments rela­tifs à la conscience et à la dis­po­ni­bi­li­té du citoyen.
    La muta­tion des consciences serait longue, qui néces­site dès le pre­mier âge de l’être un chan­ge­ment de cadre, avec un effet qui pour jouer à plein peut deman­der plu­sieurs géné­ra­tions, mais hors la démo­cra­tie elle n’au­ra jamais lieu cette muta­tion, tan­dis qu’en réelle démo­cra­tie elle pré­sen­te­ra la même lente crois­sance que le plus puis­sant des chênes (ou baobab 😉 ).
    La démo­cra­tie est incon­ce­vable sans la patience du jar­di­nier, et nous savons bien que la pré­ci­pi­ta­tion crée des Lénine, des Béria, des Trotsky.
    .….….….…
    Donc engran­geons bien la modeste idée que nptre rêve démo­crate soigne mais ne gué­rit qu’à long terme.

    Pour demi-conclure :

    Le RIC consti­tue un bon remède à la situa­tion actuelle, un pan­se­ment sur la bles­sure des siècles, une bonne amorce de la démo­cra­tie réelle ; cepen­dant, quelle que soit sa tech­no­lo­gie, il pré­sente l’in­con­vé­nient de ne pas consti­tuer un contrôle per­ma­nent, mais seule­ment un contrôle épi­so­dique, lié aux cir­cons­tances (et aux coûts).
    Il ne se pré­sente donc que par­tiel­le­ment comme outil de déve­lop­pe­ment et matu­ra­tion de la conscience col­lec­tive telle que celle que ne man­que­rait pas d’im­pul­ser la démo­cra­tie directe et à grande échelle, fon­dée sur un débat per­ma­nent, uni­ver­sel, exhaus­tif, à tra­vers des assem­blées déli­bé­ra­tives orga­ni­sées selon une topo­lo­gie que Condor­cet esquis­sa en son temps.
    Admet­tons quand même avec Yvan Bachaud que si nous l’ob­te­nons, nous pou­vons obte­nir tout le reste.

    Et, last but not least, méfions nous de la logique comp­table qui consiste même chez les démo­crates convain­cus, à vou­loir confier au vote la déci­sion, écar­tant d’emblée l’en­trai­ne­ment psy­cho­phy­sique de la socié­té à la logique du consen­sus délibéré.
    En effet, le vote est une opé­ra­tion algé­brique menée sur les pas­sions, il éta­blit la somme sta­tis­tique des dési­rs indi­vi­duels, qui ne sont pas tou­jours le goût de l’in­di­vi­du pour le bien com­mun, et il ne per­met pas de géné­rer la volon­té géné­rale : au contraire le vote conduit à inté­grer la dis­sen­sion au cœur de la déci­sion, en relé­guant aux oubliettes les âmes qui se situent sur les bords de la courbe de Gauss. Le vote divise et for­ti­fie la divi­sion en la ren­dant défi­ni­tive ! Et bloque donc l’u­ni­té d’âme du peuple avant qu’elle ne naisse de longues joutes orales, avor­tées bien que vitales et nécessaires !
    Vaste autre thème.

    C’é­tait un brouillon 🙂 !

    Réponse
  75. Ana Sailland

    Une autre façon de dire :

    « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’é­lec­tion des membres du par­le­ment : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. »

    Jean-Jacques Rousseau

    J’a­dore ce juge­ment exces­sif car il est le mien.
    Quand la démo­cra­tie est tru­quée, le démo­crate, pour être cohé­rent, ne peut que dénon­cer à l’excès.
    Mer­ci Jean-Jacques 😉

    Le pro­prié­taire d’une Rolls s’offre sou­vent les ser­vices d’un chauffeur.
    En tel cas, il ne conduit donc pas sa voi­ture, mais cepen­dant maî­trise le choix de la vitesse, de l’i­ti­né­raire, et de la destination.
    Car son chauf­feur, payé par lui, est tenu d’en­tendre, écou­ter, res­pec­ter les ins­truc­tions de son maître.
    Le pro­prié­taire conserve le contrôle.

    Ain­si est il pos­sible de se déchar­ger de la conduite des affaires tout en en conser­vant le contrôle.
    Encore faut il que le contrat d’embauche le permette.

    Le peuple fran­çais, au moment de l’é­lec­tion, engage en CDD une équipe char­gée de pilo­ter le véhi­cule social.
    Mais l’employé devient le maître.
    Le peuple ne contrôle rien.
    Il ne maî­trise ni la des­ti­na­tion, ni l’itinéraire.
    C’est comme si le chauf­feur de la Rolls contrô­lait en per­ma­nence le pro­prié­taire, comme s’il était auto­ri­sé à ne pas l’entendre.

    Le contrat d’embauche poli­tique signé à l’ins­tant de l’é­lec­tion est donc une incon­grui­té puisque le maître devra obéir au valet.

    Le maître, alias le grand nombre, qui est, dit on, « le peuple sou­ve­rain », devra para­doxa­le­ment obéir, col­lec­ti­ve­ment mais aus­si indi­vi­duel­le­ment, devra obéir, obéir aux injonc­tions de celui qui est sen­sé le ser­vir : le petit nombre des élus.

    Fal­la­cieu­se­ment, on nous dit que cela s’ap­pelle « démo­cra­tie », c’est à dire éty­mo­lo­gi­que­ment « gou­ver­ne­ment du peuple ».

    Alors qu’en fait, quand le grand nombre doit obéir aux dic­tats du petit nombre, le terme juste est « dictature ».
    (La véri­té nue peut paraître exces­sive à ceux qui y sont sou­mis : ter­rible vic­toire de la mani­pu­la­tion des âmes )

    Et le fait que le peuple nomme ses maîtres n’y change rien : nous vivons en dic­ta­ture, même s’il s’a­git d’une dic­ta­ture cycli­que­ment élue, même si le gou­lag est de petite taille …

    Réponse
  76. Ana Sailland

    La genèse de l’af­faire Cahu­zac est peu inté­res­sante car nous savions déjà que s’ils ne sont pas « tous pour­ris » cer­tains le sont.

    Par contre ce qui se dit ces temps-ci autour de l’argent est plus révé­la­teur, en ce qui concerne le thème de cette page veux-je dire.

    En pre­mier lieu, la classe diri­geante se pré­sente en vierge effa­rou­chée, qua­si una­nime à sou­te­nir qu’il s’a­git là d’une exception.
    Puis cer­taines de ces hon­nêtes élites nous alertent du dan­ger d’ex­plo­sion popu­liste consé­cu­tif à la sus­pi­cion ins­ti­tu­tion­nelle pro­je­tée par le gouvernement.
    Ne polé­mi­quons pas mais rete­nons de cette aven­ture la très visible cohé­sion de la classe poli­tique, que j’a­vais poin­tée comme l’une des causes de la domi­na­tion, par le petit nombre, du grand nombre ( qui quant à lui est savam­ment empê­ché de se consti­tuer en corps social solide ).
    Rete­nons ensuite que sur les grands médias, il est dit en clair, ça en est stu­pé­fiant de can­deur droi­tière, que la richesse des élus n’est pas le pro­blème (et que c’est le contrôle de l’é­vo­lu­tion de leur for­tune qui compte). On ajoute même, ça vous donne une petite colo­ra­tion de socio­lo­gique, c’est d’un chic, qu’en France le fait d’être riche engendre la sus­pi­cion, et que ça pose­rait problème.
    Mais
    Hors le silence pudique sur le fait que quand on pos­sède des mil­lions, il y a for­cé­ment eu à un ins­tant ou à un autre au mini­mum une fac­tu­ra­tion exa­gé­rée, illé­gi­time au sens huma­niste, bien que légale, ça, c’est un sujet tabou, outre cela, per­sonne, je dis bien per­sonne, détrom­pez moi siou­plaît, ne relève le fait qu’au par­le­ment et au gou­ver­ne­ment, il n’y a aucun smi­card, aucun pauvre, aucun chô­meur, per­sonne qui soit obli­gé de ramer pour vivre.
    Et il est là le vrai pro­blème : je me moque que msieur Cahu­zac qui était car­dio­logue ait pré­fé­ré sau­ver des tignasses plu­tôt que des coro­naires, je me moque de son men­songe, qui dénote plus une mala­die de son uni­té cen­trale qu’un mal poli­tique, non, dans le contexte de cette page, rete­nons le fait que les pauvres ne sont pas pré­sents au débat qui les concerne.
    Et qu’il est assez logique que des élus qui sont au mini­mum confor­tables ne soient pas pas­sion­nés par une sub­stan­tielle aug­men­ta­tion du smic.
    Et com­pre­nons bien qu’au début des années 80, ce ne sont pas des sala­riés lamb­da qui ont mis fin à l’in­dexa­tion des salaires sur l’in­fla­tion, mais un socia­liste riche.

    Tant qu’il n’y aura pas au par­le­ment un SDF autre que Dio­gène volon­taire, il res­te­ra en France des SDF.

    Et c’est toute la force du tirage au sort, qui pro­tège de la plou­to­cra­tie, de per­mettre l’ac­cès à la codé­ci­sion de ceux qui en ont le plus besoin et à qui nul ne sau­rait repro­cher de suc­com­ber à un conflit d’in­té­rêt pour une fois légitime.
    (( Je m’op­pose à ce qui a été sug­gé­ré sur le forum d’as­sor­tir le tirage au sort d’un test d’ap­ti­tude, mais la domi­na­tion par l’a­cui­té cultu­relle est un autre thème, connexe)))

    Réponse
  77. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Ana, du fait de son manque d’argent, le pauvre peut-être corrompu. 😉

    Réponse
  78. EFFAB

    Mer­ci, ANA, de la peine que tu t’es don­née, ces réflexions, cette per­ti­nence, cette ouver­ture au débat…

    … oui, le pauvre peut être cor­rup­tible, STEPHANE, et c’est peut-être pour cela que nous ferions bien de ne pas trop uti­li­ser non plus ce terme de pauvres, ô com­bien conno­té et réduc­teur pour cer­tains… sur­tout quand notre pro­jet socié­tal et démo­cra­tique paraît à ce point uto­pique à ceux-ci, en dépit de ces notions et pos­tu­lats d’a­bon­dance et d’é­qui­té qui lui sont associés.

    Le fait et la réa­li­té démo­cra­tique concernent tout le monde, tout un cha­cun, quel que soient ses com­pé­tences, son patri­moine, son train de vie ; ne confon­dons pas équi­té, éga­li­té, dif­fé­rences, diver­si­té, choix de vie et j’en passe, le bien com­mu­nau­taire nous concerne tous, dans ce juste rap­port équi­table éco­no­mique et ins­ti­tu­tion­nel, libre à cha­cun ensuite de vou­loir un peu plus et s’en don­ner les moyens pour cela, dans le res­pect d’au­trui et de son environnement.

    Evi­dem­ment, ce terme de pauvres en oppo­si­tion aux oli­garques qui nous contrôlent et aux déci­deurs éco­no­miques qui nous pressent et nous condi­tionnent, mais n’ou­blions jamais per­sonne, les mieux lotis d’entre nous comme les plus modestes, ces dif­fé­rences et cette diver­si­té comme ce juste milieu, ce juste rap­port équi­table qui per­met ces limites à ne pas fran­chir en dépit de ces choix de vie et de ces trai­te­ments variés.

    Mais détrom­pez moi siou­plaît, je n’en sais pas plus que vous, moi qui ai pris ce joli train tout récemment.

    fabien

    Réponse
  79. Ana Sailland

    Com­plé­ment au mes­sage 54, au titre de la pédagogie.

    Il y a un mois ~ , j’é­tais allée à une porte ouverte de l’é­cole Mon­tes­so­ri de Prin­gy (74)

    J’a­vais été plus qu’intéressée.

    Du coup, suis retour­née ce same­di matin à une « mati­née parents » ( mon fils a 28 ans 😉 ).

    Tou­jours enthou­sias­mée, car la phi­lo­so­phie Mon­tes­so­ri prend le contre pied de la poli­tique édu­ca­tive fran­çaise classique.

    Là, on res­pecte rigou­reu­se­ment le rythme de l’en­fant, avec le sou­ci essen­tiel de per­mettre la nais­sance d’une confiance en soi.

    L’é­chec n’existe pas, mais l’ex­pé­ri­men­ta­tion est reine.

    Il n’y a pas comme à l’ « édu­ca­tion natio­nale » un pro­gramme à suivre, ni un cer­veau à remplir.
    « wait and see, and we shall see », en quelque sorte.

    L’en­fant crée son propre pro­gramme, son désir, son inté­rêt, sa pas­sion, et l’a­dulte n’est là que pour offrir un maté­riel et l’oc­ca­sion de vivre la découverte.

    J’y retour­ne­rai, pour apprendre encore.

    Car

    Si notre civi­li­sa­tion est malade, c’est entre autres en rai­son de sa bou­li­mie de ren­ta­bi­li­té, et d’une peur de l’in­con­nu, peur de l’im­pré­vi­sible richesse qu’in­duit la liber­té vraie, qui vont jus­qu’à vou­loir dans la pré­ci­pi­ta­tion for­ger les êtres à être conformes aux obses­sions collectives.

    Obser­ver donc com­ment d’autres pensent et organisent/favorisent la pous­sée de l’être, avec la patience du jar­di­nier, cela m’é­clair­ci­ra cer­tai­ne­ment sur le rêve idéal pour la socié­té de demain.

    Il y a des années que je remarque que la DUDH ne contient aucun article sur le droit à la len­teur, le droit à la quié­tude, le droit au silence. Symp­tôme révélateur.

    Réponse
  80. Ana Sailland

    ça m’a tra­ver­sée hier ->

    encore des mots à l’envers ->

    « La grande distribution »

    On en rêve, c’est quand, c’est où ?

    Pro­fi­tons en pour ajou­ter à la liste des outils de la domi­nance les méca­nismes de cana­li­sa­tion des den­rées vitales (qui excluent les petits, asser­vissent le pay­san, anéan­tissent l’in­dé­pen­dance ali­men­taire etc etc)

    Réponse
  81. Ana Sailland

    De la diversion

    Il y a peu je poin­tais le refe­ren­dum à la fran­çaise comme l’un des outils de la domi­nance, qui par le pou­voir de pro­po­ser dis­pose d’une entière lati­tude pour impo­ser le thème et le ter­rain du débat, et ses berges et ses limites, et donc pour écar­ter un cer­tain temps le cer­veau col­lec­tif de toute réflexion autre, haute, et libre, car spontanée.

    Mais la méthode de diver­sion des esprits s’ap­plique en d’autres cir­cons­tances, et même, c’est par­ti­cu­lier, pré­ci­sé­ment là où le peuple n’a pas son mot à dire : le débat parlementaire ->

    Il sera judi­cieux pour un gou­ver­ne­ment de pro­po­ser une loi mineure à l’ins­tant où il a besoin de faire oublier un sujet majeur, et avec la com­pli­ci­té de la presse, et peut être celle de cer­tains grou­pe­ments citoyens plus ou moins squattés/téléguidés, il pour­ra enflam­mer le cœur des foules, jusque même par­fois à pro­vo­quer des manifs, copieuses mais inutiles :
    L’une des dimen­sions du men­songe démo­cra­tique est ici par­ti­cu­liè­re­ment per­ni­cieuse qui consiste à faire croire aux gens que mani­fes­ter leur per­met­tra d’in­flé­chir la déci­sion de leurs »repré­sen­tants« (en fait, le plus sou­vent, celle de la majo­ri­té dis­ci­pli­née et affiliée) :
    ber­cés de cette illu­sion ils met­tront d’au­tant plus d’éner­gie à se battre sur ce ter­rain qu’ils croient être le leur mais qu’on aura choi­si pour eux, et l’éner­gie qu’on met là, on ne la met pas ailleurs.
    Et pen­dant ce temps de dis­pute sté­rile, qui peut durer des semaines, la gou­ver­nance a les mains libres pour aller ici ou là signer quelque trai­té inter­na­tio­nal, lan­cer un corps expé­di­tion­naire dont c’est cer­tain il sera fait men­tion sur l’empire média­tique, mais modes­te­ment, ou pour toute autre action qu’elle tient à mener sans trouble et discrètement.

    Au quo­ti­dien, les medias, au pré­texte d’a­ler­ter entre­tien­dront cou­ram­ment d’autres diver­sions, la liste est longue de ces mille et un sujets qui pas­sionnent ou font peur, mais main­tiennent le peuple loin des sujets essen­tiels, et 😉 en par­ti­cu­lier loin de la cause des causes 😉 et de la véri­té nue.

    Réponse
  82. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Dans l’é­tat actuel des choses, en gar­dant la pers­pec­tive d’une refonte de notre sys­tème poli­tique dans un nou­veau moule.

    Nous nous devons de com­po­ser avec les moyens qui sont à notre dis­po­si­tion pour déclen­cher la révo­lu­tion poli­tique, révo­lu­tion, car il nous faut au moins ça pour rat­tra­per l’é­vo­lu­tion retar­dée par les sabo­teurs qui sont aux manettes du pays.

    Pour cela je ne vois qu’un seul moyen, il est à la por­tée de tous et il devrait mettre en panne le suf­frage des maîtres, c’est le vote BLANC, si la majo­ri­té des Fran­çais vote BLANC, tous le reste devrait suivre …

    Réponse
  83. EFFAB

    Oui, ANA, nous ne sommes pas sor­tie de l’au­berge… cette auberge de dupes et pro‑N.O.M.ique

    Voter blanc serait évi­dem­ment la ligne de conduite, dans un pre­mier temps… mais nous en reve­nons tou­jours à ce pos­tu­lat fac­tuel, si je puis dire, qu’une ample majo­ri­té ait pris conscience de tout ça, ce qui n’est déjà pas rien, même sans par­ler de tirage au sort et autre pro­jet Constituant !!

    Le Pou­voir est bien là qui en impose et étrangle la Démocratie…

    Réponse
  84. J-Stéphane

    Pour que la démo­cra­tie advienne, il faut que le peuple cesse d’être une légende.

    Réponse
  85. Catherine B

    Non Ana tu ne peux pas dire que la loi du mariage pour tous est une loi mineure, c’est une loi majeure ne t’en déplaise.

    Et la guerre c’est la paix si ça conti­nue avec des rai­son­ne­ments pareils . Il n’y a pas qu’Or­well qui nous a mis en garde contre cet esprit de non-dis­cri­mi­na­tion qui nous ferait dire que tout est égal à tout, d’ailleurs si tout était égal à tout, ton par­cours per­drait de son sens. 

    Si être un homme c’est la même chose qu’être une femme, alors pour­quoi devoir pas­ser par la tech­nique médi­cale pour abo­lir cette dif­fé­rence ? Ton expé­rience te le dit mais il y a une par­tie de toi qui ne veut pas l’en­tendre et c’est celle qui vient faire obs­truc­tion dès que le sujet est pré­sen­té sur la table. Ce genre de rai­son­ne­ment d’in­dif­fé­ren­cia­tion est pure­ment idéo­lo­gique, idéo­lo­gique car il ne s’ap­puie sur rien de réel, c’est même un déni de réa­li­té.

    Serions-nous déjà dans une socié­té psy­cho­tique où le réel est réin­ven­té en fonc­tion des dési­dé­ra­tas d’un grou­pus­cule par­ti­cu­lier ?
    Et demain, en ver­tu de ce prin­cipe éga­li­taire, qui vou­drait que si c’est pos­sible pour l’un c’est pos­sible pour l’autre, où va-t-on arri­ver, à quel désir allons-nous devoir sou­mettre la loi des hommes qui vou­drait se faire plus grosse que la loi de la Nature, hein, dis-moi, à quel désir allons-nous devoir obéir ? 

    Pas seule­ment Orwell pour nous le dire mais aus­si des gens comme Hux­ley et Brad­ber­ry… ça suf­fit d’en­tendre cette même musique qui ferait pas­ser pour des demeu­rés ceux qui sont sou­cieux de la dif­fé­ren­cia­tion, source de vie, source de vie car l’éner­gie EST ten­sion des contra­dic­toires, sans pola­ri­tés dif­fé­rentes, le monde dégrin­gole car plus de ten­sion vitale, et c’est alors le tota­li­ta­risme dont nous mettent en garde eux aus­si, bien avant Orwell, Hux­ley et Brad­ber­ry, des gens comme Toc­que­ville et Pla­ton, ce monde tota­li­taire qui nous guette, où tout se confond et où l’on n’en­tend plus qu’une seule voix, celle du tout est pos­sible, tou­jours plus…et où la vie s’é­teint, car para­doxa­le­ment le tout appelle le rien.

    J’ai été plus rude qu’­hier soir, mais tes sous-enten­dus m’in­vi­taient à l’être et tu m’as dit ne pas aimer la pom­made, j’ai exau­cé ton sou­hait, pas de pom­made, mais pas de rudesse inappropriée.

    Main­te­nant, cha­cun fait ce qu’il veut, j’ai dit ce que j’a­vais à dire, mais qu’on arrête de dire des conne­ries, parce que dire que tout se vaut, pour moi, ce sont des conneries

    Réponse
  86. Morpheus

    @ Cathe­rine

    La loi du mariage pour tous est une loi mineure, qui concerne une mino­ri­té. Elle n’af­fecte PAS la vie de la majo­ri­té, elle n’en­lève aucun droit à la majo­ri­té, elle ne dis­cri­mine per­sonne. Elle donne juste un droit iden­tique à une mino­ri­té afin d’at­teindre, au niveau de la loi, un droit égal pour tous, quelque soit l’o­rien­ta­tion sexuelle.

    Que ça te plaise ou non, Cathe­rine B, cette loi EST une loi mineure.

    A contra­rio, le TSCG, le Two Packs, le Six Packs, l’A­NI, la loi sur les retraites, l’in­dexa­tion (ou la fin de l’in­dexa­tion) des salaires, … sont des lois MAJEURES, elles, parce qu’elles touchent TOUT le monde, indifféremment.

    C’est la GRANDE dif­fé­rence qui existe entre une loi à por­tée SOCIALE et une loi à por­tée SOCIÉTALE.

    Et la remarque d’A­na est par­fai­te­ment jus­ti­fiée, car pour pou­voir pas­ser toute une série de lois MAJEURES en douce, sans aler­ter l’o­pi­nion publique sur ces sujets essen­tiels qui touchent cha­cun, le gou­ver­ne­ment pré­ten­du­ment socia­liste de Fran­çois Hol­lande à uti­li­sé un (vieux) LEURRE socié­tal, cette fameuse loi du mariage pour tous, afin d’en­fu­mer l’o­pi­nion publique et de semer une confu­sion de prin­cipes per­met­tant de DÉTOURNER l’at­ten­tion sur toutes ces lois MAJEURES qui sabrent les quelques lam­beaux de droits SOCIAUX acquis depuis les années trente.

    Et les blai­reaux sont tom­bés dans le piège comme un seul homme. Clas­sique. D’ailleurs, on devrait rou­vrir la chasse au blai­reau, on aurait lar­ge­ment de quoi se refaire un man­teau pour l’hiver ^^

    Mor­pheus

    Réponse
  87. Catherine B
  88. Ana Sailland

    @87

    Relis ce que j’ai écrit qui n’est pas ce à quoi tu réponds.

    Ce mes­sage est géné­ra­liste et s’ins­crit dans une longue liste orien­tée vers les ques­tions de Marat et Simone. Et il n’est pas la suite de notre conver­sa­tion ailleurs.
    Il y a plein d’autres lois mineures que celle à laquelle tu penses.

    Réponse
  89. Ana Sailland

    L’au­baine terroriste

    Ce titre est dif­fi­cile à écrire car il peut être mal interprété.
    Alors j’a­juste par anti­ci­pa­tion protectrice :
    Une aubaine, c’est ce dont on pro­fite comme ça se pré­sente mais sans l’a­voir vou­lu ni orchestré.

    De plus en plus sou­vent sur les médias on lit ou entend dire que l’in­ter­net est un outil de par­tage pour les can­di­dats ter­ro­ristes, que des « recettes » y sont en ligne, qu’il favo­rise le bas­cu­le­ment psy­cho­lo­gique de cer­taines per­sonnes pour­tant « bien inté­grées » vers le pas­sage à l’acte.

    Il est donc à craindre dans un ave­nir proche que la par­tie auto­ri­taire de l’é­gré­gore domi­nance ne sug­gère au pou­voir offi­ciel de « mettre bon ordre à cela ».
    Avec à la clef le risque de voir inten­tion­nel­le­ment réduit le poten­tiel que repré­sente l’in­ter­net quant à une édu­ca­tion poli­tique du peuple, libre et auto­gé­rée, apte à lui faire atteindre son stade adulte.

    Ain­si l’exis­tence de gens hors norme, pour ne pas dire déjan­tés, pour­ra-t-elle être un outil de nor­ma­li­sa­tion des masses, qui gagnées par la peur pour­raient bien applau­dir des tech­niques pré­sen­tées comme pro­tec­tion mais en fait des­ti­nées à encadrer.

    Réponse
  90. Catherine B
  91. Brigitte

    « a loi du mariage pour tous est une loi mineure, qui concerne une mino­ri­té. Elle n’af­fecte PAS la vie de la majorité »

    Les mar­chands ne font pas de cadeau gra­tuit, même quand ils fabriquent une loi qui res­semble à un écran de fumée, c’est une bombe à frag­men­ta­tion. La loi du mariage pour tous tom­be­ra sur le peuple et elle est des­ti­née à infli­ger de mul­tiples dégâts, pro­fonds, à la majorité.

    Elle a été pré­sen­tée de telle sorte que les blai­reaux n’y voient que du feu, et que les citoyens se traitent aima­ble­ment de blai­reaux entre eux, au lieu de s’unir.

    Déso­lée de ne pas avoir le temps d’é­crire. Il y a trop à dire

    Bri­gitte

    Réponse
  92. Brigitte

    P.S. je n’ai rien pu lire ni écou­ter non plus, sauf les mots sur­li­gnés @88

    Réponse
  93. Catherine B

    Ces lois dif­fé­rentes qui sont entrain de pleu­voir sur nous tous et qui n’ont pour but que de frag­men­ter comme le sou­ligne per­ti­nem­ment Bri­gitte, nos der­nières bases sécures, nous font croire qu’il y a un choix à éta­blir entre impor­tance majeure ou impor­tance mineure de textes qui vien­draient ensuite jus­ti­fier nos pen­sées et donc nos engagements.

    C’est le cas typique d’al­ter­na­tive illu­soire, un cas d’école.

    Puisque ça ne parle pas du TSCG, etc, etc, alors c’est de la rou­pie de san­son­net, c’est ce que j’en­tends dire ici, c’est un leurre, un truc pour les gogos.

    Mais ne vous est-il pas venu à l’i­dée qu’elles s’ins­cri­vaient toutes dans un même plan.

    Plan qui s’ins­crit dans la méta­lo­gique de ce sys­tème mon­dia­liste qui veut cas­ser toutes les bases de l’in­di­vi­du afin de l’af­fai­blir une bonne fois pour toute, et affai­bli de la sorte, l’in­di­vi­du est alors écra­sé par toutes les forces qui lui déferlent des­sus, il n’a plus assez de force pour y résis­ter, il ploie, il tombe, il a per­du de ce qui lui res­tait d’ huma­ni­té, il n’est plus qu’un objet sou­mis aux caprices d’une oli­gar­chie qui l’é­crase tou­jours davantage.

    Vous croyez donc en tout cas ceux qui s’ex­priment majo­ri­tai­re­ment ici, d’une façon ou d’une autre, sur­li­gner c’est orien­ter, et qui prennent la voix du maître, celui de nou­vel ordre mon­dial sans en avoir conscience, vous croyez pou­voir choi­sir entre deux voies.

    Il y a la bonne, celle des égaux qui veulent au nom de l’a­mour et de la liber­té égale pour tous, ouvrir les vannes et il y a la mau­vaise, celle des esprits étroits, tra­di­tion­na­listes, cathos sûre­ment, peut-être bien fron­tistes avec un soup­çon de fas­cisme ça va avec, un peu bor­nés, sim­plets, un peu rava­gés aus­si et j’en passe mais vous croyez être du bon côté bien sûr, de ceux qui ne se font pas avoir, de ceux qui n’ont pas toutes les carac­té­ris­tiques que je viens d’énumérer.

    Le prin­cipe d’une alter­na­tive illu­soire c’est qu’on croit pou­voir choi­sir entre deux posi­tions alors qu’en réa­li­té, mal­gré leur dif­fé­rence appa­rente, elles ne consti­tuent que l’un des pôles d’un couple de niveau supérieur.

    Vous aurez recon­nu je crois, le pôle supé­rieur dont je veux parler.

    Nous sommes tous du même côté, il y a juste que vous ne l’a­vez pas encore perçu !

    Réponse
  94. Catherine B

    à 21 minutes 35 pour la deuxième par­tie de la confé­rence pour ceux qui ne veulent pas tout écouter !

    Réponse
  95. Morpheus

    Bon, j’at­tends tou­jours un argu­ment (plu­sieurs seraient plus convain­cants) pour me démon­trer que la loi du mariage pour tous « tom­be­ra sur le peuple et elle est des­ti­née à infli­ger de mul­tiples dégâts, pro­fonds, à la majo­ri­té » (cf. Bri­gitte #95).

    Jus­qu’i­ci, je n’ai enten­du ni lu AUCUN argu­ment convain­cant me per­met­tant de déce­ler, dans cette loi du mariage pour tous, un quel­conque danger.

    De plus, consi­dé­rant l’ex­pé­rience d’une décen­nie de mariage pour tous en Bel­gique, je n’ai per­çu AUCUN « dégât pro­fond » ni aucun chan­ge­ment dans la vie ni des parents hété­ros, ni des enfants, ni des valeurs de vivre ensemble, … rien !

    Quelle dif­fé­rence exis­te­rait-il entre la socié­té fran­çaise et la socié­té belge qui puisse jus­ti­fier que ce qui ne consti­tue VISIBLEMENT pas de dan­ger pour nous, en serait un pour vous ?

    J’at­tends.

    Mor­pheus

    Réponse
  96. Morpheus

    @ Cathe­rine B

    J’a­dore ton inter­ven­tion #93 (Soral sur le mariage pour tous), où pré­ci­sé­ment il nous explique pour abor­der la ques­tion exac­te­ment la même chose que ce que j’ai écris en #88. Son ana­lyse de la manœuvre poli­tique visant à faire croire que le PS est « de gauche » parce qu’il fait pas­ser des lois socié­tales, je suis entiè­re­ment d’accord.

    Pour la suite, évi­dem­ment, comme sou­vent (hélas), Alain Soral avance des « argu­ments » émo­tion­nels exces­sifs (ana­lo­gie entre le mariage pour tous et la zoo­phi­lie > ce n’est pas un argu­ment, c’est du DÉLIRE ; c’est dans ces excès que je ne peux pas suivre Alain Soral).

    Donc, je sup­pose que si tu entends (et adhère) à ce genre d’ar­gu­ment, c’est que tu es, toi aus­si, dans le DÉLIRE. Ou que tu te laisse influen­cer le cibou­lot par les délires d’A­lain Soral au point d’en­ché­rir sur ses délires.

    Déli­rer : du latin deli­rare « sor­tir du sillon », « extravaguer ».

    Délire : du latin deli­rium « délire, trans­port au cer­veau », déri­vé de l’ad­jec­tif deli­rius « qui extra­vague ». 1) Forme de confu­sion men­tale due à cer­taines fièvres ou intoxi­ca­tion (Le Robert) ; 2) Mala­die men­tale carac­té­ri­sée par un désordre de la per­son­na­li­té qui se mani­feste par des idées et des per­cep­tions anor­males. Délire para­noïaque, ver­bal, de per­sé­cu­tion. (Le Robert)

    Doc­teur Morpheus

    Réponse
  97. Catherine B

    Que ceux qui ont des oreilles entendent, mes­sage 87,93,94,95, 96, 97, 98, 99, 100, … Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre.

    Ceci dit je m’absente.

    Bonne clai­rau­dience au plus grand nombre, et pour les sourds tout res­te­ra ab-surde comme l’é­ty­mo­lo­gie nous le dit, c’est ab-surde quand on est sourd à ce qui EST !

    __Le prin­cipe car­di­nal de ce nou­vel ordre mon­dial, c’est de faire les choses très en dou­ceur afin qu’il n’y ait aucune per­cep­tion per­cep­tible justement.
    __
    Si c’é­tait per­çu, il y aurait des réactions.

    Tout le tra­vail se fait en infu­sion lente, ce n’est pas moi qui le dit c’est la réa­li­té euro­péenne par exemple qui en est l’illus­tra­tion glo­rieuse QUI LE DIT MIEUX QUE JE NE SAURAIS LE DIRE. Com­bien TOUS ceux qui ont vu toutes les consé­quences qui étaient conte­nus dans son génome à cete construc­tion euro­péenne, ont été cri­ti­qué, mis au pilo­ri, jet­té dans la fosse aux lions, et pour­tant et pour­tant… Que nous dit-elle notre réa­li­té d’au­jourd’­hui par rap­port à ces gens que l’on trai­tait alors de déjan­tés et autres qua­li­fi­ca­tifs du même acabit !

    Réponse
  98. J-Stéphane

    Bon­jour,

    Est-ce cela le mariage civil ? S’u­nir sous condi­tions, et se dés­unir sans condi­tion. Pour­tant il me semble que le mariage doit être sans autre condi­tion que l’a­mour … non ? S’il faut des condi­tions autres que l’a­mour pour se marier, autant ( ou au temps, je ne sais plus 😉 ) dire que le mariage civil peut très bien être sans amour, et donc plu­tôt le com­pa­rer à une asso­cia­tion, voir à une entreprise …

    Réponse
  99. Morpheus

    « Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre. »

    Je ne te le fais pas dire. Et je te ren­voie l’argutie, ma poule.

    • 87 > aucun argu­ment concer­nant la loi du mariage pour tous (le sujet du débat)

    • 93 > Alain Soral, qui confirme mon ana­lyse sur la manœuvre poli­tique (#88), puis se lance dans un délire ou il mélange tout et n’im­porte quoi sur un mode clas­sique d’a­na­lo­gies sophistes sans fon­de­ment, mais effi­caces pour titiller les peurs et la para­noïa des esprits faibles et influen­çables. Tou­jours aucun argu­ment de fond concer­nant le « dan­ger » de la loi sur le mariage pour tous.

    • 94 > Pierre Hil­lard, qui « argu­mente » sur la « des­truc­tion des valeurs tra­di­tion­nelles ». On connait la chan­son. Bull­shit ! Je ren­voie à la cita­tion de PASCAL sur la cou­tume. Tou­jours aucun argu­ment pour démon­trer la dan­ge­ro­si­té de la loi du mariage pour tous.

    • 95 > Bri­gitte, cf. ma réponse #101. Aucun argu­ment pour démon­trer la dan­ge­ro­si­té de la loi du mariage pour tous.

    • 96 > Bri­gitte, qui pré­cise qu’elle n’a rien lu sauf les pas­sage sur­li­gnés de mon inter­ven­tion #88. Pas d’argument.

    • 97, 98, 99, 100 > encore des ren­vois à des vidéos, donc à la pen­sée d’autres que toi dont tu n’es même pas fou­tue de tra­duire les argu­ments clefs en quelques phrases afin de pré­sen­ter TA façon de percevoir.

    J’ai beau cher­cher, je n’en­tends dans tout cela aucun ARGUMENT pour DÉMONTRER les allé­ga­tions de dan­ge­ro­si­té de la loi sur le mariage pour tous. Tout ce que j’en­tends et lis, ce sont des délires para­noïaques et de persécution.

    Peut-être que je me trompe. Démon­trez-le moi.

    Mor­pheus

    Réponse
  100. Marie

    Bon­jour 🙂

    Si il n’y a pas d’a­mour, alors on peut dire que le mariage est un contrat com­mer­cial pour pro­té­ger ses inté­rêts sans trop de dégâts, si il advient une sépa­ra­tion inévi­table. Il devient alors un moyen de consom­mer l’autre sous cou­vert d’une pro­tec­tion morale et financière. 

    Sinon on peut le voir comme le pro­lon­ge­ment d’un enga­ge­ment de deux cœurs unis dans un même but où la fidé­li­té (je pré­fère le mot hon­nê­te­té car l’es­prit est fort, la chair est faible 😉 et un écart ne veut pas dire tra­hi­son) est indis­pen­sable condition. 

    Hon­nê­te­té envers soi-même et envers l’autre. Cer­tains le voient comme une chaîne, per­son­nel­le­ment, je pré­fère vivre libre et mettre mon ser­ment dans cette hon­nê­te­té, lais­ser l’autre libre de faire un écart, comme cela la pres­sion est lâchée, car c’est bien connu, l’in­ter­dit attire, obsède. 

    Si l’autre est fait pour moi, si je l’ai bien choi­si, il revien­dra ou pas, mais la liber­té ne peut être que dans l’a­mour et vice et versa.

    Réponse
  101. J-Stéphane

    Mariage reli­gieux comme mariage civil, outre le fait d’a­voir en com­mun le mot mariage, ils ont aus­si en com­mun la volon­té d’en­doc­tri­ner la famille afin qu’elle condi­tionne sa descendance…

    Réponse
  102. Morpheus

    @ J‑Stéphane

    Le mariage civil est un contrat. Le mariage, à l’o­ri­gine de la tra­di­tion, n’a rien à voir avec l’a­mour. On se marie pour tout un tas de rai­sons, mais rare­ment par amour. Par­fois, l’a­mour peut sur­ve­nir entre conjoints. Mais rare­ment. Cette idée de l’a­mour comme moteur du mariage est une inven­tion récente, issue du roman­tisme du XIXe siècle (réac­tua­li­sa­tion du roman­tisme des chan­sons de gestes du XIIe siècle). La réa­li­té est, dans 99% des cas, à l’op­po­sé de l’a­mour : au mieux on s’at­tache (or, l’a­mour le plus pur se trouve dans le déta­che­ment) ; au pire on finit par ne plus se sup­por­ter. Dans la majeure par­tie des cas : on s’ha­bi­tue. C’est tout. Il y avait quelque chose d’in­té­res­sant et de cen­sé dans l’an­cienne tra­di­tion cel­tique du mariage : le contrat était à durée déter­mi­née et il pou­vait être renou­ve­lé – ou pas.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  103. Marie

    En conclu­sion il y a bien une révo­lu­tion à faire à tous les niveaux ;-), mais qui doit être fait par l’homme du peuple et à sa petite échelle. 

    Recher­cher le grand dans l’in­fi­ni­ment petit

    Réponse
  104. J-Stéphane

    @ Mor­pheus

    Alors, pour­quoi faire valoir l’a­mour entre homo­sexuels pour faire pas­ser la loi du mariage pour tous ?

    Réponse
  105. Marie

    J’aime bien cette idée d’un situa­tion non-figée où rien n’est jamais acquis mais tou­jours à renou­ve­ler, à rega­gner pour un sang neuf, c’est chouette cette tra­di­tion celtique 🙂

    ça me plaît drôlement. 

    mer­ci pour l’info:-)

    Réponse
  106. J-Stéphane

    Si ce n’est ni l’a­mour, ni la repro­duc­tion, la rai­son de cette loi, pour­quoi cette loi ?

    Réponse
  107. J-Stéphane

    Pour­quoi faire une dif­fé­rence entre les citoyens ?

    Le citoyen ( céli­ba­taire ) ne peut-il pas lui aus­si adop­ter et éle­ver cor­rec­te­ment un enfant ?

    N’oublions pas qu’ac­tuel­le­ment, les parents pauvres sont au tra­vail, et les parents riches font éle­ver leurs enfants par les parents pauvres, donc la néces­si­té d’être en couple n’est pas appro­priée aux réa­li­tés sociales.

    Ne sommes-nous pas en train de nor­ma­li­ser sour­noi­se­ment le com­merce d’en­fant et celui du corps des femmes ?

    Réponse
  108. Morpheus

    @ J‑Stéphane

    A ce que j’en ai com­pris, les rai­sons de cette loi sont :

    1) l’é­ga­li­té devant la loi entre citoyens (par­don : élec­teurs), quelque soit leur orien­ta­tion sexuelle (mise en appli­ca­tion du prin­cipe ins­crit dans la consti­tu­tion de l’é­ga­li­té de droit pour tous).

    2) lorsque des homos décident de vivre ensemble, et que l’un des deux a un (ou plu­sieurs) enfant(s), le conjoint (ou la conjointe) n’a aucun droit légal sur l’en­fant, ce qui pose toute une série de pro­blèmes légaux, notam­ment en cas de décès du parent bio­lo­gique, alors que dans le cadre d’un couple hété­ro marié, la garde va auto­ma­ti­que­ment au parent sur­vi­vant. C’est le cas même si l’en­fant est adop­té (et donc non bio­lo­gi­que­ment issu de ses parents).

    Ima­gi­nons qu’un couple de les­biennes décident de vivre ensemble. Ils ne peuvent pas se marier léga­le­ment. L’une des deux a eut un enfant d’un ancien conjoint, qui est décé­dé (on sup­pose qu’elle a chan­gé son orien­ta­tion sexuelle pour X rai­sons, sans impor­tance sur le fond – ça arrive plus sou­vent qu’on ne crois). L’en­fant est donc éle­vé et gran­dit au sein de ce foyer avec ses deux « mères » (l’une bio­lo­gique, l’autre d’a­dop­tion (sen­ti­men­ta­le­ment par­lant). Puis sur­vient un acci­dent, la mère bio­lo­gique (légale) meurt. Quid de l’en­fant ? Léga­le­ment, la mère « d’a­dop­tion » ne peut pas obte­nir la garde de l’en­fant. Com­ment l’en­fant va-t-il encais­ser, non seule­ment le fait de perdre sa mère bio­lo­gique, mais de perdre, en plus, sa seconde mère, qui n’a léga­le­ment aucun droit sur l’enfant ?

    J’en­tends affir­mer des oppo­sants au mariage homo que « ce serait un trau­ma­tisme pour l’en­fant que d’être éle­vé par des parents de même sexe » ou un tas de conne­ries du genre (comme si être éle­vé par des parents toxiques de sexe dif­fé­rent n’é­tait pas trau­ma­ti­sant). Rien ne per­met de le démontrer.

    Les pédo­psy­chiatres n’ont pu démon­trer aucune « déviance » ou « pro­blème » de repères chez les enfants éle­vés par des parents du même sexe. Cela ne signi­fie pas que des enfants éle­vés par des parents de même sexe seront auto­ma­ti­que­ment équi­li­brés : cela veut dire qu’on a aucune preuve d’un lien de cause à effet entre d’é­ven­tuels troubles chez des enfants et le fait qu’ils soient éle­vés par des parents de même sexe. On est face à toute une série de pré­sup­po­sés ali­men­tés par les croyances tra­di­tion­nelles et les peurs qui découlent d’un chan­ge­ment des mœurs et des valeurs de vie commune.

    Dans l’an­ti­qui­té grecque, par exemple, l’ho­mo­sexua­li­té n’é­tait pas per­çue comme une déviance ou une per­ver­sion. Cer­tains la pra­ti­quaient (hommes ou femmes), ce qui n’empêchait pas que, socia­le­ment par­lant (et bio­lo­gi­que­ment, pour avoir une des­cen­dance), hommes et femmes se mariaient et fai­saient des enfants. Un homme marié pou­vait avoir des rela­tions homo­sexuelles avec un (ou des) tiers. De même, une femme mariée pou­vait entre­te­nir des rela­tions homo­sexuelles. Autre temps, autre mœurs. Les trau­ma­tismes de l’en­fance ne viennent pas de cela, mais des juge­ments venant de tabous sociaux.

    Un gosse éle­vé chez des les­biennes (ou des gays) ne sera pas trau­ma­ti­sé parce qu’il a deux mères ou deux pères, mais dans la plu­part des cas, à cause des quo­li­bets pro­ve­nant des autres enfants qu’il va côtoyer en classe et qui vont le moquer parce qu’il n’est pas « comme les autres ». C’est donc l’in­to­lé­rance qui est la source du trau­ma­tisme, pas la situa­tion de sa vie dans son foyer.

    Donc, mon opi­nion au jour d’au­jourd’­hui. Je suis hété­ro­sexuel. J’ai bien un cou­sin et une cou­sine (des jumeaux) qui sont homo­sexuels (tous les deux), qui ont cha­cun un(e)conjoint(e) de même sexe, sans être marié ni avoir d’en­fant, mais en dehors de ça, aucun ami ou amie qui soit homo. La façon dont ces per­sonnes veulent vivre leur vie, que ce soit sur le plan sen­ti­men­tal et/ou sexuel, ne me regarde pas. C’est leur vie. Pas la mienne. Je n’ap­prouve ni ne désap­prouve : je suis déta­ché et à la limite, indifférent.

    Par prin­cipe, j’es­time qu’ils sont néan­moins en droit de récla­mer les mêmes lois que tous le monde. Je trouve l’ins­ti­tu­tion du mariage plu­tôt désuète et plus très en phase avec nos modes de vie, parce que je vois bien que la socié­té est en pleine muta­tion. Les repères et les tra­di­tions se perdent, parce que la socié­té change. Les besoins et les attentes des humains d’au­jourd’­hui ne sont plus les mêmes que ceux des humains d’hier. Le sys­tème s’ef­fondre. Mais bon : si les homos veulent pou­voir se marier et éle­ver des enfants en dis­po­sant des mêmes droits que les hété­ros, je n’y vois aucune atteinte à MES droits, aucune atteinte à MA vie. Donc aucune rai­son de m’y oppo­ser. Pour moi, dans ma vie, cette loi est un non événement.

    Et ce que j’ob­serve, c’est que pour une série de per­sonnes en France, cela repré­sente un gros pro­blème. Et ces per­sonnes s’op­posent vio­lem­ment à ce pro­jet, dans un vaste mou­ve­ment pas­sion­nel parce qu’on touche à leurs CROYANCES, à leurs TRADITIONS et à leurs COUTUMES.

    Les croyances, les cou­tumes, les tra­di­tions, ce sont des prin­cipes qui empêchent une socié­té d’é­vo­luer. Des prin­cipes que les parents imposent aux enfants ET aux autres. C’est une atteinte aux droits de l’en­fance. C’est une offense au droit de vivre de l’enfant.

    Comme le dit si bien A.S. Neill (fon­da­teur de l’é­cole de Sum­me­rhill, en Angle­terre) « Dans la civi­li­sa­tion occi­den­tale, l’en­fant est encore trop sou­vent un bien dont on dis­pose et que l’on capi­ta­lise. Le rap­port à une éthique s’en trouve aus­si­tôt radi­ca­le­ment modifié. »

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  109. J-Stéphane

    Donc il aurait plu­tôt été judi­cieux de faire une loi pour le lien légal entre l’en­fant et le parent et non juste une loi qui men­tionne le lien entre les parents et qui ne fait aucune réfé­rence à l’en­fant … non ?

    Réponse
  110. Ana Sailland

    @J‑Stéphane

    Phi­lo­so­phi­que­ment, tout droit implique un devoir.
    La loi (au sens le plus géné­ral) n’est saine que si elle est rédi­gée dans ce sens.

    Le droit au mariage implique le devoir parental

    Le pro­prié­taire ter­rien est le gar­dien de l’in­té­gri­té du sol

    Le droit de gou­ver­ner implique le devoir de se don­ner au peuple souverain

    etc

    Et tout devoir implique un droit : le droit d’as­su­mer son engagement

    Réponse
  111. J-Stéphane

    Si la pro­créa­tion n’est plus un droit et un devoir au contrat de mariage, pour­quoi devrait-il y avoir un droit et devoir paren­tal au contrat de mariage ?

    Qu’est-ce qui déter­mine qu’il faille un contrat et être deux pour bien faire gran­dir un enfant ? Pour­quoi pas un, trois et plus ?

    Si le mariage civil veut se détache des condi­tions d’en­fan­te­ment, alors qu’il se détache com­plé­ment de l’enfance.

    Je ne me suis jamais marié, j’ai deux enfants recon­nus à la naissance.

    L’ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise, les mamans de mes enfants, mes enfants et moi-même, nous savons très bien qui sont les parents admi­nis­tra­tifs, bio­lo­giques et de coeurs.

    Et sans être marié, j’ai comme même des droits et des devoirs envers mes enfants, et par l’in­ter­mé­diaire de mes enfants envers leur maman aus­si, et non le contraire.

    Le fait de se marier devrait juste être un contrat ouvrant des droits et des devoirs entre les deux mariés, et ne pas trai­ter l’en­fant comme une condi­tion contrac­tuelle au mariage ( l’en­fant n’est pas une chose ).

    Vou­loir ral­lier l’en­fant comme acces­soire au lien du mariage ne me semble pas sain, il est pré­fé­rable, à mon avis, d’é­ta­blir un « pacte » direc­te­ment entre l’en­fant et le parent.

    Là où on en constate les mau­vaises condi­tions contrac­tuelles du mariage, c’est quand vient l’heure de la sépa­ra­tion des parents.

    Si des amé­lio­ra­tions sont à faire, c’est plus sur les condi­tions admi­nis­tra­tives de l’en­fant et non des couples.

    Ne vous trom­pez pas, je ne suis pas contre le mariage pour tous, je suis juste pas pour le mariage civil, et encore moins pour que ce mariage civil qui crée des dif­fé­rences entre le citoyen couple et le citoyen célibataire.

    Réponse
  112. Morpheus

    Tiens, pour faire contre­point, voi­ci un extrait de notes que j’ai prise dans le cadre d’une des­crip­tion de mœurs d’un peuple ima­gi­naire pour un récit (roman) en préparation.

    [« Les (cen­su­ré) ne se marient pas. Les enfants n’ap­par­tiennent pas à leurs parents, mais au clan, et ils sont édu­qués et éle­vés par la com­mu­nau­té. Les femmes ont autant de droits (et de devoirs) que les hommes, mais ont cer­tains pri­vi­lèges lors­qu’elles sont enceinte. Il y a une éga­li­té presque par­faite entre les sexes et, de façon géné­rale, c’est une socié­té très éga­li­taire et peu hié­rar­chi­sée. Comme ils ne se marient pas, une femme peut avoir des enfants auprès de plu­sieurs hommes, et vise ver­sa. Les notions de pos­ses­sion (du / de la par­te­naire), de jalou­sie ou d’ex­clu­si­vi­té sont étran­gères aux (cen­su­ré). Le viol est un sacri­lège, mais les femmes sont de toute façon en mesure de se défendre (remarque : ils sont semi nomade et tous et toutes reçoivent une for­ma­tion guer­rière pour leur défense).

    Les nour­ris­sons et enfants en bas âge (en des­sous de 7 ans) demeurent sous la res­pon­sa­bi­li­té des Anciens, char­gés de veiller sur eux et de s’en occu­per. La mère de l’en­fant s’en occupe éga­le­ment durant ses trois pre­mières années, notam­ment pour l’al­lai­te­ment (la période de « pri­vi­lège » d’une mère dure envi­ron quatre ans à daté du jour où la gros­sesse est avérée). »]

    Cela pour dire que nos modèles fami­liaux tra­di­tion­nels, héri­tés des cou­tumes judéo-chré­tiennes, ne sont cer­tai­ne­ment pas uni­ver­sels et peuvent même revê­tir des per­ver­sions (au vrai sens du terme).

    Si vous étiez né par­mi les réduc­teurs de tête en Ama­zo­nie et qu’on vous demande « n’a­vez-vous pas honte d’ac­cro­cher ain­si 10 têtes réduites d’êtres humains au fron­ton de votre hutte ? », vous répon­driez « oui, j’ai­me­rais en avoir 20 ! ». Seriez-vous un fou ou un per­vers à vos yeux et ceux des membres de votre peuple ? Non. Vous aime­riez avoir 20 têtes réduites, car le pres­tige dans votre culture veut que plus on a de têtes réduites, plus on a de renommée.

    Cela nous enseigne que les juge­ments de valeur qui essen­tia­lisent le « mal » sont rela­tif au tis­sus socio­cul­tu­rel dans lequel ont bai­gné les per­sonnes. Or, le tis­su socio­cul­tu­rel n’est pas une fata­li­té. Il dépend de nous.

    Selon mon éthique, il n’existe pas de « bien » ou de « mal » en soi. Il n’y a de bien ou de mal qu’en termes de bon­heur et de souf­france que l’on fait à autrui et à soi-même. C’est vache­ment déli­cat comme situation.

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  113. Marie

    ça res­semble aux moeurs des amé­rin­diens, non ?

    Réponse
  114. Morpheus

    Il y a des simi­la­ri­tés, mais c’est pas tout-à-fait pareil. En outre, les amé­rin­diens ne forment pas une culture homo­gène, ni des tra­di­tions homo­gènes. Il y a des dif­fé­rences, par­fois impor­tantes, entre les dif­fé­rents peuples amérindiens.

    Notam­ment, le mariage existe chez la plu­part des tri­bus amé­rin­diennes, les enfant « n’ap­par­tiennent » pas, en effet, au sens occi­den­tal du terme, à leur parents, mais ils sont liés et éle­vés au sein de leur famille bio­lo­gique (même si, vu la struc­ture tri­bale, ils sont effec­ti­ve­ment éle­vé par la tri­bu dans son ensemble).

    Chez les amé­rin­diens des plaines (Sioux, Cheyennes, …), lors­qu’une femme perd son mari, elle n’hé­rite pas de ses biens et doit être adop­tée par une autre famille et elle vient vivre avec cette famille (dans son tipi). Elle peut bien sûr se rema­rier par la suite.

    Le sta­tut des femmes est plus éga­li­taire au sein des tri­bus du nord de la côte Est (région des grands lacs et du Qué­bec : Algon­quins, Iro­quois, Mohicans, …)

    Il y a donc quelques dif­fé­rences avec ce que j’ai inven­té là. Par contre, ton intui­tion est bonne, au départ je me suis basé sur cette ima­ge­rie amé­rin­dienne quelque peu idéa­li­sée pour cam­per cette peuplade.

    Bien vu 😉

    Cor­dia­le­ment,
    Morpheus

    Réponse
  115. EFFAB

    … C’est vache­ment déli­cat comme situation.

    Ce genre de phrases typiques d’une saine réflexion mais sur­tout d’une humi­li­té autant res­pec­tueuse qu’exi­gente… c’est ce qui me plaît ici, chez vous, chers confrères, si je puis me per­mettre… n’en déplaise à son sens aigu de l’é­ga­li­té et de la démo­cra­tie, ANA en tête, évi­dem­ment, elle qui es capable du ton le plus direct et le plus déton­nant en même temps qu’une réflexion et une culture qui m’en impo­se­ra encore long­temps, moi qui ai sou­vent remis à plus tard_sans par­ler de ce train démo­cra­tique avec lequel je fais yoyo selon les aléas du temps et des obli­ga­tions quotidiennes.

    Mais je ne me plais pas, mon incons­cient, lui, est acteur de cette Révo­lu­tion en marche : non content d’a­voir rêvé d’E­TIENNE nous fai­sant la classe il y a quelques jours, j’ai cette nuit, au petit matin plus exac­te­ment, rêvé d’être à Paris – mais ce lieu et ces archi­tec­tures com­plè­te­ments fan­tas­ma­go­riques -, pié­ton dans la rue ou quelque grande artère_et m’en­ga­ger moi-même sur la chaus­sée pour faire face à cette foule en marche qui hési­tait encore de la conduite à tenir et m’ap­prê­té à la haranguer.

    Ce que je fais, le sou­cis en même temps de savoir si ma voix porte assez et m’ef­for­çant de trou­ver un juste milieu pour la pré­ser­ver, bref, ma harangue tenant à expli­ci­ter qu’il est grand temps d’i­ci ce fameux jours – appa­rem­ment un jour bien défi­ni de la semaine à venir – de tous se réunir et de mar­cher sur les prin­ci­paux lieux de pou­voir et faire ain­si de par le nombre et notre déter­mi­na­tion Révo­lu­tion et coup d’E­tat… lol

    Cette com­mu­nau­té, ses règles me rap­pellent deux films : Le Nou­veau Monde de Ter­rence MALICK…


    The New World par Kronos59

    … des images qui étayent à mer­veille et au sublime cette bon­té, ce natu­rel, cette har­mo­nie en l’Homme, de divin et néces­saire rap­port à la nature et ce pro­fond res­pect qui (doit) en découle® sur tout le reste…

    … et Hori­zons per­dus (1937) de Frank CAPRA…


    Lost Hori­zon 1937 – Bien­ve­nue à Shan­gri-La par AldousH


    Le Nou­veau Monde par Kronos59


    Lost Hori­zon 1937 – Le Grand Lama par AldousH

    Réponse
  116. Brigitte

    (Mariage pour tous)« vous croyez pou­voir choi­sir entre DEUX voies. Il y a la bonne, celle des égaux qui veulent au nom de l’a­mour et de la liber­té égale pour tous, ouvrir les vannes et il y a la mau­vaise, celle des esprits étroits, traditionnalistes,… »

    « Le prin­cipe d’une alter­na­tive illu­soire c’est qu’on croit pou­voir choi­sir entre DEUX posi­tions alors qu’en réa­li­té, mal­gré leur dif­fé­rence apparente… »

    Oui Cathe­rine.

    Pour une loi affi­chant une pré­ten­tion de non-dis­cri­mi­na­tion, il est frap­pant d’entendre à quel point les pro­pos uti­li­sés contre ses oppo­sants sont basés sur la discrimination.

    Pro­mou­voir cette loi en dis­cri­mi­nant les bons (l’amour) et les mau­vais citoyens (méchants égoïstes) c’est uti­li­ser un men­songe : la DUALITÉ.

    Une fic­tion, une fausse per­cep­tion de la réa­li­té, mais une fic­tion fon­da­men­tale, indis­pen­sable si on veut main­te­nir le peuple dans la confu­sion et l’impuissance.
    Comme s’il n’y avait que DEUX regards pos­sibles sur cette loi : l’amour ou l’imbécilité haineuse.

    « Le rédac­teur de la ques­tion », avec son dis­cours para­doxal, a encore enfer­mé le peuple dans l’inversion du sens : la haine c’est l’amour. Cette fois le peuple se rebiffe, même s’il a encore du mal à expri­mer clai­re­ment pourquoi.

    Une loi qui aurait pu per­mettre le mariage de citoyens homo­sexuels sert de véhi­cule pour « nor­ma­li­ser sour­noi­se­ment le com­merce d’en­fant et celui du corps des femmes ». Oui J‑Stéphane.

    Ce com­merce existe depuis long­temps, mais oui il est temps de le NORMALISER car les mar­chands ont l’intention de le pas­ser à la vitesse supé­rieure et au grand jour. Pour nor­ma­li­ser ce com­merce, les slo­gans sont bien « tout est égal à tout », « tout se vaut », non-dis­cri­mi­na­tion, qui avaient intri­gué Tocqueville.

    La loi aurait pu être simple et ne cacher aucune bombe à frag­men­ta­tion. Elle aurait été une loi mineure.

    « en ver­tu de ce prin­cipe éga­li­taire, qui vou­drait que si c’est pos­sible pour l’un c’est pos­sible pour l’autre, .., À QUEL DÉSIR allons-nous devoir OBÉIR ? ».

    Au désir des mar­chands en matière de consom­ma­tion d’humain. C’est pour eux qu’ils veulent la concur­rence libre et non faus­sée, qu’ils appellent ici « non-dis­cri­mi­na­tion », pas pour les autres évidemment.

    Mais les autres sont utiles comme cou­ver­ture dans un pre­mier temps.

    Lorsque les conver­tis réa­li­se­ront à quoi ils ont contri­bué, ils s’apercevront que toutes les lois des mar­chands n’avaient qu’un seul but ultime : nous main­te­nir dans la dua­li­té = l’im­puis­sance et nous y faire perdre notre âme.

    Ou, s’ils vont plus loin, et regardent sous un autre angle : nous obli­ger à retrou­ver qui nous sommes.

    Pour l’heure on voit déjà à l’œuvre l’effet immé­diat de cette loi : exa­cer­ber la DUALITÉ, pour DIVISER, radi­ca­li­ser la divi­sion du peuple, ampli­fier la confu­sion, vider les forces. C’est le pre­mier niveau du rideau de fumée.

    Il n’y a pas de dua­li­té entre un homme et une femme : il n’y a pas de divi­sion, nous sommes Un.
    Il n’y a pas de dua­li­té entre les citoyens homo­sexuels et les citoyens hété­ro­sexuels. Nous sommes Un.
    Il y a une dif­fé­rence entre le fémi­nin et le mas­cu­lin : dans l’incarnation ici notre état nor­mal est la pola­ri­té, et L’ÉNERGIE EST ten­sion par­faite entre les deux pôles. Notre état nor­mal n’est pas la dua­li­té, pas l’impuissance.

    Atten­tion, la DIFFÉRENCE entre mas­cu­lin et fémi­nin sur cette pla­nète est POLARITÉ, elle n’est pas dif­fé­rence d’IDENTITÉ, n’ayons sur­tout pas peur de perdre notre iden­ti­té. Nos corps de matière ne sont pas notre iden­ti­té. J’y revien­drai, quand j’aurai le temps de répondre sur le mes­sage de Cathe­rine. On essaie de nous plon­ger dans la confu­sion pour blo­quer notre évo­lu­tion, mais ça ne mar­che­ra pas. Au contraire le peuple est en train de démê­ler ce bazar, il s’en sert pour retrou­ver sa voie.

    La DIVISION c’est la dua­li­té. C’est la sépa­ra­tion, le conflit, la com­pé­ti­tion, c’est ce qui pro­duit la guerre, qui nous remet cycli­que­ment à zéro. « Le rédac­teur de la ques­tion » nous en fabrique sans relâche pour nous par­quer dedans. L’ennemi de notre iden­ti­té, c’est la dua­li­té.

    La DIFFÉRENCE, elle, c’est la pola­ri­té. C’est elle qui pro­duit l’énergie de Vie, jamais la guerre. C’est notre pou­voir, quand nous sommes éveillés pour de bon.

    La dua­li­té nous épuise, la pola­ri­té est géné­ra­trice d’Énergie, comme le dit Catherine.

    Nous sommes en pos­ses­sion de toutes les réponses, col­lec­ti­ve­ment. Il nous appar­tient de n’en perdre aucune, et de rédi­ger nous-mêmes les ques­tions.

    Bri­gitte

    Réponse
  117. Catherine B

    Tou­jours dans la conti­nui­té du Mariage pour tous et pour reprendre les pro­pos d’A­drien Abauzit.


    Confé­rence d’A­drien Abau­zit – Par­tie 1… par 392f9b896885f0742f570bb60

    Voi­là ce qu’il dit.  » Dans nos grands médias actuels ne figurent que des indi­vi­dus qui défendent les inté­rêts de l’i­déo­lo­gie domi­nante. Ce qui est com­pli­qué dit-il c’est que cette idéo­lo­gie est bicé­phale, c’est à dire qu’elle a deux têtes. C’est bien sûr ce qui en fait la difficulté.

    La pre­mière tête, c’est le libé­ra­lisme liber­taire, idéo­lo­gie concep­tua­li­sée par Michel Clous­card. Elle est simple cette idéo­lo­gie. Elle consiste à être de gauche sur le plan des moeurs, et de droite sur le plan économique.

    De gauche sur le plan des moeurs, ça veut dire contre les valeurs tra­di­tion­nelles qui enra­cinent un indi­vi­du dans une réfé­rence his­to­rique, spi­ri­tuelle, civique, natio­nale, etc.

    De droite sur le plan éco­no­mique, ça veut dire être ok avec le néo-libé­ra­lisme via la sou­mis­sion aux Trai­tés Européens.

    L’é­mis­sion de télé qui en est le plus digne repré­sen­tant, c’est Le Grand Jour­nal où si un indi­vi­du invi­té dévie de l’ordre ordon­né par cette idéo­lo­gie, il se voit ver­te­ment repris par la sieur Apa­thie, le gen­darme de ser­vice qui se fait fort de don­ner des leçons de poli­ti­que­ment cor­rect à l’in­vi­té pour redres­ser la barre.

    Poli­ti­que­ment cor­rect ins­crit dans la tête des gens de façon sub­li­mi­nale par les applau­dis­se­ments dans les émis­sions de télé ou, paren­thèse, dans les mes­sages envoyés, des sur­li­gnages que j’abhorre( ça, c’est moi qui le dit), his­toire de mon­trer en catimini,ce qui relève du bien et du mal pen­ser dans un espace pré­cis, pour dire aux lec­teurs ou aux audi­teurs, ça, vous avez le droit de le pen­ser ici ou de l’é­crire ici, c’est recon­nu, ça, vous n’a­vez pas le droit, alors, refou­lez-le. Peu à peu s’in­té­rio­rise ain­si un gen­darme inté­rieur, le fameux Surmoi.

    Deuxième tête de cette idéo­lo­gie domi­nante c’est celle du Libé­ra­lisme iden­ti­taire.Cette fois, sur le plan éco­no­mique il est per­mis de faire une plus grande cri­tique du sys­tème néo-libé­ral, mais, mais, mais, en contre-par­tie, sur le plan des moeurs, il faut sti­mu­ler le choc des civi­li­sa­tions et moi, j’a­jou­te­rais ce qui est en lien, tout ce qui déra­cine un indi­vi­du et lui enlève ses réfé­rences spi­ri­tuelles, natio­nales, etc, etc, là, on est au coeur du débat Mariage pour tous .

    Si on part du prin­cipe que chaque indi­vi­du qui est dans les médias défend les inté­rêts du sys­tème , il faut consi­dé­rer qu’un indi­vi­du qui fait une cri­tique du sys­tème mon­dia­liste dans les grands médias SERTl’i­déo­lo­gie domi­nante d’une autre manière.

    Ces deux têtes de l’i­déo­lo­gie domi­nante se mènent une guerre réelle, ain­si voir la liste du Nou­vel Obser­va­teur sur les néo-fas­cistes par exemple.

    Mais riva­li­té ne veut pas dire qu’ils défendent des inté­rêts dif­fé­rents de l’oligarchie.

    C’est une fausse oppo­si­tion dit Adrien Abau­zit, moi, j’a­vais appe­lé ça, alter­na­tive illu­soire, fausse oppo­si­tion dit-il com­plé­te­ment FACTICE

    Que cha­cun réflé­chisse, sachant que ma foi, l’er­reur, c’est notre che­min d’homme mais au moins s’ar­rê­ter, se poser et ques­tion­ner où l’on est et qui l’on sert si on ne le sait pas, si on ne le voit pas encore.

    Réponse
  118. Ana Sailland

    La domi­nance use de plu­sieurs tech­niques pour dominer.

    L’une de ces tech­niques consiste à diviser.
    Le fameux « divi­ser pour régner ».

    Voi­ci donc qu’une par­tie du peuple ayant com­pris cela se dit : « ils cherchent à nous divi­ser ? Qu’à cela ne tienne : unis­sons nous ».

    Cette par­tie du peuple, un peu plus éveillée que la moyenne, va cher­cher à « fédérer ». 
    Et là sur­git le piège :
    Ces gens, fort bien inten­tion­nés, belle âme, lui­sante à sou­hait, qui ne sont que petit nombre, vont se pré­sen­ter en guides du grand nombre.
    Et très vite, ils vont repro­duire cela même contre quoi ils s’in­surgent : la dominance.
    Ce n’est évi­dem­ment pas la bonne méthode.
    D’au­tant plus que les nou­veaux lea­ders de la résis­tance nou­velle seront les têtes trop visibles que l’an­cienne domi­nance sau­ra tan­tôt abattre, ou cor­rompre, afin d’en­gran­ger dans son camp, le camp du men­songe, et de la xylo­glos­sie, une copie fal­si­fiée de cette émer­gence éphé­mère bien facile à phagocyter.

    Si vous avez bien lu, et si je me suis bien expri­mée, cela fait donc deux rai­sons pour jus­ti­fier l’i­dée que l’an­ti­do­mi­nance doit se consti­tuer sans tête.

    Mais sans tête ne signi­fie pas sans Esprit !

    Plu­tôt qu’un par­ti poli­tique, plu­tôt qu’une fédé­ra­tion, il est plus effi­cace de faire naître un esprit.
    Ce n’est pas facile, j’en conviens car cette tâche d’é­veil est une tâche péda­go­gique, mais à mener hélas sans l’ar­se­nal de la pro­pa­gande d’État.
    Admet­tons cepen­dant qu’un jour nous y soyons par­ve­nus, je veux dire à la créa­tion d’un esprit, mais sans tête.
    Il ne s’a­git pas de la volon­té géné­rale, mais de l’es­prit géné­ral, nuance.
    Un esprit qui animera(it) la majo­ri­té des citoyens, consti­tué de connais­sance et de volon­té, et d’es­poir et de vouloir.
    En tel cas, au contraire de la morne peine, morose et triste, qui induit l’u­ni­for­mi­té de l’o­béis­sance com­plice de tout un peuple esclave, tels des feux fol­lets, par­tout et en tout lieu à tra­vers le pays s’al­lu­me­raient des foyers de conscience, de résis­tance, et de créa­tion, non fédé­rés, mais natu­rel­le­ment syner­giques, puis­qu’a­ni­més d’un même esprit.
    Ain­si n’est ce pas d’une hié­rar­chie de la résis­tance, mais de l’Es­prit qui anime la résis­tance, que peut naître l’hydre citoyenne à mille têtes, qui est la non struc­ture idéale, seule apte à ter­ras­ser « la bête ».
    Car si c’est l’es­prit qui anime, et non pas des lea­ders, ils ne ser­vi­ra à rien aux maîtres de cou­per des têtes ou de cor­rompre des âmes, car tou­jours du peuple renaî­tront les cou­rages et les cœurs qui pour­sui­vront la tâche.
    Car si c’est l’es­prit qui anime, et non pas des lea­ders, nous ne ver­rons pas comme si sou­vent hélas de faux lea­ders s’emparer de l’es­prit pour en faire leur profit.

    Si les révo­lu­tions échouent, c’est qu’elles manquent d’es­prit, et ont trop de sauveurs.

    Et les peuples endor­mis doivent être ensei­gnés, ins­truits de cette simple connais­sance, que ce jour étrange, hypo­thé­tique ou cer­tain, loin­tain ou pro­chain, nul ne sait, où ils s’é­veille­ront, ils devront pour se gar­der oser enfin gérer seuls leur éveil nou­veau, sans jamais confier leur des­tin ni à des sau­veurs, ni à des lea­ders, ni à des repré­sen­tants, et encore moins à des experts, et encore moins à des pro­fes­sion­nels de la politique.

    Réponse
  119. Ana Sailland

    C’est ça 🙂

    Réponse
  120. Ana Sailland

    La pire des choses qui puisse arri­ver à une révolution,
    c’est d’être prise en main par un chef,
    immodeste,
    qui recon­dui­ra ses p_artisans au royaume des passifs.

    Réponse
  121. J-Stéphane

    Don­nez le pou­voir à un révo­lu­tion­naire, et vous en ferez un réactionnaire.

    Réponse
  122. Ana Sailland

    ça, c’est une phrase forte J‑Stéphane 😉

    Se pose alors la ques­tion : Est il tech­ni­que­ment pos­sible, à l’oc­ca­sion d’une révo­lu­tion, de pas­ser direc­te­ment à la case démo­cra­tie, sans pas­ser par la case leader ?

    Ou bien y a‑t-il dans l’es­pèce humaine une pro­pen­sion crasse à s’en­dor­mir très vite après le sou­bre­saut d’é­veil, et à mol­le­ment lais­ser s’ins­tal­ler le loup alpha qui gui­de­ra la meute de mam­mi­fères géné­ti­que­ment pré­pa­rés à ce schéma-là ?

    Ou bien est ce l’in­con­nais­sance des pièges, une cer­taine incul­ture poli­tique, ou la péren­ni­té d’un lavage de cer­veau qui tra­verse la nuit des temps, qui conduisent un peuple au seuil de sa liber­té à se désar­mer sou­dai­ne­ment et à s’en remettre à un pro­vi­den­tiel stabilisateur ?

    Pour­quoi ne sait on pas, dans le désordre sou­vent violent qui a per­mis la liber­té nais­sante, pour­quoi ne sait on pas s’or­ga­ni­ser natu­rel­le­ment, pour accou­cher de l’ordre néces­saire, mais d’un ordre concer­té quoique sans point d’ac­cu­mu­la­tion du pou­voir, d’un ordre solide quoique dis­per­sé & fon­dé sur le pou­voir de tous uni­for­mé­ment dis­tri­bué ? Quelles sont les lacunes men­tales qui nous rendent ain­si incapables ?

    Sans vou­loir don­ner la clef, car ce serait pré­ten­tieux, je crois qu’il y a der­rière tout ceci la ques­tion de la démo­cra­tie à grande échelle, et que nous ne plan­chons pas assez sur ce sujet. Car sur­vienne, ô sur­prise, la liber­té, je ne vois pas dans la pano­plie de nos élu­cu­bra­tions inves­ti­ga­tions l’ou­til qui per­met­trait de la conser­ver, outil théo­rique mais com­plet. Il me semble que nous n’en don­nons que des bribes et qu’il serait naïf d’es­pé­rer que dans le bruit et la fureur de la mar­mite san­glante où mijote un futur incer­tain, il serait pos­sible au génie popu­laire de com­plé­ter une péda­go­gie lacunaire.

    Y a du boulot 😉

    Réponse
  123. EFFAB

    Bou­lot et rap­port de force, oui, on en revient tou­jours aux fon­da­men­taux, ce pos­tu­lat exis­ten­tiel ou cette tare humaine…

    … mais en atten­dant de trou­ver cet ou ces outils capables d’as­su­rer cette sou­ve­rai­ne­té popu­laire, il est tout aus­si cru­cial d’ap­pe­ler de tous nos voeux ce sou­lè­ve­ment des esprits libres et du plus grand nombre car, au train où vont les choses, il n’est pas dit que nous serons encore aus­si libres de rame­ner nos jolies fraises prin­ta­nières et les élu­cu­bra­tions qui vont avec.

    Bref, c’est sou­vent au pied du mur, bien obli­gé et face à l’é­preuve qu’on agit enfin et que tout se dénoue ou s’en­chaîne, voie de consé­quence et syner­gies ambiantes…

    … il faut être paré à toute éven­tua­li­té comme il faut savoir res­ter ouvert et humble face à l’im­pré­vu qui lui, pour le coup, aura tou­jours une lon­gueur d’a­vance sinon le der­nier mot.

    Vous l’au­rez com­pris, entre prag­ma­tisme et des­ti­né (ou pur hasard, mais tout ceci relève bien de cet immense soupe quan­tique au poten­tiel infi­ni), il faut être autant (Cen­tième) singe que Cha­ma­low (Patrick FLECHEUX, @25 – Ils sont fous ces anti­fas…), mais un cha­ma­low actif, déci­dé, sou­ve­rain.

    Bien des choses, Robin des Bois, si je puis me per­mettre ce pseu­do et ce clin d’oeil.

    Très très amicalement

    Réponse
  124. J-Stéphane

    Bon­jour Ana,

    J’ai cli­qué sur le lien ci-des­sus, et tapé mon log gmail, mais j’ar­rive sur ce texte :

    Déso­lé, nous n’a­vons pas pu trou­ver le docu­ment à son empla­ce­ment source…

    PS : prompt réta­blis­se­ment Étienne.

    Réponse
  125. Ana Sailland

    grrrrrrrr

    c’est un lien par­ta­gé qu’on m’a envoyé par mail. Je ne trouve pas d’a­dresse publique.

    Réponse
  126. Ana Sailland

    Bref extrait d’une conver­sa­tion, hier, au sein d’un groupe de réflexion :

    La pro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’ar­mée fran­çaise a pour effet secon­daire d’é­car­ter défi­ni­ti­ve­ment le peuple de la connais­sance des armes.

    Elle ren­force le fait que seul le pou­voir domine cet outil de domi­na­tion ou de révolte.
    Robes­pierre n’au­rait pas aimé ça 😉

    Réponse
  127. J-Stéphane

    Bon­soir Ana,

    Sous l’u­ni­forme du bras armé des plou­to­crates, il y a le corps du peuple…

    Réponse
  128. Ana Sailland

    Autre chose, aus­si évo­qué vendredi :

    En auto­ma­tique, on demande à un sys­tème d’en­voyer un signal intense mais bref afin de tes­ter son envi­ron­ne­ment. Par exemple, deman­der à un moteur pen­dant quelques micro­se­condes de don­ner à fond per­met d’être ren­sei­gné sur sa charge actuelle, sans pour­tant affec­ter cette charge de manière signi­fi­ca­tive. A Chypre, le non accès des per­sonnes à leur compte ban­caire pen­dant un bref ins­tant res­semble à ça : désor­mais les « auto­ri­tés » savent qu’on peut comp­ter sur la non réac­ti­vi­té des gens. (théo­rie du chock test)…
    (à noter que le cora­li­to argen­tin le démon­trait déjà)

    Réponse
  129. Ana Sailland

    Pour­quoi s’ar­rête-t-on au feu rouge

    ou

    De la soumission

    La ques­tion a été posée par Bour­dieu et relayée ici par Fré­dé­ric Lor­don.

    Dans l’ar­rêt au feu rouge, il y a une part de sou­mis­sion à la loi, d’où le double titre,
    mais (comme tou­jours), tout est infi­ni­ment plus com­plexe que l’im­mé­diate réponse.

    En par­ti­cu­lier, quand on use du mot sou­mis­sion, on a ten­dance à visua­li­ser un ou des maîtres, des humains donc, qui dominent comme ci comme ça des obéis­sants, ser­viles, heu­reux, consen­tants, par­fois dans l’en­thou­siasme, ou au contraire dra­ma­ti­que­ment contraints, jus­qu’aux larmes.
    Mais on se sou­met à autres choses qu’aux êtres, mais aus­si aux besoins, aux idées, au som­meil, pour ne citer pro­vi­soi­re­ment que ces trois là.

    Conjoint à ce titre double serait le libre arbitre.
    Mais on ne peut trai­ter de tout et d’un même élan scrip­tu­ral holis­tique ou kaléidoscopique.
    Aucun de ces trois thèmes ne peut cepen­dant être évo­qué sans que ne soient pré­sents les deux autres, tan­tôt en fili­grane, tan­tôt en saillie visible.

    Lorsque sur ce site nous son­geons à la démo­cra­tie (la vraie), elle est ici l’une de nos aspi­ra­tions fon­da­men­tales, nous expri­mons sou­vent le fait que, selon nous, les citoyens devraient n’a­voir à obéir qu’aux lois contrô­lées par eux, au niveau de l’é­cri­ture et de la ratification.
    De nos jours, ce n’est pas du tout le cas, d’où notre ire construc­tive, mais il n’en demeure pas moins qu’en tout sys­tème qui se fonde sur elle, la loi est coer­ci­tive, et obli­tère la conscience et la res­pon­sa­bi­li­té du citoyen, inhi­bant son envie natu­relle de faire bien, pour la rem­pla­cer par un trou­peauisme sup­po­sé posi­tif ; il n’en demeure pas moins que la loi, c’est le cas pour la limi­ta­tion de vitesse, le stop à ne pas cou­ler, le res­pect du feu rouge, la loi est écrite pour contraindre, mais ne fait pas tout, la preuve en est qu’elle est outre­pas­sée à qui mieux mieux !
    La loi ne suf­fit pas à géné­rer le com­por­te­ment uni­forme de tous ou presque tous, au fait … est ce sou­hai­table … autre débat …, ni à favo­ri­ser une syner­gie réelle.
    Et d’autres moteurs, plus sub­tiles, entrent en jeu pour cohé­sion, sou­vent plus effi­caces, notons le, que la loi.
    Et c’est la réunion de tous les outils de cohé­sion, coer­ci­tifs, consen­tis, ou incons­cients, cultu­rels, qui créent socié­té, voire civilisation.
    Ain­si donc, si en public j’é­ter­nue, je mets ma main devant le brouillard émis, non pas pour obéir à une loi, car ils ont oublié ça, nos par­le­men­taires, mais pour ne pas conta­mi­ner mes congé­nères, ou bien, c’est moins noble, pour ne pas être hous­pillée par eux. Il se peut même qu’i­ci traîne le sou­ve­nir oublié d’une tape maternelle.
    Et com­pre­nons bien que la moti­va­tion du geste social n’est mono­lithe que rare­ment, sinon jamais.
    Et que la socia­li­sa­tion est mul­ti­fac­to­rielle, la loi n’en étant qu’un élé­ment pas for­cé­ment majeur (oups, je me répète).

    Vous l’au­rez com­pris à tra­vers cette intro­duc­tion, qui peut être sera per­çue inutile par ceux qui (comme moi) aiment la clar­té du com­pact, je n’ai pas l’in­ten­tion de me conten­ter de la LCR (loi sur la cir­cu­la­tion rou­tière) mais au contraire sou­haite abor­der au moins suc­cinc­te­ment tout ce qui fait la conve­nance, l’adhé­sion, la syner­gie, jus­qu’au pic opti­mal au delà duquel com­mence l’enfer.

    Le feu rouge cepen­dant, par sa tech­ni­ci­té et le ter­ri­toire réduit de son insi­gni­fiance poli­tique (?), limi­te­ra un peu mon cadre, me pro­té­ge­ra de l’en­vie de dire tout ce qui affleure à cette ques­tion, il y fau­drait une ency­clo­pé­die, et je n’en ai pas le courage.
    Tant mieux pour les aller­giques aux tar­tines, le nutel­la en poli­tique n’est pas plus sain qu’ailleurs.

    Don­ner une liste des choses qui déter­minent l’être (alias induc­tif la foule) dans ses croyances, sa foi, son atti­tude, son appa­rence, ses choix, ses actes (qu’il les contrôle ou pas), ses habi­tudes, son insta­bi­li­té ou au contraire sa sta­bi­li­té, son ombre, son cœur, et son âme, don­ner une telle liste exhaus­tive n’est pas possible.
    D’au­tant plus que très vite on arri­ve­rait à cette réa­li­té floue qui per­met les dis­putes vaines.
    Il est remar­quable que la flèche et la cible se confondent sou­vent, en ce sens que cer­taines carac­té­ris­tiques de l’être font par­tie de ce qui le déter­mine, sou­vent à son insu, je pense en par­ti­cu­lier à l’ombre, notre copi­lote, si utile au volant, plus sus­pect en amour, lui-même en par­tie (re)programmable à sou­hait … si sou­hait se décide

    Par­mi ces agents d’in­fluence, il y a la loi, la culture, les émo­tions, le nom­bri­lisme et l’or­gueil, les règles et usages, les cou­tumes, les habi­tudes, les néces­si­tés vitales, la civi­li­sa­tion, le pro­ces­sus et l’ap­pren­tis­sage de la socia­li­sa­tion, chez l’en­fant, mais aus­si chez l’a­dulte, l’empathie, la confiance, la méfiance, la défiance, le pro­tec­tion­nisme <per­son­nel ou col­lec­tif>, la géné­ro­si­té, l’en­dor­mis­se­ment ver­sus l’é­veil, les auto­ma­tismes, le magné­tisme magique de cer­tains <sous les spots ou modestes>.

    Liste non exhaus­tive, disais-je.
    Qui com­porte des élé­ments en rap­port direct avec la conduite auto­mo­bile, et d’autres qui le sont moins.
    Et en la par­cou­rant, moi qui l’é­cris ou vous qui la lisez , nous (ciel ! Voi­ci exé­crable que je parle en votre nom) nous per­ce­vons bien à quel point la ques­tion pro­po­sée par Pierre Bour­dieu, comme enclume, touche peu ou prou à tout ce qui pré­side à notre façon, jus­qu’au contrat social, mais aus­si au pro­fond de nous.

    C’est pour­quoi je veux me pen­cher sur elle un (court 😉 ) instant.

    Et bizar­re­ment, pour amor­cer, je m’en pose une autre !
    Pour­quoi passe-ton au vert, sans trop de sou­ci, et volon­tiers à grande vitesse.

    La boite crâ­nienne, ce fut expé­ri­men­té, éclate à l’oc­ca­sion d’un choc dur à 50 km/h.
    Je consi­dère donc cette vitesse comme grande, sans abor­der la ques­tion de la vitesse limi­tée par la loi, qui sera trai­tée en fili­grane de la ques­tion Bourdieu.

    Si je passe au vert, j’as­sume donc un risque mortel.
    Et pour­tant, je passe.
    Pourquoi.

    Tout d’a­bord parce que « il faut bien y aller » ; cette cause peut avoir l’air far­fe­lue mais elle est pour­tant essen­tielle, nombre de nos actes n’é­tant pro­mus que par le « il faut bien », car l’im­mo­bi­lisme fait peur : nous ne sommes pas une civi­li­sa­tion de médi­tants mais une civi­li­sa­tion bélier, et rares sont ceux qui s’ar­rêtent au feu vert, même quand ils vont chez leur den­tiste … Et si s’ar­rê­ter est mal vu, faire demi-tour est hon­ni (cf sor­tie de l’UE).

    Ensuite et surtout,
    parce qu’en moi est ins­crite (folie ?) une sorte de confiance et croyance en la sou­mis­sion de l’autre à ce qui de mon côté est sus­cep­tible de me déter­mi­ner, la loi, ou la pru­dence, par exemple, une sorte de semi-cer­ti­tude que cet autre est, au moins par cer­tains côtés, une copie, un miroir, de moi, et s’ar­rê­te­ra pro­ba­ble­ment au rouge, du fait de notre pro­gram­ma­tion partagée.
    Si ma confiance n’é­tait pas jus­ti­fiée par les sta­tis­tiques et ce que déjà j’ai vécu,
    m’en­ga­ger dans le car­re­four en pro­fi­tant du vert, serait jeu simi­laire à la rou­lette russe, et cer­tains, c’est indé­niable, payent de leur vie cette confiance excessive !
    Sans comp­ter le fait que l’é­tat de san­té men­tale ou l’é­tat d’é­veil de l’autre sont aléa­toires et me sont inconnus.
    Sans comp­ter les daltoniens …
    Je fonde donc ma témé­ri­té sur la confiance et l’aléatoire !!
    Je jus­ti­fie le fait de pas­ser au vert par mes expé­riences anté­rieures qui me susurrent que sta­tis­ti­que­ment les gens « fiables » sont majo­ri­taires. Mais nous ne sommes pas dans le 100%, et le « il faut bien y aller » prend ici sa force, un peu comme quand on monte dans l’a­vion sans connaître per­son­nel­le­ment le pilote, ni les tech­ni­ciens de la main­te­nance, ni les ingé­nieurs concepteurs.
    Il en est ici de presque tout ce qui dans la vie sociale me pousse à faire confiance à la civi­li­sa­tion et aux autres, sur une base uni­que­ment statistique/hypothétique.
    C’est comme si l’ex­pé­rience sta­tis­tique créait la civilisation …

    Après avoir (mal ?) réflé­chi au pour­quoi de mon pas­sage au vert, je m’in­ter­roge sur le pour­quoi de mon arrêt au rouge, les deux sont indissociables.

    Dire que c’est en rai­son de la loi est cor­rect, sur­tout s’il y a un radar de sur­veillance, ou s’il est seule­ment soupçonné.
    La peur du gen­darme est un fait, en bonne place dans la réponse à Bour­dieu, mais cer­tai­ne­ment pas suf­fi­sant, qui me pousse à res­pec­ter le rouge.
    J’aime bien ici le verbe res­pec­ter, dont mes congé­nères sont nor­ma­le­ment l’ob­jet, mais jus­te­ment, en res­pec­tant le feu, ce sont bel et bien mes congé­nères que je res­pecte : je détes­te­rais en tuer.
    Et si quel­qu’un qui n’est pas en panne de neu­rone décide sciem­ment de griller le feu, ce sera donc de pré­fé­rence au petit matin, quand les rues sont désertes, et avec l’ex­trême pru­dence de quel­qu’un qui met en route sa vision à 360°, voire quatre pi stéradians.
    Ou bien quand après 10 minutes d’at­tente il aura com­pris que le feu est en panne, blo­qué sur le rouge.

    Je m’ar­rête au feu, disais-je, pour ne pas tuer l’autre, qui quant à lui passe au vert.
    Son inté­gri­té est l’un de mes sou­cis, et je découvre donc ici que l’empathie est, ce n’est pas un scoop, l’un des moteurs de la cohé­sion com­por­te­men­tale qui crée société.
    Nous savons depuis peu qu’un troi­sième cer­veau, dit mimé­tique, per­met et contraint à res­sen­tir en soi les souf­frances ou plai­sirs d’au­trui. En grillant le feu, ce serait donc un peu de moi que je met­trais en dan­ger, et comme je ne suis pas sui­ci­daire, il n’en est pas question.
    Ici s’ouvre le cha­pitre « per­cep­tion de l’u­ni­té » qui contre­ba­lance l’in­di­vi­dua­lisme d’es­pèce pour nous per­mettre, peut être sans l’ex­cès des four­mis, de faire corps social.
    Ce célèbre pro­verbe, « l’u­nion fait la force », qui jus­ti­fie la cohé­sion, implique hélas nos limi­ta­tions, et tout le sel d’une civi­li­sa­tion réside dans la posi­tion du curseur.

    Bien enten­du, ma posi­tion res­pec­tueuse du feu n’est pas due qu’à l’altruisme.
    Pro­cède aus­si de l’ins­tinct de sur­vie, de la peur.
    Car je sais bien que griller le feu serait dan­ge­reux pour ma pomme, puisque la poire trans­ver­sale qui n’est pas en train de rédi­ger ce texte pas­se­ra très pro­ba­ble­ment au vert, et sou­vent en état de léthar­gie robo­tique, réflexes amoindris :
    si l’autre res­pecte le vert, je dois res­pec­ter le rouge, c’est vital, pour nous deux.

    Ah Ah : je détecte dans notre atti­tude au feu une sorte de troc !
    Un troc entre gens qui ne se connaissent pas, ni n’é­changent, et pour­tant glo­ba­le­ment res­pectent en cette occur­rence par­ti­cu­lière un détail du contrat social.
    En quoi consiste-t-il ce troc :
    Je m’ar­rête au rouge pour sécu­ri­ser le pas­sage des autres au vert, et en réci­pro­ci­té, je reçois la qua­si cer­ti­tude, hélas par­fois erro­née, que quand je ver­rai le vert, je pour­rai m’en­ga­ger sans trop de sou­ci, du fait que « nor­ma­le­ment » les autres « signa­taires » du contrat social seront arrê­tés au rouge.
    Et entre nous, il y a le tech­ni­cien, en qui nous fai­sons tous confiance …

    Consta­tons, il faut ici nous en éton­ner, qu’en cette cir­cons­tance où la vie est en jeu, notre atti­tude est fon­dée sur la confiance, et sans garan­tie tan­gible de voir l’autre méri­ter cette confiance, alors que, dans son ensemble, notre civi­li­sa­tion est celle de la défiance, une défiance preuve en est qui nous a fait choi­sir de vivre en syner­gie condi­tion­nelle et contrac­tuelle, avec la mon­naie, garan­tie arti­fi­cielle et syn­thé­tique, fon­dée sur le chan­tage, garan­tie d’une réci­pro­ci­té (biai­sée, c’est une autre ques­tion) alors que l’autre option, qui est celle de la confiance, illus­trée par la sur­prise de Tod­mor­den, est pour l’ins­tant glo­ba­le­ment rejetée.
    Nous redé­cou­vrons ici, bête­ment illus­trée par l’exemple du feu rouge, mais il fal­lait creu­ser, une piste de réflexion peu explo­rée, orien­tée vers la confiance comme élé­ment cen­tral d’un chan­ge­ment TOTAL du para­digme socialisant.

    Oh Oh, notons bien ici que si je m’ar­rête au feu rouge, c’est bien parce qu’il y en a un de feu rouge !!
    Pen­chons nous donc sur le pour­quoi de la pré­sence de cet outil cyber­né­tique auquel majo­ri­tai­re­ment, nous homo auto­mo­bi­lis­tus, accep­tons de nous soumettre.
    Dans un engin de fer, inté­grés à lui, confi­nés en l’é­tat d’a­ni­mal sapro­phyte, nous sommes assez natu­rel­le­ment enclins à nous sou­mettre aux signaux d’une machine qui s’a­dresse à une machine avec son opé­ra­teur comme inter­mé­diaire, d’ autant qu’ aban­don­ner la fonc­tion mus­cu­laire au pro­fit d’un moteur de métal n’est pas que libé­ra­toire de l’esprit.
    Mais après cette courte incur­sion dans la réflexion sur la machi­ni­sa­tion de l’être, sujet hyper­ten­du à l’heure où l’in­for­ma­tique encore bal­bu­tiante com­mence à nous sodo­mi­ser colo­ni­ser autant qu’elle nous assiste, deman­dons nous si l’être de chair qui mal­gré tout encore, mal­gré l’ABS et la direc­tion assis­tée …, gou­verne son véhi­cule, deman­dons nous s’il pour­rait fonc­tion­ner sans le feu rouge.
    Bien sûr que oui.
    Il suf­fi­rait pour cela de ralen­tir au car­re­four, de res­pec­ter la prio­ri­té à droite, et d’être … aimable.
    Nous pour­rions même nous pas­ser de la prio­ri­té à droite, à condi­tion de ralen­tir encore plus et d’être extrê­me­ment aimables, nous lan­çant des signaux convi­viaux, que soit dit en pas­sant nous connais­sons déjà, assor­tis d’un appren­tis­sage ren­for­cé de la clar­té ges­tuelle. Les construc­teurs devraient même y son­ger, et conce­voir des habi­tacles n’obs­truant que le moins pos­sible la claire vision d’un pilote sur l’autre, afin de per­mettre l’ef­fi­ca­ci­té d’une atten­tion nou­velle et bien­veillante, et d’une atten­tion por­tée à l’autre.
    Tiens donc, … le feu rouge n’est il là que parce que nous ne savons être aimables, ou bien est il là pour nous pri­ver de l’ap­pren­tis­sage nécessaire …
    Le feu rem­pla­cé par la convi­via­li­té, osons pen­ser que le tra­fic en serait ralen­ti, mais ce n’est pas for­cé­ment exact car tou­jours ralen­tir n’est pas for­cé­ment pire que s’ar­rê­ter une fois sur deux.
    La pré­sence du feu est en l’ab­sence de ces deux der­nières lignes de réflexion au moins en par­tie liée à l’a­mour de la vitesse, donc au stress du temps carac­té­ris­tique de la cité moderne, et en même temps à une paresse intel­lec­tuelle qui nous conduit à pen­ser sans ana­lyse que le contrôle auto­ma­tique des flux les accé­lère au delà de ce que pour­rait per­mettre la conscience.
    La pré­sence du feu est aus­si liée, disais-je, à l’i­dée que nous serions inca­pables de convi­via­li­té et de gen­tillesse constante. Ce qui n’est pas prou­vé, et sur­tout pas dans un contexte mil­lé­naire où n’ayant que peu expé­ri­men­té cer­taines facul­tés elles sont méca­ni­que­ment atro­phiées, comme un muscle trop long­temps au repos.
    Nous n’o­sons pas croire que la convi­via­li­té pour­rait, au moins en cer­taines cir­cons­tances, prendre le pou­voir sur la contrainte contractuelle.
    Il s’a­git donc ici, sur ce point local de l’or­ga­ni­sa­tion humaine, d’une vic­toire de la civi­li­sa­tion de la contrainte sur la civi­li­sa­tion de l’a­nar­chie conscientisée.
    C’est pas rien …

    Sou­vent, le car­re­four et les feux sont rem­pla­cés par le gira­toire, qui est par­fois une bonne solu­tion de sub­sti­tu­tion, si on en n’a­buse pas.
    Nous savons bien par l’ex­pé­rience qu’au gira­toire, les jeux de pou­voir sont hyper pré­sents et qu’au­cune loi ni aucune règle sévère n’y pour­ront rien sans une inten­si­fi­ca­tion mala­dive de la sur­veillance poli­cière. Sans comp­ter le fait qu’en cer­taines cir­cons­tances, pas si rares, aucune règle ne per­met clai­re­ment de défi­nir l’ordre des priorités.
    Le gira­toire, sub­sti­tut au feu rouge, consti­tue ain­si un magni­fique exemple de règle­ment par l’a­nar­chie, du moins tant qu’il n’y a pas de gen­darme en vue.

    Eh Eh, notons bien que si la loi me conduit à m’ar­rê­ter au feu rouge, c’est bien parce que nous accep­tons le concept de loi. Nous pour­rions très bien fonc­tion­ner sans la loi, ou du moins sans sa pré­sence inva­sive par­tout et en toute chose, même là où le bon sens suf­fi­rait à nous faire nous coor­don­ner. Rien ne prouve, et le feu rouge en est un exemple, que sans la loi plus de gens outre­pas­se­raient une règle coutumière.

    Si la ques­tion de Bour­dieu est éten­due à la ques­tion de la pré­sence du feu et de sa loi, nous sommes ain­si conduits par elle à une réflexion beau­coup plus pro­fonde, sur nos para­digmes non dits, ou peu dits.

    Dans cette zone de l’in­ter­ro­ga­tion nous pour­rions abor­der et appro­fon­dir l’un des méca­nismes essen­tiels de notre socié­té, qui est la punition.
    La loi a plu­sieurs fonc­tions, dont la fonc­tion de mise en syner­gie et de contrôle des indi­vi­dus afin que nous ne soyons pas qu’un mou­ve­ment brow­nien n’o­béis­sant qu’au second prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique, et donc inapte à voir émer­ger un moi col­lec­tif directionnel.
    Mais ce contrôle s’ef­fec­tue par la puni­tion et par la peur de la puni­tion, héri­tage psy­cha­na­ly­tique de la loi du talion, qui s’exerce entre le com­mun et l’individu ; 
    et la loi écrite a pour autre fonc­tion de don­ner une base solide res­pec­table et res­pec­tée au juge­ment qui défi­nit la punition.

    Peut on croire qu’une civi­li­sa­tion dont l’un des prin­cipes de régu­la­tion essen­tiels est la puni­tion est une civi­li­sa­tion saine, j’en doute, même si l’in­ven­tion d’autres méca­nismes n’est pas évi­dente et se heurte à l’exis­tence des lou­bards (lou­bards qui res­tent pré­sents, notons le bien, et au plus haut niveau de la sys­té­mique actuelle, et légi­ti­més par elle !!)

    Je n’i­rai pas plus avant dans cette direc­tion de réflexion sur nos para­digmes, et je redes­cends d’un cran pour réflé­chir au fait que non seule­ment je m’ar­rête au feu rouge, mais encore au fait que c’est une HABITUDE.

    Le cer­veau est mul­ti­tâche, mais il ne l’est que peu.
    Ain­si, il n’est pas pos­sible au mathé­ma­ti­cien de résoudre simul­ta­né­ment et men­ta­le­ment deux équa­tions. Si ses capa­ci­tés le lui per­mettent, il pour­ra simu­ler cette capa­ci­té par des aller-retours rapides entre les deux pro­blèmes. Ce qu’en infor­ma­tique on appelle « time sha­ring », ou « temps par­ta­gé ». Mais en simul­ta­néi­té réelle, point.
    Ain­si aus­si est il dan­ge­reux de télé­pho­ner en condui­sant, dit on.
    Mais pas­ser de seconde en troi­sième, dans une per­fec­tion du geste, pile au bon moment, cela est pos­sible en écou­tant la radio ou en réflé­chis­sant au pro­gramme de la jour­née qui commence.
    Mener de front deux tâches intel­lec­tuelles est sou­vent dif­fi­cile, tan­dis que mener de front une tâche intel­lec­tuelle et une tâche phy­sique, même com­plexe, cela est pos­sible, et sou­vent sans risque, pour­vu qu’au préa­lable ait été mené un appren­tis­sage de l’ac­tion, qui déchar­ge­ra la conscience de l’at­ten­tion néces­saire, et confie­ra le tra­vail à l’ombre, i.e. la par­tie ombrée de l’être, le copi­lote dis­cret ou secret de l’être.
    L’ac­qui­si­tion d’une habi­tude s’ins­crit dans l’ombre du je.
    Ce peut être néga­tif comme ce peut être positif.
    Ce peut être volon­taire comme ce peut être involontaire.

    Ain­si l’ombre est elle très utile, qui per­met à la par­tie émer­gente de l’être de délé­guer à son ombre les tâches subal­ternes. Mais c’est eso­pien, bien entendu.

    La liber­té se vit quand on choi­sit un moi direc­tion­nel, et une par­tie de ce choix s’o­père à tra­vers l’é­du­ca­tion de l’ombre. Encore faut il ne pas lui envoyer n’im­porte quel mes­sage, et en par­ti­cu­lier, tout ce qui concerne la socia­li­sa­tion devra être fil­tré par la conscience.
    Le tota­li­ta­risme a pour but d’in­ter­dire ce filtre par la conscience, et il peut être non pas un tota­li­ta­risme mili­taire gros­sier et iden­ti­fiable, mais le tota­li­ta­risme d’un quo­ti­dien qui est tout sauf ano­din, car impo­sé par une socié­té folle ou alié­née, folle dès qu’elle n’est pas déter­mi­née à édu­quer son ombre col­lec­tive et à le faire en conscience.

    Et l’ap­pren­tis­sage de la conduite auto­mo­bile est bel et bien un acte volon­taire de pro­gram­ma­tion de l’ombre. Votre moni­teur d’au­to école vous dira d’ailleurs pro­ba­ble­ment à quel point il est impor­tant de prendre l’ha­bi­tude de rou­ler à droite, de ne pas cou­ler le stop, de mettre son cli­gno­tant, de s’ar­rê­ter au feu rouge, de res­pec­ter les limi­ta­tions, etc, pour la simple rai­son que ce qui est ins­crit dans nos habi­tudes sera moins faci­le­ment oublié, donc plus aisé­ment res­pec­té, ce qui induit un net accrois­se­ment de la sécu­ri­té, et une dimi­nu­tion du risque de tuer ou d’être tué.
    Tout cela est fort juste.

    Mais je ne peux m’empêcher d’y voir en plus des immenses avan­tages per­çus et indé­niables une dose de dan­ger qui n’est pas que petite.
    Car qui se pro­gramme à obéir aux règles de la conduite auto­mo­bile met en route et for­ti­fie son apti­tude à l’au­to­pro­gram­ma­tion en vue d’une obéis­sance plus éten­due aux règles qu’il n’a pas choi­sies, avec le risque d’ain­si amor­cer l’o­béis­sance en tout.
    Et le fait de remo­de­ler notre ombre per­son­nelle en fonc­tion des exi­gences de la socié­té va nous induire à ne pas mode­ler notre ombre en fonc­tion d’exi­gences per­son­nelles, qu’elles soient ego­cen­trées ou égoïstes ou au contraire celles d’une spi­ri­tua­li­té forte et originale.
    L’o­béis­sance au monde inhibe l’o­béis­sance à mon ciel, qui est ma seule vraie liberté.

    Si la liber­té se muscle par la volon­té et l’u­sage, il en est de même de la soumission.
    Et obéir à peu, voire à de l’es­sen­tiel, peut pré­pa­rer à l’o­béis­sance à plus, voire à tout.
    Et ce méca­nisme est un peu de ce qui fait la cohé­sion d’une civilisation !
    Qui se défi­nit par les choix qu’elle opère pour pla­cer le cur­seur entre d’une part une civi­li­sa­tion du libre arbitre maxi­ma­li­sé où la règle com­mune n’har­mo­nise que là où c’est vital, et d’autre part la socié­té des four­mis, où l’in­di­vi­du, que pour­tant de nos hau­teurs nous voyons cou­rir et vivre, est en fait anéan­ti par le corps social, qui s’en nour­rit et le gouverne.

    Mais inter­ro­geons nous sur cet opti­misme qui nous fait nous croire plus proches d’une sorte de sub­si­dia­ri­té qui per­met­trait à l’in­di­vi­du de ne délé­guer à la confé­dé­ra­tion des êtres que ce qu’il est néces­saire de lui concé­der, opti­misme qui nous fait nous croire plus proche de cela que de l’im­mer­sion totale de la liber­té sous l’o­céan de la cohé­sion, jus­qu’à sa noyade ->
    Ma réponse indé­mon­trable est que les méca­nismes occultes qui nous déter­minent à nous sou­mettre dans l’i­gno­rance de ce qui nous déter­mine, sont pro­ba­ble­ment plus nom­breux et com­plexes que ce que nous vou­lons bien croire. Et nous sommes peut être plus proches de la four­mi que du cor­tex émancipé …
    Effort en vue s’a­vère nécessaire.

    Je vais finir :

    Après l’in­ven­tion du feu rouge, et après que la loi en a impo­sé le res­pect, il ne vien­drait à per­sonne, ou presque, l’i­dée de contes­ter cette loi. Du fait qu’elle est per­çue indis­pen­sable, elle n’est donc para­doxa­le­ment plus néces­saire, car la cou­tume for­gée par l’u­sage, et la rai­son, et l’ha­bi­tude, et la peur d’être bles­sé, et la peur de nuire, nous ferons la res­pec­ter, même si elle est abolie.

    Toute loi qui aurait accom­pli sa mis­sion d’i­ni­tier une cou­tume et d’en faire sai­sir la per­ti­nence, pour­rait ain­si être abo­lie sans crainte.

    Et à sup­po­ser que suite à cette abo­li­tion grand désordre sur­vienne, nous pour­rions com­prendre qu’elle n’est pas l’ex­pres­sion de la volon­té géné­rale, et qu’in­ven­ter autre et mieux s’a­vère nécessaire.

    La volon­té géné­rale pour­rait être tes­tée par l’a­bo­li­tion de la loi plus que for­gée par son institution.

    Ain­si, la loi pour­rait, ou devrait, c’est une ques­tion, être com­prise comme un outil de syn­chro­ni­sa­tion des gens, en vue de la nais­sance d’une cou­tume expé­ri­men­tale (pro­gram­ma­tion de l’ombre col­lec­tive), outil légi­fé­rant à effa­cer des tablettes dès que la cou­tume serait intégrée.

    Sous cet angle, la loi appa­raî­trait comme un étrier per­met­tant au peuple de s’é­le­ver au niveau de la cou­tume saine jus­qu’au point où la loi ne serait plus nécessaire.

    La loi appa­raî­trait ain­si comme un marche-pied utile à l’anarchie.
    Nous ne sommes pas du tout dans ce sché­ma, ni par la pra­tique, ni par la pensée.
    L’i­dée pour­rait même déplaire aux anar­chistes les plus purs, bien sûr.
    Mais il me semble que se trouve ici un aspect caché de notre civilisation.

    Ce para­doxe que je m’a­mu­sais en conclu­sion à pré­sen­ter n’est pas que ludique cepen­dant, dont la mise en pra­tique néces­si­te­rait me semble-t-il, au niveau de l’é­cri­ture de la loi, … la démo­cra­tie … , non pas comme but ultime mais comme étape intermédiaire.

    Et le pié­ton dans tout ça ? Bon … je vous fais grâce des pages qui le concerneraient.

    Réponse
  130. EFFAB

    L’o­béis­sance au monde inhibe l’o­béis­sance à mon ciel, qui est ma seule vraie liber­té. (@138)

    Je m’en tien­drais à cette seule cita­tion… j’é­tais par­ti à copier de nom­breux et plus ou longs pas­sages, ce plai­sir de sou­li­gner des choses inté­res­santes et, qui plus est, intel­li­gentes, ame­nant à par­tages et réflexions, mais pour­quoi iso­ler tel ou tel pas­sage de son contexte et de son déve­lop­pe­ment quand tout ceci est déjà si bien for­mu­lé, si spi­ri­tuel, ces neu­rones anaiens si joli­ment affû­tés et toute cette part d’ombre aus­si bien expo­sée et incon­tour­nable… pour qui veut s’af­fran­chir vrai­ment de tout loi et de tout formatage…^^

    En tant qu’au­to­mo­bi­liste et citoyen de plus en plus conscient et consé­quent, je suis de plus en plus réfrac­taire à ces inter­dits ou obli­ga­tions auto-rou­tières, comme le Rond-Point m’ap­pa­raît aujourd’­hui comme un sem­blant d’é­vo­lu­tion moins contrai­gnante mais la solu­tion des élites à nous faire croire plus libres et plus res­pon­sables de nos com­por­te­ments et de nos choix, ces ronds-point qui rem­placent dans une grande pro­por­tion ce feu rouge… quand je ne vois moi tou­jours que cette contrainte de la vitesse, autre­ment plus sub­tile, com­plexe et polé­mique quant à nos champs et espaces de liber­té… car, assu­ré­ment, rou­ler la vitesse du son dans une zone pié­ton­nière ne serait pas très malin mais pour­quoi s’o­bli­ger à cer­taines limi­ta­tions de vitesse, ce seuil à ne pas dépas­ser, même de peu mais cet arbi­traire et cette liber­té des forces de l’ordre de vous ver­ba­li­ser si bon leur semble ?…

    Oui, ANA, la route et ces inter­dits asso­ciés ne sont pas ano­dins dans la construc­tion citoyenne et men­tale au coeur de cet espace public et de nos psy­chés… merci.

    Réponse
  131. Ana Sailland

    Le spectre de la guerre civile, et la peur du désordre, agis­sant dans l’ombre et hors du regard de la conscience éveillée, sont ils par­mi les fac­teurs qui déter­minent l’o­béis­sance du grand nombre au petit nombre ?

    Réponse
  132. Ana Sailland

    Tou­jours dans l’es­prit de la ques­tion de Simone (tout en haut de la page 😉 )

    Obser­vons un court ins­tant l’inquisition.
    C’est un champ d’ob­ser­va­tion inté­res­sant car grâce au temps qui passe nous en sommes au moins en par­tie déta­chés, assez pour être capables d’en reti­rer la sub­stan­ti­fique moelle sans nous empê­trer dans des émo­tions qui tou­jours nuisent à la simple vision tranquille.

    L’in­qui­si­teur est intel­lec­tuel­le­ment un monstre, qui lors des pro­cès use des règles de la logique mathé­ma­tique pour démon­trer l’in­dé­mon­trable en se fon­dant sur des hypo­thèses qu’a­vec le recul nous connais­sons pour malades.

    L’in­qui­si­teur est mora­le­ment un monstre en ce sens que, les rap­ports de séance sont clairs, il envoie des inno­cents à la mort.

    Cepen­dant, j’ai peine, peut être allez vous hur­ler, à mettre sa bonne foi en doute.
    Il me semble que s’il est arti­san d’un com­plot, mais oui, déjà la théo­rie du com­plot s’im­pose comme solu­tion facile à la com­pré­hen­sion des faits, s’il est acteur donc, il n’est pas for­cé­ment instigateur.
    Est il mani­pu­lé. Par une église elle même éga­rée. C’est possible.
    Mais alors la ques­tion demeure, et même si elle grimpe d’un cran dans la hié­rar­chie, elle se pose encore pour les mani­pu­la­teurs, et sur­tout pour l’en­ti­té manipulatrice.
    Le pas­sage, pour nous obser­va­teurs, de la res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle à la res­pon­sa­bi­li­té d’une enti­té guide, qui elle, si elle repose sur des humains n’est cepen­dant pas humaine (un cor­pus pen­sant construit par des humains et qui les gou­verne, eux et leurs des­cen­dants, n’est pas un être humain, com­pre­nons le bien), ce pas­sage est plus aisé quand on observe l’in­qui­si­tion que quand on observe notre temps.

    Et pour­tant, nos « maîtres » de ce siècle-ci ne sont ils pas intel­lec­tuel­le­ment et mora­le­ment eux aus­si des monstres, pour des rai­sons voi­sines de celles évo­quées plus haut, et ne sont ils pas eux aus­si plus embar­qués par leur cor­pus pen­sant que gui­dés par leur conscience.

    Plus que le fait d’une volon­té nui­sible issue d’une oli­gar­chie ou d’oc­cultes tireurs de ficelles, il me semble que dans les aber­ra­tions d’une époque don­née, la notre ne fait pas excep­tion, il faut voir des cou­rants de pen­sée folle, suf­fi­sam­ment puis­sants pour gui­der tan­tôt les foules tan­tôt les hié­rar­chies, ou les deux, ou bien voir des pro­tu­bé­rances toxiques d’un cer­veau col­lec­tif trop peu conscien­ti­sé, pro­to­type boi­teux, voire minable …, d’un futur enchan­té, mais à cette heure encore onirique.
    Car notre conscience est sous-déve­lop­pée, elle qui seule pour­rait cadrer l’in­tel­li­gence, et la dyna­mi­ser à pro­duire ses effets quelques étages plus haut qu’en ses pré­sentes basses œuvres.

    Car ne nous y trom­pons pas : l’in­tel­li­gence de ceux qui nous gou­vernent, visibles ou invi­sibles, peu importe, cette intel­li­gence est dés­œu­vrée (au sens de sans oeuvre noble), si j’ose dire, comme n’é­tant pas au ser­vice de la conscience mais au ser­vice du désir et du sui­visme, donc du robo­tisme le plus stupide.

    La preuve en est que ceux là même qui dans l’ombre ou sous les pro­jec­teurs nous pré­parent « la guerre nucléaire pré­ven­tive », ou « la démo­cra­tie mon­diale » des justes, c’est à dire celle des pri­vi­lé­giés, ceux là se leurrent qui croient que leurs propres enfants échap­pe­ront au mal­heur que patiem­ment ils instituent.

    Sui­ci­daires pour leur lignée, je les per­çois comme tels, à tel point que, aux heures où par­fois l’es­poir s’é­teint sur l’o­reiller, je m’in­ter­roge sur un éven­tuel tro­pisme de l’es­pèce au sui­cide col­lec­tif. Avec fort heu­reu­se­ment des heures plus joyeuses où c’est la recherche de solu­tions qui l’emporte 😉

    Quoi­qu’il en soit, l’ob­ser­va­tion de l’His­toire depuis ces 2000 ou 4000 ans où existent les cités mas­sives tend à me faire pen­ser qu’au delà des inter­ro­ga­tions de chaque époque, qui n’est qu’une appa­rence de la trame du temps, se livre une bataille cos­mique et intem­po­relle entre la bêtise (mul­ti­forme) et la conscience.
    L’in­tel­li­gence est entre les deux pro­ta­go­nistes, elle qui crée des outils, pour un camp comme pour l’autre, sui­vant à qui elle se sou­met, et l’en­jeu, c’est vou­loir et savoir la faire se ran­ger au ser­vice de la vie, mais à l’a­bris de toute cer­ti­tude idéologique.

    C’est pour­quoi le concept de démo­cra­tie réelle et inté­grale me semble si impor­tant, car le cer­veau col­lec­tif ne peut se per­fec­tion­ner que s’il fonctionne.
    Or de nos jours, il ne fonc­tionne pas, pour cause d’in­ter­dic­tion légale et tech­nique ! et la « pen­sée unique » poin­tée par Jean-Fran­çois Kahn a quelque chose qui me fait irré­sis­ti­ble­ment pen­ser à l’inquisition.

    Si je me résume en éli­mi­nant mon fatras 😉 :
    la pen­sée gui­dée est en toute époque le poi­son dont nous devons nous soi­gner, par la pro­mo­tion de la pen­sée de tous, gerbe de fon­taines vives et multicolores.

    Réponse

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