De l’étendue de l’État.
C’est à la violence que les États doivent leur origine ; presque toujours quelque heureux brigand en est le fondateur, et presque partout les lois ne furent, dans leur principe, que des règlements de police, propres à maintenir à chacun la tranquille jouissance de ses rapines.
Quelqu’impure que soit l’origine des États, dans quelques-uns l’équité sortit du sein des injustices, et la liberté naquit de l’oppression.
Lorsque de sages lois forment le gouvernement, la petite étendue de l’État ne contribue pas peu à y maintenir le règne de la justice et de la liberté ; et toujours d’autant plus efficacement qu’elle est moins considérable.
Le gouvernement populaire parait naturel aux petits États, et la liberté la plus complète s’y trouve établie.
Dans un petit État, presque tout le monde se connaît, chacun y a les mêmes intérêts ; de l’habitude de vivre ensemble naît cette douce familiarité, cette franchise, cette confiance, cette sûreté de commerce, ces relations intimes qui forment les douceurs de la société, l’amour de la patrie. Avantages dont sont privés les grands États, où presque personne ne se connaît, et dont les membres se regardent toujours en étrangers.
Dans un petit État, les magistrats ont les yeux sur le peuple, et le peuple a les yeux sur les magistrats.
Les sujets de plainte étant assez rares, sont beaucoup mieux approfondis, plutôt réparés, plus facilement prévenus.
L’ambition du gouvernement n’y saurait prendre l’essor sans jeter l’alarme, sans trouver des obstacles invincibles. Au premier signal du danger, chacun se réunit contre l’ennemi commun, et l’arrête. Avantages dont sont privés les grands États : la multiplicité des affaires y empêche d’observer la marche de l’autorité, d’en suivre les progrès ; et dans ce tourbillon d’objets qui se renouvellent continuellement, distrait des uns par les autres, on néglige de remarquer les atteintes portées aux lois ou on oublie d’en poursuivre la réparation. Or, le prince mal observé, y marche plus sûrement et plus rapidement au pouvoir absolu.
Extrait (p. 22) de : « Les chaînes de l’esclavage » de Jean-Paul Marat (1792)
De quoi nous faire réfléchir avant de créer de nouveaux empires, non ?
Moi, je trouve ce « dangereux populiste » bien humain et bien séduisant :o)
Si vous connaissez, vous aussi, d’autres « populistes » qui s’expriment si finement, soyez gentils de me les faire connaître.

Chers amis,
Personne n’a encore commenté cet important texte de Marat qui pointe pourtant une difficulté majeure de la démocratie : notre propre nombre est une menace, les empires ne peuvent pas être démocratiques, la cellule démocratique de base doit probablement être de taille réduite (comme la commune ?).
Pour illustrer à nouveau cette réflexion fondamentale,
je viens de taper pour vous un texte que je trouve considérable,
de la philosophe Simone Weil.
Le voici :
Voilà. Si vous avez des informations complémentaires, soit allant dans le sens de la nécessaire « communalisation » de la démocratie (avec remontée et contrôle des pouvoirs sur un mode fédéral, comme en Suisse), soit réfutant cette idée et laissant penser que l’union fait la force, vous êtes les bienvenus :o)
Amicalement.
Étienne.
Merci Etienne pour cette invitation
Ce texte, comme celui de Marat, montre, à l’évidence, que certaines interrogations de fond, posées lors de la Révolution, sont toujours d’actualité.
Je n’ai pas les compétences intellectuelles pour exprimer clairement et encore moins de développer les réflexions que m’inspirent les différents points soulevés.
Je dirais simplement 2 ou 3 choses.
A l’évidence, il n’est pas encore acquis que par la réflexion, l’intelligence, le savoir, etc. on parvienne à donner un sens visible à l’organisation des rapports sociaux dans une Société.
Il ne semble pas fondé de mettre sur le même plan :
1. l’organisation structurée d’un groupe social minoritaire dit dominant avec
2. un autre groupe social majoritaire dit dominé
En effet, ces deux groupes restent des constructions « artificielles » dans la mesure où,
d’une part, les membres qui constituent chacun de ces groupes, sont susceptibles de basculer dans l’autre groupe, selon des circonstances particulières.
D’autre part, la réalité d’une société montre plutôt une multitudes de groupes à l’image d’un escalier : chacun cherchant maintenir ou améliorer sa place au sein de son groupe, voire à passer au groupe supérieur.
Opposer ces deux groupes (dominants, dominés), c’est croire à la Révolution du Grand soir, et chacun veut le voir de son vivant.
Quelqu’un qui a suivi une analyse connait bien ce sentiment.
Il faut peut-être concevoir que les enjeux puisse être tout autre.
Je crois que l’erreur consiste à vouloir donner un même sens à ce qui est de l’ordre d’une vie (humaine) avec des phénomènes inter-générationnels.
La souffrance et la jouissance sont devenues des phénomènes culturels à laquelle on donne une valeur.
Pour moi, ce que montre la Société (différemment selon chaque personne) est le reflet d’un miroir de ce qui se passe en nous, et les imperfections, les manques, etc. justifient la nécessité d’oeuvrer pour l’améliorer.
C’est un chantier sans fin.
Il n’y a pas un ordre à trouver, la Vie ne s’enferme pas dans un savoir.
Georges
Bonjour Georges,
Ce que vous dites (les individus passent facilement d’une catégorie à l’autre sans changer de nature profonde) n’est pas en contradiction, me semble-t-il, avec la thèse soutenue (un groupe réduit peut s’unir pour dominer alors qu’un groupe étendu est condamné à la désunion et à la faiblesse).
Je ne comprends pas ce que vous préconisez.
Moi, je crois profondément à cette innovation historique, absolument inédite, d’un processus constituant honnête (c’est-à-dire où les auteurs n’écrivent pas les règles pour eux-mêmes) pour mettre en place des institutions qui garantiront durablement le débat démocratique et le contrôle des pouvoirs en les organisant au seul niveau possible, probablement la commune.
Et l’intérêt des réflexions de Marat et de Weil est justement de souligner comme il est difficile d’échanger et de se protéger mutuellement quand on est trop nombreux : cette analyse devrait nous conduire à prévoir des institutions adaptées, non ?
Ce n’est pas un « grand soir », ce n’est pas un groupe qui « gagne » contre un autre, il n’y a ni « bons » ni « méchants » (définitivement), — (ceci dit, je ne sais pas ce que vous trouvez d’ »artificiel » au servage du plus grand nombre des laborieux et au parasitage d’une poignée de privilégiés oisifs) —, mais par contre, concrètement, réalistement, on ne renonce pas à progresser et on doit pouvoir résister à TOUS les abus de pouvoirs (politiques et économiques) si on fait attention 1) à QUI écrit les règles et 2) à quel niveau on organise les débats et les actes essentiels.
Que voulez-vous dire en disant « il n’y a pas d’ordre à trouver » ? Pensez-vous que ce qui est doit continuer à être et qu’on ne peut rien faire ?
;o)
Amicalement.
Étienne.
Re :
Je vais tenter d’être plus clair.
« Et l’intérêt des réflexions de Marat et de Weil est justement de souligner comme il est difficile d’échanger et de se protéger mutuellement quand on est trop nombreux : cette analyse devrait nous conduire à prévoir des institutions adaptées, non ? »
Posé ainsi, aucune réponse ou solution posée au mal, hormis ; « il faudrait que, y a qu’à, etc… »
De plus, chacun de nous a fait l’expérience que l’on peut prouver, démontrer, révéler les méfaits, les trahisons, etc. de ces gens de Pouvoir ; il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, plus bête celui qui ne veut pas comprendre ; l’image des 3 singes de la sagesse orientale.
Je n’ai pas la prétention de pouvoir préconiser un remède au mal de notre Société, mais je tente de partager avec vous mes propres interrogations et doutes sur l’état de ce monde.
Mais de quel monde parle-t-on ?
De celui qui est tellement immense qu’on ne peut en voir qu’une infime partie ?
ou alors de celui qu’on a intériorisé et que l’on idéalise ?
Une vérité n’a de valeur que si elle est partagée par tous.
Le texte de Simone Weil nous rassure car elle dit tout haut une partie de ce que nous pensons tout bas.
L’ordre dont je parle (par exemple sur la répartition des richesses), chacun de nous contribue à le modifier afin qu’il soit plus équitable. Je dis simplement qu’il n’est pas nécessaire d’avoir conscience par quels moyens y parvenir. Bien sûr, cela nous rassurerait de savoir le pourquoi du comment.
Ce qui m’amène à ce propos, c’est le constat de tous les éléments qui animent un seul être (économie, sentiments, projection, expériences, etc.), multiplié par plusieurs milliards d’êtres, je me dis qu’il est illusoire de vouloir englober tout cela dans un seul esprit qui puisse donner la direction à suivre (tel J‑C).
Pour moi, il n’y a pas de problème.
Ou alors la vie est un problème dans le fait qu’elle génère un manque ; et chacun le comble à sa façon.
Changer la Constitution ou ceux qui doivent la rédiger ?
Mais quelles garanties avons-nous de ne pas émerger de nouveaux effets pervers avec cette nouvelle organisation ?
Ce remède est une solution valable au constat du mal de notre Société actuelle.
Mais si ce constat est partiel ou erroné ?
Georges
Re :
Après avoir poussé un peu plus la réflexion sur le texte proposé, j’en viens à me dire que, si l’on suit le raisonnement de Simone Weil, à savoir qu’un petit groupe homogène, organisé, parvient à dominer une majorité inefficace car inorganisée.
La logique voudrait que pour détrôner ce petit groupe dominant, il doit se constituer un autre « petit » groupe suffisamment déterminé avec des moyens appropriés comme ceux utilisés par le pouvoir en place, à savoir le mensonge, la manipulation, la violence, etc.
Avec l’intelligence en plus car les exemples de « groupuscules » comme l’IRA, l’ETA, les islamistes radicaux, etc. ont montré que d’une part, ce sont des groupes locaux, et, d’autre part, la violence qu’ils utilisent se retourne contre leur cause.
L’inconvénient, c’est qu’à correspondance égale, il faudrait que ce groupe soit composé de milliers de personnes.
Georges
Je crois qu’on surestime le besoin d’être organisés, et que quelques-uns ont trop d’intérêt à nous faire croire que c’est absolument nécessaire.
Les néo-conservateurs ne sont pas du tout organisés, ils sont toujours en compétition ouverte les uns avec les autres. Ce qu’ils ont, c’est du nez pour les logiques qui leur rapportent le plus de bénéfices, de sorte qu’ils copient les uns sur les autres les plus efficaces. De plus, tant que piller les peuples sera plus rentable que se battre entre eux, ils ne commenceront pas à se disputer l’exclusivité des idées parce que celui qui entre dans une bagarre de ce type perd de la rentabilité vis-à-vis de ceux qui laissent faire.
Ce qu’il nous faut, ce n’est pas être organisés, car la seule chose qu’on obtient avec cela c’est le besoin d’avoir une structure organique dont la tête visible peut être visée, mais développer une logique qui sert le bonheur du plus grand nombre sans discriminations. C’est en développant cette logique et en la mettant en pratique que chacun pour sa part va pouvoir trouver quoi faire de mieux pour contribuer selon ses possibilités. Nul besoin alors de se mettre tous d’accord pour faire une chose ensemble (l’éternelle talon d’Achille de la gauche), mais chacun fait ce qu’il croit bien.
Pourvu que tous poursuivent cette logique qui sert le bonheur du plus grand nombre, nous aurons intérêt à viser les actes des néo-conservateurs d’abord, avant de nous retourner contre ceux qui n’en font pas assez chez nous.
Respecter cette logique nous faciliterait la collaboration spontanée et non organisée, ce qui la renforcerait : par exemple, on pourrait utiliser des critères logiques pour identifier ceux qui vont à contre-sens, au-delà des clivages politiques, idéologiques, économiques, etc.
Pour donner un exemple que j’ai utilisé lors de mes discussions avec les zapatistes, quand je me distanciais des clivages riche-pauvre qui leur sont si chers :
Supposons deux pauvres traversant un désert, l’un à pieds nus, l’autre avec des vieilles bottes raides. De quelle côté se trouverait celui qui marche aux pieds nus si sa principale pensée est de trouver le meilleur moment pour trancher la gorge de l’autre afin d’augmenter ses chances de survie en chaussant les bottes de celui-ci ?
Être pauvre n’est point une garantie qui détermine qu’on se trouve du bon côté, bien que souvent ce sont ceux qui ne trichent pas qui restent pauvres…
Avec une logique claire sur place, c’est à chacun, à tout moment, de faire de son mieux et aussi de voir et juger si les autres font de leur mieux, et à chacun pour sa part de décider de collaborer avec quelqu’un ou de prendre une initiative quelconque ou de lui tourner le dos.
C’est ainsi que, par exemple, les Oaxaquiens n’ont guère voté PRI (ni aucun autre parti) lors de cette dernière élection, même si presque tous ceux qui ont voté l’ont fait pour le PRI. Ceux qui n’attendaient plus rien des politiciens corrompus n’ont simplement pas voté (plus de 70% d’abstention). On leur tourne le dos, et on s’organise entre nous. Ils finiront bien par mourir un jour…
Bonjour,
voici un texte très bien argumenté sur ce sujet cardinal de la taille de la société compatible avec la démocratie :
Jean-Jacques Rosa a écrit en 2005 un texte qu’il a intitulé
« Arithmétique de la démocratie – Ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations »
C’est passionnant, vous allez voir.
C’est là : http://pagesperso-orange.fr/jeanjacques.rosa/Arithmetique2.pdf
Le référendum sur le traité constitutionnel européen :
L’arithmétique de la démocratie
Ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations
16 mai 2005
Jean-Jacques Rosa*
1. Le point essentiel du débat sur le traité constitutionnel n’est pas de savoir si ce texte est suffisamment socialiste ou excessivement libéral. Aucune constitution ne peut fixer à l’avance ce que seront les conditions des équilibres sociaux et politiques qui pousseront des gouvernements d’orientations idéologiques diverses à adopter, dans des périodes futures caractérisées par l’imprévisibilité, des pratiques plus ou moins dirigistes.
Mais les promoteurs du traité savent bien que pour obtenir un soutien majoritaire dans les électorats, la question de la centralisation européenne n’étant a priori ni de gauche ni de droite, c’est-à-dire ne se définissant pas en termes de redistribution des revenus, il convient de ratisser large et d’attirer simultanément des électeurs de droite et des électeurs de gauche.
D’où le double langage consistant à inscrire d’avance des politiques – de gauche et de droite – dans le texte, ce qui engendre les ambiguïtés que l’on observe mais tend à maximiser les votes favorables. Il s’agit d’attirer des clientèles diverses ou opposées en leur faisant miroiter l’obtention définitive des résultats redistributifs qu’elles préfèrent, ce qui est à la fois impossible et contraire à l’objet même de la constitution qui est de fixer des règles générales de décision collective et confirmer la répartition des pouvoirs entre groupes sociaux dominants comme l’avait parfaitement expliqué Charles Beard dans son ouvrage classique de 1913, An Economic Interpretation of the U.S. Constitution (1) .
Une constitution définit les modalités des relations entre les dirigeants et les dirigés, leurs pouvoirs respectifs, et non pas le détail des politiques futures des dirigeants, qui changeront nécessairement au fil du temps, des circonstances et des évolutions de carrières.
2. Le point essentiel du débat sur le traité constitutionnel consiste à savoir si le déplacement qu’il nous propose du lieu géographique du pouvoir politique et de son aire de contrôle, du niveau actuel des nations européennes vers le niveau continental de l’union (à vocation fédérale) est ou non avantageux pour les populations concernées. Le passage à une dimension plus vaste de la société politique en Europe, jusqu’à atteindre celle du continent tout entier, est-elle ou non dans notre intérêt collectif ?
Nous nous situons ici dans une perspective démocratique, c’est-à-dire dans laquelle c’est le peuple dans son ensemble – au-delà des groupes de pression divers – qui détient l’autorité politique, ou contrôle suffisamment ses dirigeants pour obtenir des décisions collectives qui favorisent ses intérêts au sens large et non pas en priorité le seul intérêt des groupes dirigeants.
La valeur prioritaire à défendre dans un débat constitutionnel est donc celle de la démocratie. Il convient d’abord de s’assurer que la constitution favorise et garantit l’exercice de la démocratie.
Ensuite, parmi l’ensemble des constitutions démocratiques, il faut choisir celles qui sont le plus efficaces du point de vue du niveau de vie et de la croissance. Le second critère est donc celui de l’efficacité de la gestion, l’efficacité de l’Etat contribuant pour partie à l’efficacité générale de l’économie.
Il s’ensuit que le débat sur le traité constitutionnel se définit par la double question : la centralisation des décisions politiques au niveau du continent accroît-elle ou réduit-elle le degré de fonctionnement démocratique dans les pays concernés (ou pour les peuples concernés) ? et d’autre part conduit-elle à un accroissement ou une réduction de l’efficacité des économies des pays qui font actuellement partie de l’Union ?
Ayant largement traité par ailleurs la question de l’efficacité ou de l’inefficacité économique de la grande dimension des organisations hiérarchiques et des nations (Le second vingtième siècle : déclin des hiérarchies et avenir des nations, Grasset 2000), je voudrais aborder ici la première question, celle de l’impact de la centralisation, et donc de la dimension, sur la démocratie.
3. Rappelons que selon le Petit Robert, « la démocratie (n.f.) … est l’organisation politique dans laquelle l’ensemble des citoyens exerce la souveraineté ». La démocratie implique par conséquent une large participation des citoyens et exclut en principe un rôle prépondérant de tels ou tels groupes d’individus.
La tradition politique classique, depuis la Grèce antique jusqu’à Rousseau et Montesquieu, attribuait sans grande discussion un avantage démocratique aux pays ou entités politiques de petites dimensions, démographiques ou géographiques. La participation y était censée plus intense, les communications meilleures, les préférences plus homogènes et le poids des groupes organisés moindre.
Une novation est intervenue avec l’explosion démographique de la période moderne et la constitution de grandes démocraties, notamment aux Etats-Unis. Mais notons que ces grandes démocraties éprouvent le plus souvent le besoin de décentraliser leur organisation en une structure fédérale.
C’est ainsi que Dahl et Tufte (Robert A. Dahl et Edward R. Tufte, Size and Democracy, Stanford University Press, 1974, p.38) ont observé des corrélations systématiquement négatives, pour 18 démocraties représentatives, entre les dimensions démographiques et géographiques des pays, d’une part, et le degré de centralisation des fonctions gouvernementales, de l’autre. La conclusion est limpide : les grands pays qui sont démocratiques se décentralisent, sans doute pour rester à la fois démocratiques et efficaces dans la gestion.
Or c’est l’inverse qui nous est proposé par l’entreprise de « construction politique européenne » et par le traité constitutionnel : on nous propose d’augmenter considérablement la dimension du « pays » (l’Union européenne) par rapport aux nations existantes, tout en accroissant simultanément la centralisation des pouvoirs.
Un peu d’arithmétique élémentaire nous donne, à titre d’illustration et en première approximation, l’ordre de grandeur de la régression démocratique que détermine cette stratégie de la grande dimension.
Elle réduit en premier lieu le pouvoir de l’électeur, elle peut ensuite mettre en minorité permanente l’électorat de certaines nations dans la décision du grand ensemble, et elle conduit enfin à majorer l’influence des lobbies et groupes de pression ainsi que celle de la classe professionnelle bureaucratico-politique au détriment naturellement de l’ensemble du corps électoral.
A. La dilution du pouvoir électoral
Examinons la situation des électeurs français face aux principaux acteurs du jeu politique constitutionnel, en comparant le poids de leur vote dans la constitution française actuelle et dans le cadre du traité constitutionnel.
(En simplifiant considérablement tous les détails institutionnels pour rendre la trame de l’argumentation plus lisible, par exemple les pourcentages exacts de représentation parlementaire, les majorités électorales et de gouvernement, les droits de veto, etc.).
Ces acteurs sont le Parlement et le gouvernement (en incluant dans ce dernier, par simplification et pour la commodité du raisonnement, le Président de la République) dans le premier cas, et le Parlement, le Conseil des Ministres et la Commission de Bruxelles dans le second.
a/ Le pouvoir de l’électeur sur la désignation du Parlement
Le contrôle de l’ensemble des électeurs français est de 100 % dans le cadre de la Constitution nationale. L’ensemble des élus représente ainsi l’ensemble de la population (plus ou moins fidèlement selon le système électoral adopté).
Dans une Constitution européenne, les électeurs français dans leur ensemble ne peuvent espérer désigner des élus au Parlement européen qu’au prorata de leur poids démographique comparé à celui de l’ensemble européen, soit approximativement, selon les règles adoptées, celui d’une soixantaine de millions de personnes sur plus de 450 millions d’européens. Disons environ 13 % des parlementaires de Strasbourg.
Le facteur de dilution du pouvoir électoral du citoyen français est de l’ordre de plus de 7.
b/ Le pouvoir de l’électeur sur les décisions de l’exécutif
Pour ce qui est du contrôle de l’ensemble des électeurs français sur l’exécutif (le Gouvernement en France et le Conseil des ministres dans le traité) il passe de 100 % dans la Constitution nationale à 1 ministre sur 25 dans le traité, soit 4% du Conseil.
Le facteur de dilution du pouvoir de l’électeur est ici de 25.
B. La perte de représentativité de politiques
Dans les analyses du « Public Choice » ou analyse économique de la politique (Buchanan et Tullock, The Calculus of Consent), il est généralement admis que c’est l’électeur « médian », celui qui se trouve au centre de la distribution des préférences politiques individuelles, qui détermine effectivement les politiques adoptées.
Mais plus l’ensemble des populations – et des électorats – devient vaste, plus il est probable que des peuples différents, ayant connu des traditions différentes et se situant dans des ensembles économiques et culturels différenciés, aient des distributions de préférences politiques dissemblables.
Ainsi il est très concevable que l’ensemble de l’électorat d’un pays ne soit pas réparti (dans ses préférences politiques) comme l’ensemble de la population du grand ensemble continental.
On peut se trouver alors dans une situation ou tout l’électorat national occupe une position décentrée par rapport à l’ensemble de l’électorat continental.
Pour concrétiser, l’ensemble des électeurs suédois ou danois peuvent avoir une préférence pour la redistribution des revenus beaucoup plus marquée que celle de l’ensemble des électeurs européens. Dans ce cas ces électeurs suédois ou danois n’auront jamais satisfaction en Europe si la politique de redistribution est désormais « fédérale », c’est-à-dire centralisée, alors qu’ils pourraient choisir précisément la politique de leur convenance en restant indépendants au sein de leur propre pays.
Cet argument est bien connu dans l’analyse des biens et services faisant l’objet d’une décision collective : la fourniture d’un service collectif, nécessairement standardisé, est de ce fait moins adaptée aux attentes diverses des divers individus que la fourniture décentralisée et individualisée du même service par des producteurs multiples et concurrents : « one size does not fits all ».
C’est en particulier ce qui se passe pour l’euro. Une politique monétaire unique en Europe ne correspondra probablement aux besoins d’aucune des économies concernées si celles-ci restent caractérisées par des conjonctures autonomes et différenciées.
Il s’ensuit que le passage à une politique continentale ne peut qu’affaiblir la satisfaction démocratique des électorats nationaux si ces derniers ont des préférences spécifiques et ne forment pas, du point de vue de ces préférences, un « peuple unique » avec ceux des autres pays membres.
C’est ce mécanisme fondamental qui donne un contenu véritable au débat sur l’existence ou non d’un « peuple européen ». Ce n’est pas une question idéologique ou spéculative : il s’agit de savoir si les préférence politiques sont distribuées de façon similaire (« homothétique ») ou au contraire dissemblable au sein des « peuples nationaux » des pays membres. L’hétérogénéité des préférences entraîne l’inefficacité démocratique de la prestation centralisée.
Lorsque les distributions des préférences diffèrent entre les nations actuelles, le passage à une décision européenne peut réduire sensiblement la représentativité des décisions collectives.
La démocratie est alors affaiblie : elle régresse.
Mais à ces deux effets déjà redoutables s’ajoute une troisième raison de dilution de la démocratie : le renforcement spectaculaire des lobbies et du personnel politique et administratif lors du passage à la plus grande dimension.
C. Renforcement de l’exécutif et des lobbies
On sait que la classe politique dans son immense majorité est totalement acquise à la nécessité de la construction européenne, alors même que les électeurs dans leur ensemble sont très partagés, comme l’a montré par exemple le référendum sur Maastricht et comme le montre à nouveau aujourd’hui celui sur le traité constitutionnel.
Si l’on croit valables, au moins en partie, certains des arguments exposant les inconvénients de l’unification, on ne peut que s’interroger sur les raisons de cet extraordinaire consensus jadis dénoncé comme « la pensée unique ».
La seule explication généralement avancée est celle de « l’idéologie » européiste. Mais une idéologie ne peut être totalement arbitraire ni complètement déconnectée d’intérêts réels.
Nous proposons ici une autre explication qui tient au gain considérable de pouvoir et de ressources dont bénéficie à la classe politique et administrative dans son ensemble (ce que nous désignons comme la « classe exécutive »(1)) ainsi que les groupes de pressions et autres lobbies, dans le cadre d’une centralisation, c’est-à-dire d’un accroissement de la dimension de la société politique.
Or le renforcement du pouvoir de l’exécutif et de divers groupes sociaux se fait au détriment
u contrôle des électeurs qui sont censés, en régime démocratique, dicter à l’exécutif ses décisions, ce dernier étant « l’agent » des détenteurs ultimes et légitimes du pouvoir, les citoyens.
a/ L’avantage de la classe exécutive
Le passage à la grande dimension de l’ensemble auquel s’appliquent de mêmes lois et règlements change radicalement les conséquences économiques de ces dispositions juridiques.
On sait depuis l’analyse de George Stigler (Prix Nobel d’économie) et de Sam Peltzman, que les réglementations sont des formes d’impôts accompagnées de subventions ou transferts de revenus. Elles imposent en effets des coûts à certaines catégories d’acteurs et apportent des avantages ou transferts à d’autres catégories. Ainsi une politique de soutien des prix agricoles (au dessus des prix courants de marché) détermine un prélèvement payé par les consommateurs de ces produits, et qui permet de subventionner les producteurs. C’est un impôt accompagné d’un transfert.
Or le passage de réglementations qui affectent au niveau d’une nation 50, 60 ou 70 millions de personnes à des réglementations qui en affectent 450 millions, change évidemment le « budget implicite » qui correspond à ces quasi impôts et transferts.
Une mesure qui représentait un montant d’impôt et un transfert de 6 euros détermine désormais, dans le cadre unique européen un impôt et transfert de 45 euros.
Le pouvoir de l’exécutif qui décide de ces opérations est modifié dans les mêmes proportions – ici de 1 à 13 – puisqu’il peut affecter pour ces mêmes montants des clientèles correspondantes beaucoup plus vastes.
Il y a donc renforcement du pouvoir de l’exécutif du grand ensemble par rapport à ceux des anciennes nations indépendantes (pouvoir positif et négatif, car le pouvoir de l’autorité qui gère ces réglementations effectives ou potentielles tient aussi à sa capacité « de nuisance » à l’égard de ceux qui subissent le poids de la nouvelle quasi fiscalité, comme le montre Fred McChesney, Rent seeking and rent extraction, chapitre 18 in William F. Shughart II et Laura Razzolini, eds. The Elgar Companion to Public Choice, Edward Elgar, 2001).
L’attractivité des carrières dans cet exécutif est augmentée d’autant. De la même façon que les carrières dans les plus grandes entreprises bénéficient d’une attractivité qui est liée au niveau de leur chiffre d’affaires, les plus grandes entreprises payant généralement des salaires plus élevés que les plus petites, le prestige et les rémunérations des fonctionnaires et dirigeants politiques est lié à la grande dimension de l’ensemble qu’ils régissent.
Mais ce n’est pas la seule mutation que provoque la centralisation.
b/ L’avantage des lobbies
La centralisation des politiques bénéficie tout autant aux divers lobbies. En effet au lieu d’avoir à négocier avec 15 ou 25 autorités nationales indépendantes, ces derniers peuvent se concentrer sur une seule autorité continentale pour avoir accès à l’ensemble du marché de 450 millions de consommateurs.
L’importance accrue des rentes à attendre de la réglementation commune justifie des investissements accrus en recherche de rentes politiques (le phénomène de « rent-seeking » étudié par Gordon Tullock).
Cela signifie qu’en première approximation le coût du lobbying en Europe est divisé par 25 du fait de la centralisation réglementaire, par rapport à ce qu’il était avant la centralisation.
Il n’est donc pas étonnant que le lobbying prospère à Bruxelles.
Il n’est pas étonnant non plus que la quantité des réglementations prolifère dans ce grand ensemble puisque les avantages qu’elles présentent désormais tant pour les offreurs que pour les demandeurs ont considérablement augmenté.
La quantité de lobbying qui s’adresse à l’autorité de contrôle fédérale peut être considérablement amplifiée par rapport à celle qui s’adressait à chaque autorité nationale, à la fois parce que 10, 15 budgets de lobbying nationaux ou plus sont supprimés, mais également parce que le rapport bénéfice/coût du lobbying est multiplié par 15, 20 ou 25 en raison de la centralisation.
De plus la grande dimension favorise la formation de lobbies plus nombreux. Dans un petit pays il n’y a pas toujours suffisamment de producteurs spécialisés pour créer efficacement un groupe d’intérêt (Mancur Olson montre en particulier les difficultés de création initiale d’un groupe de pression).
Mais dans un grand pays c’est très généralement le cas. Les producteurs sont toujours en nombre suffisant pour que la dimension critique de création du lobby soit atteinte. Et de nombreux lobbies vont se créer avec l’augmentation de la dimension du marché.
Au total, il y a donc des accroissements très importants des pouvoirs de l’exécutif et des législateurs européens ainsi que des lobbyistes lors de l’augmentation de la dimension de la société politique. Ces pouvoirs se traduisent en un flux supplémentaire de ressources financières d’ampleur considérable, et celles-ci vont faire l’objet d’un partage entre offreurs et demandeurs de réglementations, exécutifs et administrations du grand ensemble et lobbyistes.
Il ne s’agit pas nécessairement d’un phénomène répréhensible ou illégitime : le lobbying n’est pas illégal et peut contribuer à produire des décisions politiques plus éclairées. Mais le renforcement et la concentration du pouvoir réglementaire et législatif n’en contribue pas moins à réduire le pouvoir des électeurs et à renforces celui des producteurs en général, et des producteurs de réglementation en particulier.
L’augmentation de la « rentabilité privée » des réglementations pour ces acteurs va déterminer un accroissement de la quantité produite qui se substitue très largement à la collecte d’impôts explicites qui – en l’état actuel – reste minime au niveau européen et demeure, pour l’instant, du ressort des autorités nationales. Il y a ainsi une spécialisation fiscale des autorités politiques : le prélèvement de l’impôt explicite se fait au niveau national, et le prélèvement des impôts réglementaires est concentré au niveau continental.
Mais le renforcement du pouvoir économique des membres de la classe exécutive et des lobbies signifie une réduction corrélative de pouvoir des électeurs.
C’est le troisième et redoutable effet arithmétique de la régression démocratique due à la grande dimension.
Conclusion générale
Du point de vue du critère démocratique, le choix d’une Constitution nationale ou européenne se présente de façon claire : le passage à la grande dimension et à la centralisation des politiques implique une très sérieuse régression de la démocratie. L’arithmétique élémentaire rejoint la conclusion des auteurs classiques sur la démocratie : celle-ci est plus efficace dans les petits pays.
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Notes :
* [email protected] http://jjrosa.com/
(1) Explication trop parfaite même, en un sens, puisque clairement comprise par ses lecteurs ce qui avait fait de l’auteur la victime d’un ostracisme durable dans les milieux académiques et dirigeants des États-Unis de l’époque.
(2) On peut traiter l’ensemble des fonctionnaires et de politiques comme un seul groupe, ou une seule entité, dans la mesure où ces professionnels partagent un intérêt commun (ce qui est le cas pour la réglementation) et d’autant plus qu’il y a fusion des carrières, au lieu d’une spécialisation différenciée entre contrôleurs et contrôlés, ce que j’ai montré dans l’article « Les fonctionnaires, les politiques et la démocratie » paru dans Le Figaro du 28 novembre 1997.
Je m’étonne que ce sujet essentiel (et mal traité dans les medias) n’inspire ici pas plus de commentaires.
Amicalement.
Étienne.
Marat :
« Il semble que ce soit le sort inévitable de l’homme, de ne pouvoir être libre nulle part : partout les princes marchent au despotisme et les peuples à la servitude.
C’est un étrange spectacle que celui d’un gouvernement politique. On y voit, d’un côté, les hardis desseins de quelques indignes menées, et les ressorts secrets qu’ils font jouer pour établir leur injuste empire ; de l’autre, on y voit les nations qui se reposaient à l’ombre des lois, mises aux fers ; les vains efforts que fait une multitude d’infortunés pour s’affranchir de l’oppression, et les maux sans nombre que l’esclavage traîne à sa suite. Spectacle, à la fois horrible et magnifique où paraissent, tour à tour, le calme, l’abondance, les jeux, la pompe, les festins, l’adresse, la ruse, les artifices, les trahisons, les exactions, les vexations, la misère, l’exil, les combats, le carnage et la mort.
Quelques fois le despotisme s’établit tout à coup par la force des armes et une nation entière est violemment asservie ; mais ce n’est pas de cette marche de l’autorité légitime au pouvoir arbitraire que j’ai à parler dans cet ouvrage ; c’est des efforts lents et continus qui, courbant peu à peu sous le joug la tête des peuples, leur font perdre à longue et la force et l’envie de le secouer. »
Quel visionnaire, j’ai l’impression qu’il parle de la situation actuelle.
Une vraie pépite.
Quand on pense que c’est le même qui s’oppose à la fédération, à une France organisée en une centaine de « petits états », par des appels au meurtre contre les députés girondins …
Oui, ce site regorge de pépites.
Et ici s’en trouve une.
La cohérence est souhaitable, du verbe et du faire, et exigible au présent, mais trop s’y attacher au niveau de l’Histoire nous priverait des pics de clairvoyante honnêteté de ceux qui n’ont <peut être> pas été constants ni fidèles au meilleur de leurs heures.
@Marat
J’ai plusieurs fois sur ces pages énoncé que plus est grand le rayon d’action d’un pouvoir quel qu’il soit, politique, monétaire, spirituel, médiatique, plus ce pouvoir est autiste. Phénomène « structurel » comme on dit de nos jours : sur toute plaine immense, ou hérissée de montagnes, aux tenanciers du pouvoir, métayers des bassesses humaines, eux dont deux des plus criants défauts sont paresse intellectuelle et lâcheté fondatrice, il suffit, pour ne pas avoir à répondre au questionnement du peuple, de ne simplement pas l’écouter ; de ne point prendre le risque du dialogue, de ne pas mettre en place la nécessaire nuée des fonctionnaires affectés à la communication exhaustive, libre et non faussée, entre toutes les cellules du corps social.
Et ce bon peuple comprendra volontiers, et se soumettra à cette idée qu’en effet, la vastitude est un obstacle, qui le sépare non seulement des maîtres, mais encore des points d’accumulation de l’éveil qui parfois surgissent, archipel disparate, en son sein. Ayant tant de peine à communiquer entre eux, gens simples et autres citoyens admettrons que c’est tout autant ardu entre eux et l’homme providentiel, se résigneront à ne plus l’interroger, ne plus le surveiller, ne plus le contester. A tel point même que de nos jours certains responsables des clefs du Monde sont inconnus, mis en place par des inconnus, chargés de missions inconnues, sans que jamais soupçon de barricade ne rompe ce mystère cosmique. Pire encore le peuple lui-même, quasi amoureux de son impuissance, accuse de turpitude quiconque se penche vers le premier pavé.
Mais foin de lamentation, ne restons pas sur la paille, cherchons la solution.
Je la perçois dans la suppression de l’un des termes de l’équation.
Supprimer le peuple est exclu, grand éclat de rire, quoique du rire aux larmes il n’y a pas loin, puisqu’en certains points du globe cette solution extrémiste fut tentée, au moins partiellement. Sais tu pauvre ami que, lourde gloire posthume, une Compagnie de Brutes fut peu après ton départ baptisée de ton nom. Quant au mien de nom, des massacres d’Avrillé il retire une gloire oubliée dont la bienheureuse Jeanne Sailland se serait bien passée.
Mais la suite fut pire encore, et je ne veux pas en troubler ton sommeil.
Supprimer les Thénardiers de l’auberge républicaine (oups pardon, tu es trop de jadis pour connaître ce gars là, alors disons encore les tenanciers, ça rime 🙂 ) cela semble être une bonne solution, qui pourrait s’appeler la démocratie. Mais dont la réalité s’écarte obstinément de nos destins. Certains disent que ce refus par les temps obstinés de consacrer l’évident projet au rang de la pratique proviendrait du fait que la démocratie à grande échelle serait impossible, ce qui va dans le sens de ton message. Je ne crois pas à cette impossibilité, et vais bientôt m’en expliquer.
Supprimer la vastitude est encore plus malin, puisqu’elle est cause de l’autisme : il s’agirait de conserver la cohésion, voire de la promouvoir, par le cœur et la philosophie, les arts les âmes et les lettres ( sacré du bellay …) qui naturellement inclinent un peuple, voire inclineront un jour le genre humain tout entier, pourquoi pas, à se sentir un et indivisible. Conserver la cohésion tout en autorisant le mariage heureux de la décision avec les rivières, les forêts, les champs, les territoires spécifiques qui sont des êtres individués peuplés d’humains individués, que la soumission à l’imbécillité de l’autisme centralisé insupporte.
Il s’agit en quelque sorte non seulement de virer du bal les autoritarismes, mais encore, et c’est la toute la délicate difficulté, il s’agit de diviser pour mieux unir (et non point pour régner), car à trop vouloir unir on n’a plus rien à unir qu’un magma informe, incommuniquant et donc sans volonté propre, et donc sans vie. Un Etat central, ne gouverne qu’un peuple zombie tandis que d’un bassin de vie peut jaillir la réelle démocratie .
Reste à résoudre la question des tâches globales qui pour raison de nécessaire coordination ne peuvent être abandonnées aux gérances locales. Elles sont rares, et instituer une mécanique de convergence des idées, des souhaits, des actes, convergence consensuelle et consentie des contenus nombreux au contenant unique mais modeste, cela n’est pas bien compliqué. Mais les susdits tenanciers sont des margoulins qui ont trop à perdre dans l’édification de cette juste et simplissime institution. Un jour, le peuple, peut être, saura exiger son dû.
Sur ce je vais prendre un bain et ne souffrirai en aucun cas d’y être dérangée 😉
@ Ana
Bien vu et bien exprimé
Bien amicalement
J.C
Je m’engage à ne jamais acheter un article ou une marque dont la promotion sauvage pollue ce blog.
Et de façon plus générale, j’évite de commercer avec les entreprises présentes sur les medias.
Je suis scotchée depuis plusieurs jours sur ce fil de discussion. CAR : Je crois qu’ici se trouve l’un des nœuds principaux de l’arbre des causes et des effets qui conduisent à l’injustice institutionnelle, chronique et indéboulonnable, en dépit de maintes révolutions, ici, ou là.
La solution-Étienne, si claire et incontournable, que je suis bien décidée à favoriser de mes modestes secondes, sitôt que réalisée risque bien j’en ai crainte d’être submergée, par le mystère insondable ici mis en relief.
Le texte de Simone est d’une puissance qui me bouleverse (mais ne vous inquiétez pas, je vais survivre 😉 )
Le questionnement de Simone est fondamental. En le lisant, je ne sais que penser (excusez moi l’image dure) à ces foules rassemblées sur les quais de gare, et qui ne se ruaient pas sur les gardes dans l’espoir que quelques uns des condamnés en échapperaient. J’ai vu de ces films où le bétail conduit à l’abattoir miraculeusement connaît son destin immédiat, hurle et se débat. Chez l’humain, rien de tel. C’est trop surprenant pour qu’on n’en cherche pas la cause mystérieuse, qui certainement en tout temps, de paix relative en particulier, impacte le déséquilibre des pouvoirs (Excusez moi encore pour la comparaison, mais j’ai toujours été étonnée de cela).
La soumission à la conscription, et l’obéissance collective de la troupe à l’aube de sa mort me bouleverse et m’interroge aussi. Ces deux masses humaines qui vont s’entrecharcuter alors qu’il serait si simplement efficace que chacune se retourne contre ses quelques officiers …
Mais ce n’est qu’un aspect.
Il y a aussi le « faites pas de vague, ça flotte encore ». Qui par l’instinct de survie peut conduire à la mort.
Simone a raison d’appeler à la découverte et à l’analyse des forces. Peut être ne cherche-t-on pas dans la bonne direction, si bien qu’affairés sur l’effet de l’inconscience du collectif nous en oublions sa présence majeure. Peut être y a‑t-il du génétique dans tout ça, je veux dire que nous avons peut être cachée en nous tout derrière notre intelligence et sous le voile culturel un peu de ce qui fait que la fourmi ne sera jamais syndiquée puisque prête à se tuer à la tâche, entièrement soumise à un ordre décidé par l’immémorial. Ce serait triste, mais soyons modeste, ou plus exactement travaillons à valoriser en nous ce qui crée notre liberté intérieure, sans laquelle la liberté extérieure, même écrite sur le frontons de la république, ne saurait être vivace, ne saurait qu’être éphémère victoire.
Plus pragmatiquement, il y a quelque chose de remarquable dans l’injustice institutionnelle, dès lors qu’elle est amorcée, elle croît, car ceux qui en bénéficient ont du temps et des moyens pour la renforcer tandis que ceux qui la subissent doivent courir après leur quotidien. Ainsi naît un effet boule de neige qui s’amplifie monstrueusement quand le dominant acquiert non seulement des outils de propagande claire mais encore des outils de manipulation de l’inconscient, et de l’âme. Jusqu’à la fabrique de la morosité ou du désespoir, qui peuvent être une clef de l’autruchisme.
Ceci n’est qu’un épaulé jeté. Je pense que réflexion encore s’impose sur cette question majeure.
Il faut lire le dialogue avec l’ange.
C’est un tout petit bouquin. On y voit quelques personnes, visitées par l’ange ; jour après jour s’installe un dialogue, une révélation de l’inéluctable. Certain lecteur pourra être allergique à ce qui éventuellement n’est qu’une fiction, mais qu’il outrepasse, afin d’extraire le plus surprenant, qui est l’acceptation.
Il faut aussi lire, mais c’est un pavé, le Mahabarata. Et indigeste à l’occidental. On y voit le général Arjuna, pas plus violent ni militaire que ça, partir quand même à la bataille, car le rôle de général est sa case, inéluctabilité du destin.
En ces deux occurrences littéraires, et il y en a d’autres, apparaît l’acceptation, pratiquement portée au rang de vertu.
Ce ne sont en tout cas pas des textes à vocation manipulatoire, mais des textes qui par l’allégorie présentent un état de fait, qui est celui qui nous préoccupe ici.
Il va être nécessaire d’aller au-delà du constat …
Fac de Montpellier.
Il y a 46 ans … Ciel le temps passe … « Le temps se gâte. Il faut tenter de vivre ».
Un homme jeune, brillant, qui avait fait l’X nous enseignait les idéaux et le calcul extérieur. Mais voici qu’un jour il s’est confié publiquement. -> Il occupait ses week ends à transporter et distribuer des tracts dans l’Espagne de Franco. C’était les trente glorieuses, la vie facile de ce côté-ci de la frontière, et voici que cet homme prenait un risque mortel. Recul, je regrette de ne pas être venue lui tendre la main et d’avoir attendu 35 ans avant de lever mon petit doigt. Il est vrai qu’il symbolisait l’autorité, et que son déboutonnage n’était pas une porte ouverte ; et dans ce respect de qui représente l’autorité, même sans galon, réside l’une des clefs du mystère que nous abordons ici. Voir à ce sujet I comme Icare.
Cet homme, outre son aveu, marque de confiance sublime en un parterre de potaches inconnus, nous a dit autre chose, qui est en plein dans le mille de ce topic :
De mémoire : Il est impossible de comprendre pourquoi certains s’éveillent et se dressent, ni quand. Ni pourquoi d’autres y renoncent. Ni pourquoi d’autres n’y songent même pas. Ni pourquoi d’autres choisissent délibérément l’autre camp.
Raison de plus pour tenter de comprendre.
« Next time may be » 😉
Oui ce « mécanisme » du plus grand nombre et de l’impuissance qui résulte du monbre même est une réflexion très intéressante .
La conclusion que j’en tire n’est pas (politiquement ) de tenter de réduire le nombre afin de viser l’efficacité( les groupes organisés) , mais de viser l’intelligence , la prise de conscience claire de ces phénomènes par le plus grand nombre ; pas de politique sans éducation populaire , l’éducation populaire étant l’étude de ces processus .
Pour tous ceux qui cherchent des stratégies visant à faire avancer la démocratie , la meilleure (qui n’en est pas une) consiste à réfléchir ensemble ; il est d’intérêt public de mettre à disposition des citoyens d’un pays un outil dédié à l’interrogation collective sur la société , son organisation ‚son fonctionnement ‚ses buts.
Mais pour ce faire il faut être « un certain nombre » à le réclamer !
Ma Chère Ana quelle joie irradie mon coeur à vous lire. Qu’à votre pensée ample toutes choses vous obéissent, ce que vous concevez si bien s’énonce si clairement et les mots pour le dire vous viennent aisément, vous êtes un phare de la pensée qui nous guide dans l’obscurité. Le XXIIème sera soit celui de « La suppression de la vastitude » ou ne sera pas. Que Votre Volonté Soit Faite Ici et en Tous Lieux. Amen
PS : N’oubliez de vous reposez le septième jour !
Chère Ana :
Je ne sais pas si tu connais le travail PASSIONNANT de
Robert-Vincent Joule
(près de chez moi, à Aix) :
• D’abord une entrée :
Qu’est-ce qui conduit les hommes à changer de comportement ?
Robert Vincent Joules – Changement des… par Herve_44_
• Et puis un plat de résistance :
sommes-nous manipulés ?
Sommes-nous manipulés ?1/4 par tchels0o
Sommes nous manipulés_2/4 par tchels0o
Sommes-nous manipulés ?3/4 par tchels0o
Sommes-nous manipulés ?4/4 par tchels0o
• Et puis un dessert,
un café avec Robert-Vincent Joule :
http://www.terre.tv/fr/1061_un-cafe-avec-robert-vincent-joule
• Le digestif pourrait être son livre :
« Petit traité de manipulation
à l’usage des honnêtes gens » (excellent)
http://www.amazon.fr/Petit-traité-manipulation-lusage-honnêtes/dp/2706110449
Bien à toi 🙂
Étienne.
En écho et en complément à Robert-Vincent Joule, voici Jean-Léon Beauvois.
JEAN-LÉON BEAUVOIS 1⁄2 par lazarusmirages
JEAN-LÉON BEAUVOIS 2/2 par lazarusmirages
Et on peut poursuivre avec l’expérience du jeu de la mort (attention, c’est assez dur comme expérience, certain(e)s vont sans doute pleurer en le voyant) :
Enjoy :-/
Tiens donc … à propos de la déclaration de liberté comme moteur de l’adhésion : le non de 2005 ne serait il pas dû au « il n’y a pas de plan B » ?!?
J’avais déjà vu les vidéos de Vincent Joule, du moins les principales, mais je les ai reregardées avec intérêt. Quant au petit bouquin, je l’ai offert 😉
Plein de trucs à dire :
Tout d’abord, à propos du fait de rendre un billet perdu : ici, on regarde ça comme un bienfait. Dans une ambiance « chamanisme de conscience », on pourra au contraire considérer que c’est priver la personne qui l’a perdu d’une expérience, donc, du fait de la gêne occasionnée par la perte, la priver du coup de pied occulte réveilleur, apte à impulser la pensée : « houlaaaaa … j’ai manqué d’attention là ; c’est dangereux ça ; heureusement que l’absence ne s’est pas produite sur l’autoroute … ». Pensée salvatrice, voire vitale, qui peut être bien plus importante que la possession de billet de 20 euros .. Pas sûre d’être suivie sur ce coup là. Et pourtant .…
Car vient un moment, dans les bons jours, où ce qui est important, c’est de sortir du robotisme, pour apprendre à développer en soi une attention aussi présente que possible, une conscience densifiée. Et l’entraide n’est pas forcément là où on pense qu’elle réside. La pédagogie, résolument bienveillante, ne doit elle pas plutôt que de mâcher la besogne permettre à l’erreur de l’enfant de se faire découvrir par lui ? Mais ceci nous éloigne (un peu) de Simone.
La question « pourquoi la foule se soumet-elle ? » a une cousine proche : « Comment obtenir que la foule soit moins passive ? ».
(Je passe provisoirement sous silence le fait que simplement la poser est déjà se positionner en connaisseur de ce qui est bien et … en manipulateur afin d’obtenir le bien, ce qui est gonflé 😉 comme indiqué plus haut à propos du billet)
Il semble d’après les chercheurs qu’obtenir cela ne dépende pas que de la sphère des idées. Mais au contraire d’actes minimaux préalables, très peu en rapport avec la finalité souhaitée, actes qui agissent sur les automatismes de cet être humain qui se croit libre mais en fait fonctionne au coup par coup, au gré d’instants antérieurs très vite oubliés et dont il ne perçoit pas l’impact sur sa décision future, ou non décision. Le travail des chercheurs se concentre sur la partie robotique de l’être, et même quand c’est au second degré, ne cherche pas à imaginer des processus de sortie de cet état robotique. Au contraire d’un Gurdjieff ou d’un Aurobindo.
Plus que celles de Vincent Joule, qui en est sûrement conscient, mais on ne peut pas tout dire, la vidéo proposée par Morphéus pointe davantage sur le côté manipulatoire qui pourrait tenter certains. Car enfin, nous voyez-vous nous brancher sur la technique de manipulation de masse afin d’obtenir une constituante populaire ? Pas moi en tout cas. Pas par moralisme. Je dis plus loin pourquoi.
Le petit bouquin suggéré par Étienne est si je me souviens bien destiné à aider la personne à se protéger de la manipulation, en lui en présentant quelques mécanismes. Mais bien sûr, quand on sait, on est tenté. Et les vidéos présentent le même phénomène d’induction. Et il n’y a pas que ce type de situation qui produise cet effet : Si par exemple vous suivez un cours de communication non violente, par exemple méthode Marshall, vous allez avoir de gros ennuis car dès que vous voudrez appliquer la méthode pour mieux communiquer, les gens intuitifs vont sentir un truc bizarre. Et si mieux communiquer contient une micro pilule à faire avaler sous couleur d’empathie, les gens le sentiront. Retour de bâton assuré. En fait, rentrer là dedans, c’est comme accéder à la connaissance en quittant le jardin d’Eden. On en perçoit vite l’inconvénient. Et se refaire une virginité prend du temps.
Il me semble qu’un engagement du peuple, pour ceci ou pour cela, aura bien plus de valeur s’il est « sui generis » que s’il est impulsé par d’honorables … meneurs… , ou par des justes, qui se considèrent comme extérieurs, bien informés des mécanismes de la pulsion et de l’impulsion. Le travail nécessaire est colossal, qui consiste à sortir collectivement du robotisme pour accéder à une vraie liberté, qui réside en partie dans la connexion volontaire à la sphère des idées. Cela s’appelle travail sur soi, mais collectif. Nous en sommes loin.
Et l’étude des forces agissantes sur l’inertie du corps social reste à mener 😉
Nous avions la fabrique de l’opinion avec Chomsky et ici avec Jean-Léon Beauvois nous avons la fabrique de l’obéissance.
Sachant que l’opinion ne suffit pas à induire l’attitude (du moins en l’absence d’un moi directionnel), on découvre ici un second croc de la tenaille.
Le remarquable, c’est la fabrique de l’obéissance par la liberté ; d’une part par la déclaration bidon d« une liberté du choix, qui est donc une technique de manipulation dans l’instant ; d’autre part via une dichotomie de l’être, qui vivra une pleine liberté ailleurs <loisirs> que là où il doit obéir <travail>, et il s’agit là d’une manipulation dans la durée, pour ne pas dire dans la profondeur.
Bon … ok, ça manipule. Mais qui est « ça » ?
C’est souvent la hiérarchie, par exemple dans l’entreprise. Mais comprenons bien deux choses : celui qui manipule le fait souvent lui même sans trop en avoir conscience + il est lui même manipulé, n’est qu’un maillon de la chaine des manipulations. Et cette chaine est elle circulaire, ou bien linéaire, avec une main réellement libre qui la tient ? -> Je suis plutôt du camp des systémistes que du camp des complotistes, et pense que tout manipulateur est manipulé. Et que la liberté collective ne peut s’obtenir que par un effort <commun|individuel> appliqué en tout point et en toute direction. Et que des attitudes telles que la lutte des classes, ou contre la finance, ou contre une organisation politique, économique, peuvent améliorer mais pas résoudre. Car la soumission de la foule n’est pas une soumission à une autorité oligarque mais une soumission à ce que la foule induit collectivement elle-même (y compris cette oligarchie qui nous agace mais dans une apathie naturelle à qui finalement choisit).
Je change de sujet
L’individu est un être vivant doté d’une « unité centrale » (terme informatique)qui lui confère une certaine capacité de jugement, d’autonomie, de refus. Avec certes toutes sortes de carences.
Le peuple est un être qui ne dispose pas de cette unité centrale ; et les manipulateurs »démocrates« qui, grandes envolées lyriques, accordent au gouvernement représentatif la mission de défendre la volonté du peuple un et indivisible, nous fourrent donc le doigt dans l’œil.
La masse, la foule, le peuple, c’est un être vivant, pluricellulaire, muni de neurones qui sont ses individus, mais non structurés comme l’est un cerveau. Il lui manque cette « unité centrale » qui en ferait un être intelligent tel que l’est l’individu.
J’imagine que là, en guise de palliatif, se source cette constante à travers siècles et millénaires, ce tropisme, à se doter tantôt d’un roi, d’une reine, tantôt d’une oligarchie, parfois en clair, ou parfois comme ici maintenant dans le mensonge.
C’est une hypothèse. Mais si adoptée, on découvre l’horreur du soin palliatif, et le seul remède sain me semble être la réelle démocratie, qui pour éviter le piège oligarque, doit porter à son maximum le principe de subsidiarité (selon un mode de fonctionnement clairement possible mais qui reste à décliner).
Alors et alors seulement, j’ose penser que la question de la masse inertielle du corps social et celle du tamas gravifique, (qui sont le thème de la page) pourront être résolues.
En revoyant ces expériences de sociologie, il m’apparait que nous pouvons en retirer beaucoup d’enseignements. On notera par ailleurs que J‑L Beauvois se contente essentiellement de décrire les expériences et leurs résultats. Il donne quelques éléments de conclusion, mais finalement il nous laisse très largement libre d’y apporter nos propres analyses. C’est une invitation à approfondir l’analyse de ces expériences.
Je m’intéresse à tout ce qui porte sur la sociologie et la psychologie avant toute chose pour comprendre comment je fonctionne moi-même, comprendre les ressorts qui me font agir et penser de telle ou telle manière. Après tout, il faut bien admettre qu’on ne nous donne pas le mode d’emploi de cette superbe enveloppe de chaire qu’on appelle homo sapiens par laquelle nous faisons l’expérience de l’être.
Ainsi, que pouvons-nous voir dans le mécanisme de mise en place de l’état agentique décrit dans l’expérience de Milgram (cf. Le jeu de la mort) ?
Nous voyons d’une part que l’esprit humain est conditionné par certaines « valeurs », c’est-à-dire par certaines idées qui prennent valeur de vérité pour la personne, soit par la répétition, soit par l’acceptation commune de ces idées comme étant la norme, et plus probablement par la combinaison de ces deux facteurs (la répétition d’idées communément admises étant logique).
Lorsque l’individu reçoit des informations, celle-ci sont cataloguées dans l’esprit de l’individu en fonction de cet ensemble d’idées : soit les informations sont compatibles, soit elles sont incompatibles. Si elles sont compatibles, la personne est à l’aise avec ces informations ; si elles sont incompatibles, la personne est mal à l’aise avec ces informations.
Les émotions (être à l’aise ou mal à l’aise) sont donc en grande partie fonction du conditionnement à telles ou telles idées ou ensembles d’idées préalablement enregistrées comme « vérités » : ces idées correspondent à un programme dans notre esprit.
Lorsque nous recevons des informations incompatibles avec notre système de valeur (qui comme nous l’avons vu résulte d’une programmation d’ordre socioculturelle), nous ressentons un malaise.
Il arrive aussi que nous recevions des informations contradictoires. Celles-ci engendrent aussi un malaise, et ce malaise à pour conséquence que nous ressentons le besoin de résoudre celui-ci en cherchant ce qui est vrai et ce qui est faux dans les propositions contradictoires qui nous sont posées. Mais sur quelles bases allons-nous décider ce qui est vrai et ce qui est faux ?
Il faut définir de façon plus précise ce qui peut constituer des « informations contradictoires ». Par exemple, une affirmation « l’eau brûle » peux paraître contradictoire à un jeune enfant qui n’a pas encore fait l’expérience du contact avec de l’eau bouillante. Cela nous indique qu’il y a différentes formes d’informations : les informations intellectuelles (de l’ordre des idées, des concepts) et les informations sensorielles (issues de ce que nos sens perçoivent en relation avec les phénomènes). Ainsi, le jeune enfant esquimau qui découvre pour la première fois l’eau bouillante et se brûle pourra accepter l’idée que « l’eau brûle » : son corps aura enregistré l’information de la douleur cuisante due au contact avec l’eau bouillante, et cela confirme l’affirmation, qui devient alors vraie dans l’esprit de cette personne, grâce à l’expérience.
On sait toutefois que nous acceptons pour vrai tout un tas de choses qui ne le sont pas, sans que nous en ayons fait l’expérience : il y a donc en chacun de nous une faculté à croire, sans vérification ni mise à l’épreuve par l’expérience. C’est ce que l’on entend par l’affirmation « L’homme est une créature religieuse » : il peut croire sans vérifier.
Mais l’expérience que nous montre ce documentaire nous en apprend d’avantage. Ainsi, nous pouvons constater que chez la plupart des sujets de l’expérience, un malaise est survenu à partir du moment où le candidat manifeste de la souffrance. Cela nous dit que chez la plupart des candidats se manifeste une émotion empathique. Ce constat ne permet pas de déterminer si cette empathie est instinctive ou programmée par des valeurs (comme le fait qu’il est « mal » de faire souffrir quelqu’un).
Le questionneur est devant un public, il sait qu’il doit défendre une image qui doit être socialement compatible avec ce que le groupe attend de lui comme comportement, donc l’empathie peut résulter de cette volonté d’être reconnu et accepté dans le groupe. Nous ne pouvons pas affirmer que cette personne est « naturellement » bonne parce qu’elle manifeste de l’empathie, tant que nous ne pouvons pas montrer que cette empathie est vraiment instinctive, c’est-à-dire non programmée par des idées abstraites.
C’est une information intéressante, parce qu’elle nous dit que l’on ne peut ni affirmer que l’homme est « naturellement bon », ni qu’il est « naturellement mauvais ».
L’expérience montre plus encore, puisque les résultats vont nous mettre devant cette terrible réalité que, en dépit de leur faculté d’empathie plus ou moins prononcée (mais observable chez tous les sujets à des degrés divers), en dépit de leurs valeurs acquises, un système d’autorité reconnue peut faire faire à ces personnes des actes terribles pouvant mener – pour 81% d’entre eux – à tuer un être humain qui ne leur a strictement rien fait, et cela dans un contexte de jeu sans enjeu !
Les notions de choix, de libre-arbitre, de responsabilité sont sérieusement mises à mal par les résultats de cette expérience.
Souvenons-nous tout de même que lorsqu’ils ne sont pas soumis à l’autorité, l’expérience nous montre que la tendance s’inverse dans les mêmes proportions, ce qui signifie que sans autorité, les conditionnement sociaux entraînent que nous allons faire des choix compatibles.
Mais faire des choix compatibles à des conditionnements, est-ce cela « être libre » ?
…
C’est ainsi que le personnage du Mérovingien de la trilogie Matrix explique, avec beaucoup de raisons :
« Le choix n’est qu’une illusion créé pour séparer ceux qui ont le pouvoir, de ceux qui ne l’ont pas. »
Et de façon allégorique, le Mérovingien fait ensuite la démonstration de cette affirmation en montrant comment il a programmé une femme de telle sorte qu’elle soient submergée par le désir, jusqu’à être « totalement hors de contrôle » (c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle perde son self-control et agisse contre ses conditionnement) : il a le pouvoir (d’écrire un programme = un conditionnement) et cela lui permet de diriger le comportement d’une personne qui ne l’a pas.
Conclusion : le libre-arbitre prétendument accordé à l’homme par Dieu dans les écritures, la liberté affichée aux frontons des mairies et prétendument accordée par nos gouvernements, sont des mythes. Des idées qui, même si elle sont fausses, sont communément admises, et ont pour vocation d’orienter et de mobiliser le peuple.
Dans l’expérience du jeu de la mort, un groupe de 9 personnes sur 80 (à peine 11%) parviennent à défier l’autorité et refuser de s’y soumettre dès qu’ils font face à la contradiction avec leurs valeurs. Et cela dans une société dite « libérale », « démocratique », « progressiste », …
Alors cette réflexion nous impose de questionner la pertinence des systèmes hiérarchiques dans une société démocratique. Je veux dire que si nous voulons effectivement une société réellement démocratique, nous devons nécessairement supprimer les notions de hiérarchies (verticalité du pouvoir) afin d’y substituer une structure, un système d’égalité de pouvoir. L’anarchie, qui est le contraire de la hiérarchie (et non de l’ordre, comme on veut nous le faire croire) est donc indissociable de la démocratie véritable.
Cordialement,
Morpheus
PS : Je me demande dans quel groupe j’aurais été ? Ceux qui défient l’autorité ? Ou ceux qui vont jusqu’à liquider un innocent gratuitement ?
@ Ana
Simone Weil résume assez bien ce que tu dis en #21 :
« L’histoire humaine n’est que l’histoire de l’asservissement qui fait des hommes, aussi bien oppresseurs qu’opprimés, le simple jouet des instruments de domination qu’ils ont fabriqués eux-mêmes, et ravale ainsi l’humanité vivante à être la chose de choses inertes. »
Je m’interroge tout de même devant cette citation, car dans le passage « des instruments de domination qu’ils ont eux-mêmes fabriqués », pouvons-nous ranger les opprimés ? Nous pouvons seulement affirmer que, pour beaucoup, il acceptent le système et s’y soumettent. Mais qui sont ceux qui ont réellement été à l’origine de la fabrication de ces instruments de domination ? La réponse est dans la question : une toute petite minorité qui en tirent profit.
Il y a donc un danger dans pareille affirmation – et par extension dans la logique des explications systémiques (auxquelles tu dis être plus attachée) -, c’est de mettre au même niveau la responsabilité des opprimés et des oppresseurs dans la fabrication des instruments de domination, alors qu’il apparait évident que ce n’est pas le cas. Ce n’est vrai que dans la mesure où, informés du fait qu’ils sont manipulés par ces instruments de domination, les opprimés refusent de se révolter et continuent de se soumettre. En cela, ils deviennent effectivement complices de leur propre servitude (comme le disait déjà Étienne de la Boétie). Mais cela ne justifie en aucun cas la domination. Cela signifie juste que les instruments de domination sont efficaces (pour dominer et maintenir la domination), pas qu’ils sont justes, ni qu’ils sont pertinents, ni surtout qu’ils constituent des procédures pour vivre en commun pertinentes.
Cordialement,
Morpheus
Tu t’es répondu toi-même un cran plus haut en disant que tu ne sais pas dans quel camp tu serais.
Détecter les affreux, nous savons le faire, sauf peut être ceux qui se cachent, mais leur existence ne fait pas de doute. Les déclarer responsables, nous savons le faire. Regarder la victime comme seulement cela, et donc accuser le bourreau, nous savons le faire. Le bien, le mal, c’est passionnant.
Mais l’interrogation de Simone offre l’opportunité d’étendre la réflexion au delà de la simple apparence, au delà de la dualité manichéenne, au delà de la militance. Mais la réflexion de Simone concerne des causes plus profondes que le tandem méchant/gentil, concerne l’inertie, la léthargie, la peur, la fascination, le syndrôme de Stockolm en quelque sorte. Elle induit une réflexion tournée vers la masse et non vers la personne ni vers le petit nombre . Elle suggère de réfléchir au problème comme à un problème de physique newtonienne, où la masse et les forces en jeu expliquent la dynamique et la cinématique des corps.
Je trouverais dommage que nous répétions ce qui est dit ailleurs, au risque de ne pas nous concentrer au moins quelques heures ou quelques jours à cet angle de vue, jamais ou peu adopté.
Je file au bistre avec mon papier brouillon 😉
»« Elle induit une réflexion tournée vers la masse et non vers la personne ni vers le petit nombre » »
C’est exactement le danger que j’ai mis en lumière.
Simone Weil était une philosophe qui a longtemps enseigné et fréquenté les milieux ouvriers. Son maître à penser, qui a aussi été l’un de ses professeurs, était le philosophe Alain. Elle était aussi une helléniste, qui aimait Pythagore et Platon.
Elle faisait notamment le constat d’un profond déracinement du tissu social français et européen. D’après elle, les causes sont la course à l’argent et le manque d’éducation.
« L’argent détruit les racines partout où il pénètre. » dit-elle dans L’Enracinement. « Non contents de nous détruire nous-mêmes, nous avons exporté ce mal partout dans le monde, de concert avec les autres Européens. »
Et aussi : « La culture s’est développée dans un milieu très restreint, séparé du monde… Elle est fragmentée par la spécialisation »
Dans L’Enracinement, encore, elle développe une déclaration, non pas des droits mais des devoirs de l’homme envers l’homme. Elle montre ainsi une rupture avec l’idéologie des droits de l’homme de 1789.
Pour reconstruire la cité, elle fait référence à Platon. Elle considère qu’une nouvelle civilisation, plus humaine, respectant véritablement l’être humain ne peut naître que s’il existe une ferme volonté collective de faire le bien.
« Au-dessus des institutions destinées à protéger le droit, les personnes, les libertés démocratiques, il faut en inventer d’autres destinées à discerner et à abolir tout ce qui, dans la vie contemporaine, écrase les âmes sous l’injustice, le mensonge et la laideur »
Elle considérait que l’Europe trahissait sans cesse les fondements chrétiens de tolérance et de fraternité et que, désormais, une reconstruction imposait non seulement une prise en compte des valeurs antiques « païennes », mais surtout leur intégration ici et maintenant.
Si elle avait eut connaissance du Projet Venus, je met ma main au feu qu’elle l’aurait soutenu et en aurait fait la promotion avec passion.
La dualité manichéenne telle que tu la conçois n’est que l’interprétation chrétienne des doctrines de Mani. Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd’hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés.
Mais cette simplification et cette réduction, fruit du christianisme occidental et de l’Église de Rome, sert précisément à condamner une doctrine concurrente qui prend ses racines dans le gnosticisme, combattu depuis les origines par l’Église.
Je ne rejette pas la citation de Simone Weil, parce qu’elle rend à chacun, oppresseur et opprimé, sa part de responsabilité dans le mal qu’est l’oppression. Je dis toutefois qu’il y a matière à se montrer prudent, car la même citation peut être retournée par les oppresseurs pour se dédouaner à bon compte de leur part de responsabilité, qui est déterminante puisqu’ils ont le pouvoir tandis que les opprimés ne l’ont pas.
Si un mal survient d’un système, la responsabilité de ce mal revient en première part à ceux qui ont élaboré le système, c’est-à-dire ceux qui ont le pouvoir. Si l’oppression était venue d’une démocratie vraie, alors seulement nous pourrions considérer oppresseurs et opprimés comme responsables au même titre. Mais ce n’est pas le cas, la démocratie vraie n’étant, dans la longue histoire des hommes et des peuples, qu’un épiphénomène relevant de l’exception (remarquable) qui confirme la règle.
Si, comme le dit Simone Weil, les oppresseurs sont aussi victimes du système (qu’ils ont eux-mêmes élaboré et qu’ils entretiennent), ils ne le sont pas au même titre. Leur malheur n’égale pas les malheurs que subissent les opprimés. Et les responsables principaux des malheurs des opprimés sont bien les oppresseurs.
Je le redis : la seule responsabilité des opprimés dans leur oppression vient lorsqu’ils ne mettent pas hors d’état de nuire leurs oppresseurs. Et encore : dans bien des cas, ce sont les oppresseurs qui, par la rouerie du système, dépossèdent la volonté des opprimés de se rebeller et leur retire les instruments pour le faire : les armes.
En fait, le « crime » principal des opprimés est de croire, est d’attendre la venue d’un sauveur. Le sauveur (le messie) est pire que l’oppresseur, car il s’empare du pouvoir de l’opprimé pour pourfendre l’oppresseur et prendre sa place. Ceux qui ont quelques notions de psychologies connaissent d’ailleurs très bien ce triangle infernal < bourreau – victime – sauveur >.
Il n’y a donc pas de sauveur, il n’y a pas de messie, et s’il en arrivait un, ce ne pourrait être qu’un imposteur : un nouveau tyran qui changera tout pour que rien ne change.
Il n’y a qu’une façon de nous libérer de l’oppression, c’est que nous nous libérions, ensemble, des oppresseurs, en commençant par la plus élémentaire des actions : la désobéissance. Cessons de payer nos amendes de stationnement. Cessons de payer la TVA, cet impôt inique et foncièrement inégalitaire. Cessons de payer l’impôt sur le revenu, qui ne servt qu’à payer les intérêts d’une dette illégitime à des banksters. Cessons de respecter des règlements technocratiques européens qui constituent des instruments de dépossession de nos libertés. Plus nombreux nous serons à le faire, plus les gouvernements seront impuissants à nous plier à leurs lois ; je répète LEURS lois, pas les nôtres.
Rebel Power !
Morpheus
Un certain regard sur le corps social
En physique un corps est constitué d’atomes/molécules, tout comme le corps social est constitué d’individus.
Cependant :
Utiliser le terme de corps social est peut être déjà un a priori qui dans le contexte présent d’observation de l’apathie n’est pas forcément dénué de risque, car existent aussi les états liquides ou gazeux, et la coexistence de plusieurs phases est possible. Visualiser une soupe avec des grumeaux n’est pas non plus dénué d’intérêt.
Lorsque nous parlons du corps social, et par souci de simplification n’usons que de ce terme, nous devons donc garder dans un coin l’idée qu’il n’est pas radicalement un corps solide, et que sa cohésion n’est pas acquise. L’examen des forces qui règleraient son mouvement de translation/rotation ne peut donc être dissocié de l’observation des forces qui créent sa cohésion, ou qui si elles sont insuffisantes en intensité/qualité, permettent son incohérence, son éclatement même.
Il y a par ailleurs une différence fondamentale entre le corps physique et le corps social :
si les atomes de l’un sont soumis au caprice quantique, et bien peu le plus souvent, au point de pouvoir être considérés comme stables et définitifs, les individus de l’autre ont une autonomie, une identité, une volonté propre, mixées/bémolisées d’un sentiment de reliance à autrui.
Nous avons affaire à un nuage d’autonomies dont le rassemblement est plus qu’hypothétique.
Les choses ne sont donc pas si simples et la modélisation, si elle peut aider, peut également tromper.
Faute de grives, accordons lui cependant un temps.
Les atomes et les molécules sont maintenus en cohérence par des forces diverses et variées telles que par exemple les forces de Van der Waals ou la gravitation ;
si des individus sont en cohésion, c’est du fait de forces et de sentements qui leurs sont internes, internes à leur esprit, souvent de l’ordre de l’émotionnel, tels que par exemple l’empathie, la perception de l’unité corporatiste, le sentiment national, ou la perception de l’unité vaste, qui peut s’étendre à tout le genre humain, voire plus au large encore.
Pour ne parler que de la gravitation et de l’empathie comme de deux forces de cohésion parmi d’autres, il y a une différence entre elles, qui peut en partie faire entrevoir l’une des réponses au questionnement présent impulsé par Simone, à qui depuis ce côté-ci du Styx, je ne saurais ni ne voudrais résister :
De la poussière cosmique comme matériau initial, disséminé, la gravitation permet par agrégation lente et sûre la constitution des corps célestes, jusqu’aux étoiles, voire jusqu’au condensat ultime qu’est le trou noir. Car la force de gravitation a ceci de particulier qu’elle est cumulative au point de se jouer des distances séparant le centre de l’objet de sa périphérie (cf théorème de Gauss), au point d’impliquer la captation de toute entité physique passant nonchalamment à proximité. C’est l’une des forces les plus faibles de la nature, mais son effet cumulatif et sa portée, réduite au loin mais présente au limes, et son insistante constance, en font la championne de la cohésion.
A contrario, l’empathie est une force de cohésion qui ne présente pas ce côté inéluctablement implacable de la gravitation tenace minutieuse et constante. C’est l’une des forces les plus intenses de la nature humaine, mais elle agit de manière aléatoire, souvent inopinée, et si elle peut engendrer un élan de solidarité pour une cause lointaine, cet élan n’est pas garanti. Et il en est de même des autres forces de cohésion de la société, qui étant basées sur le psychisme, exigent la communication ; communication dont la difficulté s’accroît avec la distance, et avec le « bruit blanc » induit par le grand nombre.
La diversité culturelle, que l’on peut sans trop de risque estimer proportionnelle à la surface d’un territoire, si elle est souhaitable du point de vue du principe de subsidiarité, peut quant à elle ne pas favoriser la cohésion nécessaire à une opposition de masse aux pouvoirs abusifs.
Ainsi donc la cohésion d’un corps social de grand diamètre et/ou nombreux est elle improbable, voire impossible, sauf peut être en présence, issue de quelques promoteurs hypothétiques, d’une volonté politique décidée à impulser une volonté collective concertée, tâche éminemment délicate et difficile au point de parfois sembler (à tort ?) utopique.
Alors qu’au contraire la cohésion d’une petite république semble moins difficile, et nous en avons des exemples. Alors aussi que la cohésion d’un petit groupe, déjà pas évidente, sera plus probable, plus naturelle.
Alors que, et là nous tenons un os à ronger, pourra être tenue comme inéluctable la cohésion d’une classe sociale réduite en taille et en diversité culturelle, et je pense ici en particulier à une oligarchie, qui même si elle se tire dans les pattes, saura se retrouver, quand il le faut, c’est à dire en cas d’attaque sérieuse, soudée par une boulimie commune, … dont le caractère prédateur n’est pas l’élément fédérateur, et se trouve donc effet plus que cause, et hors sujet.
Mais mais mais … si existent des forces de cohésion, en partie, et comme susdit en partie seulement comparables aux forces de gravitation, il existe aussi des forces d’incohésion <pardon pour ce néologisme>, de répulsion, qui expliquent en partie l’impossibilité pour le corps social de se présenter au combat comme uni. Je vois parmi ces agents de l’incohésion la jalousie, la haine, le racisme, le mépris, la suffisance, l’orgueil attaché à un rang, et tant d’autres vilénies. Ces forces là agissent au naturel, tout comme l’empathie et la gentillesse, l’amabilité, l’amour, qui sont leur contraire. Mas si elles agissent au naturel, les dominants détenteurs de la com auront soin de les magnifier. Car eux qui sont naturellement cohérents, comme dit en amont du fait de leur petit nombre et de leur indifférenciation culturelle, auront intérêt à impulser la division du corps social, afin qu’il soit, tel un troupeau, privé de pensée, de philosophie, et d’esprit.
La susdite vision de la soupe avec grumeaux est, pour moi au moins, particulièrement intéressante, qui fait entrevoir les effets de forces de cohésion disparates : elles peuvent induire des îlots de conscience partagée, voire des îlots de résistance, mais désunis, voire même adversaires, ou concurrents, voire ennemis. Ainsi donc des cohésions locales induisent elles une incohérence globale, pire encore une divergence, qui en aucun cas ne permet d’affronter en rang serré les abus de pouvoir et leurs auteurs.
Parmi les forces de cohésion, il y a aussi l’indignation, cousine de l’empathie. Car parmi les gens qui s’indignent, il y en a deux sortes : les gens qui en ont marre d’avoir moins, et ceux qui en ont marre d’avoir plus, mais se sentent solidaires de ceux qui sont dans le manque, mais n’ont pas assez pour être matériellement et intensément solidaires.
L’indignation, qui je le redis autrement peut gagner même le citoyen aisé, si elle atteint un certain seuil, engendre un esprit de révolte et une cohésion du corps social suffisants pour impliquer la révolution.
Même sous les balles.
Et je voudrais ici parler de la théorie des chabouris, qui est aussi la théorie du pêcheur à la truite.
Les chabouris, c’est le nom qu’on donne en Suisse romande à certaines barrières métalliques, mobiles, solides et épaisses comme on sait faire là-bas, destinées à contenir la foule, autant à l’occasion d’une fête ou d’une manifestation sportive qu’à l’occasion d’une « manif ». Il est évident qu’une foule en colère pourra faire tomber les chabouris puis tout balayer sur son passage, comme un torrent de neige fondue qui sort de son lit et se répand sans frein ni limite.
Les détenteurs et bénéficiaires d’un pouvoir vampirique auront donc à cœur, pour leur sécurité, pour leur pérennité, de maintenir le mécontentement en dessous du seuil fatidique de la folie cohérente qui impliquerait cette chute des chabouris, et la révolution, tout en ne se privant pas de laisser vivre une certaine colère, induite par le pillage des « ressources humaines », mais pas trop n’est ce pas. Le fin du fin étant de soutirer un max sans engendrer la révolte…
L’autre image, c’est celle du pêcheur qui ne peut trop tendre le fil de peur qu’il ne casse, qui donne donc du mou, puis reprend la main, et ainsi de suite, jusqu’à l’épuisement de l’animal, qui mètre par mètre cède sa liberté, jusqu’à la défaite totale.
Et c’est bien ce que l’on constate après toute victoire sociale : il ne faut jamais longtemps pour voir la pression revenir sur le vainqueur éphémère.
J’ai assez écrit pour ce dimanche 😉
Tremblez vous les maîtres
Insignifiance
Qui ne tenez en vos mains
Que des symboles vains
Tremblez roitelets
Sans troupe
Face à l’immensité des peuples
Vous êtes sans force
Vous nous tenez par la peur
Elle sera bientôt dans vos rangs
~~~~~~~~
Allaient les rebelles
Sous la seule nuit
Au travers de l’ombre
La nuit et l’ombre
Qui recouvraient la vie
Allaient les rebelles
Sous leur soleil
furtif
ou enfoui au profond des ruelles
ou dans la lumière des lettres
Allaient les rebelles
Au hasard de la mort
Vers le prix de l’idée
La prison impériale
Allaient les rebelles
Sur le chemin
Intransigeant
De la vérité
Allaient sur le chemin
Intransigeant
Du danger
Trente mille d’entre eux
Allaient ainsi
Sur le chemin
Intransigeant
De la disparition
Sans plus de vaillance que la majorité
Mais poussés par la nécessité d’être
Qu’il me soit permis
De pleurer ces enfants
Qu’il me soit permis
De sourire à leur force
Qu’il me soit permis
De chanter leur victoire
~~~~~~~~
Tremblez vous les maîtres
Tremblez roitelets
Dans le vent des consciences
Vous êtes si faibles !
S’il n’y avait anachronisme, on pourrait penser que Robespierre répond ici à Simone Weil, tout en adressant un clin d’œil à Morphéus, et un grand sourire à Étienne :
« Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes qui gouvernent ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer. S’ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gouvernement n’est que le fléau de la liberté. Concluez donc que le premier objet de toute constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même.
C’est précisément cet objet que les législateurs ont oublié : ils ne se sont occupés que de la puissance du gouvernement ; aucun n’a songé aux moyens de le ramener à son institution. Ils ont pris les précautions infinies contre l’insurrection du peuple …«
10 mai 1793
C’est un élément de la réponse, qui explique la soumission du peuple par la volonté des gouvernants et par la mécanique implacable qu’ils installent.
Mais il n’en demeure pas moins que dans ce texte est présupposée la volonté générale, qui n’a aucune raison objective d’être considérée comme existante. Et c’est bien là l’une des causes possibles de l’apathie. Il peut y avoir une colère générale, certes, mais la colère n’est pas une volonté.
En outre, réfléchir à l’inertie comme à un principe physique me semble encore nécessaire.
Un certain regard sur la volonté générale
Je reste dans cette intention de tenter de comprendre la passivité du peuple.
Et d’y porter remède.
Chacune des cellules de mon corps est munie d’une vie propre, je l’affirme même, est munie de son propre ego, mais telle la fourmi au sein de la fourmilière, est assignée à une tâche précise, (du moins tant que la folie ne la gagnerait pas).
Ainsi nous individus sommes nous, chacun d’entre nous, isolément, des « egos » pluriels, des « je » composites , constitués de milliards de « je », mais civiquement corrélés par le génétique, les messages chimiques, endocrinales doctrines, les influx de toutes sortes, avec au centre de ce tout, une tête, un organe central (lui-même composite et hypercomplexe), qui sans pouvoir tout gérer, ni tout connaître de ce corps qui l’abrite, n’en est pas moins le centre de la politique de l’être, du moins celle qui est pensée, où s’instituent paresses, abandons, espoirs ou désespoirs, mais aussi parfois conscience, direction, volonté générale.
C’est ici qu’encadré cependant par l’alentour, par les nécessités, et le mystère, l’inconnaissance et l’inconnu, l’être se choisit dans sa liberté relative, et détermine celles de ses orientations qui n’appartiennent qu’à lui.
Sans cette unité centrale, je ne serais rien.
Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Contrairement à l’individu (qui n’en demeure pas moins perfectible), la foule, le peuple, les peuples et l’humanité, ne sont pas naturellement munis d’une « unité centrale » (au sens de l’informatique), c’est à dire d’un centre unique et commun de convergence de l’information, de l’émotion, de la réflexion et de l’analyse, et du rêve, et de la décision. Et la transmission de pensée, si elle est peut être prototypale, ne permet certainement pas la convergence manquante. Et l’addition des pensées de tous ne crée pas une pensée, mais un brouillard. Et nos systèmes de communication, souvent assujettis à des pôles magnétiques de la pensée non universelle, ni diverse, ne permettent ni la convergence ni même l’échange honnête.
L’unité centrale n’existe pas ; il faut donc l’inventer.
Ou du moins, et cette nuance est importante pour la suite, nous devons inventer un outil d’émergence et de réalisation de la volonté générale, afin de permettre au brouillard des êtres de se constituer en être individué.
Car dans ce vide s’engouffre l’apparente nécessité d’une tête.
Qui explique au moins en partie une certaine propension à accepter des chefs.
(étymologiquement, chef signifie tête)
Et s’engouffrent aussi non seulement les imperfections organiques mais encore les perversions des individus qui aspirent à un rôle au sein de cette unité centrale, ou parfois, comble des flatulences de l’orgueil, aspirent en tant que « je » seul et unique au rôle d’unité centrale pour tout un peuple ou tout un continent. Bigre … Gonflés les mecs …
Ici réside le drame du système représentatif.
Sa raison d’être est l’acceptation de l’exemple biologique qui au corps attribuerait une tête comme seul et unique outil d’émergence de la conscience incarnée supracellulaire.
Mais hélas, cette tête n’est pas celle du corps social :
elle est celle des élus, issus à de rares exceptions près d’une même classe culturelle.
Ceux là, drapés du déshonneur d’un fallacieux sacerdoce, ne représentent qu’eux-mêmes, ou leurs mandants, qui sont quant à eux d’une caste et non pas du peuple intégral.
Point n’est dans mon intention de fustiger : indiquer la non représentativité de nos « représentants » est suffisant. Mais quand même, le vocabulaire tendre serait inadéquat …
Ô immonde prétexte du suffrage universel, inventé pour faire légitimer par un peuple émasculé de tout pouvoir le terrible choix perpétuel entre le pire et le pire, sans plan B, ni C, sinon tantôt l’obéissance morose, tantôt la révolte au bénéfice éphémère, forcément éphémère puisque de nouveaux chefs mécaniquement remplacent les anciens.
Et quelle hypocrisie que de prétendre défendre une volonté générale, qui n’existe pas, dès lors qu’on n’organise rien pour lui permettre de naître libre, autonome, et riche.
Et quel mensonge de la part des « légalistes » que de prétendre que la mission du gouvernement serait cette défense de la volonté du peuple, alors que rien n’est fait, sinon son contraire, pour qu’elle existe, autonome, au point de devenir capable, et capable d’exiger de gouverner la gouvernance.
Car la mission de la tête, si elle était honnête, ce qui n’est pas le cas, serait d’organiser la structure politique afin que puissent enfin converger les pensées de tous vers la pensée générale. Alors qu’en l’état de l’État, la tête s’attribue le privilège, déguisé en devoir, d’imposer la pensée du petit nombre, déguisé en porte-voix, d’imposer la pensée du petit nombre au corps social ; en le divisant, et en cadrant ses outils de communication et d’information afin qu’il reste psychiquement dépendant.
Car pour l’oligarchie, il est hors de question, ce serait contre son intérêt personnel, de permettre l’éclosion d’une volonté générale autre que téléguidée/manipulée, tenue en laisse, non individuée.
En contrepoint, au cœur de l’Inde du XXème siècle, des chercheurs ont tenté « le mental des cellules », philosophie active de travail sur soi, et hors soi par osmose, qui tente d’induire la conscience en chaque cellule et chaque unité de l’être global, en unification de l’individuel et de l’universel, et non plus seulement dans « la tête » ni dans la multiplicité des têtes.
Et cet autre modèle est à la réelle démocratie ce que le modèle capital est à la dictature.
Ici réside le rêve démocrate, qui envisage et souhaite nous voir nous départir de l’organique tropisme, nous voir nous passer de tête, en instituant un réseau dense de partage et convergence des pensées et des rêves, dont la modélisation à grande échelle n’existe pas clefs en main dans la nature.
Ici réside un germe neuf de l’évolution de la vie sur Terre, qui à travers notre espèce permet (bien que prototype elle en a les moyens) la décision de faire naître la conscience commune et partagée, uniformément partagée, ni imposée ni jugulée, libre bien qu’osmotique, sans point d’accumulation ni de l’inconnaissance ni du pouvoir. Pardonnez moi ma propension compulsive à regarder les pointe de mes chaussures depuis le consmos, j’en suis moi-même sidérée. 😉
Techniquement, cela peut se faire en organisant une dispersion de la délibération couplée à une convergence du délibéré. Fondées sur une communication et une information exhaustives, libres et non faussées. Depuis l’examen de situation jusqu’à la décision, prise à l’aulne de la volonté générale, mais la vraie ce coup-ci.
Pour coller au plus près du thème de la page, la passivité du peuple face au petit nombre s’explique, ce n’est que l’un de ses aspects, par l’inexistence quoiqu’on en dise de la volonté générale, dont le processus de nidification reste à inventer.
Y a du boulot …
Le boulot consiste à permettre aux citoyens de faire ensemble le boulot . Il n’y a pas à chercher plus loin mais il n’y a pas à chercher moins loin.
Le représentant a la mission d’assistance à ce boulot citoyen ;les problèmes de la société sont étudiés par les citoyens et leurs représentants , les médias étant aussi des assistants pour ce boulot d’étude et débat.
Ce boulot citoyen ( étudier les problèmes et en débattre ) source de création et d’imagination , a été remplacé par le vote pour des programmes soutenus par une partie de la population et les représentants de cette partie de la population.
Se trouver privé de l’étude collective des problèmes sociétaux est la cause des causes de l’atomisation du peuple qui pour se forger en tant que peuple doit travailler concrètement par lui même sur les problèmes de la société ; sans ce travail pas de peuple , pas de démocratie .
C’est pourquoi si on tient à ce que les choses progressent dans le sens d’une vraie démocratie , il n’y a pas à chercher plus loin ni moins loin que réclamer la possibilité réelle et structurée pour nous tous de faire ensemble le boulot.
C’est tout le travail de la liberté qui s’exprime ici encore. La passivité résulte du collage à tout ce qu’on nous a mis dans la caboche depuis qu’on est petit.
Un scoop qui ne doit pas en être un, mais qui m’a scotchée quand même.
Je demandais aux gens avec qui je travaille s’ils s’étaient posés la question du sens de ce qu’ils faisaient à l’hôpital
Et tous, ils étaient quatre, de me regarder éberlués.
La question du sens, tu veux dire quoi au juste Catherine ?
Ben, c’est pas compliqué que je leur réponds, ça sert qui au final ce que vous faites l’un et l’autre ici dans cet hôpital ?
Deux se sont tus et deux autres m’ont dit ne pas s’être posés la question!!!!
Bigre, c’est rudement grave je trouve.
ça veut dire que les gens « fonctionnent » un peu comme des machines sans se poser la question de ce qui les meut. La passivité s’exprime là dans ce non ‑questionnement je trouve.
Il faut que je dise pour ceux qui ne le savent pas que je travaille dans un hôpital que l’on qualifie de « psy » établissement de santé mentale nouvellement éthique-thé et de repenser en écrivant cela à ce que disait Nixon en rencontrant Brejnev je crois : Dites-moi, comment fonctionne votre économie demandait Nixon et son comparse de répondre. C’est très simple, ils font semblant de travailler et nous faisons semblant de les payer.
C’est tout à fait ça suis-je obligée de constater. A l’hôpital, si les patients ne sortent pas pire qu’en entrant, c’est déjà gagné. Les structures de ces établissements sont faites pour répondre à d’autres intérêts que ceux des patients même et surtout si c’est le contraire qui se dit.
On fait semblant, c’est le règne du semblant, comme on fait semblant d’éduquer, comme on fait semblant de et de et de et de.…
Comme dit si bien Spinoza,
il n’y a pas une faculté qui s’appelerait volonté et il n’y a pas à combattre les désirs dit-il encore. La libération par la puissance de la volonté est une libération illusoire.On ne combat le désir que par un autre désir, c’est là que nous avons l’axe principal. Voilà de mémoire ce qu’il dit. Je ne mets pas de guillemets car je ne suis plus certaine mot à mot de ce qu’il dit mais l’essence est là.
Le souci c’est que les gens ont perdu tout désir, ils sont sans élan, sans force, or le désir est le moteur donc sans moteur, c’est un peu mort pour avancer.
Aussi, tout l’intérêt du petit et du local prend son sens ici pour réimpulser des germes de petit désir possible, possible parce que c’est petit et parce que c’est à côté de nous. Exemple, si je parle de ce qui est autour de moi et de ce que je connais le mieux, c’est tout bon, exemple, mon boulot. Je ne pars pas dans des sphères abstraites, je suis dans le concret, des perceptions que je peux plus facilement faire partager avec les autres, et peut-être avec davantage de pertinence car je vis ce dont je parle. L’exemple de l’hôpital me donne des idées. Ecrire sous le mode du journal, relater ce qui s’y passe m’a déjà effleurée, car en fait à travers son fonctionnement, sa dynamique, sa structure, ce petit microcosme décrit très bien les enjeux de pouvoir qu’il peut y avoir dans la société et de comprendre aussi pourquoi les éléments de la structure quoique malheureux pour beaucoup, agissent pourtant avec autant de passivité et sont donc complices de ce système, c’est à dire qu’ils y prennent part. C’est un modèle en quelque sorte qui aide à com-prendre le plus grand et le plus loin je trouve, et ça, ce serait déjà un bon début.
@Catherine B.….
On fait semblant.… Si vous signifiez par là que nous sommes dans l.illusion à chacun de nos actes, je dirais que c.est exact, c.est exact pour nous tous. Car tout est illusion. Or sachant que tout est illusion il faut faire comme si tout était vrai.……
A votre question sur le sens, vos collègues auraient pu répondre qu.ils donnent le meilleur d.eux- même. Donner le meilleur de soi en toute circonstance c.est dèja pas si mal. Il faut surtout éviter de sombrer dans l.absurde et l.inutile car ce serait source de déprime.…..
Maintenant la question du sens si on y va à fond ca ouvre sur la question de l.existence elle
même et des peurs existentielles.…. Vaste programme .…Je ne crois pas être hors sujet ( de l’étendue de l’état démocratique/ Du grand nombre et petit nombre…De l’action concrète .…):
« Bien qu’on attende tout d’un pouvoir central encore, qu’on voudrait plus autoritaire et qu’il suffirait de « prendre » pour tout changer, c’est dans notre vie quotidienne, au niveau local, que nous pouvons retrouver dès maintenant un pouvoir démocratique et reconstruire une vie collective plus conviviale, améliorer notre qualité de vie. Ce ne sont pas les élections présidentielles qui devraient être les élections les plus importantes mais les élections municipales, qu’on se le dise ! »
http://www.cooperative-municipale.org/node/10
Je rectifie la phrase de mon post 35 ci-dessus :A votre question sur le sens vos collègues auraient pu répondre qu.ils donnent le meilleur d.eux- même, car donner le meilleur de soi en toute circonstance ce n.est dèja pas si mal.
Je n’ai pas le temps de répondre, mais ce n’est pas du tout du tout ce que je dis little sister, je me demande comment il faut parler pour se faire entendre??? Je répondrai ce soir si j’ai le temps et si j’en ai le désir car il y a de quoi désespérer je trouve quand il y a un écart si grand entre le message envoyé et le message reçu, tout cela est peut-être très vain!!!!
@ Catherine B
Eh oui tout cela est vain, c.est bien ce que je tentais de vous faire entendre : tout est vain et tout est illusion, vanitas dé vanitas … tout est vanité. Votre énervement est seulement dù à votre égo, et l.égo est une vanité aussi. Si vous ne répondez pas je n.en mourrais surement pas.…Juste entre nous mais ne le dites à personne : je me moque bien de Spinoza.
Je reste centrée sur le pourquoi de l’obéissance 😉
Alors juste une piste :
Si on écrit l’état français sans majuscule, il y a souvent quelqu’un pour nous le reprocher.
Et à l’école, on nous apprend qu’il faut écrire l’État français.
ça vous inspire quoi ?
Ce matin au bistrot de Cruseilles, je lisais le Dauphiné qui n’est plus libéré.
Plusieurs articles sur l’évolution en cours de l’éducation nationale.
J’ai cherché en vain, et n’ai pas trouvé la moindre mesure destinée à promouvoir l’indépendance de l’esprit.
ça vous inspire quoi ?
@Catherine
les gens « fonctionnent » un peu comme des machines -> ->
Exactement, et dit sans mépris, bien entendu. Il suffit d’aller à Auchan et d’observer. Les gens ne savent même pas qu’ils existent. C’est ce que j’ai appelé très en amont le robotisme.
Et puis observons nous nous-mêmes au moins trois fois par jour (si on y pense …) = nous risquons de tomber de haut …
Mais ne soyons pas pessimistes, c’est réparable !
La libération par la puissance de la volonté est une libération illusoire. -> ->
Au vu de la suite, je pense que Spinoza fait allusion à la volonté de se libérer d’un désir, ou d’un petit nombre de désirs. Vu comme ça, mais uniquement vu comme ça, il a raison, car la soumission au désir, aux pulsions, et à l’endormissement, ne se traite pas au coup par coup : c’est un travail global de rappel continu de la conscience à la surface du temps vécu.
… Ce travail devrait faire partie du projet pédagogique républicain !!!!!
En cette lacune réside selon moi l’une des causes profondes de la soumission.
On ne combat le désir que par un autre désir, c’est là que nous avons l’axe principal. -> ->
Alors là, je ne suis absolument pas d’accord, à moins que ce « on » ne désigne celui qui est vaincu … ou celui qui le manipule.
_ ;;;;;; _
Un cadeau hors sujet qui n’a rien à voir sinon la détermination de trois bonzoms du 13ème siècle qui porte encore ses fruits de nos jours, donc pas si hors sujet que ça :
j’ai en main :
Tome premier (zut, j’ai pas le 2)
Histoire du Sonderbund
Par J. Crétineau-Joly
Chez Plon .…. mais édité en … 1850 !
Et je vous livre le serment du Grütli
qui date probablement de 1291
prononcé entre trois messieurs des cantons d’Uri, Schwitz, Unterwald
texte qui historiquement peut être mis en doute, mais ça vaut le coup de lui accorder crédit prudent :
Nous jurons pour nous et pour nos descendants les plus reculés que chacun de nous se fera un devoir de secourir ses alliés opprimés, en nous armant à nos frais, au péril de nos biens et de notre vie, soit dans notre pays, soit à l’étranger.
Et c’taprem, je lisais au soleil de Laroche sur Foron sous un platane doré un texte sur les gardes nationales, par Robespierre.
Similitudes troublantes.
A propos de ce que tu dis en #42 (rappelons que 42 est la réponse universelle 😀 ), Ana, je propose à ceux qui le veule une expérience très facile à réaliser et qui prend peu de temps.
Je suis presque certain que la plupart d’entre nous pensent qu’ils décident eux-mêmes, qu’ils font des choix (à peu près) librement, qu’ils sont maître d’eux-mêmes : en un mot, ils sont au contrôle de leur esprit, de leurs pensées. Cette expérience vise à vous prouver sans le moindre doute qu’il n’en est rien. Bien sûr, si vous craignez pareil constat, évitez de mettre en pratique cette expérience …
Pour procéder, c’est très facile. Assurez-vous de ne pas être dérangé durant un quart d’heure (une demi heure si vous voulez, c’est mieux). Installez-vous dans une position confortable : assis sur une chaise ou en tailleur si cette position vous agrée. Détendez-vous, fermez les yeux, et pendant un quart d’heure (ou une demi heure), vous allez simplement concentrer votre attention sur une chose très simple : observer votre respiration et les sensations qu’elle génère au niveau du nez et des voies respiratoires.
Rendez-vous pour un débriefing lorsque vous aurez fait cette petite expérience 😉
Cordialement,
Morpheus
Bien chère Ana,
Tout ce que tu dis me semble très juste, comme souvent.
Quand je parle de mes collègues qui ne se posent pas la question du sens de ce qu’ils font et de qui ils servent au final quand ils font ce qu’ils font à l’aveugle, c’est pas que ça me met vraiment en colère, non, ce serait plutôt le contraire, ça m’attriste profondément, très profondément.
Parce que pris un par un, tous ces gens dont je parle et dont il m’arrive parfois aussi de ressembler, ce sont plutôt des gens sympas et dont je sens que tout au fond d’eux, cette belle source pleine de beauté et de noblesse ne demande qu’à se déployer plus généreusement, y’a juste que pour y arriver à cette source, c’est parfois pas coton.
Je ne suis pas pessimiste, parce que si je l’étais , il y a belle lurette que j’aurais renoncé à faire et dire quoique ce soit. C’est parce que je crois profondément à la vie que j’essaie de lui ouvrir les portes, comme je peux, avec les petits instruments que j’ai à ma disposition.
Pour revenir à Spinoza qui est un grand maître selon moi de l’apprentissage de la liberté, je crois intimement qu’il dit vrai lorsqu’il parle d’un désir qui ne saurait s’éteindre que par un désir plus grand que lui et non par la volonté.
Un exemple très concret et qui parlera à tout le monde. Tu as trimé pour construire ta maison par exemple, tu y as mis toutes tes énergies, mais voilà que le feu gagne toute la maison, et bientôt t’enlèvera la vie si tu t’obstines à vouloir y rester. Le désir de vivre est plus fort alors que le désir de rester dans cette maison. Il n’y a alors nulle volonté, juste le désir plus grand de sauver sa peau même si ça doit passer par ne pas sauver sa maison. ça veut dire qu’une hiérarchie se pose inéluctablement, et qu’il n’est ici nulle question de volonté, mais de priorité, simplement et essentiellement de priorité. Qu’est-ce qu’on met en premier
Et cette question, lancinante question ne devrait jamais nous quitter. Qu’est-ce qui me meut le plus, qu’est-ce qui est le moteur ultime de mon agir, de mon rapport au monde ? Si j’y réponds alors j’ai trouvé mon axe, ma colonne vertébrale qui me fera tenir au delà des tempêtes. Voilà comment je comprends ce monsieur, mais là, encore, autant de lecteurs autant de lectures. Je parle de ma lecture de Spinoza qui n’est peut-être pas celle de mon voisin, il suffit de constater comment un message reçu divorce de son émission pour en appeler à l’humilité la plus j’sais pas quoi, mais la plus.
Bon, pour orienter la conversation vers d’autres lieux qui nous ramène toujours vers notre étoile commune je l’espère, j’ai lu ce matin l’article de Bernard Cassen dans le monde diplomatique où il appelle à la désobéissance en lien avec ce fameux traité qui maltraite les souverainetés. Si Etienne pouvait en faire une « Une » ce serait salutaire et que ses appels, ceux d’Etienne au travers de ses périgrinations multiples qui sont à venir portent écho de cette belle parole pleine d’espoir ici et maintenant,non dans des temps révolus. S’il le fait qu’il en soit remercié, sinon, tant pis.
D’ailleurs Bernard Cassen illustre bien ce propos spinoziste en mettant la priorité, la première place, à ce désir d’une souveraineté nationale plus forte que le désir d’obéir à des réglementations européennes.
Réglementations européennes qui pourtant lui sont supérieures au regard de la hiérarchie des lois qui donne la primauté aux traités internationaux sur les lois nationales et pourtant , et pourtant, la désobéissance à cet ordre artificiel qui mutile l’humain est un droit supérieur à ce droit-là, car le droit européen tel qu’il existe actuellement atrophie l’ espace vital de la majorité d’entre nous !
Spinoza : je ne l’ai pas lu sauf extraits et ne répondais qu’à tes lignes ; plus nous entraînerait vers une longue étude pour distinguer vouloir, désir, instinct 😉
Sortir de la maison en feu pour sauver sa peau est une bonne priorité, … tant que les enfants ne sont pas encore dedans. Et la grand-mère (?)
Ton histoire me fait penser à celle de cet anthropologue qui interroge un sorcier yaki : Et si vous passez dans un défilé où des guerriers embusqués vous ont tendu un piège ? Et le sorcier de répondre : Passez y si vous voulez, mais ce sera sans moi .….
Une autre :
Le même sorcier est invité à New York pour une conférence sur les droits du vivant. Il marche dans la rue, toujours avec le même anthropologue. La conversation va bon train, sur ce trottoir de la …ième avenue où le brouhaha des voitures est au minimum gênant. Soudain le monsieur yaki s’arrête puis va vers un mur, et d’une fissure il extrait un grillon, le salue, s’excuse, puis remet gentiment l’insecte dans ce creux inconnu du peuple américain, qui lui est une province et beaucoup davantage. L’autre s’étonne : Mais comment avez vous fait pour l’entendre dans ce tohubohu ?
Ils arrivent à un passage à piétons où une foule se masse au milieu des klaxons, prête à bondir, regard rivé sur les signaux. Passez moi une pièce d’un dollar demande le sorcier. Puis il la laisse tomber au sol. Aussitôt mille paires d’yeux se braquent sur la pièce au tintinnabule tentant .…..
Tu as raison : il serait bon de choisir ce qui nous meut 😉
Évitons d’utiliser l’expression « droit européen » qui aurait pour effet de légitimer un hold-up continental.
La désobéissance peut commencer par le vocabulaire.
Bien sûr, il y a moult circonstances dont il faut tenir compte, mais vient un temps où il faut agir, plus le temps de se gratter la tête.
Bien d’accord sur le hold-up des mots, mais il faut bien passer par le langage d’usage courant, pour pouvoir le dépasser, sinon, les gens non avertis n’y comprennent rien.
C’est pourquoi, me semble-t-il, mais il se peut que je me trompe, que la terminologie employée doit être reprise telle quelle est employée dans le quotidien, mais en apportant ensuite les éclaircissements sur les mensonges de cette même terminologie, mais bon, souplesse, souplesse, allez je ferme la boîte, à plus tard.
son film les moissons du futur passe sur Arte le 16 octobre
Merci
La fin de cette vidéo est particulièrement dans la ligne de nos soucis,
qui pointe l’intrication des crises, l’obsession pour la croissance mais aussi la carence en démocratie.
J’y ajouterais la crise de l’information qui interdit l’émergence de l’esprit de révolte.
(Sinon, on peut déjà « voter avec notre assiette »)
Superbe cette Madame Robin. Il en faut plein des comme ça.
Je poursuis tranquillement ma tentative de répondre à Simone 😉
Un certain regard sur l’inertie
» … sans moteur, c’est un peu mort pour avancer » nous dit Catherine ( message 34).
Le Tamas (sanskrit) , signifie obscurité, ténèbres, mais aussi lourdeur, inertie, mais encore ignorance. Il est le frein. Pour le penseur de l’Inde, il est perçu comme une force cosmique, je veux dire « primordiale », i.e. antérieure à l’objet sur lequel elle s’applique. Parmi d’autres forces dont il est inséparable, qui le complètent et qu’il complète, mais ici je focalise sur lui. Cette focalisation accentuera son aspect négatif (le frein), qui nous intéresse ici, alors que l’aspect parfois positif est bien réel (rouleau compresseur).
Le tamas, nous le ressentons agir en nous chaque fois que nous avons un coup de flemme, ou un de ces coups de blues qui exigent une sieste, chaque fois que nous avons un accès de procrastination.
Il aveugle et alourdit les êtres ; individuellement et collectivement.
Il est ce qui rend le corps social si lourd à s’ébranler.
Il est ce qui fait que la force révolutionnaire contenue dans l’indignation ne suffit pas.
Il est ce qui fait qu’un péril mortel ne provoque pas dans l’instant l’insurrection des consciences.
Oui bien sûr, il y a plein d’autres causes à l’immobilisme, mais il est dans l’intrinsèque, dans l’acausal, le primordial, comme l’est la masse d’une montagne impossible à déplacer.
Et quand j’ai lu Simone qui suggère de rechercher ces forces qui, tout comme la gravitation règle le cours des planètes, et nos jours et nos nuits, et la chute des pommes, peut être même la chute de l’ange 😉 induisent quant à elles l’immobilisme des peuples, leur manque de réactivité, leur soumission curieusement persistante après l’identification de l’ennemi et de sa faiblesse, j’ai immédiatement pensé au tamas. Qui avec 7000 ans d’ancienneté sur nos soucis fut pointé par des chercheurs en conscience, comme ce qui nous colle à notre plus bas niveau, nous interdit l’élévation, qui peut si nous en activons la perception donner une réponse partielle au questionnement présent.
On pourrait aussi aller dire bonjour à Freud, ou à Bourdieu, ou à d’autres, qui abordent certainement la question sous d’autres angles, dont la somme ne fait pas 360°.
Les peuples d’ailleurs, ou d’avant, ont d’autres approches que les nôtres : sans être forcément animistes, elles n’en précèdent pas moins Simone sur cette idée d’assimilation/modélisation de ce qui guide ou freine l’esprit avec ce qui impulse ou freine la matière.
Dans la vision physique, les corps physiques obéissent au principe de l’inertie : si on fout la paix à un corps immobile, il reste immobile. Pour provoquer la mise en mouvement d’un corps immobile, il faudra lui appliquer une force, et ce faisant fournir une énergie, d’autant plus importantes qu’on souhaite voir l’objet atteindre une vitesse élevée, d’autant plus importantes que la masse inertielle du corps est élevée, et aussi longtemps que nécessaire, et ce long temps nécessaire sera d’autant plus bref que l’intensité de la force appliquée sera grande ou que la masse inertielle sera faible.
Le corps social obéit à une sorte de principe de l’inertie : le tamas le freine, comme une glu qui voudrait le retenir dans l’immobilisme. Et pour le mettre en mouvement, il faudra lui appliquer une force, et fournir une énergie, d’autant plus grandes qu’on souhaite le voir se rapprocher de sa vitesse de libération, d’autant plus importantes que le nombre de ses individus, ses atomes, sera élevé, appelons le la masse populaire, d’autant plus importantes que sa culture est diversifiée et multiple , et aussi longtemps que nécessaire ; et ce long temps nécessaire sera d’autant plus faible que la force appliquée sera intense ou que la masse inertielle du corps social sera réduite.
Il pourra(it) être intéressant dans ce contexte d’examiner les forces de mise en mouvement, versus les forces tamasiques. Tenter de déterminer les conditions de l’équilibre et les conditions de la mise en mouvement, de réfléchir aux phénomènes de seuil, ainsi qu’aux boucles de rétroaction, j’en passe et des meilleures.
1956 : Alban Liechti refuse de prendre les armes contre le peuple algérien.
Incorporé dans l’armée en mars 1956 comme jeune soldat, lorsque son contingent est envoyé en Algérie, il écrit au président de la république qu’il refuse de faire la guerre au peuple algérien.
Après 4 années passées dans les prisons d’Algérie et de France, il est envoyé de force en Algérie dans un commando de Chasse d’un régiment de tirailleurs algériens. Dans le Djebel, de la région de Blida, il patrouille, tout en refusant de mettre les balles dans son arme.
Pour ceux qui sont du coin :
Ce soir à Vitry, 20h, cinéma Robespierre, projection du film « le refus » réalisé par Alban Liechti.
Quel silence ! 🙂
Je n’ai pas envie de laisser tomber ce sujet, essentiel et cruellement majeur.
Et difficile.
Pourquoi le plus grand nombre se soumet il au plus petit nombre ?
Et pourquoi ne se révolte-t-il pas ?
Ça fait deux questions, distinctes, mais fortement liées.
Car si l’instauration de la nouvelle dominance fut possible vers 1789, sa maintenance en 2012 l’est, par les mêmes causes, et selon des mécanismes cousins.
Si dans son nouveau costume technique la civilisation change d’apparence extérieure, ses tortueux boyaux demeurent.
A ce titre, le différentiel de cohésion des groupes humains concernés retiendra ce jour mon attention.
Il est à mon sens l’une des réponses à notre double question.
Et je souhaite partager.
La cohésion d’un groupe humain sera toujours d’autant moins naturelle et probable que ce groupe est fouleux.
C’est mécanique.
L’oligarchie ( du grec oligoï et arXeïn = « les peu nombreux gouvernent ») est par définition peu fouleuse et elle présentera donc aisément, en vue de sa maintenance, une certaine cohésion naturelle, ni moins ni plus que nécessaire.
La cohésion des frères ennemis (!), c’est certain.
Mais cependant une cohésion bien réelle.
« On » se bouffe le nez chaque fois que nécessaire, tout comme le font les fauves qui « partagent » une carcasse. Partager intégrant en l’occurrence guerres intestines, coups de crocs, jusqu’au meurtre parfois, symbolique ou physique ;
mais « on » sait se tenir les coudes sur l’essentiel chaque fois que ce pouvoir, économique/monétaire, culturel/médiatique, politique/organisationnel, ce tripode que l’on aime tant, subit une menace, aussi ténue soit elle :
face à la houle démocrate, aux coups de grisou que la fraternité inspire, face à l’esprit de justice sociale, face à cette féroce faveur et ferveur pour « les jours heureux » qui parfois, sporadique ou quantique émergence, germe en l’âme du peuple, l’oligarchie sera toujours unie et saura défendre ses fondements et statuts, i.e. « le système », « la machina », qui garantit son existence en la rendant « nécessaire », pour survie, au grand nombre.
Car la grande astuce fut de rendre sa soumission nécessaire au confort et à la sécurité du peuple, quelques réduits que soient ce confort et cette sécurité.
Cette engeance (l’oligarchie) saura même user des mots de la dissidence, en voler le sens, et se travestir de l’âme du peuple des opposants ; ainsi se plaît elle à créer des partis du progrès, ou de la solidarité, des mouvements démocrates, des mouvances socialistes, des leurres qui n’ont pour fonction que d’endormir le grand nombre ; ou : de le diviser par des joutes théoriques, dont, c’est un comble, il n’est que spectateur, des joutes de détail, parées d’une conviction molle, ou feinte, qui éloignent le peuple, en squattant son esprit, de l’indignation pragmatique et des sujets essentiels qui devraient déclencher sa colère.
Car ces frères ennemis savent instinctivement mettre en place des combats d’apparat auxquels ils ne croient pas. Pour la galerie. Contre la conscience.
Les plus avisés organisent, au delà du susdit instinct, l’empire médiatique.
Leur vraie guerre interne se situant ailleurs, sur des terrains de jeu, ou de meurtre, qui ne remettent pas en cause l’égrégore oligarchique, qui comme tout égrégore s’appuie, pour être, sur ses constituants, mais n’est pas eux.
Le corps social, quant à lui, est au contraire plus que fouleux. Soixante six millions d’individus, ce n’est pas rien … Il est donc zébré de classes et de mouvances disparates, elles mêmes plus que nombreuses, dont les intérêts de surface sont divergents, et qui sont trop nombreuses pour que s’établisse comme dans le cas de l’oligarchie la perception instinctive d’un intérêt commun, qui devrait être non pas superficiel ni de circonstance, mais profond, au tréfonds d’une conscience collective trop peu dite : elle devrait être perçue tripalement, et exprimée en clair, car d’urgence à partager, développer et .défendre ; tout ceci au delà et à l’abri des défiances et des jalousies, fondatrices de la division (jalousies nourries à plaisir pas la dominance, qui s’en réjouit).
Et sans cohésion, point de révolte ;
sinon des fièvres sans suite ;
suffisamment génératrices de désordres pour que l’oligarchie puisse les pointer comme dangereuses et nuisibles, inhibant ainsi la naissance de mouvements plus vastes, ou plus sérieux ;
ainsi les flammèches de la colère populaire, loin de provoquer un incendie général, permettent elles à la dominance de faire aimer le calme ronronnant de la soumission institutionnelle ;
à tel point que l’esprit révolutionnaire pourra souvent être honni de ce qui devrait être son camp.
Paradoxe :
le corps social contient en son sein l’oligarchie, qui en est un sous-ensemble ;
dont la frontière est imprécise et floue.
Ainsi le corps social est il dominé par l’une de ses parties dont on ne sait trop, intrication hypercausale, où elle commence ni où elle finit !
Qui s’insinue en lui en provocant la complicité non seulement consentie mais encore active de tous ceux qui, faibles, rêvent d’un jour accéder au statut de dominant, ou qui pauvres, rêvent d’un jour accéder à la richesse : ceux là ne se révolteront pas, qui ont à craindre de la réelle démocratie pour la survivance de leur rêve egocentré, même s’il est hors de portée.
Le loto et l’euromillion sont des symptômes ludiques de cet état d’espérance désespérée et sans foi dans le collectif.
L’espoir fait vivre, dit on, et bien triste est ainsi l’espoir de pouvoir être un jour puissamment égoïste, qui ne fait pas vivre, mais éteint la cohésion.
Ayant, un peu et certainement maladroitement déblatéré sur ce différentiel de cohésion entre l’oligarchie et le grand nombre, je ne puis que, au risque de me répéter, car je l’ai fait ailleurs, prétendre que l’émergence d’une volonté générale, pour l’heure absente, est nécessaire, libre de l’influence médiatique, des partis, et des dogmes, pour que s’organisent résistance aux pouvoirs et exigence démocratique.
Nécessaire et non suffisante, car survienne une révolution qu’elle serait bien vite volée au peuple par les voleurs de révolution :
Une culture des possibles est également nécessaire et doit être diffusée afin que les voleurs instruits, opportunistes, soient repérés dès leur premier mot.
Toujours dans la problématique Marat-Weil, je prends encore le risque du monologue 😉
Trois vecteurs de la passivité :
-Le gouvernement représentatif
‑Le système médiatique
‑Le système pédagogique
• Le système représentatif inhibe la conscience et la responsabilité du citoyen, puisque par définition l’élection consiste à confier à d’autres ce que l’on pourrait faire nous-mêmes.
• Le système médiatique (je ne parle pas ici de l’internet) est à sens unique, de l’informeur vers l’informé. Les mensonges et les manipulations sont bien entendu possibles ou certains, mais ce qui m’intéresse dans cette page, c’est la passivité induite.
La personne qui rentre fatiguée chez elle, et chaque soir « se détend » devant la télé, est perdue pour le dynamisme citoyen.
• Le système pédagogique à la française est un système autoritaire. Dès l’enfance l’individu est dressé à une certaine soumission à l’autorité. Il ne peut qu’en de rares occasions décider de son rythme et de la profondeur de son étude, ni du style de partage de la connaissance. Et de plus en plus les programmes sont orientés vers la fabrique de ressources humaines rentables.
J’aurais pu approfondir chacun des trois points mais ne l’ai pas voulu afin de mettre en relief la synergie négative de ces trois piliers de la civilisation :
C’est précisément en ces trois lieux là, où le dynamisme intellectuel et la liberté de l’esprit pourraient être développés au mieux, qu’ils sont bridés. Là où l’esprit critique devrait naître se répand l’obéissance morose, ou désespérée.
C’est un drame de civilisation et la mondialisation la plus sournoise consiste en la paupérisation des consciences.
Nous connaissons bien entendu les remèdes, du moins dans leur grandes lignes, pour en avoir abondamment bavardé hic et nunc.
Comment les faire entendre et percevoir au point de rallumer le feu, mais sans le combustible nécessaire, qui est la vibrante passion des peuples, là est la question.
Le philosophe Bernard Stiegler développe une notion intéressante : la prolétarisation des hiérarchies.
Rallumer le feu dis-tu, pour faire du feu Ana, il faut brûler quelque chose, l’esprit « sacrificiel » en tant que différent, c’est à dire le sacré, car le sacré, c’est ce qui est différent du commun, du profane justement, pour le faire advenir ce « sacré » il faut se débarrasser des encombrants, agni, le feu qui renvoie aussi à agneau, non???
Es-tu certaine que le commun n’est pas sacré ?
Justement, pour arriver à cette constatation là Ana, bigre, c’est qu’il faut en traverser des forêts sombres et froides, et donc brûler les immondices qui nous empêchent de trouver le chemin du simple.
Rien de plus simple que de compliquer, rien de plus compliqué que de simplifier.
Le simple est une figure d’achèvement je crois, de dénudement, de dépouillement justement, et pour se dépouiller, il faut se débarrasser des poux, sourire !
Le prélude 1 de Bach est en effet aussi sublime que simple.
La plupart des interprètes ne résistent pas à la tentation d’y rajouter une coda fantaisiste, et personne n’échappe à une certaine modulation du tempo. Les interprétations les plus remarquables étant cependant celles qui sont le plus fidèles à la pureté écrite, pourtant impossible à respecter : il y a toujours un instant où l’on cède à l’émotion et où le romantisme induit le toucher. Ces instants de trahison ne sont ils pas sacrés ?
Louis Jouvet dont le monocordisme côtoyait le sublime enseignait à ses élèves en leur demandant de répéter mille et une fois la même phrase sans aucune émotion, jusqu’à ce que dans la mécanique du verbe transparaisse l’inattendu.
Mais il y a des partitions alambiquées qui sont pas mal non plus et certains textes ratiocineurs peuvent soulever l’émotion 😉
Le mauvais traitement qui est infligé aux arts au sein de l’éducation nationale est à mon avis l’un des facteurs de la passivité citoyenne.
La pratique de l’art est un fort moteur du développement de l’imaginaire, et l’imaginaire ouvre des espaces qu’il partage avec l’esprit d’invention, et donc avec la capacité de contestation de ce qui est.
L’éducation nationale devrait à mon sens déplacer le centre de gravité de ses soucis en l’écartant un peu de la vision pragmatique.
A ce propos, le paragraphe du programme du CNR consacré à l’éducation est symptomatique :
« La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance, mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires. »
Je trouve ça honorable mais terrible .…..
Il y a un proverbe qui dit
faire les choses une fois plait au moi, les faire deux fois ennuie le moi, les faire mille fois transforme le moi…
Petit clin d’oeil à Jouvet !
Merci Ana.
Je crois comprendre ton point de vue sur le prélude, mais pour ma part, je ne mets pas la barre si haut : j’ai l’impression de m’élever quelle qu’en soit l’interprétation ; même dans les variations modernes, c’est dire.
(À mon sens, on peut éteindre son écran : le son suffit, bien sûr.)
Et si nous étions moins intelligents qu’il y a 2 000 ans ?
« D’après cette étude, d’ici 3 000 ans, soit environ 120 générations, nous aurons tous acquis deux voire davantage de mutations supplémentaires et nuisibles à notre stabilité intellectuelle et émotionnelle. « Je parierais que si un citoyen moyen de l’époque d’Athènes de 1 000 av. J.-C venait à apparaitre soudainement parmi nous, lui ou elle figurerait parmi les plus brillants et les plus vifs intellectuellement de nos collègues et compagnons, avec une bonne mémoire, un large éventail d’idées et une vue perspicace des questions importantes »
http://www.atlantico.fr/decryptage/et-etions-moins-intelligents-qu‑2–000-ans-546315.html
Cette petite digression non musicale pour faire plaisir à Étienne : ce n’est pas pour rien que les Grecs utilisaient le tirage au sort : ils étaient plus intelligents ! .….Serions nous ici sur ce blog, de vieux fossiles ?
Bon Dimanche et paix dans vos esprits modernes ou arriérés .
Merci Georges 🙂
Je retiens aussi :
« notre mode de vie actuel favoriserait la mutations des gênes. « Cette transformation s’est probablement produite dans un monde où chaque individu était exposé aux mécanismes sélectifs bruts de la nature, en fonction des critères » (…). Mais ces pressions ne s’appliqueraient plus aujourd’hui. (…) « Un chasseur-cueilleur qui ne concevait pas correctement une solution pour fournir de la nature ou un abri mourrait probablement, avec sa progéniture, alors qu’un cadre moderne de Wall Street qui fait une erreur conceptuelle similaire recevra un bonus substantiel et sera un partenaire plus attirant. Clairement, la sélection extrême appartient au passé ». »
Je suis tombée un jour sur le cours de math de l’X peu après sa fondation.
C’était d’un niveau plutôt reposant !.……
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La première vidéo me convient.
La seconde, je pars en courant … 😉
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Un quatrième vecteur de la soumission à l’autorité : les monothéismes.…
(suggestion de relecture : les dix commandements)
Athènes était polythéiste à coloration chamanique ; y a‑t-il un lien avec la démocratie athénienne ? … ça se pourrait.
Entre 1815 et 1905, il y a une explosion de la pensée mathématique. L’aptitude à élaborer des concepts abstraits est surmultipliée. Qui est symptôme d’un ping pong entre une abstraction ludique hypercomplexe et la réalité objective. Il s’agit là d’un progrès BRUTAL d’une intelligence dont on ne sait trop si elle est collective ou ne concerne qu’un club semi-fermé.
Concernant ce qui est interrogé plus haut, il est possible qu’il y ait un tassement de l’intelligence de masse et une explosion de l’intelligence de pointe. Mais je n’y crois pas trop. L’interconnexion des individus peut très bien impliquer une interconnexion accrue des neurones individuels, confrontés qu’ils sont à une hyperfréquence de situations nouvelles ou de stress, à travers le jeu par exemple. Difficile de trancher.
Si le petit nombre réussit à s’emparer de la fabrique de l’imaginaire, il a peu à craindre du grand nombre.
@ Ana,
Oui, c’est la clé.
Bien amicalement
J.C
Je serai moins enthousiaste sur ma courte phrase : La porte a plein de serrures 😉
À tout hasard, ne confondons pas la fabrique de l’opinion (chère à Chomsky) avec la fabrique de l’imaginaire (moins théorisée à ma connaissance).
Je perçois la fabrique de l’imaginaire liée d’une part aux activités ludiques (surtout chez l’enfant, alors que chez l’adulte elles sont plus anesthésiantes), d’autre part aux arts, et surtout à la pratique des arts plus qu’à leur « consommation ».
Dans les deux cas, la dominance ((( l’égrégore dominant, qui n’est pas l’oligarchie ; ciel un autre tiroir qui s’ouvre !!! ))) aura intérêt, et elle ne s’en prive pas :
-d’une part à réduire le nombre d’acteurs officiels et VIP (journalistes accrédités dans un cas ; artistes en vue dans l’autre), ceci afin de mieux pouvoir les cadrer.
-d’autre part à s’emparer des circuits de diffusion, qui sont l’outil de chantage par excellence susceptible de réguler la couleur et la hauteur du Verbe et de l’Art.
L’importance de la fabrique de l’opinion saute aux yeux dès qu’on s’intéresse à l’empire médiatique, car ce dernier, malgré l’internet, a un impact direct sur et contre la liberté intrinsèque qu’a l’être de choisir non seulement ce qu’il pense mais encore qui il est ; et si l’intérieur de l’être peut être téléguidé, le grand nombre pourra être dirigé par le petit nombre vers là où il veut qu’il aille, sans violence et sans l’usage de la force, ce qui est le nec plus ultra du point de vue de la dominance habile qui se souhaite un troupeau de ressources humaines en bonne santé.
L’importance de la fabrique de l’imaginaire est moins évidente, quoique peut-être plus profonde et d’un effet plus stable et durable : Si l’opinion peut se retourner subitement, un imaginaire collectif éteint demandera au moins une génération pour retrouver sa vivacité !
Quand l’imaginaire collectif serait totalement éteint, il ne se trouverait personne pour imaginer un autre monde possible, ni pour concevoir le rêve, ni donc pour critiquer ce qui est en comparaison de ce qui pourrait/devrait être.
L’imaginaire est ainsi à la racine (au sens végétal) de l’esprit révolutionnaire.
Squatter le monde de l’art au moyen de l’argent ou par tout autre moyen, et choisir une école qui n’induit que très peu la pratique de l’art, sans en avoir l’air, c’est prendre pouvoir sur l’imaginaire via ses racines, rhizomes et radicelles, c’est inhiber sa croissance, donc inhiber sciemment les
forcescapacités mentales et psychiques, qui président à l’esprit révolutionnaire.héééééééé j’allais oublier le ludique !
On appelle sportifs les mecs qui sont sur les gradins, et « joueurs professionnels » ceux qui sont dans l’arène.
C’est pas rien ça .…..
À développer 😉
Pour ma part, je ne fais pas de différence entre la fabrique de l’opinion et fabrique de l’imaginaire, de même qu’il est à mon sens illusoire de faire la différence entre l’influence des médias dit d’information et les fictions ou autres divertissements puisqu’ils visent tout deux à influencer, à former notre représentation du monde, ce qu’il a été, ce qu’il est et ce qu’il pourrait devenir ;
ce qui est beau, ce qui est laid, ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui est souhaitable et ce qui ne l’est pas.
Je voudrais attirer l’attention sur le fait qu’il est très difficile de connaître les idées dominantes autrement que par le biais des médias officiels.
Ils ont une telle ampleur, un tel impact, ils atteignent tellement de gens que ce qui y est véhiculé apparaît et devient la pensée dominante.
Comment pouvons nous savoir ce que les autres pensent dans leur majorité ?
Ils suffit que les grand médias véhiculent une idée présentée comme dominante, reportages et statistiques à l’appui pour qu’elle le devienne. Les médias sont des moyens de promotion d’ idéologies, pas seulement par la répétition continuelle pure et simple de celles-ci mais aussi par suggestion de ce que la majorité pense.
Puisque nous n’avons que peu de moyens de savoir ce que les autres pensent en dehors
de notre cercle de connaissance, on en vient par ces médias de masse à considérer certaines idées comme les idées dominantes, à se les approprier soi-même comme telles, jugeant l’ensemble de la population en conséquence et en venant à s’y conformer.
Ces médias ont donc une capacité incroyable à former notre pensée. Il suffirait donc que le discours change pour que la majorité change d’avis comme cela est parfois le cas sur certains sujets.
Il s’agit donc d’une invitation à prendre un peu de recul. Et puisque tout est fait pour que notre temps de cerveau disponible soit le plus réduit possible, si nous souhaitons éviter que l’on pense trop pour nous afin de nous exploiter jusqu’au bout, mieux vaut laisser ses préjugés de côté et investiguer sur la cohérence des contenus eux-mêmes.
Bien amicalement
J.C
Le moyen-âge et les rats 😉
Oyez oyez bonnes gens.
Quand les bourgeois et marchands de Narbonne entendent que leur Seigneur, le comte Aimeri, veut se séparer de ses fils et les envoyer en terre étrangère, ils en éprouvent grande douleur.
La nouvelle s’est répandue que les six frères partiront.
Les bourgeois s’assemblent, deux cents d’entre eux montent dans la salle :
Aimeri, Sire, dit le mieux emparlé, nous sommes des marchands qui courons les pays et les mers, transportant les riches étoffes, l’hermine, les destriers et les vins.
Quand nous arrivons aux foires lointaines, on nous demande :
« Qui est votre avoué ? De quel seigneur vous réclamez-vous ? »
Nous répondons :
« Le comte Aimeri et ses fils ».
Et nul ne serait si hardi de nous faire offense.
Or voici que vous voulez disperser vos fils.
Sire, prenez plutôt nos vignes, nos terres, , nos métairies ;
prenez de nos richesses à votre désir, et distribuez les entre vos enfants ;
mais gardez ceux-ci auprès de vous pour nous défendre.
Vous l’aurez compris, cela se passe au moyen-âge.
Malgré cela, c’est renseignant sur notre époque, dans le contexte de la question de Simone et Marat.
Il peut y avoir entre le dominant et le dominé un rapport qui n’est pas que de force, mais un rapport contractuel, qui, et cela est très curieux, peut aboutir à une relation d’amour. Tout le moyen-âge est imprégné de cette relation ambigüe entre le seigneur et son vassal ou ses serfs, fondée sur un contrat d’assistance et protection en échange d’une certaine perte de liberté et d’une obligation de contribuer musculairement ou économiquement. Cette relation est perverse en ce sens qu’elle oscille entre le contractuel, l’amour, et l’hyperviolence.
Nous pourrions tirer un trait sur cette souvenance et considérer que notre époque est radicalement différente.
Mais à y regarder de plus près, en observant la banque, l’employeur, le gouvernement, le salarié, on s’aperçoit que notre société est très proche du fonctionnement féodal, et que des hiérarchies tantôt officielles et tantôt non dites tissent la même trame suzerain-vassal qui recouvre l’ensemble de la société, et avec la même perversion, la même ambiguïté.
Constatant que si les noms et les outils ont changé, que si brûler ni occire ne sont plus outils courants, l’organisation des dominations/soumissions est de même type, formant peu ou prou ce qu’en mathématique on nomme treillis, on peut se demander s’il n’existe pas au niveau de l’inconscient collectif une grille cachée qui préforme l’organisation sociale.
C’est exactement la question que posait Étienne ici :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/12/31/297-la-democratie-representative-est-elle-une-imposture-entretien-avec-dlr-n2-dec-2012#c13304, et cela suite à la diffusion de cette vidéo là :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/12/28/293-loi-de-1973-les-aveux-de-rocard-et-deux-nouvelles-pistes-pour-comprendre-l-effet-veritable-de-la-loi&cos=1#c13292
Deux questions se posent donc :
-La société est-elle en partie préformée par des comportements archétypaux inhérents à l’espèce animale qui est la nôtre ?
-Si oui, est-il possible d’échapper à ce formatage et d’accéder collectivement à un autre espace comportemental, librement choisi après analyse ?
Personnellement, malgré les échecs parfois monstrueux de bien des révolutions, je réponds oui aux deux questions, mais ça se discute.
Je voudrais en cette occasion insister, peut être l’ai-je déjà fait, sur cela que nous sommes à un tournant fondamental de l’évolution de la vie sur Terre : c’est la première fois qu’un animal voit son autodétermination échapper au darwinisme, dispose à titre individuel de la capacité et du pouvoir de s’auto-analyser, puis de s’auto-programmer en fonction de cette analyse et de buts réfléchis et délibérément choisis. Appelons cela la liberté d’être. Et il me semble que par induction de l’individuel au collectif, la société dans son ensemble détient ce pouvoir.
Potentiellement, car seule une démocratie délibérative peut le rendre effectif.
Point d’orgueil spéciste : ce fait d’être l’animal charnière nous confère une immense responsabilité, que n’ont pas nos collègues terriens …
Mais de pouvoir à vouloir il y a un pas de géant, qui appartient au domaine de la politique, mais de l’autre politique, n’est ce pas : la politique de conscience, qui pour l’heure est enfouie sous la politique du calcul.
Constituer un cerveau collectif efficace n’est pas une démarche naturelle et ne fait pas partie de la culture occidentale, ni de la culture humaine dans son ensemble.
Et, outre les instincts phagocytes et gloutons de certains, qui ne sont pas la cause essentielle, c’est cette carence qui rend nécessaire l’émergence de groupes directeurs, qui rend quasi incontournable le système représentatif, c’est cette carence qui rend nécessaire le recours systématique à l’élection, mais aussi au vote, qui sont deux procédures ayant pour triste effet secondaire l’acceptation définitive des fractures au sein du corps mental collectif.
L’émergence de la réelle démocratie nécessite donc, pour sortir de cette infirmité, un entrainement continu (entrainement au sens sportif) à la délibération égalitaire et à la réflexion additive.
Nous avons commencé 🙂
C’est l’histoire d’un journaliste qui visite une usine.
Une usine de couteaux.
C’est une usine un peu spéciale, car les actionnaires sont des loups tandis que les ouvriers sont des moutons.
Après avoir visité plusieurs ateliers, notre journaliste arrive dans l’espace où sont fabriqués les couteaux de boucher.
Il avise un mouton occupé à aiguiser les couteaux avant emballage.
Et l’interroge :
Mais … avez vous conscience du fait que c’est avec ce couteau que vous aiguisez que le loup va vous égorger ?
Et le mouton de répondre :
… Il faut bien vivre …
L’histoire originale est de Lanza del Vasto
http://www.dailymotion.com/video/xxtjel_stephane-hessel-a-londres_news#.US31-TfYjwU
« La guerre n’est pas perdue »
Brouillon à peine réparé, écrit au verso de mon set de table au restau de midi ( assiette végé comme il se doit, avec un verre de Bordeaux pour les polyphénols 😉 )
—L’humanisme entre en léthargie, et avec lui, c’est toute l’humanité qui entre en hibernation.
Oh certes, elle fait encore du bruit l’espèce humaine, et de son feu fouaille sa mère la Terre, en sa profondeur, en ses eaux, polluant son air.
Mais l’espèce humaine n’est plus l’humanité.
Car l’action n’obéit plus à l’Esprit.
.….….…
Via sa devise, les valeurs fondamentales de la république sont encore à l’affiche, font partie de la bande annonce.
Mais c’est comme au cinéma, quand parfois après avoir apprécié le lancement on se précipite vers la déception (payante!).
La république, c’est du cinéma, pourrait on dire.
Car si la république fut pensée, elle ne pense plus.
Car ce ne sont plus (ou ce ne sont pas) les humanistes, ni même les humains, qui orientent et décident, mais l’égrégore entrepreneurial, ou pire l’égrégore finance, dont la seule valeur est la valeur = la valeur boursière des choses et des êtres, le retour sur investissement, la rentabilité immédiate, la cécité comptable, sans conscience mais soumise à simple arithmétique.
Ainsi somme nous passés de l’État providence à la république comptable et à la gouvernance arithmétique.
On n’insiste pas assez sur cette substitution de l’arithmétique à l’Esprit.
La logique comptable, un démon, un dément, enfanté par l’inhumanité des anciens maîtres du monde, mais qui désormais les dépasse et les gouverne à leur tour.
Je veux dire que l’Esprit est en panne.
Quasi en toute classe sociale ou culturelle.
Chez les riches comme chez les pauvres.
Chez les pauvres comme chez les riches.
Et cela depuis que nos valeurs ne sont plus son moteur.
Nos valeurs ne sont plus le moteur de l’Esprit, ni le moteur de nos choix, car reléguées dans la vitrine républicaine, comme dans une vitrine de musée, là où sont rangés de précieux outils anciens, obsolètes, objets désuets dont il est interdit d’user de peur de les user.
Ainsi nos valeurs sont elle rangées dans notre esprit collectif comme un souvenir,
décoratif, vanté mais fallacieux.
Ce qui est d’autant plus morbide qu’elles sont encore, mensonge, encore prétendues actives, pérennes et permanentes, persistantes, ce qui bloque toute révolte ou volte face nécessaires :
C’est notre âme qui nous ment, en nous dissimulant sa mort, et nous livre ainsi vulnérables à l’ogre comptable.
Cependant
Nous pouvons, nous devons, donc ne nous en privons pas, accuser le système représentatif, et l’oligarchie, et la connivence des pouvoirs officiels avec les pouvoirs cachés, parfois la prévarication, ou la corruption, nous pouvons/devons accuser les coupables, ils sont nombreux, l’enquête en est aisée. Mais.
Mais ne perdons pas de vue le fait que cette république fondée sur la dictature par l’élection a perdu ce qui en gros de 1945 à 1965 en faisait un ersatz supportable de la démocratie :
elle a perdu l’Esprit.
La république a perdu l’Esprit.
L’»élite« dirigeante a perdu cette minime part d’honneur et d’intelligence empathique qui nous la rendait supportable et lui faisait prendre des décisions pas trop contraires au bonheur commun : elle a perdu cela lorsque subrepticement, sous l’impulsion de la pensée néolibérale, nos valeurs ont été remplacées par l’esprit comptable, et par ce pragmatisme à deux balles qui l’a conduite à se soumettre à ce qui est, à ce qu’elle a permis d’être, au lieu de se donner corps et âme au combat pour ce qui doit être.
Nous pouvons, nous devons, donc ne nous en privons pas, exiger la démocratie, réelle, mais ne perdons pas de vue le fait que l’actuelle démence comptable a placé nos valeurs humanistes en hibernation, et que ce problème là est mental et philosophique, plus que structurel.
Parallèlement à la démarche politique, c’est donc le niveau de conscience et de compréhension de tous qui devra être réparé ( par qui ? … merci à Stéphane, qui vient de nous quitter, et aux autres, pollinisateurs de conscience si peu médiatisés hélas ), la conscience et la compréhension de tous, disais-je, y compris celles de ces « dominants » que nous aurions tort d’exécrer, qui sont une composante du peuple, ne l’oublions jamais.
C’est là une très belle réflexion, ANA, sans vouloir donner l’air de vous cirer les pompes – je tiens à le préciser car c’est ce que l’on m’a reproché ailleurs, moi qui voulais simplement exprimer ce plaisir d’avoir lu des choses qui me touchent et me parlent infiniment, cette connivence intellectuelle sinon cette humanité en nous, ces partages avec autrui qui font tant de bien et nous confortent dans nos idées, nos questionnements… et tout ce que vous évoquez là me paraît si juste !
Cette empathie, cet éthique, ce profond respect (de soi et des autres), cette humilité face à nous-mêmes et face au Vivant, cette insignifiance, cette impermanence en même temps que cet idéal et tout cet Absolu qui nous dépasse… mais plus important encore aujourd’hui, cette responsabilité commune et ces choix de société, la menace écologique et toute l’inconséquence humaine…
Quand ce Monde a tout à nous donner, Paradis en soi et en potentiel… ces grappes de la jouissance et cet Esprit de l’équité… Chees !
Réflexions subversives 😉
sur le suffrage universel et le referendum
Parmi les principaux outils de domination du grand nombre par le petit nombre, et des plus efficaces, il y a l’élection par le suffrage universel, et le referendum à la française.
Au sortir de la guerre de 1870, alentour de l’épisode de la commune, l’assemblée nationale comporte une majorité de royalistes.
A cette époque, l’idée du suffrage universel a le vent en poupe, ou est au minimum souvent évoquée,
(l’annexion des Savoie via un plébiscite truqué en est l’illustration), et, on s’en doute, ces nostalgiques de l’ancien régime n’y sont pas franchement favorables :
Ils sont inquiets à l’idée que le suffrage universel pourrait permettre à la « populace » de décider de tout et donc de casser » l’organisation sociale« en vigueur, et donc de remettre en cause les privilèges dont jouissent les survivants des castes anciennes et leurs frères ennemis que sont les nouveaux riches en valeurs mobilières.
C’est alors que Thiers (…député de 26 départements …) leur explique que le suffrage universel est le meilleur outil de protection de leurs avantages : car on saura faire voter au peuple ce qu’on voudra qu’il vote ; ajoutons que ce processus »démocratique«, et pour les gens de bien ce n’est pas un mince bénéfice secondaire, confèrera un statut de légitimité inattaquable aux propositions du petit nombre acceptées par le grand nombre, aux décisions des »élites«, »choisies« par le grand nombre, et interdira au peuple la contestation de ce qu’il aura lui-même permis ou encensé …
N’avons nous pas entendu, plus de 110 ans après, François Mitterrand répéter à l’envi : « je suis un légaliste » … Ben voyons …
On pourrait croire, et on tente de nous faire croire, que l’avènement du suffrage universel s’opère dans un noble esprit démocrate, en vue d’accorder au peuple ce dont il n’avait jamais disposé, un vrai pouvoir, celui de nommer ses représentants et donc d’avoir barre sur eux, cycliquement ; mais il n’en est rien : il s’agit à l’époque, et nous en vivons encore l’effet, persistant, et aliénant comme prévu par Thiers et par d’autres, il s’agit à l’époque d’offrir au peuple une illusion, un leurre, pour le calmer aux heures de la commune : l’illusion de son autonomie et de son libre-arbitre, un fallacieux pouvoir derrière lequel se cache le renoncement définitif à la démocratie étymologique ;
il s’agit d’un hold-up sémantique sur le mot démocratie, par l’inversion de son sens, d’où s’ensuit l’anesthésie profonde de l’esprit démocrate, mis en coma artificiel par aphasie linguistique ; et nos hiérarques de pratiquer l’ « aphasie jargonnante » (c’est une maladie ; cf google) volontaire, en usant à qui mieux mieux d’un mot pour un autre ; il s’agit de conduire le peuple à consentir, à choisir « librement » son obéissance, en lui laissant croire qu’il contrôle son destin, et en lui répétant ce « mensonge démocratique » autant que nécessaire (il ne se passe pas de jour sans que nos médias ne nous rappellent que nous sommes en »démocratie« et si c’était vrai, ils ne se donneraient pas cette peine).
Tout ceci qui précède est considération générale sur le système représentatif réglé par l’élection et sans contrôle des élus. Mais je souhaite focaliser sur le concept de referendum. Qui pourrait être ouverture mais n’est qu’enfermement.
Lorsqu’on nous propose, de nos jours en France, un referendum national sur tel ou tel sujet, nous pouvons être tentés de penser que cette offre n’est impulsée que par un souci démocrate de nos hiérarques, souci particulièrement aigu chez nos élus, en la circonstance particulière d’une question majeure, souci qu’usuellement le pouvoir serait contraint de ranger de côté en raison du coût du referendum national, ou en raison de la complexité rédhibitoire de la démocratie à grande échelle qui devrait cependant être assumée ponctuellement lorsque le jeu en vaut la chandelle ou lorsque l’enjeu est majeur.
Que nenni.
Portons notre attention sur le fait que le peuple n’a en aucun cas participé à la rédaction de la question. On lui dicte donc le thème de sa réflexion, et les thèmes qui lui sont chers ne seront abordés qu’au bon vouloir de ses maîtres.
Portons notre attention sur le fait que la question est binaire, c’est à dire qu’il n’est possible d’y répondre que par oui ou par non.
Et que toute idée neuve et différente qui anime le peuple ou une partie du peuple, ou un citoyen, ne sera visible que si les médias le veulent bien.
Ainsi donc, c’est le pouvoir en place qui choisit l’instant et le thème du débat, qui en cadre la portée et les règles, qui par l’enfermement du peuple dans un choix binaire peut, via une interrogation judicieusement formulée, canaliser le peuple vers la réponse souhaitée par l’impulseur oligarque.
Souvenons-nous du « il n’y a pas de plan B », qui signait cette sorte de chantage : « même si le projet ne plaît pas,votez oui car non serait pire ».
En général, ça marche !
Ça a fonctionné en 1958 lorsqu’on nous a fait choisir « la constitution de 1958 », qui notons le, rendait légal son remaniement par l’ »élite », mais cette fois-ci sans nous consulter (!).
Et si d’aventure, nous les descendants des votants de 1958 , nous contestons ce texte, ou ses versions ultérieures, il nous sera systématiquement répondu que tout cela est légal, légitime, incontestable, puisque fondé sur le suffrage universel.
En 1993, ça a marché aussi, avec le traité de Maastricht, qui, notons le, entre autres vilénies, portait en son article 104 le devenir dramatique de la dette européenne.
On croise parfois des VIP d’attac qui se souviennent avec regret d’avoir voté oui : le rédacteur sait ce qu’il écrit, mais il faut du courage au citoyen, même éclairé, pour analyser « un pavé ».
Et dans ce cas là aussi (Maastricht), le referendum apparaît comme le verrouillage pour cause de légitimité populaire de cela même qui au moins par certains aspects nuit à l’intérêt général, du peuple.
En 2005, par contre, permettez moi d’enfoncer cette autre porte ouverte, avec le projet de texte européen qui nous était présenté, ça a loupé :
Le pouvoir en place, de droite, voulait imposer son oui, avec l’appui étrange d’une prétendue gauche, mais surtout avec l’appui quasi inconditionnel et massif de l’empire médiatique, empire qui pourtant n’a pas suffi à modeler l’opinion : des électrons libres ont réussi à le court-circuiter, suivez mon regard 🙂
Ainsi donc, en 2005, la gouvernance n’a pas réussi à faire choisir par le peuple la volonté de la gouvernance !
Et a été fort déconfite de découvrir que le raisonnement de Thiers pouvait être incidemment lacunaire, et que le peuple possédait parfois (mais rarement ?) une volonté propre.
L’internet venait d’entrer dans la danse…
Mais tout n’était pas perdu pour les autocrates de 2005 puisqu’il leur restait la voie parlementaire, leur issue de secours LÉGALE bien qu’ILLÉGITIME, permettant de contourner le verdict des urnes référendaires. Ce fut le traité de Lisbonne. Traité anti-populaire mais parlementaire, donc un peu plus facile à contester par le peuple, mais ô combien peu dans la »démocratie« du « cause toujours mon lapin ».
Je résume :
Le referendum à la française permet au pouvoir en place de tenter de faire légitimer par le peuple une volonté qui n’est pas née du peuple mais née de l’oligarchie (élue ou pas).
En général, il y réussit, ce qui par la suite lui permet de clouer le bec à la contestation, en l’accusant de ne pas respecter la volonté populaire.
En cas d’échec, il lui reste la voie parlementaire, ce qui établit clairement le côté bidon du referendum, son côté « poudre aux yeux ».
En face du referendum « à la française » existe le referendum « à la suisse ».
C’est à dire le droit d’initiative populaire, ou referendum d’initiative citoyenne (RIC).
De quoi s’agit il.
Sans entrer dans le détail des procédures d’examen de la cohérence des textes proposés.
En Suisse, les citoyens ont la possibilité tantôt de refuser une loi, tantôt d’en proposer une.
En court-circuitant leurs parlements ou autres assemblées locales d’élus.
Selon le mécanisme suivant, qui s’applique au niveau communal, au niveau cantonal, au niveau fédéral :
Un groupe de citoyens (éventuellement un seul citoyen) propose une question. Il collecte un certain nombre de signatures de citoyens favorables à un referendum sur cette question ( à noter qu’un citoyen authentiquement démocrate peut être favorable au referendum sans être partisan du oui, et donc accorder sa signature dans l’intention de voter non !).
Lorsque le nombre requis de signatures ( « seuil de déclenchement » ) est atteint, l’organisation d’un referendum est incontournable, et le résultat du referendum sera lui aussi incontournable, sauf combat procédurier, c’est normal 😉 (on l’a vu dans l’affaire du tabac au niveau cantonal genevois).
C’est ainsi, exemple, que le 3 mars 2013 le peuple Suisse a choisi spontanément d’interdire les parachutes dorés, malgré une longue résistance de ses représentants …
Et le lendemain, notre premier ministre français de se réjouir de cette décision populaire, et de songer à la copier en France, que n’y avait il pensé seul, mais sans songer à copier le principe démocratique qui en était la source génératrice…
Il faut bien parfois accepter de se perdre dans le détail technique 😉
La réflexion sur le seuil de déclenchement n’est pas simple (trop bas, c’est une avalanche de referendums et trop haut, c’est leur blocage) et je la crois sans issue dans le cas d’une masse de 50 ou 60 millions de votants (ou beaucoup plus à l’échelle continentale …). Mais il existe d’autres techniques, par exemple le test sur petits territoires emboîtés, jamais envisagé puisque les rares pays intégrant le RIC sont petits.
Parvenue à ce point de la réflexion, je tiens à rire attristée de la duplicité de nos édiles, qui en France et en Europe nous offrent des ersatz du droit d’initiative populaire, un peu comme s’ils voulaient se défausser en nous en pondant une pale copie, joliment étiquetée « initiative référendaire », véritable foutage de gueule, qui pourra les aider à se protéger de la version intégrale, qui elle, et elle seule, permet au peuple de contrôler en permanence ses représentants, leurs décisions, mais aussi leurs plus ou moins lâches non-décisions :
Curieusement, la parodie se retrouve en double exemplaire et avec le même numéro (article 11), au niveau national et au niveau européen.
Article 11 de l’actuelle constitution de la république française :
C’est surtout le 3ème paragraphe qui nous intéresse ici , relatif à ce que le jargon nomme « initiative référendaire », vocabulaire qui singe honteusement l’initiative référendaire helvétique.
début
Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.
Lorsque le référendum est organisé sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d’un débat.
Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d’une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l’abrogation d’une disposition législative promulguée depuis moins d’un an.
Les conditions de sa présentation et celles dans lesquelles le Conseil constitutionnel contrôle le respect des dispositions de l’alinéa précédent sont déterminées par une loi organique.
Si la proposition de loi n’a pas été examinée par les deux assemblées dans un délai fixé par la loi organique, le Président de la République la soumet au référendum.
Lorsque la proposition de loi n’est pas adoptée par le peuple français, aucune nouvelle proposition de référendum portant sur le même sujet ne peut être présentée avant l’expiration d’un délai de deux ans suivant la date du scrutin.
Lorsque le référendum a conclu à l’adoption du projet ou de la proposition de loi, le Président de la République promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats de la consultation.
fin
Article 11 du traité sur l’Union européenne
C’est le point 4 qui nous intéresse ici.
Début
1. Les institutions donnent, par les voies appropriées, aux citoyens et aux associations représentatives la possibilité de faire connaître et d’échanger publiquement leurs opinions dans tous les domaines d’action de l’Union.
2. Les institutions entretiennent un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile.
3. En vue d’assurer la cohérence et la transparence des actions de l’Union, la Commission européenne procède à de larges consultations des parties concernées.
4. Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission européenne, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités.
Les procédures et conditions requises pour la présentation d’une telle initiative sont fixées conformément à l’article 24, premier alinéa, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
Fin
(L’article 24 présente aussi un certain intérêt comique, qui permet le droit de pétition et pour chaque individu le droit d’écrire aux instances ; encore heureux … qu’on nous accorde un droit que nous possédions déjà, bien que relativement vain, et il le demeure)
A travers ces deux articles 11 on a la preuve du foutage de gueule ambiant, qui dans la continuité de Thiers « fait semblant » d’accorder des droits mais en réalité fermer la porte à la revendication et à l’invention démocrates par l’émission d’un leurre.
Ces textes signifient en fait :
« Vous avez le droit de nous nommer et de nous demander des trucs, mais nous conservons celui de décider sans vous écouter ».
Et l’élite rédactrice de certainement se gausser sous cap.
Le vrai droit d’initiative populaire est au contraire pour le peuple un véritable outil, non seulement de contrôle des représentants mais encore de gouvernance directe, qui confère à la Suisse un statut de quasi-démocratie (bémolisée par l’empire médiatique), que nous pouvons jalouser avant de rêver à une réelle-démocratie, qui est l’étape suivante sur le chemin de la liberté et de l’émergence du cerveau collectif.
Car face à la dictature cyclique élue (notre système actuel en France) ou face à la dictature des commissions nommées par cooptation (le système européen), le système parlementaire contrôlé par le peuple constituerait une voie acceptable, inférieure certes en qualité à la démocratie directe à grande échelle (qui, elle, est peut être un peu trop difficile à mettre en oeuvre pour être exigée de but en blanc et a peut être besoin de croître en douceur, ça se discute).
Le contrôle populaire d’un parlement pourrait aussi s’opérer, comme développé un peu sur ce site, via une assemblée sur-veilleuse tirée au sort, mais ce n’est pas le thème de mon plâtre d’écriture 😉
Les adversaires du RIC, qui ne sont pas tous des saigneurs mais souvent des serfs particulièrement bien manipulés, s’appuient souvent sur la mise en doute de la compétence du peuple.
Il est exact que la compétence du peuple est à cette heure limitée, mais cela est selon ma perception consécutif à son impuissance :
quand on n’a aucun pouvoir, on ne fouille pas en profondeur les thèmes dont on devrait se soucier en tant que co_décideur. L’état d’obéisseur induit la morosité, puis en corollaires l’inconnaissance et l’incompétence.
Notons qu’en face, l’état de commandeur incontrôlé induit une surestime de soi qui est le germe d’une autre forme d’incompétence.
Et puis … lequel de nos élus a les connaissances en plomberie et physique nucléaire nécessaires à l’évaluation du risque encouru ?
A quels experts l’élite va-t-elle confier son jugement au point de se soumettre et donc de nous soumettre aux courtes vues des intérêts privés ?
Il est fortement à craindre ou à constater que la gouvernance élitiste est moins compétente que la masse intégrale du peuple, puisqu’en le corps social existent des experts qui eux ne sont pas téléguidés par l’argent ou le chantage à la position sociale.
Les adversaires du RIC et de la démocratie directe (je me souviens de longues conversations dans le cadre des indignés d’Annecy avec une militante UMP qui poussait cet argument sur notre échiquier convivial), avancent aussi l’idée que fatigué le soir par sa journée de travail le citoyen lambda ne dispose pas de l’énergie vitale nécessaire pour en plus de ses soucis personnels se charger des soucis de la cité.
Argument poussé par des gens honnêtes mais qui ne perçoivent pas le piège qui consiste à se baser sur ce qui est pour s’interdire ce qui doit être.
Raisonnement pernicieux qui consiste à accuser le prisonnier de n’être pas libre, en quelque sorte.
Il est pour moi évident que si la démocratie réelle se heurtera(it) en ses débuts aux difficultés de l’ancien régime, elle les soignerait petit à petit, jusqu’à rendre obsolètes tous ces arguments relatifs à la conscience et à la disponibilité du citoyen.
La mutation des consciences serait longue, qui nécessite dès le premier âge de l’être un changement de cadre, avec un effet qui pour jouer à plein peut demander plusieurs générations, mais hors la démocratie elle n’aura jamais lieu cette mutation, tandis qu’en réelle démocratie elle présentera la même lente croissance que le plus puissant des chênes (ou baobab 😉 ).
La démocratie est inconcevable sans la patience du jardinier, et nous savons bien que la précipitation crée des Lénine, des Béria, des Trotsky.
.….….….…
Donc engrangeons bien la modeste idée que nptre rêve démocrate soigne mais ne guérit qu’à long terme.
Pour demi-conclure :
Le RIC constitue un bon remède à la situation actuelle, un pansement sur la blessure des siècles, une bonne amorce de la démocratie réelle ; cependant, quelle que soit sa technologie, il présente l’inconvénient de ne pas constituer un contrôle permanent, mais seulement un contrôle épisodique, lié aux circonstances (et aux coûts).
Il ne se présente donc que partiellement comme outil de développement et maturation de la conscience collective telle que celle que ne manquerait pas d’impulser la démocratie directe et à grande échelle, fondée sur un débat permanent, universel, exhaustif, à travers des assemblées délibératives organisées selon une topologie que Condorcet esquissa en son temps.
Admettons quand même avec Yvan Bachaud que si nous l’obtenons, nous pouvons obtenir tout le reste.
Et, last but not least, méfions nous de la logique comptable qui consiste même chez les démocrates convaincus, à vouloir confier au vote la décision, écartant d’emblée l’entrainement psychophysique de la société à la logique du consensus délibéré.
En effet, le vote est une opération algébrique menée sur les passions, il établit la somme statistique des désirs individuels, qui ne sont pas toujours le goût de l’individu pour le bien commun, et il ne permet pas de générer la volonté générale : au contraire le vote conduit à intégrer la dissension au cœur de la décision, en reléguant aux oubliettes les âmes qui se situent sur les bords de la courbe de Gauss. Le vote divise et fortifie la division en la rendant définitive ! Et bloque donc l’unité d’âme du peuple avant qu’elle ne naisse de longues joutes orales, avortées bien que vitales et nécessaires !
Vaste autre thème.
C’était un brouillon 🙂 !
Une autre façon de dire :
« Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. »
Jean-Jacques Rousseau
J’adore ce jugement excessif car il est le mien.
Quand la démocratie est truquée, le démocrate, pour être cohérent, ne peut que dénoncer à l’excès.
Merci Jean-Jacques 😉
Le propriétaire d’une Rolls s’offre souvent les services d’un chauffeur.
En tel cas, il ne conduit donc pas sa voiture, mais cependant maîtrise le choix de la vitesse, de l’itinéraire, et de la destination.
Car son chauffeur, payé par lui, est tenu d’entendre, écouter, respecter les instructions de son maître.
Le propriétaire conserve le contrôle.
Ainsi est il possible de se décharger de la conduite des affaires tout en en conservant le contrôle.
Encore faut il que le contrat d’embauche le permette.
Le peuple français, au moment de l’élection, engage en CDD une équipe chargée de piloter le véhicule social.
Mais l’employé devient le maître.
Le peuple ne contrôle rien.
Il ne maîtrise ni la destination, ni l’itinéraire.
C’est comme si le chauffeur de la Rolls contrôlait en permanence le propriétaire, comme s’il était autorisé à ne pas l’entendre.
Le contrat d’embauche politique signé à l’instant de l’élection est donc une incongruité puisque le maître devra obéir au valet.
Le maître, alias le grand nombre, qui est, dit on, « le peuple souverain », devra paradoxalement obéir, collectivement mais aussi individuellement, devra obéir, obéir aux injonctions de celui qui est sensé le servir : le petit nombre des élus.
Fallacieusement, on nous dit que cela s’appelle « démocratie », c’est à dire étymologiquement « gouvernement du peuple ».
Alors qu’en fait, quand le grand nombre doit obéir aux dictats du petit nombre, le terme juste est « dictature ».
(La vérité nue peut paraître excessive à ceux qui y sont soumis : terrible victoire de la manipulation des âmes )
Et le fait que le peuple nomme ses maîtres n’y change rien : nous vivons en dictature, même s’il s’agit d’une dictature cycliquement élue, même si le goulag est de petite taille …
La genèse de l’affaire Cahuzac est peu intéressante car nous savions déjà que s’ils ne sont pas « tous pourris » certains le sont.
Par contre ce qui se dit ces temps-ci autour de l’argent est plus révélateur, en ce qui concerne le thème de cette page veux-je dire.
En premier lieu, la classe dirigeante se présente en vierge effarouchée, quasi unanime à soutenir qu’il s’agit là d’une exception.
Puis certaines de ces honnêtes élites nous alertent du danger d’explosion populiste consécutif à la suspicion institutionnelle projetée par le gouvernement.
Ne polémiquons pas mais retenons de cette aventure la très visible cohésion de la classe politique, que j’avais pointée comme l’une des causes de la domination, par le petit nombre, du grand nombre ( qui quant à lui est savamment empêché de se constituer en corps social solide ).
Retenons ensuite que sur les grands médias, il est dit en clair, ça en est stupéfiant de candeur droitière, que la richesse des élus n’est pas le problème (et que c’est le contrôle de l’évolution de leur fortune qui compte). On ajoute même, ça vous donne une petite coloration de sociologique, c’est d’un chic, qu’en France le fait d’être riche engendre la suspicion, et que ça poserait problème.
Mais
Hors le silence pudique sur le fait que quand on possède des millions, il y a forcément eu à un instant ou à un autre au minimum une facturation exagérée, illégitime au sens humaniste, bien que légale, ça, c’est un sujet tabou, outre cela, personne, je dis bien personne, détrompez moi siouplaît, ne relève le fait qu’au parlement et au gouvernement, il n’y a aucun smicard, aucun pauvre, aucun chômeur, personne qui soit obligé de ramer pour vivre.
Et il est là le vrai problème : je me moque que msieur Cahuzac qui était cardiologue ait préféré sauver des tignasses plutôt que des coronaires, je me moque de son mensonge, qui dénote plus une maladie de son unité centrale qu’un mal politique, non, dans le contexte de cette page, retenons le fait que les pauvres ne sont pas présents au débat qui les concerne.
Et qu’il est assez logique que des élus qui sont au minimum confortables ne soient pas passionnés par une substantielle augmentation du smic.
Et comprenons bien qu’au début des années 80, ce ne sont pas des salariés lambda qui ont mis fin à l’indexation des salaires sur l’inflation, mais un socialiste riche.
Tant qu’il n’y aura pas au parlement un SDF autre que Diogène volontaire, il restera en France des SDF.
Et c’est toute la force du tirage au sort, qui protège de la ploutocratie, de permettre l’accès à la codécision de ceux qui en ont le plus besoin et à qui nul ne saurait reprocher de succomber à un conflit d’intérêt pour une fois légitime.
(( Je m’oppose à ce qui a été suggéré sur le forum d’assortir le tirage au sort d’un test d’aptitude, mais la domination par l’acuité culturelle est un autre thème, connexe)))
Bonjour,
Ana, du fait de son manque d’argent, le pauvre peut-être corrompu. 😉
Merci, ANA, de la peine que tu t’es donnée, ces réflexions, cette pertinence, cette ouverture au débat…
… oui, le pauvre peut être corruptible, STEPHANE, et c’est peut-être pour cela que nous ferions bien de ne pas trop utiliser non plus ce terme de pauvres, ô combien connoté et réducteur pour certains… surtout quand notre projet sociétal et démocratique paraît à ce point utopique à ceux-ci, en dépit de ces notions et postulats d’abondance et d’équité qui lui sont associés.
Le fait et la réalité démocratique concernent tout le monde, tout un chacun, quel que soient ses compétences, son patrimoine, son train de vie ; ne confondons pas équité, égalité, différences, diversité, choix de vie et j’en passe, le bien communautaire nous concerne tous, dans ce juste rapport équitable économique et institutionnel, libre à chacun ensuite de vouloir un peu plus et s’en donner les moyens pour cela, dans le respect d’autrui et de son environnement.
Evidemment, ce terme de pauvres en opposition aux oligarques qui nous contrôlent et aux décideurs économiques qui nous pressent et nous conditionnent, mais n’oublions jamais personne, les mieux lotis d’entre nous comme les plus modestes, ces différences et cette diversité comme ce juste milieu, ce juste rapport équitable qui permet ces limites à ne pas franchir en dépit de ces choix de vie et de ces traitements variés.
Mais détrompez moi siouplaît, je n’en sais pas plus que vous, moi qui ai pris ce joli train tout récemment.
fabien
Complément au message 54, au titre de la pédagogie.
Il y a un mois ~ , j’étais allée à une porte ouverte de l’école Montessori de Pringy (74)
J’avais été plus qu’intéressée.
Du coup, suis retournée ce samedi matin à une « matinée parents » ( mon fils a 28 ans 😉 ).
Toujours enthousiasmée, car la philosophie Montessori prend le contre pied de la politique éducative française classique.
Là, on respecte rigoureusement le rythme de l’enfant, avec le souci essentiel de permettre la naissance d’une confiance en soi.
L’échec n’existe pas, mais l’expérimentation est reine.
Il n’y a pas comme à l’ « éducation nationale » un programme à suivre, ni un cerveau à remplir.
« wait and see, and we shall see », en quelque sorte.
L’enfant crée son propre programme, son désir, son intérêt, sa passion, et l’adulte n’est là que pour offrir un matériel et l’occasion de vivre la découverte.
J’y retournerai, pour apprendre encore.
Car
Si notre civilisation est malade, c’est entre autres en raison de sa boulimie de rentabilité, et d’une peur de l’inconnu, peur de l’imprévisible richesse qu’induit la liberté vraie, qui vont jusqu’à vouloir dans la précipitation forger les êtres à être conformes aux obsessions collectives.
Observer donc comment d’autres pensent et organisent/favorisent la poussée de l’être, avec la patience du jardinier, cela m’éclaircira certainement sur le rêve idéal pour la société de demain.
Il y a des années que je remarque que la DUDH ne contient aucun article sur le droit à la lenteur, le droit à la quiétude, le droit au silence. Symptôme révélateur.
ça m’a traversée hier ->
encore des mots à l’envers ->
« La grande distribution »
On en rêve, c’est quand, c’est où ?
Profitons en pour ajouter à la liste des outils de la dominance les mécanismes de canalisation des denrées vitales (qui excluent les petits, asservissent le paysan, anéantissent l’indépendance alimentaire etc etc)
De la diversion
Il y a peu je pointais le referendum à la française comme l’un des outils de la dominance, qui par le pouvoir de proposer dispose d’une entière latitude pour imposer le thème et le terrain du débat, et ses berges et ses limites, et donc pour écarter un certain temps le cerveau collectif de toute réflexion autre, haute, et libre, car spontanée.
Mais la méthode de diversion des esprits s’applique en d’autres circonstances, et même, c’est particulier, précisément là où le peuple n’a pas son mot à dire : le débat parlementaire ->
Il sera judicieux pour un gouvernement de proposer une loi mineure à l’instant où il a besoin de faire oublier un sujet majeur, et avec la complicité de la presse, et peut être celle de certains groupements citoyens plus ou moins squattés/téléguidés, il pourra enflammer le cœur des foules, jusque même parfois à provoquer des manifs, copieuses mais inutiles :
L’une des dimensions du mensonge démocratique est ici particulièrement pernicieuse qui consiste à faire croire aux gens que manifester leur permettra d’infléchir la décision de leurs »représentants« (en fait, le plus souvent, celle de la majorité disciplinée et affiliée) :
bercés de cette illusion ils mettront d’autant plus d’énergie à se battre sur ce terrain qu’ils croient être le leur mais qu’on aura choisi pour eux, et l’énergie qu’on met là, on ne la met pas ailleurs.
Et pendant ce temps de dispute stérile, qui peut durer des semaines, la gouvernance a les mains libres pour aller ici ou là signer quelque traité international, lancer un corps expéditionnaire dont c’est certain il sera fait mention sur l’empire médiatique, mais modestement, ou pour toute autre action qu’elle tient à mener sans trouble et discrètement.
Au quotidien, les medias, au prétexte d’alerter entretiendront couramment d’autres diversions, la liste est longue de ces mille et un sujets qui passionnent ou font peur, mais maintiennent le peuple loin des sujets essentiels, et 😉 en particulier loin de la cause des causes 😉 et de la vérité nue.
Bonjour,
Dans l’état actuel des choses, en gardant la perspective d’une refonte de notre système politique dans un nouveau moule.
Nous nous devons de composer avec les moyens qui sont à notre disposition pour déclencher la révolution politique, révolution, car il nous faut au moins ça pour rattraper l’évolution retardée par les saboteurs qui sont aux manettes du pays.
Pour cela je ne vois qu’un seul moyen, il est à la portée de tous et il devrait mettre en panne le suffrage des maîtres, c’est le vote BLANC, si la majorité des Français vote BLANC, tous le reste devrait suivre …
Oui, ANA, nous ne sommes pas sortie de l’auberge… cette auberge de dupes et pro‑N.O.M.ique
Voter blanc serait évidemment la ligne de conduite, dans un premier temps… mais nous en revenons toujours à ce postulat factuel, si je puis dire, qu’une ample majorité ait pris conscience de tout ça, ce qui n’est déjà pas rien, même sans parler de tirage au sort et autre projet Constituant !!
Le Pouvoir est bien là qui en impose et étrangle la Démocratie…
Pour que la démocratie advienne, il faut que le peuple cesse d’être une légende.
Non Ana tu ne peux pas dire que la loi du mariage pour tous est une loi mineure, c’est une loi majeure ne t’en déplaise.
Et la guerre c’est la paix si ça continue avec des raisonnements pareils . Il n’y a pas qu’Orwell qui nous a mis en garde contre cet esprit de non-discrimination qui nous ferait dire que tout est égal à tout, d’ailleurs si tout était égal à tout, ton parcours perdrait de son sens.
Si être un homme c’est la même chose qu’être une femme, alors pourquoi devoir passer par la technique médicale pour abolir cette différence ? Ton expérience te le dit mais il y a une partie de toi qui ne veut pas l’entendre et c’est celle qui vient faire obstruction dès que le sujet est présenté sur la table. Ce genre de raisonnement d’indifférenciation est purement idéologique, idéologique car il ne s’appuie sur rien de réel, c’est même un déni de réalité.
Serions-nous déjà dans une société psychotique où le réel est réinventé en fonction des désidératas d’un groupuscule particulier ?
Et demain, en vertu de ce principe égalitaire, qui voudrait que si c’est possible pour l’un c’est possible pour l’autre, où va-t-on arriver, à quel désir allons-nous devoir soumettre la loi des hommes qui voudrait se faire plus grosse que la loi de la Nature, hein, dis-moi, à quel désir allons-nous devoir obéir ?
Pas seulement Orwell pour nous le dire mais aussi des gens comme Huxley et Bradberry… ça suffit d’entendre cette même musique qui ferait passer pour des demeurés ceux qui sont soucieux de la différenciation, source de vie, source de vie car l’énergie EST tension des contradictoires, sans polarités différentes, le monde dégringole car plus de tension vitale, et c’est alors le totalitarisme dont nous mettent en garde eux aussi, bien avant Orwell, Huxley et Bradberry, des gens comme Tocqueville et Platon, ce monde totalitaire qui nous guette, où tout se confond et où l’on n’entend plus qu’une seule voix, celle du tout est possible, toujours plus…et où la vie s’éteint, car paradoxalement le tout appelle le rien.
J’ai été plus rude qu’hier soir, mais tes sous-entendus m’invitaient à l’être et tu m’as dit ne pas aimer la pommade, j’ai exaucé ton souhait, pas de pommade, mais pas de rudesse inappropriée.
Maintenant, chacun fait ce qu’il veut, j’ai dit ce que j’avais à dire, mais qu’on arrête de dire des conneries, parce que dire que tout se vaut, pour moi, ce sont des conneries
@ Catherine
La loi du mariage pour tous est une loi mineure, qui concerne une minorité. Elle n’affecte PAS la vie de la majorité, elle n’enlève aucun droit à la majorité, elle ne discrimine personne. Elle donne juste un droit identique à une minorité afin d’atteindre, au niveau de la loi, un droit égal pour tous, quelque soit l’orientation sexuelle.
Que ça te plaise ou non, Catherine B, cette loi EST une loi mineure.
A contrario, le TSCG, le Two Packs, le Six Packs, l’ANI, la loi sur les retraites, l’indexation (ou la fin de l’indexation) des salaires, … sont des lois MAJEURES, elles, parce qu’elles touchent TOUT le monde, indifféremment.
C’est la GRANDE différence qui existe entre une loi à portée SOCIALE et une loi à portée SOCIÉTALE.
Et la remarque d’Ana est parfaitement justifiée, car pour pouvoir passer toute une série de lois MAJEURES en douce, sans alerter l’opinion publique sur ces sujets essentiels qui touchent chacun, le gouvernement prétendument socialiste de François Hollande à utilisé un (vieux) LEURRE sociétal, cette fameuse loi du mariage pour tous, afin d’enfumer l’opinion publique et de semer une confusion de principes permettant de DÉTOURNER l’attention sur toutes ces lois MAJEURES qui sabrent les quelques lambeaux de droits SOCIAUX acquis depuis les années trente.
Et les blaireaux sont tombés dans le piège comme un seul homme. Classique. D’ailleurs, on devrait rouvrir la chasse au blaireau, on aurait largement de quoi se refaire un manteau pour l’hiver ^^
Morpheus
http://www.lefigaro.fr/politique/2013/02/08/01002–20130208ARTFIG00628-pma-le-malaise-d-enfants-nes-d-un-don.php
Pour les gentils démocrates
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/845347-je-suis-homo-contre-le-mariage-gay-m-hollande-arretez-la-democratie-a-deja-perdu.html
@87
Relis ce que j’ai écrit qui n’est pas ce à quoi tu réponds.
Ce message est généraliste et s’inscrit dans une longue liste orientée vers les questions de Marat et Simone. Et il n’est pas la suite de notre conversation ailleurs.
Il y a plein d’autres lois mineures que celle à laquelle tu penses.
L’aubaine terroriste
Ce titre est difficile à écrire car il peut être mal interprété.
Alors j’ajuste par anticipation protectrice :
Une aubaine, c’est ce dont on profite comme ça se présente mais sans l’avoir voulu ni orchestré.
De plus en plus souvent sur les médias on lit ou entend dire que l’internet est un outil de partage pour les candidats terroristes, que des « recettes » y sont en ligne, qu’il favorise le basculement psychologique de certaines personnes pourtant « bien intégrées » vers le passage à l’acte.
Il est donc à craindre dans un avenir proche que la partie autoritaire de l’égrégore dominance ne suggère au pouvoir officiel de « mettre bon ordre à cela ».
Avec à la clef le risque de voir intentionnellement réduit le potentiel que représente l’internet quant à une éducation politique du peuple, libre et autogérée, apte à lui faire atteindre son stade adulte.
Ainsi l’existence de gens hors norme, pour ne pas dire déjantés, pourra-t-elle être un outil de normalisation des masses, qui gagnées par la peur pourraient bien applaudir des techniques présentées comme protection mais en fait destinées à encadrer.
A 39 mn 05 pour ceux qui ne veulent pas tout écouter bien que ce soit passionnant !
PIERRE HILLARD INTERROGÉ PAR Y‑M LAULAN PARLE… par Nerrati-Europe
« a loi du mariage pour tous est une loi mineure, qui concerne une minorité. Elle n’affecte PAS la vie de la majorité »
Les marchands ne font pas de cadeau gratuit, même quand ils fabriquent une loi qui ressemble à un écran de fumée, c’est une bombe à fragmentation. La loi du mariage pour tous tombera sur le peuple et elle est destinée à infliger de multiples dégâts, profonds, à la majorité.
Elle a été présentée de telle sorte que les blaireaux n’y voient que du feu, et que les citoyens se traitent aimablement de blaireaux entre eux, au lieu de s’unir.
Désolée de ne pas avoir le temps d’écrire. Il y a trop à dire
Brigitte
P.S. je n’ai rien pu lire ni écouter non plus, sauf les mots surlignés @88
Ces lois différentes qui sont entrain de pleuvoir sur nous tous et qui n’ont pour but que de fragmenter comme le souligne pertinemment Brigitte, nos dernières bases sécures, nous font croire qu’il y a un choix à établir entre importance majeure ou importance mineure de textes qui viendraient ensuite justifier nos pensées et donc nos engagements.
C’est le cas typique d’alternative illusoire, un cas d’école.
Puisque ça ne parle pas du TSCG, etc, etc, alors c’est de la roupie de sansonnet, c’est ce que j’entends dire ici, c’est un leurre, un truc pour les gogos.
Mais ne vous est-il pas venu à l’idée qu’elles s’inscrivaient toutes dans un même plan.
Plan qui s’inscrit dans la métalogique de ce système mondialiste qui veut casser toutes les bases de l’individu afin de l’affaiblir une bonne fois pour toute, et affaibli de la sorte, l’individu est alors écrasé par toutes les forces qui lui déferlent dessus, il n’a plus assez de force pour y résister, il ploie, il tombe, il a perdu de ce qui lui restait d’ humanité, il n’est plus qu’un objet soumis aux caprices d’une oligarchie qui l’écrase toujours davantage.
Vous croyez donc en tout cas ceux qui s’expriment majoritairement ici, d’une façon ou d’une autre, surligner c’est orienter, et qui prennent la voix du maître, celui de nouvel ordre mondial sans en avoir conscience, vous croyez pouvoir choisir entre deux voies.
Il y a la bonne, celle des égaux qui veulent au nom de l’amour et de la liberté égale pour tous, ouvrir les vannes et il y a la mauvaise, celle des esprits étroits, traditionnalistes, cathos sûrement, peut-être bien frontistes avec un soupçon de fascisme ça va avec, un peu bornés, simplets, un peu ravagés aussi et j’en passe mais vous croyez être du bon côté bien sûr, de ceux qui ne se font pas avoir, de ceux qui n’ont pas toutes les caractéristiques que je viens d’énumérer.
Le principe d’une alternative illusoire c’est qu’on croit pouvoir choisir entre deux positions alors qu’en réalité, malgré leur différence apparente, elles ne constituent que l’un des pôles d’un couple de niveau supérieur.
Vous aurez reconnu je crois, le pôle supérieur dont je veux parler.
Nous sommes tous du même côté, il y a juste que vous ne l’avez pas encore perçu !
Conférence d’Adrien Abauzit – Partie 1… par 392f9b896885f0742f570bb60
Conférence d’Adrien Abauzit – Partie 2… par 392f9b896885f0742f570bb60
à 21 minutes 35 pour la deuxième partie de la conférence pour ceux qui ne veulent pas tout écouter !
Bon, j’attends toujours un argument (plusieurs seraient plus convaincants) pour me démontrer que la loi du mariage pour tous « tombera sur le peuple et elle est destinée à infliger de multiples dégâts, profonds, à la majorité » (cf. Brigitte #95).
Jusqu’ici, je n’ai entendu ni lu AUCUN argument convaincant me permettant de déceler, dans cette loi du mariage pour tous, un quelconque danger.
De plus, considérant l’expérience d’une décennie de mariage pour tous en Belgique, je n’ai perçu AUCUN « dégât profond » ni aucun changement dans la vie ni des parents hétéros, ni des enfants, ni des valeurs de vivre ensemble, … rien !
Quelle différence existerait-il entre la société française et la société belge qui puisse justifier que ce qui ne constitue VISIBLEMENT pas de danger pour nous, en serait un pour vous ?
J’attends.
Morpheus
@ Catherine B
J’adore ton intervention #93 (Soral sur le mariage pour tous), où précisément il nous explique pour aborder la question exactement la même chose que ce que j’ai écris en #88. Son analyse de la manœuvre politique visant à faire croire que le PS est « de gauche » parce qu’il fait passer des lois sociétales, je suis entièrement d’accord.
Pour la suite, évidemment, comme souvent (hélas), Alain Soral avance des « arguments » émotionnels excessifs (analogie entre le mariage pour tous et la zoophilie > ce n’est pas un argument, c’est du DÉLIRE ; c’est dans ces excès que je ne peux pas suivre Alain Soral).
Donc, je suppose que si tu entends (et adhère) à ce genre d’argument, c’est que tu es, toi aussi, dans le DÉLIRE. Ou que tu te laisse influencer le ciboulot par les délires d’Alain Soral au point d’enchérir sur ses délires.
Délirer : du latin delirare « sortir du sillon », « extravaguer ».
Délire : du latin delirium « délire, transport au cerveau », dérivé de l’adjectif delirius « qui extravague ». 1) Forme de confusion mentale due à certaines fièvres ou intoxication (Le Robert) ; 2) Maladie mentale caractérisée par un désordre de la personnalité qui se manifeste par des idées et des perceptions anormales. Délire paranoïaque, verbal, de persécution. (Le Robert)
Docteur Morpheus
Que ceux qui ont des oreilles entendent, message 87,93,94,95, 96, 97, 98, 99, 100, … Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre.
Ceci dit je m’absente.
Bonne clairaudience au plus grand nombre, et pour les sourds tout restera ab-surde comme l’étymologie nous le dit, c’est ab-surde quand on est sourd à ce qui EST !
__Le principe cardinal de ce nouvel ordre mondial, c’est de faire les choses très en douceur afin qu’il n’y ait aucune perception perceptible justement.
__
Si c’était perçu, il y aurait des réactions.
Tout le travail se fait en infusion lente, ce n’est pas moi qui le dit c’est la réalité européenne par exemple qui en est l’illustration glorieuse QUI LE DIT MIEUX QUE JE NE SAURAIS LE DIRE. Combien TOUS ceux qui ont vu toutes les conséquences qui étaient contenus dans son génome à cete construction européenne, ont été critiqué, mis au pilori, jetté dans la fosse aux lions, et pourtant et pourtant… Que nous dit-elle notre réalité d’aujourd’hui par rapport à ces gens que l’on traitait alors de déjantés et autres qualificatifs du même acabit !
Bonjour,
Est-ce cela le mariage civil ? S’unir sous conditions, et se désunir sans condition. Pourtant il me semble que le mariage doit être sans autre condition que l’amour … non ? S’il faut des conditions autres que l’amour pour se marier, autant ( ou au temps, je ne sais plus 😉 ) dire que le mariage civil peut très bien être sans amour, et donc plutôt le comparer à une association, voir à une entreprise …
« Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre. »
Je ne te le fais pas dire. Et je te renvoie l’argutie, ma poule.
• 87 > aucun argument concernant la loi du mariage pour tous (le sujet du débat)
• 93 > Alain Soral, qui confirme mon analyse sur la manœuvre politique (#88), puis se lance dans un délire ou il mélange tout et n’importe quoi sur un mode classique d’analogies sophistes sans fondement, mais efficaces pour titiller les peurs et la paranoïa des esprits faibles et influençables. Toujours aucun argument de fond concernant le « danger » de la loi sur le mariage pour tous.
• 94 > Pierre Hillard, qui « argumente » sur la « destruction des valeurs traditionnelles ». On connait la chanson. Bullshit ! Je renvoie à la citation de PASCAL sur la coutume. Toujours aucun argument pour démontrer la dangerosité de la loi du mariage pour tous.
• 95 > Brigitte, cf. ma réponse #101. Aucun argument pour démontrer la dangerosité de la loi du mariage pour tous.
• 96 > Brigitte, qui précise qu’elle n’a rien lu sauf les passage surlignés de mon intervention #88. Pas d’argument.
• 97, 98, 99, 100 > encore des renvois à des vidéos, donc à la pensée d’autres que toi dont tu n’es même pas foutue de traduire les arguments clefs en quelques phrases afin de présenter TA façon de percevoir.
J’ai beau chercher, je n’entends dans tout cela aucun ARGUMENT pour DÉMONTRER les allégations de dangerosité de la loi sur le mariage pour tous. Tout ce que j’entends et lis, ce sont des délires paranoïaques et de persécution.
Peut-être que je me trompe. Démontrez-le moi.
Morpheus
Bonjour 🙂
Si il n’y a pas d’amour, alors on peut dire que le mariage est un contrat commercial pour protéger ses intérêts sans trop de dégâts, si il advient une séparation inévitable. Il devient alors un moyen de consommer l’autre sous couvert d’une protection morale et financière.
Sinon on peut le voir comme le prolongement d’un engagement de deux cœurs unis dans un même but où la fidélité (je préfère le mot honnêteté car l’esprit est fort, la chair est faible 😉 et un écart ne veut pas dire trahison) est indispensable condition.
Honnêteté envers soi-même et envers l’autre. Certains le voient comme une chaîne, personnellement, je préfère vivre libre et mettre mon serment dans cette honnêteté, laisser l’autre libre de faire un écart, comme cela la pression est lâchée, car c’est bien connu, l’interdit attire, obsède.
Si l’autre est fait pour moi, si je l’ai bien choisi, il reviendra ou pas, mais la liberté ne peut être que dans l’amour et vice et versa.
Mariage religieux comme mariage civil, outre le fait d’avoir en commun le mot mariage, ils ont aussi en commun la volonté d’endoctriner la famille afin qu’elle conditionne sa descendance…
@ J‑Stéphane
Le mariage civil est un contrat. Le mariage, à l’origine de la tradition, n’a rien à voir avec l’amour. On se marie pour tout un tas de raisons, mais rarement par amour. Parfois, l’amour peut survenir entre conjoints. Mais rarement. Cette idée de l’amour comme moteur du mariage est une invention récente, issue du romantisme du XIXe siècle (réactualisation du romantisme des chansons de gestes du XIIe siècle). La réalité est, dans 99% des cas, à l’opposé de l’amour : au mieux on s’attache (or, l’amour le plus pur se trouve dans le détachement) ; au pire on finit par ne plus se supporter. Dans la majeure partie des cas : on s’habitue. C’est tout. Il y avait quelque chose d’intéressant et de censé dans l’ancienne tradition celtique du mariage : le contrat était à durée déterminée et il pouvait être renouvelé – ou pas.
Cordialement,
Morpheus
En conclusion il y a bien une révolution à faire à tous les niveaux ;-), mais qui doit être fait par l’homme du peuple et à sa petite échelle.
Rechercher le grand dans l’infiniment petit
@ Morpheus
Alors, pourquoi faire valoir l’amour entre homosexuels pour faire passer la loi du mariage pour tous ?
J’aime bien cette idée d’un situation non-figée où rien n’est jamais acquis mais toujours à renouveler, à regagner pour un sang neuf, c’est chouette cette tradition celtique 🙂
ça me plaît drôlement.
merci pour l’info:-)
Si ce n’est ni l’amour, ni la reproduction, la raison de cette loi, pourquoi cette loi ?
Pourquoi faire une différence entre les citoyens ?
Le citoyen ( célibataire ) ne peut-il pas lui aussi adopter et élever correctement un enfant ?
N’oublions pas qu’actuellement, les parents pauvres sont au travail, et les parents riches font élever leurs enfants par les parents pauvres, donc la nécessité d’être en couple n’est pas appropriée aux réalités sociales.
Ne sommes-nous pas en train de normaliser sournoisement le commerce d’enfant et celui du corps des femmes ?
@ J‑Stéphane
A ce que j’en ai compris, les raisons de cette loi sont :
1) l’égalité devant la loi entre citoyens (pardon : électeurs), quelque soit leur orientation sexuelle (mise en application du principe inscrit dans la constitution de l’égalité de droit pour tous).
2) lorsque des homos décident de vivre ensemble, et que l’un des deux a un (ou plusieurs) enfant(s), le conjoint (ou la conjointe) n’a aucun droit légal sur l’enfant, ce qui pose toute une série de problèmes légaux, notamment en cas de décès du parent biologique, alors que dans le cadre d’un couple hétéro marié, la garde va automatiquement au parent survivant. C’est le cas même si l’enfant est adopté (et donc non biologiquement issu de ses parents).
Imaginons qu’un couple de lesbiennes décident de vivre ensemble. Ils ne peuvent pas se marier légalement. L’une des deux a eut un enfant d’un ancien conjoint, qui est décédé (on suppose qu’elle a changé son orientation sexuelle pour X raisons, sans importance sur le fond – ça arrive plus souvent qu’on ne crois). L’enfant est donc élevé et grandit au sein de ce foyer avec ses deux « mères » (l’une biologique, l’autre d’adoption (sentimentalement parlant). Puis survient un accident, la mère biologique (légale) meurt. Quid de l’enfant ? Légalement, la mère « d’adoption » ne peut pas obtenir la garde de l’enfant. Comment l’enfant va-t-il encaisser, non seulement le fait de perdre sa mère biologique, mais de perdre, en plus, sa seconde mère, qui n’a légalement aucun droit sur l’enfant ?
J’entends affirmer des opposants au mariage homo que « ce serait un traumatisme pour l’enfant que d’être élevé par des parents de même sexe » ou un tas de conneries du genre (comme si être élevé par des parents toxiques de sexe différent n’était pas traumatisant). Rien ne permet de le démontrer.
Les pédopsychiatres n’ont pu démontrer aucune « déviance » ou « problème » de repères chez les enfants élevés par des parents du même sexe. Cela ne signifie pas que des enfants élevés par des parents de même sexe seront automatiquement équilibrés : cela veut dire qu’on a aucune preuve d’un lien de cause à effet entre d’éventuels troubles chez des enfants et le fait qu’ils soient élevés par des parents de même sexe. On est face à toute une série de présupposés alimentés par les croyances traditionnelles et les peurs qui découlent d’un changement des mœurs et des valeurs de vie commune.
Dans l’antiquité grecque, par exemple, l’homosexualité n’était pas perçue comme une déviance ou une perversion. Certains la pratiquaient (hommes ou femmes), ce qui n’empêchait pas que, socialement parlant (et biologiquement, pour avoir une descendance), hommes et femmes se mariaient et faisaient des enfants. Un homme marié pouvait avoir des relations homosexuelles avec un (ou des) tiers. De même, une femme mariée pouvait entretenir des relations homosexuelles. Autre temps, autre mœurs. Les traumatismes de l’enfance ne viennent pas de cela, mais des jugements venant de tabous sociaux.
Un gosse élevé chez des lesbiennes (ou des gays) ne sera pas traumatisé parce qu’il a deux mères ou deux pères, mais dans la plupart des cas, à cause des quolibets provenant des autres enfants qu’il va côtoyer en classe et qui vont le moquer parce qu’il n’est pas « comme les autres ». C’est donc l’intolérance qui est la source du traumatisme, pas la situation de sa vie dans son foyer.
Donc, mon opinion au jour d’aujourd’hui. Je suis hétérosexuel. J’ai bien un cousin et une cousine (des jumeaux) qui sont homosexuels (tous les deux), qui ont chacun un(e)conjoint(e) de même sexe, sans être marié ni avoir d’enfant, mais en dehors de ça, aucun ami ou amie qui soit homo. La façon dont ces personnes veulent vivre leur vie, que ce soit sur le plan sentimental et/ou sexuel, ne me regarde pas. C’est leur vie. Pas la mienne. Je n’approuve ni ne désapprouve : je suis détaché et à la limite, indifférent.
Par principe, j’estime qu’ils sont néanmoins en droit de réclamer les mêmes lois que tous le monde. Je trouve l’institution du mariage plutôt désuète et plus très en phase avec nos modes de vie, parce que je vois bien que la société est en pleine mutation. Les repères et les traditions se perdent, parce que la société change. Les besoins et les attentes des humains d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que ceux des humains d’hier. Le système s’effondre. Mais bon : si les homos veulent pouvoir se marier et élever des enfants en disposant des mêmes droits que les hétéros, je n’y vois aucune atteinte à MES droits, aucune atteinte à MA vie. Donc aucune raison de m’y opposer. Pour moi, dans ma vie, cette loi est un non événement.
Et ce que j’observe, c’est que pour une série de personnes en France, cela représente un gros problème. Et ces personnes s’opposent violemment à ce projet, dans un vaste mouvement passionnel parce qu’on touche à leurs CROYANCES, à leurs TRADITIONS et à leurs COUTUMES.
Les croyances, les coutumes, les traditions, ce sont des principes qui empêchent une société d’évoluer. Des principes que les parents imposent aux enfants ET aux autres. C’est une atteinte aux droits de l’enfance. C’est une offense au droit de vivre de l’enfant.
Comme le dit si bien A.S. Neill (fondateur de l’école de Summerhill, en Angleterre) « Dans la civilisation occidentale, l’enfant est encore trop souvent un bien dont on dispose et que l’on capitalise. Le rapport à une éthique s’en trouve aussitôt radicalement modifié. »
Cordialement,
Morpheus
Donc il aurait plutôt été judicieux de faire une loi pour le lien légal entre l’enfant et le parent et non juste une loi qui mentionne le lien entre les parents et qui ne fait aucune référence à l’enfant … non ?
@J‑Stéphane
Philosophiquement, tout droit implique un devoir.
La loi (au sens le plus général) n’est saine que si elle est rédigée dans ce sens.
Le droit au mariage implique le devoir parental
Le propriétaire terrien est le gardien de l’intégrité du sol
Le droit de gouverner implique le devoir de se donner au peuple souverain
etc
Et tout devoir implique un droit : le droit d’assumer son engagement
Si la procréation n’est plus un droit et un devoir au contrat de mariage, pourquoi devrait-il y avoir un droit et devoir parental au contrat de mariage ?
Qu’est-ce qui détermine qu’il faille un contrat et être deux pour bien faire grandir un enfant ? Pourquoi pas un, trois et plus ?
Si le mariage civil veut se détache des conditions d’enfantement, alors qu’il se détache complément de l’enfance.
Je ne me suis jamais marié, j’ai deux enfants reconnus à la naissance.
L’administration française, les mamans de mes enfants, mes enfants et moi-même, nous savons très bien qui sont les parents administratifs, biologiques et de coeurs.
Et sans être marié, j’ai comme même des droits et des devoirs envers mes enfants, et par l’intermédiaire de mes enfants envers leur maman aussi, et non le contraire.
Le fait de se marier devrait juste être un contrat ouvrant des droits et des devoirs entre les deux mariés, et ne pas traiter l’enfant comme une condition contractuelle au mariage ( l’enfant n’est pas une chose ).
Vouloir rallier l’enfant comme accessoire au lien du mariage ne me semble pas sain, il est préférable, à mon avis, d’établir un « pacte » directement entre l’enfant et le parent.
Là où on en constate les mauvaises conditions contractuelles du mariage, c’est quand vient l’heure de la séparation des parents.
Si des améliorations sont à faire, c’est plus sur les conditions administratives de l’enfant et non des couples.
Ne vous trompez pas, je ne suis pas contre le mariage pour tous, je suis juste pas pour le mariage civil, et encore moins pour que ce mariage civil qui crée des différences entre le citoyen couple et le citoyen célibataire.
Tiens, pour faire contrepoint, voici un extrait de notes que j’ai prise dans le cadre d’une description de mœurs d’un peuple imaginaire pour un récit (roman) en préparation.
[« Les (censuré) ne se marient pas. Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, mais au clan, et ils sont éduqués et élevés par la communauté. Les femmes ont autant de droits (et de devoirs) que les hommes, mais ont certains privilèges lorsqu’elles sont enceinte. Il y a une égalité presque parfaite entre les sexes et, de façon générale, c’est une société très égalitaire et peu hiérarchisée. Comme ils ne se marient pas, une femme peut avoir des enfants auprès de plusieurs hommes, et vise versa. Les notions de possession (du / de la partenaire), de jalousie ou d’exclusivité sont étrangères aux (censuré). Le viol est un sacrilège, mais les femmes sont de toute façon en mesure de se défendre (remarque : ils sont semi nomade et tous et toutes reçoivent une formation guerrière pour leur défense).
Les nourrissons et enfants en bas âge (en dessous de 7 ans) demeurent sous la responsabilité des Anciens, chargés de veiller sur eux et de s’en occuper. La mère de l’enfant s’en occupe également durant ses trois premières années, notamment pour l’allaitement (la période de « privilège » d’une mère dure environ quatre ans à daté du jour où la grossesse est avérée). »]
Cela pour dire que nos modèles familiaux traditionnels, hérités des coutumes judéo-chrétiennes, ne sont certainement pas universels et peuvent même revêtir des perversions (au vrai sens du terme).
Si vous étiez né parmi les réducteurs de tête en Amazonie et qu’on vous demande « n’avez-vous pas honte d’accrocher ainsi 10 têtes réduites d’êtres humains au fronton de votre hutte ? », vous répondriez « oui, j’aimerais en avoir 20 ! ». Seriez-vous un fou ou un pervers à vos yeux et ceux des membres de votre peuple ? Non. Vous aimeriez avoir 20 têtes réduites, car le prestige dans votre culture veut que plus on a de têtes réduites, plus on a de renommée.
Cela nous enseigne que les jugements de valeur qui essentialisent le « mal » sont relatif au tissus socioculturel dans lequel ont baigné les personnes. Or, le tissu socioculturel n’est pas une fatalité. Il dépend de nous.
Selon mon éthique, il n’existe pas de « bien » ou de « mal » en soi. Il n’y a de bien ou de mal qu’en termes de bonheur et de souffrance que l’on fait à autrui et à soi-même. C’est vachement délicat comme situation.
Cordialement,
Morpheus
ça ressemble aux moeurs des amérindiens, non ?
Il y a des similarités, mais c’est pas tout-à-fait pareil. En outre, les amérindiens ne forment pas une culture homogène, ni des traditions homogènes. Il y a des différences, parfois importantes, entre les différents peuples amérindiens.
Notamment, le mariage existe chez la plupart des tribus amérindiennes, les enfant « n’appartiennent » pas, en effet, au sens occidental du terme, à leur parents, mais ils sont liés et élevés au sein de leur famille biologique (même si, vu la structure tribale, ils sont effectivement élevé par la tribu dans son ensemble).
Chez les amérindiens des plaines (Sioux, Cheyennes, …), lorsqu’une femme perd son mari, elle n’hérite pas de ses biens et doit être adoptée par une autre famille et elle vient vivre avec cette famille (dans son tipi). Elle peut bien sûr se remarier par la suite.
Le statut des femmes est plus égalitaire au sein des tribus du nord de la côte Est (région des grands lacs et du Québec : Algonquins, Iroquois, Mohicans, …)
Il y a donc quelques différences avec ce que j’ai inventé là. Par contre, ton intuition est bonne, au départ je me suis basé sur cette imagerie amérindienne quelque peu idéalisée pour camper cette peuplade.
Bien vu 😉
Cordialement,
Morpheus
… C’est vachement délicat comme situation.
Ce genre de phrases typiques d’une saine réflexion mais surtout d’une humilité autant respectueuse qu’exigente… c’est ce qui me plaît ici, chez vous, chers confrères, si je puis me permettre… n’en déplaise à son sens aigu de l’égalité et de la démocratie, ANA en tête, évidemment, elle qui es capable du ton le plus direct et le plus détonnant en même temps qu’une réflexion et une culture qui m’en imposera encore longtemps, moi qui ai souvent remis à plus tard_sans parler de ce train démocratique avec lequel je fais yoyo selon les aléas du temps et des obligations quotidiennes.
Mais je ne me plais pas, mon inconscient, lui, est acteur de cette Révolution en marche : non content d’avoir rêvé d’ETIENNE nous faisant la classe il y a quelques jours, j’ai cette nuit, au petit matin plus exactement, rêvé d’être à Paris – mais ce lieu et ces architectures complètements fantasmagoriques -, piéton dans la rue ou quelque grande artère_et m’engager moi-même sur la chaussée pour faire face à cette foule en marche qui hésitait encore de la conduite à tenir et m’apprêté à la haranguer.
Ce que je fais, le soucis en même temps de savoir si ma voix porte assez et m’efforçant de trouver un juste milieu pour la préserver, bref, ma harangue tenant à expliciter qu’il est grand temps d’ici ce fameux jours – apparemment un jour bien défini de la semaine à venir – de tous se réunir et de marcher sur les principaux lieux de pouvoir et faire ainsi de par le nombre et notre détermination Révolution et coup d’Etat… lol
Cette communauté, ses règles me rappellent deux films : Le Nouveau Monde de Terrence MALICK…
The New World par Kronos59
… des images qui étayent à merveille et au sublime cette bonté, ce naturel, cette harmonie en l’Homme, de divin et nécessaire rapport à la nature et ce profond respect qui (doit) en découle® sur tout le reste…
… et Horizons perdus (1937) de Frank CAPRA…
Lost Horizon 1937 – Bienvenue à Shangri-La par AldousH
Le Nouveau Monde par Kronos59
Lost Horizon 1937 – Le Grand Lama par AldousH
Bonjour,
Unis, nous sommes bons !
Saez – A ton nom – Live au Zenith 2002 par Saez_fan
(Mariage pour tous)« vous croyez pouvoir choisir entre DEUX voies. Il y a la bonne, celle des égaux qui veulent au nom de l’amour et de la liberté égale pour tous, ouvrir les vannes et il y a la mauvaise, celle des esprits étroits, traditionnalistes,… »
« Le principe d’une alternative illusoire c’est qu’on croit pouvoir choisir entre DEUX positions alors qu’en réalité, malgré leur différence apparente… »
Oui Catherine.
Pour une loi affichant une prétention de non-discrimination, il est frappant d’entendre à quel point les propos utilisés contre ses opposants sont basés sur la discrimination.
Promouvoir cette loi en discriminant les bons (l’amour) et les mauvais citoyens (méchants égoïstes) c’est utiliser un mensonge : la DUALITÉ.
Une fiction, une fausse perception de la réalité, mais une fiction fondamentale, indispensable si on veut maintenir le peuple dans la confusion et l’impuissance.
Comme s’il n’y avait que DEUX regards possibles sur cette loi : l’amour ou l’imbécilité haineuse.
« Le rédacteur de la question », avec son discours paradoxal, a encore enfermé le peuple dans l’inversion du sens : la haine c’est l’amour. Cette fois le peuple se rebiffe, même s’il a encore du mal à exprimer clairement pourquoi.
Une loi qui aurait pu permettre le mariage de citoyens homosexuels sert de véhicule pour « normaliser sournoisement le commerce d’enfant et celui du corps des femmes ». Oui J‑Stéphane.
Ce commerce existe depuis longtemps, mais oui il est temps de le NORMALISER car les marchands ont l’intention de le passer à la vitesse supérieure et au grand jour. Pour normaliser ce commerce, les slogans sont bien « tout est égal à tout », « tout se vaut », non-discrimination, qui avaient intrigué Tocqueville.
La loi aurait pu être simple et ne cacher aucune bombe à fragmentation. Elle aurait été une loi mineure.
« en vertu de ce principe égalitaire, qui voudrait que si c’est possible pour l’un c’est possible pour l’autre, .., À QUEL DÉSIR allons-nous devoir OBÉIR ? ».
Au désir des marchands en matière de consommation d’humain. C’est pour eux qu’ils veulent la concurrence libre et non faussée, qu’ils appellent ici « non-discrimination », pas pour les autres évidemment.
Mais les autres sont utiles comme couverture dans un premier temps.
Lorsque les convertis réaliseront à quoi ils ont contribué, ils s’apercevront que toutes les lois des marchands n’avaient qu’un seul but ultime : nous maintenir dans la dualité = l’impuissance et nous y faire perdre notre âme.
Ou, s’ils vont plus loin, et regardent sous un autre angle : nous obliger à retrouver qui nous sommes.
Pour l’heure on voit déjà à l’œuvre l’effet immédiat de cette loi : exacerber la DUALITÉ, pour DIVISER, radicaliser la division du peuple, amplifier la confusion, vider les forces. C’est le premier niveau du rideau de fumée.
Il n’y a pas de dualité entre un homme et une femme : il n’y a pas de division, nous sommes Un.
Il n’y a pas de dualité entre les citoyens homosexuels et les citoyens hétérosexuels. Nous sommes Un.
Il y a une différence entre le féminin et le masculin : dans l’incarnation ici notre état normal est la polarité, et L’ÉNERGIE EST tension parfaite entre les deux pôles. Notre état normal n’est pas la dualité, pas l’impuissance.
Attention, la DIFFÉRENCE entre masculin et féminin sur cette planète est POLARITÉ, elle n’est pas différence d’IDENTITÉ, n’ayons surtout pas peur de perdre notre identité. Nos corps de matière ne sont pas notre identité. J’y reviendrai, quand j’aurai le temps de répondre sur le message de Catherine. On essaie de nous plonger dans la confusion pour bloquer notre évolution, mais ça ne marchera pas. Au contraire le peuple est en train de démêler ce bazar, il s’en sert pour retrouver sa voie.
La DIVISION c’est la dualité. C’est la séparation, le conflit, la compétition, c’est ce qui produit la guerre, qui nous remet cycliquement à zéro. « Le rédacteur de la question » nous en fabrique sans relâche pour nous parquer dedans. L’ennemi de notre identité, c’est la dualité.
La DIFFÉRENCE, elle, c’est la polarité. C’est elle qui produit l’énergie de Vie, jamais la guerre. C’est notre pouvoir, quand nous sommes éveillés pour de bon.
La dualité nous épuise, la polarité est génératrice d’Énergie, comme le dit Catherine.
Nous sommes en possession de toutes les réponses, collectivement. Il nous appartient de n’en perdre aucune, et de rédiger nous-mêmes les questions.
Brigitte
Toujours dans la continuité du Mariage pour tous et pour reprendre les propos d’Adrien Abauzit.
Conférence d’Adrien Abauzit – Partie 1… par 392f9b896885f0742f570bb60
Voilà ce qu’il dit. » Dans nos grands médias actuels ne figurent que des individus qui défendent les intérêts de l’idéologie dominante. Ce qui est compliqué dit-il c’est que cette idéologie est bicéphale, c’est à dire qu’elle a deux têtes. C’est bien sûr ce qui en fait la difficulté.
La première tête, c’est le libéralisme libertaire, idéologie conceptualisée par Michel Clouscard. Elle est simple cette idéologie. Elle consiste à être de gauche sur le plan des moeurs, et de droite sur le plan économique.
De gauche sur le plan des moeurs, ça veut dire contre les valeurs traditionnelles qui enracinent un individu dans une référence historique, spirituelle, civique, nationale, etc.
De droite sur le plan économique, ça veut dire être ok avec le néo-libéralisme via la soumission aux Traités Européens.
L’émission de télé qui en est le plus digne représentant, c’est Le Grand Journal où si un individu invité dévie de l’ordre ordonné par cette idéologie, il se voit vertement repris par la sieur Apathie, le gendarme de service qui se fait fort de donner des leçons de politiquement correct à l’invité pour redresser la barre.
Politiquement correct inscrit dans la tête des gens de façon subliminale par les applaudissements dans les émissions de télé ou, parenthèse, dans les messages envoyés, des surlignages que j’abhorre( ça, c’est moi qui le dit), histoire de montrer en catimini,ce qui relève du bien et du mal penser dans un espace précis, pour dire aux lecteurs ou aux auditeurs, ça, vous avez le droit de le penser ici ou de l’écrire ici, c’est reconnu, ça, vous n’avez pas le droit, alors, refoulez-le. Peu à peu s’intériorise ainsi un gendarme intérieur, le fameux Surmoi.
Deuxième tête de cette idéologie dominante c’est celle du Libéralisme identitaire.Cette fois, sur le plan économique il est permis de faire une plus grande critique du système néo-libéral, mais, mais, mais, en contre-partie, sur le plan des moeurs, il faut stimuler le choc des civilisations et moi, j’ajouterais ce qui est en lien, tout ce qui déracine un individu et lui enlève ses références spirituelles, nationales, etc, etc, là, on est au coeur du débat Mariage pour tous .
Si on part du principe que chaque individu qui est dans les médias défend les intérêts du système , il faut considérer qu’un individu qui fait une critique du système mondialiste dans les grands médias SERTl’idéologie dominante d’une autre manière.
Ces deux têtes de l’idéologie dominante se mènent une guerre réelle, ainsi voir la liste du Nouvel Observateur sur les néo-fascistes par exemple.
Mais rivalité ne veut pas dire qu’ils défendent des intérêts différents de l’oligarchie.
C’est une fausse opposition dit Adrien Abauzit, moi, j’avais appelé ça, alternative illusoire, fausse opposition dit-il complétement FACTICE
Que chacun réfléchisse, sachant que ma foi, l’erreur, c’est notre chemin d’homme mais au moins s’arrêter, se poser et questionner où l’on est et qui l’on sert si on ne le sait pas, si on ne le voit pas encore.
La dominance use de plusieurs techniques pour dominer.
L’une de ces techniques consiste à diviser.
Le fameux « diviser pour régner ».
Voici donc qu’une partie du peuple ayant compris cela se dit : « ils cherchent à nous diviser ? Qu’à cela ne tienne : unissons nous ».
Cette partie du peuple, un peu plus éveillée que la moyenne, va chercher à « fédérer ».
Et là surgit le piège :
Ces gens, fort bien intentionnés, belle âme, luisante à souhait, qui ne sont que petit nombre, vont se présenter en guides du grand nombre.
Et très vite, ils vont reproduire cela même contre quoi ils s’insurgent : la dominance.
Ce n’est évidemment pas la bonne méthode.
D’autant plus que les nouveaux leaders de la résistance nouvelle seront les têtes trop visibles que l’ancienne dominance saura tantôt abattre, ou corrompre, afin d’engranger dans son camp, le camp du mensonge, et de la xyloglossie, une copie falsifiée de cette émergence éphémère bien facile à phagocyter.
Si vous avez bien lu, et si je me suis bien exprimée, cela fait donc deux raisons pour justifier l’idée que l’antidominance doit se constituer sans tête.
Mais sans tête ne signifie pas sans Esprit !
Plutôt qu’un parti politique, plutôt qu’une fédération, il est plus efficace de faire naître un esprit.
Ce n’est pas facile, j’en conviens car cette tâche d’éveil est une tâche pédagogique, mais à mener hélas sans l’arsenal de la propagande d’État.
Admettons cependant qu’un jour nous y soyons parvenus, je veux dire à la création d’un esprit, mais sans tête.
Il ne s’agit pas de la volonté générale, mais de l’esprit général, nuance.
Un esprit qui animera(it) la majorité des citoyens, constitué de connaissance et de volonté, et d’espoir et de vouloir.
En tel cas, au contraire de la morne peine, morose et triste, qui induit l’uniformité de l’obéissance complice de tout un peuple esclave, tels des feux follets, partout et en tout lieu à travers le pays s’allumeraient des foyers de conscience, de résistance, et de création, non fédérés, mais naturellement synergiques, puisqu’animés d’un même esprit.
Ainsi n’est ce pas d’une hiérarchie de la résistance, mais de l’Esprit qui anime la résistance, que peut naître l’hydre citoyenne à mille têtes, qui est la non structure idéale, seule apte à terrasser « la bête ».
Car si c’est l’esprit qui anime, et non pas des leaders, ils ne servira à rien aux maîtres de couper des têtes ou de corrompre des âmes, car toujours du peuple renaîtront les courages et les cœurs qui poursuivront la tâche.
Car si c’est l’esprit qui anime, et non pas des leaders, nous ne verrons pas comme si souvent hélas de faux leaders s’emparer de l’esprit pour en faire leur profit.
Si les révolutions échouent, c’est qu’elles manquent d’esprit, et ont trop de sauveurs.
Et les peuples endormis doivent être enseignés, instruits de cette simple connaissance, que ce jour étrange, hypothétique ou certain, lointain ou prochain, nul ne sait, où ils s’éveilleront, ils devront pour se garder oser enfin gérer seuls leur éveil nouveau, sans jamais confier leur destin ni à des sauveurs, ni à des leaders, ni à des représentants, et encore moins à des experts, et encore moins à des professionnels de la politique.
http://youtu.be/-8h_v_our_Q
C’est ça 🙂
La pire des choses qui puisse arriver à une révolution,
c’est d’être prise en main par un chef,
immodeste,
qui reconduira ses p_artisans au royaume des passifs.
Donnez le pouvoir à un révolutionnaire, et vous en ferez un réactionnaire.
ça, c’est une phrase forte J‑Stéphane 😉
Se pose alors la question : Est il techniquement possible, à l’occasion d’une révolution, de passer directement à la case démocratie, sans passer par la case leader ?
Ou bien y a‑t-il dans l’espèce humaine une propension crasse à s’endormir très vite après le soubresaut d’éveil, et à mollement laisser s’installer le loup alpha qui guidera la meute de mammifères génétiquement préparés à ce schéma-là ?
Ou bien est ce l’inconnaissance des pièges, une certaine inculture politique, ou la pérennité d’un lavage de cerveau qui traverse la nuit des temps, qui conduisent un peuple au seuil de sa liberté à se désarmer soudainement et à s’en remettre à un providentiel stabilisateur ?
Pourquoi ne sait on pas, dans le désordre souvent violent qui a permis la liberté naissante, pourquoi ne sait on pas s’organiser naturellement, pour accoucher de l’ordre nécessaire, mais d’un ordre concerté quoique sans point d’accumulation du pouvoir, d’un ordre solide quoique dispersé & fondé sur le pouvoir de tous uniformément distribué ? Quelles sont les lacunes mentales qui nous rendent ainsi incapables ?
Sans vouloir donner la clef, car ce serait prétentieux, je crois qu’il y a derrière tout ceci la question de la démocratie à grande échelle, et que nous ne planchons pas assez sur ce sujet. Car survienne, ô surprise, la liberté, je ne vois pas dans la panoplie de nos
élucubrationsinvestigations l’outil qui permettrait de la conserver, outil théorique mais complet. Il me semble que nous n’en donnons que des bribes et qu’il serait naïf d’espérer que dans le bruit et la fureur de la marmite sanglante où mijote un futur incertain, il serait possible au génie populaire de compléter une pédagogie lacunaire.Y a du boulot 😉
Boulot et rapport de force, oui, on en revient toujours aux fondamentaux, ce postulat existentiel ou cette tare humaine…
… mais en attendant de trouver cet ou ces outils capables d’assurer cette souveraineté populaire, il est tout aussi crucial d’appeler de tous nos voeux ce soulèvement des esprits libres et du plus grand nombre car, au train où vont les choses, il n’est pas dit que nous serons encore aussi libres de ramener nos jolies fraises printanières et les élucubrations qui vont avec.
Bref, c’est souvent au pied du mur, bien obligé et face à l’épreuve qu’on agit enfin et que tout se dénoue ou s’enchaîne, voie de conséquence et synergies ambiantes…
… il faut être paré à toute éventualité comme il faut savoir rester ouvert et humble face à l’imprévu qui lui, pour le coup, aura toujours une longueur d’avance sinon le dernier mot.
Vous l’aurez compris, entre pragmatisme et destiné (ou pur hasard, mais tout ceci relève bien de cet immense soupe quantique au potentiel infini), il faut être autant (Centième) singe que Chamalow (Patrick FLECHEUX, @25 – Ils sont fous ces antifas…), mais un chamalow actif, décidé, souverain.
Bien des choses, Robin des Bois, si je puis me permettre ce pseudo et ce clin d’oeil.
Très très amicalement
La fameuse histoire de la grenouille
Bonjour Ana,
J’ai cliqué sur le lien ci-dessus, et tapé mon log gmail, mais j’arrive sur ce texte :
Désolé, nous n’avons pas pu trouver le document à son emplacement source…
PS : prompt rétablissement Étienne.
grrrrrrrr
c’est un lien partagé qu’on m’a envoyé par mail. Je ne trouve pas d’adresse publique.
Bref extrait d’une conversation, hier, au sein d’un groupe de réflexion :
La professionnalisation de l’armée française a pour effet secondaire d’écarter définitivement le peuple de la connaissance des armes.
Elle renforce le fait que seul le pouvoir domine cet outil de domination ou de révolte.
Robespierre n’aurait pas aimé ça 😉
Bonsoir Ana,
Sous l’uniforme du bras armé des ploutocrates, il y a le corps du peuple…
Autre chose, aussi évoqué vendredi :
En automatique, on demande à un système d’envoyer un signal intense mais bref afin de tester son environnement. Par exemple, demander à un moteur pendant quelques microsecondes de donner à fond permet d’être renseigné sur sa charge actuelle, sans pourtant affecter cette charge de manière significative. A Chypre, le non accès des personnes à leur compte bancaire pendant un bref instant ressemble à ça : désormais les « autorités » savent qu’on peut compter sur la non réactivité des gens. (théorie du chock test)…
(à noter que le coralito argentin le démontrait déjà)
Pourquoi s’arrête-t-on au feu rouge
ou
De la soumission
La question a été posée par Bourdieu et relayée ici par Frédéric Lordon.
Dans l’arrêt au feu rouge, il y a une part de soumission à la loi, d’où le double titre,
mais (comme toujours), tout est infiniment plus complexe que l’immédiate réponse.
En particulier, quand on use du mot soumission, on a tendance à visualiser un ou des maîtres, des humains donc, qui dominent comme ci comme ça des obéissants, serviles, heureux, consentants, parfois dans l’enthousiasme, ou au contraire dramatiquement contraints, jusqu’aux larmes.
Mais on se soumet à autres choses qu’aux êtres, mais aussi aux besoins, aux idées, au sommeil, pour ne citer provisoirement que ces trois là.
Conjoint à ce titre double serait le libre arbitre.
Mais on ne peut traiter de tout et d’un même élan scriptural holistique ou kaléidoscopique.
Aucun de ces trois thèmes ne peut cependant être évoqué sans que ne soient présents les deux autres, tantôt en filigrane, tantôt en saillie visible.
Lorsque sur ce site nous songeons à la démocratie (la vraie), elle est ici l’une de nos aspirations fondamentales, nous exprimons souvent le fait que, selon nous, les citoyens devraient n’avoir à obéir qu’aux lois contrôlées par eux, au niveau de l’écriture et de la ratification.
De nos jours, ce n’est pas du tout le cas, d’où notre ire constructive, mais il n’en demeure pas moins qu’en tout système qui se fonde sur elle, la loi est coercitive, et oblitère la conscience et la responsabilité du citoyen, inhibant son envie naturelle de faire bien, pour la remplacer par un troupeauisme supposé positif ; il n’en demeure pas moins que la loi, c’est le cas pour la limitation de vitesse, le stop à ne pas couler, le respect du feu rouge, la loi est écrite pour contraindre, mais ne fait pas tout, la preuve en est qu’elle est outrepassée à qui mieux mieux !
La loi ne suffit pas à générer le comportement uniforme de tous ou presque tous, au fait … est ce souhaitable … autre débat …, ni à favoriser une synergie réelle.
Et d’autres moteurs, plus subtiles, entrent en jeu pour cohésion, souvent plus efficaces, notons le, que la loi.
Et c’est la réunion de tous les outils de cohésion, coercitifs, consentis, ou inconscients, culturels, qui créent société, voire civilisation.
Ainsi donc, si en public j’éternue, je mets ma main devant le brouillard émis, non pas pour obéir à une loi, car ils ont oublié ça, nos parlementaires, mais pour ne pas contaminer mes congénères, ou bien, c’est moins noble, pour ne pas être houspillée par eux. Il se peut même qu’ici traîne le souvenir oublié d’une tape maternelle.
Et comprenons bien que la motivation du geste social n’est monolithe que rarement, sinon jamais.
Et que la socialisation est multifactorielle, la loi n’en étant qu’un élément pas forcément majeur (oups, je me répète).
Vous l’aurez compris à travers cette introduction, qui peut être sera perçue inutile par ceux qui (comme moi) aiment la clarté du compact, je n’ai pas l’intention de me contenter de la LCR (loi sur la circulation routière) mais au contraire souhaite aborder au moins succinctement tout ce qui fait la convenance, l’adhésion, la synergie, jusqu’au pic optimal au delà duquel commence l’enfer.
Le feu rouge cependant, par sa technicité et le territoire réduit de son insignifiance politique (?), limitera un peu mon cadre, me protégera de l’envie de dire tout ce qui affleure à cette question, il y faudrait une encyclopédie, et je n’en ai pas le courage.
Tant mieux pour les allergiques aux tartines, le nutella en politique n’est pas plus sain qu’ailleurs.
Donner une liste des choses qui déterminent l’être (alias inductif la foule) dans ses croyances, sa foi, son attitude, son apparence, ses choix, ses actes (qu’il les contrôle ou pas), ses habitudes, son instabilité ou au contraire sa stabilité, son ombre, son cœur, et son âme, donner une telle liste exhaustive n’est pas possible.
D’autant plus que très vite on arriverait à cette réalité floue qui permet les disputes vaines.
Il est remarquable que la flèche et la cible se confondent souvent, en ce sens que certaines caractéristiques de l’être font partie de ce qui le détermine, souvent à son insu, je pense en particulier à l’ombre, notre copilote, si utile au volant, plus suspect en amour, lui-même en partie (re)programmable à souhait … si souhait se décide
Parmi ces agents d’influence, il y a la loi, la culture, les émotions, le nombrilisme et l’orgueil, les règles et usages, les coutumes, les habitudes, les nécessités vitales, la civilisation, le processus et l’apprentissage de la socialisation, chez l’enfant, mais aussi chez l’adulte, l’empathie, la confiance, la méfiance, la défiance, le protectionnisme <personnel ou collectif>, la générosité, l’endormissement versus l’éveil, les automatismes, le magnétisme magique de certains <sous les spots ou modestes>.
Liste non exhaustive, disais-je.
Qui comporte des éléments en rapport direct avec la conduite automobile, et d’autres qui le sont moins.
Et en la parcourant, moi qui l’écris ou vous qui la lisez , nous (ciel ! Voici exécrable que je parle en votre nom) nous percevons bien à quel point la question proposée par Pierre Bourdieu, comme enclume, touche peu ou prou à tout ce qui préside à notre façon, jusqu’au contrat social, mais aussi au profond de nous.
C’est pourquoi je veux me pencher sur elle un (court 😉 ) instant.
Et bizarrement, pour amorcer, je m’en pose une autre !
Pourquoi passe-ton au vert, sans trop de souci, et volontiers à grande vitesse.
La boite crânienne, ce fut expérimenté, éclate à l’occasion d’un choc dur à 50 km/h.
Je considère donc cette vitesse comme grande, sans aborder la question de la vitesse limitée par la loi, qui sera traitée en filigrane de la question Bourdieu.
Si je passe au vert, j’assume donc un risque mortel.
Et pourtant, je passe.
Pourquoi.
Tout d’abord parce que « il faut bien y aller » ; cette cause peut avoir l’air farfelue mais elle est pourtant essentielle, nombre de nos actes n’étant promus que par le « il faut bien », car l’immobilisme fait peur : nous ne sommes pas une civilisation de méditants mais une civilisation bélier, et rares sont ceux qui s’arrêtent au feu vert, même quand ils vont chez leur dentiste … Et si s’arrêter est mal vu, faire demi-tour est honni (cf sortie de l’UE).
Ensuite et surtout,
parce qu’en moi est inscrite (folie ?) une sorte de confiance et croyance en la soumission de l’autre à ce qui de mon côté est susceptible de me déterminer, la loi, ou la prudence, par exemple, une sorte de semi-certitude que cet autre est, au moins par certains côtés, une copie, un miroir, de moi, et s’arrêtera probablement au rouge, du fait de notre programmation partagée.
Si ma confiance n’était pas justifiée par les statistiques et ce que déjà j’ai vécu,
m’engager dans le carrefour en profitant du vert, serait jeu similaire à la roulette russe, et certains, c’est indéniable, payent de leur vie cette confiance excessive !
Sans compter le fait que l’état de santé mentale ou l’état d’éveil de l’autre sont aléatoires et me sont inconnus.
Sans compter les daltoniens …
Je fonde donc ma témérité sur la confiance et l’aléatoire !!
Je justifie le fait de passer au vert par mes expériences antérieures qui me susurrent que statistiquement les gens « fiables » sont majoritaires. Mais nous ne sommes pas dans le 100%, et le « il faut bien y aller » prend ici sa force, un peu comme quand on monte dans l’avion sans connaître personnellement le pilote, ni les techniciens de la maintenance, ni les ingénieurs concepteurs.
Il en est ici de presque tout ce qui dans la vie sociale me pousse à faire confiance à la civilisation et aux autres, sur une base uniquement statistique/hypothétique.
C’est comme si l’expérience statistique créait la civilisation …
Après avoir (mal ?) réfléchi au pourquoi de mon passage au vert, je m’interroge sur le pourquoi de mon arrêt au rouge, les deux sont indissociables.
Dire que c’est en raison de la loi est correct, surtout s’il y a un radar de surveillance, ou s’il est seulement soupçonné.
La peur du gendarme est un fait, en bonne place dans la réponse à Bourdieu, mais certainement pas suffisant, qui me pousse à respecter le rouge.
J’aime bien ici le verbe respecter, dont mes congénères sont normalement l’objet, mais justement, en respectant le feu, ce sont bel et bien mes congénères que je respecte : je détesterais en tuer.
Et si quelqu’un qui n’est pas en panne de neurone décide sciemment de griller le feu, ce sera donc de préférence au petit matin, quand les rues sont désertes, et avec l’extrême prudence de quelqu’un qui met en route sa vision à 360°, voire quatre pi stéradians.
Ou bien quand après 10 minutes d’attente il aura compris que le feu est en panne, bloqué sur le rouge.
Je m’arrête au feu, disais-je, pour ne pas tuer l’autre, qui quant à lui passe au vert.
Son intégrité est l’un de mes soucis, et je découvre donc ici que l’empathie est, ce n’est pas un scoop, l’un des moteurs de la cohésion comportementale qui crée société.
Nous savons depuis peu qu’un troisième cerveau, dit mimétique, permet et contraint à ressentir en soi les souffrances ou plaisirs d’autrui. En grillant le feu, ce serait donc un peu de moi que je mettrais en danger, et comme je ne suis pas suicidaire, il n’en est pas question.
Ici s’ouvre le chapitre « perception de l’unité » qui contrebalance l’individualisme d’espèce pour nous permettre, peut être sans l’excès des fourmis, de faire corps social.
Ce célèbre proverbe, « l’union fait la force », qui justifie la cohésion, implique hélas nos limitations, et tout le sel d’une civilisation réside dans la position du curseur.
Bien entendu, ma position respectueuse du feu n’est pas due qu’à l’altruisme.
Procède aussi de l’instinct de survie, de la peur.
Car je sais bien que griller le feu serait dangereux pour ma pomme, puisque la poire transversale qui n’est pas en train de rédiger ce texte passera très probablement au vert, et souvent en état de léthargie robotique, réflexes amoindris :
si l’autre respecte le vert, je dois respecter le rouge, c’est vital, pour nous deux.
Ah Ah : je détecte dans notre attitude au feu une sorte de troc !
Un troc entre gens qui ne se connaissent pas, ni n’échangent, et pourtant globalement respectent en cette occurrence particulière un détail du contrat social.
En quoi consiste-t-il ce troc :
Je m’arrête au rouge pour sécuriser le passage des autres au vert, et en réciprocité, je reçois la quasi certitude, hélas parfois erronée, que quand je verrai le vert, je pourrai m’engager sans trop de souci, du fait que « normalement » les autres « signataires » du contrat social seront arrêtés au rouge.
Et entre nous, il y a le technicien, en qui nous faisons tous confiance …
Constatons, il faut ici nous en étonner, qu’en cette circonstance où la vie est en jeu, notre attitude est fondée sur la confiance, et sans garantie tangible de voir l’autre mériter cette confiance, alors que, dans son ensemble, notre civilisation est celle de la défiance, une défiance preuve en est qui nous a fait choisir de vivre en synergie conditionnelle et contractuelle, avec la monnaie, garantie artificielle et synthétique, fondée sur le chantage, garantie d’une réciprocité (biaisée, c’est une autre question) alors que l’autre option, qui est celle de la confiance, illustrée par la surprise de Todmorden, est pour l’instant globalement rejetée.
Nous redécouvrons ici, bêtement illustrée par l’exemple du feu rouge, mais il fallait creuser, une piste de réflexion peu explorée, orientée vers la confiance comme élément central d’un changement TOTAL du paradigme socialisant.
Oh Oh, notons bien ici que si je m’arrête au feu rouge, c’est bien parce qu’il y en a un de feu rouge !!
Penchons nous donc sur le pourquoi de la présence de cet outil cybernétique auquel majoritairement, nous homo automobilistus, acceptons de nous soumettre.
Dans un engin de fer, intégrés à lui, confinés en l’état d’animal saprophyte, nous sommes assez naturellement enclins à nous soumettre aux signaux d’une machine qui s’adresse à une machine avec son opérateur comme intermédiaire, d’ autant qu’ abandonner la fonction musculaire au profit d’un moteur de métal n’est pas que libératoire de l’esprit.
Mais après cette courte incursion dans la réflexion sur la machinisation de l’être, sujet hypertendu à l’heure où l’informatique encore balbutiante commence à nous
sodomisercoloniser autant qu’elle nous assiste, demandons nous si l’être de chair qui malgré tout encore, malgré l’ABS et la direction assistée …, gouverne son véhicule, demandons nous s’il pourrait fonctionner sans le feu rouge.Bien sûr que oui.
Il suffirait pour cela de ralentir au carrefour, de respecter la priorité à droite, et d’être … aimable.
Nous pourrions même nous passer de la priorité à droite, à condition de ralentir encore plus et d’être extrêmement aimables, nous lançant des signaux conviviaux, que soit dit en passant nous connaissons déjà, assortis d’un apprentissage renforcé de la clarté gestuelle. Les constructeurs devraient même y songer, et concevoir des habitacles n’obstruant que le moins possible la claire vision d’un pilote sur l’autre, afin de permettre l’efficacité d’une attention nouvelle et bienveillante, et d’une attention portée à l’autre.
Tiens donc, … le feu rouge n’est il là que parce que nous ne savons être aimables, ou bien est il là pour nous priver de l’apprentissage nécessaire …
Le feu remplacé par la convivialité, osons penser que le trafic en serait ralenti, mais ce n’est pas forcément exact car toujours ralentir n’est pas forcément pire que s’arrêter une fois sur deux.
La présence du feu est en l’absence de ces deux dernières lignes de réflexion au moins en partie liée à l’amour de la vitesse, donc au stress du temps caractéristique de la cité moderne, et en même temps à une paresse intellectuelle qui nous conduit à penser sans analyse que le contrôle automatique des flux les accélère au delà de ce que pourrait permettre la conscience.
La présence du feu est aussi liée, disais-je, à l’idée que nous serions incapables de convivialité et de gentillesse constante. Ce qui n’est pas prouvé, et surtout pas dans un contexte millénaire où n’ayant que peu expérimenté certaines facultés elles sont mécaniquement atrophiées, comme un muscle trop longtemps au repos.
Nous n’osons pas croire que la convivialité pourrait, au moins en certaines circonstances, prendre le pouvoir sur la contrainte contractuelle.
Il s’agit donc ici, sur ce point local de l’organisation humaine, d’une victoire de la civilisation de la contrainte sur la civilisation de l’anarchie conscientisée.
C’est pas rien …
Souvent, le carrefour et les feux sont remplacés par le giratoire, qui est parfois une bonne solution de substitution, si on en n’abuse pas.
Nous savons bien par l’expérience qu’au giratoire, les jeux de pouvoir sont hyper présents et qu’aucune loi ni aucune règle sévère n’y pourront rien sans une intensification maladive de la surveillance policière. Sans compter le fait qu’en certaines circonstances, pas si rares, aucune règle ne permet clairement de définir l’ordre des priorités.
Le giratoire, substitut au feu rouge, constitue ainsi un magnifique exemple de règlement par l’anarchie, du moins tant qu’il n’y a pas de gendarme en vue.
Eh Eh, notons bien que si la loi me conduit à m’arrêter au feu rouge, c’est bien parce que nous acceptons le concept de loi. Nous pourrions très bien fonctionner sans la loi, ou du moins sans sa présence invasive partout et en toute chose, même là où le bon sens suffirait à nous faire nous coordonner. Rien ne prouve, et le feu rouge en est un exemple, que sans la loi plus de gens outrepasseraient une règle coutumière.
Si la question de Bourdieu est étendue à la question de la présence du feu et de sa loi, nous sommes ainsi conduits par elle à une réflexion beaucoup plus profonde, sur nos paradigmes non dits, ou peu dits.
Dans cette zone de l’interrogation nous pourrions aborder et approfondir l’un des mécanismes essentiels de notre société, qui est la punition.
La loi a plusieurs fonctions, dont la fonction de mise en synergie et de contrôle des individus afin que nous ne soyons pas qu’un mouvement brownien n’obéissant qu’au second principe de la thermodynamique, et donc inapte à voir émerger un moi collectif directionnel.
Mais ce contrôle s’effectue par la punition et par la peur de la punition, héritage psychanalytique de la loi du talion, qui s’exerce entre le commun et l’individu ;
et la loi écrite a pour autre fonction de donner une base solide respectable et respectée au jugement qui définit la punition.
Peut on croire qu’une civilisation dont l’un des principes de régulation essentiels est la punition est une civilisation saine, j’en doute, même si l’invention d’autres mécanismes n’est pas évidente et se heurte à l’existence des loubards (loubards qui restent présents, notons le bien, et au plus haut niveau de la systémique actuelle, et légitimés par elle !!)
Je n’irai pas plus avant dans cette direction de réflexion sur nos paradigmes, et je redescends d’un cran pour réfléchir au fait que non seulement je m’arrête au feu rouge, mais encore au fait que c’est une HABITUDE.
Le cerveau est multitâche, mais il ne l’est que peu.
Ainsi, il n’est pas possible au mathématicien de résoudre simultanément et mentalement deux équations. Si ses capacités le lui permettent, il pourra simuler cette capacité par des aller-retours rapides entre les deux problèmes. Ce qu’en informatique on appelle « time sharing », ou « temps partagé ». Mais en simultanéité réelle, point.
Ainsi aussi est il dangereux de téléphoner en conduisant, dit on.
Mais passer de seconde en troisième, dans une perfection du geste, pile au bon moment, cela est possible en écoutant la radio ou en réfléchissant au programme de la journée qui commence.
Mener de front deux tâches intellectuelles est souvent difficile, tandis que mener de front une tâche intellectuelle et une tâche physique, même complexe, cela est possible, et souvent sans risque, pourvu qu’au préalable ait été mené un apprentissage de l’action, qui déchargera la conscience de l’attention nécessaire, et confiera le travail à l’ombre, i.e. la partie ombrée de l’être, le copilote discret ou secret de l’être.
L’acquisition d’une habitude s’inscrit dans l’ombre du je.
Ce peut être négatif comme ce peut être positif.
Ce peut être volontaire comme ce peut être involontaire.
Ainsi l’ombre est elle très utile, qui permet à la partie émergente de l’être de déléguer à son ombre les tâches subalternes. Mais c’est esopien, bien entendu.
La liberté se vit quand on choisit un moi directionnel, et une partie de ce choix s’opère à travers l’éducation de l’ombre. Encore faut il ne pas lui envoyer n’importe quel message, et en particulier, tout ce qui concerne la socialisation devra être filtré par la conscience.
Le totalitarisme a pour but d’interdire ce filtre par la conscience, et il peut être non pas un totalitarisme militaire grossier et identifiable, mais le totalitarisme d’un quotidien qui est tout sauf anodin, car imposé par une société folle ou aliénée, folle dès qu’elle n’est pas déterminée à éduquer son ombre collective et à le faire en conscience.
Et l’apprentissage de la conduite automobile est bel et bien un acte volontaire de programmation de l’ombre. Votre moniteur d’auto école vous dira d’ailleurs probablement à quel point il est important de prendre l’habitude de rouler à droite, de ne pas couler le stop, de mettre son clignotant, de s’arrêter au feu rouge, de respecter les limitations, etc, pour la simple raison que ce qui est inscrit dans nos habitudes sera moins facilement oublié, donc plus aisément respecté, ce qui induit un net accroissement de la sécurité, et une diminution du risque de tuer ou d’être tué.
Tout cela est fort juste.
Mais je ne peux m’empêcher d’y voir en plus des immenses avantages perçus et indéniables une dose de danger qui n’est pas que petite.
Car qui se programme à obéir aux règles de la conduite automobile met en route et fortifie son aptitude à l’autoprogrammation en vue d’une obéissance plus étendue aux règles qu’il n’a pas choisies, avec le risque d’ainsi amorcer l’obéissance en tout.
Et le fait de remodeler notre ombre personnelle en fonction des exigences de la société va nous induire à ne pas modeler notre ombre en fonction d’exigences personnelles, qu’elles soient egocentrées ou égoïstes ou au contraire celles d’une spiritualité forte et originale.
L’obéissance au monde inhibe l’obéissance à mon ciel, qui est ma seule vraie liberté.
Si la liberté se muscle par la volonté et l’usage, il en est de même de la soumission.
Et obéir à peu, voire à de l’essentiel, peut préparer à l’obéissance à plus, voire à tout.
Et ce mécanisme est un peu de ce qui fait la cohésion d’une civilisation !
Qui se définit par les choix qu’elle opère pour placer le curseur entre d’une part une civilisation du libre arbitre maximalisé où la règle commune n’harmonise que là où c’est vital, et d’autre part la société des fourmis, où l’individu, que pourtant de nos hauteurs nous voyons courir et vivre, est en fait anéanti par le corps social, qui s’en nourrit et le gouverne.
Mais interrogeons nous sur cet optimisme qui nous fait nous croire plus proches d’une sorte de subsidiarité qui permettrait à l’individu de ne déléguer à la confédération des êtres que ce qu’il est nécessaire de lui concéder, optimisme qui nous fait nous croire plus proche de cela que de l’immersion totale de la liberté sous l’océan de la cohésion, jusqu’à sa noyade ->
Ma réponse indémontrable est que les mécanismes occultes qui nous déterminent à nous soumettre dans l’ignorance de ce qui nous détermine, sont probablement plus nombreux et complexes que ce que nous voulons bien croire. Et nous sommes peut être plus proches de la fourmi que du cortex émancipé …
Effort en vue s’avère nécessaire.
Je vais finir :
Après l’invention du feu rouge, et après que la loi en a imposé le respect, il ne viendrait à personne, ou presque, l’idée de contester cette loi. Du fait qu’elle est perçue indispensable, elle n’est donc paradoxalement plus nécessaire, car la coutume forgée par l’usage, et la raison, et l’habitude, et la peur d’être blessé, et la peur de nuire, nous ferons la respecter, même si elle est abolie.
Toute loi qui aurait accompli sa mission d’initier une coutume et d’en faire saisir la pertinence, pourrait ainsi être abolie sans crainte.
Et à supposer que suite à cette abolition grand désordre survienne, nous pourrions comprendre qu’elle n’est pas l’expression de la volonté générale, et qu’inventer autre et mieux s’avère nécessaire.
La volonté générale pourrait être testée par l’abolition de la loi plus que forgée par son institution.
Ainsi, la loi pourrait, ou devrait, c’est une question, être comprise comme un outil de synchronisation des gens, en vue de la naissance d’une coutume expérimentale (programmation de l’ombre collective), outil légiférant à effacer des tablettes dès que la coutume serait intégrée.
Sous cet angle, la loi apparaîtrait comme un étrier permettant au peuple de s’élever au niveau de la coutume saine jusqu’au point où la loi ne serait plus nécessaire.
La loi apparaîtrait ainsi comme un marche-pied utile à l’anarchie.
Nous ne sommes pas du tout dans ce schéma, ni par la pratique, ni par la pensée.
L’idée pourrait même déplaire aux anarchistes les plus purs, bien sûr.
Mais il me semble que se trouve ici un aspect caché de notre civilisation.
Ce paradoxe que je m’amusais en conclusion à présenter n’est pas que ludique cependant, dont la mise en pratique nécessiterait me semble-t-il, au niveau de l’écriture de la loi, … la démocratie … , non pas comme but ultime mais comme étape intermédiaire.
Et le piéton dans tout ça ? Bon … je vous fais grâce des pages qui le concerneraient.
L’obéissance au monde inhibe l’obéissance à mon ciel, qui est ma seule vraie liberté. (@138)
Je m’en tiendrais à cette seule citation… j’étais parti à copier de nombreux et plus ou longs passages, ce plaisir de souligner des choses intéressantes et, qui plus est, intelligentes, amenant à partages et réflexions, mais pourquoi isoler tel ou tel passage de son contexte et de son développement quand tout ceci est déjà si bien formulé, si spirituel, ces neurones anaiens si joliment affûtés et toute cette part d’ombre aussi bien exposée et incontournable… pour qui veut s’affranchir vraiment de tout loi et de tout formatage…^^
En tant qu’automobiliste et citoyen de plus en plus conscient et conséquent, je suis de plus en plus réfractaire à ces interdits ou obligations auto-routières, comme le Rond-Point m’apparaît aujourd’hui comme un semblant d’évolution moins contraignante mais la solution des élites à nous faire croire plus libres et plus responsables de nos comportements et de nos choix, ces ronds-point qui remplacent dans une grande proportion ce feu rouge… quand je ne vois moi toujours que cette contrainte de la vitesse, autrement plus subtile, complexe et polémique quant à nos champs et espaces de liberté… car, assurément, rouler la vitesse du son dans une zone piétonnière ne serait pas très malin mais pourquoi s’obliger à certaines limitations de vitesse, ce seuil à ne pas dépasser, même de peu mais cet arbitraire et cette liberté des forces de l’ordre de vous verbaliser si bon leur semble ?…
Oui, ANA, la route et ces interdits associés ne sont pas anodins dans la construction citoyenne et mentale au coeur de cet espace public et de nos psychés… merci.
Le spectre de la guerre civile, et la peur du désordre, agissant dans l’ombre et hors du regard de la conscience éveillée, sont ils parmi les facteurs qui déterminent l’obéissance du grand nombre au petit nombre ?
Toujours dans l’esprit de la question de Simone (tout en haut de la page 😉 )
Observons un court instant l’inquisition.
C’est un champ d’observation intéressant car grâce au temps qui passe nous en sommes au moins en partie détachés, assez pour être capables d’en retirer la substantifique moelle sans nous empêtrer dans des émotions qui toujours nuisent à la simple vision tranquille.
L’inquisiteur est intellectuellement un monstre, qui lors des procès use des règles de la logique mathématique pour démontrer l’indémontrable en se fondant sur des hypothèses qu’avec le recul nous connaissons pour malades.
L’inquisiteur est moralement un monstre en ce sens que, les rapports de séance sont clairs, il envoie des innocents à la mort.
Cependant, j’ai peine, peut être allez vous hurler, à mettre sa bonne foi en doute.
Il me semble que s’il est artisan d’un complot, mais oui, déjà la théorie du complot s’impose comme solution facile à la compréhension des faits, s’il est acteur donc, il n’est pas forcément instigateur.
Est il manipulé. Par une église elle même égarée. C’est possible.
Mais alors la question demeure, et même si elle grimpe d’un cran dans la hiérarchie, elle se pose encore pour les manipulateurs, et surtout pour l’entité manipulatrice.
Le passage, pour nous observateurs, de la responsabilité individuelle à la responsabilité d’une entité guide, qui elle, si elle repose sur des humains n’est cependant pas humaine (un corpus pensant construit par des humains et qui les gouverne, eux et leurs descendants, n’est pas un être humain, comprenons le bien), ce passage est plus aisé quand on observe l’inquisition que quand on observe notre temps.
Et pourtant, nos « maîtres » de ce siècle-ci ne sont ils pas intellectuellement et moralement eux aussi des monstres, pour des raisons voisines de celles évoquées plus haut, et ne sont ils pas eux aussi plus embarqués par leur corpus pensant que guidés par leur conscience.
Plus que le fait d’une volonté nuisible issue d’une oligarchie ou d’occultes tireurs de ficelles, il me semble que dans les aberrations d’une époque donnée, la notre ne fait pas exception, il faut voir des courants de pensée folle, suffisamment puissants pour guider tantôt les foules tantôt les hiérarchies, ou les deux, ou bien voir des protubérances toxiques d’un cerveau collectif trop peu conscientisé, prototype boiteux, voire minable …, d’un futur enchanté, mais à cette heure encore onirique.
Car notre conscience est sous-développée, elle qui seule pourrait cadrer l’intelligence, et la dynamiser à produire ses effets quelques étages plus haut qu’en ses présentes basses œuvres.
Car ne nous y trompons pas : l’intelligence de ceux qui nous gouvernent, visibles ou invisibles, peu importe, cette intelligence est désœuvrée (au sens de sans oeuvre noble), si j’ose dire, comme n’étant pas au service de la conscience mais au service du désir et du suivisme, donc du robotisme le plus stupide.
La preuve en est que ceux là même qui dans l’ombre ou sous les projecteurs nous préparent « la guerre nucléaire préventive », ou « la démocratie mondiale » des justes, c’est à dire celle des privilégiés, ceux là se leurrent qui croient que leurs propres enfants échapperont au malheur que patiemment ils instituent.
Suicidaires pour leur lignée, je les perçois comme tels, à tel point que, aux heures où parfois l’espoir s’éteint sur l’oreiller, je m’interroge sur un éventuel tropisme de l’espèce au suicide collectif. Avec fort heureusement des heures plus joyeuses où c’est la recherche de solutions qui l’emporte 😉
Quoiqu’il en soit, l’observation de l’Histoire depuis ces 2000 ou 4000 ans où existent les cités massives tend à me faire penser qu’au delà des interrogations de chaque époque, qui n’est qu’une apparence de la trame du temps, se livre une bataille cosmique et intemporelle entre la bêtise (multiforme) et la conscience.
L’intelligence est entre les deux protagonistes, elle qui crée des outils, pour un camp comme pour l’autre, suivant à qui elle se soumet, et l’enjeu, c’est vouloir et savoir la faire se ranger au service de la vie, mais à l’abris de toute certitude idéologique.
C’est pourquoi le concept de démocratie réelle et intégrale me semble si important, car le cerveau collectif ne peut se perfectionner que s’il fonctionne.
Or de nos jours, il ne fonctionne pas, pour cause d’interdiction légale et technique ! et la « pensée unique » pointée par Jean-François Kahn a quelque chose qui me fait irrésistiblement penser à l’inquisition.
Si je me résume en éliminant mon fatras 😉 :
la pensée guidée est en toute époque le poison dont nous devons nous soigner, par la promotion de la pensée de tous, gerbe de fontaines vives et multicolores.