Les journalistes (même à ASI ?!) semblent ne pas avoir envie (ont-ils peur ?) de traiter cette affaire à son échelle réelle.
Ce Denis Robert semble sacrément courageux, si on se met à sa place, et très convaincant, malgré les questions gênantes d’ASI (interruptions fréquentes, procès d’intention, détachement amusé) et les « arguments » parfois très courts du type « que répondez-vous à l’accusation de paranoïa complotiste ? » : le gars écrit un gros livre (étiqueté « roman » peut-être pour se protéger des procès écrasants David-Goliath) tellement il a accumulé d’éléments factuels détaillés dans des conditions d’extrême difficulté, et au lieu de l’aider, on se contente de tout repousser du revers de la main en invoquant la commode théorie du complot.
Pour une fois, je suis un peu déçu par Daniel Schneidermann (ça passera, parce que c’est quelqu’un de bien :o) : ce débat m’a fait penser à celui sur « le traité constitutionnel » où les opposants alignaient patiemment des pages d’arguments précis et où on se contentait de leur opposer des imprécations, des injures et de beaux principes trompeurs.
ASI a été courageuse, encore un fois, de donner un long temps de parole à cet iconoclaste, mais les journalistes d’ASI semblaient avoir peur de se faire berner au point de ne pas aider leur invité (qui en a probablement plus besoin que le monstre en face) pour se protéger eux-mêmes.
On a envie d’aider ce vaillant petit citoyen et de lire son histoire en détail, dans son livre : « La domination du monde » (Julliard, 347 p.).

Ce détournement de l’affaire ClearStream, la vraie, me fait penser au détournement de sens que les UMP font parfois, quand par exemple, Sarko explique qu’il faut lutter contre la Pensée Unique qui empêche les réformes… … c’est très « néo-con » à l’américaine, très « manipulation » par le langage.
Cette affaire de corbeau est aussi très intéressante par la façon dont la Grande Presse insiste sur un sujet somme toute parfaitement bénin, stupide, inintéressant. Quand la Grande Presse insiste autant de temps sur un sujet aussi creux, cela mérite d’y regarder de beaucoup plus près. Car quand les médias ne batifolent pas de grand-mère écrasée à une tournante dans une cité, c’est qu’il y a qq chose à trouver.
En Grande-Bretagne, Jack Straw, l’homme qui avait qualifié l’option militaire en Iran de « Nuts » a été viré lors du remaniement ministériel.
En France, il y a qq jours, Villepin a expliqué que l’option militaire en Iran était inconcevable. Personne n’a fait part de cette partie de sa conférence de presse… personne dans la Grande Presse, la presse « mainstream ». À un moment où on parle avec insistance de remaniement ministériel, je pense qu’il va falloir regarder de trèèèès près qui va remplacer qui et pourquoi. Ce sera toujours l’UMP au pouvoir… et voilà plusieurs années que j’entends dire que Sarko’ est très proche des néo-cons américains…
Ceux qui m’ont lu jusqu’au bout et qui ont rattaché les bouts de mon propos vont sûrement penser à une n‑ième théorie du complot. Mais… Ça sent le roussi… et il se peut que la France devienne franchement hostile à l’Iran, au point de soutenir les US dans la voie la plus dangereuse.
Bonjour,
pour avoir regardé l’émission « Arrêt sur Image » avec Denis Robert, j’en suis sortie aussi exténuée que lui a pu l’être à la fin de l’émission. L’invitation dans une émission de la 5 prouve bien que Denis Robert gêne et que moins on en parlera, mieux ce sera. De plus, il parle d’une histoire très compliquée, à multiples rebondissements, et qui se déroule sur plusieurs périodes.
Les trois journalistes présents autour de la table y compris le patron, ne l’ont pas laissé parlé plus de deux minutes sans le couper. Les accusations portées contre lui de manque de preuves ne sont pas recevables lorsqu’il dit qu’il est passé par la justice et en est ressorti « blanchi ». Or, il met en cause la toute puissance des banques et leurs différents stratagèmes pour transformer l’argent de la drogue, de la prostitution, des pots de vins et des armes en argent propre.
Par contre, à aucun moment, je n’ai entendu les journalistes poser la question : « mais qui dirige la machine ? et comment fait-on lorsqu’on s’aperçoit qu’elle s’est emballée ? »
Lorsqu’on sait que la Banque centrale européenne n’a de comptes à rendre à personne hormis sur le taux d’inflation, et que les banques créent de l’argent sans contrepartie en accordant des crédit à la construction, on a de quoi être inquiets sur la suite des choses. Les politiques n’ont déjà plus leur mot à dire, ou ils en auraient trop s’ils le pouvaient. D’où la guerre des chefs car ils se tiennent tous par la barbichette.
Bonjour,
Effectivement, le discours de Daniel Schneidermann est étonnant :
« Vous avez prouvé que Clearstream peut être un outil de blanchiment incontrôlable mais l’est-il effectivement ? Vous n’avez pas de preuve ! »
Cela fait penser à :
« Certes, on peut virer un salarié au bout de deux ans sans raison valable mais les patrons le feront-ils ? Vous n’avez pas de preuve ! »
et évidemment on pense à toutes les ambitions d’Étienne, à savoir garantir que ce n’est pas aux décideurs de jurer qu’ils n’abuseront pas de leur pouvoir, mais bien à d’autres de créer les conditions pour que ces abus soient impossibles.
Alexandre.
bonjour Étienne,
j’ai remarqué plusieurs fois que vous accordiez trop de confiance à Daniel Schneidermann et à ASI. (à mon avis).
Il semble évident pourtant qu’ils restent à la surface des choses, voire qu’ils restent dans le politiquement correct.
extrait de http://www.jp-petit.com/Divers/PENTAGATE/Pentagate4_lettres.htm :
=debut=
À propos de l’émission Arrêt sur Image, de Daniel Schneidermann, lire l’interview de Bourdieu dans le Monde Diplomatique, 1996 :
http://www.monde-diplomatique.fr/1996/04/BOURDIEU/2633
Sujet : La télévision peut-elle critiquer la télévision ?
Le sociologue Pierre Bourdieu passe, sur la Cinq, dans l’émission » Arrêt sur Image » le 23 janvier 1996. Il estime que cette émission démontre l’impossibilité qu’a la télévision de s’auto-critiquer. Le thème de l’émission proposée était « la télévision peut-elle parler de mouvements sociaux ? ».
Extraits :
La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure.
Faire la critique de la télévision à la télévision, c’est tenter de retourner le pouvoir symbolique de la télévision contre lui-même.
Le rôle du présentateur : Il impose la problématique, au nom du respect de règles formelles à géométrie variable et au nom du public, par des sommations (« C’est quoi… « , » Soyons précis… « , » Répondez à ma question « , » Expliquez-vous… « , » Vous n’avez toujours pas répondu… « , » Vous ne dites toujours pas quelle réforme vous souhaitez… ») qui sont de véritables sommations à comparaître mettant l’interlocuteur sur la sellette. Pour donner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des auditeurs : » La question que tout le monde se pose « , » C’est important pour les Français… » Il peut même invoquer le » service public » pour se placer du point de vue des » usagers « . Il distribue la parole et les signes d’importance (ton respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient, titres, ordre de parole, en premier ou en dernier, etc). Il crée l’urgence (et s’en sert pour imposer la censure), coupe la parole, ne laisse pas parler (cela au nom des attentes supposées du public c’est-à-dire de l’idée que les auditeurs ne comprendront pas, ou, plus simplement, de son inconscient politique ou social).
Les présentateurs sont les relais parfaits de la structure, et, s’ils ne l’étaient pas, ils seraient virés.
=fin=
Un autre exemple trivial, votre lien :
»Un bon papier, courageux, de Daniel Schneidermann dans Libération :
« Son Influence Ardisson »
http://www.liberation.fr/page.php?Article=378172″
et ma petite réflexion personnelle :
dans ce papier plusieurs points m’interpellent. Tout d’abord,
« les thèmes que Ardisson, semaine après semaine, sans en avoir l’air, injecte dans le débat public. Retenons-en deux : la théorie du complot, et l’obsession des Juifs » :
- Qu’est-ce que le thème de la théorie du complot ?… la nouvelle diabolisation à la mode ?…
- Dans l’obsession des Juifs, n’est-ce pas aussi un peu un parti-pris de M. Schneidermann ? Il me semble que beaucoup d’invités (juifs ou non) ne ressentent pas cela (sinon je pense qu’Ardisson serait vite rappelé à l’ordre). Et son « obsession » catho alors ?… et ses autres thèmes ?…
Pour finir sur le dernier paragraphe :
« C’est ainsi, dans la durée, qu’un être seul est mis en position d’influer sur l’imaginaire collectif. C’est ainsi, par petites touches, qu’un talentueux bateleur multimédia fait passer une vision du monde, des obsessions personnelles, comme évidentes et naturelles. »
C’est tout simplement la force de la position subjective et présentée comme telle, en face du monopole écrasant de l’info « objective » et du politiquement correct. (Sans en faire une référence, on voit tout de même là où se trouve le plus de « vie »…)
« C’est un dispositif d’influence permanente sur le débat public (comme par exemple, dans un genre différent, la permanente posture de rebelle boutiquier d’un Jean-Pierre Pernaut sur TF1). Un message d’autant plus efficace qu’il est habilement noyé dans le sirop des trouvailles visuelles, des effets spéciaux, et des applaudissements. »
Ici, M. Schneidermann n’a pas tort, mais il ne semble pas voir que c’est vrai de tout spectacle. Ce qui semble géner M. Schneidermann, c’est l’abord des sujets vraiment sensibles.
Ceci dit, mille bravos, Étienne, et merci pour tout ce que vous faites tout de même.
Depuis une semaine, Denis Robert met sur son site des photos d’écran de ses fichiers Clearstream.
http://www.ladominationdumonde.blogspot.com/
On observe (c’est du moins mon impresion) que bon nombre de banques les plus respectables qui soient et d’autres moins (ex : la MENATEP serait une banque d’oligarques russes qui se serait servis de la libéralisation des capitaux pour sortir l’argent qu’ils ont obtenu des privatisations bradées des années 90) ont des comptes en banque dans des paradis fiscaux et qu’elles s’en servent pour faire fructifier leurs avoirs et ceux de leurs (riches) clients.
Comme le dit Citygroup sur cette page présentant sa filiale Citytrust (qui a de nombreux comptes enregistrés chez Clearstream dans les paradis fiscaux et qui est spécialisée dans le placement de riches fortunes), « ils aident les personnes riches et les investisseurs sophistiqués à préserver, protéger, et augmenter leurs biens de générations en génération ».
http://www.citigroup.com/privatebank/trust_fiduciary.htm
Il est bon de rappeller que, chez Clearstream qui permet de mettre en réseau les banques entre elles, le problème majeur dénoncé par Denis Robert — outre la généralisation des comptes bancaires dans les paradis fiscaux qui permettent de soustraire l’argent obtenu sur un pays à l’impôt — des comptes sont non-publiés, c’est-à-dire qu’ils ne laissent aucune trace, et ce en toute légalité pour Clearstream. Peut-être est-ce le sens des « 0 » et des « 1 » dans la deuxième colonne de ces photos d’écran. Denis Robert ne nous le précise pas (par peur de nouveaux procès ?)
Je m’inquiète de cette situation, qui se répand partout.
Ex : la filiale partagée du Crédit Agricole, des Banques Populaires et des Caisses d’Épargne, CACEIS faisant l’acquisition d’Olympia Capital, une société spécialisée dans le placement de fonds dans les paradis fiscaux. Et tout le monde (médias au premier chef) trouve ça parfaitement naturel. N’est-ce pas fou ?
http://www.credit-agricole-sa.fr/rubrique.php3?id_rubrique=274&id_article=2979
« CACEIS, acteur majeur des services financiers aux institutionnels, a finalisé l’acquisition de Olympia Capital International (et ses filiales), spécialisé dans l’administration de fonds alternatifs.
Olympia Capital International administre près de 70 milliards de dollars d’encours de fonds domiciliés aux Bermudes, aux Iles Caïmans, aux Iles Vierges Britanniques, en Irlande et aux États-Unis. Avec 230 collaborateurs, Olympia Capital est un acteur reconnu pour la qualité de ses prestations dans l’industrie des fonds alternatifs… »