Évolution nécessaire de notre démocratie : importance cardinale des pouvoirs de surveillance (Pierre Rosanvallon)

26/04/2006 | 10 commentaires

La culture et l’es­prit de syn­thèse de Rosan­val­lon sont une arme pour nous
aider tous à défendre la démo­cra­tie : il ramène à la sur­face des pen­seurs
oubliés et il arti­cule leurs argu­ments de façon éclairante.

D’a­bord, la pré­sen­ta­trice de l’é­mis­sion intro­duit la leçon, tou­jours de
façon très synthétique :

« Nous sommes à peu près tous d’ac­cord pour pen­ser que nous
vivons une crise de la démo­cra­tie. Si cer­tains pes­si­mistes en pro­phé­tisent le
déclin, Pierre Rosan­val­lon, au contraire, nous pro­pose, lui, de remettre en
mou­ve­ment une réflexion vivante
sur les pos­si­bi­li­tés que cette crise offre
à la démocratie.

On pour­rait résu­mer gros­siè­re­ment ses cours en disant que la
démo­cra­tie est un régime tou­jours en crise qui ne peut régler ces crises qu’en
deve­nant plus démo­cra­tique, faute de quoi… on connaît la suite.

Il s’a­git donc pour le peuple, auquel le pou­voir appar­tient, de rompre
avec le com­por­te­ment du spec­ta­teur pas­sif
, de réveiller sa liber­té et son
esprit critique.

Pour Pierre Rosan­val­lon en effet, la démo­cra­tie est indis­so­ciable
d’un tra­vail d’ex­plo­ra­tion et d’ex­pé­ri­men­ta­tion, de com­pré­hen­sion et
d’é­la­bo­ra­tion d’elle-même
. Elle doit donc être sans cesse réin­ven­tée.

Et par exemple, dans les cours que nous écou­tons cette semaine,
Pierre Rosan­val­lon réflé­chit avec nous sur les pou­voirs de sur­veillance que
le peuple exerce sur les gou­ver­nants
et sur les condi­tions qui pour­raient
faire en sorte que ces pou­voirs de sur­veillance échappent à une simple
délé­ga­tion et donc à une récu­pé­ra­tion de la part du Parlement.

Pierre Rosan­val­lon a inter­ro­gé cette semaine plu­sieurs formes de
l’exer­cice de cette sur­veillance, celles pro­duites notam­ment par de nou­veaux
mili­tan­tismes qui s’é­lèvent contre les abus de pou­voir et inter­pellent le gou­ver­ne­ment,
on peut pen­ser par exemple à l’ob­ser­va­toire sur les pri­sons, cer­taines de ces
formes très effi­caces remontent par­fois his­to­ri­que­ment bien avant le suf­frage
universel.

Ce matin, Pierre Rosan­val­lon se pro­pose de pen­ser les condi­tions
qui ren­draient pos­sible l’institu­tion­nali­sation d’or­ganes de contrôle du
pou­voir
. »

Puis, Pierre
Rosan­val­lon
commence :

« Dans l’A­thènes de l’âge clas­sique, on le sait, c’est
essen­tiel­le­ment le tirage au sort des magis­tra­tures, beau­coup plus
fré­quem­ment que l’é­lec­tion, qui est consi­dé­ré comme le propre de la démocratie.

La pre­mière pro­cé­dure, le tirage au sort, est en effet regar­dée
comme la plus radi­ca­le­ment éga­li­taire puis­qu’elle pré­sup­pose que tous
les citoyens ont une capa­ci­té équi­va­lente d’exer­cer les charges publiques. Ce
point a été très lar­ge­ment docu­men­té et dis­cu­té par les his­to­riens. On peut se
repor­ter à l’ou­vrage clas­sique sur la démo­cra­tie athé­nienne de Han­sen,
ain­si que pour faire le lien avec les tra­vaux de sciences poli­tiques, à
l’ou­vrage de Ber­nard Manin publié en 1995 style=‘background:yellow;mso-highlight:yellow’>« Prin­cipes du gou­ver­ne­ment
repré­sen­ta­tif »
qui a eu pour mérite impor­tant de redon­ner toute
son impor­tance à cette pro­cé­dure du tirage au sort.

Mais si on a par­lé du tirage au sort, on
a par contre, oublié ce qui était pour les contem­po­rains, un autre carac­té­ris­tique,
toute aus­si essen­tielle, de la démo­cra­tie. Cette autre carac­té­ris­tique, c’est l’ins­ti­tu­tion
de pro­cé­dures sys­té­ma­tiques de contrôle de l’ac­tion de ceux qui exer­çaient une
fonc­tion publique ou de ceux qui géraient des fonds publics
.

Dans son enquête, Héro­dote est le pre­mier à sou­li­gner cette
dimen­sion. « Dans un régime popu­laire, écrit-il, le sort dis­tri­bue les
charges, le magis­trat rend compte de ses actes, toute déci­sion y est por­tée
devant le public. »
La red­di­tion de comptes en fin de man­dat était
la forme prin­ci­pale de ce type de contrôle.
Même s’il se démarque des
pru­dences aris­to­cra­tiques et, pour­rait-on dire, presque tech­no­cra­tiques de
Pla­ton, concer­nant la nomi­na­tion des gou­ver­nants, ce n’est signi­fi­ca­ti­ve­ment
pas sur ce der­nier point qu’A­ris­tote met l’ac­cent pour appré­hen­der la
défi­ni­tion de la démo­cra­tie : la sur­veillance étroite des magis­trats
par les citoyens est, pour Aris­tote, l’élé­ment clef de la démocratie.

Si la poli­tique pro­pose des approches dif­fé­rentes de la démo­cra­tie,
et si Aris­tote semble par­fois lui-même hési­ter dans sa défi­ni­tion du bon
régime, ce prin­cipe du contrôle popu­laire reste tou­jours affir­mé avec force
chez lui.

Même dans les cas où il ne confie au citoyen que des pou­voirs
res­treints, Aris­tote ne limite jamais leur pou­voir d’ins­pec­tion sur les
magis­trats. C’est ce pou­voir qui consti­tue, en fin de compte, le véri­table
pivot des dif­fé­rentes caté­go­ries de consti­tu­tions mixtes qu’il appelle de ses
vœux.

Si la démo­cra­tie est au pre­mier chef le règne de href=« http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​I​s​o​n​o​mie »>l’i­so­no­mie style=‘font-size:9.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt;color:#999999’>[égalité devant
la loi (ÉC)], la sou­ve­rai­ne­té des citoyens dérive
ain­si de leurs qua­li­tés
(…) de redres­seur et de sur­veillant. Je
m’ap­puie là sur un ouvrage récent publié chez Droz
(?) de Pierre Fröh­lich : « les cités
grecques et le contrôle des magis­trats du 4ème au pre­mier siècle
avant JC »
qui pré­sente l’é­tat le plus avan­cé de la recherche sur ces
moda­li­té de redres­se­ment et de sur­veillance, cet ouvrage ayant en outre
l’a­van­tage consi­dé­rable de ne pas sim­ple­ment se fon­der sur une étude du cas
athé­nien, mais d’a­voir pris en compte dans son inves­ti­ga­tion l’en­semble des
maté­riaux épi­gra­phiques concer­nant les autres cités grecques, ce qui est très
rare­ment le cas dans la plu­part des tra­vaux sur la Grèce antique qui se
can­tonnent le plus sou­vent à Athènes et en outre, à Athènes de l’âge classique.

Il y a bien des façons d’en­vi­sa­ger en Grèce les moda­li­tés de ce
contrôle. Dans l’A­thènes clas­sique dont parle Aris­tote, il y a même
plu­sieurs caté­go­ries de magis­trats, qui sont tirés au sort, char­gés de
contrô­ler les agents, eux-mêmes tirés au sort ou par­fois élus, de l’exé­cu­tif
.

Sont ain­si dis­tin­gués les « redres­seurs », (…) les
audi­teurs de comptes (…), les contrô­leurs (…) ou encore les avo­cats publics
(…).

La plu­part des autres cités grecques connaî­tront aus­si, jus­qu’à la
fin de la période hel­lé­nis­tique, des méca­nismes équi­va­lents, qu’il s’a­gisse de red­di­tion
de comptes en fin de man­dat
ou de contrôle des magis­trats en cours de
charge
.

Les moda­li­tés de ces pro­cé­dures et la
part prise par les citoyens ordi­naires dans leur mise en œuvre ont consti­tué le
meilleur indi­ca­teur du degré de démo­cra­tie
des dif­fé­rentes cités, et c’est
leur affai­blis­se­ment, puis leur dis­pa­ri­tion, qui mar­que­ra de la façon la plus
tan­gible le déclin de la démocratie.

Cette vision ori­gi­naire du peuple
sur­veillant
per­met éga­le­ment de com­prendre pour­quoi le mode de sélec­tion
des magis­trats par tirage au sort avait pu aus­si faci­le­ment s’im­po­ser. Si les
gou­ver­nants ne sont que de simples exé­cu­tants, sou­mis à des contrôles aus­si
stricts que régu­liers, leurs qua­li­tés per­son­nelles peuvent en effet être
consi­dé­rées comme des variables rela­ti­ve­ment secondaires.

L’exis­tence d’un bon gou­ver­ne­ment ne dépend pas seule­ment de leur
ver­tu ou de leur talent : c’est l’ef­fi­ca­ci­té des pro­cé­dure de sur­veillance
qui doit jouer le rôle moteur.

Il y a ain­si un sys­tème qui allie une légi­ti­ma­tion faible par le
tirage au sort et un pou­voir fort de surveillance.

Légi­ti­ma­tion faible par le tirage au sort et pou­voir fort de
sur­veillance ont com­po­sé à Athènes un dis­po­si­tif ins­ti­tu­tion­nel cohé­rent, de la
même façon que dans d’autres cités.

On pour­rait para­phra­ser sur ce point Adam Smith en disant que ce
n’est pas de la bien­veillance et de la ver­tu du gou­ver­ne­ment que les grecs
atten­daient la réa­li­sa­tion du bien com­mun, mais plu­tôt de l’in­té­rêt des
gou­ver­nants à ne pas être redres­sés, les sanc­tions pou­vant être très lourdes,
par­fois même la mort.

On ne dis­pose pas d’élé­ments pour appré­cier com­ment s’est
pré­ci­sé­ment for­gée cette vision liant légi­ti­ma­tion faible par le tirage au sort
et pou­voir fort de sur­veillance, mais il n’est pas dérai­son­nable d’es­ti­mer que c’est
l’ex­pé­rience his­to­rique
de l’ex­po­si­tion des régimes poli­tiques aux
phé­no­mènes de cor­rup­tion qui a pro­gres­si­ve­ment conduit à faire de la mise à
l’é­preuve de la res­pon­sa­bi­li­té des gou­ver­nants l’ins­tru­ment d’in­ter­ven­tion le
plus efficace.

Il semble d’ailleurs bien que ce soit l’o­pi­nion d’Aris­tote :
lors­qu’il cri­tique la cor­rup­ti­bi­li­té des gérontes de Sparte, il impute
ain­si essen­tiel­le­ment le phé­no­mène à l’ab­sence de contrôle de ses magis­trats.
« il est notoire, écrit-il ain­si, que ceux qui
détiennent col­lec­ti­ve­ment cette charge se laissent cor­rompre pas des cadeaux et
sacri­fient au favo­ri­tisme dans bien des affaires com­munes. C’est pour­quoi,
conclut-il, il aurait mieux valu qu’ils ne soient pas irres­pon­sables, or ils le
sont actuellement. »

Dans cette pers­pec­tive, style=‘font-size:9.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt;color:#FFFF99;background:red’>c’est
donc le contrôle citoyen, bien plus que la simple dési­gna­tion popu­laire des
diri­geants qui défi­nit la démo­cra­tie
. Mais cette dua­li­té est pro­gres­si­ve­ment
deve­nue illi­sible à nos yeux modernes tant l’é­lec­tion a fini par
s’im­po­ser comme une sorte d’ins­ti­tu­tion démo­cra­tique totale
, cen­sée
super­po­ser une tech­nique de sélec­tion des gou­ver­nants, un mode
d’or­ga­ni­sa­tion de la confiance
entre les citoyens et le pou­voir, en même
temps qu’un sys­tème de régu­la­tion de l’ac­tion publique.

Il est déci­sif, à mes yeux, de bien
prendre la mesure de ce fait pour
réin­ter­pré­ter l’his­toire de la démo­cra­tie
et com­prendre aus­si de cette façon les racines les plus pro­fondes du
malaise contem­po­rain
.

(Lisez la suite, pas­sion­nante, sur ma page Jour­nal : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​J​o​u​r​n​a​l​.​p​h​p​#​R​o​s​anv…, au 25 avril 2006 )

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Étienne

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10 Commentaires

  1. tomcat

    La vision d’une vraie démo­cra­tie, qui ne soit pas en trompe-l’oeil, avec une par­ti­ci­pa­tion active des citoyens, sup­pose un accord des acteurs prin­ci­paux : les citoyens et les diri­geants actuels…

    Là où le bât blesse, c’est que je ne pense pas que ces diri­geants soient d’ac­cord : je pense qu’ils sont convain­cus que le « peuple ne peut se gou­ver­ner lui-même » et que c’est le rôle d’une élite (qu’ils incarnent) de mon­trer le che­min et d’en convaincre le peuple du bien fon­dé (on a pu s’en rendre compte avec les séances « péda­go­giques » des médias et poli­tiques lors de la cam­pagne POUR le TCE).

    D’autre part, si une telle vision de la démo­cra­tie était consi­dé­rée, l’é­du­ca­tion des citoyens à l’exer­cice de leur sou­ve­rai­ne­té aurait été mise à l’hon­neur à l’é­cole et à l’u­ni­ver­si­té (ça devrait être une matière principale) !

    Tous cela montre que le modèle rete­nu (en dépit des envo­lées lyriques) est une forme d’oligarchie ! 
    Accro­chez-vous si vous vou­lez chan­ger ça !

    Réponse
  2. Étienne

    Pré­ci­cé­ment, Tom­cat : je m’accroche.

    :o)

    Réponse
  3. Lucius Cincinnatus

    Une démo­cra­tie obèse

    Plus de 500 000 élus en France, n’est ce pas trop ?

    Le débat sur la per­ti­nence de l’échelon dépar­te­men­tal ne doit il pas être relancé ?

    Les petites com­munes ne devraient-elles pas se regrou­per avec de plus grandes. Les démarches d’intercommunalité ne vont-elles pas dans ce sens, sans le dire bien sûr, afin de ne pas inquié­ter les élus concernés ?

    36 800 com­munes en France (autant qu’aux États-Unis), 8 000 en Alle­magne et en Italie.

    Une démo­cra­tie vénale :

    Il est natu­rel que les fonc­tions élec­tives soient indemnisées.

    Cepen­dant, l’indemnité peut créer la dépen­dance. Les man­dats de par­le­men­taires peuvent pro­cu­rer (j’en connais) une cer­taine aisance maté­rielle qui va deve­nir accou­tu­mance, la réélec­tion n’est alors plus une affaire de convic­tion ou d’engagement, elle devient une opé­ra­tion comptable.

    À quoi s’ajoute le cumul des man­dats et des indem­ni­tés. Sur ce point, l’agilité admi­nis­tra­tive de nos élus a su se jouer de la loi sur le non cumul : la mul­ti­pli­ci­té des SIVOM, SIVU, Syn­di­cat Mixte et main­te­nant les Éta­blis­se­ments Publics de Coopé­ra­tion Inter­com­mu­nale per­met de mul­ti­plier les indem­ni­tés et ceux qui y siègent sont dési­gnés par les conseils muni­ci­paux, donc pas d’élections directes par les citoyens.

    Je me pose une ques­tion : pour­quoi, l’élection, quelle qu’elle soit, doit elle être une source d’enrichissement ? Je me prends à rêver à Cincinnatus.

    Une réforme pour­rait être d’assurer à tout élu le mon­tant exact des reve­nus (géné­rés pas son acti­vi­té pro­fes­sion­nelle) dont il dis­po­sait avant son élec­tion. Étant enten­du que sont pris en charge les frais liés à son man­dat : trans­ports, loge­ment, secré­ta­riat. Alors, bien sûr, il y aurait des élus mieux indem­ni­sés que d’autres : je n’ai pas de réponses à cet argu­ment. Mais ce qui est sûr, c’est que ce mode d’indemnisation refroi­di­rait cer­taines… vocations.

    Enfin, je pense que limi­ter les man­dats à deux pour tous les par­le­men­taires, per­met­trait de renou­ve­ler et de… rajeu­nir les effectifs.

    Les col­lec­ti­vi­tés locales connaissent aus­si les méfaits de cette nou­velle véna­li­té des « offices ». Qui attri­bue les indem­ni­tés aux adjoints, conseillers muni­ci­paux ou syn­di­caux ? Les maires et les Pré­si­dents de struc­tures inter­com­mu­nales. Je ne sais pas si le sta­tut de l’élu est impar­fait et si les indem­ni­tés que per­çoivent les élus locaux sont insuf­fi­santes, comme je le lis par­fois, une chose est sûre, tous les « indem­ni­sés » le sont par la faveur (la grâce) du maire ou du président.

    C’est une forte invite à la sagesse et à la dis­ci­pline. Com­bien n’ai-je pas vu de majo­ri­té godillot pour ne pas déplaire au prince local. Ce sys­tème est un déni de démo­cra­tie il donne de fait un pou­voir abso­lu à celui que l’on nomme alors, à juste titre le… pre­mier magis­trat. Il faut être très fort mora­le­ment, ou suf­fi­sam­ment aisé, pour s’opposer au dis­pen­sa­teur de ces faveurs finan­cières et ris­quer de perdre 500, 1000, 1 500 € par mois selon le nombre d’habitants.

    LC

    Tous ces sujets sont élec­to­ra­le­ment incor­rects, mais ils ter­nissent gra­ve­ment l’image de la démo­cra­tie et des élus, ils ali­mentent le « désordre démocratique ».
    Il fau­dra bien pour­tant, un jour, se poser ces questions.
    Cer­taines res­sor­tissent de notre Consti­tu­tion, celle de la V° répu­blique qui va bien­tôt fêter ses 50 ans et qu’il fau­dra bien finir par chan­ger, les temps ont chan­gé, pas la Constitution.

    Quel can­di­dat, quel Pré­sident de la Répu­blique, pre­mier ministre, dépu­té, séna­teur aura l’énergie pour remettre de l’éthique dans cette jungle ins­ti­tu­tion­nelle qui par­fois s’apparente à un casino ?

    Une démo­cra­tie du privilège…

    Réponse
  4. Tomcat

    Étienne,
    votre déter­mi­na­tion est tout à votre hon­neur (espé­rons que cela ne soit pas un baroud d’honneur ! ;-))

    Mais ne pen­sez-vous pas qu’un point essen­tiel pour la pro­mo­tion d’une démo­cra­tie véri­table, telle que vous l’en­vi­sa­gez, est (pour faire écho à mon pré­cé­dent post) l’é­du­ca­tion citoyenne ? 

    Que valent toutes les mesures et ins­ti­tu­tions si le citoyen se contente des rea­li­ty-show et pré­fère lais­ser les affaires publiques aux spé­cia­listes ? (C’est d’ailleurs ce qu’at­ten­daient les pro­mo­teurs du OUI au réfé­ren­dum sur le TCE et ce qu’es­ti­maient comme allant de soi cer­tains de ses par­ti­sans, allant jus­qu’à regret­ter que l’on ait deman­dé leur avis aux français.)

    Pour­quoi ne pas pro­po­ser concrè­te­ment la mise en place dans les lycées d’une heure heb­do­ma­daire « d’en­sei­gne­ment citoyen » (qui se posi­tion­ne­rait en amont de toutes consi­dé­ra­tions par­ti­sanes) et expo­se­rait les élé­ments essen­tiels à la com­pré­hen­sion d’une démo­cra­tie, son fonc­tion­ne­ment, ses ins­ti­tu­tions, son his­toire, etc.

    Cela serait inté­res­sant que de réflé­chir jus­te­ment à son conte­nu pos­sible… Et si c’est pos­sible ou souhaitable.

    À moins que cette édu­ca­tion de base ne soit cen­sée n’être déli­vrée que par les émis­sions de télé­vi­sion ? Et qu’un bon citoyen soit un citoyen qui dort… ?

    Réponse
  5. Étienne

    Consta­tant que les jour­na­listes se sont fait pro­gres­si­ve­ment ache­ter par les plus riches, — qui ont fait des jour­na­listes leurs sala­riés, c’est-à-dire leurs subor­don­nés—, les citoyens se réap­pro­prient pro­gres­si­ve­ment l’in­dis­pen­sable fonc­tion de sur­veillance que rem­plissent (tant bien que mal) les jour­na­listes depuis la Révo­lu­tion fran­çaise et, faute de mieux, ils uti­lisent l’In­ter­net pour deve­nir à leur tour « jour­na­listes citoyens », « sen­ti­nelles du peuple » comme on disait en 1789.

    Voir à ce sujet :

    « Les pre­mières ren­contres du 5e pouvoir »
    http://​www​.ago​ra​vox​.fr/​r​u​b​r​i​q​u​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​r​u​b​r​i​q​u​e​=23

    Ago­ra­vox orga­nise un grand ren­dez-vous pour les blo­gueurs et leurs inter­ac­teurs, le same­di 24 mars à « L’Usine » à St Denis.

    J’étais heu­reux de pou­voir enfin y ren­con­trer de nom­breux inter­lo­cu­teurs, jusqu’ici très imma­té­riels :o)

    Mal­heu­reu­se­ment, je viens de réa­li­ser que suis aus­si invi­té (depuis long­temps) à Ber­lin, le même week-end, pour une confé­rence sur l’Europe :

    « Europe – Not without the people ! »
    http://​www​.ber​lin2007​.org/ (voir agen­da et speakers)

    Ça va sans doute être passionnant.

    C’est dur, par­fois, de n’avoir qu’une enve­loppe corporelle.
    J’espère que la ren­contre d’Agoravox est la pre­mière d’une longue série
    et je pour­rai enfin vous retrou­ver, un peu plus tard, grâce à cette excel­lente ini­tia­tive :o)

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  6. ram

    le pou­voir actuel et l’argent : au plus vous en avez, au plus vous déci­dez des lois, des banques, de l’eu­ro… État-Unis d’Eu­rope, défen­dez-vous contre le capi­ta­lisme des grandes puis­sances, mais pas contre votre peuple car eux, tôt ou tard, ils le paye­ront. Dieu en décidera.

    Réponse
  7. Fred., de L.

    Bon­jour Etienne,

    Ce n’est pas simple de réagir sur ton site (fouilli). Mais je réagis.

    Tu ne publies pas beau­coup ces temps. Trop occu­pé que tu dois être. Moi aus­si d’ailleurs.

    J’i­gnore ce que pour­rait être le déclic de cette cam­pagne élec­to­rale, comme ton texte l’a été en 2005. J’ai­me­rais qu’on puisse trou­ver un truc, un machin, qui mette plein de monde d’ac­cord pour agir de la même façon et per­mettre de résis­ter effi­ca­ce­ment mais paci­fi­que­ment aux institutions.

    Je racon­tais à ma com­pagne que ces temps, je ne lisais plus autant qu’a­vant Inter­net, parce que les textes se font plus rares, moins denses. Tous, nous évo­quons désor­mais les mêmes choses, nous débat­tons des mêmes sujets. Et nous accep­tons de débattre d’ailleurs de ces sujets, que par ailleurs, nous savons tous pipés. Nous sommes deve­nus encore plus superficiels.

    Pour­quoi débattre du pro­gramme de S. Royal, quand on sait depuis des années que le PS s’est tou­jours tota­le­ment impli­qué dans la construc­tion de l’Eu­rope néo-libé­rale et qu’il n’a pas mon­tré l’in­ten­tion de suivre un che­min dif­fé­rent ? Pour­tant, on en débat, on conti­nue de faire comme s’il était inté­res­sant de la regar­der par­ler à la télé.

    Idem pour Sar­ko­zy. 5 ans que son par­ti et ses amis sont au pou­voir, et Eolas prend le temps d’a­na­ly­ser le pro­gramme de Sar­ko­zy sur la jus­tice… comme s’il n’a­vait pas eu l’op­por­tu­ni­té de com­men­cer à le mettre en oeuvre…

    Et Bay­rou. Bon. Tout le monde semble oublier que l’UDF a gou­ver­né avec l’UMP pen­dant pas mal d’an­nées. J’vois pas com­ment du jour au len­de­main il pour­rait déci­der d’al­ler à l’en­contre du sys­tème, juste parce que « Bay­rou ». Mais c’est peut-être le moins pire. Qui sait.

    Com­ment ne plus être si superficiels ?

    Réponse
  8. Étienne

    Tu as rai­son, Fred. Enfin j’es­saie de ne rete­nir que ce qui résonne avec mon idée clef : les abus de pou­voirs (de toutes sortes) viennent de notre négli­gence à tous, notre renon­ce­ment à écrire nous-mêmes les règles du pou­voir et à lais­ser écrire la Consti­tu­tion (en France comme en Europe comme ailleurs) par les par­le­men­taires, les ministres, les pré­si­dents, les juges… Nous sommes bien bêtes et nous le payons fort cher, mais ce n’est pas la faute des autres, c’est la nôtre.

    De mon côté, je lis beau­coup, de plus en plus ; je découvre des conti­nents for­mi­dables de la pen­sée humaine ; j’é­cri­rai bien­tôt pour par­ta­ger le meilleur avec vous.

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse

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