4D Limiter le droit de propriété par une obligation de respect mutuel ou un vrai droit de l’homme au travail

8/01/2006 | 61 commentaires

Bien sûr, le droit de pro­prié­té est impor­tant, mais en le pla­çant avant même le bon­heur des hommes, de tous les hommes, avant même le res­pect des autres, le res­pect de la non dou­leur des autres, alors oui, on admet, on orga­nise, on pro­gramme le mal­heur des hommes, le mal­heur du plus grand nombre, y com­pris d’ailleurs celui de la plu­part des pro­prié­taires eux-mêmes qui, sou­vent, sont aus­si des travailleurs.

Pour don­ner une très pré­cieuse liber­té à tous, on a su la tem­pé­rer : on n’est pas libre de faire n’im­porte quoi, on n’est pas libre de tuer, pas libre de voler, on n’est pas libre de tri­cher, vio­len­ter, etc. Ce sont ces limites qui garan­tissent au plus grand nombre une cer­taine liber­té, une liber­té raisonnable.

Il fau­drait éga­le­ment tem­pé­rer le droit de pro­prié­té, comme on a su tem­pé­rer la liber­té, pour assu­rer à tous un droit de pro­prié­té rai­son­nable, au lieu d’un droit de pro­prié­té de bar­bare, com­plè­te­ment immo­ral, lais­sant le champ libre à tous les égoïsmes les plus primaires.

Je ne suis pour­tant ni col­lec­ti­viste, ni révo­lu­tion­naire :o)

Le Conseil d’É­tat lui-même admet des limi­ta­tions légi­times au droit de pro­prié­té, droit impor­tant certes, mais qui ne mérite sûre­ment pas une pré­émi­nence abso­lue sur toutes nos valeurs, sauf évi­dem­ment pour ceux qui pos­sèdent déjà beau­coup et qui ne veulent rien perdre.

Comme tout le monde, je tiens au droit de pro­prié­té, à la fois comme un excellent moteur de moti­va­tion qui incite à l’ef­fort, et sur­tout comme une garan­tie de tran­quilli­té pour l’a­ve­nir : quand un indi­vi­du est pro­prié­taire, il peut envi­sa­ger l’a­ve­nir, le sien et celui de sa famille, de façon sereine, à l’a­bri de l’é­vic­tion. Il a l’es­prit plus libre pour phi­lo­so­pher et s’é­le­ver :o)

Mais je tiens plus encore au bon­heur des hommes, celui pour lequel le droit de pro­prié­té n’est qu’une condi­tion, pas un droit supérieur.

Lire la suite de cet argu­men­taire sur ce point à : Grands prin­cipes d’une bonne Consti­tu­tion, point IVD.

Syn­thèse des argu­ments échangés :

(que je devrais nor­ma­le­ment tenir à jour en fonc­tion de nos échanges, on peut rêver :o)
Vous pou­vez sans doute m’ai­der en me pro­po­sant une nou­velle syn­thèse de temps en temps.
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Étienne

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61 Commentaires

  1. Jacques Adam

    Longue vie à ce blog 😉
    Per­son­nel­le­mebnt je trouve le « champs d’in­ves­ti­ga­tion » du blog un peu étroit (les grands prin­cipes institutionnels…)
    J’au­rais espè­ré qu’on ne se can­tonne pas au juri­disme même si cet aspect garde toute son importance.
    J’ai­me­rais que sur le blog on trouve aus­si des billets et des débats sur l’ac­tua­li­té euro­péenne « immédiate »
    Par exemple, j’au­rais aimé lire votre avis suite à l’in­ter­ven­tion alar­miste et défai­tiste de Jean Qua­tre­mer, jour­na­liste à Libé­ra­tion, lors d’une confé­rence orga­ni­sée par l’Association des jour­na­listes euro­péens (AJE) au Centre d’accueil de la presse étran­gère (CAPE), le 21 sep­tembre 2005…
    Vous en retrou­ve­rez une syn­thèse, approu­vée par Qua­tre­mer, sur le site diplo­web à la page http://​www​.diplo​web​.com/​f​o​r​u​m​/qu...

    Réponse
  2. Onema

    Excel­lente ques­tion que celle de la pro­prié­té pri­vée codi­fiée par Napoléon.

    Le droit de pro­prié­té ne peut s’ap­pli­quer au vivant ! C’est pour moi un prin­cipe indispensable.
    Si l’es­cla­vage a bien été abo­li, il convient main­te­nant de pro­cla­mer que l’en­semble de la faune et de la flore est, comme l’eau ou l’air, patri­moine com­mun de l’humanité.

    Il n’est pas accep­table de voir des mul­ti­na­tio­nales bre­ve­ter des espèces ani­males ou végé­tales, fabri­quer des clônes ou des OGM. 
    Si les pro­grès de la méde­cine ou de l’a­groa­li­men­taire néces­sitent des modi­fi­ca­tions du vivant, toute appro­pria­tion mer­can­tile doit être pros­crite pour évi­ter les dérives. 

    Donc au même titre que l’é­du­ca­tion, l’ar­mée ou la police qui ne peuvent être pri­va­ti­sées, le vivant ne peut être pro­prié­té pri­vée et l’E­tat doit être garant de leur intégrité.

    Réponse
  3. Batswann

    Je crois, pour aller dans ce sens que nos élus appliquent la légis­la­tion qui existe déjà, voir qui la ren­force. Aujourd’­hui, il est pos­sible aux élus de réqui­si­tion­ner des loge­ments vacants, mais ce n’est pas fait. Sur les loge­ment, on pour­rait très bien ima­gi­ner que les col­lec­ti­vi­tés « s’ap­pro­prient » les immeubles ou les mai­sons non-uti­li­sés, financent éven­tuel­le­ment les tra­vaux et per­çoivent des loyers jus­qu’à rem­bour­se­ment ou jus­qu’à ce que le pro­prié­taire ait rem­bour­sé. Cela se fait déjà pour les immeuble mena­çant la salu­bri­té publique.

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  4. alain guillou

    Je pense que les savoirs méritent d’etre par­ta­gés, sous­traits à l’ap­pro­pria­tion pri­vée des grosses firmes qui abusent alors de ce droit de pro­prié­té (exemple : MONSANTO avec les bre­vets OGM, et autres firmes phar­ma­ceu­tiques avec les vaccins)…

    Je crois aus­si que la pro­prié­té sans res­pon­sa­bi­li­té civile, cela se géné­ra­lise encore, avec les grosses firmes qui ne répondent pas de leurs consé­quences envi­ron­ne­men­tales, ni socié­tales (Total et autres : pro­cés bidons , etc),…

    Lorsque, par exemple, elles délo­ca­lisent en aban­don­nant sans un regard des ter­ri­toires sinis­trés par elles éco­lo­gi­que­ment et socialement.

    Je suis pour des appro­pria­tions col­lec­tives quand il s’agit…(de biens publics,)… DU BIEN PUBLIC, au vrai sens du terme :

    L’eau, l’éner­gie, le savoir, la sécu­ri­té, la san­té, etc.

    Et même, (hor­mis pour la petite entre­prise fami­liale), je pense que le res­pect des humains sup­pose d’ac­cor­der aux sala­riés un droit de regard, voire d’in­gé­rence, dans la ges­tion « pri­vée  » de « leur » entreprise…

    Il est l’heure d’une nou­velle « CULTURE D’ENTREPRISE », car les gens n’aiment pas « perdre leur vie » : le temps qu’ils passent au tra­vail, ils ont besoin qu’il ait un sens, et que ce sens, ce soit AUSSI eux qui y contri­buent, autre­ment qu’en obéis­sance aveugle… Telle devrait être à mon avis la recherche de modernité.

    Réponse
  5. guillou alain

    LIMITATION ET CONSOLIDATION ÉTHIQUE DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

    tel est le titre du post précédent

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  6. guillou alain

    La « poli­tique » ne devrait pas être la pro­prié­té exclu­sive d’une « élite »

    Par­mi les biens com­muns, la civi­li­sa­tion, la socié­té telle qu’elle est et telle qu’elle peut devenir :

    Les « savoirs » et les « pou­voirs » sont acca­pa­rés par des « spé­cia­listes auto-pro­cla­més, géné­ra­le­ment issus du même moule social privilégié.

    Il n’est pas ques­tion d’é­vin­cer ces « anciens pro­prié­taires », mais d’ou­vrir plus l’ap­pro­pria­tion par le plus grand nombre du champ politique.

    Quand on voit com­ment la ques­tion de 2007 est plom­bée par le pou­voir média­tique aux mains de cette caste, on com­prend qu’il est temps de chan­ger les ins­ti­tu­tions fran­çaises, et que cela ser­vi­rait ensuite pour « déver­rouiller « la ques­tion européenne :

    Il y a impuis­sance de la « démo­cra­tie », quand le débat poli­tique est détour­né sur le choix du pro­chain pré­sident du leurre national :

    Il est remar­quable que par le biais d’un pré­sident, le men­songe offi­ciel soit éri­gé en ver­tu, et qu’une cam­pagne élec­to­rale concer­nant l’a­ve­nir poli­tique se foca­lise sur la pro­mo­tion du plus sédui­sant (ou de la plus sédui­sante) menteur(se) pos­sible (« crédible »…)

    Pen­dant ce temps, Chi­rac laisse reve­nir la direc­tive Bol­ke­stein qu’il assu­rait avoir terrassée…

    Réponse
  7. Batswann

    Pour enri­chir la réflexion d’A­lain Guillou sur la nou­velle culture d’en­tre­prise, j’in­vite cha­cun à se ren­sei­gner sur l’é­co­no­mie sociale et soli­daire au sens large du terme. Cette ges­tion d’en­tre­prise replace le sala­rié au centre de l’en­tre­prise (avec un sché­ma un homme = une voix) et une fina­li­té de pro­fi­ter à l’hu­ma­ni­té et pas seule­ment quelques hommes.
    Pour les per­sonnes inté­res­sées, cher­cher par­ti­cu­liè­re­ment la charte de l’é­co­no­mie sociale et solidaire.

    Réponse
  8. jacques issartial

    Ce qui m’a tou­jours cho­qué dans le droit à la pro­prié­té, c’est la res­pon­sa­bi­li­té du propriétaire.
    Ex : j’ai un chien, il mord quel­qu’un, je suis tenu de rem­bour­ser les dégâts.
    Pour les entre­prises, grâce au sta­tuts fluc­tuants (filiales,rachat,etc…), on arrive à l’ir­res­pon­sa­bi­li­té voire l’in­sol­va­bi­li­té alors que les pro­prié­taires (action­naires) se sont, par des arti­fices légis­la­tifs, déga­gés de toutes res­pon­sa­bi­li­tés, comme L’usine Meta­leu­rope Nord qui laisse à la com­mu­nau­té le soin de dépol­luer à sa place.
    Je pense qu’une recherche des sol­va­bi­li­tés par­mi les anciens action­naires au pro­ra­ta du % et du temps de pos­ses­sion des parts de pro­prié­té de l’en­tre­prise (actions) per­met­trait dans un pre­mier temps de recher­cher des fonds et dans un 2ème temps de faire réflé­chir les inves­tis­seurs sur l’e­thique de l’en­tre­prise en même temps que sa profitabilité. 
    Cela évi­te­rait à Ber­nard Kouch­ner de faire des rap­ports http://​www​.denis​tou​ret​.net/​c​o​nst...
    qui laissent un goût amer et le décrédibilisent.

    Réponse
  9. MB

    Je songe à la pro­prié­té du savoir qu’une « élite » se trans­met de géné­ra­tion en géné­ra­tion en pre­nant bien garde de ne pas faire entrer dans la sphère du pou­voir les enfants d’ou­vriers qui seront, selon eux, bien plus utiles au tra­vail à la chaîne ou à la caisse d’un supermarché.

    Ils pro­tègent leur pré car­ré en nous fai­sant bouf­fer de leur télé de merde qu’ils ont pris soin de concoc­ter pour nous abru­tir un peu plus : c’est déci­dé, je vire la télé par laquelle j’a­vais l’illu­sion d’être reliée aux autres alors qu’elle m’en­fer­mait dans ma propre merde.

    Je ne les lais­se­rai pas faire de moi un ani­mal rampant.

    Réponse
  10. thom

    « Je songe à la pro­prié­té du savoir qu’une « élite » se trans­met de géné­ra­tion en géné­ra­tion en pre­nant bien garde de ne pas faire entrer dans la sphère du pou­voir les enfants d’ou­vriers qui seront, selon eux, bien plus utiles au tra­vail à la chaîne ou à la caisse d’un supermarché. »

    À mon sens, vous cari­ca­tu­rez tel­le­ment que votre pro­pos devient sans intérêt.

    Réponse
  11. guillou alain

    Je trouve la cari­ca­ture très inté­res­sante, car comme toute cari­ca­ture, elle vise à faire sor­tir les loups du bois.

    Ceci dit, tout ce qui sort du bois n’est pas à tirer, ni à pêcher.

    Réponse
  12. Kroukrou

    {chouette ta pro­prié­té pri­vée mais pri­vée de quoi}

    Réponse
  13. guillou alain

    Oui, Krou­kou, c’est peut-être la ques­tion qui se pose :

    Qu’a de « pri­vée » la pro­prié­té d’EDF qui va pas­ser entre les mains d’ac­tion­naires majo­ri­taires qui ne pour­ront « in fine » qu’être de « grandes familles » dont le patri­moine se gère à l’ho­ri­zon de plu­sieurs siècles (car les petits action­naires « gogos  » de ser­vice, eux, auront reven­du en catas­trophe dès la pre­mière menace de chute des cours à ces belles familles de requins.

    Les entre­prises pri­va­ti­sées sont pri­vées de valeur morale, pri­vées d’u­ti­li­té publique, pri­vées de contrôle citoyen, mais il faut bien avouer que « publiques » elles furent déjà très soi­gneu­se­ment pri­vées de tout cela, sans doute grâce à l’in­dif­fé­rence géné­rale des citoyens, « tenus à l’é­cart des enjeux ».

    Donc il me semble qu’il serait inté­res­sant de réflé­chir à une « limi­ta­tion  » de quelque chose, autant dans la « pro­prié­té pri­vée que dans la « pro­prié­té publique » :

    La limi­ta­tion du « secret » !

    Réponse
  14. karine

    Aban­don­ner la pro­prié­té pri­vée mais au pro­fit de qui ? De l’E­tat ? Les exemples de pays com­mu­nistes n’ont pas été très probants.Vous ima­gi­nez sérieu­se­ment nos hommes poli­tiques, qui n’ont que leurs ambi­tions per­son­nelles en tête, gérer ou mieux créer des entre­prises ? Pas moi. 
    Et contrai­re­ment à Jacques Issar­tial, ce qui me choque dans la pro­prié­té publique, c’est le manque de res­pon­sa­bi­li­té et je trouve très bien que cer­taines per­sonnes prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés, qui assument leurs choix et les consé­quences de leurs actes. 

    Réponse
  15. Laure

    Bon­soir Karine,

    Il n’est pas tant ques­tion, je le crois, d’a­ban­don­ner toute idée de pro­prié­té pri­vée, mais plu­tôt de « gérer » ce droit.

    Trou­vez-vous « nor­mal » qu’une per­sonne (une socié­té) puisse pos­sé­der 50 appar­te­ments (voire plus) alors qu’une autre (des cen­taines d’autres) dorment dans les rues ?

    Laure.

    Réponse
  16. thom

    Tout cela dépend des cir­cons­tances : le pro­prié­taire de 50 appar­te­ments : qu’a-t-il fait pour être aus­si riche ?

    Celui qui est dans la rue, pour­quoi s’y trouve-t-il ?

    Réponse
  17. Onema

    Il n’est pas ques­tion d’in­ter­dire la pro­prié­té pri­vée de bien maté­riels, Etienne l’ex­plique très bien. Mais il faut en fonc­tion de ces biens créer des devoirs et les faires respecter.

    Est-il nor­mal qu’un pro­prié­taire de terres puisse en réser­ver l’ac­cès à cer­taines per­sonnes (des chas­seurs qui loue­raient ce droit, par exemple). La socié­té est deve­nue urbaine et ce droit n’a pas évolué. 
    Le droit de pro­prié­té doit être accom­pa­gné de devoirs civiques. Je dois dénei­ger ma por­tion de trot­toir, je dois entre­te­nir les berges du cours d’eau qui tra­verse mon jar­din (j’ai le droit d’es­pé­rer non ? :-)).

    Réponse
  18. Nadège Faussonier

    Il fau­drait aus­si dis­tin­guer les biens d’u­sage (si je suis pro­prié­taire de ma mai­son cela ne nuit pas à un autre) des biens pro­duc­tifs (le tra­vail d’autres est impliqué).

    Le tra­vail pour­rait don­ner des droits à pro­prié­té (cer­tains usages médié­vaux…), à défi­nir : droit à par­ti­ci­per aux déci­sions, droits aux résul­tats (impé­ra­tifs : pas l’au­mône de quelques actions.)

    Réponse
  19. thom

    « Est-il nor­mal qu’un pro­prié­taire de terres puisse en réser­ver l’ac­cès à cer­taines personnes »

    Évoques-tu les pro­prié­taires de terres agricoles ?

    Dans ce cas, il faut pré­ser­ver leur droit de pro­prié­té tel qu’il existe, ima­gi­nons que n’im­porte qui puisse péné­trer sur ces terres !

    Réponse
  20. jean-louis

    Bon­jour,
    « Dans ce cas, il faut pré­ser­ver leur droit de pro­prié­té tel qu’il existe, ima­gi­nons que n’im­porte qui puisse péné­trer sur ces terres ! »
    T’as rai­son, pour se pro­me­ner, il y a des che­mins… enfin, il y a encore des che­mins dont ont besoin tous les pro­me­neurs, qu’ils soient pié­tons, vété­tistes ou cavaliers.

    che​va​lin​fo​.com/​i​n​f​d​i​v​e​0/d…

    admvc​.free​.fr/​i​n​d​e​x​.​php
    admvc​.free​.fr/​i​n​d​e​x​.​p​h​p?2…

    Jean-Louis

    Réponse
  21. Jacques Roman

    Le droit fran­çais (et sauf erreur le droit de tous les pays de l’U­nion euro­péenne) contient déjà le méca­nisme néces­saire et suf­fi­sant pour régle­men­ter l’exer­cice du droit de pro­prié­té : c’est l’ « expro­pria­tion pour cause d’u­ti­li­té publique moyen­nant une juste et préa­lable indemnité ».

    Il me semble impos­sible de régle­men­ter la pro­prié­té sur une autre base, sauf à exer­cer des pou­voirs bureau­cra­tiques très vite tyranniques.

    Mais je crois aus­si qu’il y a de plus en plus ten­dance à consi­dé­rer l’ex­pro­pria­tion comme une pro­cé­dure sus­pecte, inap­pli­cable en tout cas aux grandes entre­prises : c’est une dérive dangereuse.

    Je suis de l’a­vis que le droit de pro­prié­té ne devrait pas s’exer­cer sur le vivant, ni d’ailleurs sur les connais­sances théo­riques : seule­ment sur les « pro­cé­dés ». Il ne devrait pas, d’autre part, s’exer­cer sans limite sur des pro­duc­tions (médi­ca­ments par exemple) pré­sen­tant un inté­rêt essen­tiel pour l’hu­ma­ni­té. En ce qui concerne la pro­prié­té intel­lec­tuelle et artis­tique, les objec­tifs essen­tiels devraient consis­ter à pro­té­ger l’in­té­gri­té de l’oeuvre et faire en sorte que l’ar­tiste et l’in­tel­lec­tuel aient leur juste part des profits.

    L’ex­pro­pria­tion (plus l’im­po­si­tion des reve­nus) devraient faire le reste. JR 

    Réponse
  22. thom

    Jean-Louis,

    Sais-tu que beau­coup de ces che­mins sont vici­naux, donc d’u­ti­li­té publique, ils ont été négli­gés puisque des routes les ont rem­pla­cés pour le pas­sage des teufs teufs.

    Beau­coup de ces che­mins devraient être entre­te­nus par la com­mune (tiens ! de l’emploi en perpective). 

    Pour les che­mins entre deux par­celles de terre, il relève de la res­pon­sa­bi­li­té des rive­rains de les entretenir.

    Réponse
  23. guillou alain

    Je pense que le droit doit évo­luer avec les savoirs, et la pen­sée d’une époque ne devrait pas être figée, mais au contraire, « che­mi­ner » (puisque l’on parle de « chemins »)…

    … Mais on a fait « des auto­routes de l’in­for­ma­tion », où les poids lourds de la com­mu­ni­ca­tion écrasent toute pen­sée libre qui s’a­ven­ture à « traverser ».

    Si « la pen­sée d’une époque » n’est plus faite de pen­sées indi­vi­duelles, autant dire qu’elle n’est plus une vraie « pensée ».

    Je crois qu’il est temps de se réap­pro­prier tous ces « chemins » :

    Il n’est pas ques­tion de sup­pri­mer le droit de pro­prié­té, mais de le repen­ser à l’aune de ce qui se passe aujourd’hui :

    Le « droit d’a­bus » qui consti­tue le droit de pro­prié­té, concrè­te­ment, abou­tit à l’ex­pro­pria­tion du plus grand nombre par une minorité.

    Limi­ter cela ne serait-il pas légi­time ? (urgent, à mon avis !)

    Réponse
  24. karine

    Je ne com­prends pas bien le problème.
    « Il n’est pas ques­tion de remettre en ques­tion la pro­prié­té pri­vée de biens maté­riels. Mais en fonc­tion de ces droits, créer des devoirs et les faire respecter. »
    C’est déjà le cas, non ?
    Un entre­pre­neur crée sa PME. Il en est le pro­prié­taire. Mais il doit évi­dem­ment res­pec­ter le droit du tra­vail, le droit com­mer­cial, juri­dique, etc…
    Si vous sup­pri­mez la pro­prié­té pri­vée, plus per­sonne ne pren­dra le risque d’in­ves­tir, de se lan­cer dans l’a­ven­ture de la créa­tion d’entreprise.
    Qui y gagnera ?
    Le Front Natio­nal désigne les étran­gers comme res­pon­sables de tous les maux de la socié­té fran­çaise. C’est faux et dangereux. 
    Mais consi­dé­rer les chefs d’en­tre­prises, les action­naires ou les pro­prié­taires comme des boucs émis­saires tient du même rai­son­ne­ment. Et est aus­si faux et dangereux.

    Réponse
  25. pierre

    Laure écrit : « Trou­vez-vous « nor­mal » qu’une per­sonne (une socié­té) puisse pos­sé­der 50 appar­te­ments alors qu’une autre (des cen­taines d’autres) dorment dans la rue ? »
    … Et en déduit qu’il faut gérer autre­ment le droit de pro­prié­té privée.

    À mon tour :

    Tou­vez vous nor­mal qu’un juge envoie 13 inno­cents en pri­son pen­dant 4 ans et ne soit pas inquié­té par le chô­mage parce qu’il est fonc­tion­naire, alors que des cen­taines d’autres perdent leur tra­vail alors qu’ils l’ont tou­jours par­fai­te­ment accompli ? 

    Faut-il gérer autre­ment les droits des fonctionnaires ?

    Réponse
  26. guillou alain

    Bien sûr, il est dan­ge­reux de s’en tenir à des cari­ca­tures de pensée.

    Ce qui mérite d’être remis en cause, ce n’est pas l’i­ni­tia­tive pri­vée, sauf quand elle menace le bien public.

    On ne peut pas admettre de « prendre en otage » les petits entre­pre­neurs pour les uti­li­ser comme « bou­cliers vivants » contre la pen­sée libre qui conteste les abus de pou­voirs des firmes transnationales.

    Vous me sem­blez faire cet amal­game entre la pro­prié­té pri­vée des GROSSES AFFAIRES, (qui mérite au moins d’être sou­mise à un « droit de regard » voire à un « droit d’in­gé­rence » de la part des citoyens), et la PETITE ENTREPRISE (jalouse à juste titre de ses mérites et de sa « conduite citoyenne »).

    Il ne faut pas nous coin­cer entre Sta­line et Hit­ler : c’est fini !

    Même s’il est bien sûr néces­saire de res­ter vigi­lant, cri­tique et tolé­rant, tout « devoir de mémoire » accompli.

    Réponse
  27. karine

    Les FMN sont des PME qui ont réussi…Tellement bien réus­si que lors­qu’une légis­la­tion ne leur convient plus dans un pays, elles se délo­ca­lisent. Et ce n’est pas nous, pauvres Fran­çais ou même Euro­péens qui pour­ront y chan­ger quelque chose…
    À notre échelle, on ne peut s’at­ta­quer qu’aux petites entre­prises qui n’ont pas les moyens de s’ex­pa­trier. Cela aggra­ve­ra leur situa­tion mais ne régle­ra rien 

    Réponse
  28. guillou alain

    Votre constat d’im­puis­sance, Karine, me semble symp­to­ma­tique de ce que la guerre idéo­lo­gique menée par le capi­ta­lisme cherche à inno­cu­ler dans nos consciences d’hommes libres, sous l’ap­pel­la­tion frau­du­leuse de « néo-libéralisme » :

    Face à la vic­toire incon­tes­table de l’ar­mée alle­mande qui défi­lait à Paris il y a 66 ans, une majo­ri­té de « pauvres Fran­çais » pen­sèrent comme vous : « ce n’est pas nous qui pour­rons y chan­ger quelque chose ».

    Je n’ai pas envie d’at­tendre que ce soient les sud-amé­ri­cains qui le fassent à ma place !

    En tant que « citoyen du Monde », la moder­ni­té m’in­té­resse, et cette moder­ni­té est incom­pa­tible avec la sorte de pas­si­vi­té que les médias recom­mandent, comme si elle était « réaliste ».

    Pour moi , elle est loin d’être « réa­liste », car le réa­lisme est de regar­der pré­ci­sé­ment si ce que les gens vivent n’est pas entrain de deve­nir  » non viable », et celà mondialement :

    Plu­tôt que l’at­tente de la mul­ti­pli­ca­tion d’ex­plo­sions de colère, de déses­poir, et de guerres, le réa­lisme m’im­pose une réponse citoyenne qui se doit d’être à la hau­teur des réalités :

    Les fran­çais ne sont pas les plus « pauvres » à cet égard, ils ont une his­toire et des valeurs qui les rap­prochent de ce monde en train de s’émanciper :

    Un autre ave­nir, impré­dic­tible, dépend des citoyens du monde qui choi­si­ront de remettre debout « la digni­té humaine » plu­tot que de suço­ter les gâte­ries idéo­lo­giques de mr. BUSH !

    Ce tour « inat­ten­du  » de l’His­toire en fait, nous y avons notre part de res­pon­sa­bi­li­té car, que nous en ayons conscience ou non, nous sommes dans un monde « soli­daire » qui ne par­don­ne­ra pas qu’on fuie cette réalité.

    Il est à la mode de pla­gier : « n’ayons pas peur ! »

    Réponse
  29. guillou alain

    Vous n’i­gno­rez pas qu’il est pos­sible de taxer les mou­ve­ments de capi­taux, et de réfor­mer la fis­ca­li­té en faveur des entre­prises citoyennes, et cela au niveau muni­ci­pal, régio­nal, natio­nal, euro­péen et mondial !

    Car Mr Bush est limi­té par son obli­ga­tion d’ins­crire sa guerre idéo­lo­gique dans le cadre de « l’hu­ma­nisme » qui est issu de notre « pauvre France » : c’est LUI qui a des pro­blèmes avec ses contra­dic­tions, et qui, par consé­quent, se trouve iso­lé dans son propre pays !

    Ce n’est pas nous, les « pauvres » Français !

    Réponse
  30. karine

    Taxer, ça oui, on sait le faire en France. On taxe pour mieux répar­tir les richesses, on taxe pour influen­cer le com­por­te­ment des agents éco­no­miques, on taxe pour com­bler les défi­cits, on taxe pour tout et n’im­porte quoi. 
    Et on s’é­tonne que les taxés, las­sés, s’exilent ou délocalisent

    Réponse
  31. Fred. de L.

    Ben oui ma bonne dame ! Et après on s’é­tonne que la France aille si mal ! Tenez, l’autre matin, on m’a taxé de bêtise… en pleine rue… quand j’vous l’dis qu’on est trop taxé en Frraaâaance.

    Réponse
  32. karine

    Rire. Vous m’en imposez ! 

    Réponse
  33. anne

    Et ben ça dégé­nère, on dirait. Ça me rap­pelle un blog où j’al­lais avant le réfé­ren­dum et où les inter­nautes finis­saient tou­jours par s’in­sul­ter ou essayer de ridi­cu­li­ser les autres.

    Réponse
  34. Étienne

    Bon­jour à tous :o)

    Par­don de ne pas inter­ve­nir plus sou­vent, mais je suis com­plè­te­ment débor­dé :o)

    Je mets chaque fois entre paren­thèses le numé­ro du com­men­taire auquel je réponds pour vous aider à le retrou­ver dans la liste qui devient longue.

    À Jacques (1) : C’est vrai que le ‘champ d’investigation’ est étroit (par rap­port à notre frin­gale de tout com­prendre), mais cette déli­mi­ta­tion pré­cise me semble très utile pour nous per­mettre de pro­gres­ser vrai­ment tout en étant assez nom­breux à parler.

    À Karine (14 et 24) : je ne crois pas avoir jamais par­lé d’abandonner la pro­prié­té pri­vée, mais sim­ple­ment de lui oppo­ser (en vue d’un *équi­libre* plus juste) un droit des tra­vailleurs très fort (au plus haut niveau du droit) pour ce qui concerne la pro­prié­té **des moyens de pro­duc­tion** (pro­prié­té des entre­prises que je ne confonds pas avec la pro­prié­té ordinaire). 

    Il me semble qu’un droit qui per­met au pro­prié­taire d’une entre­prise de déci­der seul de liqui­der ou de vendre « son » entre­prise, – comme si l’entreprise se résu­mait à son capi­tal –, en trai­tant comme des objets les hommes qui tra­vaillaient dans cette entre­prise alors que ces hommes sont lar­ge­ment à l’origine de la valeur même de cette entre­prise, il me semble que ce droit-là a sans doute été écrit par des pro­prié­taires et qu’il est pro­fon­dé­ment ques­tion­nable, sans être pour autant le moins du monde collectiviste.

    Cette pré­émi­nence exa­gé­rée du droit de pro­prié­té, qui rend pos­sible toutes les oppres­sions légales, trouve sa source directe et très solen­nelle dans la Consti­tu­tion. Je crois donc que le thème de ‘la force rela­tive du droit de pro­prié­té’ n’est pas hors sujet entre nous.

    Ceci dit, c’est très bien de sur­veiller les hors sujets et il faut effec­ti­ve­ment que nous nous sur­veil­lions tous un peu (avec res­pect et patience) pour bien res­ter dans le débat ins­ti­tu­tion­nel et évi­ter de déri­ver ou de rado­ter :o)

    À Jaques (21) : en par­lant d’un nou­veau droit consti­tu­tion­nel des sala­riés qui équi­li­bre­rait le droit du pro­prié­taire des ‘choses ser­vant à pro­duire’, je ne pense pas du tout à l’expropriation, et quand vous sug­gé­rez qu’il y a déjà dans notre droit tout ce qu’il faut pour limi­ter le droit de pro­prié­té, c’est sûre­ment un mal­en­ten­du, nous ne par­lons pas de la même chose (voir plus haut) : pour l’instant, RIEN ne per­met aux sala­riés de résis­ter aux caprices d’un pro­prié­taire cupide. 

    Cette liber­té qua­si totale accor­dée à UN DES acteurs de l’entreprise est très cer­tai­ne­ment un excès et je trouve regret­table que les citoyens ordi­naires soient si mal repré­sen­tés (poli­ti­que­ment) sur ce sujet : il y a pro­ba­ble­ment trop de pro­prié­taires et pas assez de sala­riés pré­caires à l’Assemblée Natio­nale et au Gouvernement. 

    Un peu (mais pas trop) de tirage au sort règle­rait ça rapi­de­ment :o) (je sais, c’est hors sujet ici :o)

    À Pierre (25) : sur le pou­voir des fonc­tion­naires en géné­ral, sou­vent dis­pen­sés de la res­pon­sa­bi­li­té qui devrait pour­tant tou­jours accom­pa­gner le pou­voir, je pro­pose de créer un article là-des­sus, parce que le thème est immense et que le sujet est émi­nem­ment institutionnel.

    Pour Anne (33) : j’es­père que notre échange ne dégé­nè­re­ra pas. Pour l’ins­tant, à part quelques micro­sco­piques embar­dées, tout va bien :o)

    Ami­ca­le­ment :o)

    Étienne.

    Réponse
  35. karine

    Cher Étienne,

    Mer­ci d’a­voir pris le temps de me répondre.
    Vos pro­pos m’ins­pirent 3 réactions.

    1/ Il faut peut-être ces­ser de voir le chef d’en­tre­prise comme le salaud de ser­vice qui consi­dère les gens qui tra­vaillent pour lui comme des objets et qui les vire sans rai­son valable.
    Certes, il y a des com­por­te­ments abu­sifs chez cer­tains patrons (et chez cer­tains sala­riés…). Ils doivent être dénon­cés et sanc­tion­nés. Mais cela ne per­met pas de géné­ra­li­ser sur les patrons (pas plus que sur l’en­semble des salariés…).

    2/Vous consi­dé­rez que « la pré­émi­nence du droit de pro­prié­té rend pos­sible toutes les oppres­sions légales ». Je ne suis pas d’ac­cord. Voi­ci deux contre-exemples à vos pro­pos : L’ex-URSS avait sup­pri­mé la pro­prié­té pri­vée et ce fut un régime ultra-répres­sif. Autre exemple (ins­pi­ré par Pierre): le sys­tème judi­ciaire fran­çais per­met une oppres­sion légale abu­sive (voir l’Af­faire d’Ou­treau, le pou­voir incal­cu­lable des juges). Le droit de pro­prié­té n’y est pour rien.

    3/ Vous esti­mez que la pro­prié­té pri­vée de l’en­tre­prise explique tous les maux de la socié­té et que, comme le droit à la pro­prié­té pri­vée est consti­tu­tion­nel, il est indis­pen­sable de le remetre en ques­tion pour défendre vala­ble­ment les prin­cipes de la démo­cra­tie et de la répu­blique. Je ne par­tage pas votre avis sur ce point. Dans ces condi­tions suis-je exclue du com­bat qui m’in­té­resse, et pour lequel j’ai envie de me battre, à savoir la défense de la démo­cra­tie ? Faut-il néces­sai­re­ment être de gauche pour défendre les prin­cipes de la démo­cra­tie et de la répu­blique ? J’es­père que non…

    Réponse
  36. Étienne

    Chère Karine,

    Votre réac­tion me per­met de com­prendre le mal­en­ten­du qui, je crois, ne nous sépa­re­ra pas long­temps car nous sommes pro­ba­ble­ment d’accord mais nous avons des écor­chures (et des mots qui font peur) à des endroits différents.

    Il me semble que votre court résu­mé de ma pen­sée est une cari­ca­ture (invo­lon­taire, j’en suis sûr) que je com­bat­trais moi-même, comme vous, si j’y étais confron­té. Il est donc nor­mal, si vous m‘avez com­pris de cette façon, que vous soyez en désac­cord avec « moi » (je mets des guille­mets parce que ce que vous avez décrit rapi­de­ment, ce n’est pas moi).

    1) Je ne pré­sente pas le chef d’entreprise comme le salaud de ser­vice tant il est vrai que l’entrepreneur est sou­vent le plus cou­ra­geux, le plus tra­vailleur, celui qui arrive le plus tôt, qui reste le plus tard, qui sacri­fie ses soi­rées, ses fins de semaines et ses vacances, et qui par son inven­ti­vi­té asso­cie les moyens de pro­duc­tion de telle façon que des richesses se créent pour le bien de tous, alors que RIEN n’aurait été créé sans son ini­tia­tive. Tout cela est vrai et nous avons besoin d’entrepreneurs. Je le dis hon­nê­te­ment, sans arrière-pen­sée (même si on peut tou­jours nuan­cer car les sala­riés tra­vaillent aus­si beaucoup).

    Mais le monde n’est pas rose avec des entre­pre­neurs mer­veilleux, et si le pou­voir de l’entrepreneur (je répète que ce pou­voir est abso­lu­ment néces­saire) n’a pas de contre-pou­voir, l’oppression est garantie. 

    Dire que les pro­prié­taires des moyens de pro­duc­tion (ceux que Marx appe­lait les bour­geois) ont trop de pou­voirs sur l’entreprise (et ils les ont tous) par rap­port à ceux qui tra­vaillent dans l’entreprise (et que Marx appe­lait les pro­lé­taires) (ils n’en ont qua­si­ment que de fac­tices), ce n’est pas pré­sen­ter le chef d’entreprise comme le salaud de ser­vice, c’est récla­mer que le droit (en géné­ral) ne soit pas écrit QUE par les plus forts (les pro­prié­taires), mais que le droit soit aus­si écrit, en col­la­bo­ra­tion (le mot est essen­tiel), fut-elle for­cée par le droit du droit, avec les pro­lé­taires (ceux qui ne sont pas pro­prié­taires des moyens de pro­duc­tion), le mot pro­lé­taire n’est pas deve­nu sale, il reste même bien utile pour com­prendre la vie des hommes.

    Donc effec­ti­ve­ment Karine, si vous me voyez géné­ra­li­ser, dans un sens ou dans l’autre, c’est que mes paroles dépassent ma pen­sée, et je vous demande de conti­nuer à me rap­pe­ler à l’ordre car je suis tou­jours prêt à rela­ti­vi­ser et nuan­cer, mais il faut bien quand même déga­ger des ten­dances géné­rales, et c’est ce que j’essaie de faire en espé­rant la *réap­pro­pria­tion du pro­ces­sus consti­tuant par les citoyens non pro­fes­sion­nels du droit ou de la poli­tique*, de façon à *réta­blir des contre-pou­voirs par­tout où il y a des pou­voirs*, y com­pris dans les syn­di­cats ou chez les fonc­tion­naires, évidemment.

    2) Comme démons­tra­tion de ce que la pro­prié­té ne serait pas exa­gé­ré­ment pré­émi­nente dans notre droit, vous pre­nez l’exemple de l’URSS qui est pré­ci­sé­ment un des sys­tèmes que je redoute le plus et qui n’a rien à voir avec ce que je cherche. Vous évo­quez aus­si l’exemple d’Outreau où l’on découvre que les magis­trats, comme bien d’autres fonc­tion­naires, sont trop protégés.

    Karine, je cherche pré­ci­sé­ment à éta­blir des contre-pou­voirs, ce qui ne signi­fie PAS que je ne cherche à faire dis­pa­raître les pou­voirs, pas plus que je ne cherche à faire dis­pa­raître la pro­prié­té : limi­ter le droit de pro­prié­té en inter­di­sant qu’il opprime, ce n’est pas rêver de col­lec­ti­visme. Je cherche UNE VOIE MÉDIANE entre la reli­gion libé­rale de la pro­prié­té et la dia­bo­li­sa­tion col­lec­ti­viste de la propriété.

    3) Vous me faites dire que la pro­prié­té serait la cause de tous les maux de la socié­té, mais je n’ai jamais dit ça. Je dis que sa pré­émi­nence exces­sive est grave et oppres­sive, et que la solu­tion est néces­sai­re­ment ins­ti­tu­tion­nelle, mais l’essentiel de mon com­bat est « à côté » de la pro­prié­té, il est axé sur les contre-pou­voirs. Et si les deux pro­blèmes sont sou­vent liés, il ne faut pas les confondre, ni réduire l’analyse à un seul aspect.

    Enfin, le fait que vous ne soyez pas d’accord avec moi est une chance pour moi, presque par prin­cipe : c’est parce que vous êtes là, parce que vous pre­nez le temps de m’expliquer, avec patience et res­pect, ce que je pense mal ou ce que j’exprime mal, c’est grâce à vous que j’arrive à pro­gres­ser, à mieux for­mu­ler, à prendre en compte de plus en plus d’éléments qui m’échappaient. Je ne sau­rais donc, évi­dem­ment, vous exclure, bien au contraire.

    De la dis­cus­sion jaillit la lumière :o)

    Et vous dites : « Faut-il néces­sai­re­ment être de gauche pour défendre les prin­cipes de la démo­cra­tie et de la répu­blique ? J’es­père que non… ». Je ne sais pas si je suis de gauche ou de droite et je trouve cette clas­si­fi­ca­tion inopé­rante, voi­ci pourquoi : 

    Je me sens de gauche quand je tiens à la soli­da­ri­té des forts avec les faibles, quand je conchie l’injustice, quand je pré­fère la géné­ro­si­té, le don, le par­tage, la col­la­bo­ra­tion à l’égoïsme, la vente, l’appropriation et la com­pé­ti­tion, quand je redoute la folie des mul­ti­na­tio­nales toutes puis­santes qui déci­de­raient de tout sans res­pec­ter les hommes.

    Mais je me sens de droite (et je suis pour­tant un seul et même homme :o) quand je tiens au mérite, à la récom­pense du cou­rage et de l’effort, à la sanc­tion des pares­seux, des mal­hon­nêtes et des pro­fi­teurs même s’ils sont jeunes ou étran­gers, quand je tiens à la sécu­ri­té des per­sonnes, quand je pré­fère la liber­té indi­vi­duelle et l’esprit d’entreprise à la tyran­nie de la majo­ri­té aveugle et l’assistance des dému­nis auto­ma­tique et sans contrôle, quand je redoute la folie d’un État tout puis­sant qui déci­de­rait de tout sans res­pec­ter les hommes.

    Alors peut-on, Karine, être à la fois de droite et de gauche ? Je le crois parce qu’il m’apparaît ces temps-ci que le cli­vage gauche / droite ne sert que les hommes poli­tiques qui en font leur fonds de com­merce pour cap­ter le pré­cieux pou­voir. Et quand des hommes « de gauche » mènent une poli­tique de droite presque extrême, ou quand des hommes « de droite » prennent des mesures tra­di­tion­nelles de gauche, ce n’est pas pour me don­ner tort.

    Je crois qu’on peut être à la fois « de gauche » et « de droite » (je pré­fère mettre des guille­mets) quand on cherche le vrai res­pect de tous les hommes, quand on pré­fère la culture, qui civi­lise par dis­ci­pline, à la nature, avec sa liber­té for­cé­ment bar­bare, quand on pré­fère la pro­tec­tion des per­sonnes phy­siques contre la supré­ma­tie moderne des per­sonnes morales, quand on foca­lise son atten­tion sur les contre-pou­voirs néces­saires pour conte­nir les pou­voirs QUELS QU’ILS SOIENT, bour­geois ou pro­lé­taires, publics ou pri­vés, indi­vi­duels ou collectifs.

    Il me semble que prendre le débat des contre-pou­voirs sous un angle « gauche-ou-droite-il-faut-choi­sir », c’est s’interdire de com­prendre l’aspect uni­ver­sel­le­ment pro­tec­teur des contre-pouvoirs.

    Tout le monde a un inté­rêt per­son­nel majeur à réflé­chir sérieu­se­ment aux contre-pouvoirs.

    Et le lieu car­di­nal où sont défi­nis les pou­voirs, et où devraient l’être aus­si les contre-pou­voirs, c’est la Constitution.

    C’est donc « un pro­blème de citoyen », pas du tout un pro­blème de spé­cia­liste, juri­dique ou politique. 

    Les citoyens ne devraient pas se lais­ser confis­quer le pro­ces­sus consti­tuant par qui que ce soit.

    Par­don d’être si long, mais mer­ci Karine de m’obliger, par votre exi­gence, à voler du temps à ma spi­rale quo­ti­dienne de tra­vail pour pré­ci­ser ma pen­sée, mer­ci :o)

    Ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    Réponse
  37. Jacques

    Bon­jour,
    Quand un entre­pre­neur crée une entre­prise (‘son’ entre­prise), il y met son talent d’en­tre­pre­neur, et son argent. Il doit en être jus­te­ment rémunéré.
    Quand après 50 ans, c’est deve­nu une entre­prise de cen­taines ou mil­liers de per­sonnes, il est évident que c’est prin­ci­pa­le­ment (pas seule­ment, mais prin­ci­pa­le­ment) grâce au tra­vail des salariés. 
    Donc, au moins la moi­tié de l’en­tre­prise devrait appar­te­nir aux sala­riés. Je ne vois pas com­ment on pour­rait ne pas être d’ac­cord avec cela. 
    Ce prin­cipe mérite d’être ins­crit dans la Constitution.
    Reste à trou­ver les moyens pra­tiques de trans­fé­rer de la pro­prié­té (et le pou­voir correspondant)aux sala­riés à mesure que l’en­tre­prise se développe.
    Par ailleurs, on ne voit pas pour­quoi on ins­tal­le­rait la démo­cra­tie dans toutes les sphères de la socié­té, et pas dans le milieu pro­fes­sion­nel. Sur­tout quand on voit que beau­coup d’en­tre­prises sont diri­gées par des gang­sters (Enron, Par­ma­lat, Ander­sen, Méta­leu­rope, et beau­coup d’autres). Il y a celles qui tra­vaillent au noir, celles qui dégazent en mer, celles qui tra­fiquent leurs comptes, celles qui licen­cient tout en fai­sant des béné­fices, celles qui exploitent des enfants, etc.
    L’ex­pé­rience montre qu’il faut un contre-pou­voir démo­cra­tique dans les entre­prises pour en faire des entreprises-citoyennes. 
    Jacques.

    Réponse
  38. karine

    Cher Etienne,

    Mer­ci beau­coup de ces éclair­cis­se­ments et de la gen­tillesse avec laquelle vous m’a­vez répondu.
    Je suis infi­ni­ment sou­la­gée de voir que je vous avais, en effet, mal com­pris et que nous menons bien le même combat.
    Il me semble tel­le­ment impor­tant, si vital, que cela m’au­rait ennuyée de le voir réduit à un par­ti poli­tique. La défense de la démo­cra­tie ne doit pas être l’af­faire de la gauche ou de la droite mais de tous. Et vos pro­pos me font moi aus­si, réflé­chir et évoluer.

    Je vous rejoins tota­le­ment sur la néces­si­té d’ins­tau­rer des contre-pou­voirs pour équi­li­brer TOUS les pou­voirs, y com­pris ceux des d’en­tre­prises et de leurs pro­prié­taires. Et sur le besoin de dépas­ser l’angle droite-gauche pour mener à bien cette tâche.

    Le mal­en­ten­du aurait été évi­té si vous aviez ouvert sur ce forum un thème de réflexion concer­nant les contre-pou­voirs à mettre en place pour limi­ter le pou­voir des fonc­tion­naires et des syn­di­cats. Les pri­vi­lèges, les pro­tec­tions et les pou­voirs dont béné­fi­cient les fonc­tion­naires sont énormes. Ne pas les évo­quer – et se conten­ter de mon­trer du doigt encore et tou­jours les pro­prié­taires d’en­tre­prises – m’a­vait révoltée.

    Je suis évi­dem­ment d’ac­cord pour équi­li­brer les pou­voirs des pro­prié­taires de l’en­tre­prise par rap­port aux sala­riés. Mais à mon avis, la ques­tion ne peut pas être abor­dée sous l’oeil mar­xiste. Marx écri­vait à une époque où les entre­prises étaient natio­nales (voire locales), diri­gées par un patron, à la fois pro­prié­taire unique et diri­geant. Désor­mais, les grandes entre­prises sont mul­ti­na­tio­nales, trans­na­tio­nales. Elles ne sont pas déte­nues par un pro­prié­taire unique mais par des action­naires qui peuvent être très nom­breux (les déten­teurs de SICAV savent-ils tou­jours le nom des entre­prises dont ils détiennent une infime par­tie ?) et sont par­fois d’autres per­sonnes morales. Dans ces grandes entre­prises, le patron est sou­vent lui-même sala­rié et ne pos­sède pas une seule action de l’en­tre­prise qu’il dirige. Il doit tenir compte des exi­gences contra­dic­toires des action­naires et des syn­di­cats. Pour limi­ter les abus (incon­tes­tables) de pou­voirs de cer­taines de ces entre­prises, on atteint en pre­mier lieu, les plus petites, les plus vul­né­rables et sou­vent aus­si les plus humaines. Les autres se délocalisent…

    Enfin, puisque vous m’in­ci­tez à vous rap­pe­ler à l’ordre quand vous exa­gé­rez, je vous signale que les pro­prié­taires des moyens de pro­duc­tion n’ont pas TOUS les pou­voirs. Le droit du tra­vail pro­tège les sala­riés et les entre­prises sont tenues de le respecter…

    Mer­ci encore.

    Réponse
  39. Jérome

    « Quand après 50 ans, c’est deve­nu une entre­prise de cen­taines ou mil­liers de per­sonnes, il est évident que c’est prin­ci­pa­le­ment (pas seule­ment, mais prin­ci­pa­le­ment) grâce au tra­vail des salariés.
    Donc, au moins la moi­tié de l’en­tre­prise devrait appar­te­nir aux salariés. »

    Que l’on rému­nère mieux les sala­riés, d’ac­cord, mais que la moi­tié de l’en­tre­prise leur appar­tienne.…. Pen­sez aux créa­teurs d’en­tre­prise : s’ils savent dès le départ que leur entre­prise pas­se­ra à d’autres mains en cas de crois­sance !.….. Au revoir les entre­pre­neurs de France.….

    Le créa­teur a pris le risque ini­tial (ce que n’ont pas fait les sala­riés), il a pris les déci­sions stra­té­giques, il offre du tra­vail sur le mar­ché aux demandeurs…

    Vous vou­lez redis­tri­buer le contrôle et la pro­prié­té de l’en­tre­prise alors qu’une par­tie de la VA leur a été allouée en contre­par­tie du tra­vail fourni.

    Je ne veux pas d’une socié­té comme celle que vous pro­po­sez. Le risque, l’i­ni­tia­tive, le cou­rage de ces entre­pre­neurs, se trouvent à l’o­ri­gine des contrats de tra­vail et leur pro­prié­té doit être protégée.

    Réponse
  40. Jacques

    Bon­jour,
    On voit donc bien qu’on peut encore trou­ver des dif­fé­rences entre droite et gauche…
    Jacques.

    Réponse
  41. jérome

    « droite et gauche… »

    Je vote à gauche, mais pas à l’ex­trême gauche.

    Cha­cun sait les dégats occa­sion­nés par les poli­tiques col­lec­ti­vistes, vous reven­di­quez ni plus ni moins une expropriation.

    Réponse
  42. Jacques

    Non, non, pas une expro­pria­tion. Un PARTAGE équitable.
    Cordialement.

    Réponse
  43. jérome

    Bon­jour Jacques,

    Un « par­tage équi­table,  » dites-vous ?

    Mais que par­ta­ge­raient-ils ? Le capi­tal en actions ? Les bénéfices ?

    Le créa­teur, si l’en­tre­prise emploie des cen­taines de sala­riés, n’est plus le seul déten­teur du la propriété.
    Sou­vent, il s’est asso­cié, il a emprun­té pour inves­tir et faire pros­pé­rer, il a remboursé.

    Ensuite, savez-vous que la VA créée est déja par­ta­gée : ren­sei­gnez-vous afin de savoir com­bien repré­sente les salaires dans la VA.

    Donc, selon votre sys­tème, lorsque l’en­tre­prise croît, qu’elle rap­porte à celui ou ceux qui l’ont créée et qui ont inves­ti, pris des risques, créé des emplois dis­tri­bué des reve­nus, payé des impôts, des coti­sa­tions, eh bien il fau­drait qu’ils par­tagent à moi­tié avec les salariés.…

    Qu’ils par­tagent aus­si les pertes, les remboursements ?

    Je pense que vous mécon­nais­sez gra­ve­ment la valeur des choses, que vous mécon­nais­sez le fonc­tion­ne­ment des entreprises.

    Votre par­tage équi­table, fruit d’un élan idéo­lo­gique aveugle, ne veut rien dire.

    Réflé­chis­sez donc deux minutes avant d’as­sé­ner des cer­ti­tudes de pre­mier degré.

    Réponse
  44. jérome

    « Donc, au moins la moi­tié de l’en­tre­prise devrait appar­te­nir aux sala­riés. Je ne vois pas com­ment on pour­rait ne pas être d’ac­cord avec cela.
    Ce prin­cipe mérite d’être ins­crit dans la Constitution. »

    Et je n’a­vais pas vu ce chef d’oeuvre : il faut l’ins­crire dans la consti­tu­tion car vous ne voyez pas com­ment on ne peut pas être d’ac­cord avec ce que vous dites !

    VOUS ne voyez pas alors là, dites-vous bien que le débat est fait pour cas­ser ces cer­ti­tudes qui para­lysent les échanges.

    Que vous pen­siez dif­fé­rem­ment de moi par ex. est une excel­lente chose, plu­tôt saine et croyez bien que avant d’ins­crire votre prin­cipe dans la Consti­tu­tion, vous devrez convaincre une grande majo­ri­té d’opposants.

    Réponse
  45. Jacques

    Bon­soir,
    C’est sûr, remettre en par­tie en cause la pro­prié­té des entre­prises, et le pou­voir éco­no­mique qui y est atta­ché, ça fait réagir. Comme réagissent les puis­sants pro­priè­taires fon­ciers d’A­mé­rique du Sud devant les reven­di­ca­tions des pay­sans sans terre.

    Mais sans cela, com­ment répar­tir plus jus­te­ment les richesses et le pouvoir ? 

    Le but de la Consti­tu­tion, c’est d’or­ga­ni­ser les pou­voirs. Il ne faut pas lais­ser de côté le pou­voir éco­no­mique, dont les autres pou­voirs dépendent lar­ge­ment, comme nous le voyons avec les médias, ou les lobbies. 

    Beau­coup, selon un éven­tail poli­tique très large, laissent le soin de régler la misère et le chô­mage à une hypo­thé­tique crois­sance dont on sait qu’elle ne se décrète pas, qu’elle est fra­gile, et qu’elle pol­lue la pla­néte pour l’ins­tant. Il est cynique ou lâche de s’en remettre au seul bon vou­loir de la croissance.

    Si les mots de jus­tice, d’in­té­rêt géné­ral, de fra­ter­ni­té, d’hu­ma­ni­té, ont encore un sens, et aus­si pour sau­ver la pla­nète, il faut bien reprendre aux riches pour don­ner aux pauvres.
    Si le patri­moine des 100.000 per­sonnes les plus riches du monde était ampu­té de moi­tié, je crois qu’elles seraient encore très lar­ge­ment récom­pen­sées de leurs efforts.

    Dans ce débat, nous sommes au coeur des valeurs qui fondent une socié­té, et doivent donc appa­raître en pré­am­bule d’une Constitution.

    Cor­dia­le­ment.

    Réponse
  46. jérome

    « la pro­prié­té des entre­prises, et le pou­voir éco­no­mique qui y est atta­ché, ça fait réagir. Comme réagissent les puis­sants pro­priè­taires fon­ciers d’A­mé­rique du Sud devant les reven­di­ca­tions des pay­sans sans terre. »

    L’o­ri­gine de la pro­prié­té des fon­ciers d’a­mé­rique latine n’est pas à mettre sur le même plan que la pro­prié­té des entre­pre­neurs fran­çais sou­vent par­tis de zéro.

    Je vous rap­pelle vos pro­pos : » quand un entre­pre­neur crée une entre­prise (‘son’ entre­prise), il y met son talent d’en­tre­pre­neur, et son argent. Il doit en être jus­te­ment rémunéré.
    Quand après 50 ans »

    il fau­drait donc que vous res­tiez dans le bon contexte sans dévier et perdre le sens volontairement.

    Le pou­voir éco­no­mique n’a pas à être régi par la Consti­tu­tion, reproche fait par le non au TCE.

    Le patri­moine des 100 000 per­sonnes les plus riches (c’est vrai que la déten­tion de patri­moine est extrê­me­ment concen­trée) n’a pas à être ampu­té. Sim­ple­ment, il faut faci­li­ter l’ac­cès aux autres citoyens, par exemple faire en sorte que les loyers et le coût d’a­chat de l’im­mo­bi­lier baisse :son­gez au % du loyer/budget d’un ménage.

    Vous par­lez de jus­tice, mais expro­prier les déten­teurs de pro­prié­té serait-il juste après le mal qu’ils se sont donné ?

    Il faut sur­tout revoir la fiscalité.

    Reprendre aux riches : ben voyons, vous allez les envoyer à l’échafaud ?

    Il faut les faire par­ti­ci­per plus en faveur des plus pauvres, mais à l’é­chelle mondiale.

    Les valeurs que vous défen­dez, je les défends aus­si. Der­rière ces mots se cachent par­fois des solu­tions radi­cales, attention !

    Bien à vous.

    Réponse
  47. Olga

    Sur la pro­prié­té des grosses entre­prises, je demande un droit de regard citoyen (citoyen ne signi­fie pas malveillant).

    Je demande à voir…

    Par exemple, le mérite de l’ar­rière petit fils d’un « créa­teur de socié­té » qui fut certes fort exem­plaire en son temps, (celui de MARX).

    Ce jeune homme moderne hérite d’une mul­ti­na­tio­nale : c’est pas sa faute, le pauvre, c’est « la mondialisation »…

    Sur les conseils qui sont les mêmes dans tous les conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, ce « valeu­reux entre­pre­neur » délocalise…
    Et il invite ses « meilleurs sous-trai­tants » à le suivre dans cette « belle aventure »…

    L’ex­pres­sion « patron voyou », ce n’est pas un homme de gauche qui l’a pro­pul­sée sur les ondes)…

    Droit de regard…

    Je demande à voir qui est pro­prié­taire aujourd’­hui de « la science managériale »…

    Je suis patron de petite entre­prise, et je rame, coin­cé entre mes employés qui pour se loger me réclament des hausses de salaire conformes à la hausse des loyers… mon entre­prise n’a pas le choix, elle est sous-traitante…

    Jérôme connait-il mieux le pro­blème que Jacques ?

    Je demande ce « droit de regard », sur les cri­tères de ges­tion, sur les fina­li­té de la grosse entre­prise (super héri­tage : je ne cite pas ces grandes marques).

    Il y a des « patrons voyous », qui poussent les gou­ver­ne­ments « de droite  » (ou de la « gauche caviar ») à leur faire de bien belles marques de confiance, et PFWit ! 

    La consti­tu­tion ne doit pas dic­ter des « cri­tères économiques »

    mais la consti­tu­tion devrait per­mettre sur ceux-ci un DROIT DE REGARD.

    Il s’a­git d’in­for­mer tout le monde sur le conte­nu de ce qui peut être appe­lé « RÉUSSITE » aujourd’hui.

    Si je me lève plus tôt que l’hon­nête ouvrier pour aller com­mettre un hold-up, et même si je l’ai pré­pa­ré toute la nuit, ai-je « méri­té » la réus­site de ce forfait ?

    Je pense qu’une Consti­tu­tion ne doit pas décré­ter ce qui est « bon » en éco­no­mie, mais elle doit per­mettre aux citoyens de s’en infor­mer, au moins !

    Voi­là à mon sens un bémol sur « le droit de pro­prié­té « des moyens de production »…

    Dois-je aller à confesse, ou affir­mer que moi aus­si « je ne suis ni de droite ni de gauche, et même plu­tôt droite ten­dance gauche ?

    Faut-il sur inter­net (MICROSOFT SURVEILLE ?) faire amende hono­rable et ras­su­rer ceux que la liber­té d’ex­pres­sion ter­ro­rise à ce point ?

    Mer­ci, je trouve qu’on se fait plai­sir, mais jamais le cli­vage droite – gauche n’a été aus­si fort que depuis le 29 Mai 2005…

    Réponse
  48. jérome

    Olga,

    « Jérôme connait-il mieux le pro­blème que Jacques ? »

    Mon chef avait une entre­prise, je l’ai obser­vé tra­vailler et prendre des risques, faire 16 heures par jour, rem­bour­ser, anti­ci­per pour ses sala­riés qui eux bos­saient plus ou moins bien (il y a de bons sala­riés et d’autres qui s’ha­bi­tuent mais que l’on entend pour récla­mer plus).… et ce toute une vie, à une époque où l’argent n’é­tait pas le but pre­mier d’une carrière…

    Aujourd’­hui, si cer­tains réus­sissent à la force du bras, il fau­drait les dépouiller de moi­tié au nom de je ne sais quelle théo­rie de gauche extrême, c’est facile de par­ta­ger le patri­moine des autres.….

    « je demande ce « droit de regard » »

    Mais il existe le droit de regard Olga !
    Quant au jeune homme qui hérite d’une fortune,si cette a été bâtie hon­nê­te­ment à force d’en­tre­prise et de tra­vail, il est nor­mal que l’en­fant en détienne la pro­prié­té, les parents tra­vaillent pour leurs enfants…

    En résu­mé, j’é­vo­quais le cas des chefs d’en­tre­prises qui ont tra­vaillé et pris des risques pour réus­sir et si ceux ci ont bâti un empire,tant mieux pour eux, pour les sala­riés qu’ils font travailler.

    Je n’é­vo­quais pas les « voyous  » comme vous le men­tion­nez, il s’a­git d’un autre cas de figure pour lequel nous somme sans doute tous d’accord.

    Bien à vous.

    Réponse
  49. karine

    Je suis tota­le­ment d’ac­cord avec les ana­lyses de Jerôme. 
    Il me parait un peu facile de vou­loir par­ta­ger équi­ta­ble­ment les béné­fices et les moyens de pro­duc­tion sans être d’ac­cord pour par­ta­ger aus­si les risques, rem­bour­se­ments et les pertes.
    Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une redis­tri­bu­tion entre les plus nan­tis et les non nan­tis existe par le biais de l’im­pôt. Il est nor­mal que ceux qui gagnent de l’argent paient des impôts impor­tants. Mais à force de vou­loir faire tou­jours payer plus les entre­prises et les pro­prié­taires d’en­tre­prises, on les dégoûte et il devient ration­nel pour eux de créer moins de richesses, de s’ex­pa­trier ou de délo­ca­li­ser. C’est un manque à gagner pour la socié­té entière en termes de recettes fis­cales, d’emplois, de production. 
    Ce ne sont pas tou­jours des voyous qui réagissent ain­si mais des gens qui ont envie d’en­tre­prendre et qui ont l’im­pres­sion que tout est fait pour les en dissuader.
    Les solu­tions radi­cales abou­tissent sou­vent à l’in­verse du but recherché.

    Réponse
  50. Olga

    La concur­rence libre et non faus­sée est une « solu­tion radicale ».

    L’ex­pro­pria­tion aussi.

    Nous sommes tous radi­ca­le­ment d’accord !

    Réponse
  51. andré

    Féli­ci­ta­tions à Étienne pour son action.
    Mais il faut rap­pe­ler la réa­li­té et sor­tir de la vision rose du chef d’en­tre­prise qui fait des tas d’heures. Le monde est diri­gé par des finan­ciers pas par des entre­pre­neurs. 70% du com­merce mon­dial est réa­li­sé entre les éta­blis­se­ments trans­na­tio­naux. Les for­tunes croissent bien plus vite que le PIB, on pour­rait par­ler des para­dis fis­caux. D’a­près vous, c’est le RMiste qui inves­tit là-bas ?? Tout le monde connaît les pra­tiques pour faire mon­ter le cours des actions (rachat de leurs actions par les socié­tés, apports fusions). Ce sys­tème conduit à une nou­velle dic­ta­ture très opaque. Cela per­met aux puis­sants de faire du lob­bying et d’im­po­ser des règles aux États par des orga­nismes non élus (OMC, Com­mis­sion de Bruxelles, etc..), alors le patron qui fait 16 heures par jour, ça m’a­muse. Peut-être est-il mal orga­ni­sé, ou alors il devrait embaucher.
    Depuis 20 ans, la part de valeur ajou­tée reve­nant aux salaires baisse, tout le monde voit les inéga­li­tés se creu­ser. Si on parle de mérite, il faut m’ex­pli­quer en quoi j’ai du mérite de rece­voir une for­tune à la mort de mes parents ? Une taxa­tion impor­tante par des droits de suc­ces­sion éle­vé est néces­saire. Et oui, il ne faut pas confondre socié­té et entre­prise, les action­naires n’ont pas tous les droits, et les sala­riés ne sont pas kleenex.

    André

    Réponse
  52. Jacques

    Bon­jour,
    À pro­pos des risques : une entre­prise fait faillite (Mou­li­nex par ex.). Ses sala­riés sont licen­ciés, et se retrouvent au chô­mage. Son PDG a une para­chute doré. Ses action­naires ont diver­si­fié leur patri­moine. Qui a pris les risques ?

    Depuis la guerre, les entre­pre­neurs sont dans des condi­tions favo­rables : paix, éco­no­mie de mar­ché, liber­té d’en­tre­prendre, sala­riés édu­qués et en bonne san­té, libre cir­cu­la­tion des capi­taux et mar­chan­dises en Europe, réseaux de trans­port et cir­cuits finan­ciers déve­lop­pés, gou­ver­ne­ments à leur écoute. 
    Et pour­tant, ils ont lais­sé le chô­mage de masse et les inéga­li­tés se déve­lop­per : ils ont échoué.
    Il va donc bien fal­loir essayer autre chose.
    Cordialement.

    Réponse
  53. jérome

    « À pro­pos des risques : une entre­prise fait faillite. »

    Si elle fait faillite ses action­naires perdent.

    Encore une fois en par­lant de diver­si­fi­ca­tion vous mélan­gez tout.

    Jacques : « les entre­prises ont lais­sé le chô­mage de masse se déve­lop­per », mais vous devriez mettre la res­pon­sa­bil­té sur d’autres facteurs.

    Lisez des ana­lyses du chô­mage et vous com­pren­drez, votre approche est hau­te­ment idéologique.

    Les entre­prises ont tout inté­rêt à ce que le chô­mage baisse… Réflé­chis­sez aux cercles ver­tueux : deman­dez à Étienne, il est prof d’éco !

    « Sor­tir de la vision rose du chef d’en­tre­prise qui fait des tas d’heures. »

    André, les chefs d’en­tre­prises de PME notamm­ment (95 % des entre­prises fran­çaises ) font des tonnes d’heures, c’est une réa­li­té que vous devez admettre…

    Réponse
  54. karine

    Une entre­prise fait faillite et ses action­naires diver­si­fient leurs patrimoines ???
    Par quel tour de passe-passe ?
    Si une entre­prise fait faillite, ses actions ne valent plus rien. Avec quoi les action­naires vont-ils diver­si­fier leurs patrimoines ?
    Après la faillite de Mou­li­nex, les action­naires ont vu leurs patri­moines et leurs reve­nus diminuer…

    Réponse
  55. pierre

    Tous les chefs d’en­tre­prise n’ont pas héri­té de leur entre­prise. La plu­part l’ont créée… Et lorsque quel­qu’un se lance dans la créa­tion d’en­tre­prise, il a (sta­tis­ti­que­ment) une chance sur deux d’é­chouer. Il aura donc inves­ti son éner­gie et ses éco­no­mies en pure perte.
    Les droits de suc­ces­sion sont très éle­vés et expliquent les dif­fi­cul­tés de nom­breuses entre­prises. En effet,les héri­tiers d’une PME ont rare­ment la tré­so­re­rie néces­saire pour s’ac­qui­ter des droits de suc­ces­sion exi­gibles très rapi­de­ment et sont alors obli­gés de bra­der l’en­tre­prise en catas­trophe. S’il n’y a pas de repre­neur, ils la mettent en liqui­da­tion. Les sala­riés seront alors licen­ciés. C’est sans doute encore de la faute du chef d’entreprise ?

    Réponse
  56. Olga

    Si le capi­ta­lisme est si dur pour les pos­sé­dants, comme il n’est pas bon pour les autres, 

    c’est qu’il doit y avoir une erreur quelquepart.

    La « réus­site » est jalouse de ses secrets de fabri­ca­tion, mais elle est aus­si un gros échec pour la civi­li­sa­tion si elle abou­tit là où la mon­dia­li­sa­tion de ses secrets de poli­chi­nelle nous mène : une moder­ni­té extra­or­di­naire de la recherche, de la pro­duc­ti­vi­té, mais une régres­sion extra­or­di­naire vers l’é­goïsme, la régres­sion sociale, l’im­pos­si­bi­li­té d’ac­cep­ter la prio­ri­té du bien public sur le pro­fit financier :

    Dans une consti­tu­tion, il ne faut pas pré­su­mer des solu­tions à cette crise, mais il faut per­mettre de limi­ter, de régu­ler, de choi­sir d’autres valeurs, et de recher­cher d’autres « réus­sites », si les peuples le décident, et quand ils le décident.

    Réponse
  57. pierre

    Le capi­ta­lisme n’est pas un sys­tème éco­no­mique idéal, mais sans doute le moins mauvais. 
    Confier la ges­tion des entre­prises à l’É­tat, c’est trans­for­mer la socié­té en technocratie… 

    Réponse
  58. Olga

    Je suis pour une coha­bi­ta­tion digne, fra­ter­nelle et conflictuelle !

    Ici, jus­qu« à pré­sent per­sonne n’en­vi­sage de confier l’é­co­no­mie à l’État : 

    Ce serait insul­tant de nous lire cari­ca­tu­ra­le­ment les uns les autres, de la sorte !

    Vrai­ment, libre­ment, nos points de vue oppo­sables sont por­teurs de l’es­prit cri­tique néces­saire à un « camp » comme à l’autre.

    Les idées qui me déplaisent m’o­bligent à « tra­vailler  » ma propre pensée :

    mer­ci Jérôme, mer­ci Karine…

    Être polé­mique n’est pas for­cé­ment néga­tif, sans inten­tion d’en­ve­ni­mer le débat.

    Je crois qu’il n’est pas hors sujet, quand on parle de créer de nou­veaux « contre-pou­voirs », de pen­ser qu’une Consti­tu­tion doit per­mettre aux citoyens d’in­ter­ve­nir sur les moyens et les fins de l’économie.

    Cette pos­si­bi­li­té ouvre entre autre, la ques­tion des limites à cer­taines pro­prié­tés pri­vées, le droit coopé­ra­tif, asso­cia­tif, le droit d’ex­pé­ri­men­ter la « mixi­té public-pri­vé », avec des formes d’ap­pro­pria­tion et de par­tage des risques inédites : une mutua­li­sa­tion favo­rable aux entre­prises, petites ou moyennes, confron­tées à beau­coup plus puis­sant qu’elles sur « les marchés »…

    Pour­quoi décré­ter que cer­taines caté­go­ries sociales n’ont pas le droit de gérer l’économie ? 

    Pour­quoi clas­ser « hors-jeu » les concepts alter­na­tifs qui sortent autant du tra­vail de célèbres « prix Nobel » que des recherches (« obs­cures »?) d’é­coles actuel­le­ment main­te­nues sous l’os­tra­cisme du « libéralisme » ?

    La liber­té que devrait garan­tir une Consti­tu­tion, je le recon­nais, n’est pas sans risque de bas­cu­le­ment d’une extrême libé­ra­li­sa­tion à une extrême étatisation.

    Mais, désor­mais, les peuples sont res­pon­sables de leurs choix, sachant ce qu’ont don­né ces extrêmes :

    la Consti­tu­tion doit ouvrir des droits nou­veaux qui doivent « coha­bi­ter », avec les droits acquis : c’est son rôle !

    Réponse
  59. jérome

    « les idées qui me déplaisent m’o­bligent à « tra­vailler  » ma propre pensée : »

    c bien pour cela que je pro­voque un tantinet 

    Vos idées ne me déplaisent pas pour autant, mais je veux sim­ple­ment mettre en garde contre les idéo­lo­gies trop marquées.

    Réponse
  60. Samuel

    Pro­prié­té, libé­ra­lisme, fron­tières économiques…

    Entre le modèle libé­ral, le cadre ultra libé­ral (lié à l’é­man­ci­pa­tion de l’é­co­no­mie mon­dia­li­sée par rap­port aux pou­voirs poli­tiques des Etats), et l’i­déo­lo­gie (a) néo libé­rale (qui est la pré­gnance dans le dis­cours poli­tique DOMINANT d’une ratio­na­li­té éco­no­mique pré­sen­tant comme l’in­té­rêt com­mun l’in­té­rêt par­ti­cu­lier des puis­sants, à savoir de ceux qui pro­fitent d’un contexte anar­chique, et tirent béné­fice de l’ex­plo­sion des inéga­li­tés au sein de chaque nation engen­drée par le contexte ultra libé­ral) il fau­drait peut-être com­men­cer par se mettre un peu d’accord…

    Le modèle libé­ral me semble clai­re­ment faire consen­sus par­mi les peuples euro­péens. Je suis de gauche (et pas a prio­ri libé­ral), pour­tant je me l’ap­pro­prie, et vous pro­pose d’en faire une réfé­rence. Mais jus­te­ment, je pro­pose aus­si de nous don­ner un enne­mi com­mun, qui est l’i­déo­lo­gie néo libé­rale, et le cadre struc­tu­rel, ultra libé­ral, dont L’IDEOLOGIE (non pas « une idéo­lo­gie » – cf. (a)-) émane.

    Repre­nons donc la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

    Trois articles, les trois premiers.

    Article pre­mier – Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les dis­tinc­tions sociales ne peuvent être fon­dées que sur l’u­ti­li­té com­mune (1).

    Article 2 – Le but de toute asso­cia­tion poli­tique est la conser­va­tion des droits natu­rels et impres­crip­tibles de l’homme. Ces droits sont la liber­té, la pro­prié­té, la sûre­té et la résis­tance à l’op­pres­sion. (2)

    Article 3 – Le prin­cipe de toute sou­ve­rai­ne­té réside essen­tiel­le­ment dans la Nation. Nul corps, nul indi­vi­du ne peut exer­cer d’au­to­ri­té qui n’en émane expres­sé­ment. (3)

    Le prin­cipe d’Egalité implique l’affirmation de l’Etat, garant que tous les indi­vi­dus d’une même nation sou­ve­raine (3), ras­sem­blée sous une Consti­tu­tion com­mune, sont sou­mis à une même loi souveraine.

    Cette loi sou­ve­raine n’abolit pas les inéga­li­tés éco­no­miques, et recon­naît d’ailleurs la pro­prié­té pri­vée comme droit inalié­nable (2) mais rejette le prin­cipe qui enten­drait que les dis­tinc­tions de valeur des pou­voirs éco­no­miques entre indi­vi­dus peuvent condi­tion­ner des dis­tinc­tions sociales au regard de la loi sou­ve­raine de l’Etat (1).

    L’idéologie (a) contem­po­raine (ratio­na­li­té éco­no­mique domi­nant le cadre de réflexion de toute la sphère poli­tique, donc for­mant la pro­blé­ma­tique à laquelle sont ame­nées à répondre TOUTES les repré­sen­ta­tions poli­tiques et l’action poli­tique de TOUS les par­tis « de gou­ver­ne­ment », d’au­tant plus lorsque le carac­tère de cette action est pré­sen­té comme « prag­ma­tique »), éten­due à l’échelle mon­diale, et notam­ment dans l’ensemble des pays indus­tria­li­sés, « affirme le carac­tère fécond de l’inégalité » ©.

    L’i­déo­lo­gie (a) tient l’un de ses grands para­doxes divi­seurs, élé­ments essen­tiels de son main­tien, du fait que cette valeur immo­rale est pré­sen­tée comme com­pa­tible avec l’Egalité en droit, et que l’assimilation dudit para­doxe est favo­ri­sée par une ratio­na­li­té qui nie et encou­rage à la fois la dis­pa­ri­tion de l’Etat, au sens poli­tique, à savoir admet comme un fait éta­bli, du moins une fata­li­té, l’as­ser­vis­se­ment des pou­voirs poli­tiques (liés à l’E­tat et à la nation) à des pou­voirs éco­no­miques non sou­mis au contrôle des Etats.

    L’idéologie (pro­po­sons pour le moment le terme « néo libé­ral ») est tyran­nique et immo­rale (b), car elle porte avec elle les élé­ments de son main­tien (tant à des­ti­na­tion des puis­sants qui en véhi­culent les valeurs et la portent au devant de la scène poli­tique qu’aux indi­vi­dus qui subissent le plus sa ratio­na­li­té) et parce que ses élé­ments sont dis­si­mu­lés dans une logique for­te­ment para­doxale, et que le manie­ment même de cette ratio­na­li­té met en jeu une pen­sée ambi­va­lente (« Le dis­cours des repré­sen­tants de ce groupe nou­veau oscille constam­ment entre l’in­sen­si­bi­li­té sociale et la bonne conscience idéologique » ©).

    L’ensemble des droits défi­nis comme « natu­rels et impres­crip­tibles » (2) sont com­pa­tibles avec, et recon­nus notam­ment : par la défi­ni­tion du modèle libé­ral d’Adam Schmidt (note : modèle pré­sen­té par A. Schmidt comme « loi de la liber­té natu­relle ») ; par les cou­rants poli­tiques socia­listes non liés à aux doc­trines pres­cri­vant l’abolition de la pro­prié­té privée.

    Notons par ailleurs que la recon­nais­sance de la « sûre­té et la résis­tance à l’oppression », comme droits natu­rels et impres­crip­tibles, doit être inter­pré­tée en pre­mier lieu comme péren­ni­sa­tion de la valeur fon­da­trice de la construc­tion euro­péenne depuis 1945, qui est celle du main­tien de la Paix à l’intérieur de ses fron­tières, de même que la pro­mo­tion d’un mes­sage paci­fiste à l’extérieur de ses frontières.

    L’im­por­tance de ces deux consi­dé­ra­tions devrait impli­quer la néces­si­té que soit redé­fi­nis clai­re­ment, dans une vision cohé­rente et moderne :

    • les modèles libé­ral et socia­liste, de même que tout autre modèle pas­sé ou moderne com­pa­tible avec les droits « natu­rels et impres­crip­tibles » recon­nus par la Décla­ra­tion des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789, ce avant toute rédac­tion de l’article fon­da­men­tal de la pro­blé­ma­tique sou­mise à l’Assemblée consti­tuante, article pres­cri­vant que la Consti­tu­tion ne sau­rait impo­ser ou inter­dire de poli­tique éco­no­mique pré­con­çue (cf. point 1 des « bons prin­cipes », tableau pro­po­sé par Etienne.
    • le sens des fron­tières géo­gra­phiques, poli­tiques et éco­no­miques de l’Etat (natio­nal ou supra­na­tio­nal), et la mise cohé­sion de ces trois notions dans la pers­pec­tive d’une refon­da­tion de l’Etat comme garant de la Liber­té, de l’Egalité, de la sûre­té, et de la pro­tec­tion contre l’oppression qui pour­rait éma­ner d’agressions extérieures.

    Les défi­ni­tions moder­ni­sées, por­tant sur les fron­tières géo­gra­phiques, poli­tiques et éco­no­miques, et la mise en cohé­sion de ses notions, devraient garan­tir la pro­mo­tion et le main­tient de la paix à l’intérieur de l’Etat comme à l’extérieur, tant sur le plan mili­taire qu’économique. Si depuis 1945, nous devons consi­dé­rer que la paix n’est pas mon­nayable pour les euro­péens, le prix de l’extinction des guerres de conquêtes ou d’occupation (liées his­to­ri­que­ment à l’action poli­tique) ne sau­rait être la sou­mis­sion à la guerre éco­no­mique gra­tuite et immo­rale, comme dyna­mique de conquête et de domi­na­tion liée à une forme de concep­tion his­to­rique nou­velle, non Hégé­lienne (cer­tains parlent en ce sens, en phi­lo­so­phie, de la notion de « Fin de l’His­toire », comme du nou­vel ordre mon­dial, depuis la chute du mûr de Ber­lin et la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique – on parle éga­le­ment, s’a­gis­sant de l’a­nar­chie éco­no­mique exer­cée dans le cadre ultra­li­bé­ral, d’é­tat pri­mi­tif de la nou­velle civi­li­sa­tion mon­dia­li­sée, de « Vil­lage mondial ».)

    Au res­pect de ces pres­crip­tions sont liées, à mon sens :

    • la néces­si­té pour l’Etat euro­péen de redé­fi­nir son « patrio­tisme », et son « patrio­tisme éco­no­mique », dans la mesure où ces concepts condi­tionnent néces­sai­re­ment la per­ti­nence de tout dis­cours et action poli­tiques, la cohé­rence de toute ratio­na­li­té poli­tique, ain­si que le sens des oppo­si­tions poli­tiques incar­nées par les par­tis, asso­cia­tions, syn­di­cats ou citoyens ;
    • la néces­si­té de réduire le domaine d’action de tous les citoyens de l’Etat au domaine dans lequel le pou­voir poli­tique de l’Etat est en mesure d’exercer son contrôle (mesure pou­vant être évo­lu­tive, mais qu’il est impé­ra­tif d’adopter à défaut de pou­voir éta­blir des ins­ti­tu­tions démo­cra­tique mondiales) ;
    • la néces­si­té pour l’Europe de com­bi­ner iso­la­tion­nisme éco­no­mique (même si cela n’im­plique pas une ces­sa­tion des échanges exté­rieurs – sans doute, par contre, que soit impo­sé l’ex­ten­sion des règles euro­péennes à ceux-ci, notam­ment aux poli­tiques d’A­chat des grandes entre­prises euro­péennes aux four­nis­seurs (par­lons de « pro­duc­teurs »…) non euro­péens) et non concur­rence sur le plan exté­rieur. On peut conce­voir que ce sta­tut paci­fiste his­to­rique per­met­trait à la fois à l’Etat de dés­in­dexer les indices de richesses employés pour qua­li­fier son acti­vi­té éco­no­mique, de pro­mou­voir un exemple pour les autres Etats, et de se pré­mu­nir contre les agres­sions exté­rieures par un sta­tut neutre sur le plan mili­taire, com­bi­né à l’effet que pro­dui­rait sur les res­sor­tis­sants des autres Etats l’exemple d’un modèle de socié­té plus juste et moral.

    (a) Le terme « L’IDEOLOGIE » est à prendre dans la défi­ni­tion mar­xienne (pas mar­xiste !…) Il s’a­git non pas d’un cou­rant poli­tique, encore moins d’un cou­rant por­té par une extrême, mais il s’a­git de la ratio­na­li­té éco­no­mique domi­nante dans le dis­cours poli­tique, et for­mant un cadre de réflexion impo­sé notam­ment aux par­tis de gou­ver­ne­ment. Cette ratio­na­li­té ne peut pas être conçue sim­ple­ment comme un dis­cours éma­nant d’un rai­son­ne­ment poli­tique conscient, mais celle-ci est véhi­cu­lée par l’en­semble de la socié­té, et tend à pré­sen­ter comme l’in­té­rêt com­mun l’in­té­rêt des puis­sants. Elle est l’é­ma­na­tion d’un pou­voir, est ame­née à per­du­rer tant que ce pou­voir ne se voit pas équilibré.

    (b) (« Immo­rale » 🙂 L’E­co­no­mie fait le Tra­vail ; le mar­ché fait la culture,… ; l’es­prit ges­tion­naire s’é­tend à toute la sphère publique, tan­dis que les idées géné­rales (et les élites cultu­relles, les « vraies ») en sont main­te­nues éloi­gnées ; les citoyens sont assi­mi­lés sys­té­ma­ti­que­ment à des consom­ma­teurs avides, à des action­naires immo­raux, déli­bé­ré­ment abs­traits, apa­trides et dés­im­pli­qués des inté­rêts de l’en­tre­prise, à des citoyens « pres­sés » qui enten­draient exi­ger des actions tou­jours plus rapides des diri­geants (et donc inci­ter ceux-ci à se dis­cré­di­ter en tant que poli­tiques, à mesure qu’ils se com­portent en purs managers)…
    …
    (« tyran­nique, car fon­dée sur une ratio­na­li­té para­doxale … pen­sée ambi­va­lente ») … et main­te­nant reven­di­quer eux-mêmes un allè­ge­ment du poids de l’E­tat au nom de la guerre éco­no­mique ! Cette guerre éco­no­mique devrait pour­tant sous-entendre à un quel­conque niveau, un patrio­tisme éco­no­mique, mais celui-ci n’est jamais expli­ci­té, « jus­te­ment ». La néga­tion de ce para­doxe encou­rage la dis­so­lu­tion de l’E­tat en même temps qu’elle entre­tien la ratio­na­li­té jus­ti­fiant l’in­té­rêt des puis­sants, soit de ceux qui pro­fitent le plus du pri­mat de l’é­co­no­mie mon­dia­li­sée sur le pou­voir poli­tique des Etats, à savoir ceux qui béné­fi­cient de l’ac­crois­se­ment des inéga­li­tés au sein de chaque nation.

    © Lio­nel Jos­pin (Para­graphe ‘De la nou­velle aris­to­cra­tie’, « Le monde comme je le vois », 2005).

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  61. Étienne

    5 février : je ferme les com­men­taires sur ce fil de dis­cus­sion car j’ai créé un vrai ‘forum’ pour mieux pré­sen­ter et struc­tu­rer nos échanges.

    Le pré­sent fil se pour­suit sur le forum à http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​i​d​=25.

    Je vous invite à vous ins­crire à ce nou­veau forum (c’est facile) et à copier/coller, les mes­sages que vous esti­mez les plus inté­res­sants, voire tous bien sûr, depuis ce blog jus­qu’au nou­veau forum. Le plus simple pour aller vite, c’est d’ou­vrir deux fenêtres, une sur le blog, l’autre sur le forum, et copier/coller d’une fenêtre à l’autre.

    Je vous demande bien par­don pour la gêne que je vous cause ain­si, mais je suis sûr que vous pré­fé­re­rez ce nou­vel outil de débat.

    Écri­vez-moi si vous avez du mal, je vous aide­rai :o)

    Au plai­sir de vous lire à nou­veau très bien­tôt :o)

    Réponse

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