2D L’éventuel Conseil Constitutionnel ne domine pas le Parlement

5/01/2006 | 6 commentaires

L’ins­ti­tu­tion « Conseil Consti­tu­tion­nel » (ou Cour Suprême) s’est géné­ra­li­sée dans les « démo­cra­ties » (avec des guille­mets), mais on peut pré­ci­sé­ment dou­ter du carac­tère démo­cra­tique de cette ins­ti­tu­tion : sa légi­ti­mi­té face au Par­le­ment est plus que dou­teuse, son pou­voir est for­te­ment suspect.

On peut faci­le­ment y voir un outil de caste poli­ti­cienne pour ligo­ter la volon­té popu­laire, en cas de besoin.

Si on retient son exis­tence, par iner­tie ou par rai­son­ne­ment, le Conseil Consti­tu­tion­nel veille au res­pect de la Consti­tu­tion et arbitre les litiges entre les institutions.

Plu­tôt qu’une injus­ti­fiable et dan­ge­reuse pré­émi­nence sur le Par­le­ment, on devrait lui don­ner un simple droit d’en appe­ler aux citoyens pour tran­cher un litige avec le Par­le­ment,

  • soit par réfé­ren­dum général,
  • soit par réfé­ren­dum res­treint au sein d’une ‘assem­blée’ de 10 000 citoyens tirés au sort (idée inté­res­sante pour consul­ter lar­ge­ment à moindre frais).

(…)

Voir argu­men­ta­tion dans la par­tie IID des « Grands prin­cipes ».

(Nota : ce point IID concerne uni­que­ment le pou­voir du CC. Son néces­saire contrôle est trai­té dans un autre point : IIIF.)

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Étienne

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6 Commentaires

  1. michel974

    bon­jour étienne,
    je suis un simple citoyen peut pour­vu de connais­sances en droit. je suis néan­moins l’ac­tua­li­té poli­tique du pays et connais à peu près les mis­sion de nos corps ins­ti­tu­tion­nels. comme toi je suis favo­rable à une forte évo­lu­tion de nos ins­ti­tu­tions et un réta­blis­se­ment de la démocratie.
    ceci dit, mon point de vue sur le sujet est le suivant :
    le conseil consti­tu­tion­nel traite de ques­tions juri­diques. sa com­pos­tion est tota­le­ment poli­tique, sans influence citoyenne.
    cette ins­ti­tu­tion ayant une fonc­tion uni­que­ment de contrôle des lois, je ne vois pas en quoi elle pour­rait s’op­po­ser au par­le­ment. sa mis­sion est uni­que­ment de veiller à la consti­tu­tion­na­li­té des lois, si je ne m’a­buse. un rejet du conseil consti­tu­tion­nel est une garan­tie pour les citoyens. si chaque rejet valait arbi­trage du peuple, même res­treint, cela sous-enten­drait que celui-ci à com­pé­tence pour juger de la consti­tu­tion­na­li­té des lois. et là, à moins de pui­ser dans un panel de citoyens juristes, je m’a­vance à écrire que toute déci­sion majo­ri­taire ne serait pas fon­dé sur des argu­ments juri­diques mais sur l’in­time convic­tion. avec le risque de l’ap­pli­ca­tion d’une loi contre­di­sant la constitution.
    cette der­nière est-elle un cadre que l’on peut modi­fier à tout moment ?

    néan­moins, je trouve l’i­dée inté­res­sante de confier aux citoyens le contrôle des lois et cohé­rente l’i­dée d’un conseil consti­tu­tion­nel nom­mé sans arbi­trage poli­tique de citoyens tirés au sort.
    à condi­tion bien enten­du de sup­pri­mer le congrés, qui per­met les arran­ge­ments entre amis, à l’é­cart des choix citoyens.

    mes encou­ra­ge­ments pour l’é­vo­lu­tion du site, mer­ci d’a­voir choi­si cette formule.

    Réponse
  2. Laurent_k

    Bon­jour,

    Le rôle du Conseil consti­tu­tion­nel est d’é­vi­ter que le légis­la­teur édicte une loi anti-consti­tu­tion­nelle. Cela peut certes don­ner lieu à des ten­ta­tives d’aller contre la repré­sen­ta­tion du peuple mais comme le Par­le­ment a la pos­si­bi­li­té de modi­fier la consti­tu­tion, il y a un équi­libre. Il ne me parait donc pas cho­quant que le Conseil consti­tu­tion­nel cen­sure cer­taines lois sans avoir recours direc­te­ment à un réfé­ren­dum (des cen­taines de lois sont votées chaque années par le Par­le­ment et même si toutes ne passent pas devant le Conseil consti­tu­tion­nel, on ris­que­rait d’avoir des dizaines de consul­ta­tions par an). 

    C’est d’au­tant plus vrai si on adopte le prin­cipe du réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire avec la pos­si­bi­li­té de modi­fier la consti­tu­tion par ce biais. Si les dépu­tés votaient une loi qui contre­dise une déci­sion d’un réfé­ren­dum d’initiative popu­laire, le Conseil consti­tu­tion­nel serait alors un contre-pou­voir garant du res­pect du choix popu­laire. N’oublions pas qu’un Par­le­ment est com­po­sé d’êtres humains aus­si sen­sibles à la cor­rup­tion et aux émo­tions que n’importe qui. Il peut deve­nir tyran­nique s’il n’a pas des contre-pou­voirs en face de lui. 

    Par contre, il me paraît impor­tant de vali­der démo­cra­ti­que­ment la com­po­si­tion du Conseil consti­tu­tion­nel. Il faut trou­ver un équi­libre entre la néces­si­té d’avoir des com­pé­tences juri­diques et l’obligation de ne pas créer un Conseil de pro­fes­sion­nels de la poli­tique ou du droit (j’avoue par exemple ne pas être un chaud par­ti­san d’y voir sys­té­ma­ti­que­ment tous les anciens Pré­si­dents de la Répu­blique). Une idée pour­rait être d’élire ces membres pour une cer­taine durée par­mi ceux qui auraient prou­vé avoir les com­pé­tences juri­diques (par concours ano­nyme de préférence).

    Il me semble éga­le­ment impor­tant qu’un groupe de citoyens puisse deman­der au Conseil consti­tu­tion­nel de se pro­non­cer sur les lois votées par le par­le­ment. Une loi faite par les Par­le­men­taires en faveur du Par­le­ment a peu de chance de voir des dépu­tés s’y oppo­ser alors qu’elle pour­rait cho­quer de simples citoyens.

    Cor­dia­le­ment

    Réponse
  3. Thierry

    Le pro­blème de la com­pé­tence est… problématique.
    Le plus simple serait de gar­der les ins­ti­tu­tions telle qu’elles sont, mais en un inté­grant un organe de vali­da­tion des déci­sions qui serait com­po­sé uni­que­ment de citoyens sans aucune com­pé­tence par­ti­cu­lière que le bon sens.
    Ou sur un prin­cipe d’ad­mi­ni­sta­tion pari­taire : les ins­ti­tu­tions seraient com­po­sées d’un tiers de pro et de deux tiers de citoyens pour en assu­rer un contrôle constant.

    Réponse
  4. Melih

    Dimanche 8 jan­vier à 0h40 par Melih

    Je viens de lire un article dans le Canard enchaî­né de cette semaine concer­nant un arrêt du Conseil consti­tu­tion­nel en date de 29 décembre 2005 ; il annule un article de la loi des finances pour 2006 sur le pla­fon­ne­ment de cer­tains avan­tages fis­caux pour rai­son de « com­plexi­té exces­sive » du texte. 
    A lire bien sûr et pen­ser à l’en­ga­ge­ment exces­sif de cer­tains membres de cette assem­blée en faveur de TCE qui n’a pas dû leur paraître trop com­plexe, il y a seule­ment quelques mois.
    Je suis avec beau­coup d’in­té­rêt tous les débats sur le site. 
    A bientôt.
    Melih.

    Réponse
  5. Jacques Roman

    240106-EC

    Conseil constitutionnel/démocratie/état de Droit

    1. Le prin­cipe pro­po­sé ici (« L’é­ven­tuel Conseil consti­tu­tion­nel ne domine pas le Par­le­ment ») sou­lève en fili­grane la ques­tion cru­ciale des rap­ports entre démo­cra­tie et état de Droit.

    • La démo­cra­tie, c’est le gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple, pour le peuple.

    • L’é­tat de Droit, pour reprendre une défi­ni­tion du Voca­bu­laire juri­dique Cor­nu-Capi­tant, c’est « le nom que mérite seul un ordre juri­dique dans lequel le res­pect du Droit est réel­le­ment garan­ti aux sujets de droit, notam­ment contre l’arbitraire ».

    • Le Droit (avec un grand D), c’est (tou­jours le Voca­bu­laire juri­dique) l’ensemble des règles de conduite sociale éta­blies et pro­cla­mées et dont on assure le res­pect et l’exécution.

    2. Il résulte de ces défi­ni­tions que démo­cra­tie et état de Droit sont deux prin­cipes situés sur deux lon­gueurs d’onde dif­fé­rentes et qui ne sont pas auto­ma­ti­que­ment cor­ré­lés. Illus­tra­tion sinistre : Adolf Hit­ler a été por­té au pou­voir en 1933 par des votes démo­cra­tiques (du peuple – 44 % des voix – et du par­le­ment – tous les par­tis repré­sen­tés sauf les socio-démo­crates) alors que son pro­gramme, connu et abon­dam­ment com­men­té au moins depuis 1925 (Mein Kampf : apo­lo­gie de la guerre et de la vio­lence, supé­rio­ri­té d’une race, res­pon­sa­bi­li­té d’une autre dans la défaite de 1918), ne garan­tis­sait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, les sujets de droit contre l’arbitraire…

    3. Peut-on cor­ré­ler les deux prin­cipes – état de droit, démo­cra­tie – et com­ment ? C’est la vraie ques­tion qu’au fond Étienne nous pré­sente ici.

    4. Je me per­met­trai de dire car­ré­ment que dans sa for­mu­la­tion actuelle le prin­cipe pro­po­sé est mau­vais : avec ce prin­cipe-là, on voit bien qu’en 1933 un conseil consti­tu­tion­nel alle­mand n’aurait rien pu faire. NB : Dans la consti­tu­tion de Wei­mar, le par­le­ment pou­vait adop­ter à la majo­ri­té des deux tiers une loi qui contre­di­sait la consti­tu­tion. La Cour suprême éta­blie par cette consti­tu­tion n’avait donc pas de pou­voir réel. Dans le fond, c’est un peu le prin­cipe qui nous est pro­po­sé ici pour le moment.

    5. La solu­tion est ailleurs. Elle consiste d’abord à ins­crire le res­pect de l’état de Droit dans la Consti­tu­tion même : de cette manière les deux grands prin­cipes – démo­cra­tie, état de Droit – se trouvent cor­ré­lés puisque le peuple est tenu de res­pec­ter les prin­cipes de l’état de Droit, mais cela en ver­tu de sa déci­sion sou­ve­raine (appli­ca­tion de la démocratie).

    6. C’est un des rares et grands mérites du TCE que d’avoir affir­mé (article I‑2) que l’Union est notam­ment fon­dée sur les valeurs de démo­cra­tie et de l’« État de droit » (enten­du ici comme la forme d’État dans laquelle l’état de Droit est res­pec­té). Cette for­mule est reprise sous une forme un peu modi­fiée dans l’actuel avant-pro­jet CIPUNCE Rév. 9 : « L’Union est fon­dée sur les valeurs uni­ver­selles de liber­té, d’égalité, de soli­da­ri­té, de tolé­rance, de res­pect de la nature et de par­tage des res­pon­sa­bi­li­tés, ain­si que sur le res­pect des droits fon­da­men­taux, de la démo­cra­tie et de l’état de Droit ».

    7. Reste la ques­tion de savoir par quels méca­nismes faire res­pec­ter l’état de Droit.

    8. Puisqu’il s’agit de droit, et non de poli­tique, c’est en prin­cipe à un tri­bu­nal qu’il faut confier cette mis­sion. Le TCE, qui ne fait à cet égard que reprendre la situa­tion pré­exis­tante, dis­pose dans son article I‑29–1 : « La Cour de jus­tice de l’Union euro­péenne… assure le res­pect du droit dans l’interprétation et l’application de la Consti­tu­tion ». Cette dis­po­si­tion est reprise à peu près tex­tuel­le­ment dans l’avant-projet CIPUNCE Rév. 9.

    9. Le corol­laire de cette dis­po­si­tion est qu’il appar­tient au peuple lui-même et aux organes poli­tiques de prendre les déci­sions d’ordre poli­tique.

    10. Pas­sons main­te­nant au cas par­ti­cu­lier du Conseil consti­tu­tion­nel fran­çais (puisque nous par­lons sur ces forums à la fois de la future consti­tu­tion euro­péenne et de la consti­tu­tion française.

    11. De deux choses l’une : ou bien ce conseil consti­tu­tion­nel est un organe juri­dique, ou bien c’est un organe politique.

    12. Si c’est un organe poli­tique, je ne ver­rais pas d’inconvénient majeur à ce qu’il ne domine pas le par­le­ment, comme le pro­pose Étienne. Mais alors, pour­quoi ne pas le sup­pri­mer pure­ment et sim­ple­ment et ne pas confier à une com­mis­sion par­le­men­taire spé­cia­li­sée, com­po­sée en bonne par­tie de dépu­tés et séna­teurs juristes, le soin de véri­fier la confor­mi­té des pro­jets de loi aux exi­gences de l’état de Droit, puisque de toute façon le par­le­ment aurait le der­nier mot ?

    13. Si c’est un organe judi­ciaire, ses déci­sions doivent s’imposer à tous, y com­pris au par­le­ment ; et au peuple lui-même, bien sûr.

    14. Le pro­blème se pose parce que l’actuel conseil consti­tu­tion­nel fran­çais n’a jamais été défi­ni comme un organe judi­ciaire ou un organe poli­tique. Contrai­re­ment à plu­sieurs pro­fes­seurs de droit (sans être moi-même, loin de là, un théo­ri­cien du droit), je pense qu’il s’agit d’un organe poli­tique par le mode de dési­gna­tion et la com­po­si­tion – sur­tout par sa com­po­si­tion, puisque des non-juristes tels que M. Gis­card d’Estaing (même s’il est pas­sé par l’ENA) peuvent en faire par­tie NB : Je sais : les cours d’assises com­prennent des non-juristes – les jurés : mais c’est, d’après moi, une ano­ma­lie en droit fran­çais, un sys­tème mixte démo­cra­tie-état de Droit que la Révo­lu­tion a emprun­té un peu par mimé­tisme aux Anglais. Je crois me sou­ve­nir que le père de la consti­tu­tion de 1958, Michel Debré, avait offi­ciel­le­ment pré­sen­té le Conseil consti­tu­tion­nel comme un organe sui generis.

    15. Pour reve­nir au point de départ : si l’on veut évi­ter le pro­blème dans la consti­tu­tion fran­çaise actuelle, je pro­pose de refor­mu­ler comme suit le prin­cipe pro­po­sé par Étienne :

    « Le Conseil consti­tu­tion­nel serait rem­pla­cé par une cour consti­tu­tion­nelle qui serait juge de l’interprétation et de l’application de la Consti­tu­tion, étant enten­du que les déci­sions poli­tiques relè­ve­raient exclu­si­ve­ment du peuple et des organes poli­tiques éta­blis par la Consti­tu­tion ». JR

    Réponse
  6. Étienne

    5 février : je ferme les com­men­taires sur ce fil de dis­cus­sion car j’ai créé un vrai ‘forum’ pour mieux pré­sen­ter et struc­tu­rer nos échanges.

    Le pré­sent fil se pour­suit sur le forum à http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​i​d​=18.

    Je vous invite à vous ins­crire à ce nou­veau forum (c’est facile) et à copier/coller, les mes­sages que vous esti­mez les plus inté­res­sants, voire tous bien sûr, depuis ce blog jus­qu’au nou­veau forum. Le plus simple pour aller vite, c’est d’ou­vrir deux fenêtres, une sur le blog, l’autre sur le forum, et copier/coller d’une fenêtre à l’autre.

    Je vous demande bien par­don pour la gêne que je vous cause ain­si, mais je suis sûr que vous pré­fé­re­rez ce nou­vel outil de débat.

    Écri­vez-moi si vous avez du mal, je vous aide­rai :o)

    Au plai­sir de vous lire à nou­veau très bien­tôt :o)

    Réponse

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